VALÉRIANE
eut l’administrer. Celles qui signalent l’invasion e certains exanthèmes, comme la variole, etc.... isparaissent en même temps qu’apparaît l’érupion. L’établissement des règles fait également omber celles qui précédent , chez quelques jeuies filles non épileptiques , le premier accomplissement de cette fonction , etc. , etc... Dans :ertains cas de plaies de tète, de méningite, l’encéphalite, il y a des attaques épileptiformes, ions le répétons, chez des gens non épileptiques. ;etle importante distinction rend assez bien raion des succès dont on fait honneur a la Valériane dans l'épilepsie. Ceux qui savent combien ont identiques une attaque d'épilepsie chez un épileptique y et une attaque épileptiforme chez m sujet non épileptique concevront très-bien ju’il n’a pas toujours été possible de se défendre le l’illusion qui a induit en erreur un grand îombre de praticiens sur la valeur thérapeutique le la Valériane dans l’épilepsie. Des accès d’hysérie simulant jusqu’à un certain point l’épilepsie ?t guéris par la Valériane ont pu en abuser ainsi 1 in iques autres. On sait de même que les vers iétcrminent souvent dans l’enfance des convulsions épileptiformes ; or la Valériane jouissant :1e propriétés anlhelminliques assez actives , a pu ainsi guérir la forme épileptique en en détruisant l’occasion. Toutefoison pourra l’administrer dans l’épilepsie surtout récente, dans le but d’en éloigner les accès et d’en atténuer la violence ; c’est là lout ce qu’on peut se flatter d’en obtenir : mais il faut l’employer à hautes doses , pendant longlemps , un an cl souvent plus , en en suspendant l’usage de distance en distance pour ne pas fatiguer l’estomac.
C’est surtout aux maladies des femmes que , habilement maniée, s’adresse la Valériane ; mais tellement aux maladies des femmes, que certains cas qui, chez les hommes, paraîtraient, d’après les lois d’une légitime analogie, en réclamer l’emploi? y sont le plus souvent rebelles et cèdent à d’autres anti-spasmodiques, et que les affections des jeunes filles non pubères rentrent dans la même exception : c’est que les troubles nerveux qui occupent surtout la scène moyenne de l’existence de la femme , jaillisenl presque tous de l’utérus , qui semble pendant celle période accumuler en lui toutes les forces vitales et soustraire à l’influence réglée et raisonnée du cerveau les instruments des sensations et du mouvement volontaire pour les livrer au désordre et à l’irrégularité qui caractérisent les maladies hystériques, et cet ensemble d’anomalies fonctionnelles qu’on ne peut
guère mieux désignai' que par le nom d 'étal nerveux, état spasmodique.
Les premiers aperçus un peu consciencieux sur les propriétés de la Valériane* sont enfouis dans deux thèses bien obscures soutenues l’une à Haie, 'l’autre à Amsterdam au commencement du siècle dernier. Leurs auteurs (J. Fréd. Bismarck et J. Fréd. Slancke) l’ont expérimentée dans les cas où elle rend réellement d’éminents services. Plus lard Ilill , Marcus Herz entrevirent sa véritable» action ; mais au lieu de citer des noms d’auteurs lâchons d’apprécier toutes les nuances d’indications auxquelles s’adapte la Valériane :
Quiconque a jeté sur l’hystérie un coup-d’œil véritablement médical a dû y voir une maladiemère qui empreint de son cachet et de sa nature toute la série névropathique qui s’étend depuis la vapeur la plus fugace jusqu’à l’accès effroyable qui avait mérité des anciens la dénomination si profondément vraie de passion hystérique. Cette série est composée d’accidents protéiformes , de manières d’être pathologiques propres à la femme, manières d’êlre si mobiles , si indéterminées que • les nosologistes n’ont pu que génériquement les enfermer dans leurs cadres. Nous éprouvons le même embarras