‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 72 sur 242 · CUBÈBE OU POIVRE A QUEUE · texte numérisé non relu

CUBÈBE OU POIVRE A QUEUE

Piper Cubeba , fructus Piperis Cubebœ. Les saies du Cubèbe diffèrent de celles du poivre noir ?n ce qu’elles sont plus grosses , munies de leurs aédicelles , et renferment une amande jaune, Jure, entourée d’un épiderme brun, d’une odeur aromatique et d’une saveur chaude, amère et nquante, moins cependant que celle du précélent. Indépendamment de l’huile essentielle, ce èoivre contient , suivant Vauquelin , une petite juantilé d'une résine assez analogue au copaliu linsi que d’autres principes et quelques sels.

Le Poivre cubèbe jusqu’à nos jours n’avait été Pn possession que d’une action thérapeutique ondée sur ses propriétés excitantes générales, lorsque très-récemment , l’empirisme lui a fait prendre un rang important dans le traitement d’une affection fort commune et fort opiniâtre , affection que rationnellement cet agent devrait horriblement exaspérer. Il est question de la blennorrhagie , même la plus nouvelle et la plus aiguë. Les Indiens employaient depuis longtemps le Cubèbe dans le traitement de leurs gonorrhées, lorsqu’un officier anglais affecté d’une blennorrhagie rebelle à tous les moyens , en fut délivré par un Indien son domestique à l’aide du Poivre Cubèbe. Telle est l’origine delà réputation général et bien méritée de ce médicament, l’un des moins incertains dans la thérapeutique de la blennorrhagie.

L’Angleterre fut d’abord témoin de ses succès vers l’année 1 8 IG. Les docteurs Crawford et Barclay se disputent l’honneur de celte utile importation. Le professeur Delpech annonça le premier ses vertus chez nous , dans un petit mémoire inséré dans la Revue médicale du mois de septembre 1818. Ce chirurgien distingue ainsi que tous les praticiens qui ont commencé la réputation du Cubèbe chez nous et à l’étranger, ont proposé de l’administrer de la manière suivante : un gros le matin une heure avant déjeuner, de ce poivre réduit en poudre , un deuxième gros à six heures du soir et un troisième en se couchant. Ils oui exigé comme condition essentielle la continuation du remède après la suppression de l’écoulement pour prévenir les récidives , comme on le sait, si communes. On a noté que la disparition des accidents avait lieu dans l’ordre suivant , observation du reste dont nous avons nous-même plusieurs fois eu occasion de vérifier l’exactitude: Les douleurs spontanées et surtout déterminées par l’action d'uriner; la rougeur, le gonflement du canal et de son orifice sont d’abord dissipés et le premier amendement se fait sentir , terme moyen , au bout de 48 heures, puis la matière blennorrbagique dépouille successivement ses caractères virulents et de produit de catarrhe aigu pour revèlirdes qualités plus douces, plus blennorrhéiques ; et enfin celle sécrétion, qui n’est plus alors que la sécrétion urélrale normale quant à sa nature, mais très-exagérée, finit par revenir à sa quantité ordinaire , c’està-dire , se supprime absolument en tant que sécrétion morbide.

Les propriétés connues du Cubèbe avaient de prime-abord fait redouter ce violent excitant au début des chaudepisses , surtout de celles qui s’accompagnent alors d’un appareil inflammatoire très-développé ; mais l’expérience et une expérience maintenant formée par des milliers de faits, est venue faire taire cette appréhension rationnelle , et l’on a été jusqu’à dire, ce que notre observation nous a appris être fort exact , que le Cubèbe avait d’autant plus d’action qu’il était employé à une époque plus rapprochée du début et dans les blennorrhagies, qui en apparence semblaient le plus répugner à son usage. Hâtons-nous de dire que les blennorrhagies qui par l'intensité des phénomènes inflammatoires, la tuméfaction horriblement douloureuse du pi n is , 1 abondance et la virulence de l’écoulement, la fièvre qui s y joint quelquefois, que ces blennorrhagies , disons-nous, en apparence si

