‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 45 sur 242 · ACONIT · texte numérisé non relu

ACONIT

des accidents tout à fait analogues à ceux que cause l'Aconit. 11 y a er. effet , entre l’action de celui-ci et celle des plantes que les toxicologisles ont rangées dans la classe des narcotico-âcres , si peu de différence , qu’il est vraiment impossible , du moins dans l’état actuel de la science , d’indiquer les caractères spéciaux de ces divers empoisonnements.

De tous les Aconits que nous cultivons en Europe, l’espèce napellus est la p!us meurtrière; mais les propriétés déléléres de 1 ' Aconitum ferox sont beaucoup plus marquées. M. le docteur Jonathan Pereira a fait dans l'Inde des expériences pleines d’intérêt sur les effets toxiques de la racine de cette espèce qui ne croît que dans les pays chauds , et cet expérimentateur conclut de son travail (pie les accidents produits par l 'Aconitum ferox ont une grande analogie avec ceux qui suivent l’emploi de l’Aconit napel , mais qu’ils sont seulement beaucoup plus violents. Dans l’un et l’autre cas , l’ingestion du poison est promptement suivie d’ardeur et de douleur dans la région épigastrique, de vomissements, de coliques violentes , de vertiges , de coma , de paralysies partielles , de refroidissements , enfin de tous les symptômes que les toxicologisles regardent comme l’effet des narcotico-âcres.

Il est inutile de dire que le traitement de cet empoisonnement ne diffère pas non plus de celui que l’on emploie pour les autres substances de la même classe.

Action thérapeutique de l’Aconit.

Slorck, qui le premier expérimenta sur l’Aconit, ayant observé que des doses un peu élevées de celle substance déterminaient une diaphorèse qui se prolongeait tant que l’on continuait l'administration du médicament , conçut l’idée d’utiliser celle propriété pour le traitement du rhumalhisme, delà goutte et de la syphilis constitutionnelle. 11 réussit en effet , dans un assez grand nombre de cas, à calmer des douleurs anciennes. Murray ne fut pas le dernier à confirmer ces résultats importants ; il prétendit même , se fondant sur un seul fait il est vrai , que l’Aconit longtemps continué pouvait résoudre les tophus arthritiques. Colin , Kosenstein, Cliapp et Royer- Collard répétèrent ces essais, et Cliapp publia dans le Journal de médecine (tome 24 ) quatre observations qui semblent prouver que les douleurs rhumatismales violentes peuvent être guéries par l’usage de l’Aconit , administré d’abord

à faible dose puis h doses successivement croissantes. Nous avons vu Royer-Collard se louer beaucoup de l’u-age de l’extrait d’ Aconit qu’il employait sur lui-même pour combat Ire la goutte.

Il est fort difficile de juger un médicament que l’on emploie contre le rhumatisme et la goutte chroniques. La marche de ces maladies est tellement variable que l’on ne peut , à moins d’un grand nombre d’observations , conclure rien de positif. On est en droit d’affirmer qu’une médication est utile dans le traitement du rhumatisme chronique, quand les douleurs disparaissent si vite et si constamment que l’on ne peut attribuer à une autre cause l’amélioration que l’on observe; mais, 'en lisant les histoir es rapportées par les auteurs que nous avons cités plus haut , on est frappé de la lenteur avec laquelle les douleurs rhumatismales se sont dissipées.

Plusieurs praticiens qui, de nos jours, ont essayé de constater les effets thérapeutiques de l’Aconit , ont refusé aux conclusions de Storck la sanction que leur avaient donnée Murray, Chapp , Royer-Collard, etc., et M. Fouquier, entre autres , ainsi que M. Récamier, n’ont eu guère à se louer de l’Aconit dans le traitement du rhumatisme.

Quelques autres , séduits par les résultats que l’on disait avoir obtenus de l’emploi de l’Aconit , voulurent l’essayer aussi dans le rhumatisme articulaire aigu ; et ils pensèrent que ce médicament avait produit la diaphorèse qui s’observe toujours dans celte maladie. Mais ils ne virent pas qu’il fallait attribuer l’amélioration lente et équivoque qu’ils obtenaient , plutôt à l’action purgative et diurétique de l’Aconit, qui modifiait ici le rhumatisme comine l’auraient sans doute modifié plus heureusement encore des purgatifs et des diurétiques plus habilement choisis.

Les douleurs qui accompagnent la syphilis constitutionnelle ont été aussi combattues par l’Aconit , et l’on a même étendu l’usage de celte substance aux syphiiides cutanées. Toutefois Tommasini déclare qu'il n’a point eu à s’en louer dans des circonstances analogues , bien qu’il ait porté l’extrait à des doses considérables. Bréra , au contraire , a associé avantageusement l’Aconit au mercure dans le traitement des ulcérations vénériennes de la peau ; et M. Biett a donné , dans le même cas , et avec avantage , des pilules composées d’un grain de proto-iodure de mercure et de deux grains de Ihridace ou d’extrait d’Aconit. Nous-mêmes , nous avons employé ce. te association de médicaments pour guérir des tubercules

STUPÉFIANTS

syphilitiques et des engorgements vénériens de i ganglions cervicaux ; mais il nous serait difficile | de décider si l’amélioration r apide que nous avons observée ne drivai! pas ô: re exclusivement attribuée au prolo-iodiire de mercure.

