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CIGUË

espèces (!c ciguës employées en médecine. Ce sont, la grande Ciguë , la Ciguë vircuse, la Ciguë aquatique, et la petite Ciguë.

Grande ciguë, conium maculatum , cictila major , cicula officinalis , est une plante bisannuelle qui croît dans presque toutes les contrées de l’Europe. Sa tige est couverte , surtout quand elle est jeune, de ladies d’un rouge brun qui ont valu à la plante l'épithète de maculatum.

Cette plante , connue de toute antiquité comme poison , et rarement employée comme médicament, a été plus particulièrement introduite dans !a matière médicale vers le milieu du siècle dernier, et bientôt elle a joui d’une célébrité que l’expérience n’a malheureusement pas consacrée , et c’est à peine si de nos jours , on lui accorde encore quelques propriétés thérapeutiques.

Action toxique.

Quoique iYmpoisonnement par la Ciguë fût un supplice assez fréquemment usité dans la Grèce, cept ndanl les médecins ne nous ont rien tr ansmis qui fût relatif aux symptômes éprouvés- par les condamnés. Il faut arriver à une époque trèsrapproehée de nous pour trouver des histoires d'empoisonnement assezdé’aillées. Quelques fai's cités par Vicat ( Histoire des Plantes vénéneuses de ta Suisse), par ilaaf( Journal de mêd. de Leroux , lotir. 23, p. 107 ), par Choque! ( ibid. avril 1815 ), permettent de conclure que les racines, l’extrait et les feuilles de la grande Ciguë produisent des accidents d’autant plus redoutables que la plante a crû dans un climat plus chaud.

L’assoupissement , la stupeur , le délir e , la syncope, quelquefois l’extrême ralentissement da pouls ; la gène de la respiration , !e refroidissement, les nausées , les vomissements; tels ont été les symptômes d • l’empoisonnement parla grande Ciguë, symptômes qui peuvent se terminer par la mort.

Chez les animaux , les expériences d'Orfila ont démontré «pie les accidents étaient en général ceux que détermine ni or dinairement les poisons stupéfiants ( Toxicologie , loin. 2 , p. 302 ).

Quand la C'guë est donnée à petites dosrs, elle ne cause d’abord que quelques légers \ei liges, rie l’obnubilalion , delà céphalalgie, de l'anxiété, des nausées. Les sécrétions cutanées ou miliaires sont ordinairement augmentées, mais rarement elles le sont en même temps.

Emploi thérapeutique.

Elu liai t , dans sa Dissertation sur la Ciguë , pense que cette plante a été employée par Hippocrate et désignée parce grand homme sous le nom de Kotieion (Kom») qui lui a été conservé. Arétée ( De inorbisacutis , 1. 2, cap. 11 ), regardait l’emploi extérieur de, la Ciguë comme propre à éteindre les désirs amoureux» Pline ( lib. 26 ) prétendait qu’à l’aide de cette plante, on pouvait guérir les tumeurs , les ulcères cacoèlhes. Avicenne ( lib. 2, tract.# ) la vantait également dans le traitement des tumeurs dos mamelles et des testicules. Plus lard , et de siècle en siècle, il se trouve quelques auteurs pour rappeler les idées de Pline el d’Avicenne , et pour conseiller encore la Ciguë dans les mêmes circonstances où ceux-ci l’avaient employée.

C’était peut-être tout ce qu’il y avait à dire de raisonnable sur la Ciguë; mais en 1761 , Sforck , médecin d’un des hôpitaux de Vienne, contre qui l’illustre de Ilaen ne s'est point encore assez élevé, publia scs fameuses expériences sur plusieurs médicaments vireux et entre autres sur la Ciguë. Ce médecin , à qui la thérapeutique doit quelques bons médicaments, vanta avec une exagération non moins singulière encore que la confiance qu’on lui accorda , les vertus extraordinaires de la Ciguë dans le traitement des cancers. Après lui, vingt médecins se disputèrent l’honneur d éli e encore plus enthousiastes cl plus mauvais expérimentateurs que lui; et bientôt les éloges mensongers donnés à la Ciguë ne trouvèrent plus de créance , et le médicament tomba dans un discrédit qu’il ne méritait pas tout à fait.

Car la confiance que l’on accordait à la Ciguë se fondait sur quelques faits; ces faits, quoique mal interprétés par ceux qui les ont observés, n’en sont pas moins précieux ; ils prouvent que des tumeurs diverses , ou du sein , ou du testicule , sans doute de nature non cancéreuse, ont été les mies amendées , les autres guéries par l’emploi interne ou externe de la Ciguë.

A l’intérieur, Slorck donnait l’extrait de Ciguë d’abord à la dose d’un grain malin et soir , et il augmentait graduellement , el allait ainsi jusqu’à un gros et un gros el demi par jour. Quelquefois, il se servait de la poudre fraîche au lieu de I extrait. Il ne l’employait que rarement comme topique ; et dans ce cas , il se servait des feuilles et de la lige ou de la racine écrasées. La plupait

s rupéi-

de ceux qui ont imité Slorck regardaient comme très-utile d'associer l’usage des purgatifs à celui de la Ciguë, et ils donnaient tous les huit jours un drastique è leurs malades ( Journal de méd. de Fandermonde , tom. XIV, pag. 121 ).

