BAUME DU PÉROU , BENJOIN
malismales musculaires et principalement dans la pleurodynie et le lumbago a mérité vraiment celte popularité, On en forme un emplâtre en rétendant sur une plaque de peau ou même de linge. Cetemplàtre, appliqué entre les^eux épaules , a aussi son utilité dans la dernière période des catarrhes pulmonaires et dans l’hémoptysie. Le bourreau de Lyon réputé pour la cure des névralgies sciatiques entoure complètement la cuisse malade d’un vaste emplâtre de poix de Bourgogne. Nous nous sommes assurés de l’efficacité dans la sciatique de la culot te du bourreau de Ly on , qu’on laisse appliquée jusqu’à disparition des douleurs. Ce traitement est surtout applicable aux vieilles sciatiques qui ont résisté à l’emploi des vésicatoires et des sels de morphine administrés par la voie endermique. On trouvera exposées plus au long au chapitre des médications révulsive et dérivative toutes les indications de l’usage épispastique des résines que nous venons d’étudier. Nous n’en parlons ici que comme de moyens , de matériaux dont les propriétés et le mode d’action rentrent dans l'important domaine des médications auxquelles nous renvoyons.
BAUMES DE TOLU , DU TÉBOU , DE LA MECQUE , BENJOIN, STYRAX, etc.
Les propriétés médicales de ces différentes substances ont entres elles tant d’analogie, que nous n’avons pas cru devoir en séparer l’étude.
Le Baume de Tolu , Bcilsamum Tolulamim , est un suc qui découle du Myroxylum Toluiferum , arbre de l’Amérique méridionale et de la famdle des Légumineuses. C’est une substance solide , molle et pâteuse lorsqu’elle est récente ; sèche et friable quand elle devient un peu ancienne , d’une couleur roussâtre , d’une texture grenue ou cristalline , demi transparente, d’une odeur agréable , suave même , et d’une saveur chaude quoique assez douce. Une résine et l’acide benzoïque la constituent comme tous les baumes. Soluble en partie dans l'eau bouillante et dans six fois son poids d’alcool, elle est parfaitement fusible et répand alors un parfum recherché.
Le n u me ne Pérou, Balsanum Peruviamum, découle du Myroxylum peruiferum , arbre de la même famille , et qui croit dans les mêmes lieux que le précédent. Deux sortes de ce heaume se trouvent dans le commerce : l’une très-rare , d’un brun funcé , opaque , inolle, et d’un parfum très-agréable 5 l’autre très-commune , presque
noire et tachée de rouge-brun , transparente , plus molle que la première , d’une odeur plus forte , et d’une saveur amère et âcre. Une résine et l’acide benzoïque en forment aussi la base.
Nous ne décrirons pas le Baume delà Mecque onde Judée, tombé aujourd’hui en désuétude. Au reste, ses propriétés thérapeutiques, son histoire naturelle se rapprochent beaucoup des précédents.
Le benjoin, Balsamum Beinzoïnum, seu asa dulcis, découle du styrax benzoë , arbre de la famille des diospyrées qui croît dans i’ile de Sumatra.
Il y a deux espèces de Benjoin : la première dite en larmes amygdaloïdes , est sous la forme de masses solides , de larmes blanches , fragiles à cassure polie et brillante; la seconde, ou Benjoin en sorte , dont la cassure est d’un brun rougeâtre. Ce heaume a une odeur agréable ; sa saveur est chaude et un peu acide. Si ou le chauffe , il fond , se décompose , et donne des vapeurs blanches qui sont de l’acide benzoïque impur, et qu’on purifie en le dissolvant dans l’acide nitrique à 25° , en évaporant la liqueur presque à siccité, en redissolvant le résidu dans l’eau, et en faisant cristalliser celte dissolution. Les dissolulionsalkalines et l’eau bouillante extraient aussi l’acide benzoïque du Benjoin. C’est cet acide qui constitue à proprement parler toutes les substances balsamiques. Elles lui doivent leur parfum , leur qualité de baumes et leurs vertus thérapeutiques.
Le styrax soi.ide ou storax. Balsamumstorax est un baume fourni par le styrax officinale , arbre de la même famille que le Benjoin, et qui croît dans l’Orient et le midi de l’Europe.
Dans le commerce, on le trouve, 1° en larmes , sous forme de grains transparents , rouges , fragiles , à cassure résineuse et brillante , se ramollissant entre les doigts, d’une odeur benzoïque et d’une saveur chaude et amère ; 2° en pains , du volume du poing , fragiles, doux au loucher, d’un brun rougeâtre et mêlés d’impurelés. Son odeur et sa saveur sont les mêmes (pie celles de la première solde. Il contient de la résine , de l’acide benzoïque et 1111e huile empyreumatique. 11 est soluble dans l’alcool et l’éther. L’eau bouillanlc s’empare eL relient sa saveur et son odeur.
Il est encore une foule d’autres substances balsamiques (pie nous passons sous silence à cause de l’analogie de leurs propriétés, tels sont le 6tyrax Injuidc , le Laudanum , la Ilcsiiw
MÉDICAMENTS EXCITANTS
éléint, la Myrrhe , l'O/iban on encens , le JB de Ilium , etc.... (Ces quatre dernières ne contiennent pas d’acide benzoïque , mais A la place une huile essentielle; elles sont donc plutôt des résines (pie des baumes.)
Ce que nous allons dire devra particulièrement s’entendre de toutes les substances que nous venons d’énumérer, et qui sonlcaractériséesôawwfes par la présence de l’acide benzoïque. Les autres, en y comprenant le styrax , sont ou tombées en désuétude ou affectées à l’usage externe. Le baume de Tolu est parmi les premiers celui qui a conservé le plus de crédit , et qu’on emploie de préférence aux autres.
Tous ccs agents thérapeutiques , à l’exception, comme on le conçoit très-bien , de ceux qui nous viennent du Nouveau monde, étaient connus des anciens. Dioscoride parle beaucoup de leur usage , tant interne qu’externe. Le baume de la Mecque ou de Judée , ainsi que la myrrhe leur étaient principalement familiers, lis n’en bornaient pas l'usage . comme on l’a dit , au pansement des plaies et des ulcères, ils les faisaient aussi servir au traitement d’un gr and nombre de maladies chroniques viscérales qu’ils rapprochaient des ulcères, des tumeurs glanduleuses, des fistules, des écoulements externes, et les employaient surtout fréquemment en fumigations dans l’aménorrhée, la leucorrhée, l’hystérie, tous les flux muqueux , et les maladies chroniques du poumon , catarrhales et nerveuses, ainsi que dans les affections du larynx produisant l’enrouement et l’extinction de la voix , raucedines et aplwnix.
Les térébenthines et les baumes semblent se partager le privilège de modifier avantageusement 1rs maladies catarrhales et ulcéreuses des téguments internes, les premières de ces substances, comme on l’a vu, jouissant d’une action curative, spéciale dans les affections de ce genre , qui siègent sur la membrane muqueuse génito-urinaire ; les secondes, dont il trous reste à parler, manifestant particulièrement leurs vertus thérapeutiques dans les catarrhes et les phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse gastropulmonaire. Celle qui appartient attx organes respiratoires surtout , offre aux divers baumes , dans les maladies que nous avons désignées, leur indication la plus formelle et la plus heureusement remplie par eux, malgré l’oubli où de nos jours sont relégués ces puissants modificateurs ; et pour parler tout d’abord de noire propre expérience, nous affirmons qu’il est dans la matière
médicale bien peu d’agents aussi puissants pour combattre les catarrhes pulmonaires chroniques et les anciennes phlegmasies du larynx. Notre opinion est , encore ici, parfaitement conforme à celle des Anciens praticiens. Mais , prétendonsnous comme eux, comme F. Hoffmann, et Morton surtout , guérir la phthisie tuberculeuse avec les balsamiques ? Bien loin delà; et pourtant ceci demande quelques éclaircissements. Lorsqu’on lit le célèbre auteur de la Phthisiologie , Richard Morton , compatriote et presque contemporain du grand Sydenham , proclamant en plusieurs endroits de son remarquable traité, la guérison de la phthisie ( de celle surtout qu’il appelait scrophuleuse ou symptomatique de la diathèse de ce nom) h l’aide d’un traitement très-méthodique , dont les ba'samiques ( unis aux eaux minérales et aux préparations martiales ), et en particulier les fameuses pilules qui ont gardai son nom, constituaient la base , la première idée qui se présente avec grande raison , c’est que ce médecin , privé des lumières que nous ont fourni l’auscultation et l’anatomie pathologique, prenait pour phthisiques des malades simplement affectés de catarrhes pulmonaires chroniques , et surtout de catarrhes purulents qui peuvent s’accompagner, comme on le sait, de tous les signes rationnels Ae la véritable dégénéralion tuberculeuse. Nul doute qu'il en soit ainsi pour plusieurs des guérisons de Morton. Mais il est d’autant plus difficile d’admettre que toutes doivent être indistinctement ravies aux prétentions de ce praticien, qu’il n’était pas sans très-bien connaître les causes, la marche , le sérieux pronostic et les lésions organiques de la phthisie tuberculeuse. On peut même dire , qu’A l’exception des choses si importantes A la vérité , que nous a fait connaître la découverte de Laënnec , Morton n’ignorait rien de l’histoire de la phthisie ; qu’il avait parfaitement divisé le cours de celle terrible maladie en ses trois périodes naturelles et fondamentales], division qu’il avait établie sur les degrés de formation , d’accroissement et de ramollissement de la matière tuberculeuse, etc....; car de nombreuses autopsies lui avaient permis de constater et de décrire des faits et des particularités anatomiques très-exacts, et pour ainsi dire prématurés et surprenants pour l’époque où il vivait. Néanmoins , cet auteur si fécond en assertions générales sur la vertu des balsamiques dans la phthisie tuberculeuse, ne l’est pas assez en observations capables de donner de l’autorité A ses paroles. Ce n’est pas que le traité en question soit pauvre de
STYRAX SOLIDE
faits. Au contraire , Morton ne manque jamais de compléter et de fortifier ses descriptions par des observations très-détaillées et pleines d’intérêt; mais elles laissent entièrement dans le doute sur l’efficacité de la médication que nous voulons juger. Parmi les espèces de plliisie si multipliées qu’il a admises , quelques-unes seulement méritent d'être considérées par nous ; car ce sont les seules (pii répondent à la signification actuelle du mot phthisie, et soient incontestablement des dégénéralions tuberculeuses des poumons. Ainsi, nous pouvons accepter de Morton les cinq espèces suivantes, décrites sous ces titres : 1° Deplithisi puhnonari originali. Il appelait ainsi ces plilliisies tuberculeuses développées chez des sujels exempts du reste de toute diathèse tuberculeuse générale , non scrophnleux , et chez lesquels les poumons seuls sont voués à la dégénération qui nous occupe, sans que l’individu présente aucun autre signe d’altération constitutionnelle en rapport avec cet état organique , sans prédisposition autre que celle qui parait bornée au parenchyme pulmonaire , et en fait le terme d’une désorganisation tuberculeuse sous l’infiuence de causes (pii n’ont aucune relation directe et nécessaire avec celle affection. Celte espèce est certainement dans la nature , et chacun l’a observée. Plusieurs auteurs l’invoquent à l’appui de l’opinion, que les tubercules pulmonaires ne sont pas une manifestation de l'étal scrophnleux, et constituent une maladie essentiellement différente des affections tuberculeuses (pii siègent dans d’autres lieux. Morton fait moins de cas des balsamiques dans cette espèce que dans la suivante : 2° De phthisi scropliulosâ. C’est la phthisie tuberculeuse chez des sujets d'une constitution analogue, et affec- .tés antérieurement ou simultanément de maladies analogues. Elle est , dit-il. de beaucoup la plus fréquente, et il en aurait plus guéri de cetleespèce que de toutes les autres ensemble. Il loue avant toutes les autres préparations balsamiques les pilules célèbres qui portent son nom , et dont voici la formule : Acide benzoïque obtenu par sublimation, G gros ; triturez dans un mortier avec huile d’anis sulfurée , G gros ; incorporez peu à peu cloportes en poudre , 18 gros ; gomme ammoniaque, 9 gros; safran, 1 gros; baume de Tolu ou du Pérou , 1 gros. Faites des pilules de 3 ou 4 grains , à prendre jusqu’à dix par jour. Istœpilulœ, ajoute-t-il. in scorbulicosum et scrophulosorurn lentâ phthisi ( quœ quidam sunt frequentissimœ phthises ), ubi febris {si ulla est) est admodùm mitis et exspu ■
tum phlegma quadantenùs glutinosum , astlimaticoruni ritu, curationem non tantum in principio morbi , verurn ctiam in progressu insigniter promovent. Mais il pose pour condition de siiccès d’en faire un usage prolongé et à titre de diète, c’est-à-dire de s’y habituer comme à une chose dont se compose le régime journalier :
FI u jus modi verà remédia copiosè deglutienda sunt, adeôque ( quantum fieri polesl) more diœtœ exhibenda , atque in eorum usu longo tempore persistendum.
