MENTHE
Les espèces du genre Mentha de la famille des Labiées sont très-nombreuses. Trois d’entre elles sont surtout connues dans la matière médicale , ce sont la Menthe poivrée , la Menthe crépue et la Menthe pouliol. La première est la plus généralement employée : c’esl le type thérapeutique du genre. Celle plante est vivace , originaire d’Angleterre et cultivée en France. Sa tige a 1 à 2 pieds, dressee, rameuse; les fVuilles sont ovales , dentelées sur les bords ; garnies de poils en dessous ; les fleurs violacées , en épi court et très-serré à l’extrémité des rameaux. La saveur de cette Labiée est très-aromatique, chaude, poivrée et camphrée, laissant dans la bouche une sensation de frais très-prononcée et fort agréable; son odeur est très-diffusible , balsamique , intense . et cette propriété lui reste entière après la dessiccation. La Menthe poivrée contient une huile essentielle extrêmement abondante et une quantité considérable de camphe qui se dépose à la longue, ce que connaissa.ldéjà très-bien Gaubius. La distillation de celle plante a de même rendu du camphre.
L’infusion d’une demi-once de feuilles de Menthe poivreedans deux verres d’eau, bue à la température de l’atmosphère, a rendu notre pouls un peu p lus vif et frequent, la chaleur plus répandue el plus uniforme , notre appétit très-vif , en même temps qu’elle a dissipé un mal de tète que nous ressentions avant de la prendre.
Historique et action thérapeutique.
La Menthe est une de ces plantes qui par la nature de ses qualités physiques , très-sensibles el évidentes a dû être connue et employée dès les temps les plus reculés. Hippocrate la connaissait el paraît s’en être servi à titre d’excitant, car dans son traité du régime dans les maladies aiguës il dit ; Mentha calefacil etnrinam ciet.
MÉDICAMENTS EXCITANTS
Il lui attribue ensuite une propriété sur laquelle nous reviendrons. Dioscorido atteste aussi son action stimulante : la Menthe , dit- il, a la vertu d’échauffer j de resserrer et de dessécher.
C’était surtout comme aphrodisiaque que Galien la vantait, ce qui est d’autant plus surprenant que beaucoup d’auleuys la considèrent comme très-propre à émousser le stimulus des organes générateurs. Vimcalidam habet , dit Aétius , qui ne plaçait pourtant la Menthe que dans le troisième ordre des substances chaudes. Les propriétés excitantes de la Menthe résultent de tous les témoignages ; toujours aussi on a été d’accord sur la spécialité de son action et sur les indications les moins équivoques qui en commandent l’emploi. Sa vertu carminative, par exemple , était si bien constatée à Rome que Martial la caractérise par cet attribut et l’appelle Mentham ructatriceni. C’est en effet contre les maladies spasmodiques flatulentes que sa puissance est saillante et très-indubitable. De plus elle jouit de certains avantages que nous n’avons pas reconnus aux ombellifèrcs aromatiques ; les Labiées ne partagent avec celles-ci que les propriétés anli tlatulentes et anti coliques , mais elles ont de plus que ces dernières une action excitante diffusible qui les rappr oche du camphre et des éthers. Il est nécessaire (pie nous distinguions fidèlement les variétés bien particulières d'états morbides ou d’éléments pathologiques qu’on peut combattre avec les plantes labiées et la Menthe principalement. Ces choses une fois établies à propos de la Menthe nous n’aurons qu’à indiquer les autres labiées succédanées , en mentionnant toutefois à chacune d’elles , lorsqu’elle le méritera , les vertus spéciales qu elle possède indépendamment des propriétés générales de toute la famille. v
Nous avons annoncé la Menthe comme pouvant représenter le groupe thérapeutique des labiées qui semblent devoir leurs propriétés au camphre qui est contenu dans leur huile essentielle. Quand on parle dans la matière médicale des plantes de celte famille, c’est à celte section qu’on rapporte toutes les généralités enseignées sur leurs vertus; et bien que nous convenions que les qualités chimiques et médicinales qui distinguent celle section appartiennent au plus grand nombre des ; labiés et se retrouvent dans une multitude d’autres genres qui possèdent en outre des principes actifs auxquels il faut attribuer une part dans l’action spéciale dont ils jouissent , nous croyons notre division légitime et naturelle ; il sera im-
possible de le nier en comparant les groupes que nous avons établis.
