ALCOOL, TINS
L’Alcool ou Esprit de \w}Spiritus Uini^sl
MÉDICAMENTS EXCITANTS
un liquide léger , volatil , inflammable , qui se développe dans l’acle même de la fermentation du sucre ou des matières sucrées, existe tout formé par conséquent , ainsi que l’a établi M. Gay-Lussac, dans le produit vineux <pii en résulte et d'où on l’extrait par la distillation. Ce produit de l’art est composé de carbone, d’hydrogène et d’oxygène. Arnaud de Villeneuve est celui à qui on en attribue la découverte. (Mérat et de Lens. )
Tous ses autres caractères sont trop bien connus pour que nous les énumérions. Il est soluble dans l’eau en toutes proportions et peut dissoudre lui-même une foule de corps insolubles dans l’eau , tels que les huiles, les résines, le camphre, la plupart des matières colorantes, une certaine quantité de soufre et de phosphore. Certains acides le transforment en éther. Il précipite de leurs solutions certains sels calcaires, la gomme , l’albumine , le sucre de lait , etc. Parfaitement rectifié , c’est-à-dire privé d’eau et de la petite quantité d’acide acétique , d’huile et de principe extractif qu’il renferme toujours lorsqu'il n’a pas subi celle opération , il marque 42° à l’aréomètre de Baume et pèse 0,795. On le nomme dans ce cas absolu , sec , anhydre. Il est bien rare qu’on l’emploie aussi concentré. Celui du commerce ne marque au même aréomètre que 52 à 56° L’eau-de-vie commune n’est que ce dernier alcool assez affaibli pour ne plus marquer que 10 à 22". Celle qu’on emploie ordinairement en poisson es,t retirée du vin par la distillation. Sa couleur dorée lui vient ou de l’addition d’un peu de caramel ou de la matière extractive des tonneaux en chêne dans lesquels on la conserve longtemps. On retire aussi l’alcool de ia canne à sucre , de la pomme de terre , etc. Outre le vin , beaucoup de boissons fermentées , telles que la bière , le cidre, le poiré, contiennent ce principe.
Nous regardons comme superflu d’analyser ici les effets physiologiques de l’Alcooleldes liquides dont il constitue la partie essentielle et active. Chacun les connaît depuis la simple et agréable stimulation du système sanguin et des centres nerveux jusqu’à l’ivresse crapuleuse , le carus , la mort apparente en passant par tous les degrés intermédiaires à ces deux termes de l’excitation, savoir : d’une part, l’heureux et légitime essor de tous les appareils organiques ; de l’autre , leur embarras progressif, la rupture de leurs sympathies . la torpeur envahissant bienlôl les plus intimes , puis l’extinction du mouvement vital par
oppression des forces qui l’entretiennent , ou pour parler avec Brown , mort par faiblesse indirecte.
Il appartient aux auteurs des traités de pathologie de dire , avec ce qui précède, les effets de l’Alcool et des boissons spirilueuses , non plus prises rapidement en grande quantité, mais leur influence sur l’économie et les divers organes lorsqu’on en a abusé pendant une longue suite d’années , en un mol de décrire les maladies des ivrognes en tant que produites directement par leurs excès , et les maladies de ces mêmes individus qui quoique n’étant pas le résultat immédiat de leur funeste habitude, se trouvent modifiées et aggravées par la diathèse que celte habitude a imprimée à leur économie. Quant aux altérations fonctionnelles ne constituant pas à proprement parler des états morbides , quant aussi aux tempéraments accidentels que développe insensiblement l’abus des ces boissons , leur connaissance est aussi trop universellement répandue pour que nous nous en occupions.
La posologie de l’Alcool , ses modes d’administration n’ont rien de fixe et d’absolu. Ces choses sont passées dans le domaine vulgaire et il serait oiseux de nous y arrêter.
Autant nous aurons à parler du Vin en général et de ses diverses espèces en particulier dans nos éludes sur la médication excitante , autant ici notre tâche est bornée.
On sait assez que le Vin est une liqueur alcoolique qui résulte de la fermentation du suc du RAISIN , fruit du Vitis Vinifera , arbuste sarmenteux , originaire de l’Asie et généralement cultivé dans le midi de l’Europe.
Les Vins ont d’autant plus de bouquet qu’ils appartiennent à des pays [dus chauds.
La différence de leurs propriétés les a fait distribuer en trois classes principales: 1° les Vins astringents ou secs ( Vins d’Alicante , de Bordeaux , de Bourgogne , de Xérès , de Madère , etc. ) , cette propriété et leur saveur austère leur viennent probablement d’une petite quantité de tannin qu’ils contiennent ; 2° les Vins sucrés (Vins de Malaga, de Rota, de Rivesalte , de Lunel , etc. ) 5° enfin , les Vins mousseux tels que le: Champagne. Ces derniers contiennent dissoute! une grande quantité d’acide carbonique ; on les i met en bouteille avant la fin de leur fermentation.
L’analyse chimique des Vins donne à peu de chose près les mêmes éléments. L’Alcool leur imprime leurs qualités cordiales et diffusibles. Nous) avons déjà dit en parlant de ce principe , qu’ouï
CALORIQUE
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l’en sépare en proportions plus on moins considérables au moyens de la distillation. Ces proportions sont les suivantes pour les divers Vins , d’après l’analyse de M. Bramle. Nous empruntons ce tableau à l’excellent manuel de matière médicale de MM. Edwards etVavasseur.
Kfinj des Vins. Proportions d'alcool (p. sp. o,Sa3.)
Sur ioo de vin en vol.
Lissa
J fa rsa! a
Oporto
Madère
Xérès
Ténèriffe
Lacryma Christi . . «. . . .
Constance blanc
Idem ronge
Muscat du Cap
Roussillon
Malaga. . . •
Ermitage blanc
Malvoisie de Madère
Lunel
Bordeaux
Sauterne
Bourgogne
Champagne
Champagne mousseux . ....
Grave
Frontignan
Côte-Rôtie
Fin du Rhin
Tokai. ...
Malgré ce fait bien certain que l’alcool est le principe actif des vins , leur influence sur l’écolomie animale, leur puissance pour produire l’it resse n’est pas en raison directe de la quantité d’al- :°ol qu’y découvre l’analyse chimique. II faut donc ■>ien admettre que les combinaisons très-variées le ce principe dans les vins , avec les autres élé- ' nents qui les constituent , que cet agencement nappréciable, disons-nous , recèle une des raisons de leurs effets.
L’ivresse rapide où jettent certains vins blancs lont la proportion d’alcool est la même que celle les vins rouges énormément moins prompts à •roduire cet état, ne laisse aucun doute sur l’inu Aisance où sont les conditions à nous connues
e tes viü« pour nous expliquer leur action dif- ;reute.
CALORIQUE
Les réformateurs de la nomenclature chimique (Lavoisier, Berlliollet , Fourcroy et Morveau ) ont ainsi nommé l’agent impondérable qui se révèle à nous par la sensation de chaleur. On confond donc l’effet avec la cause lorsqu’on désigne parcelle dernière expression le principe que nous allons étudier. Un des résultats par lesquels se manifeste aussi très-essentiellement l’action du Calorique , c’est l’augmentation de volume qu’il détermine dans les corps , accroissement dû à l’écartement de leurs molécules. La soustraction de cet agent produit des effets opposés , c’est-à-dire la sensation de froid et la condensation des corps due au rapprochement de leurs molécules. II n’est donc pas besoin pour expliquer ces phénomènes contraires aux premiers , d’invoquer l’existence d’un agent antagoniste qu’on appellerait, et qui a élé appelé frigorifique par quelques physiciens.
La température est le degré appréciable de la chaleur ou du froid. Les sensations que nous fait éprouver celte température sont tout à fait relatives à l’état actuel de la propre température de nos surfaces de rapport. Mais il y a des instruments absolus pour mesurer les degrés appréciables de chaleur , ce sont les thermomètres , appareils qui ont pour raison et pour principe le fait de 1’augmenlalion de volume des corps par l’accumulation du Calorique et de leur resserrement par sa soustraction.
Les sources du Calorique sont nombreuses. Le foyer qui en répand le plus est le soleil. La combustion est le moyen le plus commun par lequel on se le procure. L’électricité donne lieu à son dégagement. Les combinaisons chimiques ne se font pas non plus sans qu’une certaine quantité de ce principe soit mise en liberté. Le frottement la percussion , la condensation rapide par une* pression instantanée ; le passage successif des corps par la solidité , la liquidité et l’état de vapeurs, etc., etc., sont aussi des actes et des phénomènes desquels est inséparable la production d’une somme quelconque de calorique. Les végétaux et surtout les animaux ont la facnllé de développer tant par le seul fait du mouvement vital dont ils sont pourvus, que par l’acte de la respiration , une proportion de Calorique déterminée pour chaque classe d’individus, Calorique indépendant dans de certaines limites de celui qui les entoure, par lequel ils résistent aux vicissitudes de la température atmosphérique dont
MÉIJICAM EN TS EXCITA A TS
ils son! si loin de suivre l'élévation ou l’abaissement alternatifs , que clans le premier cas leur puissance de calorification augmente et diminue dans le second. L’observation de ce fait capital est féconde en importantes déductions pour les indications des médications excitante et sédative.
A la physique appartiennent une foule d’autres considérations sur le mode de transmission du Caloricpie , sur les modifications qu’il fait subir aux corps qu’il pénètre , etc., etc. Nous les supposons connues de nos lecteurs , et arrivons sans plus tarderait mode d’application thérapeutique de cet agent si important et à l’appréciation des conditions physiques et physiologiques qui en modifient les influences. Les indications qu’il est propre ù remplir dans le traitement des maladies seront étudiées aux chapitres de la médication excitante générale et de la médication excitante locale.
Le Calorique est le type de tous les excitants. 11 est , suivant l’expression profondément vraie de M. le professeur Récamier , le stimulant radical du sens vital. Son emploi thérapeutique nous est suggéré par les opérations naturelles de l’organisme sain eLmalade. Élément essentiel de toutes les réactions salutaires , condition nécessaire et peut-être une des causes de tout phénomène vital , on conçoit très-bien jusqu’à quel point son application habilementdirigéepeut être précieuse pour modifier un organisme ou un organe malade.
Les moyens que le thérapeutiste a à sa disposition pour faire servir le Calorique au traitement des maladies sont nombreux et variés.
Si cet agent est le type de tous les excitants, s’il est capable à lui seul de produire toutes les modifications que ceux-ci peuvent produire , il doit nous représenter dans les applications dont il est susceptible et dans les effets de ces applications les divisions principales et naturelles de la médication excitante dont il peut , nous le répétons , être considéré comme l’élément radical.
Or les excitants purs agissent ou sont susceptibles d’agir- primitivement d’une des trois manières suivantes :
1° Comme excitants généraux, lorsque, absorbés, ilsvont , mêlés au sang , stimuler l’organisme entier.
2° Comme excitants locaux ou agents fluxionnants , lorsqu’on concentre leur activité sur un point plus ou moins étendu.
•5° Comme agents irritants , lorsqu’ils allèrent et détruisent les parties soumises à leur contact.
Quelques-uns n’ont en partage que la première de ces propriétés ; l’alcool , par exemple. D’autres en réunissent deux, comme la inoutarde, le poivre , etc., etc., qui jouissent de la première et de la seconde. Plusieurs enfin possèdent de plus la dernière ; la potasse et la soude sont dans ce cas. Celles-ci ne déterminent la destruction des tissus ou l’escarrification qu’en passant par le second mode d’action , l’action excitante locale ou flvxionnante.