MÉDICAMENTS EXCITANTS

Graves et si redoutables , le sont en général beaucoup moins, s’apaisent et se terminent bien plus facilement que d’autres blennorrhagies qu’on croirait au caractère mitigé de leurs symptômes, à la presque nullité de réaction locale et générale qu’elles suscitent , surtout à l’absence de douleurs , de dysurie et à l’aspect bénin de l’écoulement souvent fort peu abondant qui seul les indique, qu’on croirait légères et simples à combattre. Il est donc juste de faire moins de cas de la guérison rapide et parfaite des cliaudepisses de la première espèce et de moins s’écrier sur la puissance du Cubèbe; bien au contraire , quand par son aide on vient à. bout de celles que nous avons signalées en dernier lieu , c’est alors qu'on est en droit d’exalter ses éminentes propriétés , car cette maladie est une des plus rebelles, des moins disposées à cesser spontanément ou par le fait d’un traitement quelconque , enfin des plus susceptibles de récidiver que nous connaissions. Elle est le désespoir des malades et plus encore des médecins.

Il faut que l’utilité du Cubèbe soit bien incontestable dans cette maladie et surtout qu’elle l’emporte bien évidemment sur celle du traitement antiphlogistique, pour que les médecins et les chirurgiens de notre époque, (pii sont les plus ardents défenseurs du pbysiologisme , et qui ont introduit celte doctrine thérapeutique dans le domaine de la chirurgie, soient les premiers à préconiser ce moyen si bien fait pour répugner à leurs habitudes et à leurs opinions, moyen surtout si empirique. Nous disons empirique , car malgré l’action révulsive ou dérivative qu’on prétend qu’il exerce sur le tube digestif ou sur la peau au bénéfice du catarrhe urétral , nous ignorons parfaitement le mécanisme physiologique par le moyen duquel le Ciibèhe à hautes doses guérit si bien la blennorrhagie, et c’est précisément celte impossibilité où l’on est de saisir le phénomène intermédiaire entre l'ingestion du Cubèbe et l’amendement ou la suppression de l’écoulemeiil blennorrhagique, qui constitue cet agent , agent spécifique , comme nous l’avons exposé ailleurs. D’ailleurs rien n’est variable et faillible comme l’action que ce remède exerce sur le tube digestif. A quelques individus il donne des coliques , un peu de dévoiement. Mais à une foule d’autres, et ce sont les cas les plus nombreux , il ne cause aucun accident de ce genre. L’éruption qu’il développe quelquefois à la peau est encore bien plus rare et insignifiante. Nous le prescrivons encore actuellement à deux malades qui

n’en ressentent que de la constipation et un appétit insatiable ; chez l’un d’eux pourtant la guérison est ù peu près achevée , chez l’autre elle est définitive.

On a essayé d’administrer le Cubèbe en injections. Pour cela, le docteur Will s’est servi d’une infusion faite avec une once de Cubèbe en grains pour une livre d’eau en ajoutant 24 grains d’extrait de belladone. Ce mode d’administration lui a réussi surtout dans les gonorrhées les pins douloureuses.

Un médecin anglais , le docteur Iiriighton , a consigné dans le Bulletin des sciences médicales , tome 1 , pages 95 , un résultat si alisLique des guérisons qu’il a obtenues dans la blennorrhagie traitée par le Cubèbe. Ce résultat est le suivant: Sur 50 malades, 10 ont été guéris après un traitement de 2 à 7 jours ; 17 , de 8 à 14 jours ; 18 , de 15 à 21 jours ; 1 , le 55e jour ; les 4 autres malades n’ont obtenu aucune amélioration. De pareils cliiffres sont bien favorables dans une affection aussi difficile.

