‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 58 sur 242 · MARRUBE, LIERRE TERRESTRE · texte numérisé non relu

MARRUBE, LIERRE TERRESTRE

Le Marrube cl le Lierre terrestre ayant presque

IIYSSÛPE , GERM ANDRÉE,

terminée, ou d’engouement ou d’œdème, en nême temps aussi que les forces et l’appétit ne «ont revenus qu’impai failement , cela surtout .liez les vieillards , les individus affaiblis antérieurement, ou bien chez lesquels par la violence le la fièvre et de l’inflammation on a été obligé de pratiquer d’abondantes émissions de sang. L’étatque nous venons de décrire est fort commun, et on le voit assez bien cesser par l’usage du vin, d’une bonne alimentation et des amers. Les plus idives des Labiées toniques et pectorales sont le Tarrube et le Lierre terrestre : l’IIyssope a plus d’avantages dans l'asthme et les affections nerveuses des organes respiratoires, peut-être parce qu’elle se rapproche plus par sa composition des Labiées du groupe précédent. Quant à la Germandrée, c’est plutôt contre les maladies chroniques du foie , les hydropi-des , la cachexie des fièvres intermittentes prolongées , les atonies du tube digestif, qu’elle est administrée. Dioscoride la préconise dans les duretés de la rate , les difficultés d’uriner et les hydropisies qui commencent à venir , etc. Cela est d’accord avec ce qu’en dit Fernel : Viscera , prœcipuè jecur expurgat , obstructionibus libérât... ictericis auxilio est.. On la désignait très-anciennement en Italie sous un nom qui signifie herbe aux fièvres. En Angleterre elle jouit encore d’une grande réputation fébrifuge. Lazare Rivière rapporte que des paysans des environs de Montpellier se sont très-bien guéris de fièvres quartes avec la poudre de Germandrée. 11 y a probablement quelque rapport entre celle propriété qu’elle partage avec d’autres plantes amères, telles que la camomille, la petite centaurée, etc., et ce que les auteurs grecs puis arabes ont toujours raconté sur son action désobstruante des viscères et surtout de la rate ( Licneni absumit chamœdrys). M. le professeur Chomel administre assez souvent l'infusion de Germandrée dans la convalescence des fièvres typhoïdes qui ont eu la forme adynamique de même que sur la fin de toutes les maladies aiguës qui sont suivies d’un état de langueur et de détérioration des fondions organiques.

Sans compter sur les vertus anti-asthmatiques et anti-catarrhales de l’IIyssope pour triompher d^s affections depoitrine contre lesquelles on l’a vantée outre mesure , on peut en faire l’excipient • de potions qui renferment des agents plus héroïques et l’administrer en infusion pour boisson ordinaire aux vieillards asthmatiques et sujets aux catarrhes.

toujours autrefois été loués dans les cas de phthisie , et les anciens praticiens ayant attribué à leur vertu la cicatrisation de cavernes pulmonaires , le dessèchement d’abcès scrophuleux des poumons , etc., ces observations exagérées ont mis en défiance et fait abandonner leur usage. Nous ajoutons peu de foi à tout ce qu’Alexandre de Trafics , Cœlius Aurelianus , Celse , disent de l’efficacité du Marrube dans la phthisie. Ce dernier auteur a établi sur le traitement de celte grave maladie des règles et des préceptes admirables : il recommande le Marrube , mais combiné à des substances qui peuvent probablement revendiquer une grande part des effets obtenus : il l’associait à la térébenthine (i résinas térébenthines pars dimidia )• Les cas les plus spéciaux qui réclament l’emploi du Marrube sont ceux où nous avons conseillé la gomme ammoniaque , c’est-à-dire les cas d’asthme pituiteux , dans lesquels la cessation de l’accès paraît subordonnée à l’évacuation de mucosités filandreuses et transparentes. Le Marrube a non-seulement cette affinité d’action thérapeutique avec la gomme ammoniaque , il a aussi un peu de la fétidité de cette substance.

La pe'ile quantité de fer qui est contenue, dans celle plante justifierait-elle le cas particulier qu’on eu a fait dans l’aménorrhée et le scoibut ? Il n’y a rien à dire aux observations de cancers du foie rapportés par Chomel et guéris au moyen du Marrube. Linné en parle comme d’un remède efficace dans le ptyalisme mercuriel.