Or, le Calorique , selon le mode d’application qu’on en fait , est capable de toutes ces actions , ce qui nous fournil de suite une classification très-vraie et très-heureuse , qui embrasse tous les procédés mis en usage pour accommoder cet agent aux besoins de la thérapeutique, On emploie donc le Calorique à titre :
1" D’excitant général (.à tel degré qu’il n’agisse pas d’une manière irritative ou en altérant l’intégrité des tissus vivants, ce qui constituerait alors une brûlure générale et la combustion), et les formes sous lesquelles on l’administre dans ce but sont : les boissons chaudes , l’insolation générale , l’exposition devant un foyer de chaleur , l’étuve sèche et humide, Ions les procédés de bains de vapeur , le bain liquide , les bains solides , le cjonfact du corps de l’homme ou d’autres animaux , etc., etc. Sans addition du Calorique non naturel , on active chez l’homme la fonction calorigénésique générale par l’exercice musculaire , les frictions universelles , la flagellation , etc., elc.
2° D’excilanl local ou fluxionnant. Les moyens dont on se sert pour produire celle action sont : l’insolation peu concentrée par des verres lenticulaires faibles , les douches de vapeurs , les bains liquides partiels , le caulère objectif instantané , l’application des briques , bouteilles , sa* ehels , linges chauffés , etc., etc.
Sans addition de calorique non naturel , on active chez l’homme la fonction calorigénésique locale , par là les frictions locales , la percussion, l’exercice local , etc.
o° D’irritant ou modifiant les sécrétions , altérant et détruisant les tissus. Ici , suivant la durée du contact , et la quantité de Calorique accumulé dans les instruments d’application, le Calorique est à volonté épispaslique ou caustique. La première de ces actions est obtenue par l’objection un peu prolongée de corps incandescents , l’eau bouillante , la vapeur d’eau très-rapprochée et frappant dans cet état la partie à bout portant , le marteau de M. Msyor de Lausanne, les mêlait-
CALORIQUE
ges inflammables mis en combustion exlempolanément sur la peau , etc., etc. La seconde action ou la cautérisation se pratique au moyen des différents cautères actuels et de tous les procédés de moxibuslion.
Modes d’application du Calorique pour produire l'excitation générale.
Avant d’exposer, les divers moyens d’atteindre ce but, il nous semble important de jeter un coupd’œil rapide sur les importantes modifications qu’apporte aux effets du Calorique sur les êtres vivants et sur l’homme en particulier, la faculté propre de calorification qui est départie à ceux-ci, ainsi que sur les rapports particuliers que cette faculté fait naître alors entre le Calorique du dehors et le Calorique vital ou spontané.
Deux ou un plus grand nombre de corps bruts placés les uns près des autres el pourvus de températures inégales finissent par se mettre en équilibre de température , c’est-à-dire que celui qui recèle le plus de calorique en cède aux autres autant qu’il leur en faut pour qu’en définitive ils acquièrent un température uniforme.
Si ces corps sont de nature identique sous le rapport de la composition essentielle , du poids , du volume , il est clair qu’ils absorberont pour équilibrer leur température des quantités égales de calorique ; si au contraire ils sont de natures diverses ils en absorberont des quantités variables , el cela en raison de leur densité spécifique , de leur volume , de l’état de leurs surfaces, etc.. .. ce qui constitue la capacité relative des corps pour le calorique , etc., etc.... 11 est loin d’en être ainsi entre un corps inorganique et un être vivant pourvus de températures inégales.
L’équilibre ne s’établit jamais , à moins cependant que la température extérieure au corps organiséne soit porté à un degré d’élévation ou d’abaissement tel , qu’elle devienne incompatible avec l’étal de vie. La. matière alors rentrant sous le régime des lois générales de la nature n’offre plus de résistance à leur action , et nous voici retombés dans les circonstances communes indiquées plus haut. Dans le cas contraire, c’est-àdire , tant que les limites d’une température compatible avec le maintien de la vie ne sont pas franchies , la température extérieure a beau s’élever d'un grand nombre de degrés au-dessus de celle qui est propre à l’homme par exemple , ou bien descendre considérablement au-dessous , l’organisme recèle en lui des moyens puissants de
neutraliser ces deux influences opposées et de conserver au Sénégal ou en Sibérie , dans une étuve ou dans un glacière sa somme invariable de Calorique.
Notre lâche n’est pas de chercher à pénétrer dans ce moment le mécanisme de cet important bénéfice de la vie; disons seulement que la faculté qu’ont tous les animaux, mais ceux à sang rouge et chaud principalement , de garder une température constante et indépendante au milieu d’une atmosphère à plusieurs degrés au-dessous de zéro, relève des lois de réaction organique qui assure el protègent la vie contre tous les agents qui la menacent, et paraît plus spécialement avoir sa raison dans une activité augmentée des phénomènes de composition et de décomposition nutritives , sur l’activité végétative nécessitée et déterminée pas les efforts du principe de vie pour s'opposer à l’influence sédative et anti-vitale d’un froid intense. La faculté opposée , celle qui donne aux êtres organisés le pouvoir de se maintenir à un degré de température invariable dans un milieu beaucoup plus chaud qu’eux-mêmes, celle faculté résulte en grande partie d’une circonstance plus étrangère aux lois vitales que la précédente. L’excitation générale causée par l’application du Calorique à l’économie se fait sentir à la peau plus spécialement encore qu’aux autres appareils, et un de ses résultats consiste dans l’élimination d’une quantité considérable de transpiration insensible el de sueur ; or l'évaporation de cette exhalation surabondante s’opère aux dépens du calorique fourni par l’individu, ce qui .en diminue d’aufanL la somme excessive, et vient par un secours merveilleusement approprié préserver l’organisme des effets fâcheux qu’aurait infailliblement pour lui ce surcroît de chaleur. Mais celle opération toute physique est encore essentiellement subordonnée à une opération loule vitale , toute du ressort de la nature médicatrice; car , pourqu’il y ait une évaporation et le rafraîchissement qui la suit, il faut préalablement que l’organisme ait dirigé sa réaction vers la peau, ou tout au moins vers la surface pulmonaire, ce qui est un cas plus rare, moins heureux et souvent fâcheux. Ce privilège de neutraliser les effets nuisibles d’une température ambiante supérieure à celle du corps est donc le fruit d’un acte vital puissamment secondé pat* le concours d'un fait physique. Si on en voulait une preuve , il suffirait d observer ce qui se passe au moment où finit le second slade d’une fièvre intermittente légitime , pour faire place au troi-
MEDICAMENTS EXCITANTS
fiième : à peine la peaucommence-t-clleà s’ouvrif, et même avant qu'elle ait livré cours aux premières émanations de la transpiration insensible, Je malade se sent déjà moins brûlant , son pouls se ramollit, eu un mot toutes les angoisses de la période de cbaud sont devenues moins pénibles pour s’absor ber définitivement et disparaître dans l’abondante sueur du dernier stade. L’évaporation ne saurait être invoquée ici pour expliquer une rémission de chaleur qui s’est manifestée avant qu’elle ait pu avoir lieu. D’ailleurs, comment accorder avec cette opinion les cas de fièvres intermittentes anomales dans lesquelles le stade de chaleur est le stade terminal?... Mais objectera-l-on , l’apyrexie ou l’absence de chaleur ne survient que parce que la cause qui l’avait déterminée est épuisée, sublatâ causa tollitur effectus. Épuisée... malheureusement non; car elle reparaîtra le lendemain, Iesurlendemain, etc. ..selon le type de la fièvre, bien que le sujet ne vive plus sous l’influence des conditions extérieures qui l’ont engendrée, et qu’il porte désormais en lui la source, le principe d'un nombre indéfini d’accès. 11 faut bien se laisser conduire à penser que celte sédation spontanée de l’organisme lui appartient essentiellement, et est assimilable à celle qu’il oppose à tous les agents excitants , que ce bienfait résulte d’un suédisme particulier ou de l’épuisement de l’incilabililé, comme l’ont prétendu Cullen et son fameux élève Brown , car ces opinions ne sonique des manières différentes de considérer et d’interpréter le même fait.
Ceux qui attribuent à la seule évaporation le phénomène conservateur que nous venons d’étudier supposentimplicilement que la faculté calorigénésique des animaux adultes à sang rouge et cbaud est la même en été qu’en hiver, ce qui est démontré faux par les admirables expériences de M. Edwards, desquelles il résulte qu’au fait de cette évaporation plus considérable pendant l’été et de sa diminution pendant l’inver, l’organisme joint insensiblement, el parun pouvoir spontanécomplétement étranger à quelque circonstance extérieure que ce puisse être , la faculté de contribuer à maintenir sa tempérai ure propre sous le plus ardent soleil des tropiques. Nous ne voulons pas dire par là que la température effective du corps soit plus élevée en hiver qu’en été, il ne s’agit que de la puissance capable de produire ce résultat suivant le besoin. L’homme qui au mois d'août serait pris au dépourvu par un froid de zéro succomberait sans résistance , ou après de vains efforts de résistance , à l’action de celte température dispro-
prolionnéc avec scs ressources calorigénésiques, tandis qu’au mois de janvier il la supporterait victorieusement , et n’en serait que plus vigoureux et plus sain. C’est (pie son organisme aurait eu le temps de se pourvoir insensiblement de la faculté d’opposer au froid extérieur une température spontanée propre à en contrebalancer et à en détruire les effets débilitants. Détournons les conditions; que le même homme, au mois de janvier, sous une température de plusieurs degrés au-dessous de zéro, soit soumis tout à coup et sans transition à une chaleur de 28° , son économie ne pouvant improviser une sédation spontanée suffisante pour se mettre en rapport harmonique avec le milieu excitant qui est venu si soudainement l’environner , succombera à l’oppression indirecte de ses forces comme tout à l’heure elle avait succombé à leur extinction directe. La sueur ruissellera inutilement sur tout son corps, l’évaporation qui s’en suivra pourra bien modérer un peu ses angoisses el suspendre quelque temps la stupeur du système ; mais elle ne saurait remplacer celte faculté qui lui fait sans dommage supporter le même degré de chaleur au mois de juillet. Ici , il devient donc indispensable d’admettre pour expliquer les faits capitaux que nous avons dû signaler avec soin , autre chose que l’évaporation dont nous sommes loin pourtant de contester l’énorme influence.
La conclusion forcée de tout ce qui précédé est donc la suivante que nous tirons du bel ouvrage de M. Edwards ( De l'influence des agents physiques sur la vie ). Il se fait un changement considérable dans la constitution des animaux à sang chaud par l’influence des saisons : l’élévation soutenue de la température diminue leur facilité de produire de la chaleur el l'étal opposé de la chaleur l’augmente.