qu’eux et pourtant les praticiens doivent nous entendre. Ce sont ces maladies vaguement indiquées sous le nom de spasmes , de vapeurs , mieux par Tissot, sous celui de maux de nerfs. Chez l’une , ce sont des étouffements, des palpitations, un sentiment de strangulation , un serrement des tempes, etc. , etc. , etc. ; chez l’autre des battements, divers bruits dans la tête, un enchifîrenement passager, des frissons partiels, des bouffées de chaleur au visage , etc... Celle-ci se plaint d’impatiences bizarres , de crispations , d’agacements , qui l’obligent à des mouvements involontaires, à une jactitation avec bâillements . pandiculations, hoquets trop souvent préludes d’accidents pins violents; celle-là accuse de la dysphagie , des borborygmes , des flatuosités , des brûlements d’entrailles , une tympanite, se développant tout à coup et disparaissant de même , des anxiétés précordiales, des frayeurs-paniques, de vaines susceptibilités. Quelques-unes résument ce tableau changeant en deux mots qui aux yeux du praticien en peignent d’une manière assez forte toute les fluctuations ; j’ai mal aux nerfs , mes nerfs sont en mouvement , etc. , etc..... Or ! la Valériane réussit merveilleusement à calmer ces nombreux phénomènes ; et , chose étonnante, y réussit d’autant mieux qu’ils s’éloignent davantage par leur forme et leur intensité diqvé-
A NTI-SP A SMODIQU ES .
ritable accès d’hystérie. Quant à ceux-ci, la Valériane peut en éloigner les retours, en diminuer la violence, mais, nous le répétons , elle les modifie
d’autant plus avantageusement qu’ils sont plus
incomplets et plus bizarres. L’attaque hystérique, portée à un haut degré , laisse après elle diverses affections nerveuses contre lesquelles il est bon d’administrer la Valériane ; telles sont des hémiplégies , des paralysies circonscrites , suitout dt la sensibilité, des fourmillements , des céphalées intenses , des congestions partielles , des flatuosités, des palpitations , des aphonies. Quelquefois , comme lieu commun de tous ces symptômes nerveux très-mobiles, existe un mouvement fébrile, particulier, caractérisé surtout par un pouls fréquent , dur et concentré, la peau d’une chaleur douce et humide, la face fortement injectée et un pende dyspnée. Celle fièvre qu’il nous plaît d’ appeler hystérique , obéit assez bien au médicament dont nous traitons. Il est aussi une des raille révélations de l’état hystérique passées sous silence ou peu observées par les auteurs, qu’il nous a été donné de voir déjà plusieurs fois et que l’usage de la Valériane a complètement fait cesser: c’est un orgasme musculaire infatigable, qui porte irrésistiblement les femmes à se mouvoir, à marcher, en leur donnant le sentiment d’une force invincible et du besoin pressant de se livrer à des exercices pénibles ; prennent-elles alors quelques doses de poudre de valériane , elles sont jetées dans une lassitude et une impuissance musculaire qui leur ôtent toute envie de courir et de s’agiter. C’est comme uné corde vivement tendue, qui tout d’un coup se relâche.
Plusieurs auteurs du siècle dernier attestent son efficacité dans la danse de Saint Gui et ils s’accordent avec nous en ce point que leurs observations ont presque toutes de jeunes filles pour sujets. Slrandberg et Carminati l’ont préconisée dans la migraine , nous ajoutons qu’il ne faut guère y compter que dans celles qui s’associent aux troubles hystériformes que nous avons énumérés. Il en est de même de certaines gastralgies qui reconnaissent cette commune dépendance et dans lesquelles seulement elle est trèsutile. Ces deux affections , surtout la première , entraînent quelquefois à la suite des douleurs vives qu’elles occasionnent , un état spasmodique général qui en réclame aussi l’emploi.