La Menthe poivrée est de toutes les espèces du genre celle qui a les propriétés les plus décidées. Sa diffusibililé la rend applicable à plusieurs étals morbides où nous avons déjà loué l’emploi des éthers et du camphre. Nous citerons en particulier les vomissements nerveux, les gastrodynies spasmodiques, les coliques de même nature et qui ont pour siège l’hypochondre droit et la région des reins. L’infusion de Menthe poivrée réussit aussi à merveille dans ces cas que nous avons indiqués à propos du casloréum et du camphre , et qui consistent en une menstruation douloureuse et difficile qui s’accompagne de frissonnements, de pendiculalions, de spasmes divers et surtout de coliques utérines déchirantes. Celle agréable boisson détermine la répartition plus égale de la chaleur , procure une douce moiteur et fait fluer les règles d'une manière continue et paisible. Les jeunes filles chlorotiques sont sujettes, surtout immédiatement après le repas, à des gastralgies et plus tard à des entéralgies fort vives , l’infusion de Menthe bue en place de thé les prévient ou les dissipe. Prise quelque temps avant le repas, elle provoque un appétit naturel et qui aime mieux se satisfaire avec des aliments légitimes et réparateurs qu’avec les crudités et les acidités dont sont ordinairement avides les chlorotiques. Les palpitations de cœur, les tremblements nerveux , les hoquets , les céphalalgies et les migraines légères , sont, chez ces dernières malades et la plupart des femmes vaporeuses, assez bien calmés par la Menthe eu infusion chaude. Nous avons déjà parlé de sa vertu carminative : c’est surtout dans les flatulences et les météorismes nerveux des sujets que nous venons de spécifier qu’il convient de l’employer.
Comme tisane ou boisson ordinaire elle jouit d’une réputation méritée dans les fièvres nerveuses primitives ainsi que dans les fièvres typhoïdes revêtant la forme nerveuse. 11 faut eu dire autant pour les fièvres catarrhales lorsque domine un élément d’atome générale et surtout des membranes muqueuses; celle boisson habituelle est aussi indiquée dans les fièvres typhoïdes qui prennent Informe muqueuse; telles que celles observées par Rœderer et Wagler. D'excellents observateurs ont assuré que les boissons excitantes s’opposaient à ce que celle forme des fièvres graves contractât vers les dernières périodes le caractère putride et nerveux.
L’infusion lliéiforme de Menthe est de même
ÏIYSSOPE, G ERM ANDRÉE, MARRUBE, LIERRE TERRESTRE.
ne boisson ordinaire très-utile aux femmes anéii<iues qitisont alors tourmentées comme pendant 2s convalescences des graves maladies par une ouïe d’accidents nerveux, d’insomnie, d’inap- >t tence, de dyspepsie, etc. Nous n’avons jamais ait usage d'une autre boisson dans la période de îoncentration du choléra asiatique , et elle est îarfaitement indiquée dans tous les llux excessifs pii paraissent être dominés par un état spasmolique et nerveux, grave et profond , eL au miieu desquels surviennent rapidement la réfrigération , la petitesse et l’irrégularité du pouls, me grande inertie îles fonctions respiratoires, 'extinction de la voix , le sentiment d’une chaeur brûlante concentrée dans quelque cavité .plancbinique , des contractures ou des convoitions partielles , etc. , car ses symptômes. ne sont tas seulement propres au choléra asiatique, mais i tous les flux exagérés, ainsi qu’à certaines espèces de fièvres intermittentes pernicieuses.