On met en général ces changements sur le compte de l’habitude de la sensibilité émoussée à la longue par le contact des mêmes agents. De même , par exemple , que la peau qui avait d’abord impatiemment supporté l’application immédiate des tissus de laine , finit par y être indifférente , de même on croit que l’organisme , d’abord péniblement affecté par une chaleur excessive , s’y habitue insensiblement parce que son système nerveux s’est en quelque sorte blasé comme le palais d’un gastronome , comme l’estomac d’un ivrogne , etc., etc... Les faits qui nous occupeul sont pourtant en dehors des lois auxquelles sont soumis ceux qu'on leur assimile. Brown s’est grossièrement trompé en affirmant
CALORIQUE
qu’il s’agit dans ce cas d’ineitabilité accumulée cl d’incilabilité épuisée. Si en hiver l’organisme se modifie de manière à pouvoir développer d’autant plus de calorique qu’il fait plus froid , et si ainsi préparé il subit moins péniblement l’action de ce milieu, il ne faut pas l’attribuer à ce que l’absence d’une puissance incitante externe, le Calorique, a permis ù cet organisme d’accumuler une plus forte somme d’ineitabilité en vertu de cette loi formulée par le réformateur écossais , savoir : que l’incitabilitê abonde quand on lui applique peu de stimulus, mais tout simplement parce que , par une admirable compensation , l’homme et les animaux à sang chaud ( les hibernants exceptés ) produisent d’autant plus de calorique que les agents physiques leur en fournissent moins. Réciproquement , si en été l’organisme perd sa faculté calorigénésique en proportion directe de l’intensité de la chaleur atmosphérique , ce n’est pas en vertu de cette autre proposition Brownienne où il est dit : Vincitabililè est consumée lorsque le stimulus est trop violent, mais tout simplement encore parce que l’organisme produit d’autant moins de calorique qu’il lui en est plus fourni parles agents physiques. Nous trouverons en traitant de la médication excitante générale par le calorique les plus belles applications à faire de ces principes. Mais la connaissance des deux importantes lois que nous trouvons établies dans les êtres vivants ne suffit pas encore pour comprendre d’une manière satisfaisante l’action du calorique sur l’économie animale, et surtout pour savoir en faire d’utiles applications thérapeutiques.
Ce n’est pas sans raison , comme on va le voir que nous avons tant insisté sur l'importante distinction qu’il y a à faire entre la température du corps qui n’est qu’un effet actuel et la faculté ou le foyer d’où elle émane. La première , prise à l’intérieur, est à peu près invariable chez tous les hommes(30°2/ô centigrade, 98°Fahrcnheit; 29°l/2 Réaumur) jeu nés on vieux, forts ou faibles, sains ou malades , en été et en hiver , dans les climats les plus opposés , etc., etc.... Mais il est loin d’en être de mémo pour la faculté de réparer les perles de celte température et si l’effet ou le produit est identique dans toutes ces circonstances, la cause ou la puissance est susceptible de remarquables différences relativement aux circonsiances énumérées plus haut. 11 suit delà que les indications de l’application du calorique à l’organisme ne sauraient être puisées dans la considération du dégré de sa température intérieure, effective ,
thermométriquement évaluée, puisqu’elle est la môme dans toutes les conditions. Où donc est la source de ces indications ? 1° Dans l’appréciation du degré de puissance dont jouit l’individu pour réparer les pertes de son calorique propre et maintenir sa température au milieu des influences qui tendent à l’abaisser. 2° Dans l’appréciation du degré de pouvoir émissif ou d’émanation qu’il a pour irradier et distribuer également à toutes ses parties la somme de calorique incessamment produite en lui.
Au premier coup-d’œil, on serait tenté de regarder comme superflu l’énoncé de la seconde source d’indication , (ant elle paraît renfermée dans la première. Il ne nous semble pourtant pas qu’il en soit ainsi. Oui , l’affaiblissement de la première de ces facultés entraîne presque toujours l’affaiblissement de la seconde, mais celle-ci peut être singulièrement altérée et diminuée , la première étant restée la même. Par exemple, il est certains étals morbides qui pervertissent le mode de répartition naturelle du calorique organinique, qui l’accumulent dans certaines parties pour en priver d’autres ; etbien que ces anomalies soient souvent le signal d’un affaiblissement radical du principe vital et de la faculté calorigénésique qui lui est si immédiatement liée, on les voit se manifester aussi dans des circonstances où il est impossible de leur assigner celte origine, et on est alors forcé de ne plus supposer qu’une impuissance ou une aberration dans le pouvoir émissif, dans le mode de dispensation de la chaleur vitale.
Maintenant quelles fonctions faut-il interroger , quel signe consulter pour reconnaître que l’une et l’autre ou l’une ou l’autre de ces indications se présente ù remplir? En premier lieu les impressions du malade et la nature de leurs effets , puis la température , non plus de l’intérieur du corps cl des parties défendues contre l’influence débilitante delà température extérieure, mais le degré de celle qu’il perçoit aux limites de son corps formées de toutes parts par la surface cutanée.
Il est donc impossible d’assigner des termes absolus aux quantités de calorique qu’on doit appliquer à Pécononomie comme moyen thérapeutique. On ne le pourrait que dans le cas où l’indidication de l’emploi de cet agent reposerait sur l’évaluation d’une circonstance calculable et déterminée , comme serait celle du degré de température propre aux animaux adultes à sang chaud, si elle était susceptible de varier j car alors on agirait pour prendre à l’économie du calorique
MÉDICAMENTS EXCITANTS
jusqu’à concurrence de 50° cent. L’intensité des moyens pourrait être déterminée à l’avance par celte donnée. Le thermomètre indiquant tant de degrés d’abaissement, on y proportionnerait l’énergie et la durée des moyens de réchauffement; bientôt il annoncerait que l’organisme a recouvré sa somme de température, et on suspendrait l’application de calorique extérieur. Tout dans cette supposition se passerait comme sous l’empire des lois physiques. C’est alors qu’il serait facile de formuler les doses de calorique à employer. Blais rien de tout cela n’a lieu. Les circonstances qui fournissent au médecin les indications d’appliquer chez l’homme le calorique comme excitant général des actions vitales , ces circonstances étant relatives 1° au degré de résistance que l’organisme peut opposer à l’action des influences internes ou externes qui tendent à diminue^ sa faculté calorigénésique ( nous dirions presque sa puissance vitale , tant ces deux grands phénomènes sont étroitement liés et se commandent l’un et l’autre), 2° au degré de régularité et d’uniformité avec lesquelles il distribue à toutes les parties ce calorique animal , on sent qu’aucune mesure ù cet égard ne peut être proposée , aucune règle tracée que dans des limites extrêmement larges et amovibles. L’action excitante du calorique commence là où elle est sentie , là où le malade en reçoit une impression réfocillante et a la conscience du supplément qu’apporte à son foyer intérieur appauvri, la bienfaisante influence de la chaleur extérieure. Elle cesse là où elle offense la sensibilité , là où elle surslimule les actions vitales, et devient par conséquent débilitante, là où elle gêne les fonctions respiratoires et pousse à Ta peau une exhalation copieuse et affaiblissante, là où elle fluxionne et va irriter les tissus, là, en un mot, où commence le degré qui ne la rend plus applicable qu’à des surfaces circonscrites dans un but révulsif ou dérivatif, pour lequel nous avons établi le second et le troisième mode d’action du calorique.
Les considérations auxquelles nous venons de nous livrer et dans lesquelles nous avons été obligés d’anticiper un peu sur les droits de la médication excitante, étaient indispensables pourtant dans le seul intérêt de ce qu’il est utile de savoir pour bien appliquer le calorique comme excitant général.
Modes d’application du Calorique pour produire l’excitation générale.
Boissons chaudes, Chacun sait que la tempé-
rature élevée d’une boisson excitante ajoute à ses propriétés, soit par l’irradiation rapide à tout l’organisme de l’action excitante produite sur la surface gastrique par un liquide dont la température est élevée au-dessus de la sienne propre, soit par l’introduction de ce liquide dans le torrent circulatoire et son transport à tous les appareils. Les boissons doivent être surtout prescrites à une haute température lorsque le médecin veut déterminer une excitation expansive , qui ait pour terme la surface cutanée , comme dans la prescription des sudorifiques. Les liquides chauds sont le véhicule et la condition si indispensables de l’action de ces médicaments , que quelques auteurs attribuent, à tort selon nous, tout leur effet sudorifique à la température des boissons qui les contiennent, sans vouloir faire la moindre part aux agents thérapeutiques qu’elles sont destinées à transporter dans l’organisme.
Insolation. Ce mot porte avec lui toute sa signification , et chacun sait user par instinct de l’exposition réfocillanle du corps aux rayons du soleil. Les précautions à prendre pour en éviter les inconvénients et les dangers sont aussi connues de tout le monde. Ces inconvénients et ces dangers consistent surtout en des érysipèles ou plutôt des érythèmes simples et miliaires qu'on voit se développer sur les portions de peau délicates exposées aux premières ardeurs du soleil de mars et d’avril , ainsi que dans les chaleurs considérables de la canicule chez les ouvriers, les moissonneurs longtemps frappés par une haute chaleur. D’autres accidenLs consistant surtout eu un délire maniaque et quelquefois en de véritables arachinlis onL été vus résulter d’une insolation violente et prolongée. Les Abdéritains ayant écouté sous un soleil brûlant une tragédie d Euripide , en éprouvèrent une telle exaltation cérébrale qu’ils se mirent à courir comme des maniaques , déclamant avec une sorte d’inspiration furieuse les vers du poète , jusqu’à ce que la fraicheur de la nuit lût venue abattre et tempérer la surexcitation de leur
sensorium. Ces effets de l’insolation , auxquels
contribua sans doute la vivacité des imaginations frappées par le spectacle ( Euripidis Andromedarn) ne se bornèrent pas à une stimulation cérébrale passagère , il en résulta une fièvre d’un septénaire entier , appelée pour cela par Ramazzini synocha tragœdia , et qu’il rapproche d’une autre fièvre fort analogue due à des causes à peu près semblables , observée et décrite par lui dans une dissertation qui a pour titre : Conslitutio épidémie a Mutinensis , amjo 1091. Sauvages,
CALORIQUE
rjui faisait autant d’espèces île fièvres qu’il rencontrait de causes occasionnelles capables de les développer, établit une fièvre éphémère qu’il nomme ephemera ah insolatione , ephcmera ub hypocaustis.
Il nous est impossible de partager l’opinion des anciens médecins, qui attribuent au soleil du moisde mars et à celui qui règne pendant l’époque appelée canicule des qualités malfaisantes absolues; et si pendant ces temps on éprouve de l’insolation les accidents dont nous avons parlé, nous pensons qu'au sortir de l'hiver ils sont relatifs à l’étal de la peau, qui a cessé d’élre habituée à l’action d’une insolation énergique et se trouve offensée par le stimulus insolite qui lui est tout i coup appliqué. Quant aux mêmes accidents et aux délires , aux fièvres éphémères qu’on a vu produits par le soleil de la canicule , ils ont leur explication suffisante dans l’intensité brûlante et la continuité extraordinaire de l’insolation à cette jpoque de l’année.
Les anciens et surtout les Grecs utilisaient bien plus que nous lea bienfaits de l’insoiation. Ils ménageaient au-dessus de leurs habitations des espaces de plateformes appelées solaria , où les personnes convalescentes , débiles . les scrophukux , mais surtout les vieillards allaient recevoir de la nature cette puissante médication, les vieilards qu’Hippocrale qualifie si souvent de froids 't d'humides qui ont si peu de calorique inné , tenes pani/n habent calidi innati. Les frictions •èclies pratiquées sous cette influence ne conlrimenl pas peu à la rendre plus active. Nous revendrons avec développements sur l’emploi de ce node d’application du calorique.