C’est un fait mille fois constaté par tous les praticiens que l’excitabilité nerveuse augmente en raison directe des pertes de sang , ce qui explique la fréquence et l’intensité des maladies
qui en dépendent chez les femmes nouvellement accouchées, abondamment réglées , chlorotiques ou débilitées par des émissions sanguines exagérées. On peut susciter à volonté les troubles nerveux les plus violents par les jeûnes , la diète trop prolongée et les pertes de sang artificielles. Tous ces accidents, si communs depuis qu’on a paru oublier qu’il faut du sang pour régulariser la vie, cèdent à peu près constamment aux anti-spasmodiques et surtout à la Valériane , en attendant que , par un régime analeptique bien dir igé , le sang, cet anti-spasmodique par excellence, sangui moderator nervorum, soit venu apporter aux solides la somme de ton nécessaire au maintien de l’équilibre. Il en est de même pour les phlegmasies , les fièvres , les affections quelconques dans lesquelles inconsidérément ou par l’urgence des indications on a porté très-loin les émissions sanguines: surgissent alors des phénomènes spasmodiques auxquels on pare puissamment avec la Valériane et qui, par leur disparition, permettent à la plilegmasiede se résoudre, à la maladie quelle qu’elle soit d’accomplir heureusement ses périodes ; ce que nous avons vu plusieurs fois pour la pneumonie. A la fin des fièvres continues graves, lorsque l’adynamie et surtout l’ataxie sont venues après des hémorrhagies nasales ou intestinales abondantes, que le ventre est ballonné, indolent, qu’en un mot l’incohérence nerveuse est liée à la faiblesse , il y a tout avané tage et aucun inconvénient à prescrire la Valériane. Nous en disons autant pour les raêmest: symptômes lorsqu’ils apparaissent dans le cours des fièvres exanthématiques , soit par la répercussion de l’éruption, ce qui n’est que trop commun , dans la scarlatine surtout , soit par toute; autre cause marquée d’un cachet de faiblesse ou de malignité.
Si quelques-unes des incommodités qui assié-4 gent les femmes parvenues à leur âge critique sont hyperéraiques et commandent l’emploi desj déplétions sanguines , il faut convenir aussi que souvent l’inutilité, nous dirons même la nocuité de ce traitement assigne à ces dérangements une tout autre cause. Nous avons vu bien souvent ces accidents consistant surtout, en palpitations; en accès de dyspnée, en vertiges, en maux de tête, céder rapidement à l’usage de quelques gros de poudre de Valériane ou de sa décoction prise en lavements.
Puisque cette substance n’influence en aucune manière le système circulatoire et n’a pas d'actioij élective sur l’utérus , elle ne saurait être direc-
ASA FOETIDA
tement emménagogue ; si donc quelquefois elle le devient , c’est médiatement , en faisant cesser des symptômes nerveux qui s’opposaient à l’éruption des règles. Dans quelques dysménorrhées précédées un jour ou deux de gonflements douloureux et non inflammatoires du ventre , elle facilite également le flux menstruel. Les flatuositésqui surviennent après le repas chez les femmes nerveuses , eliez les hypocondriaques , se trouvent bien d’une légère infusion de Valériane.
Après les vertus anti-épileptiques de la Valériane, les anciens auteurs ont surtout exalté son action spécifique dans certaines maladies des yeux. Bismarck commence ainsi sa dissertation : a Dico quod radix Valenanœ hortensis sit cephalic, uterina et ophthalmica .» Il aurait pu, ce nous semble, se borner aux deux premiers chefs. C’est dans l’amaurose commençante, dans l’obscurcissement de la vue ( caligo oculorum) commun aux vieillards, aux hommes de cabinet, à certains ouvriers , qu’elle a été préconisée au point que , dit l’auteur , ocularia a quibusdam nominatur. Etlmuller va plus loin : virtus ejus anii-ophtkalmica non potest satis decantari. Stancke a mieux saisi la nuance d’indication qui peut en légitimer l'emploi dans les affections des yeux, quand il dit : His modo medetur oculorum morbis qui a nervis oriuntur. Sujet lui-même à des éblouissements, à de légères hallucinations, il s’en délivra par la’ Valériane. Mais ces accidents sont plutôt cérébraux que propres à l’organe de la vision. Nous ne ferons qu’indiquer son action anthelmintique parce que nous avons le semen-conlra , la mousse de Corse , etc... ses propriétés fébrifuges, quoiqu’un assez grand nombre de faits rapportés par Bauhin, Bouteille, Miocchi, Carminali, M. Vaidy, permettent d’y ajouter une certaine confiance, parce que nous avons le quinquina et ses succédanés , etc. Junker en parle comme diurétique et diaphorétique dans les exanthèmes rentrés. Dans l’asthme nerveux elle est loin d’être sans utilité comme nous l’avons encore dernièrement éprouvé.