Il est vraiment bien à regretter qu’après de si celles promesses , Morton ne juge pas à propos de tracer l’histoire de quelques-uns des malades qu’il a guéris ainsi. La seule observation qu’il rapporte à la suite de ce chapitre est terminée par 'autopsie, qui fait voirdes lurbercules pulmonaires à tous les degrés , et cela malgré les balsamiques. 3° L’espèce scorbutique ( phthisis scorbu tica) est encore de nature tuberculeuse, mais compliquée d’un état de relâchement , de sueurs abondantes, d’une expectoration ténue et trèscopieuse , sorlout le malin, d’éruptions fréquentes à la peau , etc.... ; état que les anciens médecins assimilaient à quelque chose de scorbutique; ce qui rend celle expression si commune dans leurs écrits , et si rare dans les nôtres, puisque nous ne l’appliquons qu’à une maladie bien caractérisée et peu commune parmi nous. Morlon y exalte infiniment la vertu des balsamiques, et des cinq observations qu’il cite , quatre *sonl terminées par la mort ; elles sont relatives à un individu et à ses trois fils , héritiers de la phthisie tuberculeuse de leur père. La veuve du dernier de ces fils, prise pour tuberculeuse par Morlon , survit , et semble le devoir à un long usage du traitement composé principalement de ferrugineux. Tout porte à penser qu’elle n’était que chlorolique , et affectée d’une toux catarrhale. 4° II traite ensuite de la phthisie asthmatique, deplithisi. aslhmaticâ , qui n’est autre chose qu'une phthisie tuberculeuse dans laquelle , comme cela est si commun , le phénomène dyspnée a ouvert la marche des accidents , et a continué à être l’élément dominant de la maladie. Suivent trois observations : la première bien dessinée et non douteuse; le malade meurt nonobstant les balsamiques, lien est de même de la deuxième. Dans la troisième, il s’agit d'un apothicaire de Londres , que Morlon caractérise seulement ainsi : per plurwios annos in statu phthiseos asthmaticœ ( emaciatus scilicet et debilis). 11 ajoute bien qu’il était souvent sujet ü
M ÉDICAMENTS EXCITANTS.
il 4
inic fièvre péripneumonique, dépendant (l’un état tuberculeux des poumons ,• mais le rapprochement des diverses circonstances de la maladie, nous porte ù croire que ce sujet ëi ait plutôt affecté d’un catarrhe chronique , prenant de temps en temps la forme suffocante, car Morton le soulageait dans scs accès à l’aide des vomitifs. 5° Enfin , notre auteur décrit la phthisie hémoptoïque , phth isis ab hemoptoë , ainsi nommée, parce que le phénomène hèmoptliysie , précédant les autres svmplôroes , Morton établit une relation de cause à cet effet entre celui-là et ceuxci. Après avoir plusieurs fois préconisé l’emploi des balsamiques dans l’histoire de cette espèce , il donne trois observations terminées par la mort. L’usage de celte médication n’y est seulement pas mentionné , et semble n’avoir pas fait partie du traitement ! Les cas de succès allégués au chapitre, de phtliisi à peripneumonià et pleuriiide orlâ , sont sans valeur dans la thérapeutique de notre véritable phthisie ; car on n’y trouve que des exemples d’empyêmes de pus évacuées par les bronches, de vomiques passées plus ou moins rapidement de la cavité des plèvres dans l’intérieur du poumon à la suite de pleurésies aiguès. Toutes les autres espèces si variées , décrites par Morton , doivent être éliminées du cadre de la lésion tuberculeuse des poumons. Ce médecin , donnant au mot phthisie tout son sens étymologique , l’appliquait à l’universalité des maladies chroniques avec dessèchement , marasme , dépérissement, fièvre hectique , évacuations colliquatives , de quelque nature que fussent les altérations organiques , les états morbides locaux ou généraux, matériels ou dynamiques qui entretinssent ce marasme, cette consomption. C’est ainsi que beaucoup de chloroses y prennent le nom d ephthisies nerveuses ( expression admirable !), qu’il consacre d’intéressantes pages à développer l’histoire des maladies chroniques du foie , sous le titre : De phtliisi icteritiâ seti hepalicâjde la plupart des pldegmasies chroniques , de Phypochondrie , etc.... , et pour peu que ces affections se compliquent dans leur cours de douleurs thorachiques , de toux , de trouble en un mot dans les fonctions respiratoires , Morton affirme intrépidement que la phthisie pulmonaire s’est mise de la partie , et a emporté le malade , ou bien qu’il a guéri malgré celle fatale complication. D’où en grande partie la renommée des balsamiques qu’il était bien rare qu’il n’utilisàt pas dans le traitement de ces divers états morbides.
Une chose reste à ajouter pour faire comprendre la difficulté et même l’impossibilité de tirer quelques conséquences un peu sévères de la pratique de Morton , c’est que ce grand praticien avait à un assez haut degré la manie polypharmacique et la prétention d’adresser une foule de médicaments à une quantité prodigieuse d'éléments pathologiques bien souvent imaginaires; enfin , que sa thérapeutique était infiniment composée j que dans le traitement de la phthisie, par exemple , il insistait beaucoup sur l’importance des eaux minéra'es et des remèdes ferrugineux , moyens assez actifs pour qu’on doive tenir compte de leurs effets et de la part qu’ils peuvent revendiquer dans toute médication qui s’en compose. L’habitation de la campagne , l’attention la plus scrupuleuse et la plus suivie à faire garder l’observance des six choses non naturelles , dirigées selon l’influence heureuse ou défavorable que ces puissants modificateurs pouvaient exercer sur
i’élat des malades , etc , formaient de plus
une partie essentielle des ressources que Morton mettait en œuvre. Il ne nous parait , dans aucun cas , s’ètre borné à l'emploi des balsamiques , ce qui rend toute conclusion impossible à l’égard de ces agents thérapeutiques.
Morton traitait ses malades affectés de phthisie scrophuleuse comme des scrophuleux ; ceux atteints de phthisie scorbutique comme des scorbutiques , et cela avec méthode . surtout avec constance et opiniâtreté. Il modifiait son traitement suivant les saisons , et à l’imitation des pères de l’art , faisait la plus grande attention aux tempéraments , aux circonstances héréditaires, aux habitudes pathologiques de ses malades , aux périodes des âges et aux affections qui leur semblent attachées presque naturellement. C’est à cet ensemble de considérations vraies et capitales d’où il lirait ses indications thérapeutiques, qu’il devait sans doute les succès , qu’il a prônés avec trop d’entraînement et d’apparence de bonne foi, pour qu'il faille les nier absolument , et c’est parce que nous sommes trop préoccupés des points de diagnostic local que l’anatomie pathologique et l’auscultation nous permettent d’étudier et de reconnaître avec une facilité et une sûreté nous serions presque tentés de dire fâcheuses , si l’abus seul n’était pas responsable des écarts qu’un usage légitime doit et peut changer en progrès ; c’est parce que nous concentrons toutes nos recherches sur des éléments de la phthisie , qui malheureusement servent peu à éclairer la thérapeutique de celte triste ma-
STYRAX SOLIDE
ladie , que peul-èlre Morton nous était supérieur à cel égard.
Loin (|ue ies découvertes modernes fassent dédaigner les principes consacrés parle temps, ajoutons les premières à ceux-ci. Ainsi , pour ce qui regarde la phthisie, c’est le seul moyen d’utiliser nos acquisitions récentes. Seules , nous voyons assez depuis vingt ans combien elles sont infécondes.
Revenons ;) nos balsamiques. Il est clair , d’après ce qui précède , que Morton est peu fondé â les regarder comme curatifs de la phthisie pulmonaire , et nous prouverions au besoin que tous ceux qui ont cru pouvoir reproduire ses assertions , et les étayer de leur pratique n'y étaient guère plus autorisés. Rayons donc les balsamiques du catalogue des anti-tuberculeux; mais insistons davantage sur leurs propriétés anli-catarrha'es , et sachons nous en contenter : c’est de cette manière seulement qu’on leur rendra un crédit mérité.
Nul doute néanmoins qu’on ne guérisse de véritables phlhisies pulmonaires , ou mieux , que bon nombre de phlhisies ne se guérissent, les unes définitivement, les autres pour un temps, souvent assez long , pendant lequel la santé a repris un cours satisfaisant , et capable d’en imposer pour une cure radicale. Nous pouvons affirmer avoir ainsi ajourné des terminaisons , pallié des accidents, enrayé la marche de la phthisie à l’aide de médications dont les balsamiques, sous diverses formes , faisaient la base. Mais , nous n'affirmons pas en avoir ainsi guéri une seule. On peut, dans ces phlhisies, dans lesquelles la fonte tuberculeuse et l’état catarrhal des bronches qui y est presque toujours lié , ne sont pas trop hâtés par l’inflammation éliminatrice qui se développe autour des masses tuberculeuses et des cavernes ; dans lesquelles le travail de ramollissement se fait sans fièvre hectique, sans points de côté, sans chaleur thoracique, sans soif, sans agitation ; on peut, disons-nous, à l’aide «les balsamiques , suspendre ou atténuer celte foute purulente et cet étal catarrhal , peutêtre même , et nous ne serions pas éloignés de le croire, d’après le témoignage de notre expérience , favoriser ou hâter la cicatrisation de quelques cavernes ; mais nous ne répondons pas qu’on détruise ainsi celle diathèse qui, ayant présidé â la formation de cent petites masses tuberculeuses, continuera presque sûrement à en développer par milliers. Nous ne considérons doue les balsamiques que comme de précieux
âlh'
moyens de ralentir pour le tnoment actuel les progrès de la dégénération tuberculeuse, par conséquent de conserveries forces et de prolonger la vie, (pii sont si rapidement minées lorsque les produits accidentels , déposés dans le poumon, parcourent sans désemparer leurs périodes successives. Si on peut espérer d’agir sur celte funeste diathèse en même temps que sur les désorganisations qu’elle fait subir au parenchyme pulmonaire , c’est par une série et une combinaison de moyens hygiéniques et pharmaceutiques adoptées avec persévérance et à temps opportun. Nous en parlerons en traitant des eaux sulfureuses.
Il est inutile que nous répétions, à propos des balsamiques et des avantages certains qu’on en retire dans les catarrhes pulmonaires , subaigus et chroniques , ce que nous avons dit à ce sujet, en parlant de la térébenthine et de l’eau de goudron. Nous dirons seulement que les premiers , en raison de leur action moins irritante que la térébenthine surtout , sont indiqués dans une foule de cas où nous avons signalé comme prématuré et dangereux l’usage des résines. On peut donc les mettre à profil alors qu’il existe même un état aigu , et nous avons ainsi coupé court à l’aide du sirop de Tolu, par exemple , à des bronchites intenses arrivées à la fin de leur premier septénaire ; et qui sans nul doute auraient marché un mois et six semaines, comme cela est si commun , sans le secours de ce précieux moyen. Chez les enfants, pour qui le catarrhe pulmonaire aigu est si grave en comparaison de sa gravité chez l’adulte , le sirop de Tolu nous a aussi été très-souvent d’un immense avantage , presque au début de l’affection , ou plutôt lorsque l’état d’irritation , de sécheresse et de tugerscence des membranes muqueuses étant appaisé, la sécrétion catarrhale commence à s’opérer.
Les anciens qui, appliquant des substances balsamiques sur des ulcères externes, en constataient les propriétés cicatrisantes et sarcotigues, c’est-à-dire propres à favoriser la réintégration des chairs , des tissus de nouvelle formation ; les anciens avaient transporté celle propriété à la cicatrisation des ulcères de la membrane muqueuse pulmonaire , parce qu’ils ignoraient la rareté d’un pareil étal anatomique pour celle membrane. Ils confondaient avec cet état les pertes de substance produites dans le poumon par la fonte des tubercules. Mais celle sorte d exemption cesse pour ia membrane muqueuse
M ÉDJ C A M EN TS EXC1TÂN TS.
du larynx. Là , les ulcérations sont malheureusement trop fréquentes , et elles paraissent l’étre d’autant plus pour celte vaste portion du tégument interne , qu’on la considère plus à son origine, c’est-à-dire plus près de son ouverture supérieure ; du larynx. Nous ne parlons pas des ulcérations tuberculeuses de cet organe; car, puisqu’elles sont presque toujours inséparables de la phthisie pulmonaire , leurs terminaisons et leur thérapeutique partagent la fatalité et l’impuissance des terminaisons et de la thérapeutique de la maladie dont la coïncidence avec elle est devenue , par les recherches modernes , une loi pathologique des plus constantes ; mais nous voulons appeler l’attention sur les ulcérations du larynx, consécutives aux phlegmasies chroniques simples de cet organe , et sur ces phlegmasies elles-mêmes non encore arrivées à l'état d’ulcération. C’est dans ces cas que la puissance générale et topique des balsamiques est mise hors de doute par une expérience ancienne et de tous les jours , la nôtre en particulier. Ici , l'action locale de ces médicaments est plus efficace que leur action générale , ou par l’intermédiaire de l’absorption et de la grande circulation , et on comprend de suite qu’il est presque impossible d’exercer cette action autrement qu’en chargeant de principes balsamiques l’air qui doit traverser le larynx pour pénétrer dans les poumons. Ce sont donc les fumigations balsamiques , l'inspiration des vapeurs émanées de ces substances qui , ici , auront la préférence. Nous n’avons pas besoin de recommander de ne recourir à ce moyen qu’alors que l’état aigu de la maladie a fait place aux symptômes de chronicité qui ne consistent guère que dans une douleur obtuse à la pression îles cartilages , dans l’enrouement ou l’aphonie, un gonflement léger et quelquefois nul de la région hyoïdienne , le sifflement de la respir ation , la gêne plus ou moins considérable de cet acte, et dans bien des cas seulement à une simple altération du timbre de la voix , accompagnée d’un sentiment de picotement et du besoin de tousser et de se débarrasser d’un obstacle à la phonation. Mais très-souvent la phlegmasie du larynx dé- , bute par un état chronique ou par une suite de légères irritations qui n’en amènent pas moins avec le temps des désorganisations profondes de la membrane muqueuse et des pièces sous-jacentes.
Les fumigations dont nous avons parlé sc font, soit en projetant sur des charbons ardents une certaine quantité d’uu des baumes que nous élu- |
I dions, mais plus particulièrement ceux de Ronjoin et mieux encore de Tolu , et en remplissant ainsi de vapeurs l’espace où se trouve le malade, soit en en faisant dissoudre quelques gros dans de l’eau bouillante, et en respirant les vapeurs qui s’en dégagent au moyen d’un flacon à deux tubulures , l’une placée dans la bouche du malade , l’autre plongeant d’une part dans le liquide, de l’autre étant en communication avec l’air atmosphérique. Nous préférerions voloniiers le premier mode d’administration , parce qu’il est moins fatigant , exige moins d’apprêts, et surtout que le malade peut se tenir sans difficulté pendant des journées entières enveloppé d’une atmosphère balsamique. Des laryngites chroniques qui n’avaient éprouvé aucun amendement de l’application peu constante et souvent interrompue des vapeurs balsamiques , ont été guéries plus d’une fois par la persévérance et la longue continuité du passage incessant à travers les canaux respiratoires d’un air mêlé à la fumée qu’on faisait dégager dans l’appartement en répandant différcnls baumes sur des charbons ardents. On retirerait peut-être du second mode d’administration des effets plus certains si les malades avaient la force de s’y condamner pendant un temps suffisant. Ces fumigations réussissent aussi souvent à faire disparaître des catarrhes chroniques que l’administration des baumes sous d’autres formes n’avait pas ou qu’incomplélemeiil soulagés. On concentre plus ou moins l’activité de ces vapeurs suivant la tolérance qu’y apporte le malade et les effets qu’il en ressent. En en affaiblissant les doses, il est quelquefois avantageux de les employer dans les phlhisies pulmonaires qui se trouvent dans les conditions que nous avons spécifiées plus haut , et lorsque , sans s’accompagner d’état inflammatoire aigu ou même subaigu du parenchyme qui entoure les produits accidentels, la fonte tuberculeuse et la sécrétion calarrlrale sont néanmoins fort abondantes et colliquatives, comme nous l’avons observé quelquefois.
Les substances balsamiques , dont nous traitons en ce moment sont d’un prix fort élevé . et ne sont guères pour cela appropriées qu’à la thérapeutique des riches. Chez les malades qui craignent la dépense , on peut bien les remplacer dans l’usage que nous venons de recommander , par des fumigations aromatiques composées avec la réunion de plusieurs plantes labiées, telles que
la sauge , le tliim, le romarin, etc , et mieux
encore avec le goudron. Ce dernier produit est très-fréquemment employé de celte manière. C’est
STYRAX SOLIDE
ici le cas de dire que les vapeurs de goudron ont été singulièrement exaltées dans le traitement de la phthisie pulmonaire. C’est le docteur Crichlon qui a proposé celle pratique, et elle s’est rapidement propagée en Anglelerreel eu Russie. Ou inet évaporer à un feu doux une livre de goudron auprès du malade , en évitant qu’il ne bouille, parce que les vapeurs empyreumatiques lui seraient plus nuisibles qu’utiles, et augmenteraient la toux et la gêne de respirer. Le docteur Wall en a vu de bons effets. Les médecins de Berlin se sont assurés de son efficacité dans quelques cas. De 54 phthisiques, distribués en quatre salles, à l’hôpital de la Charité de cette ville, dans lesquelles on évaporait quatre fois par jour une marmite de goudron , de manière à les remplir de vapeurs épaisses, 4 furent guéris; 6 éprouvèrent une améliora lion sensible; 16 ne ressentirent aucun changement; 12 devinrent plus malades ; et 16 moururent. Ce traitement est pins satisfaisant qu'aucun de ceux faits à la phthisie jusqu’ici; aussi s’en sert-on maintenant à l’hôpital de Berlin où plusieurs salles sont disposées ù cet effet (Journ.de Hufeland 1820). Néanmoins le docteur Fourbes (Revue médicale , X, 78.). croit ces vapeurs contraires dans les véritables phthisies , et dit qu’elles hâtent la perle des malades (Mératel de Lens). Sans rejeter absolument le résultat des praticiens de Berlin , nous penchons pour qu’on ne leur accorde qu'une confiance bien restreinte.