Le Lierre terrestre est de toutes les Labiées amères celle qui a conservé le plus de vogue. Nous ne voulons pas redire tout ce qui a été écrit sur ses merveilleuses propriétés dans les maladies chroniques et les altérations organiques du poumon. Morton voulait que dans la phthisie hémoptoïque ( phthisis cib hœmoptoë ) on l’employât â liantes doses et longtemps. C’était le sirop de Lierre terrestre qu’il vantail beaucoup alors ; Magis verà ( saltcm in hujus morbi initio et post reccntem hœmoptoën ) syrupo ex hederâ terrestri ( quem in phthisi hœmoptoïcâ præ cœteris omnibus comvicndatun telle tn copiosè usurpandum ) , insistendum est. La circonstance des hémoptysies donne ici de la valeur au diagnostic el par conséquent à la thérapeutique du célèbre auteur de la phthisiologie. On devra employer de préférence le Lierre terrestre dans tous les cas que nous avons dit être en rapport thérapeutique aveclcs Labiées amères.

MÉDICAMENTS EXCITANTS

Indépendamment des eaux dislilléos et des infusions il y a des sirops et des extraits de ces plantes. On les donne aussi en poudre à la dose de plusieurs gros. Les doses des autres préparations sont trèsillimitées. Les infusions ont plus d’avantages que tous les modes d’administration que nous venons d’indiquer.

SAUGE , etc.

La Sauge officinale, salvia officinalis , que tout le monde connaît assez pour que nous nous dispensions de la décrire, est très-propre à donner l’idée des Labiées du dernier groupe. Nous avons caractérisé ce groupe en disant que l’action des Labiées qu’il comprend semble résulter de l’association de tous les principes médicamenteux qu’il nous a clé donné de reconnaître dans les trois groupes précédents , savoir , l’huile essentielle , le camphre et le principe amer : la Sauge possède de plus des propriétés astringentes dues sans doute à une assez notable quantité d’acide gallique qu’elle contient. Si on ajoute à cela que les trois principes désignés y sont en plus considérable proportion que dans aucune autre labiée , on concevra sans peine les propriétés actives , ies vertus prononcées qui de tout temps ont été reconnues à cette plante. Le Teucrium Marum et le Teucrium Scordium peuvent être placés à la suite de la Sauge. Leur action est du même genre quoique moins énergique.

L’infusion d'une demi-once de feuilles de Sauge prise froide , au mois de juillet , nous a procuré pendant plusieurs heures d’abondantes sueurs avec bouffées de chaleur insupportables , pouls un peu plus fréquent ( G pulsations de plus qu’avant l’expérience ) , mais surtout plus plein et plus développé , agitation rendant le travail intellectuel difficile par l’excès de stimulation sanguine et le sentiment de chaleur général laquelle n’était pourtant pas appréciable au toucher d’une autre personne ; soif vive, sécheresse de la bouche, constipation extraordinaire ; augmentation rapide de l’appétit , un peu d’insomnie qui nous semble devoir être expliquée par l’aèlion de la Sauge.

Le nom latin de la Sauge ( Salvia , de salvare) reste pour témoigner de la réputation prodigieuse dont elle a joui. On l’appelait aussi herbe sacrée, au rapport d’Agrippa et d’après Aétius. L’école de Salcrne a été le dernier écho de celte renommée inconçevablc j elle a consacré dans la Sauge

un breuvage capable d’assurer à l’homme l’immortalité , ce qui , en raison de la forme poétique de l’adage, peut bien passer pour de la longévité : Cur moriatur homo cui salvia crcssit inliorto ? Si nous pouvions , comme l'école de Salcrne , proclamer que la Sauge est le meilleur médicament contre la mort, nous n’aurions rien à ajoute r.

Ce qu’on a raconté des deux espèces de Teucrium que nous rassemblons ici n’est guère moins, merveilleux. Pline rapporte ce qui suit au sujet du Marum : De ce temps même Teucer inventa le Teucrium. Le moyen comme cette herbe fut inventée est tel : Il arriva une fois qu'ayant jeté sur celte herbe le dedans d'une bête , on trouva que cette herbe s’était attachée à la rate et l’avait consumée : pour cette causeplusieurs l’appellent splenion. On dit qu’on ne trouve point de rate aux pourceaux qui auraient mangé la lacine de cette herbe, etc. Il faut avouer que si les propriétés résolutives et désobtsruanles si exaltées du Teucrium Marum sont nées de ce conte, on peut se dispenser de les relever. Nous aimerions mieux croire que le conte a été bâti pour donner plus de crédit à ces propriétés déjà reconnues directement ou par analogie ; car bien que nous ne puissions pas ajouter le témoignage de notre propre expérience à ceux qui de- . puis les temps des premiers empiriques se sont soutenus jusqu’à nous , ces témoignages sont trop nombreux et trop respectables pour qu’on doive les rejeter absolument. Les propriétés physiques et chimiques du Marum sont du reste très-, marquées , et ii n’y a rien d’étonnant que ses propriétés médicales puissent aussi être utilisées dans les cas où nous parlerons de l’emploi de la Sauge. Cuilen, qui s’est appliqué à nier les vertus, spéciales au moins de la plupart de ces plantes , accorde au Marum qu’il est le plus puissant céphalique et antispasmodique desverticillècs. Ce que diL Galien pour attester les vertus alexilères du Teucrium Scordium est presqu’aussi incroyable que la fable précédente , il raconte ,

( d’après des auteurs dignes de foi) qu’ après une bataille , les morts qui étaient tombés sur des pla?ites de scordium étaient moins corrompus que les autres, surtout du côté par lequel ces coips touchaient au Scordium.

