‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 93 sur 242 · FÈVE DE SAINT-IGNACE · texte numérisé non relu

FÈVE DE SAINT-IGNACE

Fèvede saint-Ignace. Slryclinos sanctilgnatii. Ignatia amara. Plante de la famille des apocynées.

La fève de Saint-Ignace est la graine de l’Ignalia amara ; cés graines sont grosses comme des olives , arrondies el convexes d’un côté , anguleuses,et à trois ou quatre faces de l’autre, offrant à une extrémité la cicatrice d’un point d’attache. Leur substance intérieure est cornée, demi-transparente , plus ou moins brune et trèsdure , elles sont opaques à leur surface et comme recouvertes d’une effioressence grisâtre qui y adhère j elles ont une saveur très- amère et sont inodores. Ces graines sont entassées au nombre de 20 environ dans une enveloppe ligneuse et épaisse, qui constitue une baie uniloculaire du volume d’une grosse poire.

La Fève de Saint-Ignace est formée des mêmes principes que la Noix vomique , mais dans des proportions différentes ; elle contient trois fois autant de strychnine que cette dernière et beaucoup moins de brucine.

Aussi les propriétés toxiques et thérapeutiques de la fève de Saint- Ignace sont-elles identiques à celles delà Noix vomique, a la dose près , et par conséquent nous renverrons â ce que nous avons dit plus haut de la Noix vomique.

Par cela même que la Fève de Sainl-Ignace contient trois fois plus de strychnine que la Noix vomique , elle devra se donner à une dose deux ou trois fois moindre que celle-ci. ("Voir plus haut.)

RRUS-TOXICODENDRON.

Le Rhus-loxicodêndron est une espèce du geni c Rlius , de la famille des Térébinthacées. Les deux seules espèces employées en médecine, sont h Rhus-radicans el le Rhus-toxicodendron , qu ne sont qu’une variété l’im de l’autre, et qui on

RHUS-TOXICODENDIION.

dis propriétés identiques ; aussi eu que nous disons du Bhus-toxicodendron s’applique-t-il entièrement à l’autre.

Cet arbuste que l’on appelle aussi Sumac vénéneux, passe , comme l’indique cette épithète , pour être fort dangereux : le fait est que ses feuilles , ses tiges, le lait qui en découle au moment de la floraison , n’ont , au rapport de Fontana ( Traité tle la vipère ) aucune action malfaisante; et d’ailleurs des expériences pius récentes tentées de nos jours ont mis hors de doute les résultats auxquels était arrivé Fontana.

Ce dernier , auquel la science doit tant et de si curieuses expériences , constata sur lui-même qu’on ne peut loucher longtemps et souvent les feuilles de cet arbrisseau , sans qu’il se produise dans l’économie une modification telle qu’il survient au bout de peu de jours une affection vésiculeuse et comme érysipélateuse à la face , aux mains et surtout aux parties génitales. Vau-Mons ( Observ. sur les propriétés du Rhus-radicans, act. de la soc. de Mèd. de Bruxelles, t. 1 , p. 136) et Bulliead ( Plantes vénéneuses ) vont plus loin ; ils affirment qu’il suffit de rester exposé aux émanations de cette plante , sans y toucher d’ailleurs , pour éprouver des accidents analogues à ceux dont parle Fontana.

Ces émanations nulles , ou du moins sans effet pendant le jour, sont, au contraire , très-actives pendant la nuit , et les expériences de Yan-Mons ne laissent aucun doute à cet égard.

Nous avons vu tout à l’heure que les effets fâcheux du Rhus radicans ne se manifestaient ordinairement que peu de jours après qu’on y avait été exposé; les expériences que M. Lavini [Journal de Chimie médicale , juin 18:15) a tentées sur cet objet , confirment ce singulier mode d’inoculation. M. Lavini appliqua deux gouttes de suc de Rhus sur la première phalange de son doigt indicateur , il ne les laissa que deux minutes , et cependant , au bout d’une heure , elles avaient produildeux tachesnoires. Vingt-cinq jours après, se manifestèrent subitement les symptômes suivants : grande ardeur dans la bouche et dans le gosier; enflure rapidement croissante de la joue gauche, delà lèvre supérieure et des paupières. La nuit suivante, tuméfaction des avant-bras qui avaient acquis le double de leur volume naturel ; peau coriace, prurit insupportable, chaleur trèsforte, etc.

Celle action curieuse du Rlms-radicans sur l’économie , a engagé les hoinœopathes ù employer cette substance dans les maladies de la peau ;

mais déjà avant eux Dufresuoy de Valenciennes (. Ancien Jmrnalde Mèdec.. t. 80, p. 1 36), avait publié une brochure dans laquelle il préconisait les propriétés de cette plante employée contre les dartres et, plus tard , contre les paralysies. 11 donnait par jour de 10 grains à un gros d’extrait.