Si les affections catarrhales du poumon s'ae* compagnent de symptômes nerveux , et surtout de dyspnée qui soit disproportionnée avec le degré de la lésion pulmonaire , il y a indication plus positive encore de prescrire les balsamiques qui ne sont pas destitués d’une certaine action antispasmodique. On trouvera à l’article Gommeaminoniaque. sous ce rapport , plusieurs indications auxquelles s’appliquent assez bien les substances dont il est maintenant question.
L’administration intérieure des balsamiques , so;t sous forme de sirop ou de pilules, soit plutôt en lavements , est appelée à rendre de bons services dans les entérites chroniques , principalement celles qui survivent aux fièvres typhoïdes et aux dyssenteries , et qui sont entretenues par des ulcérations intestinales, celles aussi qui s'observent indépendamment de la préexistence de ces deux affections et finissent par amener de graves ulcérations. Ces maladies sont fort sérieuses , et s’obstiner ù les traiter par les antiphlogistiques et les émollient», c’est souvent hâter laruine des rnalad"8, Après les dyssenteries , lorsque tout lé- j
nesme et même tout dévoiement sont apaisés , nous avons bien des fois observé qu’il reste des garde-robes assez-fréquentes quoique moulées , mais enveloppées d’une couche épaisse de mucus et de quelques stries sanguinolentes. Ces sortes de matières se voient aussi chez les hémoiioidaires. Dans tous ces cas, et surtout dans ceux que nous avons spécifiés d’abord , au nombre des moyens topiques si souverainements utiles, il faut compter les balsamiques comme le Tolu et le Styrax donnés en lavement à la dose d’un demigros et d’un gros dissous dans l’eau bouillante, en même temps qu’on prescrit le sirop de Tolu à la dose d’une demi-once dans des boissons appropriées. Hoffmann conseille pour remplir ces indications les lavements préparés avec le fameux baume de Localelli composé , comme on sait , d'Imile de fleurs d’hypericum, de vin d’Espagne , de santal rouge , de térébenthine de Venise, et de baume du Pérou.
Sydenham avait grande confiance en l’action de cette dernière substance, le baume du Pérou, dans le traitement de la colique des peintres, mais la trouvait impuissante contre les diverses paralysies qui en sont si fréquemment la conséquence. Voici comment il s’exprime ù ce sujet '.Hune clolorein atrocissimum sanatbalsamuni Peruvianum fréquenter ac in magna dosi exhibituvi , nempè si ejus guttœ XX. XXX vcl XL saechari albissimi cochleari uno instillentur , et bis tel ter in die dendur ; al paralysis huic remedio haud ccdit.
Nous avons employé avec avantage les injections de teinture de Benjoin ou de solution aqueuse de cette substance dans les olorrhées purulentes consécutives aux fièvres éruptives chez les enfants en même temps que nous donnions à l’intérieur le sirop de Tolu. Ces instillations balsamiques dans le conduit auditif ont été préconisées contre les surdités passagères et les olalgies.
Les baumes peuvent être rangés au nombre des médicaments nervins et céphaliques , et sont susceptibles par conséquent de servir aux indications auxquel.es nous avons dit que répondaient les remèdes qui ont autrefois porté ces noms , et sur lesquels nous avons donné quelques explications en traitant des plantes labiées , et en particulier de la mélisse.
Ce que nous avons dit de l’usage externe de la Térébenthine , du Goudron ,etc., etc,, peut nous dispenser de nous étendre sur celui des baumes. Le Styrax , le Baume de la Mecque sont ceux qui sont le plus employés ù l’extérieur. Ils soiilcepen-
MEDICAMENTS EXCITANTS
dant tombés en presque complète désuétude. Détersifs, cicatrisants , lions pour apaiser les douleurs trop vives des plaies , leurs propriétés chirurgicales se résument en ces trois qualités.
De tous lés baumes , celui de Tolu mérite le plus d’êire familier aux praticiens. On l’administre à la dosede 12 grains à un demi-gros et même à un gros, soit en pilules, soit dans un électuaire, soit suspendu dans l’eau au moyen d’un muciage. On prescrit la teinture depuis un demi-gros jusqu’à deux. Une des préparations les plus usitées est le sirop avec lequel on édulcore trèsagréablement une foule de tisanes , de potions, et qu’on peut aussi prendre pur. Les tablettes , les pastilles au Tolu sont d’un usage vulgaire et réputé dans les rhumes. 11 n’est pas de remèdes secrets contre les catarrhes qui ne contiennent de ce baume.
Celui du Pérou est moins agréable et s’administre du reste de la même manière, ainsi que le benjoin.
L’acide benzoïque se donne à moitié dose environ.
Ces remèdes rentrent dans la composition d’une foule de recettes et de formules anciennes et modernes qu’il serait fastidieux d’énumérer, comme l’eau générale, l’élixir (le propriété, la thériaque, l’orviétan , la confection d’hyacinthe , etc . etc....
COPAHU
La résine ou baume de Copahu , oleo-resina copahu , copaivœ seu copaïba balsamum, est fournie par le Copaïfera officinalis, arbre de la famille des légumineuses qui croit naturellement dans plusieurs contrées de l’Amérique méridionale , comme Carlhagène, Tolu , le Brésil , etc.
Le Copahu découle abondamment de cette arbre au moyen de perforations qu’on pratique dans son tronc, au point qu’un seule arbre peut en fournir jusqu’à douze livres dans l’espace de trois heures.
Celte résine est d’une consistance huileuse , transparente, d’un blanc-jaunâtre d’une odeur aromatique , pénétrante , tenace et sui generis, d’une saveur âcre , chaude, amère. Il s'épaissit, perd ses dernières qualités en vieillissant et prend une couleur jaune ambrée foncée. On sophistique souvent le Copahu avec des huiles grasses et de la térébenthine. Labat indique le caractère suivant pour reconnaître le Copahu vrai et non falsifié : le Copahu est bon , si lorsqu’on en laisse
une goutte tomber dans un verre d’eau , elle va au fond , ou du moins, reste entre deux eaux , en conservant sa forme. Si elle surnage et s'étend, c’est une preuve qu’il est frelaté. Cette substance est composée comme la térébenthine de résine et d’huile essentielle. Elle est en entier soluble dans l’alcool et dans son poids d’éther.
L’action physiologique du Copahu diffère peu de celle de la térébenthine. Plus sûrement qu’elle pourtant il donne lieu à des vomissements et à la diarrhée. Les effets généraux en sont aussi moins prononcés. L’action spéciale sur la membrane muqueuse génito-urinaire est moins marquée, moins constante, quoique réelle et attestée par de nombreuses observations. Comme la térébenthine , il donne assez souvent lieu à d’opiniâtres céphalalgies et à diverses éruptions érythémateuses et vésiculeuses très-fugaces.
L’emploi du Copahu se borne presque à une seule maladie, et si la térébenthine est pour ainsi dire le remède spécifique du catarrhe chronique de la vessie, bien ténu, le Copahu l’est encore à beaucoup plus juste titre, de celui du canal de l’urètre, avec ce privilège de plus, quece médicament n’est pas contr’indiqué par l’étal même le plus aigu de la blennorrhagie et peut être administré dans toutes les périodes de celle difficile maladie.
Pour démontrer combien les àpriori, les règles établiessurde purs raisonnements physiologiques, le rationalisme enfin, est funeste aux progrès de la Thérapeutique, il n’y a qu’à jeter les yeux sur les idées que se faisaient les médecins des siècles passés de l’action du Copahu dans les blennorrhagies et sur les recommandations pressantes qu’ils intimaient, de n’employer ce remède que dans les écoulements chroniques , aloniques de l’urètre ; en quels termes précis ils en proscrivaient l’usage dans la période aigue et inflammatoire de celle affection , fondés qu’ils se croyaient sur les risques, bien plus, sur le danger certain qu’il y avait à exaspérer tous les symptômes, à entraîner mie foule d’accidents par l’emploi prématuré de celle médication, qu’ils réservaient, et à dose très-ménagée , pour l’époque où rien ne reste de la blennorrhagie qu’un simple flux muqueux bien ténu, bien, blanchâtre enfin, pour ce qu’ils appelaient une blennorrhéeou une gonorrhée. Qu’est il arrivé depuis? Que de nombreuses expériences dues, il est vrai , pour la plupart à des circonstances fortuites ou à un empirisme téméraire et blâmable en thèse générale, ont fait voir que dans la grande majorité des cas, l’administration du Copahu à de très-hautes doses et au début le plus
connu.
violent des blennorrhagies les plus intenses, sans traitement tempérant et antiphlogistique préparatoire, que le Copahu dans ces cas, disons-nous, non-seulement n’a pas accru la maladie et ne lui a pas nui, mais tout au contraire, l’a énergiquement attaquée et en a débarrassé sans inconvénient les malades dans un espace de temps plus court qu’aucun autre moyen.
Il résulte encore autre chose de cette considération : c’est que les études historiques sont à ce point négligées , que quelques auteurs modernes s’opiniâtrent à revendiquer la priorité de l’emploi du Copahu dans les catarrhes urélraux, tandis que dès le dix-septième siècle il servait déjà au traitement de ces maladies entre les mains de F. Hoffmann ,el qu’il n’a pas cessé jusqu’à nous d’être utilisé dans les flux muqueux des organes génitourinaires et les catarrhes bronchiques. La matière médicale est donc depuis très-longtemps en possession de cet agent dans tous les cas qui sont encore aujourd’hui de son domaine. Les règles de son emploi seules ont été modifiées sur quelques points par les praticiens de notre époque , et nous venons de dire en quoi.
Nous n’avons guère à nous occuper que du Copahu dans la blennorrhagie et la leucorrhée ; ce que nous avons dit de l’action de la térébenthine dans les autres catarrhes , ceux de la vessie et du poumon spécialement , étant très-applicable au Copahu.
Sans parler de la pratique et des opinions de , Hoffmann, Pringlc, Fuller, Valcarengh , Monro, de celle de Labat , de Hope , Cullen , du fameux J. Hunier , de Choparl, Schwédiaur, elc. etc..., qui tous avaient, sur les propriétés médicales du Copahu et sur les conditions de son emploi dans 1rs écoulements de l’urètre , les idées que nous avons plus haut rapprochées de celles des modernes , arrivons de suite à l’époque où on a repris sérieusement et expérimentalement celte question.
C’est dans les dernières années du siècle passé, que Jacquin , à qui on doit ( 1 787 ) la connaissance et la description de l’arbre véritable qui produit le Copahu , donna quelques détails sur la manière hardie et empirique dont certains habi-1 tants de l Ameriquc s’administraient le Copahu en injections dans l’urèlre , et particulièrement l’infusion des feuilles du Copaifera ofjicinalis à l’intérieur dans la période aiguë des blennorrhagies. Un autre voyageur, Pison, rapporta aussi celte pratique. Dès lors on commença à braver les préceptes de prudence et de restriction, les craintes illusoires posées à priori dans la première méthode, celle
de Hope, de Tliédcn , de Choparl , de J. limiter , et on se mit à traiter d’emblée les blennorrhagies récentes avec le Copahu à de plus hautes doses, jl, 1,; docteur Ansiaux , médecin en chef des hospices civils de Liège , et M. Ribes père surtout , proclamèrent les premiers la supériorité de cette méthode.
Le premier de ces médecins fil d’abord connaître six observations de succès décisif et rapide par la potion deChopart administrée comme la prescrivait ce chirurgien ( eau distillée de Menthe , esprit de vin , baume de Copahu , sirop de capillaire , de chacun , deux onces; esprit de nilre dulcifié, une once; eau de fleurs d’oranger, deux gros. Mêlez et prenez deux cuillerées à bouche de celle potion le malin , une à midi et une autre dans la soirée : continuez en l’usage pendant douze jours). N'oublions pas que celte médication était adoptée dès le début. Dans toutes ces observations , M Ansiaux a constaté la coïncidence de l'amendement avec l’action purgative de la potion ; celle-ci retardée ou nulle , celui-là se faisait attendre ou manquait complètement. Notons ceci; nous serons obligés d’y revenir. Suivent deux cas d’insuccès. Le premier est attribué à des écarts de régime , à l’ivrognerie du sujet , qui se trouve néanmoins guéri par certaines injections. Quant au second , l’auteur suppose qu’il est dû au défaut d’effet purgatif de la part du Copahu sous l’influence duquel , alors , l’écoulement augmentait. Cette fois aussi les injections le supprimèrent. En 1812, le même auteur adressa un second Mémoire à l’Athénée de médecine de Paris. On y lit vihgheinq observations parmi lesquelles vingt-deux témoignent de l’efficacité certaine et prompte du remède en question. Des trois autres faits , l’un est noté comme n’ayant été en rien modifié par le traitement; dans le second, l’actionjdu Copahu est troublée, annulée par l’abus des boissons spirilueuses et les écarts de diète ; chez le vingt-cinquième sujet , l’irritation de l’urètre et le flux blennort hagique s’exaspèrent beaucoup par l’usage de la potion résineuse.
Ce mémoire fut l’objet d’un rapport favorable et très-approbatif fait à l’Athénée de médecine par M. Fizeau , qui déclara avoir employé le Copahu d’après les indications de M. Ansiaux et avec le même bonheur que lui. M Cullerier (l’oncle ) en fil aussi l’éloge , en citant toutefois
plus de cas d’insuccès que l’auteur et le rapporteur.
« .1 ai v u celte médication , dit M. Ansiaux dans les reflexions dont il fait suivre les faits, augmenter I irritation et la douleur, lorsque la blennor-
MÉDICAMENTS EXCITANTS
rhagie était très-intense ; je l’ai vu , chez des individus d’une constitution nerveuse , déterminer des vertiges. Mais alors , il a suffi d’en suspendre et d’en modérer l’administration pendant quelques jours pour y revenir ensuite avec succès. » M. Ansiaux ne compte pas parmi les accidents et les conlr’indicalions de ce traitement les coliques et le dévoiement j il les regarde au contraire comme indispensables à son efficacité et et» fait le lien thérapeutique , le phénomène intermédiaire de Inexistence ou de l’absence duquel dépend le succès ou l’insuccès du Copahu; s'appuyant sur le principe général de Barthez : II faut imprimer aux forces de la nature des ensembles de mouvement qui tendent vers des organes éloignés , et qui soient perturbateurs des mouvements qu'affecte la fluxion. Toutefois il convient que le Copahu n’agit pas ici à la manière des autres purgatifs.