Mindérénus l’employait en épithème sur les membres débilités par d’anciennes affections et sur la tête dans la migraine. Elle a servi à faire des amulettes contre les vénéfices , et suivant Agricola , pour doubler les forces aux combats amoureux. II ne serait pas à la rigueur impossible que son odeur seule ait pu légèrement exciter le système nerveux. On sait ce qu’il faut penser de la propriété qu’on lui a attribuée de faire rendre aux grosses araignées des concrétions
pierreuses souveraines contre les hémorrhagies.
Nous résumons ainsi l’action propre de la Valériane : Médicament fort utile dans la série indéterminable des accidents nerveux qui naissent sous l’empire des affections hystériques et vaporeuses , soit que ces accidents se montrent réunis , soit qu’ils apparaissent isolés.
Préparations, Doses , Mode d’administration.
D’après tout ce que nous venons de dire sur la Valériane, il est inutile d’en fixer les contreindications. Tous les auteurs nous apprennent qu’il n’y a rien à craindre de son administration prolongée et à très-hautes doses. Son action s’use promptement , il faut donc la continuer longtemps en ayant soin de suspendre plusieurs fois dans le cours d’un traitement. De toutes les préparations de cette plante , la poudre ( Pulvis nervicus , anti-pasticus) est , d’une voix commune , la plûs efficace , c’est aussi ce que nous avons remarqué. Elle se donne depuis un gros jusqu’à une et même deux onces en 24 heures ; Tissot et Quarin recommandent d’y mêler un peu de macis pour déguiser sa saveur désagréable.
M. Bouligny , pharmacien à Paris , a préparé un extrait aqueux des plus concentrés, dont il a indiqué le prodéeé d’extraction dans la quatrième livraison du Journal des Connaissances médico-chirurgicales, décembre 1855. On sait que cet extrait entre dans la composition des fameuses pilules de Meglin. Il y a un sirop de Valériane , une bière connue sous le nom de bière céphalique, anti-spasmodique, une teinture éthérée, alcoolique. Ces dernières seront données dans des potions depuis dix gouttes jusqu’à un demi-gros et plus. L’infusion pour boisson se prescrit à la dose d’un ou deux gros de la racine pour huit à dix onces d’eau. La décoction de deux gros à une demi-once pour un lavement ; ce dernier mode d’administration trouve fréquemment son emploi. L’eau distillée fait partie de beaucoup de potions anti-spasmodiques. La grande Valériane ou Valeriana phu Linn. ainsi que la spica ou V aleriana Celica, ne sont pas employées.
ASA FOETIDA
Asa foetida. — Gummi-resina asa fœtida.
Suc gommo-résineux fourni par la ferula asa fœtida (ombellifères) , plante vivace qui croît en Perse. On l’obtient en incisant à son collet, et
ANTI-SPASMODIQUES
après l’avoir dépouillée de ses feuilles, la plante, d’où s'écoule alors un suc blanc , puis successivement jaune et brun par le contact de l’air. On nous l’envoie en pains et alors il est en masses agglutinées, plus ou moins volumineuses, parsemées de points blancs et violets , d’une odeur forte et d’une insigne fétidité , d’une saveur alliacée, àcreet piquante. Dans le commerce on en connaît deux espèces ; une en grains blanchâtres, demi-transparents, plus nets, plus purs, mais moins fétide que celle dite en sorte , dont nous avons donné plus haut les caractères.