Quand on veut employer l’insolation pour proluire une excitation douce, générale, uniforme, .ans perte et avec profil pour l’organisine , il ne aut guère choisir les époques où l’atmosphère depuis longtemps embrasée et le sol brûlant jettent toutes le, fonctions dans la débilité et l’affaissement plutôt que de les activer , comme cela a lieu au milieu de nos étés les plus chauds; car dors les conditions extérieures sont compliquées :l le calorique n’agit plus seul. Il existe non-seuemenlavec les inconvénients qui résultent imméliateinent de son excès, mais il s’y joint des nüueiices qui eu neutralisent les effets , telles ont la raréfaction de l’air qui détermine un conineiicemenlde légère asphyxie, d’où la fréquence l la gène accablante de la respiration insufflante pour hémaloser convenablement le sang ; mis les sueurs continuelles et abondantes qui
ajoutent encore à la déjection des forces ; puis l’étal électrique de l’atmosphère qui brise la puissance musculaire , altère les digestions , produit ou renouvelle les céphalalgies, les anciennes douleurs , en un mol abat et pervertit l’innervation , etc. , etc. L’insolation alors accroîtrait tous ces inconvénients , et les lieux défendus des rayons du soleil sont déjà assez échauffés pour fournir à l’économie la dose de calorique extérieur nécessaire à son excitation. Néanmoins des convalescents affaiblis par de longues et pénibles maladies où l’énergie des traitements s’est unie à la violence des réactions pour porter une profonde atteinte aux forces vitales et surtout à la fonction calorigénésique , se trouvent très-bien des expositions courtes et répétées , même aux ardeurs du soleil dans les conditions atmosphériques que nous venons de signaler. Ils n’en ressentent alors que l’action vivifiante sans en subir les inconvénients. Ou aura recours à l’exposition devant un foyer large bien nourri et flamboyant lorsque l’insolation sera rendue impossible par un motif ou parmi autre. Pour retirer de celle ci tous les avantages dont elle est susceptible , il convient , au printemps surtout , el toutes les fois que la chaleur n’est pas tort intense , de choisir pour s’y exposer, les lieux exposés au midi, bien abrités , el de s'adosser à des murailles le plus blanches possibles , de se placer en un mot au voisinage de surfaces et de remparts disposés par l’art ou par la nature de manière a augmenter la force de l'insolation directe de tout ce que peut lui ajouter la réflexion du calorique qu’elle dispense. La tète devra être soigneusement couverte et les parties antérieures du corps auxquelles correspondent les centres vitaux , plus particulièrement offertes aux rayons solaires, il sera utile aussi, comme nous l’avons déjà dit, d’aider l’action de l’insolation par les frictions très-douces, pratiquées principalement sur les régions que nous
venons d’indiquer avec une brosse molle ou un morceau de flanelle.
Etuve sèche , étuve humide , bain de vapeurs , bain chaud. L’Etuve sèche , bain sec gazeux, hypocaustuni , sudatorium , laconi-
cum des anciens , était autrefois beaucoup plus usitée que de nos jours. On peut même dire qu’elle est , chez nous au moins , complètement tombée en désuétude. L’étuve humide ou bain de vapeurs I a généralement remplacée. La première est tout
simplement une chambre particulière , plus ou moins spacieuse et fortement chauffée, où on s’ex-
pose quelque temps fiti ou recouvert de vêlements
MÉDICAMENTS EXCITANTS
légers, dans le but d’exciter les fonctions de la peau et de provoquer une abondante sueur générale.
Les Turcs ont conservé comme moyen hygiénique l’usage de l’étuve sèche. Les Russes et tes Finlandais surtout en font une pratique journalière , moins cependant que de l’étuve humide.
Nous avons dit que cette dernière manière d’appliquer la vapeur d’eau était presque généralement substituée à l’étuve sèche ; en France pourtant, l’une et l’autre sont presque oubliéss comme moyen hygiénique au moins. Chez les anciens Égyptiens, l’étuve humide avait un but de prophylaxie , de plaisir et de délassement. Ils apportaient dans la construction et la décoration de ces lieux un luxe et une magnificence inouïs. Dans les mêmes régions et ailleurs , les Turcs ont reçu d’eux cette coutume , et le Prophète leur en fait une loi. Le plus petit village , pourvu qu’il ait une mosquée, a aussi son bain public. La salle des bains (Savary dans une de ses lettres sur l’Égypte ) est un appartement spacieux et voûté; il est pavé et revêtu de marbre. La vapeur sans cesse renaissante d'une fontaine et d'un bassin d’eau chaude s’y mêle aux parfums qu’on y brûle.... Un nuage de vapeurs odorantes enveloppe les baigneurs et pénètre dans tous les pores. Après le massage qui consiste à presser méthodiquement toutes les articulations , les baigneurs fument et prennent du café. Les serviteurs de ces lieux apportent dans leurs soins une adresse extraordinaire; la fatigue des membres disparait sous leurs doigts. On éprouve, suivant le même auteur, une souplesse , une légèreté jusqu’alors inconnues. II semble que l’on vient de naître et que l’on vil pour la première fois ; un sentiment vif de l’existence se répand jusqu’aux extrémités du corps. Il parait que ces bains ont , pour ceux qui en abusent l’inconvénient de rendre les chairs décolorées, Macules et pendantes , de disposer aux céphalalgies , aux syncopes , etc., et qu’il n’est pas rare de voir finir par l’hydropisie la vie de ceux qui , par état , y servent les autres.
Les Romains accueillirent aussi avec fureur les bains orientaux. On en comptait à Rome 855 publies, tous lieux de débauche. Les Gaules en furent dotées par les proconsuls de cette seconde Rabylone ; la salle des Thermes de Julien , dont la rue de la Harpe conserve encore d’assez beaux restes , atteste cette importation.
Sous les rois de la seconde race, l'usage s’en perdit ; puis leur réintégration date du retour des croisés, qui en avaient contracté l'habitude, et
s’en étaient fait un besoin dans leurs pèlérinagea à main armée. Dès celte époque les étuves se multiplièrent à Paris à ce point qu’on ne pouvait faire un pas sans en rencontrer , indépendamment des deux rues des Étuves , qui s’en composaient entièrement. A peine le jour paraissait-il , qu’on entendait les Barbiers- Etuvistes parcourant les rues en criant :
Seignor que vous allez baingnier lit estuver sans délaïer,
Li baing sont chaut ,
C’est sans mentir, etc.
Un Jacques Despars, médecin de Charles VII , s’étant mêlé de blâmer les étuves et de signaler le danger des sueurs excessives , fut tellement menacé parla vengeance des barbiers qu’il abandonna les honneurs de l’archiatrie et alla se confiner dans son pays natal, où, pour oublier sa disgrâce , il se mil â commenter les œuvres d’Avicenne.
Comme autrefois à Rome , les étuves , sous Louis XI , furent des rendez-vous de débauche; on les fréquenta encore pendant les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, et depuis lors elles tombèrent peu à peu en désuétude. Elles furent longtemps nécessitées par le manque de linge, et depuis quelques années seulement on a commencé à les réhabiliter selon la méthode russe.
Les Russes de toutes les classes se livrent à cette coutume en y joignant une pratique qui révolte notre facile impressionnabilité. Au sortir de leurs étuves bouillantes où une épaisse vapeur se dégage par l’effusion de l’eau sur des fourneaux. ou des cailloux rougis , et après s’èlre fait frotter avec des verges de bouleau assouplies dans l’eau , ils vont , suivant leur condition et leur fortune, ou recevoir des douches froides , ou bien se rouler dans la neige , se plonger dans un étang , et s’administrent ensuite, le seigneur russe sa rôtie au vin et à la bière, l’esclave ou le paysan un verre d’eau-de-vie de grain.
Le magnifique établissement des Néothermes, rue Chantereine, nous reproduit les étuves russes. Dans la salle sont disposés des degrés en amphithéâtre et suivant la dose de chaleur eide vapeur qu’on veut recevoir , on s'assied à des dégrés supérieurs ou inférieurs. Nous n’allons pas encore jusqu’à risquer la transition brusque et extrême du sudaloHum à la douche froide ou au bain de neige. Ces organismes du nord si inébranlables , ces colosses de la Moscovie si durement cimentés, que nos héroïques légions étaient obligées de!es\
CALORIQUE
hnoh'r sur place , sa)is pouvoir les prendre , livant l'expression du soldat du siècle , de pareils «limes jouent et s’endurcissent avec de; moyens îe nos mœurs et notre délicatesse nous reliaient funestes , bien longtemps avant qu’il )us fût possible d’y être insensibles et de les ampter au nombre de nos agents propliylacpies.
Nous renvoyons pour la description des autres océdés très-divers imaginés pour l’emploi des lins généraux de vapeurs aux ouvrages qui traint de cette matière ex professo. Cette tâche exi- •rait tout un volume. On peut consulter sur ce j.*t l’ouvrage de M. Rapou de Lyon ( De la êlhode fumigatoire , Paris , 1823 ) .
Quand on emploie les bains de vapeurs dans un it de thérapeutique , il est bon de n’y exposer le le torse et les membres ; on évite ainsi les -.convénienls que les fonctions respiratoires résilient presque toujours du contact de la vapeur , î permet une transpiration pulmonaire abonnée et avantageuse supplémentaire qui permet continuer plus longtemps el avec plus d’énere l'application de ce moyen. Un nombre infini appareils se disputent la préférence pour remir cet objet. Nous ne pouvons en entreprendre la •scription sans nous jeter dans des longueurs ériles. Le praticien se trouve ou dans une grande Ile , et alors des établissements ne lui manquent s ( ù il puisse envoyer ses malades , et là ules les précautions , tous les soins connus leur ut facilement donnés ; de plus des bains de vaurs comme ceux dont nous parlons sont mainaant transportés à domicile ; ou bien le praticien ut avoir recours à ce moyen thérapeutique ns des localités dénuées des précieuses ressours qu’offrent les villes populeuses; dans ces cas nécessité lui suggérera toujours assez d’industrie ;ur improviser un appareil simple et sans frais, es couvertures de laine montant jusqu’au cou isolant fort exactement la tête , puis élargies en 'rme de cloche vaste el partout soigneusement derceptée autour du malade placé sur un siège jour ( une chaise sans fond , une planche étroite ■posant en travers sur deux chaises servant te-même à éloigner les couvertures et à cir- «oscrire plus largement le malade ) ; au-dessous i à côté de lui , un grand vase contenant de tau dégageant le plus de vapeur possible , décernent que le malade favorise lui-mêine en muant le liquide avec un bâton ; un lit bien sec chaud prêt à le recevoir suant , et où il pourra d retenir encore le mouvement fluxionnaire de
la peau par une boisson chaude et sudorifique. Voilà l’idée grossièrement esquissée d’un procédé extemporané ; le praticien s ingéniera sans peine pour le modifier selon les exigences de sa position et de celle du malade. Sans obliger celui-ci à quitter son lit, on peut diriger sous ses couvertures tenues relevées par un long cerceau d’osier ou une suite de ces petits cerceaux, dont on recouvre les membres fracturés, blessés , pour les garantir des chocs el du poids des garnitures de lit , un tuyau conduisant la vapeur fournie par une marmite ou un vase formé quelconquecontenant de l’eau en ébullition sous le foyer de l’appartement. En lin mot , la fin étant connue et désirée, rien n’est plus simple que la combinaison et l’appropriation variable des moyens quand on est obligé d’y pourvoir soi-même. La sensibilité du malade , la nature de son affection , l’énergie des effets qu’on veut obtenir régleront le praticien dans la graduation de la chaleur qu’il devra employer.
L’invasion du choléra asiatique a fait surgir dans nos hôpitaux une foule d’appareils plus ou moins commodes pour administrer le calorique sous forme sèche ou humide, sans sortir les malades de leurs lits. La pratique domestique remplace chaque jour ces coûteuses machines par mille petites ressources que suggère l’occasion et pour l’an angement et l’emploi desquelles nulle règle ne peut être établie.
Le bain chaud liquide est un des moyens qu’on met le plus communément en usage. On verra lorsque dans un instant nous exposerons les effets physiologiques du calorique etleurs particularités, suivant la diversité des moyens d’application de cet agent , quelles sont les règles de son emploi , ainsi que les contr’indicalions qui résultent delà densité du milieu qui le constitue.