M. Ansiaux , comme pour fortifier sa manière physiologique de concevoir l’action du Copahu dans la blennorrhagie et la rendre en tout point conforme aux principes établis par Barthez pour l’application des moyens dérivatifs et révulsifs , M. Ansiaux signale une particularité qui nous a échappé ainsi qu’à tous ceux qui ont écrit sur l’emploi du Copahu, savoir, que lorsque la blennorrhagie ( la fluxion, dit-il ), est parvenue à son état , la potion balsamique n’a plus les mêmes avantages, car le plus souvent alors, selon lui, l’écoulement diminue pendant l’action du remède pour reparaître ensuite avec la même force ; tandis que plus Lard , dans la période do chronicité , celte médication retrouve sa vertu radicale. Cela est possible et nous ne le nions pas. C’est un point de thérapeutique à éclairer par l’observation. Nous prierons seulement ceux qui voudront ainsi le résoudre de faire attention aux remarques suivantes: la blennorrhagie esL supprimée par les agents thérapeutiques et en particulier par le poivre de Cubèbe et le Copahu, avec d’autant plus de facilité et de promptitude, surtout avec d’autant moins de chances de récidive , qu’elle est traitée à une époque plus rapprochée de son invasion , ce qui est d’accord celte fois avec l’observation de M. Ansiaux , de laquelle il résulte qu’il y a eu un succès plus rapide et plus confirmé au début qu’à la période d’état de la maladie. Peut-élre donc que si ce médecin eût persévéré plus longtemps dans l’administration du Copahu , alors que la maladie plus profondément fixée est rebelle à l’action des moyens, alors qu’une membrane muqueuse changée dans sa vi-
talité a changé son mode de sécrétion et doit , selon la marche naturelle de la maladie, continuer ce nouveau mode de sécrétion pendant un temps déterminé et jusqu’à la transition à l’état chronique, c’est-à-dire à un étal où la muqueuse rendue à ses conditions anatomiques normales ses produits sont aussi rentrés dans leurs conditions normales, à la quantité près, peut-être , disons-nous, qu’en insistant alors sur la médication il ne se fût pas exposé aux récidives qu’il signale dès qu’il suspendait la potion balsamique. Quant à l’action plus facile et plus sûrement curative du Copahu dans l’étal chronique de la blennorrhagie , dans la gonorrhée proprement dite , que dans la période d’état dont nous venons de parler , nous somme forcés deVy pas croire et par les faits qui nous sont propres et par le nombre et l’unaniinilé des faits étrangers qui déposent contre cette assertion. Qui ne sait la tendance souvent invincible de tous les vieux catarrhes à récidiver, à se reproduire sous la moindre influence? Les affections catarrhales du poumon et de la vessie ne s’identifient-elles pas, pour ainsi dire , à la constitution de certaines gens , les vieillards surtout , sans que l’art aiL d’autre prilége que celui de les abréger pour se contenter encore du même avantage à la première rechute ? Les écoulements chroniques de l’urètre sont loin de faire exception à cette loi : ils la confirment bien plutôt. Il est des gonorrhées , dit Choparl . qui doivent s'user par elles-mêmes et mourir de vieillesse.
M. Ansiaux termine son mémoire par émettre un résultat important quoique ne faisant pas nécessairement partie de l’objet spécial qui nous occupe en ce moment : « J’ai traité , dit-il , un grand nombre de blennorrhagies sans jamais avoir employé de mercure, et cependant j’ai vu si rarement survenir des symptômes vénériens , que je pense avec Vacca-Berlinghieri , qu’il ne faut pas tourmenter 98 individus sur 100, pour deux qui pourront réellement attraper la vérole. » Nous retrouverons celle question à propos de l’emploi du mercure dans la syphilis , et rappellerons alors l’opinion de M. Ansiaux.
Eu 1804 , le hasard mit M. le docteur Ribcs sur la voie d'un traitement bien plus inusité et aussi bien plus héroïque, non-seulement contre la blennorrhagie elle-même à toutes ses périodes , mais encore contre les accidents graves et variés qu'entraîne si souvent sa suppression. Ce praticien recommandable donnait des soins à un jeune homme affecté de blennorrhagie. Il lui prescrivit
COPAHU
vingt gouttes de Copahu à prendre tous les matins dans un verre de tisane de fraisier eide chiendent. Le malade comprit mal l’ordonnance , et avala en un jour la dose d’une once. Peu après , coliques , superpurgation. Cessation complète et définitive de l’écoulement. Pour ce qui concerne le peu d’inconvénients de porter à des quantités très-élevées la dose du Copahu , M. Ribes cite un cas où pris à celle de doux onces en une fois, nonseu.emenl il n’a causé aucun accident , mais a produit une prompte et solide guérison. Les faits recueillis par Al. Ribes tendent surtout à démontrer l'incomparable efficacité du baume de Copahu dans le traitement des accidents inflammatoires si aigus et si douloureux qui se déclarent fréquemment , et coïncident avec la suppression complète ou incomplète de la blennorrhagie. Le plus vulgaire de ces accidents métastatiques esL le testicule vénérien ou chaudepisse tombée dans les bourses. 11 est d’usage u’atlaquer celle orchite bltnnorrhagique par les saignées générales , les applications réitérées de sangsues en grand nombre sur le scrotum et le trajet du cordon testiculaire ; quelques praticiens s’efforcent en même temps de rappeler l'écoulement par des injections irritantes , et le plus souvent par l’introduction de sondes ou de bougies dans le canal j enfin , quand l’état aigu est dissipé par ces moyens, et qu’il ne reste plus qu’un gonflement plus ou moins considérable avec induration du testicule et surtout de l’épididyme el de la naissance du cordon , on a ordinairement recours à des topiques, des emplâtres résolutifs, la suspension longtemps continuée des parties, etc., etc... M. Ribes négligeant cette série successive el classique de moyens dits rationnels , convaincu que si par celle méthode les malades échappent assez rapidement à l’éiat aigu, les indurations elles engorgements du testicule ou de l’épididyme survivent assez souvent à cet état pourallester dans une lou e de ea< 1 insuffisance d’une pareille médication , s’imagina de traiter ees complications par l’agent spécifique qui guérit si bien l’affeot.oii principale , et administra de bailles doses de Copahu dans une orchite bleiniorrhagique double et très-aigué. Lu succès prompt cl évident répondit à sa tentative, « t ce résultat heureux se répéta un nombre de fois assez grand , pour qu’il lui fût en toute sagesse , permis de transporter ce nouveau procédé thérapeutique ù la cure des autres formes métastatiques de la blennorrhagie aiguë. Ainsi , des opblhahnies , des arthrites des bronchites intenses , des catarrhes aigus de
la vessie , des céphalées , des otalgies , des in- Uainmalions de la prostate , des reins , la forme dite cordée de la chaudepisse , les engorgements lymphatiques de l’aine consécutifs , etc... vinrent tout naturellement entre ses mains subir l’influence curative el énergique du Copahu à liantes doses. Des observations bien caractérisées , frappantes même , suffisant en un mol à concilier l'attention et le crédit des praticiens , surtout quand est connue la sûreté de leur source , et qu’on peut les confirmer par celles d’autres médecins honorables et éclairés, sont citées par M. llibes ù l’appui des assertions précédentes.
Les résultats généraux de la pratique de M. Ribes sur le point de thérapeutique qui nous occupe son t assez importants pour que nous ne regrettions pas de le laisser parler ici lui-même: « Depuis seize ans , je ne fais plus mettre île cataplas mes ni même de suspensoir aux malades qui ont le testicule vénérien. ( AI. le docteur Rossignol qui affirme dans les Annales cliniques de la société de médecine de Montpellier , avoir Irailé par le Copahu à la dose de deux gros en 24 heures plus de 500 individus dans la période inflammatoire de la blennorrhagie, ne les astreint à aucun régime sévère, et ne défend pas même alors l’exercice du cheval. ) A la troisième ou quatrième dose de Copahu, la douleur et i’mflammation du leslicule diminuent et le dégorgement commence à s’opérer visiblement. J’ai observé cela non-seulement daus le cas de fluxion suite d’une gonorrhée supprimée , mais encore dans les fluxions testiculaires , suites de toute autre cause. On n’a qu’à continuer l’usage du baume de Copahu pendant 12 ou 15 jours, cl l’on parvient à faire résoudre des engorgements même très-considérables tant du testicule que de l’épididyme. Les premières do^es agissent toujours proinpleinent sur le leslicule, et 1 ou voit l’engorgement diminuer d’une manière sensible : mais ensuite il semble rester stationnaire pendant quelques jours, puis la diminution devient apparente et très-rapide. Avec le Copahu, on est sur d’arrêter l'augmentation du gonflement el d’opérer le dégorgement, ce qu’on n’obtienl pas toujours aussi sûrement par les autres moyens. J’ai plusieurs observations de testicules vénériens qui ont résisté aux moyens ordinaires iels que saignées, cataplasmes, bains, diète, purgatifs , onctions mercurielles , et qui ont cédé au baume de Copahu , même très-rapidement.
Je détruis la gonorrhée le plus promptement
MÉDICAMENTS EXCITANTS
possible , parce que je la regarde ainsi que les chancres et les bubons comme un foyer d’infection toujours renaissante. Je fais continuer l’usage du baume de Copabu pendant dix à douze jours après que l'écoulement est arrêté, sans quoi la gonorrhée reparaît quelquefois. Le Copabu fait cesser les érections nocturnes , la douleur et l’inflammation gonorrhoïque aussi bien et souvent mieux que les antiphlogistiques ordinaires. J’ai observé que dans presque tous les cas de suppression spontanée de la gonorrhée, il reste un très-léger suintement qui se fait remarquer surtout le malin. Le sommet du gland et l’orifice de l’urètre offrent une sorte d’aréole d’un rouge plus ou moins vif, ce qui annonce encore l’existence du mode d’action gonorrhoïque que le Copabu fait ordinairement disparaître. Si les baumes ne réus-issent pas toujours à détruire complètement l’écoulement, j’assure que lorsque je les ai donnés à forte dose, ils n’ont jamais échoué contre les accidents déterminés par la suppression spontanée de la gonorrhée, particulièrement lorsque ces accidents s’étaient développés peu de temps après la suppression de l’écoulement et que le remède a été immédiatement employé. »
Nous avons dit que M. Ribes n’était pas le seul qui eût reconnu la vertu curative du Copahu dans les affections dues à la suppression de la blennorrhagie. Il est vrai que dans ce cas il ne nous est pas possible déjuger les expériences de ce médecin parles nôtres propres, car quoique nous ayons bien souvent et avec avantage combattu la blennorrhagie par le Copalm, il ne nous est jamais arrivé d’en faire usage dans les circonstances que nous venons de signaler. Mais assez de praticiens instruits et dignes de foi ont obtenu les mêmps résultats que M. Ribes, pour que , nous le répétons, celle médication prenne rang dans la thérapeutique , et qu’il ne soit pas téméraire de chercher à l’utiliser , le cas échéant. Parmi les médecins qui en ont aussi proclamé les avantages ( toujours dans les complications en question ) , nous citerons particulièrement Laënnec, M. Baud de Beaucaire et le professeur Delpech.
En traitant du Cubèbe, nous avons déjà rendu compte des résultats heureux que ce poivre avait donnés au célèbre chirurgien de Montpellier dans la blennorrhagie. Le Copabu ne lui a pas moins bien réussi dans la même maladie. Une masse de plus de 400 cas sert de fondement aux règles thérapeutiques et aux convictions de
Delpech sur ce point. Voici comment il procédait : si l'inflammation élaii si excessive qu’il y eût lieu de redouter sa propagation à toute l’épaisseur des parois du canal et du tissu cellulaire environnant avec passage à la suppuration et abcès au périnée , il débutait par des saignées générales et locales suivant le besoin , puis il prescrivait le Copabu, sans qu’il fût nécessaire pour cela que la période suraiguë de la blennorrhagie fût achevée, de même qu’il l’employait d’emblée dans tous les cas qui ne se présentaient pas avec celte profonde intensité d’accidents phlegmasiques qu’il tâchait préalablement d’abattre par les anliplogistiques, c’esl-à dire , qu’il y avait recours tout d’abord dans les blennorrhagies se déclarant avec un appareil inflammatoire renfermé dans des bornes ordinaires, ce qui est le cas le plus commun.
Delpech dans son mode d’adminislration du Copabu , arrivait progressivement à en donner deux gros par jour, un le malin , l’autre le soir. Parvenu à la dose curative, il y persistait pendant huit jours, puis au lieu de la suspendre brusquement, la diminuait insensiblement et descendait ainsi juupi’à la quantité d’où il était parti. Sa potion ordinaire était ainsi composée : Eau de menthe , de fleurs d’oranger, baume de Copabu, sirop de limon, de chacun une once ; acide sulfurique , un gros , gomme adragante Q. S. A prendre une cuillerée malin et soir. Dans le cas de vomissements, de diarrhée, d'intolérance en un mot de la part des voies digestives , il faisait ajouter de 8 à 15 gouttes de laudanum. Il dit qu’à l’hôpital militaire de Montpellier, on faisail prendre le Copabu dans du vin ou de la tisane commune. Delpech formulait souvent des pilules de Copabu incorporé au savon blanc et à l’iris pour les estomacs qui ne pouvaient pas le digérer sous d’autres formes. II signale ce que nous avons nombre de fois observé , savoir , que l’amélioration du premier moment est bien plus difficile à soutenir qu’à produire, et puis qu’après quelques jours de l’administration du remède, bien des malades commencent à ressentir de la cardialgie , des chaleurs d'estomac, de l’inappétence, des digestions pénibles , des vomissements mêmes, et souvent aussi de la diarrhée. L’acide sulfurique lui semble alors un des meilleurs adjuvants capables d’en faciliter la digestion.
C’est pour obvier à ces inconvénients et empêcher le discrédit où ils auraient pu faire tomber un utile médicament que M. le professeur Ve!-
COPÀHÜ.
•eau, d’après le conseil de RI. Bretonneau, ssaya d’administrer le Gopahu par le rectum. )n a déjà vu les heureux résultats que ce profeseur avait retirés des lavements avec le cubèbe lans la maladie qui nous occupe. L’action antidennorrhagique du Copahu ne s’est pas non •lus démentie sous cette nouvelle forme d'injesiion. Dans un mémoire publié en 1827 dans es Archives généra'es de médecine et dans lequel VI. Velpeau a réuni ses expériences sur les deux •pécifiques si connus de la blennorrhagie , le •ubébe et le Copahu donnés en lavements, il si question de trente cas relatifs à cette <1erlière substance. Voici ce qu’on est en droit fen conclure : le baume de Copahu donné par 'anus diminue à peu près constamment les écouemen's blennorrhagiques , soit chez l’homme , oit chez la femme. Dans beaucoup de cas , il les uppt ime complètement au bout de quatre , cinq, ix, sept, ou huit jours ; plus souvent il les ’éduit au tiers ou à la moitié de leur abondance, l règle générale, après le huitième ou dixième avement , son action devient nulle, s’il n’a pas :omp!élcment réussi. Il faut en augmenter graiuellement la dose , en commençant par deux ;ros et s’élevant progressivement jusqu’à une •nce. On le suspend dans le jaune d’œuf ou dans in mucilage quelconque , la gomme , la guinauve , le lin. Si le rectum est très-irritable on ijoute un grain d’extrait aqueux d’opium, et lans le cas de douleurs excessives de l’urètre, l’éreclions pénibles , etc.... , on y mêle quelques ;rains de camphre. L’état le plus aigu de la diaudepisse ne contr’indique pas le Copahu à jui M. Velpeau n’a jamais vu produire d’accilents. Le lavement devra être pris sous le plus oetit volume possible et gardé longtemps. On uira bien soin, en injectant le elystère de ne pas numecler les sphincters avec le contenu de la seringue, carie contact de ce liquide sur l’extrémité du rectum cause des épreintes cuisantes et qui peuvent provoquer l’expulsion trop prompte du remède.