La question de savoir s’il faut faire précéder l’administration du Poivre Cubèbe , de l’emploi de la saignée générale, des sangsues au périnée, des bains généraux , des boissons délayantes , lorsque sont Irès-développés les accidents de réaction fébrile et d’inflammation , de lurgpscence, de douleurs locales, celle question est embarrassante à décider. U y a ici une mesure à observer: c’est de ne pas voir l’indication des émissions sanguines dans une rougeur , une chaleur , une tuméfaction , une douleur en urinant ou pendant les érections , un écoulement verdâtre, épais, abondant et même quelques troubles généraux , lorsque tous ces phénomènes ne sont pas portés à un degré disproportionné et qui fasse craindre de fâcheuses complications ou bien l’impossibilité de la part du tube digestif vivement injecté et surexcité par le fait d’une violente réaction fébrile , de supporter sans risque de hautes doses d’un agent fort irritant. Si quelques phénomènes inflammatoires locaux existent, nous le répétons, qu’ils ne soient pas la contreindicalion de l’emploi immédiat du Cubèbe , mais qu’ils le. deviennent lorsqu’il y aurait des inconvénients à courir pour l’organisme en général et pour les organes génitaux en particulier, si on ne faisait tomber un orgasme inflammatoire et fébrile exagéré , constituant ainsi développé un élément thérapeutique méritant une attention séparée, sauf, lorsqu’il est enlevé par des moyens directs et appropriés , à combattre ù l’aide du spécifique , le Cubèbe , la bien-

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HAI FORT SAUVAGE. - COCllLK.'

torihagie réduite à un plus grand étal de simdicité , à des conditions plus favorables au sucrés de ce spécifique.

M. le professeur Velpeau, qui a beaucoup ïxpérinienlé le Cubèbe dans la blennorrhagie el e préfère au copahti à cause de l’irrilafion ;aslro intestinale moins vive qu’il détermine; pii du reste en regarde les effets comme plus ùrs , plus prompts , l’administre des deux matières suivantes : Il fait suspendre un gros et •emi de Cubèbe en poudre dans une lasse d’inusion de tilleul édulcorée avec le sirop de forame. Le malade doit avaler celte boisson rès-rapidement . puis avoir toute préparée une titre tasse d’eau sucrée ou d’un autre liquide grcable pour se rincer la bouche. La Idcnnorhagie disparaît ordinairement au bout de 4 il 5 ours avec ce mode d’administration du cubèbe , [ui se fait une à deux fois par jour, selon les cas. lais il ne faut pas s’en tenir là , car l’écoulenenl récidiverait. On doit rester deux ou (rois ours ù cette dose, malgré la cessation du flux jonorrhéique . puis n’abandonner l’usage du mbêbe qn’après en avoir successivement diminué les doses jusqu’à réduction d’un demi-gros :l d'un quart de gros. Le même praticien , pour :viter l’action quelquefois difficile à supporter lu Cubèbe par certains estomacs, l’a donné en avements avec le même succès que par la touche, li fait alors suspendre 2 gros de Cubèbe en mudre dans 5 à 6 onces d’un liquide oléagi- :eux. Ce mode d’administration a réussi à 'autres médecins. On peut , et nous prescrivons ouvent le Cubèbe de cette manière pour emèçber qu’il ne reste dans la bouche et entre les cnls , en former une espèce de confiture ou i opiat en le liant à l’aide d’un sirop agréable quelconque. On en compose alors des bols plus •u moins gros , plus faciles à avaler en masse pie la poudre non liée ou simplement suspendue m dans liquide. Il y a tout avantage à porter de mite Irès-bau l la quantité de ce médicament, à le tonner , par exemple , à la dose de 3 à 4 gros var jour, en ayanL soin d’y rester jusqu’à gué- •ison ou grand amendement , puis de le conlimer quelque temps en décroissant successivcnent les doses, comme cela est recommandé >ar tous ceux qui ont manié cet agent thérapeutique. S’il détermine de trop vives coliques »u une diarrhée exagérée, il faut en suspendre .'usage, combattre les accidents, et revenir à «ne administration plus modérée j le tube diges- ■if s’y habitue promptement.

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