La propriété anlilaileuse de la Menthe ne nous 2sl pas connue. Dioscoride l’atteste déjà et de nos ours , un homme forl judicieux , Deshois de Ro- :hefort , la signale encore. Cette propriété consisterait surtout en ceci , que chez les nouvelles iccouchées , la Menihe prise, en infusion et appliquée en fomentations sur les seins empêcherait j ne nouvelle sécrétion de lait, neutraliserait ;elui qui peut exister dans le sang et les autres mmcurs , et s’opposerait aux accidents qui lui îont attribués en entier ou en partie. Ces asservons mille fois répétées depuis Dioscoride ne reposent pas sur une observation bien sévère. Le père de la matière médicale dit que les feuilles de Menthe jetées dans le lait V empêchent de cailler et de se mettre en fromage. C’est de ce fait sans doute qu’on s’esl autorisé pour prescrire la Menthe aux femmes dont on veut faire passer le lait. Ce qu’il y a au moins de certain et ce que nous avons expérimenté, c’est que la coagulation du lait est retardée lorsqu’on y dépose quelques feuilles de Menihe, et en cela nous sommes d’accord avecLaewis quisignalece faitdanssa matière médicale. Nous ne saluions contredire Linné et une foule d’autres auteurs qui affirment que les vaches qui mangent de la Menthe dans les pâturages, ont un lait beaucoup plus séreux. Hippocrate a noté une particularité des effets de la Menthe que la présence d’une assez grande quantité de Camphre dans celte plante porterait à admettre ; il s’agit d’une influence anaphrodisiaque. il s’exprime de la manière suivanle dans le traité de vict, rat, in ac. :Si quis eam ( Mendia- )
sœpè comedat , ejus génitale semen ilà coniques citut efjluat, et artigere prohibai, et corpus imbecillum reddit. Aristote a témoigne île la môme action , peut-être sur la parole d’Hippocrate , et plus lard cependant Dioscoride a parlé de la Menthe comme « d'un breuvage qui incite au jeu d’amour j n ce que Galien a î épelé peut-être aussi sur la foi de Dioscoride. Après avoir pris une forte infusion de Menthe , nous n’avons pas , il est vrai , ressenti ces effets énervants de l’appareil sexuel dont parle Hippocrate ; mais il faut remarquer que nous n’avons pas rempli pour les éprouver la condition exprimée par lui : Si quis eam sœpè comedat , etc. Les effets opposés ne se sont pas montrés non plus.
Les autres espèces du genre Mentha ne nous offrent maintenant rien de bien important à signaler. La Menthe crépue, Mentha crispa , est moins active que la Menthe poivrée , Mentha piperita, dont nous venons de faire l’histoire. La Menthe pouliol , Mentha pulegium, a , dit-on, une action particulière qui en rend l’emploi avantageux dans les toux convulsives et principalement la coqueluche. C’est des Anglais que lui vient cette réputation. On peu t sans risque sur ces documents en faire le véhicule des potions qu’on est dans le cas d’administrer aux enfants atteints de coqueluche et la prescrire même pour boisson.
C’est l’infusion théiforme qui est le mode le plus facile et le meilleur d’administrer la Menthe. Son huile essentielle à la dose de 2 à 4 ou 5 gouttes dans un liquide sucré peut remplacer l’infusion. L’eau distillée peut entrer avec avantage dans une foule de potions excitantes et antispasmodiques. Les bonbons connus sous le nom de pastilles de Menihe suppléent difficilement les préparations que nous venons d’indiquer.
Les autres plantes labiées susceptibles d’être rangées dans ce groupe sont le Romarin, la Lavande, le Stœchas, le Thym', le Serpolet, etc. Mais nulle d’elles n’a des propriétés thérapeutiques aussi marquées que la Menihe ; leur saveur est aussi plus forte cl moins agréable. C’est l’art culinaire qui les revendique surtout.
ÏIYSSOPE, GERMANDRÊE, MARRUBE, LIERRE TERRESTRE.
Ces Labiées forment notre troisième groupe thérapeutique , celui que nous avons dit être caractérisé , indépendamment des qualités dues à l’huile volatile, qualités communes à toutes, par l’existence d’un principe amer assez développé ,
MÉDICAMENTS EXCITANTS
et qui imprime à ces quaire piaules leur action spéciale. L’hyssope conlienl bien encore un peu de camphre, mais elle est plus rapprochée pourtant des Labiées toniques et amères que des précédentes : sa réputation est entièrement établie sur des propriétés qui légitiment la place que nous lui assignons.