Nous aurions à parler encore d’une foule d’au- I res travaux sur le Copahu dans la blennorrhagie îigutt et chronique. Mais ils ne nous apprendraient rien qui n’ait été constaté par les observateurs à a pratique desquels nous nous sommes plus pariculièrement arrêtés. Tout ce qu’il est bon de savoir , c’est qu’ils sont puissamment confirmatifs les résultats énoncés dans ceux-ci. D’ailleurs , le Copahu, dans la blennorrhagie , a acquis une réputation maintenant assise et bien méritée. Il
n’est pas de médecin qui ne sache par lui-même à quoi s’en tenir à cet égard. Pour ce qui nous concerne , si jusqu'ici nous n’avons lait qu’exposer les observations et les travaux des autres , sans trop y mêler le tribut de notre propre expérience , ce n’est pas qu’elle soit nulle sur cette matière, mais c’est qu’étant arrivé par elle aux mêmes résultats (quant à ce qui regarde la blennorrhagie au moins ; car nous avons déjà avoué que notre observation personnelle ne nous avait rien appris touchant le traitement des complications métastatiques de cette affection par le Copahu) que les auteurs dont nous avons, pour ce motif , adopté la relation , nous nous sommes réservé une fois pour toutes, de déclarer à la fin de cet exposé , que nous pouvons ratifier cliniquement et d’une manière générale tout ce qu’ils on t établi d’essentiel sur la question de thérapeutique que nous traitons en ce moment. Cela soit dit surtout à l’égard de tous les travaux que nous avons fait connaître dans ce chapitre , à l’exception toutefois de ce qui a été noté par RI.Ansiaux, sur la nécessité de l’action purgative du Copahu pour que ce médicament développe sa vertu anti-hlennorrhagique 5 et en cela nous sommes d’accord avec MM. Ribes, Delpech, Velpeau, Rossignol , Guillou , et nous ne craignons pas de le dire avec tous les praticiens qui n’ayant pas d’intérêt systématique à sauver d’une ruine ou d’une objection embarrassante ont vu les faits à l’œil nu; or, tous ceux-là ont, au contraire, été amenés par l’observation à désirer pour condition favorable à l’action complète et efficace du Copahu , sa tolérance , sa digestion, les plus parfaites. 11 11’y a qu’à voir si les purgatifs réussissent aussi merveilleusement que les résines dans les calarrhes en général et principalement le Copahu dans la blennorrhagie. Presque tous les médecins s’efforcent d’assurer celle tolérance par des narcotiques , des substances astringentes, anti-émétiques. Nous n’insistons pas davantage sur ce fait maintenant presque universellement admis.
line chose bien remarquable, constatée par nous comme par Delpech et M. Rieord , c’est l’immense distance qui sépare la blennorrhagie de la femme de celle de l’homme sous le rapport de Piulïuence qu’exerce sur elle le Copahu. Celle substance est aussi peu efficace chez la femme qu’elle l’est merveilleusement chez l’homme , et cela est surtout vrai de l’étal aigu de la blennorrhagie chez la première; car dans la leucorrhée qui se confond avec la blennorrhagie chroni-
MÉDICAMENTS EXCITANTS
que , le Copalui semble retrouver sa puissance curative, à un moindre degré , il est vrai , que i chez l’hom me. Mais , particularité encore plus étonnante ! On sait que la blennorrhagie de la femme n’est pas limitée A l’urètre et qu’elle envahit souvent , en même temps que ce canal , des portions plus ou moins étendues de la muqueuse vulvaire, vaginale et même utérine ; que quelquefois elle se borne A l’une de ces régions ; qu’elle peut , en un mot , les envahir toutes séparément , comme toutes simultanément. Or , ici reparaît l’analogie, l’identité même d’action du Copalui dans les blennorrhagies des deux sexes , analogie qui avait tout à l’heure semblé rompue : si la blennorrhagie de la femme n’occupe que l’urètre, notre agent spécifique réussit, tandis qu’il est le plus souvent impuissant quand l’écoulement prend sa source sur quelque' partie de la muqueuse vulvo -utérine ou sur sa totalité. Cette différence est si marquée , que lorsque ia blennorrhagie occupe A la fois et l’urètre , et le vagin ou d’autres parties de la muqueuse génitale et qu’on administre le Copalui, on voit telles ci rester affectées , alors que l’écoulement ulérral a tout à fait cessé d'avoir lieu. On ne peut , dans ce cas, s’empêcher d’expliquer cette action exceplioom lie et circonscrite par le passage des urines charriant avec elles une certaine quantiié de Copalui. D’abord , la présence de celle substance dans ce liquide est assez démontrée par l’odi'ur fragranteetsi souvent importune qu’il en exhale abondamment. De plus, celle explication n’est nullement en contradiction avec l’efficacité reconnue au Copalui dans d’antres flux muqueux pour lesquels on ne peut pas l’invoquer , ainsi la leucorrhée . leeaiarrhe pulmonaire , etc. car remarquons bien que celle efficacité est beaucoup moins certaine dans ces sortes de pbleginasies muqueuses que dans la blennorrhagie urétrale , ce qui peut tenir à ce que les premiers ne reçoivent l’action du Copalui ([lie par une seule voie , la circulation générale qui distribue A tous les capillaires elù tous les exhalants de tous les tissus , les fluides que l'absorption a introduits dans son torrent, tandis que les surfaces muqueuses des organes sécréteurs et excréteurs de l’urine . reçoivent de plus le contact de celle substance par les urines qui en sont chargées et qui paraissent un des fluides excrémcntitiels destinés particulièrement A entraîner audehors les matières résineuses, comme l’atteste l’oileur si prononcée, modifiée ou non , qu’elles contractent chez ceux qui ont digéré ces sub-
stances alibiles. L’influence curative plus spéciale encore du Copalui sur le catarrhe vésical que suies autres catarrhes confirme celle manière de voir.
Si l’opinion que nous venons d’émettre sur le mode d’action du Copahu dans la blennorrhagie urétrale a quelque fondement, l’explication physiologique qui fait reposer celte action sur l’effet révulsif qu’on prétend qu’il détermine sur le tube digestif, doit perdre encore de sa faveur, si elle en conserve aujourd’hui dans quelques esprits. Al. Velpeau a fait la remarque que le Copahu en lavements avait guéri entre ses mains plusieurs blennorrhagies chez des femmes, où, dit-il, elles sont si rebelles.
Une autre question se présente à examiner , et quoiqu’elle doive plus naturellement trouver sa discussion lorsque nous traiterons de l’influence thérapeutique des mercuriaux dans les diverses formes de la syphilis , il est impossible de la passer ici tout à fait sous silence.
Nous avons entendu AI. Ansiaux se prononcer pour l’exclusion du mercure du traitement de la blennorrhagie. Au contraire , Delpech termine toujours la médication par l’emploi des antisyphilitiques , et AI. Itibes semble partager l’esprit de cede pratique, lorsqu’il dit : « Je détruis la gonorrhée le plus promptement possible , parce que je la regarde ainsi que les chancres et les bubons comme un foyer d’infection toujours renaissante. » Nous pourrions ainsi mettre en opposition une foule d’avis contraires professés pardes hommes de mérite et d’expérience. Ce point de thérapeutique esL assurément un des plus difficiles et des plus délicats. Pour nous, qui sommes bien certains d’avoir observé des symptômes vénériens consécutifs non équivoques, tels que exostoses, ulcérations palatines et pharyngiennes, syphihdes diverses, etc., etc.... traités et guéris par les mercuriaux chez plusieurs sujets (parmi lesquels des étudiants en médecine) qui affirmaient positivement n’avoir jamais essuyé que une ou plusieurs blennorrhagies , nous tendons fort à penser que les mercuriaux ne doivent pas être indistinctement rejeles du traitement de la blennorrhagie. Il est, nous croyons, prudent , dans ces easdoni le diagnostic différentiel (entre la blennorrhagie virulente et simplement catarrhale) ne peut être assis sur des caractères pathologiques et anatomiques , de se guider sur des présomptions et des probabilités plus ou moins décisives , tirées cl des circonstances et des sources inégalement suspectes de
COPÀHU.
'infection hlennorrhagique ainsi que de la naure de ses causes. Expliquons-nous : il est des coulements urétraux contractés lors d’un coït mpur et même d’un coït avec une femme saine, els sont , pour les derniers , tous ceux par cause nécanique ou chimique, par la masturbation, eux qu’on voit naître quelquefois spontanément (chez la femme surtout) sous l'influence l’un vice général , le scrophuleux et le darireux n particulier, quelquefois aussi parla seule action les causes ordinaires des autres catarrhes, le roid humide, etc... Dieu évidemment, lorsqu'on era en présence de pareils blennorrhagies , on 'ira pas , après les avoir traitées par le Copahu, dministrer les inercuriaux. La position du pratilen est plus d.fticile lorsque s’offre ;ï lui un coulemenl contracté dans le coït , et dans ce as pourtant , la sincérité du malade, les renrtgnemenls qu’il peut fournir sur la condition , ;s mœurs , etc., etc., de la personne avec lauelle il a eu des rapports sexuels suivis de blenorrhagie ou de ce qu’on appelle dans le monde n êchauffemcnt , ces circonstances, disonsous , sont , jusqu’à un certain point . capables 'éclairer le médecin sur la manière dont il doit oncevnir et diriger le traitement. Ainsi, une mie d'hommes possédant sur la fidélité des îmrnes avec qui ils ont des rapports , ou sur la îasteté de leurs épouses toutes les garanties locales possibles, contractent des blennorrhagies u’on peut ranger parmi celles dues aux causes lécaniques, comme, par exemple, celles qui • déclarent par suite de disproportion entre le i>'um« des parties génitales, ou bien lors des remières approches et de la défloration , soit ucore après un coït immodéré. Une autre fois i blennorrhagie aura eu pour cause chez ces lèmes individus le coït à l’époque des règles ou , e qui arrive bien plus souvent, avec une femme y ml des fleurs blanches , maladie si commune, te.... Dans tous ces cas , on pourra et on devra 'abstenir d’un traitement préventif des accidents énériens consécutifs. Mais il nous semble prudent e n’y pas toujours renoncer , lorsque les malades liront la bonne foi d’avouer que leur écoulenrnt ne doit pas être attribué aux causes mécaiqucs que nous avons signalées plus haut, orsqu'il leur sera difficile en outre d’avoir coniance en la pureté des femmes qu’ils auront pprochées , lorsque la santé de ces femmes leur era suspecte ; à plus forte raison , si par profesmn elles sont incessamment exposées à gagner l à transmettre la maladie vénérienne.
Ces distinctions, il est vrai, n’écartent pas lotis les mécomptes , ne garantissent pas de toutes les erreurs , mais elles les favorisent moins que la pratique exclusive qui consiste à proscrire absolument le mercure du traitement des blennorrhagies ou à l’employer dans tous les cas.
La science doit ;1 M. Ricord un procédé exploratif précieux pour s’assurer si une blennorrhagie est ou non virulente. Il consiste à inoculer à l’individu affecté d’un écoulement la matière hlennorrhagique fournie par lui-même. Si la blennorrhagie est virulente, l’endroit inoculé deviendra le siège d’une ulcération syphilitique; si elle est bénigne et simplement catarrhale, la petite plaie faite par la lancette pour l'insertion de la matière hlennorrhagique, se cicatrisera aussitôt , comme si l'instrument n’eût rien introduit dans le tissu de la peau. Celle inoculation se pratique d’habitude sur le plat du tiers supérieur de la cuisse. Dans le cas où , à la su. te de l’inoculation , apparaît un petit chancre syphilitique, on a la certitude que la blennorrhagie est ulcéreuse et qu’une portion du produit inoculé a été fournie par un ou plusieurs ulcères exislant dans le canal , et une analogie bien fondée et légitime a dû porter M. Ricord à lirer cetleconclusion pour la blennorrhagie chez l'homme ; car toutes les fois , qu’explorant avec le spéculum les parties de la génération des femmes bleunon hagiques, il y a découvert des ulcérations , toutes les fois il a pu faire naître des petits chancres sur la peau en y inoculant la matière de l’écoulement de ces malades, tandis que ce résultat n’a jamais été obtenu quand la muqueuse vulvaire et vaginale, siège d’une blennorrhagie , ne présentait pas ces ulcérations. Depuis plus de deux ans que cette source de diagnostic différentiel a élé reconnue par M. Ricord , chaque jour il la met ù l’épreuve, et sa fidélité ne s’est pas démentie une seule fois. Alors le malade a nu n’a pas une blennorrhagie virulente. Dans le premier cas, un traitement mercuriel est administré, et le chancre d’inoculation y cède comme ceux dont il a révélé l’existence , nouvel argument en faveur de IVxeelleuce du procédé. Dans le second cas , l'inoculation n’a pas d'effet et conséquemment lé traitement se passe des inercuriaux. Si celte ingénieuse et utile découverte se confirme et se popularise , comme l’identité des résultats tous les jours obtenus par M. Ricord le fait espérer , une des plus désespérantes obscurités théoriques cl pratiques aura disparu de l'histoire des af-
MEDICAMENTS EXCITA NTS .
frétions vénériennes. Nous ne voyons aucun inconvénient à la meltre en usage.
11 régne parmi les gens du monde comme encore chez beaucoup de médecins un préjugé qui permet aux blennorrhagies de produire plus tard des accidens vénériens, lequel préjugé, si on vient à bout de le détruire complètement , rendra bien moins nécessaire l’administration des mercuriaux dans les cbaudepisses suspectes, c’est celui qui consiste à croire qu’il faut bien se garder de supprimer un écoulement à son début , et qu’il est convenable, avant d’en venir au Cubèbe, au Copahu ou autres moyens efficaces , de le laisser marcher quelque temps, s’apaiser, devenir moins aigu , soit en l’abandonant à lui-même , soit en préparant le malade à un traitement radical par quelques semaines de boissons émulsionnées, d’anti-pblogistiques , de bains locaux et généraux , etc.... et voilà comment dans quelques cas , on court risque de voir se développer des bubons, des chancres et autres manifestations syphilitiques , tandis qu’on aurait pu prévenir celte infection en coupant court à sa source dès le commencement , de même qu'on peut éteindre un foyer de vérole en cautérisant une érosion, un chancre vénérien , dès qu'ils apparaissent.
Les conir'indicalions du Copahu ne se tirent guère que de l’état des voies digestives. Il serait à coup sûr peu prudent de l’administrer lorsque quelques portions de la surface gastro-intestinale présente des points de phlogose ou d’irritation. Un des inconvénenls qui en résulterait indépendamment du risque qu’on courrait d'exasperer la maladie du tube alimentaire , serait 1 intolérance du Copahu et la nullité conséquemment de son action.
