‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 60 sur 242 · CAMOMILLE · texte numérisé non relu

CAMOMILLE

filons de celte latitude pour en parler ici. Nous on avons d'autant plus le droit, <pte les états morbides qui en réclament l’usage sonl en partie les mêmes, en partie analogues à ceux que nous avons rappelés à propos des ombellifères et des Labiées.

C’était le quinquina de l’antiquité, et maintenant que la matière médicale possède un antipériodique beaucoup plus sûr, elle nous reste avec des propriétés excitantes spéciales dont la plus intéressante et la moins incontestable est la propriété stomachique. Cette qualification n’appartient pas, comme on l’a dit, à tous les médicaments propres à guérir les maladies de l’estomac: la saignée, le vésicatoire, une affusion froide, etc., ne mériteront jamais le litre de stomachiques qui n’est applicable qu’aux remèdes qui, administrés par la bouche, sonl capables d’imprimer directement aux forces composées du ventricule le degré d’énergie suffisant pour l’accomplissement de ses fonctions, lorsque ces forces sont dans une inertie idiopathique, constituant essentiellement la maladie ou bien encore lorsqu'elles partagent la débilité générale de l’organisme, et que cette débilité présente des indications pour ies médications tonique ou excitante. Si nous nous abstenons de discuter ici la nature et l’importance de ces indications, c’est qu’elles doivent faire l’objet d’une des sections les plus principales de la médication excitante , celle où seront examinés les divers étals morbides des voies digestives et de l’estomac en particulier dans leurs rapports avec les agents de celle méiicalion. Nous ne devons nous occuper maintenant que des propriétés de la Camomille qui lui sont propres et ne résultent pas nécessairement de son action stimulante.

La plus importante de ces propriétés est la propriété fébrifuge. Nous avons déjà fait sentir qu’avant la découverte de l’écorce du Pérou , on se servait beaucoup de la camomille pour suspendre les accès des fièvres intermittentes. Lien que ni Hippocrate ni Celse ne mentionnent celte plante , on voit que ses vertus fébrifuges ont été très-anciennement connues, car Galien rapporte que les sages de l’Égypte qu’on appelait Mages la dédièrent au soleil à cause de son insigne efficacité contre les fièvres. De son côté , Dios- :oridc recommande de pulvériser les fleurs de Camomille, et d’administrer celte poudre pour '>ter les accès de fièvre . Suivant Aetius , un égyptien nommé Néchepson, le même sans doute lue .Malliiole appelle Nichessor , veulp our guérir

les fièvres, qu’on frotte le malade de la tète aux pieds avec de l’huile de Camomille. Mais la condition qu’il exige , de le bien couvrir ensuite et de provoquer d’abondantes sueurs , infirme la conséquence qu’on pourrait tirer ici en faveur des qualités fébrifuges de la Camomille, puisque les bains de vapeurs et les puissants sudorifiques ont été quelquefois prescrits avec succès pour détruire des fièvres intermittentes qui avaient résisté à tous les autres remèdes.

Ce qu’il y a de bien singulier dans l’histoire de quelques fébrifuges indigènes et de la Camomille en particulier, c’est qu’ils manifestent leur puissance dans les cas où l’anti-périodique par excellence, le quinquina a complètement échoué. On aurait tort de conclure de ces faits exceptionnels que la Camomille et ses analogues combattent plus énergiquement les fièvres d’accès que le quinquina et doivent lui être préférés: mais il faut avouer que certains organismes ou certaines fièvres ne sont pas modifiables par cet agent thérapeutique et ne résistent pas à tel ou tel , la Camomille par exemple ; non que celle-ci soit plus héroïque , mais parce qu’elle est autre , et que l’inertie apparente du quinquina n’est ici que relative à une idiosyncrasie , de même que i’acti vite apparente de la Camomille n’est relative qu’à celte même idiosyncrasie. C’est ainsi qu’un simple changement d’habitation, une légère émotion morale, font cesser une habitude fébrile que n’avaient pu atteindre les plus fortes doses de sulfate de quiquine. Il est intéressant de remarquer que ces fièvres si réfractaires et si bizarres quant à l’agent thérapeutique spécial qui a pouvoir sur elles, ne sont guère celles qui se développent sous l’influence des émanations maiécageuses, mais bien plutôt les fièvres des grandes villes et des personnes nerveuses. Un giand nombre d'habitants des campagnes où régnent endémiquemenl les fièvres intermittentes s en préservent et s’en débarrassent pourtant assez bien à l’aide de poudres et de décoctions amères et excitantes: mais les moyens singuliers dont nous venons de parler et qui sont hors du domaine de la matière médicale échouent contre les fièvres miasmatiques et ne sont guère heureux que contre celles qui naissent indépendamment de cette influence et qui sont d’autant moins régulières qu’elles s’éloignent davantage des conditions étiologiques qui produisent les premières. Des auteurs graves et versés dans la connaissance des fièvres intermittentes ont obtenu avec la Camomille la guérison parfaite de

M ÉDICAM ENTS EXCITANTS.