Les Perses semblent accuser l’insuffisance de leur idiome , et s’indigner de rester au-dessous delà vérité en décorant cette substance du nom de mets des dieux , tant elle flatte leur palais ! Sont-ils plus ou moins ridicules que les Allemands, qui ont essayé d’en faire sentir l’étonnante puanteur par l’expression énergique de stercus diaboli que chez nous le peuple lui maintient ? Il ne peut rien y avoir de ridicule dans des sensations nécessaires, et indépendantes de le volonté et du raisonnement.
, Action physiologique.
Quand on a pris le parti de faire entrer de gré ou de force les anii-spasmodtques dans la classe des excitants , il y a une formule banale qui s’ajuste à tous : stimule les tissus vivants , augmente l'activité des organes , accélère le pouls , pousse la chaleur et la sueur à la périphérie cutanée , agitation , inquiétudes , vertiges , sans oublier le mal de tête! Comme si après celle servile énumération on était plus avancé pour expliquer les effets thérapeutiques de l’Asa fœtidal Nous avons pris d’une seule fois une demi-once de bon Asa fœtida. Il n’y a eu de changé en nous que l’odeur de toutes nos excrétions qui pendant deux jours nous a tenu au sein d’une atmosphère infecte et rappelant, mais a un degre plus pénétrant encore l’horrible fétidité de celle drogue. En traitant de la médication anti-spasmodique , nous nous réservons d’apprécier à leur juste valeur tout ce qu’ont dil les auteurs sur la manière d’agir de ces diverses substances.
Historique et action thérapeutique.
Le nom de Laser , Laserpitium sous lequel l’ Asa fœtida est désigné dans les ouvrages d’Hippocrate, Dioscoride, Celseel Galien, etc., s’appli-
quait , selon quelques auteurs, à des préparations particulières de celte substance. En admettant celle opinion controversée , mais soutenue avec avantage par des auteurs plus nombreux et d’une autorité plus imposante que ceux qui l’ont combattue , le père de la médecine en faisait un fréquent usage , surtout chez les femmes malades à la suite de fausses couches , à qui il l’administrait extérieurement en topique , en même temps qu’à l’intérieur, le recommandant en outre comme devant faire partie du régime ordinaire. Il en discute les indications et conlr’indicalions et s’étend longuement sur son histoire naturelle. Nous ferons remarquer que le cas particulier dans lequel Hippocrate vante l’Asa fœtida, ne contrarie en rien la nature des propriétés qui, de tout temps , lui ont été attribuées, et s’il nous est permis d’interpréter les règles du sage empirisme qui le guidait alors , nous dirons , comme chose très-probable , qu’à l’aide de ce remède il calmait les accidents nerveux qui accompagnent et suivent si souvent les fausses couches.
Dioscoride, chose bien remarquable, pourrait nous fournir le texte de ce que nous avons à dire sur les propriétés thérapeutiques les plus avérées de l'asa fœtida : selon lui , il guérit la toux , les désordres de la trachée-artère , les altérations de la voix et les maladies hystériques. Ceise assigne aussi à ce médicament une de ses actions les mieux constatées : item lasei'is quamoptimi paulum dèvorareopus est, etc. , dit-il dans son chapitre De Tussi , et plus loin : Lac cum allio coctum , sorbitiones quibus laser sit adjectum etc. Galien semble en redouter l’usage et prétend qu’il échauffe et affecte les conduits de l’urine. Mais il faut dire que de son temps l’asa fœtida était devenu très-rare; que le peu qu’on en avait était falsifié. A celte époque, le hasard en ayant fait découvrir une tige on l’envoya en présent à Néron. Tout cela peut expliquer l’opinion de Galien. Les Arabes, entr’autres Rhazès et Averroès , en ont fait usage; c’est d’eux que ce médicament a été transmis aux moines, de l’école de Salerne, qui lui ont imposé le nom d’Asa ( et non assa ) fœtida.