L’exanthème miliaire ou érythémoïde , le gonflement du testicule , phénomènes qui se remarquent quelquefois pendant l’administration du Copahu, ne sont d’aucun poids dans la considération des motifs pouvant conlr’indiquer ce remède. Delpech dissipait rapidement le premier de ces eff, ts par un purgatif; mais il cesse ordinairement de lui-même au bout de deux ou trois jou> s, sans qu il soit besoin de discontinuer le Copahu , et n’est jamais fébrile. Quant à l’orchite artificielle qui s’en suit beaucoup plus rarement , il ne faut pas non plus s’y arrêter. L’usage poursuivi du Copahu , loin de l’accroître, y met fin trèspromptement.
S’il fallait chercher et donner une explication du mode d’action du Copahu, nous pencherions fort à l’assimiler complètement à celui par lequel
nous avons essayé denous rendre compte des effets spéciaux et très-analogues de la térébenthine. Disons même que si cette explication est vraie pour l’une de ces substances, elle ne saurait être fausse pour l’autre. Dans le cas où elle serait la véritable interprétation des effets particuliers de nos deux résines , celles-ci ne mériteraient plus le nom d’agents spécifiques , car cette qualification n’est applicable qu’aux médicaments qui produisent un résultat donné sans qu’il soit possible à l’esprit de saisir le phénomène intermédiaire qui lie ce médicament à son effet ; exemple : le quinquina dans les fièvres intermittentes, les rnercuriatix dans la syphilis, les antispasmodiques purs dans les spasmes essentiels. Nous voyons effectivement dans ces cas un agent introduit en nous d’une part, un effet spécial de l’autre, mais quant à trouver l’acte physiologique interposé à ces deux faits, nous ne le pouvons. Or, si la térébenthine, le Copahu agissent vériiablemenl sur les membranes muqueuses affectées de catarrhe en les modifiant d’une manière telle, que l’état nouveau , l’espèce d’irritation artificielle qu’ils y déterminent fasse cesser l’état pathologique, l’irritation morbide et d’une autre espèce dont elles étaient travaillées, comme cela se voit pour une fouled’inHammaiions spécifiques et réfractaires que nous ne pouvons guérir qu’en leur substituant une phlogose artificielle dont les caractères et la portées noussonl connus, s’il en est bien ainsi, disons-nous, le litre de spécifiques ne convient plus à nos résines, puisque nous avons découvert le phénomène physiologique au moyen duquel, le Copahu, par exemple, supprime la blennorrhagie, et dès lors cette action ignorée dans son mode appréciable , cette action prétendue spécifique est placée par l’analogie à côté d’une foule d’autres actions t béra peut iques qui se trouvent en dehors du spècificisme.
Notre opinion sur le mécanisme d’action du Copahu dans la blennorrhagie était celle de Cullen qui dit :
• Il y a un cas où j’ai remarqué que la maladie ( la gonorrhée) se guérissait en excitant un certain degré d’irritation dans j’urèlre , et je suis persuadé que la térébenthine, ou, ce qui est à peu près la même chose , le baume de Copahu n’agissent que de cette manière ; car j’ai quelquefois vu la térébenthine et le baume de Copahu produire une véritable inflammation de l’urètre , au point d’occasionner une suppression d’urine, et la gonorrhée, qui subsistait de-
COPAHU
mis quelque temps , se guérir complètement , oi'sque les effets de l'inflammation avaient dis- >aru. »
La saveur excessivement désagréable du Co- >ahu , la persistance de son odeur, l'atmosphère >énélrante de celle odeur caractéristique qui enveloppe pendant longtemps les personnes qui ont iris ce remède et semble les accuser de porter in mal qu’on a toujours dans le inonde intérêt ni pudeur à dissimuler, tous ces inconvénients ont chercher depuis longtemps un mode d’adinilistration du Copahu qui puisse les pallier. Toiles les formes liquides sous lesquelles on le prend ont frappées de ces inconvénients plus encore jue les pilules et les opiats , éleeluaires , etc. ,es pilules qu’on fait en solidifiant le Copahu »ar la magnésie calcinée sont une forme assez ommode ; mais tout récemment on a inventé in artifice qui réunit beaucoup d’avantages, ious le nom de capsules gélatineuses deCopahu m a renfermé 18 grains de baume dans une envejppe gélatineuse très-facile à avaler tant à cause c son petit volume que de sa forme olivâtre. Les arois de gélatine sont assez é|>aisses pour qu’on 'ait pas à craindre que la résine s’en échappe ans la bouche. Comme elles se dissolvent facileîent dans l’estomac , tout le Copahu est bientôt isceplibie d’être absorbé. Ce mode d’adminisalion est aussi celui qui altère le moins les proriélés du médicament. Il ne les altère même en ucune manière puisque la résine est simplement mlenue dans la gélatine sans y être combinée. [. Ralier a imaginé d’introduire ces capsules ans le rectum en les enduisant d’un corps gras, dit avoir expérimenté que l’action du remède se dl très-bien sentir de celte manière. Pour e pas fatiguer les voies digestives, il fail prenre moitié des capsules par la bouche et l’aulre îoitié par le rectum.
Enfin pour terminer ce qui regarde l’emploi u Copahu dans la blennorrhagie , nous ne aurions trop recommander la graduation des dues en commençant par un demi-gros ou un gros u plus, puis s'élevant progressivement jusqu’à i quantité curative qui dépasse rarement une cmi-once en 24 heures. Il n’est pas moins imntant de persister plusieurs jours dans cette tse et de n’abandonner la médication qu’après regraduelleinent descendu au point où ou était «rli. Les récidives sont presque infaillibles si i s’arrête alors qu'on voit l’écoulement sup- ’imé. Il faut , nous ne nous lasserons pas î le répéter , poursuivre l’administration du
remède pendant au moins une huitaine de jours.
Nous ne ferons qu’indiquer les avantages qui ont été reconnus au Copahu dans le traitement d’autres affections catarrhales que celles de l'urètre. Le catarrhe de la vessie est parmi ces affections celle qui est le plus heureusement modifiée par cette résine. C’est dans celte maladie à l’étal chronique que M. Bretonneau a employé avec succès les lavements de Copahu. MM. Ribcs, Delpech surtout ont principalement insisté sur celle médication à laquelle ils ont dù de belles guérisons. Nous renvoyons pour plus de détails sur ce point à ce que nous avons dit de l’usage de la térébenthine en pareille circonstance et qui s’applique très-bien au Copahu.
Le catarrhe pulmonaire chronique est encore dans ce cas. M. Bretonneau a merveilleusement utilisé alors les lavements de Copahu. Il a dû à celte médication la guérison d’un catarrhe pulmonaire chronique qui avait longtemps passé pour une véritable phthisie avec fonte tuberculeuse. Le docteur Laroche a rapporté dans un recueil américain (North amer ican médical and surgirai journal, 1826) sept observations concluantes de catarrhe chronique de la poitrine où le Copahu a produit des guérisons certaines. Ce praticien prescrit 25 gouttes de Copahu dans une boisson aromatique. Hallé cite dans son édition des œuvres de Tissot , un cas de la même maladie ayant succédé à une pleurésie rhumatismale et où le Copahu a parfaitement réussi. Une foule d’auteurs , qu’il est inutile de nommer , ont préconisé ses excellents effets dans la leucorrhée chronique. Nous renvoyons pour ce qui est de toutes ces indications à ce que nous en avons dit à propos des autres baumes et résines.
Les maladies par causes externes , les lésions produites par des violences extérieures ont dû, dans les premiers .âges du genre humain , précéder les dérangements spontanés de l’organisme, les affections internes ou, pour mieux dire , développées sous l’influence d’une cause interne , constitutionnelle. La chirurgie a précédé la médecine. L’usage extérieur des agents thérapeutiques a précédé leur usage intérieur, puis l’analogie remarquée enire les caractères, la marche, la terminaison de quelques maladies internes et de plusieurs de celles qui frappaient les yeux et qu'on traitait d’uue manière déterminée, a conduit à ein-
MÉDICAMENTS EXCITANTS
ployer dans les premières les moyens qu'on avait vus réussir dans celles-ci. C’est bien là , en effet , l'histoire médicale des substances résineuses et balsamiques. De la conservation des chairs mortes dans les embaumements, elles ont été transportées par esprit de rapprochement à la restauration des chairs vivantes dans le pansement des plaies et ulcères. Puis comme elles desséchaient les cadavres, les réduisaient il leur trame solide, les momifiaient . elles devaient aussi tarir cluz l’homme vivant les sécrétions , les exhalations trop abondantes, dessécher les membranes et les tissus : de là leurs proprilés dessiccatives, détersives, anli-purulentes , dans les plaies , les ulcères cutanés dont la cicatrisation était retardée ou empêchée par la formation exagérée du pus. Les baumes et les résines ainsi acquis à la thérapeutique externe, l’analogie n’avait pas grande distance à franchir pour appliquer ces substances à la curation des ulcérations internes, des sécrétions muqueuses et purulentes qui avaient leur siège sur des surfaces splanchniques. On commença ce progrès par leur emploi topique sous forme naturelle ou sous forme de fumigations dans celles de ces affections accessibles là de pareils modes d’administration , comme par exemple, dans la bouche, et tous Ips orifices des cavités intérieures tapissés par des membranes muqueuses. L'œil , les fosses nasales , le conduit auditif .la vulve , le vagin, le rectum, soumis avec succès dans le traitement des lésions de leurs membranes muqueuses qui offraient le plus de correspondances avec celles de la peau et avec Pélat morbide des surfaces accidentellement divisées dans les plaies, furent donede cette manière, les voies intermédiaires qui firent passer les agents dont nous parlons de la thérapeutique chirurgicale à la thérapeutique médicale, et bientôt tous les flux muqueux et purulents du tégument interne furent combattus comme d’abord l’avaient été ceux du tégument externe. L’analogie a , dans ce cas , servi si fidèlement, que les baumes et les résinés sont mieux restes en possession du traitement des maladies internes où ils n’ont été employés que par extension, que de celui des maladies externes qui a fondé leur réputation et a été le point de départ d’où on s’est élevé pour tes appliquer des affections plus cachées. L’espoir d’atteindre et de modifier les surfaces muqueuses catarrhales elles ulcérations de ces surfaces , eu donnant à l’intérieur les substances que nous éludions , cet espoir n’a guère pu découler que de l’idée conçue par les
anciens de la possibilité pour ces substances d’être absorbées et transportées aux membranes muqueuses par voie de circulation, et ensuite de la pensée où ils étaient qu’ainsi mises en contact avec ces tissus malades , elles agiraient sur eux comme elles le faisaient quand on les appliquait immédiatement sur des points accessibles aux topiques. Or , les anciens s’étaient très-bien rendu compte du mode d’action des baumes et résines dans le traitement des ulcérations , des suppurations , des catharrhes externes qu’Hs pansaient ou louchaient avec ces topiques. Il faut donc admettre qu’ils ont été guidés dans leur extension des remèdes en question du traitement externe au traitement interne , par l’opinion que nous avons établie sur le mode d’action deces r emèdes pris à l’intérieur, savoir , que mêlés au sang , puis aux fluides , exhalés par les membranes muqueuses ou déposés sur elles (comme l’urine pour s'oq appareil excréteur), nos agents font éprouver à ces surfaces une modification irritative qui se substitue , pour ainsi dire, à leur irritation morbide, ou bieil ramène les catarrhes chroniques à un étal aigu artificiel qui suspend la sécrétion pathologique pour bientôt cesser rapidement lui-même. En effet , cette manière devoir était celle de la plupart des anciens pathologistes bien qu'aucun ne l’ait exprimé dans les tenues dont nous nous sommes servis. Elle s’est successivement empreinte de leurs théories sur l'action intime des médicaments , sur la composition chimique qu’ils leur supposaient ainsi que sur les influences et les combinaisons qu’ils croyaient s’opérer entre leurs éléments et ceux des humeurs ou des solides: mais au fond et en lésultat, c’était la même idée.
Maintenant , nous avons à nous demander s’il ne serait pas légitime et raisonnable de retourner l’induction analogique des anciens et de chercher à savoir de l’expérience , jusqu’à quel point on pourrait changer par l’usage intérieur des baumes et des résines l’étal des surfaces suppurantes autres que les membranes muqueuses, modérer ou suspendre en un mot , la sécrétion purulente de; tous les tissus , de toutes les surfaces pyogéni-' quos, accidentellement développées par le travaill inflammatoire et qui exhalent une quantité de ptist disproportionnée et interminable ? Nous pensons! que de pareils essais ne seraient ni téméraires, nil indignes d’attention.
il est certain , d'une part , que les substances) résineuses et balsamiques directement appliquées) sur des membranes muqueuses , source d’un Uux
MÉDICAMENTS EXCITANTS
muqueux exagéré, raucoso-purulent ou purulent, modifient ces membranes de manière à les ramener à leur sécrétion normale. 11 n’est pas moins incontestable , d’autre part , que prises à l’intérieur et appliquées indirectement à ces membranes muqueuses dans les mêmes conditions morbides , ces médicaments produisent des tfFels thérapeutiques identiques, très-probablement suivant le même mode d’action que dans le premier cas. Mais il est aussi d’observation que l’application directe de ces moyens exerce une influence anti-suppuratoire et cicatrisante, sur les surfaces des solutions de continuité des membres et du tronc qui fournissent une suppuration de mauvaise nature ou surabondante et ne tendent pas à une prompte et louable cicatrice , soit que ces solutions de continuité aient été produites par l’art ou par accident , soit que leur formation ait été spontanée comme dans les ulcères proprement dits. Ces applications directes ont aussi des avantages analogues, faites par injections ou par introduction de mèches ou de plumasseaux de charpie, etc., qui en sont enduits , dans des trajets fistuleux , des clapiers , des abcès vidés de leurs collections, dont les parois comme organisées à la manière des membranes muqueuses, reproduisent incessamment du pus, ou bien sont doués de trop peu de vitalité, en un mot sont privés des conditions nécessaires pour une bonne inflammation adhésiveet la cicatrisation qui doits’en suivre. Pourquoi donc dans ces dernières circonstances , les résines et les baumes pris à l’intérieur, et appliqués indirectement à toutes ces parties malades ne les modifieraient- ils pas, comme lorsqu’on les y applique lopiquement , quand nous venons de voir que cette analogie d’action existe si bien pour les affections catarrhales des membranes muqueuses ?
Il est vrai que nous avons reconnu que les substances en questions exercent sur ces membranes une influence physiologique et thérapeutique spéciale qui se fait de plus particulièrement sentir sur celle des voies urinaires et nous avons essayé de rechercher pourquoi. Mais celle influence, pour être incontestablement plus marquée sur ces tissus , ne porte pas exclusivement sur eux. Les éruptions cutanées, les douleurs céphaliques et celles qui se répandent avec un sentiment de chaleur dans les membres et sur tout le long des troncs nerveux , etc.... témoignent assez d’une action générale, quoique plus concentrée sur les muqu"usçs , ensuite sur la surface '•utanée.
En rappelant celte propriété des résines prises à l’intérieur de produire sur la peau certaines formes d’éruptions , nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que celte circonstance est un argument ù ajouter aux autres en faveur de notre opinion sur le mode d’action thérapeutique de ces substances. En effet ces éruptions cutanées artificielles ressemblent beaucoup et sont très-souvent identiques à celles que détermine sur la peau l’application directe des résines et des emplâtres agglutinatifs qui en contiennent.
