‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 33 sur 242 · MANDRAGORE · texte numérisé non relu

MANDRAGORE

Mandiuuore , atropa Mandragora. Celte plante, autrefois fameuse, parce qu’elle était employée par les magiciens et les prétendus sorciers pour donner des hallucinations bizarres et troubler la raison, se range tout à côté de la belladone pour ses propriétés loxiques et thérapeutiques; elle esl toutefois beaucoup moins active que cette dernière. Aujourd’hui, elle est tout à fait inusitée ; parce qu’on peut la remplacer avantageusement soit par la belladone, soit par les autres solanées vireuses.

DATURA

L’histoire du Datura, comme la plupart des solanées vireuses , est enveloppée de la plus grande obscurité. Il est évident que Dioscoride a connu et employé plusieurs plantes de cette famille; mais les nombreuses discussions qui se sont élevées â ce sujet n’ont pu nous apprendre s’il avait parlé de la belladone, de la mandragore, ou d’un Datura. Nous traiterons d’abord ùu Datura stramonium.

Effets du Datura sur V homme sain.

Pris â dose modéré, le Datura stramonium produit de légers vertiges, et un peu de propension au sommeil; l’énergie musculaire est diminuée, la sensibilité est émoussée : dilatation de la pupille, léger trouble de la vue; accélération du pouls, élévation de la chaleur de la peau; soif, un peu d’ardeur de gorge: ordinairement, le ventre est relâché, les urines sont plus abondantes; sueurs, quand il n’y ni durèse, ni diarrhée. Mais, â dose élevée : vertiges, sentiment de faiblesse et d’affaissement général, stupeur légère; bientôt, troubles de la vue, dilatation énorme des pupilles, agitation, spasmes, délire furieux, gai, triste, hallucinations continuelles; insomnie opiniâtre; fièvre vive, peau sèche, chaude; se recouvrant quelquefois d’une éruption scarlatiniforme: soif ardente; sécheresse cl constriclion très-doulou-

STUPÉFIANTS

mise du pharynx; souvent impossibilité d’avaler. Cardia'gie, vomissements, quelquefois diarrhée ; besoin fréquent d’uriner, peu ou point d’urines. Quand l'intoxication doit devenir fatale, à l'extrême agitation succède le collapsus, le 'refroidissement. et enfin la mort. Dans les cas les plus heureux et les plus ordinaires, les hallucinations se dissipent peu A peu, le délire c<jsse, et il ne reste plus de tout cet appareil formidable de symptômes, que la dilatation des pupilles, l’obscurcissement de la vue, quelquefois une cécité passagère. On a vu le délire et la cécité persister pendant plusieurs jours, et même plusieurs semaines. Le délire est tantôt gai, tantôt triste; mais il s’accompagne toujours d’hallucinations singulières, de visions fantastiques; ce qui a valu du Dalura stramonium et à la belladone le nom d'herbe aux sorciers, herbe au diable, parce que, dans des siècles d’ignorance, les prétendus sorciers faisaient assister au sabbat (Ips gens superstitieux qu’ils avaient enivrés avec ces plantes vireuses.

Les histoires d’empoisonnement par lestramoine sont communes dans la science. Dugtiid (Journal de Vander monde, loin. Vil, pag. 550) raconte qu’un homme prit par erreur trois fruits de Datura stramonium pour des fruits de Bardane, et en fil une décoction dont il prit plusieurs verres A jeun : il éprouva presque immédiatement de graves vertiges, une sécheresse extrême de la gorge, du bégaiement puis une torpeur générale dans laquelle il resta plongé sept heures. Il se réveilla avec un délire furieux, mais le soir, il était rétabli. Au rapport de Franc, de Frankenau (Ephevi. des Cur. de la Nat. , déc. 5 , an 5 ). un homme qui avait pris une grande quantité de Slramoine reste fou pendant dix-huit jours. Dans le même recueil (cent. 9, pag. 200), on lit qu’un enfant de huit ans ayant mangé des semences de Dalura stramonium, éprouva tous les signes dé la folie , et guérit. Dix enfants de sept à quatorze ans , mangèrent de ces mêmes graines : le lendemain, ils étaient tous fous et furieux, et dans un état d'insomnie continuelle. Ils éprouvèrent d’abord une extrême aversion pour les liquides , et bientôt ils se mirent à boire avec avidité. Au bout de trois ou quatre jours ; ils étaient tous guéris, quoiqu'ils eussent été traités par des médications fort variées ( Annales de littérature médicale étrangère , par Kluyskens, tom. 1 , pag. 581). Méigs (Journal universel des sciences médicales, tom. 46 , pag. 227 ) rapporte qu’une petite fille de deux ans et demi mangea une assez