Cette gomme résine que chez nous son extrême fétidité empêche d’administrer aussi souvent qu’il le faudrait , est dans l’Inde et en Perse le condiment obligé de tous les mets. Joint à l’impression agréable qui le fait rechercher de ces peuples comme objet de friandise, ils y trouvent un bon moyen de favoriser leurs digestions naturellement pénibles et de dissiper les flatulences incom-
ASA-FOETIDA
modes et quelquefois dangereuses produites par le régime végétal et l’abus de l’opium que leur imposent et le climat et les lois religieuses. Les Brames en font une consommation énorme.
L’Asa fœtida s’applique à tous les cas où nous avons dit qu’était utile l’emploi de la Valériane; seulement dans ces circonstances , celle-ci devra lui être préférée ù cause de son odeur moins repoussante et plus fugace , et aussi parce qu’il n’est pas rare que l’Asa fœtida ait une action purgative, ce qu’il est quelquefois important d’éviter. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit en parlant de la Valériane : Nous devons pourtant ajouter que l’Asa fœtida réussira mieux qu’elle dans les accès d’hystérie violents et complets lorsque la maladie aura plutôt le caractère convulsif que vaporeux , lorsqu’elle s’accompagnera surtout de la production incessante de gaz abdominaux, de cette constipation opiniâtre avec coliques propre aux hystériques. Whytt signale chez ces malades un accident qui consiste dans l’évacuation excessive et débilitante d’urines crues et pâles, accident qu’il a guéri par l’Asa fœtida , ainsi que la démoralisation si cruelle pour le médecin dans laquelle l’hystérie fait tomber les femmes; ce même Whytt, qui a si bien connu les maladies nerveuses, recommande encore ce médicament dans les syncopes ou pâmoisons hystériques. Boërhaave, le grand Boérhaave, affirme positivement qu'il ne connaît pas de meilleur anti-hystérique. Foreslus , tout en partageant sur la cause de l’hystérie les idées singulières d’Arétée , n’en assure pas moins avoir donné avec grand avantage l’Asa fœtida au fort de l’accès : Quœdarn , dit-il , solo odoratus Asa fœtidœ per nos excitatœ sunt. C’est aux praticiens à discerner , d’après ce que nous venons de dire , les cas où l’Asa fœtida dans l’hystérie devra remplacer ou suppléer la valériane , sans oublier toutefois que par suite de conditions vitales inexplicables l’un peut produire des effets qu’on aurait vainement attendus de l’autre : vérité générale en thérapeutique , mais surtout applicable aux médicaments qui, comme les antispasmodiques, ont une action purement dynamique et non altérante.
Il est un autre ordre de phénomènes morbides, dans le traitement desquels nous avons pu plusieurs fois sanctionner de notre expérience l’expérience passée : nous voulons parler des maladies nerveuses des organes respiratoires. Et d’abord dans l’asthme essentiel , c’est-à-dire celui qui ne reconnaît pas (mur cause une lésion or-
ganique appréciable du cœur ou des [>oumons , V Asa fœtida a souvent , sous nos yeux, produit de bons et incontestables effets. Si c’était ici le lieu , nous pourrions étayer notre assertion d’observations péremptoires.
Chez les hommes irritables , et chez lesquels un commencement de lésion organique du cœur détermine des étouffements , des palpitations et un état spasmodique général disproportionné avec le degré de l’altération matérielle , les lavements d 'Asa fœtida ne sont pas sans avantage. L’expérience clinique nous permet d’avancer que dans les affections catharrales où les symptômes nerveux, comme cela est assez fréquent , jouent le principal rôle , on n’en obtient pas de moins bons effets. S’il n’est pas permis d’espérer de ce moyen la guérison entière de ces catarrhes suffocants qui, l’hiver, parle seul fait d’un abaissement soudain de la température , font périr de la veille au lendemain les vieillards porteurs d’anciennes bronchorrhées, on peut certainement en affaiblir le danger, et rendre ainsi possibles et efficaces les ressources ultérieures de l’art ou de la nature.