Le Scordium a conservé assez de cette réputation de puissant alexipharmaque pour que vers le milieu du 16e siecle , Fracastor en ail fait la base de celte fameuse composition connue sous le nom de diascordium , dont la formule a été Uct

SAUG1-:.

te fois remaniée depuis lors , qu’il est douteux ue cet électuaire mérite encore son titre origiiaire. Maintenant , c'est presque uniquement en onsidération de l’opium qui y figure qu’on en fait tsage. Nous en parlerons ailleurs.

Nous allons nous contenter d’indiquer les proiriétés les plus spéciales et les moins équivoques le la Sauge et de ses analogues parce que l’action énérale que ces plantes partagent avec tous les xcitants sera mieux développée et appréciée dans es applications à l’homme malade lorsque nous mbrasserons le vaste chapitre de la médication x citante.

On sait qu’alexipharmaquesignifie chasse poion et que ce terme a servi autrefois à désigner jus les agents qui préservent des maladies pu- 'ides, contagieuses et infectieuses, et qui passent ussi pour guérir ces maladies. La Sauge occupait n rang important dans cette classe de médicaicnts. Pour nous , les propriétés que nous lui •connaissons encore et qui rentrent dans ce 3nre , ce sont celles dont on peut tirer parti dans : forme muqueuse des fièvres typhoïdes, forme >sez mal dessinée et existant assez rarement u’e , mais plus souvent associée à un état de ngueur et d’éréthisme qui la rapproche beaucoup ; la fièvre lente nerveuse d’Ifuxham , circonance qui est loin de conlr’indiqucr l’usage de la mge et qui la réclamerait bien plutôt. Celte rme tourne aisément à la putridité , et présente ors de grandes analogies symptomatologiques ce le typhus des hôpitaux et des prisons , voire ème avec le typhus oriental. L’infusion de mge ou d’un des Teucrium dont il est question ; imprime plus de résistance et de stabilité au slème nerveux frappé de stupeur et d’ataxie , tive en même temps la circulation et rend de fièvre aux malades, fièvre nécessaire, indispenble dans une certaine mesure sous peine de dérniposilion prématurée de l’organisme eide mort ir empoisonnement miasmatique et défaut de rédion , ou sous peine de prédominance exclusive *8 accidents nerveux et.de mort par réaction vieuse. On peut aussi administrer l'infusion de mge dans la forme purement adynamique de s fièvres. Le dévoiement qu’on pourrait craindre provoquer ou d’entretenir dans ces cas où il isle presque toujours n’est pourtant pas à rester : il y a mieux , c’est que la Sauge et les :oniimn sont propres à le modérer : c’est à opos des fièvres graves qu’JIippocrale parlant la Sauge dit Sa/ cia siccà est : alvum sisiit. lie action antidiarrhéique lui est commune

avec la plupart des aromatiques : du reste ses qualités amères et astringentes peuvent encore y contribuer. L’avantage le moins contesté du diascordium est de suspendre les flux intestinaux.

Une chose qui choque dans l’histoire de la Sauge, c’est que cette Labiée qui est douée de propriétés sudorifiques très-actives , souvent mises à piofit lorsqu’après une exposition imprudente au froid on ressent un malaise, des frissonnements , quelquefois précurseurs de phlegmasies ou de douleurs rhumatismales musculaires , et qu’on veut juger celte fièvre commençante par d’abondantes sueurs , que celle Labiée , disons-nous , soit aussi préconisée pour arrêter les sueurs immodérées et débilitantes. Ce fait n’a pourtant rien de contradictoire ; car il faut prendre garde que les circonstances où on prescrit la Sauge comme sudorifique et comme propre à s’opposer aux sueurs exagérées, sont parfaitement opposées , et que c’est précisément parce qu’elle produit tel effet dans telle de ces circonstances qu’elle produit l’effet opposé dans l’autre. Van Swiélen prescrivait avec succès le vin de Sauge contrejes sueurs nocturnes qui affaiblissent si fâcheusement les individus convalescents de fièvres. Cette indication se présente souvent à remplira la suite des maladies aiguës graves. La Sauge dans ces cas , au rapport de Van Swiéten aussi , diminue la fréquence du pouls. Il dit ne l’avoir jamais vu manquer l’effet qu’il voulait en obtenir et ne pas faire cesser cette faiblesse générale et ces sueurs relâchantes qui en sont un symptôme. Ce grand praticien l’employait aussi dans les galaelorrhées qui persistent après l’allaitement et amènent souvent chez les femmes une véritable fièvre hectique, un marasme auquel quelques-unes succombent. La Sauge, aurait cette propriété commune avec la menthe, mais â un degré plus sûr , sans doute à cause de son action tonique et astringente. Les vertus cicatrisantes delà Sauge sont indubitables , et nous avons vu plusieurs fois les ulcères aloniques des jambes se fermer, se couvrir d’un tissu cutané nouveau par l’application de compresses imbibées de vin euitavec la Sauge et le miel , et même d’une simple décoction de Sauge. Les pansements ainsi faits sont aussi fort utiles aux ulcères scroplnilcux des joues. Il est encore très-certain qu’il suffit de toucher les aphthes des enfants, des femmes grosses avec un pinceau trempé dans une décoction vineuse de Sauge pour les voir disparaître.