grande quantité de semences de Slramoine: bientôt survinrent des symptômes singuliers: gaieté, délire , hallucinations, trouble de la vue; face d’un rouge plus intense que dans la scarlatine la plus continente ; gorge sèche et comme enflammée ; langue rouge et vernissée ; taches rouges disséminées sur le cou et sur le tronc, démangeaisons. 11 serait superflu de rapporter ici les nombreux exemples d’empoisonnements consignés dans les Traités de Toxicologie d’Orfila , de Cli ristison , etc.

Nous avons dit tout A l’heure que les prétendus sorciers se servaient de Slramoine pour produire des hallucinations fantastiques, et faire assister de pauvres patients aux séances du sabbat; c’est par le même moyen que les sorciers et les enchanteurs procuraient aux amants des jouissances imaginaires. Faber (Slrychnomania, p. 55) dit comment , avec une espèce de Dalura , les Indiens , sous le nom de. Langues, les Arabes et les Turcs , sous le nom deMaslac ou de Mastlac, préparent des philtres amoureux. Les femmes del’lmle font aussi prendre A leurs maris des breuvages composés avec le Datura , ..an pour exciter leurs désirs, mais pour tromper leur vigilance quand elles ont troublé leur raison (Ephém. des Curieux de la Nature , deuxième décade, année 8, p. 299 ). Et nos annales judiciaires ont retenti d’un procès fameux intenté contre une compagnie de voleurs connus sous le nom à'Endormeurs : ils mêlaient A du tabac de la poudre de semences de Slramoine; puis j dans les lieux publics, ils se plaçaient à côté de gens auquels ils offraient fréquemment du tabac. Dès qu'ils les voyaient étourdis et délirants, ils les dépouillaient sans obstacle. La poudre de belladone était depuis longtemps employée par les voleurs dans le même but (Faber, Strychnomania, p.47).

Toutes les parties de la plante sont vireuses ; la racine, les liges, les feuilles et les fruits. Les semences contiennent le plus de principes toxiques : l’infusion , la décoction, l’extrait aqueux et alcoolique, et même la fumée de la plante brûlée, exercent sur l’économie une inlitynce fort active.

Il est difficile de dire A quelle dose ces diverses préparations pourront être toxiques. Un quart de grain d’extrait , l’infusion de six grains tle feuilles sêclies, suffisent pour produire chez un enfant un délire souvent considérable; mais il est probable qu’il faudrait une quantité dix fois plus forte pour causer la mort. Chez un homme

DATURA

adulte, on provoque du délire avec deux, trois )u quatre grains d’extrait , et l’infusion d'un lemi-gros ou de deux scrupules. Pour amener la norl, il ne faudrait pas moins de vingt ou trente pains d'extrait bien préparé, et de l’infusion l une once ou deux.

Injecté en lavement , le Dalura, comme tous es agents toxiques qui agissent par absorption , létermine des effets beaucoup plus rapides que orsqu’il est porté dans l’estomac. Appliqué sur la >eau dénudée et même sur l’épiderme, il donne ieu quelquefois à des phénomènes d’intoxication jui peuvent n’ètre pas sans gravité.

Traitement.

La première indication est de ne pas laisser la substance vénéneuse en contact avec les surfaces rbsorban tes : aussi les vomitifs et les purgatifs .eront-ils toujours conseillés, quand le poison sera mcore contenu dans le tube digestif. Les acides , es boissons froides , les bains frais et l'opium eront employés avec avantage pour calmer les ymptômes nerveux qui seront survenus.

Ce que nous venons de dire du Dalura slramoîium, s’applique aux autres espèces, telles que e Datura fastnosa , le Datura ferox et le Dalura métel.

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