Millar ne tarit pas en éloges sur les vertus de l 'Asa fœtida dans la maladie qu’il a appelée asthme aigu ( angine striduleuse , enchiffrénement de la glotte , de M. Bretonneau ) ; il l’administre toujours alors , à moins de vomissements trop violents et de diarrhée. Yoici la formule : Asa fœtida , deux gros; esprit de Minder, une once; eau de Pouliot, trois onces. Les enfants, prétend-il , finissent par le prendre sans répugnance , et même avec plaisir. En même temps il le donne en lavement de la manière suivante : Asa fœtida, deux gros; décoction simple, trois onces ; huile d’olives , une once. Nous ne nions pas les succès de Millar , pourvu qu’on ne nous empêche pas d’ajouter que l’asthme aigu des enfants cède, le plus souvent, à tous les remèdes , ce qui revient à dire qu’il guérit sans eux. Mais quand Millar publie de semblables résultats dans des cas de croup; quand il affirme que dans une épidémie de croup , aucun enfant ayant pris de Y Asa fœtida n’a succombé , nous ajournons notre assentiment jusqu’au jour où les observations de l’auteur anglais seront revêtues de leur seul cachet authentique , nous voulons dire la mention des fausses membranes , sans laquelle le mot croup n’a aucune valeur.
Beaucoup d’auteurs , et Kopp en particulier , ont vanté 1 Asa fœtida dans la coqueluche : ses avantages , en pareil cas , sont incontestables
ANTI-SPASMODIQUES
quanti ils ne sont pas détruits parla difficulté de le faire prendre aux enfants, qui y répugnent trop en potion , et ne peuvent le conserver en lavements. Nous en conseillons beaucoup l’usage dans la toux férine des femmes nerveuses , où les praticiens auront cerles plus à s’en louer que des sangsues sur le trajet de la trachée , traitement qui , sans parler des traces indélébiles qu’il laisse aux femmes , augmente presque toujours leurs accidents.
Les flatuosités des vieillards , des hypocondriaques, la constipation invincible des premiers, réclament très-souvent les lavements d ’Asafœtida. Une longue expérience en a irrévocablement fixé l’utilité dans ces circonstances , ainsi que dans les palpitations des chlorotiques.
C’est un des moyens qui ont le mieux réussi à Hildenbrand , dans le traitement de la période extrême des troubles nerveux du typhus irrégulier. Quant à ses propriétés emménagogues , nous les lui accordons au même titre qu’à la valériane.
En lisant la Matière médicale de Cullen, nous voyons tout ce que nous avons dit d’important sur YAsa fœlida confirmé de la manière la plus formelle par l’opinion de cet illustre médecin.
Nous passons sous silence les avantages qu’on dit avoir retirés de YAsa fœtida à l’extérieur contre les caries, les tumeurs indolentes , etc. ; parce qu’à cet égard , nous ne pourrions être qu’historiens. Il en est de même de son action anthclmintique préconisée par plusieurs auteurs, et en particulier par Fréd. Hoffmann. On se figure aisément que nous ne saurions ni ratifier , ni contredire les vertus fébrifuges que Bergius a reconnues à cette gomme résine , dans des cas où avait échoué l’écorce du Pérou, qui, jusqu’ici, ne nous a pas encore été infidèle.
Le même défaut d’expérience personnelle nous commande la même réserve sur ses propriétés anti-goutteuses et anti-syphilitiques. Quand les praticiens, guidés dans l’emploi de YAsa fœtida d’après les indications qne nous venons de leur fournir , se seront convaincus des services qu’il peut leur rendre, ils apprécieront à leur juste valeur les assertions au moins insignifiantes émises par certains auteurs sur les anti-spasmodiques et sur YAsa fœtida en particulier.
Nous nous résumons ainsi: Médicament antihystérique , possédant les propriétés de la valériane , utile de. plus qu’elle dans les coliques venteuses avec constipation, et surtout dans les affections nerveuses des organes respiratoires.