Les bains solides sont le bain de sable ou arénation recommandé par Celse, Dioscoride el Galien. Les habitants des pays chauds, les Arabes enlr’autres, s’enfouissent dans le sable de leurs plaines brûlantes pour se guérir des anasarques. Le fameux Solano de Lucques prescrivait fréquemment ce bain en Espagne el faisait prendre au malade qui y était prolongé du vin et des substances toniques. Nous parlerons des indications de ces bains lorsque nous aborderons la thérapeutique excitante. Outre le sable, on a aussi employé pour composer des bains solides, la cendre, le plâtre, le son, la terre, etc... chauffés à divers degrés. On peut assimiler à celle espèce de bains secs la coutume partout répandue d’envelopper
MÉDICAMENTS EXCITANTS
certains malades dans des couver! lires de laine chauffées, ainsi que celle de bassiner les lils par les différents procédés que tout le inonde connaît assez.
M. J. Guyot a publié dans le n° de juillet 18-55 des Archives générales de médecine un excellent travail sur l’influence thérapeutique de la chaleur atmosphérique, où il a indiqué plusieurs appareils de son invention pour administrer la chaleur sèche d’une manière générale, diffuse et locale. Il se sert pour chauffer rencaissement où il place la partie ou l’individu, de veilleuses dont la chaleur est transportée à l’aide de cheminées ou de tuyaux dans toute l’étendue de la boîte qui renferme les parties qu'on veut soumettre au calorique. 11 élève la température de ces petits espaces ù tous les degrés voulus depuis 20° jusqu’à 70° et au delà. Nous utiliserons à temps les importantes expériences de ce médecin. Plusieurs célèbres praticiens, et Sydenham entre autres, ont eu l’idée d’inoculer pour ainsi dire du calorique vital aux individus chez qui le pouvoir d’en produire est apativri, en les mettant en contact, dans un lit, avec de jeunes et vigoureux organismes pris soit parmi les animaux domestiques soit aussi par une sorte d’incubation d’homme à homme. C’est sans doute l’observation des mères couvant leurs petits qui a inspiré ces médecins. Nous reviendrons sur celte pratique naturelle.
11 est temps que nous jetions un rapide cnupd’œil sur les effets du calorique administré suivant les procédés que nous venons de faire connaître. Si nous n’avons pas exposé cette intéressante partie de l’emploi thérapeutique du calorique à la suite de chacun des procédés d’application , c’est que les analogies et les différences des effets qui nous restent àétudier résultent de circonstances communes, s’expliquent et s’éclairent les unes par les autres , forment en un mot un système auquel président les mêmes faits généraux et qu’il convient d’envisager simultanément.
Effets physiologiques d’un air chaud et sec.
Supposons en premier lieu l’homme plongé en entier dans une atmosphère chaude et sèche, en recevant l’action par toute la surface cutanée et y respirant, puis plus lard nous dégagerons la seconde condition pour ne pas compliquer le résultat d’un élément principal, savoir, la raréfaction notable de l’air et les phénomènes qu’elle détermine à elle seule ; car nous ne devons étudier ici que les effets stimulants du calorique , ceux qu’il produit par voie de sensation.
I Que des influences quelconques internes ou externes aient porté atteinte à la faculté calorigénésique de l’homme, ou bien que pendant longtemps il ait été soumis à une température fort basse, comme au sortir d’un hiver froid et surtout froid et humide , et que par le fait du retour du printemps ou de procédés artificiels , il vienne à ressentir une chaleur de 15 à 20°, la première impression sera celle qu’on peut le plus à juste titre nommer vivifiante. Qui ne connaît celle sensation bienfaisante, cette jouissance intime de toutes les molécules animées, celte sorte d’élargissement donné aux mouvements vitaux enchaînés, cette existence mieux sentie, et comment les décrire à celui qui ne les connaît pas?...
11 n’y a pas loin de celle excitation douce et salutaire au degré où, portée trop haut, cette action du calorique produit des effets d’abord violents, puis bientôt nuisibles et opposés aux premiers, par leur excès même. Mais ici déjà vient s’ajouter la circonstance fâcheuse que nous avons laissé entrevoir ; car si on élève la chaleur à 55° R. par exemple , l’air se trouve assez notablement raréfié pour que l’imperfection de l’hématose puisse neutraliser par l’anxiété, l’oppression et la faiblesse qu’elle amène , l’influence favorable du calorique. Du reste les symptômes ou plutôt les effets de ce degré de température chaude et sèche sont ceux d’une pléthore artificielle bien prononcée. Il est rare qu’on le doive dépasser pour les besoins de la thérapeutique, et encore lorsqu’on va jusque là, c’est plutôt dans le but de provoquer une excitation vive et générale de la peau et obtenir une abondante exhalation de cette surface, que dans celui d’exciter simplement l’organisme, car cet objet serait manqué et peut-être arriverait-on à un tout contraire. Mais la physiologie a d’autres imérèts et devait savoir quel degré de chaleur sèche était compatible non- seulement avec la santé, mais avec la vie ; elle devait rechercher aussi jusqu’à quel point la température propre en était modifiée , et fixer le rôle que jouent les transpirations cutanée et pulmonaire soit d’une manière absolue, soit relativement à l’atténuation, à la modération que ces opérations apportent aux effets sur-stimulants d’une chaleur extrême. C’esL ce qui a été fait et très-rigoureusement fait par d’habiles expérimentateurs.
Il ne faudrait pas calculer la tolérance de l'homme pour le calorique sur ces cas exceptionnels où des organisations sans doute douées d’une résistance particulière ont pu supporter pendant un assez long temps la température de fours ou
CALOUlOl l’i.
étuves sèches chauffés à 128° R. (Tillct cl T)uamet) 08", 88 ccnt. (Dohson), 100° 48 cent. $erger),127° 67 cent. (Blagden); car ces faits sont i quelque sorte <les tours de force qui peuvent ien attester une possibilité, mais non établir une onnée générale , une loi d’où l’on doive partir our la fixation de la mesure que nous cherchons, ’après des expériences moins exceptionnelles et lites sur l’homme et sur plusieurs animaux a ing chaud, on est en droit de conclure que ces res arrivent il leur summum de tolérance pour : calorique, lorsque la température atteint 45 50 cent.
On peut se représenter les effets physiologiques ni en résultent en réunissant par la pensée les ymplômes de l’asphyxie croissante et ceux d’une xcitation s’élevant tout à coup au degré le plus iolent , à l’agitation et aux angoisses les plus ombles, et s’affaissant bientôt dans la stupeur n’on nomme faiblesse indirecte, parcequ’elle est >roduitc par un excès de stimulation de la même nanière que l’ivresse alcoolique comateuse. La iimitiulion de pression atmosphérique a aussi me grande part aux phénomènes qui se rcmarluenl alors. Les plus saillants portent sur la resnralion , la grande circulation et la circulation rapillaire.
Plusieurs conditions concourent à donner à 'homme la faculté de supporter une aussi haute haleur dans l’étuve sèche; car nous allons voir pie dans les autres milieux celle faculté devient le moins en moins puissante.
Considérons d’abord que l’air chaud et sec est If tous le plus favorable à l’évaporation parce pi’il a la plus grande capacité de dissolution de ’eau ; or nous savons combien cette évaporation soustrait de calorique à l’économie. Voilà donc déjà une première source d’affaiblissement des effets excitants d’une chaleur exagérée. Notons aussi que cette propriété de l’air sec et chaud ne s’exerce pas seulement sur la peau ; la muqueuse pulmonaire, qui est de même une surface considérable de perspiration, trouve également dans celte condition de l’air un vaste moyen d’en tempérer les effets nuisibles, et elle peut en profiler constamment , faculté qui lui est interdite dans l’air humide à une température au-dessus de celle du corps, et qui doit entrer pour beaucoup dans les causes qui permettent aux animaux une si énorme tolérance de la chaleur sèche.
Quant aux perles que subit la peau, elles sont de deux sortes, et si à un certain degré de chaleur l'une de ccs voies d’élimination et de rafraîchisse-
ment est fermée à l’économie, immédiatement et de la cause et de cet empêchement lui-même résulte une seconde source d’évaporation qui dans pai,. sec ei chaud, mais dans celui-là seulement supplée abondamment la première. Ceci demande une ex p’ication aussi indispensable pour 1 intelligence de ce qui précède que de ce qui va suivre.
La surface extérieure du corps est soumise dans les perles de fluide qu’elle subit constamment, à la puissance de deux causes ou de deux procédés dont l’un purement physique s’exerce indépendamment de toute participation de la vie , aussi bien sur le cadavre que sur l’homme qui respire : c’est la transpiration' -par évaporation j l’autre est un acte vital de la nature des sécrétions, une exhalation susceptible sans doute plus qu'aucune fonction de ce genre d’étre modifiée par des circonstances physiques, mais néanmoins Ionie du ressort de la spontanéité organique : c’est la transpiration par transsudation ou sueur, distinguée en transpiration insensible et sensible, suivant que se faisant en petite quantité elle est convertie en vapeur à mesure qu’elle est produite, ou bien qu’à cause de son abondance ou de conditions atmosphériques données, elle se condense sous formç liquide. La première de ces transpirations, celle qui a lieu par évaporation, ne demande pour se faire qu’un air non saluré d’humidité, et elle est d’autant plus considérable que cet air est plus chaud , plus scc et plus agité. Ce n’est pas d’elle qu’il faut entendre ce qu’on dit des suppressions de transpiration et de leurs effets nuisibles, car elle n’est pas susceptible de suppression, mais une conséquence forcée de la porosité des corps organisés, porosité telle que les liquides pris des surfaces en contact avec l’air diminueraient de quantité en se convertissant en vapeurs, quand même les pores ne seraient pas de nature à donner passage à une seule goutte de liquide ( Edwards) La vie ou la mort, la santé ou la maladie lui sont indifférentes pour s’exercer, et elle persiste après les suppressions de celte autre transpiration par transsudation, qui, elle, subit tant de variations à titre d’action vitale subordonnée à toutes les alternatives de la sensibilité organique. Dans un air sec et dont la température ne dépasse pas 20°, la transpiration par évaporation est énorme, et n’est guère susceptible d’être égalée en quantité parla transpiration par transsudation que lorsque celle *ci est provoquée au moyen d’un air humide dont la température soit élevée à 40". Ceci étant compris, voici ce qui arrive dans un air scc et chaud. D’abord la transpiration par
M ÉD1CAMENTS EXCITANTS.
évaporation est considérable tant que la surface cutanée n’est pas enveloppée d’une couche de sueur. Lorsque celle-ci commence à couler, Imites les portions de peau qui en sont recouvertes sont soustraites ù la transpiration par évaporation , puisque cette dernière ne peut se faire à travers l’épaisseur du liquide et qu’elle a besoin du contact immédiat de l’air avec les pores épidermiques. Si enfin la sueur ruisselle à ce point que le tégument externe en soit baigné dans tousses points , plus alors de transpiration par évaporation; mais l’organisme ne périclite pas pour cela, car l’évaporation continue à se faire abondamment non plus de l’intérieur à travers les pores, mais aux dépens de la couche de sueur répandue sur la peau. Que si l’air est assez chaud et sec, que si surtout il est assez agité pour que l’évaporation de la sueur se fasse rapidement et que celle-ci ait à peine le temps de se condenser, les deux sources d’évaporation sont acquises à l’organisme, et il peut alors supporter le maximum de chaleur compatible avec la vie.