Ce serait sans doute abuser de l’analogie que de la pousser jusqu’à examiner la question de savoir si en admettant la théorie de Delpech sur la formation du pus qu’il affirme être , dans tous les cas, le produit de la sécrétion d’une membrane créée par le travail inflammatoire, membrane qu’il nomme pour cela pyogènique , et qui présente quelques points de ressemblance avec les membranes mucipares sauf la présence des follicules, si, disons-nous, l’existence de ces surfaces muqueuses rudimentaires et de circonstance pour la génération du pus, doit être un motif à ajouter à ceux que nous avons déjà exposés en faveur de l’emploi des substances résineuses dans loutes les suppurations ?... faudrait-il voir dans ce fait une nouvelle similitude non-seulement entre les produits des membranes muqueuses et ceux des autres tissus enflammés, mais encore entre la nature et l’organisation des surfaces qui exilaient ces produits dans l’un et l’autre cas , puis aller jusqu’à déduire de ce rapprochement une indication encore plus légitime et expresse de l’usage des remèdes balsamiques et résineux dans les maladies qu’on aurait ainsi presque identifiées sous fous les rapports avec les maladies catarrhales ? Nous jetons , pour ainsi dire en passant , cette donnée sous les yeux du lecteur sans y attacher d’importance. A quoi servirait de s’y arrêter, puisqu’elle est insoluble et que loutes les probabilités dont on s’efforcerait de l’étayer, peuvent être renversées par des négations auxquelles il n’y a rien à répondre?
Les agents thérapeutiques que nous examinons mériteraient peut-être aussi d’être utilisés dans certains cas d’infection purulente générale et de disposition à des suppurations nombreuses, disséminées et indéfinies. Il est, comme on sait, des individus qui suppurent pour rien, qu’on appelle vulgairemenl-flemmew#, et qui, sous l’influence de la moindre cause, de la plus légère blessure, etc... éprouvent des séries de petits phlegmons qui pas-
AI ÉDICAMEN TS EXC1TAN TS
sent presque d’emblée A la suppuration, ce que nous avons surtout remarqué aux doigts. Une fois un premier point de suppuration établi , il y a chez ces sujets une désespérante tendance à la reproduction interminable, A la diffusion générale de ces points suppurants , et si au milieu de cette disposition , ils viennent à être frappés de quelque phlegmasie parenchymateuse ou des membranes séreuses, ces affections sont exposées à se terminer rapidement par la suppuration. Les exutoires, toutes les suppurations artificiellement produites dans un but dérivatif, etc... peuvent être la source de cette diathèse pyogénique. D’autres individus voient , au printemps surtout, une succession de furoncules et d’antrhax bénins pulluler spontanément et sans fin sur leurs joues, à la nuque , dans la région dorsale et fessière , aux membres , et chacun sait combien ces éruptions sont pénibles et douloureuses , combien la cause qui y préside est difficile à atteindre et à détruire , d’aulant plus que l’efFel devient lui-même cause à son tour. Nous le répétons , l’emploi des résines nous paraît susceptible d’être mis à profil dans ces circonstances ainsi que dans les résorptions purulentes, qui prenant leur source dans un vaste foyer de suppuration , vont remplir de pus toute l’économie et semer les parenchymes, les poumons . le foie, la rate, le cerveau en particulier, d’innombrables abcès, d’infiltrations de pus, accidents presque toujours mortels. Nous en dirons autant des phlébites accidentelles ou spontanées qui produisent les mêmes résultats. On a tenté dans ces graves altérations une foule de moyens , assurément moins légitimés par l’analogie que ceux sur l’expérimentation desquels nous appelons l’attention des médecins. Ce ne sont là , il est vrai , que des conjectures ; -mais elles n’ont rien de trop hasardé , et comme on peut sans danger juger leur valeur par l’expérience , nous n’avons pas cru déplacé de les proposer.
Nous nous sommes déjà prononcés sur la réserve qu’il fallait apporter dans l’application des baumes et résines à la phthisie tuberculeuse des poumons. Ici , les abcès , les vastes suppurations ne sont pas toute la maladie. Il y a derrière , eux un principe qui se renouvelle incessamment; et «i les résines et baumes sont capables d’atténuer ees suppurations, de favoriser la cicatrisation des
cavernes , de modérer celte expectoration purulente et catarrhale qui jette les malades dans une si rapide colliqualion , il est à craindre que Italie stimulus quelles portent au poumon , elles n’activent et ne favorisent la sécrétion tuberculeuse qui est la cause de toutes ces altérations consécutives. Car nous pensons avec l’illustre auteur de l’Examen des doctrines, que l’irritation est un appel puissant fait dans les tissus à la déposition de la matière tuberculeuse chez les personnes qui sont disposées à ce vice de nutrition. Il ne faut donc se servir alors de ces moyens que dans les circonstances que nous avons spécifiées dans nos chapitres particuliers. Nous devons ajouter toutefois que les substances balsamiques et l’eau de goudron sont susceptibles d’être employées avecavantage dans un très-grand nombre de phlhisies tuberculeuses et que ce qui précède concerne surtout les substances résineuses.
II est bien singulier que la plupart des auteurs de matière médicale , tout en attribuant aux résines l’effet de supprimer les flux muqueux et purulents du tégument interne , aient pourtant professé que dans le catarrhe pulmonaire , par exemple , l’action des substances balsamiques n’était pas la même, qu’au lieu de tarir la sécrétion bronchique , elle la favorisait au contraire et était alors utile à la manière des expectorants. Nous pensons que celle dislinction ne doit pas être faite et qu’en définitive , les baumes pour avoir une action moins active, moins irritante que les résines, n’en sont pas moins suseeptddes de leur être assimilés sous le rapport de leur mode d’influence. Ces auteurs ont été du reste en contradiction avec eux-mêmes , en n’établissant pas cette dislinction dans la manière d’agir des résines et des baumes, lorsqu’ils ont conseillé ceux-ci au même titre et comme succédanés et analogues de celles-là dans la leucorrhée, la gonorrhée, les flux mucoso-purulents des oreilles et le pansement des plaies.
Ces considérations générales , cette manière d’envisager les substances que nous venons d’étudier, dans leurs rapports possibles et probables avec des affections qui , jusqu’ici, ne les ont pas comptées dans la liste de leurs modificateurs thérapeutiques , tout cela nous a paru utile pour compléter cet important sujet.
NOIX VOMIQUE
EXCITANTS
Dü SYSTÈME MUSCULAIRE,
OU
EXCITATEURS
NOIX VOMIQUE
Noix vomique. Strychnos nux vomica. Vomiquier. Plante de la famille des apocynées. Ses fruits ont le volume d’une orange et ne renferment qu’une seule loge où sont placées les semences , improprement appelées noix vomiques. Ces semences sont plates et ont la forme d’un bouton d’habit déprimé au centre. Elles ont une grande dureté et une extrême amertume.
L’analyse de la noix vomique a donné à MM. Pelletier et Magendie : 1« un alcaloïde qui en est la partie la plus active , et qu’ils ont nommé strychnine; 2° un autre alcaloïde beaucoup moins vénéneux auquel ils ont donné le nom de brucine ; 3? un acide particulier qu’ils ont appelé igasurique et qui se trouve combiné dans la plante aux deux alcaloïdes dont nous venons de parler de manière à former des igasurates.
Les propriétés toxiques de la Noix vomique ne commencèrent à être connues en Europe que depuis moins de deux siècles ; probablement elles n’étaient pas ignorées des naturels de l’Inde. D’innombrables faits sont venus depuis lors confirmer l’action vénéneuse de cette graine, et c’est avec raison qu’on la range au nombre des plus redoutables poisons. Les symptômes éprouvés par les animaux et par l’homme après l’ingestion de la Noix vomique, sont très-remarquables en ce sens qu’ils n’appartiennent qu’à cette plante et à celles qui contiennent les mêmes principes immédiats.
Peu après l’ingestion du poison , le patient éprouve un sentiment de vertige, qui rend sa marche moins sûre, puis des douleurs légères et une roideur dans les muscles du cou et dans ceux qui tiennent les mâchoires serrées. Le pharynx luimême éprouve un resserrement notable , et les muscles de la poitrine et du ventre sonl plus roides et moins mobiles que dans l’état normal. Cependant ces phénomènes prennent de l’intensité et ce qui n’était d’abord que de la roideur, prend bientôt le caractère convulsif le plus effrayant.
D’abord se montrent de petites secousses convulsives et tétaniques , qui ne sont pas sans un peu de douleur et qui passent avec la rapidité d’un éclair. Elles ressemblent assez bien et pour leur durée et pour la sensation qui les accompagne à des secousses électriques. Mais le mal augmente rapidement, des secousses tétaniques terribles se succèdent coup sur coup, et semblent se modérer pendant quelques instants pour reparaître plus violentes et plus douloureuses ; les mâchoires sonl serrées , la tête est renversée sur l’épine dorsale ; les membres thoraciques midis et tordus dans la pronation , les jambes roidies.
Bientôt la rigidité tétanique la plus invincible s’empare de tous les muscles de la vie animale ; ceux qui servent à l’acte de l’inspiration participent aussitôt aux mêmes troubles fonctionnels. La respiration ne s’effectue plus que par secousses
EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE
insuffisantes , la diminution successive du pouls semble indiquer que le cœur lui-nlême n’est pas étranger à ces spasmes convulsifs; la mort arrive précédée d’un instant de profonde stupeur et d’insensibilité complète.
Durant cette scène horrible on remarquaitque la moindre sensation réveillait les spasmes elles douleurs comme cela se remarque d’ailleurs dans le tétanos , dans l’hydrophobie , dans l’éclampsie et dans quelques autres maladies nerveuses.
Quand la dose du poison a été peu considérable, ces symptômes après s’être manifestés à un faible degré s’amendent lentement , et après douze ou vingt-quatre heures il ne reste qu’une fatigue musculaire notable et qui persiste longtemps.
Il ne faut pas une grande quantité de Noix vomique pour produire la mort. Dans Murray, on voit cités de nombreux exemples d’empoisonnements par des doses assez peu considérables de celte substance. SOgrains de poudre, pris en deux fois, ont tué une jeune fille. 12 grains ont causé chez une autre des accidents très-graves. Cependant le malade cité par M. Cloquet , eldont l’observation est rapportée dans le deuxième volume de la toxicologie de M. Orfila, p. 258, avait avalé peut-être une once de Noix vomique en poudre et cependant il ne mourut que le quatrième jour.
Mais il importe bien davantage au praticien de connaître les effets que produit la Noix vomique donnée comme médicament. Nous avons, dans ce but, fait de nombreuses expériences , et nous allons en consigner ici les résultats.
Les préparations que nous avons employées ù l’intérieur sont l’extrait alcoolique et la poudre. A l’extérieur la teinture alcoolique.
Il est impossible de préciser ici les doses auxquelles les phénomènes se produisent ; il y a, à cet égard, des différences nombreuses dépendant de l’individu.
Action sur le tube digestif.
L’amertume extrême de la Noix vomique ne peut que très-difficilement être déguisée , et de quelque façon qu’on enveloppe le médicament , on éprouve le plus souvent, soit en l’avalant, soit quelque temps après l’avoir pris, un sentiment d’amertume dans le fond de la gorge et à la base de la langue.
Sur l’estomac et sur les intestins , l’effet immédiat est ordinairement nul, et nous avons l’habitude de donner la Noix vomique aucommenccmenl du repas sans que jamais nous ayons vu
survenir aucun trouble des fonctions digestives ; mais après quelques jours, l’appétit se prononce, et quelquefois devient extraordinaire ;les garderobes chez les gens constipés sont également Plus faciles. Cette exaltation des facultés digestives persiste pendant l’emploi du remède et longtemps encore après, pourvu toutefois que la dose ne soit pas portée trop haut ; car dans ce cas il n’est pas rare de voir survenir de l’inappétence.
Appareils des sécrétions.
Nous n’avons vu aucune sécrétion activée par la Noix vomique , si ce n’est celle des urines , et ici non-seulement la sécrétion estplus abondante, mais l’excrétion est également plus fréquente et plus énergique , au point que quelques malades sont forcés depisser toutes les heures.
Appareils de la circulation.
Nous n’avons rien observé du côté du cœur et des poumons, et lors même que le médicamenta été porté à une dose telle qu’il s’en suive une rigidité musculaire générale , le pouls reste calme, et il ne se passe du côté de la poitrine d’autres phénomènes que ceux qui résultent de la difficulté du jeu des muscles inspirateurs.
Appareils nerveux.
Mais les phénomènes les plus intéressants sont certainement ceux qui se passent du côté des appareils nerveux. Les premiers effets du médicament sont un serrement dans les tempes et dans la nuque que les malades appellent mal de tête , mais qu’ils savent très-bien distinguer des céphalalgies qu’ils ont éprouvées jusqu’alors. Les mâchoires se serrent un peu , ou plutôt elles deviennent roides comme si le jeu des articulations se faisait moins bien. Cependant cette roideur ne tarde pas à envahir tous les muscles du tronc et des membres. Les malades ne peuvent dilater complètement la poitrine , et dans les grands efforts d’inspiration, ils sont arrêtés court par une espèce de spasme musculaire général. Cependant celte roideur dont nous venons de parler n’est pas continue , ou plutôt elle s’exaspère par moments, et devient très-forte de minime qu’elle était. Ces contractions spasmodiques sont souvent précédées d’une horripilation accompagnée d’un frissonnement très-marqué ; puis surviennent dans le
NOIX VOMIQUE
trajet îles nerfs des membres des fourmillements, et quelquefois des sensations douloureuses que les malades comparent au passage des étincelles électriques. C'est après ces frisonnements eL ces étincelles que se manifestent les spasmes d’audant plus énergiques que les phénomènes précurseurs ont été eux-mêmes plus marqués. Cepensant d’autres muscles qui semblent en général un peu moins sous l’empire delà volonté participent aussi à ces spasmes ; ceux du pharynx et l’œsophage , ceux qui érigent le pénis , au point que la déglutition est souvent assez difficile et que les érections nocturnes et diurnes deviennent incommodes même chez ceux qui , depuis longtemps, avaient perdu quelque chose de leur virilité. Les femmes elles-mêmes éprouvent des désirs vénériens plus énergiques et nous avons , à cet égard , reçu des confidences qui ne nous permettent pas d’en douter.
Les fourmillements dont nous avons parlé, d’abord profonds , deviennent bientôt superficiels , et lorsque tous les accidents spasmodiques sont dissipés , il reste une démangeaison quelquefois tellement insupportable et si opiniâtre que l’on est obligé de renoncer à l’emploi du remède.
Quand la dose de Noix vomique a été portée un peu haut, les secousses électriques dont nous venons de parler , sont le signe d’une véritable convulsion tétanique , qui, pour n’avoir lien de grave ni de dangereux, n’en est pas moins quelque peu douloureuse , et est suivie d’une raideur nés membres telle que la progression est souvent impossible. Lorsque les secousses surprennent le malade debout, il a grand’peine à conserver l’équilibre et il le perd quelquefois.
Pendant que ces énergiques effets se font sentit, 1 intelligence n’est pas troublée un seul instant; seulement il survient des éblouissements , des tintouins , des bluetles ; mais tout disparaît’ ou moment que l’action du médicament s’apaise.