Les histoires citées parMarteau de Granvilliers (ancien Journal de médecine , 17G1 , t. XIV , p. 121 ) ; celles de Décotes fils ( ibid. , 1762, tom. XVI, pag. 55); de Porte (ibid. , 17G2, tom. XVII , pag. 546 ) ; de Larranlure ) ibid. , 1764 tom. XX , pag. 502 ) ; de Renard ( ibid, , 17G5, tom. XXlil , pag. 411 ) ; De Masars de Caselles ( ibid. , 1670, tom. XXXIV, pag. 255) ; de Lemoine ^ ibid . , 1772, tom. XXXVII , pag. 120) ; de Buissonnat ( ibid. , 1787 , tom. LXX, pag. 449 ); de Colin ( Ann. med. , tom. II , p. 84 ) ; de plusieurs autres praticiens dont la bonne foi ne peut être suspectée, ne permettent pas de douter que l’usage interne de la poudre de racines et de l’extrait de Ciguë, a guéri des tumeurs diverses qui avaient le caractère squirrheux. Mais il y a loin de lè à l’engouement de Storck et de Collin , son élève , qui , se fondant sur quelques succès peu nombreux , prétendaient avoir trouvé le moyen de guérir tous les cancers.

Si , comme il n’est guère permis d’en douter , d’après ce que nous venons de dire , on parvenait à résoudre des tumeurs de nature grave , il était raisonnable d’essayer dans le traitement des scrophules une médication qui d’ailleurs est tout à fait exempte d’inconvénients.

Les faits rapportés par le judicieux Marteau de Granvilliers ( Loc. cit . ) ; par Muleau de Roquemont (ibid., 1764. I. XX, p. 554 ); par Dupuis de la porcherie (ibid., 1765, tom. XXII, pag. 219 ) ; par Lemoine ( Loc. cit. ) ; par Collin ( Loc , cit. ) ; et plus récemment , par Hufeland ( Traité des scrophules , p. 236 ), prouvent que si l’usage interne de la Ciguë ne guérit pas toujours les tumeurs scrophuleuses ; dans quelques cas du moins, il les fait disparaître , et amende insensiblement l’état général.

On a encore conseillé le môme moyen dans quelques maladies de la peau , telles que les darires, la teigne, etc .(Journal de Vandermonde , 1772, tom. XXXV11I, pag. 159. — ibid . ,

1790, pag. 156 Journ. gén. de méd., t.

XXV1I1 , p. 457 ). Mais les faits cités dans ces journaux par Leconte de Préval, parWalon, sont loin d’étre concluants.

L’action stupéfiante de la Ciguë a été utilisée contre la coqueluche, par Schlessinger ( Bibl. méd , tom. LVII, p. 579); et plus lard, par

tANTS.

Butler et Odicr ( Méral et de Lens, Dict. de ther. loin. II , pag. 589 ). Le premier faisait dissoudre dans deux onces d’eau un grain d’émétique , y délayait deux grains d’extrait de Ciguë , (t ajoutait une demi-once de sirop de framboises ; il faisait prendre celle dose en deux jours, et le succès en fut aussi prompt qu’efficace. Ici évidemment, la médication est trop complexe pour qu’on puisse juger ce que pouvait l’action isolée de la Ciguë.

L’inspiration de vapeurs ciculées a été conseillée par Alibert contre la phthisie ; mais il est à craindre que ce thérapeutiste n’ait hasardé ce conseil sans faits qui l’appuyassent.

Chaussicr, Duménil , Guersent . prescrivent la Ciguë dans les névralgie (Dict. des Scien. méd. tom. V, page 212).

Nous avons dit plus liant qu’Arélée la considérait comm^ propre à éteindre les désirs amoureux; et c’est surtout d’après ce témoignage, et d’après celui de saint Jéiôme , qui rapporte que les prêtres égyptiens se réduisaient à l’impuissance en buvant tous les jours un peu de Ciguë, que de nos jours on a cru devoir la prescrire pour combattre le salyriasis et la nymphomanie.

Un fait isolé a été rapporté par Masars de Caselle (Journ. de Varul 1770, tom. XXXIV, pag. 255), c’est celui d’un prêtre qui était atteint de la cataracte, et dont l’état fut très-sensiblement amendé par l’usage de la Ciguë. L’auteur qui rapporte ce fait n’a pas lui-même fait attention à celle particularité , savoir que la Ciguë, comme quelques autres stupéfiants, dilate la pupille , et qu’en vertu de cette dilatation , le cbamp de la vision s’élargissant, les rayons lumineux peuvent tomber sur la rétine , sans que d’ailleurs le cristallin lui-même ait subi aucune modification.

Préparations et doses.

La Ciguë se donne sous forme d’extrait aux doses que nous avons indiquées plus haut. On donne la poudre de racine fraîche depuis 4 grains jusqu’à deux gros par jour. En décoction la racine ou les semences s’administrent à la dose de 10 grains à 2 gros pour une livre d’eau.

Il est un principe immédiat de la Ciguë jusqu’ici fort peu connu que M. Brandes a nommé cicutine ou conéïne , et M. Gisekc a retiré des semences un produit alcalin de couleur jaune, d’une odeur vireuse très-marquée qui est doué d’une action toxique fort énergique , à ce point que deux grains ont fait mourir un lapin en 55 mi-

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