Une autre condition fort importante se réunit à celles que nous venons de faire connaître pour assurer la tolérance delà chaleur sèche, c’est celle du peu de densité du milieu ; or on sait qu’un milieu est d’autant plus chaud, toutes choses égales d’ailleurs , le degré de température restant le même , que ce milieu est pins dense. Ainsi l’air chaud et sec ne cède pas autant de calorique à beaucoup près qu’un air chaud chargé de vapeur transparente , celui-ci autant qu’un air chargé de vapeur vésiculaire , et celuici autant qu’un bain chaud, ces milieux, nous le répétons, élevés pourtant au même degré de température.
Transpiration pulmonaire portée à son maximum de facilité; succession et réunion de la transpiration par évaporation et de l’évaporation de la sueur; rareté et conséquemment conductibilité faible du milieu pour le calorique, telles sont donc les circonstances qui permettent à l’homme de supporter une si haute température dans l’air sec et chaud.
Pour faire comprendre quelle énorme différence apporte dans les effets de l’air chaud et sec l’influence de celte température sur les organes respiratoires et l’imperfection de l’hématose qui en résulte , décrivons ces effets sur le corps renfermé jusqu’au cou dans un appareil chauffé à 46 ou 48° cent. Nous emprunterons celle description à l’ouvrage d’un homme qui s’est spécialement occupé de l’application du
calorique et des vapeurs au traitement des maladies , et a fait sur ce sujet les plus nombreuses expériences.
« Lorsque le corps es! renfermé jusqu’au cou dans un appareil chauffé au degré que nous avons dit, la chaleur est d’abord à peine sensible, cependant la peau s’échauffe, le visage se colore légèrement, le pouls devient un peu plus fréquent et plus plein ; au bout d’un certain temps, une douce moiteur se manifeste, c’est cette température , au moins pour les vapeurs sèches , qui est la plus favorable à l’absorption. A 55° cent. , la chaleur est assez vive mais trèssupportable ; la peau s’échauffe promptement , et s’il existe quelque écorchure, quelque boulon, on y éprouve une cuisson plus ou moins forte; les fluides affluent à la surface; les circulations générale et, capillaire sont activées; la peau s’injecte , se gonfle ainsi que le tissu cellulaire sous-cutané ; le pouls est plus fort et légèrement accéléré , la face est animée et la transpiration s’établit; celle exhalation devient plus abondante après le bain , pourvu toutefois qu’elle soit favorisée par le séjour dans le lit , par les couvertures dont on s’enveloppe ou par quelques boissons lièdes. C’est à celte température que les bains secs sont le plus souvent administrés, soit qu’on n’emploie que le calorique seul , ou qu’on lui associe quelque médicament réduit eu gaz, lorsqu’on veut légèrement exciter l’irritabilité de la peau. Le premier effet qu’on éprouve en entrant dans un appareil chauffé de Go à 70° cent. , est une sorte de crispation, de resserrement de la peau , auquel succède quelquefois une cuisson , un prurit incommode sur presque tout le corps , mais surtout au haut de la poitrine, autour de l’ombilic et au scrotum , qui se contracte vivement. Les mouvements du cœur sont d’abord petits et précipités , la respiration est parfois gênée ; souvent la tète est lourde, embarrassée et le front comme serré par un bandeau. Mais les organes profonds réagissent bientôt , et à ces phénomènes qui sont le résultat d’une sorte de mouvement de surprise , de concentration , succèdent plus ou moins promptement : chaleur brûlante delà peau, vitesse 1 et développement du pouls, battement des artères temporales , quelquefois léger gonflement des veines du front. Une sueur abondante se manifeste sur tonies les parties du corps et principalement à la tête; la bouche est quelquefois | sèche et la soif vive; on éprouve le plus souvent I une légère pesanteur de tète, qui , ainsi que la
CALORIQUE
sueur , persiste pendant quelques heures après le bain , dont on ne doit pas prolonger la durée au delà de 25 à 50 minutes. Celte température est plus favorable à l’exhalation qu’à l’absorption; je ne crois pas même que cette dernière puisse avoir lieu , et si dans ce cas on ajoute quelque vapeur sèche ou calorique , ce ne peut être que pour augmenter sou action excitante. De tels bains ne peuvent convenir que lorsqu’on vent déterminer une puissante dérivation au dehors, etc. , etc.... Lorsqu’on n’est plongé dans ie calorique que jusqu’à la ceinture, la sueur se manifeste également sur toutes les parties du corps , et même quelquefois plus promptement sur celles qui ne sont point renfermées dans la boite , pourvu toutefois qu’elles soient soigneusement enveloppées et préservées du contact de l’air. De celle manière à une température trèsélevée, on n’a pas à craindre les accidents qui peuvent résulter du refoulement du sang à la tête. Les circulations générale et capillaire , les fondions de la peau , sont également stimulées. Le bain à mr-corps est toujours préférable lorsqu’on a affaire à un tempérament sanguin , à une personne irritable, ou lorsqu’on ne veut agir que sur les parties inférieures. » ( Rapou,
‘ Traité de la méthode fumigatoirc , loin 1er , page 65. )
On voit par ce tableau , que les phénomènes de stupeur, d’anxiété, d’oppression , d’asphyxie croissante dans les bains généraux de vapeur sèche, appartiennent an trouble des fonctions respiratoires , puisqne ces accidents n’apparaissent plus lorsque les poumons peuvent satisfaire à l’important besoin de l’hématose avec un air d’une densité appropriée à ce besoin. Nul doute cependant que les phénomènes de stupeur par surstiinulation ne vinssent succéder à ceux du redoublement d’activité de toutes les fonctions , si on poussait beaucoup plus loin l’élévation de la chaleur sèche. Une brûlure générale de la peau au premier degré finirait aussi par êlre produite.
Effets physiologiques d’un air chaud et humide.
Ce que nous avons dit des circonstances qui permettent 5 l’homme de supporter la chaleur sèche plus facilement qu’aucun autre milieu chaud , doit sans peine expliquer pourquoi la même tolérance n’existe pa3 pour un air chaud et chargé de vapeur. On voit en effet de suite ,
qu’un milieu , presque ou entièrement saturé de vapeur, doit se refuser à recevoir celle qui s’exhale sans cesse de la surface pulmonaire; car l’exhalation qui se fait à celle surface ne peut avoir lieu que par évaporation-, il ne saurait exister là de transpiration par transsudation ; la disposition des parties s’y oppose invinciblement. Voilà donc les poumons , qui habituellement déjà ne joiiissenL que d’un mode de transpiration , privés par la circonstance d'un air chaud et humide de la facullé d’éliminer une forte proportion de liquide et de tempérer ainsi les effets de ce milieu. La peau sans doute n’en aura qu’une transpiration plus abondante , puisque ces deux surfaces se suppléent assez bien dans leurs fonctions d’organes exhalants ; mais remarquons aussi que dans le milieu dont nous étudions l’influence , la peau se trouve presque réduite à la transpiration par transsudation , puisque le même obstacle , savoir l’excès d’humidité de l’air chaud , s’oppose à la transpiration par évaporation pour la peau comme pour les poumons. Le privilège de la première d’avoir à sa disposition les deux modes de transpiration lui est ici enlevé. Il est vrai qu’alors , le seul de ces modes qui lui reste s’exerce avec une extrême abondance; mais ce n’est pas dans celle exhalation isolée et bornée à la simple déposition sur la peau d'une grande quantité de liquide , que réside le refroidissement et par conséquent la modération des effets d’une li oj) forte accumulation de calorique ; ce bienfait est dû , comme nous l’avons déjà dit à l’évaporation de ce liquide aux dépens du calorique fourni par la surface du corps , et nous en voici encore frustrés par les mêmes conditions qui empêchaient tout à l’heure la transpiration par évaporation à travers les pores de la peau. N’oublions pas d’ajouter à loules ces considérations déjà si défavorables , celle de la conductibilité plus considérable du calorique par la vapeur d’eau que par l’air chaud et sec , et nous connaîtrons les raisons pour lesquelles l’homme ne peut pas supporter dans le premier de ces milieux le degré de chaleur qu’il supporte dans le second , et nous ne nous étonnerons pas de l’énorme distance qui en sépare l’action.
Voici du reste, d’après l’auteur déjà cité, M. Rapou , les effets physiologiques des bains généraux de vapeurs humides.
« Dans les bains généraux de vapeurs administrés de 50 à 40" , la peau rougit , sa chaleur augmente; elle devient , ainsique le tissu eellu-
:M ÉDICAMENTS EXCITANTS.
laire extérieure dans un état de turgescence et de gonflement remarquables ; les membres et notamment les doigts ont sensiblement augmenté de volume. Les muscles perdent momentanément leur énergie, aussi est-on incapable de serrer un petit objet avec force ; les battements du pouls sont forts et précipités, les vaisseaux de la tête gonflés , la respiration difficile: une sueur abondante coule de toutes parts, etc. , etc. A une douce température, la vapeur humide anime, épanouit la peau, sollicite une légère transpiration et produit une détente générale , un effet calmant. » ( Op. cit. )
Il est inutile de dire que les inconvénients attachés au bain de vapeurs humide seront éloignés par la précaution de ne se plonger dans ce bain que jusqu’au cou. Il pourra alors être porté sans danger à une température beaucoup plus élevée.
Effets physiologiques du bain chaud.
Ils sont ceux des bains de calorique sec ou humide administrés par encaissement jusqu’au cou , plus ce qui résulte delà densité beaucoup plus considérable du milieu , ce qui rend la tolérance pour ce mode d’application du calorique beaucoup plus faible, puisqu’un bain chaud ;) 35° cent, est presque le maximum auquel on puisse atteindre. D’ailleurs toute transpiration cutanée est ici impossible, excepté sur les parties qui sont hors de l’eau. Les congestions pulmonaires et cérébrales et tout ce qui s’ensuit sont plus qu’un autre phénomène les résultats du bain chaud ; c’est ce qui rend ce moyen rarement applicable. La sueur y est plus abondante que dans tous les bains de calorique dont nous avons jusqu’ici examiné les effets.
Nous avons répété bien des fois dans ce chapitre que les mammifères non hibernants avaient le pouvoir de conserver une température indépendante des milieux environnants , et. qu’exposé à une chaleur plus élevée que la sienne propre , le corps de l’homme restait néanmoins entre 50 et 57° cent. Cette assertion est vraie d’une manière générale et dans de certaines limites; car MM. Delaroche et berger ont constaté sur euxmêmes et sur des animaux à sang chaud , que sous l’influence de la plus forte chaleur compatible avec la vie , la température organique pouvait au maximum s’accroître de 7 à 8° cent. Est-ce à une communication toute physique du calorique extérieur, à une espèce d’équilibre qui } à un degré de chaleur donné, commence
à s’établir entre les corps lu nts et les corps vivants, qu’est due celle augmentation de température des derniers ; ou bien , les actions organiques développées par le calorique , cet agent si essentiel et si puissant d’excitation, deviennent-elles capables de produire une somme [dus considérable de chaleur? Nous préférerions nous arrêter à celte dernière manière de voir, car la première ne saurait être admise sans entraîner l’idée que la vie a assez perdu de son empire, pour que le corps'éprouve un commencement de retour vers le règne inorganique , ce qui serait attesté par sa propriété d’équilibrer sa température avec les corps bruts environnants. Or les courageux expérimentateurs qui se sont soumis à des degrés de chaleur capables d’élever leur propre température de 7 à 8°, n’ont ressenti de ers épreuves aucune incommodité durable, et leur santé n’en a pas souffert d’atteinte , innocuité qu’on ne peut concevoir en songeant à quelle période d’altération aurait dû parvenir leur économie, si elle s’était tant approchée des lois qui régissent la matière inanimée. Il faut aussi rejeter le concours de ces deux causes, pour exp'iquer le phénomène dont il s’agit , puisque ces causes s’excluent mutuellement et que l’existence d’un abaissement considérable des actions vitales ne saurait avoir lieu en même temps qu’un fait qui les suppose notablement exaltées et réciproquement. Si notre explication a quelque fondement, il en résulte un nouvel embarras pour les physiologistes qui placent la source des neuf dixièmes de la température propre des animaux dans l’acte de la respiration , car un air assez échauffé ( 88° cent, dans les expériences de Berger) pour produire le surcroît de chaleur organique que nous avons noté , est bien rare et bien insuffisant à satisfaire convenablement aux besoins de l’hématose.