pyrexies périodiques bien caractérisées. Nous traversons , parce qu’elles pourraient paraître peu authentiques, une foule de relations de ces cures opérées depuis les premiers essais faits avec la Camomille jusqu’au temps où la découverte du quinquina a appelé plus attentivement les observateurs vers l’élude des fièvres intermittentes , et nous arrivons h l’illustre R. Morton , qui , comme tous les praticiens de la fin du 17e siècle , vivant , si nous pouvons ainsi dire, sur les limites du règne des anciens fébrifuges et des premiers succès du nouveau spécifique, a dû fréquemment se servir de l’un et de l’autre, il raconte qu’un de ses collègues, Llysha Coyth lui affirma avoir souvent éprouvé l’insigne efficacité des Heurs de Camomille finement pulvérisées , qu’il regardait comme aussi sûres dans le traiteleinent des fièvres intermittentes que le quinquina lui-même. Pour son propre compte, il avoue ne jamais avoir employé ce remède seul et pur, mais en avoir obtenu de remarquables avantages en l’associant h d’autres substances d’après les proportions suivantes.

Floruni chamœmeli subtiltssiniè pulverisatoruvi (plus minus pro œtate ) scrupulum unum ,* Antimonii Diaphoretici , salabsynthii} utriusque, scrupulum dimidium ; pu loi s sumendus in haustu pissetalœ vel cujuscumque julapii temperati ; cuit in formant boli cum syrupo caryophyllorum , vel in formant pilularum cum mucilagine redactus , sextâ quâque horâ per biduum vel triduum repetsndus.

Ainsi administrée , la poudre de fleurs de Camomille a procuré à Morton des cures que n’avait pu produire l’écorce du Pérou. 11 en cite trois exemples frappants, dignes d’être notés surtout ù cause de la circonstance de l’impuissance bien constatée du quinquina (postquani diù et ad nausearn risqué vires corticis peruviani irritas expertœ fuissent ) , et Morton dont la conviction était bien arrêtée sur l’incomparable efficacité de sa chère écorce du Pérou , se faisait un devoir de n’user de succédanés qu’après avoir suffisamment reconnu son inertie tout exceptionnelle. Le passage où il fait celle déclaration est assez curieux et assez grave pour que nous nous décidions à le donner ici : fatcor equidem , me nunqucim (quod scio ) in quocurnque alio febre intermittente laborctnle hujus rcmedii periculum fecisse , quippè vix unquàm ( si reciè merninerim ) , prœlerquàm in hisce tribus œgrotaniibus , antidot us ilia

herculea , cortex peruvianus spem meam fe fcllit , proindèque ncc licilumnec décorum esse diixi in humano corio experiundi gratiâ ludere, et certo atque experto rcmedio mugis incertum et miniis cxploraUnn prœferre.

Utcumquc formulant ejus describere , in guisiam curiosorum operœ pretium duxi, ut ii possint , modo velint , experiri , nùm hoc etiani sit certuni fcbrifugwn , vel suite m , nùm ( u,t rnihi evenit) vires corticis déficientes supplerc gueat. Ces paroles de Morton peuvent servir de règle de conduile dans l’appréciation des nombreux anti-périodiques et de leur valeur thérapeutique relative à celle du quinquina , ainsi que dans l’opportunité de leur administration contre les fièvres intermittentes; aussi F. Hoffmann nous paraît-il plutôt tomber dans une inconcevable exagération , résullat d’une observation éphémère, qu’émettre le fruit d’une expérience solide, lorsqu’il prononce dans sa dissertation De Mille folio , que la Camomille l’emporte sur le quinquina dans le traitement des fièvres rebelles , longé tutiùs quàm ipsa tantoperè commendata China quœ ex remoto Pcruviano regno ab aliquot indèjàmannis ianto pretio reilempta fuit. Hoffmann est ici dans l’erreur de ceux qui croienlque tel anti-périodique mérife plus de confiance que le quinquina, parce que celui-ci s’esl montré infidèle dans des cas ou un succédané a suffi pour remplir l’indication. Nous ajoutons que ce grand génie est quelquefois d’un enthousiasme et d'une crédulité impardonnables.

Un fait bien remarquable , c’est que tous les auteurs qui ont vanté les vertus fébrifuges de la Camomille ont constamment indiqué la poudre des fleurs de celte plante comme la préparation la plus efficace : rappelons-nous que üioscoride, après avoir énuméré plusieurs modes d’administralion de celte plante , tels que l’infusion comme ami-colique, emménagogue et diurétique, les fomentations avec la décoction comme résolutives , les onctions avec l’huile de Camomille comme cicatrisantes, sous forme de collutoire contre les ulcères de la bouche, etc. , etc. , etc. , finit par dire: on les réduit en poudre pour ôter les accès de fièvre. Mais les particularités qui sont le plus à noter, sont l’activité de cette poudre dans le cas d’insuccès du fébrifuge ordinaire ( quandà cortex frustra fucrit tentalus ), activité manifestée surtout alors que les accès sont peu réguliers , que la fièvre n’est pas née sous l’influence miasmatique des pays maréca-

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