Rosen assure qu’on triomphe bien plus sûrement chez les enfants de celle maladie si fait).

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MÉDICAMENTS EXCITANTS

cheuse en donnant à l’intérieur quelques cuillerées d’infusion de Sauge on même temps qu on I emploie lopiquement sur les ulcérations aph l lieuses. Cette infusion est aussi bonne en colluloiie dans les mollesses et les saignements des gencives.

Enfin la Sauge et, à des degrés un peu moins prononcés, le Marum et le Scordium, résumant, comme nous l’avons déjà dit, les propriétés isolées des autres groupes de labiées , constituent une espèce de Thériaque naturelle , et nous paraissent très-bien faites pour remplacer ce vieil électuaire dont nous nous promettons de parler en son lieu. Ces formules générales peuvent nous exempter une foule de particularités , qui nous resteraient à exposer sur celte dernière section, des Labiées.

La Sauge s’administre comme toutes les autres plantes de la même famille.

Nous avons réservé pour la fin ce qui concerne un emploi des Labiées assez commun et dont on peut tirer un assez bon parti ; et si nous n'en avons parlé à propos d’aucune en particulier , c’est que ce mode d’administration se fait ordinairement avec un mélange de plusieurs, mais principalement des plus aromatiques comme la Sauge , la menlbe , la lavande , le romarin , le thym , etc. 11 est question de leur usage sous forme de bains locaux et généraux , et sous celle de sachets appliqués sur la peau ou encore de litière destinée au coucher de certains malades. Ces deux façons de mettre à profit les propriétés excitantes et toniques des Labiées sont applicables aux mêmes circonstances , et si on préfère quelquefois la forme sèche c’est que bien des malades , dans les cas qui présentent celle indication à remplir , ne peuvent supporter les bains , et que la forme humide prolongée combat par le relâchement qu’elle procure les effets fortifiants qu’on veut en obtenir.

L’emploi local des deux manières que nous avons indiquées , est résolutif dans tous les engorgements chroniques dont il aide la lonle et la disparition , et cela surtout dans les tumeurs scrophuleuses , et les abcès froids ; dans les roideurs articulaires avec ou sans gonflement , du rhumatisme chronique ; sur les membres infiltrés passivement dans les convalescences et dans l’anasarque essentiel consécutif à certains exanthèmes , aux fièvres intermittentes , etc. Les bains de Labiées aromatiques et les litières composées avec ces plantes sont utiles aux enfants scrophuleux , chez lesquels les signes de la diathèse slrumcuse dominent les accidents locaux ; chez les enfants

aussi dans les convalescences des exanthèmes qui les laissent si souvent plongés dans le dépérissement et les cachexies les plus difficiles à effacer. On peut se servir aussi de ces modes d’administration dans les cas de tumeur blanche , de carie des vertèbres , etc., en un mot dans tous les étals de l’organisme caractérisés par la faiblesse générale et le relâchement des solides, l’imperfection des fonctions assimilatrices , que ces étals soient spécifiques, comme la diathèse scrophuleuse, etc., ou qu’ils n’aient pas de cachet spécial et soient survenus par le fait de toutes les causes qui peuvent imprimer profondément aux forces nutritives une atonie à laquelle toutes les fondions prennent part. Les bains dont nous venons de parler sont très-faciles à préparer. On fait huit à dix livres de décoction de plusieurs Labiées des plus aromatiques et on jette ce liquide dans le bain.

Quant aux litières , on les compose avec le même assortiment. Il faut que les plantes soienl sèches , ce qui , comme on le sait , n’ôte rien è leurs qualités aromatiques. C’est un caractère propre aux Labiées.

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