Cet accroissement dans la température propre de l’homme exposé à une chaleur excessive , persiste quelque temps après l’action de celle-ci, et cela sert peut-être à comprendre ce fait, savoir , qu’au sortir d’une atmosphère rendue artificiellement si chaude, on peut sans impression désagréable et sans inconvénient affronter un air frais cl même le bain froid , le bain de neige comme le pratiquent les Russes et les Finlandais , impressions qui seraient tolérées bien plus péniblement et avec bien pins de risques, l’organisme ne possédant que sa somme ordinaire de calorique. Mais il ne faut pas s’autoriser de ce fait pour négliger les précautions nécessaires au
SUDORIFIQUES
sortir d’un bain chaud ou d’un bain de vapeur, car l'économie n'acquierl guère le privilège dont nous venons de parler qu’à des degrés de chaleur que la thérapeutique utilise bien rarement.
Les effets consécutifs des bains de vapeur et des bains chauds à des températures excessives sont toujours débilitants autant par les perles considérables qu’on y éprouve que par la sédation spontanée ou la faiblesse indirecte qui suit toutes les fortes excitations. Il est fort important en thérapeutique de bien se rappeler que si l’action exagérée du calorique est immédiatement très-excitante, elle est aussi le moyen le plus sûr d’amener consécutivement une grande atonie dans les parties qui y ont été exposées et que c’est tout le contraire pour l’application du froid. Il suffit pour en être convaincu d’examiner le peu de vitalité de la peau de tous les individus dont les professions exigent l’exposition d’une partie ou de tout le corps devant des foyers , des forges, des fourneaux embrasés , etc. , etc... Nous aurons souvent dans la suite occasion de tirer parti de cette observation et d’en développer toutes les applications. Qu’il nous suffise ici de l’avoir signalée parmi les effets physiologiques du calorique,
2° Nous ne voyons pas la nécessité de décrire les modes divers d'application du calorique pour produire l'excitation locale ou la fluxion. La plupart sont d’un emploi domestique et vulgaire. Si quelque particularité sur leur application se présente à noter, nous le ferons sans inconvénient en traitant des médications révulsive et topique irritante.
3® Bien que nous devions étudier avec importance dans une section delà médication excitante toutes les indications thérapeutiques qui peuvent être remplies au moyen du calorique , employé à lit vc d épispastique et de caustique , nous ne pensons pas être obligés d’entrer dans l’exposition détaillée des modes d’application du cautère actuel et des moxas. Celte description appartient aux traités de petite chirurgie et pourrait paraître déplacée ici. Nous supposons ces pratiques connues de nos lecteurs. Bien souvent en médecine , lorsque toutes les indications susceptibles d’être satisfaites par la direction des choses non naturelles et l’administration des agents de la matière médicale, sont épuisées , le praticien est obligé de se réfugier dans les moyens chirurgicaux et de s’armer du fer et du fut. On sent pourtant et de reste qu’un traité de thérapeutique médi-
cale est dispensé de décrire ces moyens malgré leur appropriation à des cas de pathologie in. terne. C’est pour cette raison aussi que nous ne décrivons pas la phlébotomie ni les autres manières d’évacuer le sang, bien que les évacuations sanguines soient une des ressources les plus générales et les puissantes de la thérapeutique , et que nous consacrions un chapitre fondamental à l'étude de l’influence des indications et des conlr’indicalions de cette médication.
EXCITANTS SPÉCIAUX
OU DONT D’ACTION SE MANIFESTE PAR L’EX- CITATION PLUS SPÉCIALE D’UNE OU DE PLU- SIEURS FONCTIONS.
SUDORIFIQUES
OU MÉDICAMENTS DONT l’aCTION EXCITE PLUS SPÉCIALEMENT L’tXllALATION CUTANÉE.
Nous plaçons celte subdivision des agents excitants spéciaux immédiatement après le calorique, parce que celui-ci, appliqué de certaines manières que nous avons décrites , est le plus puissant des sudorifiques , celui qui est la première condition d’action des moyens médicamenteux que nous allons indiquer. 11 ne sera donc pas question ici de toutes les ressources qu’a le thérapeutiste à sa disposition pour augmenter l’exhalation cutanée , car il faudrait exposer en tète l’exercice du corps au milieu d’une atmosphère chaude , une marche précipitée sous un soleil du mois de juillet , le séjour dans une étuve , le bain de vapeurs, etc., mais seulement des substances médicamenteuses ou des agents de la matière médicale que l’expérience a plus particulièrement désignés comme portant leur action vers la peau eu tant qu’organe exhalant.
On a voulu autrefois , sans que nous puissions dire d’après quelles raisons et dans quel but , distinguer les médicaments qui portent à la peau en diaphorétiques et en sudorifiques , réservant aux premiers le pouvoir limité d’activer l’exhalation cutanée jusqu’à la transpiration insensible inclusivement , attribuant aux seconds la faculté plus énergique d’élever celte exhalation j usqu à ce point que , condensée à la surface de la peau et revêtant létal liquide, clic y prenne
MÉDICAMENTS EXCITA N TS
le nom de sueur. Il n’y a là que des degrés cl aucun fondement à une distinction raisonnable et
naturelle.
Les remèdes sudorifiques se rencontrent dans les trois règnes de la nature. Le règne minéral nous fournit le soufre et sourlout l'antimoine et leurs préparations; mais comme c’est moins à litre de sudorifiques qu’à celui d'agents spécifiques contre certains étals morbides , que ccs deux importantes substances sont utiles au médecin , tout ce qui leur est relatif sera traité sous leur nom lorsque nous arriverons aux classes d’agents dans lesquelles nous avons cru devoir les ranger.
Quant aux plantes ,> on peut dire que toutes celles qui nous ont passé sous les yeux sont sudorifiques , quand on prend chaudes leurs infusions ou leurs décoctions, et que la peau est dans des conditions anatomiques et physiologiques qui permettent la sueur. L’angélique parmi les orabellifères aromatiques; la sauge parmi les labiées: la serpentaire de Virginie , la conlrayerva parmi les excitants exotiques possèdent plus particulièrement celle vertu. Le vin rouge chauffé et uni à quelques substances aromatiques est aussi un très-puissant sudorifique.
Dans le règne animal, le musc, le castoreum, etc., sont depuis leur découverte réputés alexipharmaques et sudorifiques , mais leurs propriétés antispasmodiques, plus énergiques et plus sou vent mises à profit , leur ont assigné une autre place. De tous les agents que fournil ce règne à la médication excitante sudorifique, le plus puissant est sans contredit l’ammoniaque et quelques-uns de ses sels, l'acétate, le carbonate par exemple. On trouvera leur histoire à l’articl e Ammoniaque.
Restent certaines substances dont les qualités excitantes sont vraiment plus propres que celles qui nous ont occupés jusqu’ici , à produire la stimulation spéciale dont nous étudierons plus tard les indications et les conlr’indications , et cela très-naturellement , comme se rattachant à celles delà médication excitante générale. Maintenant, pour nous conformer au plan que nous nous sommes tracé dans celle partie de l’ouvrage, nous n’avons qu’à faire connaître ces agents spéciaux sous le rapport de la matière médicale.
BOIS SUDORIFIQUES
On nomme ainsi la réunion des racines , bois et écorces exotiques suivantes :
Gaïaç, Guajacum officinale ; arbre de la fa* '
mille des rutacées , qui croit dans l’Amérique méridionale et dont on emploie le bois et la résine.
Le premier (Lignum guajaci, lignutn sanctum ) est dans le commerce en grosses bûches recouvertes de leur écorce qui est épaisse , grisâtre , résineuse extérieurement et marquée de petits points brillants à sa surface interne. Le bois lui- même est très-dense , dur , plus pesant que l’eau , d’un vert obscur; son aubier est moins compacte , d’un jaune clair , moins dur. Pour les besoins de la matière médicale on le râpe ou on le réduit en une poudre grossière , jaune ( rasura ligni guajaci ).
Le bois de Gaïac n’a pas d’odeur ; sa saveur est un peu amère ; brûlé il répand une légère odeur aromatique.
De l’écorce du Gaïac suinte spontanément ou à l’aide d’incisions une résine ( résina guajaci) regardée par M. Bramle comme’un principe immédiat sui generis. Elle est en masses irrégulières , friables, demi- transparentes , d’un brun verdâtre , assez légère , d’une saveur âcre et prenant à la gorge , brûlant en donnant une odeur benzoïque agréable. Elle est tout à fait soluble dans l’alcool et en partie dans l’eau, caractères qui la rapprochent des résines et l’en éloignent tout à la fois. Bien que le bois et la râpure du Gaïac soient inodores , si on les porte sous le nez et surtout si on frotte le bois , l’éternuement est provoqué. "
L’un et l’autre , mais surtout la râpure , sont employés sous forme de décoction. La dose est de deux jusqu’à six et huit onces par pinte d’eau. On laisse bouillir jusqu’à réduction au tiers. Si c’est le bois dont on se sert , on le met détremper dès la veille à cause de son extrême dureté. La résine peut être obtenue du bois à l’aide de l’alcool. On la prescrit seule à la dose de deux à trois gros , mais plus souvent dans le vin ou l’alcool. La teinture est une des préparations les plus préconisées ; elle se prend aux mêmes doses que la résine. Ces doses peuvent être selon le cas doublées et même triplées.
Salsepareille. Smilax sarsaparüla ; sarsaparillœ radia ; arbuste sarmenteux de la famille des Asparaginées, qui croîtsans culture auPérou, au Mexique et dans toute l’Amérique méridionale. La racine seule est usitée. Ses racines sont fibreuses , d’une longueur de plusieurs pieds, croissant à la superficie du sol , flexibles , grosses comme une plume à écrire , ridées , à l’extérieur d’une couleur brune-roü'geâlre ; inlérieu-
SUDORIFIQUES
renient offrant un meditullirtm blanc . séparé de l’écorce de chaque côté par une raie rose. Elle est presque inodore, d’une saveur un peu amère. On la coupe dans le commerce en morceaux courts qu’on fend ensuite longitudinalement. Il faut la choisir fraîche, pesante, souple. Pour lui conserver ces qualités, il est nécessaire de la garde rentière et de ne la couper qu’au fur et à mesure du besoin.
Les chimistes se sont évertués â chercher un principe particulier dans la salsepareille. Deux d’entre eux croient y être parvenus. M. Palotla l’a appelé Pareilline ou Par ig line , l’autre, M. Folclii , a voulu le nommer smilacine. Mais de pareilles découvertes sont bien stériles. II est plus utile de connaître ce qu’a déterminé M. Richard Barlley, savoir, que ce n’est point comme on le pensait autrefois, la partie médullaire et amylacée de cette racine qui en renferme les principes actifs et médicamenteux , mais bien la partie corticale. I! recommande en conséquence de ne pas fendre la salsepareille. Jusqu’ici les praticiens qui avaient le plus employé la salsepareille conseillaient les longues infusions , les décoctions ou macérations trôs-rapprochées de celte racine sudorifique , regardant celle manière de faire et d administrer comme la plus avantageuse dans les maladies chroniques , où on a besoin de porter énergiquement à la peau.