Les propriétés diurétiques de l’Aconit ont élé mieux constatées que celles dont nous venons de . parler. Dans certaines contrées, au dire de M. Decandolle , les paysans se servent de celle piaule pour guérir les Iiydropisies , et M. Fouquier, d’après de nombreux essais , a reconnu à l'Aconit le pouvoir d’augmenter la sécrétion urinaire, pouvoir qu’il partage d’ailleurs avec presque tous les médicaments qui agissent énergiquement sur le système nerveux, comme les ciguës, les jusqtiiames , les dalura, la belladone, la mandragore , la nieolianc , etc.

Storck, dont on ne peut trop louer le courage, et qui a enrichi la thérapeutique de médicaments si précieux , n’a pas expérimenté avec cct esprit de critique que l’on avait droit d’attendre d’un homme aussi éminent, et forçant les conclusions que l'on pouvait tirer d’un petit nombre de faits mal décrits et par conséquent mal observés , il a attribué aux agents thérapeutiques dont il venait de doter la science des propriétés presque merveilleuses. Ainsi , il crut avoir liouvé dans l’Aconit , comme dans la ciguë et dans les solanées vire u s es , le moyen de guérir presque toutes' les maladies réputées incurables. Nous ne discuterons point ici les idées cl les faits sur lesquels se fondait le médecin de Vienne pour prouver que l’Aconit pouvait amener la résolution des tumeurs cancéreuses ; l’expérience a prononcé depuis longtemps, depuis surtout que l'anatomie pathologique nous a éclairés sur le diagnostic . différentiel des diverses tumeurs que l’on confondait jadis sous la dénomination commune de squirrhes et de cancers.

M. Portai, à une époque où les travaux de Storck avaient séduit le monde médical , voulut appliquer l’Aconit au traitement de la phthisie pulmonaire tuberculeuse j il y renonça bientôt. Mais le docteur Busch , reprenant celle idée , prétendit avoir guéri un grand nombre de phthisiques , en leur donnant de la poudre d’ Aconit à la dose de deux grains de deux heures en deux heures , et en la portant graduellement jusqu’à un gros par jour j par-là il amenait une guérison aussi prompte que solide. M. Ilarel du Tancrel a publié aussi dans la clinique une série d’observations recueillies dans les hôpitaux de Strasbourg , et qui déposent dans le même sens: ce

médecin ajoutait de faibles doses de sulfure de chaux à l’Aconit qu’il prescrivait. Nous serions heureux de pouvoir ajouter foi à de semblables résultats; mais des essais tentés par nous dans d' s phlh.sies dont les signes n’étaient point équi- \oques nous ont convaincus de l’inutilité de ce moyen. I! est donc bien probable que les malades traités par MM. Cuscli et II a tel étaient atteints u’un simple catarr he ou de quelque phlegmasie chronique des organes de la respiration , phlegmasie qui n’avait rien de commun avec les

lllbiTClll' 3.

De tout ce que nous venons de dire il résulte que l’Aconit exerce sur* l’économie une action stupéfiante, en vertu de laquelle il peut calmer les douleurs névralgiques et rhumatismales: celte propriété , toutefois, il la possède à un moindre degré que d’autres substances dont l’emploi est en quelque sorte trivial. Sans doute aussi il peut provoquer des sueurs en modifiant certaines autres sécrétions ; mais en cela il n’a rien qui le distingue de la ciguë, de la jusquiame, de la seille, etc. , etc. Et s’il est vrai comme le prétend M. le docteur Guignon , que l’Aconit jouit de la propriété de dilater la pupille , au moins conviendra- t-on que les solanées vireuses lui sont, sous ce rapport, infiniment préférables.

Or, quand un médicament est mal connu, quand ses préparations sont presque toujours mal faites ou altérées, quand aucune série d’expériences exactes n’a attribué à l’Aconit des propriétés spéciales qui le recommandent aux praticiens; quand, au contraire, les expérimentateurs sont tous eu dissidence relativement aux résultats thérapeutiques qu’ils obtiennent , il est d’un médecin prudent de r anger , jusqu’à nouvel ordre , l’Aconit dans la classe des médicaments dont l’usage peut être dangereux , et dont t’administ ration sera avantageusement suppléée par celle des agents stupéfiants dont les effets ont été mieux étudiés et plus habilement appréciés.

La poudre d’Aeonil se donne à la dose d'un demi grain en commençant, et l’on peut aller graduellement jusqu’à vingt grains et même au-delà. Il en est de même de l’extrait. Lorsqu’on administre la teinture alcoolique , il faut commencer par cinq gouttes et monter insensiblement jusqu’à vingt et trente gouttes, et même jusqu’à un gros par jour.

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