Tous ces phénomènes ne débutent pas en même temps et n’ont pas la même durée. Chez celui qui n a pas encore pris de Noix vomique ce n’est g'ié-e qu au bout d une heure que les spasmes se manifestent , ils durent deux , trois, quatre heures , plus ou moins, en raison de la dose. La ri- ;idi'é est le premier symptôme, les étincelles électriques , les -frissonnements et les secousses convulsives viennent ensuite, mais les fourmillements et surtout les démangeaisons ne s’ohser- “ nt que lorsque le médicament a été donné plusieurs jours de suite. Lorsque , au contraire , on
prend laNoix vomique déjà depuis plusieurs jours, les effets d’une dose nouvelle se manifestent quelquefois au bout de 10 minutes, et se prolongent pendant 2, 4, G, 8 et quelquefois 15 jours, ce qui veut dire que l’action du médicament ne s’épuise que lentement et que l’excitabilité du malade , si nous pouvons ainsi nous exprimer, va en augmentant à mesure que le médicament est donné plus souvent. En sorte qu’un thérapeutiste se tromperait gravement, qui croirait qu’il peut, dès qu’il a obtenu des effets donnés , à l’aide d’une dose , augmenter toujours celle dose en raison même de l’habitude du malade. Il ne larderait pas à reconnaître , ce dont l’expérience nous a convaincus, que l’organisme ne s’habitue pas plus à la Noix vomique qu’aux solanées vireuses , et que nonseulement il ne faut pas augmenter les doses du moment qn’on est arrivé à obtenir les effets médicamenteux que l’on désire ; mais encore qu’on est souvent obligé de les diminuer ou même de suspendre complètement l’adminisiralion du médicament.
Nous dirons tout à l’heure de quelle manière il convient de procéder dans l’administration de ce remède suivant les résultats thérapeutiques que l’on veut en obtenir.
La connaissance plus ou moins complète de l’action physiologique de la Noix vomique et des phénomènes qui suivent l’administration de celle héroïque substance, conduisit M. Fouquier à conseiller ce médicament dans la paralysie, et quoique cette heureuse application ail été peut-être moins heureuse entre les mains de M. Fouquier lui-même qu’entre celles de quelques autres médecins , il n’en faül pas moins reconnaître que c’est à ce praticien qu’appartient cette découverte thérapeutique , certes l’une dos plus importantes de notre époque.
La Noix vomique fut d’abord employée pat M. Fouquier dans l’hémiplégie: et l’on ne peut nier que dans les hémiplégies anciennes., ce. moyen ne soit d’une certaine utilité ; mais comme on l’employa aussi dans les hémiplégies récentes , on vit quelquefois les accidents cérébraux qui avaient causé la paralysie , prendre , sous l'influence de la Noix vomique, une intensité nouvelle, et ce médicament tomba promptement dans un discrédit fort injuste. Nous avons essayé la Noix vomique dans d’anciennes paralysies symptomatiques d’épanchements de sang dans le cerveau ou de ramolissements, et nous avons obtenu des résultats inespérés qu’aucun autre moyen ne nous aurait donnés : toutefois, et nous nous
EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE
empressons de le reconnaître , <lans les paralysies , la forme hémiplégique est celle qui est le moins heureusement modifiée par le médicament dont nous parlons.
Bretonneau de Tours , à qui la thérapeutique doit tant , répéta les essais de Fouquier , et il ne tarda pas à reconnaître que si, en effel, dans l’hémiplégie et , en général , dans toutes les paralysies qui tiennent à une lésion du cerveau , la Noix vomique est peu utile , en revanche elle peut être donnée avec un grand avantage dans les paraplégies et en général dans les paralysies qui sont sous la dépendance d’une maladie de la moelle , ou seulement des conducteurs nerveux , et il arriva après de nombreux essais , à formuler de la manière suivante les cas où l’application de la Noix vomique doit être tentée :
Les paraplégies symptomatiques d’une commotion de la moelle , alors que les symptômes primitifs sont passés et qu’il ne reste que la paralysie ; celles qui suivent une inflammation de la moelle ou de ses menbranes , lorsque tous les phénomènes d'irritation locale sont dissipés depuis longtemps ; celles qui suivent le mal de Toit , lorsque la carie osseuse est guérie et que l’affaissement des vertèbres s’est complètement effectué; les paralysies diverses qui se sont développées sous l’influence du plomb.
Nous avons , nous-mêmes , employé la Noix vomique dans les circonstances spécifiées par M. Bretonneau , et nous avons, parce moyen, guéri ou modifié des paralysies fort anciennes. MM. Duméril , Husson , Deslandes, etc., etc., ont depuis publié des faits qui tous ne déposent pas en faveur de la Noix vomique; mais , nous le répétons , toutes les paraplégies ne sont pas guéries par cet héroïque remède , et celles mêmes qui semblaient devoir céder le plus facilement, résistent quelquefois avec opiniâtreté.
A une époque toute récente-, M. Tanquerel a publié une thèse dans laquelle il a particulièrement insisté sur l’utilité de la Noix vomique et surtout de la strychnine , ce qui revient au même, dans les paralysies saturnines, et il a rapporté des faits nombreux recueillis dans le service de MM. Andral et Rayer et dans le nôtre. Ces faits, à défaut d’autres , mettraient hors de doute l'efficacité de ce moyen.
Les effets de la Noix vomique sur les parties paralysées sont fort remarquables. Les étincelles , les secousses, les fourmillements, dont nous avons parlé plus haut , se manifestent plus particulièrement dans les membres privés de sensibi-
lité et de mouvement , et c’est même une condition de succès, car lorsque des parties paralysées ne sont pas vivement influencées par la Noix vomique , il y a peu d’amélioration à espérer.
Les paralysies tout à lait locales ont été heureusement traitées par ce moyen. En première ligne nous mettrons l’amaurose. Déjà Bretonneau avait essayé de combattre par la Noix vomique l’amaurose qui s’était développée sous l'influence des émanations saturnines , mais sans avantage marqué ; plus tard les docteurs Walson , ( Journal des progrès , tome 3 , p. 254 , 1850 ) et Liston {Arch. gén. de médecine , tome xxn , p. 548,) et , plus récemment encore , Miquel , conseillèrent la strychnine dans l’amaurose qui ne reconnaissait pas pour cause une compression du nerf optique, lis aimèrent mieux admislrer ce médicament parla méihodeenderraique , et ils obtinrent quelquefois d’incontestables succès. Mais les praticiens dont nous venons de parler firent pénétrer la strychnine par le derme dénudé. Ils appliquaient sur la tempe et au-dessus des sourcils de petits vésicatoires qu’ils recouvrait de trychnine. Cette médication a l’avantage de joindre l’utilité du vésicatoire , moyen qui, à lui seul, peut déjà revendiquer la cure de quelques amauroses , à Futilité plus certaine encore du médicame.nl excitateur qui sembie alors être plus directement porté par l’absorption aux parties qu’il doit ranimer. Parmi les effets qui suivent ce mode d’administration de la strychnine , le plus important est la perception d’étincelles plus ou moins nombreuses et pius vives dans le fond des deux yeux et surtout dans l’œil du côté où est placé le vésicatoire. Si ces étincelles n’existaient pas , on devrait mal augurer du succès du traitement. La qualité des étincelles est aussi une chose digne de remarque , elles sont quelquefois noirâtres , d’autres fois blanches ou rouges. Les étincelles rouges sont les plus avantageuses ; si elles sont trop éclatantes , il faut tempérer les doses de strychnine ( Journal des connaissances médicochirurgicales , loin, ni , p. 201.) Dans quelques circonstances, nous avons substitué à la strychnine , des frictions sur les tempes avec la teinture de Noix vomique, en même temps qu à 1 intérieur nous donnions l’extrait de cette semence.
Dans les paralysies locales qui viennent chez les malades qui se sont expo,sés aux émanations saturnines , nous n’avons pas vu que l’application locale de la Noix vomique sur le derme dénudé fût suivie de meilleurs résultats que l’administration de ce médicament par les voies ordinaires.
NOIX VOMIOUE.
Nous avons au contraire eu beaucoup à nous louer de la médication suivante : en même temps que nous donnons â l’intérieur de l’extrait de Noix vomique , nous nous contentons de faire appliquer sur la peau qui recouvre les muscles paralysés des fomentations avec de la teinture alcoolique de la même substance.
L’incontinence ou la rétention d’urine dépendant d’une paralysie de la vessie , ont été traitées avec avantage par le même moyen. M. Lafayede Bordeaux guérit en sept semaines un vieillard atteint de rétention d’urine, par l’usage de l’extrait de Noix vomique donné à la dose de 4 à 8 grains par jour. ( Journal de médecine pratique de Bordeaux , tome n, page 32) et M. Mauricet rapporte (Arch.gèn. de médecine, lomexni,p. 403) que deux frères d’une constitution lymphatique, l’un de 15, l’autre de 14 ans , étaient sujets à une incontinence d’urine nocturne : On leur donna matin il soir une pilule d’un demi-grain d’extrait alcoolique de Noix vomique. La guérison eut lieu en trois jours. On cessa au boutde 15 jours et l’incontinence reparut ; on reprit l’usage du médicament , nouvelle guérison. L’infirmité reparut lorsqu’on cessa de nouveau le traitement. On recommença alors l’usage des pilules que l’on continua pendant un mois , et la guérison fut désormais solide.
Nous-mêmes , nous avons naguère , à l’Hôtelüieu de Paris , guéri, par le même moyen, une femme , qui , à la suite d’une chute d’un lieu trèsélevé , avait d’abord été paraplégique et à qui il était resté une paralysie de la vessie , du rectum
de toutes les parties qui se trouvent dans le bassin.
Nous parlerons maintenant de l’impuissance contre laquelle nous avons eu l’idée d’employer la Noix vomique. Nous avons été conduits à celle médication d’abord par l’analogie, et ensuite par l’observation des phénomènes que nous avions excités chez un de nos malades. C’était un homme atteint depuii trois ans d’une paraplégie complète avec tremblement général. Les membres thoraciques et abdominaux , la vessie , le rectum étaient paralysés du mouvement, la sensibilité était •onservée , l’intelligence était d’ailleurs entière. Depuis le début de la maladie, l’excitabilité des irganes génitaux était complètement éteinte, mus 1 influence de la Noix vomique, les inouvern nls se rétablirent presque complètement , le remblement cessa , et après un mois de traitenent , survinrent des érections qui d’abord faides, acquirent bientôt la même énergie qu’a 11-
paravant et revinrent chaque nuit, bientôt, fixant notre attention sur ce curieux phénomène , nous constatâmes les mêmes effets sur un couvreur âgé de 40 ans, qui avait un affaiblissement notable des extrémités inférieures et qui , depuis sept mois , n’avait pu avoir de rapports avec sa femme. Lu 15 jours de traitement, il marchait d’un pas plus assuré; mais les organes génitaux étaient dans un état d’excitation d’autant plus remarquable que les forces musculaires des membres ne se rétablissaient pas avec la même énergie. Nous avons, chez une femme, observé les mêmes effets. Enfin, chez un jeune homme de 25 ans , constilué d’ailleurs comme un alhlète , mais qui depuis 18 mois qu’il était marié n’avait eu avec sa femme que des rapports presque fraternels, nous sommes parvenus à lui donner une virilité qu’il perdit bientôt quelque temps après qu’il eut cessé l’usage de la Noix vomique.
Jusqu’ici nous voyons celte énergique substance communiquer toujours aux centres et aux conducteurs nerveux une excitation temporaire ; et, comme dans plusieurs cas, cette excitation persiste , les organes récupèrent l’aptitude fonctionnelle qu’ils avaient perdue.
Mais d’autres praticiens ont cru devoir utiliser quelques autres des propriétés de la Noix vomique, et entre autres son excessive amertume. Ils pensaient qu’ils en obtiendraient un effet tonique analogue à celui qu’ils obtenaient en général par les amers , et ils la conseillèrent dans certaines dyspepsies.
Certes , on conçoit que , par son amertume , elle puisse agir utilement dans les mêmes affections de l’estomac qui se trouvent bien en général de l’adminisi ration des amers; mais il est bien probable aussi que l’action évidente delà Noix vomique sur les muscles de la vie organique , et par conséquent sur le plan musculaire de l’intestin , rend au tube digestif des mouvements qu’il avait perdus, mouvements qui sont une condition nécessaire à l’accomplissement de la fonction. Aussi l’expérience nous a-t-elle prouvé que celte médication proposée pour la première fois par Schmidlmau réussit très-rarement chez les jeunes sujets, mais est particulièrement applicable aux vieillards, ou à ceux qui se trouvent avant l’âge dans les condilionsphysiques de la vieillesse: elle convient à cet étal particulier du canal intestinal dans lequel la digestion est très-lente et assez douloureuse , s’accompagne de flatuosités, de gonflement. du ventre et de constipation; sans que , d aillent s . il u y ail jamais ni lièvre , ni amer-
230 EXCITANTS DU SYS'
lumü île la bouche , ni nausées , état qu’il ne Paul pas confondre avec la paresse digestive «pii précédé, accompagne ou suit la plupart des maladies aigues el chroniques.
Dans ce cas, la Noix vomique ne se donne pas ü des doses aussi élevées que dans la paralysie.
Les propriétés les plus capitales de la Noix vomique , et qui la placent au rang des plus utiles médicaments , sont évidemment celles dont nous venons de parler. Il en est quelques autres moins importantes et que nous indiquerons sommairement. Scluilz la donnait en poudreconlre les vers intestinaux , et ,dans le pays d’Ovverysel , elle est encore prescrite contre le ténia , associée au drastiques. Lejeune l’a conseillée dans la chorée , et, d’après lui , nous l’avons essayée une fois avec quelque succès. Hargstrom l’a administrée à la dose d’un scrupule par jour à beaucoup de dysentériques ; cette dose était énorme et les médecins qui ont imité Hargstrom ont été beaucoup moins hardis et sont arrivés pourtant aux mêmes résultats ( Diction, de mat. méd. de Mératel de Lens , tom, vi, p. 559 ).
Plus haut , en donnant l’analyse de la Noix vomique , nous avons vu que celte semence contenait deux principes particuliers , la strychnine el la hrucine. Ces deux alcaloïdes forment la partie active de la Noix vomique et ne diffèrent en rien de cette dernière par leurs propriétés thérapeutiques. Aussi , ce que nous avons dit de l’une s’applique-t-il aux autres , sans aucune espèce d'exception.
Les expériences très-exactes de M.Andral (. Àrch . génér. de médecine , tom, m, p. 294) ont démontré que la strychnine et la brucine agissaient de la même manière ; à cela près de l’activité, la première étant beaucoup plus active que celle -ci. De sorte que si nous prenons l’extrait alcoolique de Noix vomique pour type d’action , et si nous représentons son énergie par 1 , celle de la brucine devra ire représentée par 2 , et celle de la strychnine par 6.
Pour l’usage interne nous préférons en général l’extrait de Noix vomique à la strychnine et à la brucine. Pour appliquer sur le derme dénudé , la strychnine doit pluiôlêlre employée.
Préparations et doses.
La Noix vomique s’emploie sous forme de poudre , d’extrait alcoolique et de teinture. La strychnine se donne en nature ou dissoute dans un véhicule quelconque. La brucine qui ne se recom-