Depms quelque temps plusieurs pharmaciens distingués ont pensé autrement. Ils prétendent qu une décoction ordinaire ou qu’une infusion peu prolongée sont préférables à l’ancien procédé consistant en de très-longues ébullitions et des décoctions très - concentrées. MM. Mérat et De Lens se sont éievés contre ces derniers et continuent à iccommander la vieille manière de faire, et ils en appellent pour cela à l’expérience bien acquise des avantages que dans le traitement des syphilis constitutionnelles on relire dis fortes décoctions de salsepareille ainsi que des sirops sudorifiques de Cuisinier , de Miltié , etc... de la tisane de I'eliz , du rob de Laffecteur , etc... Ils a joutent qu’en se conformant à celle nouvelle méthode conseillée par MM. Guibourt , Soubciran , 1 ollelicr , il faudrait faire prendre aux malades d’énormes quantités de tisane de salsepareille , ce qui fatiguerait beaucoup leur estomac. Celle dernière fin de non recevoir est moins valide que la première à laquelle nous souscrivons; car si , comme le pensent les habiles pharmaeologistes cités plus haut , la simple décoction est préférable à celle qui est Irès-rapprochée , elle
doit avec la même quantité produire des effets semblables et même plus marqués.
. Quoi qu’il eu soit , les préparations de salse pareille le plus employées sont la décoction faite avec quatre onces pour deux livres d’eau et réduction au tiers; et le sirop de Cuisinier qui se compose des quatre bois sudorifiques. Ou prend la première à la dose d’un demi-litre à un litre par jour, et le second ù celle de deux à quatre onces pur ou plutôt servant à édulcorer la décolion ou toute autre boisson sudorifique. Nous ne parlons pas de l’administration de la salsepareille en poudre , ou en extrait , parce que ces formes sont peu usitées et ne valent pas les précédentes.
Squine. Rculix Chinœ • smilax China . Arbuste sarmenteux de la même famille que la salse pareille dont il est très-voisin, croissant comme elle dans l’Amérique méridionale et aussi en Chine. On se sert de la racine qui est de la grosseur du poing, ligneuse, lourde, noueuse , dense , assez dure , recouverte d’une écorce lisse d’un rouge brun; intérieurement d’une teinte plus foncée.EIle est sans odeur et d'un goût âpre. On l’emploie en décoction comme la précédente, mais rarement seule et presque toujours associée aux autres racines sudorifiques.
SASSAFRAS. Laurus sassafras. Radix et Cortex sassafras . Arbre de la famille des La urinées, originaire de l’Amérique du nord. On emploie le bois , l’écorce et la racine. L’écorce est d’un rouge brun , d’une ligne d’épaisseur , tachetée çà et là par des ilôts d’épiderme grisâtre. Elle est spongieuse à l’extérieur , lisse à l’intérieur ; son odeur est forte et aromatique , sa saveur forte et piquante. Le bois est grisâtre, léger , à veinures concentriques. Son odeur est agréable , sa saveur presque nulle. Il rougit par le conlacl de l’acide nitrique , qui est comme on l’a dit , sa pierre de touche. Ce sudorifique est plus énergique que la squine. Il n’est guère employé que conjointement avec les trois précédents ou l’un d’eux, le gaïae surtout. Son infusion qui est le meilleur mode d’nminislration s se fait avec une ou deux onces du bois pour une à deux livres d’eau. On en retire une huile essentielle employée à la dose de quelques gouttes.
Nous aurons encore occasion de rappeler les médicaments que nous venons d’indiquer à propos des remèdes altérants et de leurs indications car les bois dits sudorifiques sont aussi quelquelois utiles, non pas en déterminant mie plus abondante exhalation cutanée, mais en modifiant la nutrition d’une manière lente cl générale
MÉDICAMENTS EXCITANTS
indépendamment de la production de foute évacuation par la peau ou par toute autre voie. Il arrive aussi assez souvent que ces bois sudorifiques ne manifestent pas leur action sur la peau par une plus grande activité de ses fonctions perspiratoires , mais en déterminant à sa surface diverses éruptions qui sont quelquefois le but de la médication, lis agissent alors comme de véritables dépuratifs , et nous aurions pu ici placer les agents qu’on désigne ordinairement sous ce nom, comme aussi ceux dont il vient d'être question auraient pu figurer à côté de la bardane . de la patience, etc., etc., pourtant les cas spéciaux dans lesquels les uns et les autres sont employés et le but qu’on se propose en général en les prescrivant , nous ont autorisés à les séparer.
Les solanées non vireuses ont bien aussi quelques droits à la propriété sudorifique; ainsi , la morelle noire, Solanum nigrum peut au besoin servir à ce titre et mieux encor e la douce-amère, Solanum Dulcamara ; celle dernière surtout a joui d’une grande réputation dans le traitement des maladies chr oniques de la peau , principalement chez les enfants , et ce n’est pas sans quelque fondement. Elle détermine plutôt des picotements , des démangeaisons à la peau, diverses éruptions , etc., qu’une perspiration plus abondante de la surface cutanée. Ces plantes ont été décrites à la suite des solanées vireuses. On se rappellera qu’elles ont , quoique très-faible, une action stupéfiante sur le système nerveux.
Nous ne ferons que mentionner pour compléter notre section des excitants sudorifiques , la canne de Provence, Arundo donax , de la famille des Graminées. C’est un des sudorifiques le plus usités dans la médecine domestique pour faire passer le lait des nouvelles accouchées. Bien que dans ce cas , un état incessamment diaphonique de la peau soit une très-utile condition de guérison , nous pensons que d’autres émonctoires sont plus appropriés que le tégument externe aux évacuations alors nécessaires. Nous examinerons avec soin cette question lorsque nous parlerons des médications diruélique et purgative. Le Roseau à balais, Arundo phragmites , de la même famille que le précédent ; la racine du Dompte-venin, Asclepias vincetoxicum , de la famille des Apocynécs; celles de l’Asclépiade tubéreuse , Asclepias luberosa de la même famille; l’Astragale sans lige , Aslragalus exscapus , de la famille des Légumiqeusc s; le bois de Santal rouge, Pterocarpus santalinus , arbre de la famille précédente ; la Scabieuse, Scabiosa
ravensis } de la famille des Dipsacées ; les feuilles de Cassis . IUbes nigra , de la famille des Ribesiées ; la racine du Scorzonère , Scorzonera liispanica , de celle des Synanthérées ; les pétales de l’Œillet rouge , Diantlius caryophyllus ; etc... Le sirop de ce dernier sert souvent à édulcorer des potions excitantes qu’on prescrit pour déterminer un mouvement vers la peau.
DIURÉTIQUES ,
OU MÉDICAMENTS DONT L’ACTION EXCITE PLUS SPÉCIALEMENT LA SÉCRÉTION URINAIRE.
Dans toutes les classes d’agents thérapeutiques pris dans la matière médicale ou hors d’elle , on trouve de nombreux moyens d’augmenter la sécrétion des reins ; mais ici , comme pour les sudorifiques, nous ne somme tenus d’indiquer que les substances excitantes qui par une sorte d’élection sollicilent plus particulièrement la fonction uropoiétique. Le but et la raison de cette médication spéciale, les cas où elle est applicable, les conditions qui en favorisent le succès , celles qui en annulent les effets ou la contr’indiquent feront l’objet d’une importante partie de la médication excitante.
La plupart des substances diurétiques , celles surtout que fournit le règne végétal jouissent d’une propriété sédative assez marquée sur le centre circulatoire dont elles ralentissent les mouvements. Nous tiendrons compte de ce fait important lorsque nous rechercherons les indications de la médication diurétique, de même qu’à propros de la médication sédative nous serons forcés de revenir sur la propriété diurétique d’un grand nombre des agens de cette médication. Ainsi le froid est le plus puissant des sédatifs et il est un des diurétiques les plus actifs, les moins inconstants , et vice versa. Les diurétiques de la matière médicale, la digitale par exemple , sont aussi des sédatifs assez puissants. L’honneur des classifications souffre sans doute de celle multiplicité de propriétés appartenant au même agent, mais nous ne saurions en être responsables . et il serait injuste d’exiger une grande rigueur de classification en présence de matières qui laissent un si vaste champ à l’arbitraire et aux manières de voir.
Le règne minéral fournit d’assez nombreux diurétiques. Tous sont des sels à base desonde ou de potasse. Ce qu’ils ont de plus remarquable, c’est leur nullité d’action en tant qu’excitants généraux. Ainsi qu’ils augmentent ou non la quan-
DIURÉTIQUES.
tilé des urines , jamais ils n’activent la chaleur animale , jamais ils n’accélèrent la circulation , etc... On les voit bien , à défaut de diurèse produire l’exagération de quelque autre fonction sécrétoire ou exhalante, mais non pas, nous le répétons , les phénomènes qui attestent une stimulation générale. Ils sont plutôt propres ù la combattre. Nous ne parlons pas des effets toxiques que peuvent déterminer de grandes quantités de ces sels. Ce sont le nitrale de potasse , les sous-carbonate , bi-carbonale , et acétate de potasse de soude , dont les propriétés physiques et chimiques se trouvent décrites aux articles Potasse et Soude.
Le règne animal ne nous offre à étudier qu’un seul diurétique , c’est l’Urée.
L’Urée , Urea, est un principe immédiat contenu dans l’urine de l'homme et des mammifères. Elle a été découverte par Rouelle , en 1775, mais impure. C’est Fourcroy et Vauquelin qui lui ont donné son nom. MM. Berzélius et \V. Prout l’ont enfin obtenue pure et incolore. Elle est alors sous la forme de longs cristaux lamelleux , aiguillés ou prismatiques , incolores , brillants , nacrés , inodores , d’une saveur fraîche, piquante, ne rappelant nullement celle de l’urine. Elle ne s’altère pas à l’air, est très-soluble dans l’eau et l’alcool ; la vapeur qu’elle répand lorsqu’on la jette sur des charbons ardents , est fortement ammoniacale. On l’obtient en traitant par l’acide nitrique l’urine réduite à consistance sirupeuse. 11 se précipite du nitrate acide d’Urée qu’on décompose par le sous-carbonate de potasse. L’Urée mise à nu e-»l alors dissoute dans de l’alcool qu’on fait évaporer jusqu’à formation de cristaux. Ceux-ci sont ensuite décolorés par le charbon animal et constituent l’Urée que nous avons décrite.
Celte substance s’administre d’après MM. Ségalas et Fouquier, en solution dans de l’eau distillée et édulcorée , depuis la dose d’un demi-gros à un gros par jour. Ses effets généraux sont nuis.
C’e.t du règne végétal que la matière médicale lire ses plus nombreux diurétiques. A leur tôle , nous devrions peut-être placer la digitale , mais ses propriétés conlro-slimuianles ou sédatives très-marquées et qui méritent d’élre étudiées séparément de son action diurétique , nous ont déterminés à en renvoyer l’histoire aux médicaments sédatifs. Ceux qui comprendront bien les indications de la médication diurétique sauront avoir recours à celte plante et en chercher les
préparations et les modes d’administration là où nous les avons exposés. Les autres végétaux diurétiques sont :