Ce que nous allons dire pourra s’entendre de toutes les plantes de celte section ; néanmoins , c’est au Marrube blanc et au Lierre terrestre que nous rapporterons les vertus les plus marquées ; puis , nous nommerons individuellement l’une ou l’autre des quatre plantes quand il s’agira des indications particulières , qu’on pense pouvoir être plus spécialement remplies par chacune d’elles. Les maladies chroniques du poumon , principalement le catarrhe et la phthisie ont donné lieu aux plus grands éloges des diverses préparations de Marrube , de Lierre terrestre et d’Hyssope. La merveilleuse facilité que la découverte de Laënnec a mise à notre disposition pour le diagnostic différentiel des affections de poitrine, doit rendre très-réservé sur la foi A ajouter à tout ce qu’on a raconté de prodigieux touchant l’efficacité du Marrube et du Lierre terrestre, surtout dans le traitement de la phthisie pulmonaire ou dégénéralion tuberculeuse des poumons ; toutefois nous ne prétendons pas annuler tout ce qu’on en a dit et tout ce que l’expérience journalière apprend , sinon de curatif , mais d’utile et de palliatif de la part de ces agents en pareil cas. Si un fait n’est pas douteux pour nous, c’est que la phthisie pulmonaire, moins bien connue autrefois dans ses caractères, ses variétés et ses phases anatomiques, l’était en compensation beaucoup mieux dans son étiologie , ses variétés, ses phases pathologiques, ses indications thérapeutiques et son traitement. Aujourd'hui, quand on a sciupuleusement constaté le degré de lésion pulmonaire, on croit avoir tout fait. Les balsamiques et les amers occupaient dans l’ancienne médecine un rang important parmi les remèdes -opposés à la phthisie. Ne serait-il pas permis de présumer que les Labiées que nous étudions dans celte section doivent en partie leurs effets avantageux dans les catarrhes chroniques et la phthisie , surtout de l'espèce que Morton appelait scrophuleuse , à ce qu’elles sont caractérisées par la réunion d’un principe amer et d'un principe aromatique qui ne manque pas d’analogie avec la partie active des substances balsamiques réputées pectorales et anliphthisiques ? Cette manière devoir nous semble un peu fondée. On sait aussi que le soufre
et ses préparations ont dans les affections en question une efficacité incontestable et que nous appuierons fortement quand nous traiterons de ce corps : il n’est pas alors sans intérêt de noter que l’Iïyssopc, que tous les praticiens emploient dans ces cas , contient une assez grande proportion de soufre uni ù l’huile essentielle et au principe amer , trois agents si souvent combinés avec succès dans la thérapeutique de la phthisie et des catarrhes chroniques pr incipalement. Quoi qu’il en soit de ces rapprochements , l’indication des excitants et des amers s’offre naturellement à l’esprit dans ces maladies où l’organisme en général et les poumons en particulier sont sous l’empire d’une diathèse que développent toutes les causes affaiblissantes et dont les effets et les produits sont d’autant moins rapides et abondants , que l’économie est entourée de conditions et d’influences qui font davantage prédominer une constitution contraire à celle sous laquelle naissent les maladies tuberculeuses. Or, ces conditions et ces influences sont toutes empreintes d’un cachet de débilité , de pauvreté dans les forces assimilatrices , d’un éliolement radical , quelquefois accidentel , plus souvent originaire. On ne fait aucune difficulté d’administrer les amers les plus puissants dans toutes les manifestations de la cause scrophuleuse siégeant ailleurs que dans les poumons , et si par le fait de cette diathèse , des produits pathognomoniques se déposent au sein de ces organes, le praticien s’arrête et change de moyens comme si la maladie avait changé de nature. Nous devons réserver pour une autre partie de l’ouvrage la discussion de l'opportunité du traitement anliscrophuleux dans la phthisie tuberculeuse, traitement qui n’est toutefois applicable qu’avec des modification imporlanles , eu égar d au foyer si délicat de la secrétion morbide. Ce grave sujet trouvera sa place lorsqu’il sera queslion du soufre et des substances balsamiques. Nous pouvons affirmer que dans les catarrhes pulmonaires chroniques et lorsque les catarr hes aigus sont à leur d< clin et se terminent lentement et comme pour affecter le caractère décidément chronique, les infusions et les sir ops des Labiées amères ont une incontestable utilité ainsi que vers la dernière pér iode des pneumonies , alors que toule fièvre et tout aspect péripneuinonique des crachats ayant cessé, il survit encore un peu de toux, d’expectoration catarrhale, que l’auscultation laisse entendre des râles muqueux ou souscrépitants, témoins ou d’une phlegmasie mal