Depuis lors, on a trouvé de temps en temps des travaux sur celle substance dans les divers recueils périodiques ; et beaucoup de médecins recommandables ont confirmé les expériences de Dufresnoy.

Nous-mêmes avons souvent fait usage du Rhusradicans contre la paralysie; nous dirons tout à l’heure à quels résultats nous sommes arrivés mais les essais que nous avons faits contre les maladies de la peau sont encore si peu nombreux et si peu concluants, que nous nous dispenserons de les mentionner ici.

Quant aux paralysies, les seules que nous ayons vu traiter par M. Bretonneau , de Tours , et que nous ayons traitées nous-mêmes , ce sont celles des membres inférieurs qui succédaient à une commotion de la moelle, ou à une lésion de cet organe qui n’en avait pas détruit le tissu. Nous avons sur ce point, recueilli des faits assez nombreux pour que l’efficacité thérapeutique du Rhusradicans soit pour nous hors de doute.

Les doses auxquelles nous l’administrons sont de 5 grains le premier jour à l’heure du repas , et nous augmentons tous les jours de 5 grains jusqu’à ce que nous soyons arrivés à un gros dans la journée.

11 ne résulte de l’administration de ce remède aucun inconvénient appréciable. Les fonctions digestives ne sont pas troublées, et, au contraire, elles acquièrent plus d’activité. Nul phénomène nerveux ne se manifeste , si ce n’est quelquefois un spasme de la vessie, en vertu duquel les malades éprouvent un besoin fréquent d’uriner et une sorte de ténesme vésical. Cet inconvénient , si c'en est un , cesse sous l’influence de quelques lavements émollients et de quelques bains généraux.

ERGOT DE SEIGLE

On entend par ergot ou verge, une production d’un gris noirâtre, d’une longueur qui peut varier de 2 à 20 lignes , et qui a exactement la forme de l’ergot d’un coq. L’ergot se développe dans l’épi de la plupart des céréales , et plus particulièrement dans celui du seigle ,dans les années froides et humides. L’Ergot du seigle est le seul employé en médecine.

EXCITANTS 1)U SYSTEME MUSCULAIRE

II y a une différence immense vulve l’Ergot de seigle et le seigle ergote. On entend par seigle ergoté , du seigle contenant une quantité plus ou moins grande d’Ergots; et par Ergot de seigle , l’Ergot lui-même. Le seigle ergoté est constamment employé comme aliment. L’ Ergot de seigle est un poison et n’est employé que comme médicament.

C’est donc par un abus de langage bien ridicule que les ailleurs français , confondant ce qui doit être si distinct, donnent le nom de seigle ergoté à l’Ergot employé seul. Il est temps de réformer cette dénomination vicieuse que la plupart des savants des autres nations ont rejelée avec raison.

11 n’a jamais été fait- d’expériences autres que des expériences thérapeutiques sur l’action de V Ergot de seigle - mais de nombreux travaux existent sur l’action du seigle ergoté employé comme aliment, et nous devrons à cet égard entrer dans l’examen d’une question qui, tout récemment , a été soulevée par M. Dezeimeris , et qui n’est pas sans un grand intérêt.

Nous avons dit tout à l’heure que des populations entières se nourrissaient de seigle ergoté. C’est un fait irréfragable, et nous ne craignons pas de dire que, dans six ou sept départements de la France, les paysans n’ont pas d’autre nourriture. Dans les étés froids et humides , les épis de seigle contiennent une énorme quantilé d’Ergols, et lorsque le blé a été battu, les paysans, avant de le fairemoudre, n’enlèvent que les Ergots les plus gros et le reste va au moulin avec le bon grain. Le pain , pendant toute l’année , est fait alors avec du seigle ergoté, et c’est l’aliment qui entre pour la plus grande proportion dans la nourriture des habitants de la campagne.

Le symptôme le plus commun qui se manifeste chez ceux qui mangent du pain fait de seigle ergoté, c’est un enivrement auquel se complaisent ceux qui l’éprouvent. Cet enivrement , touL à fait semblable à celui que procurent les boissons alcooliques , s’accompagne de gaieté et n’est suivi d’aucun de ces symptômes de dégoût et de malaise qui surviennent après l’ingestion d’une grande quantité de liqueurs fermentées. Les paysans savent très-bien que les phénomènes qu’ils éprouvent sont dus au pain qu’ils mangent habituellement, et loin de s’en dégoûter, ils s’en font une habitude, comme les fumeurs et les mangeurs d’opium.

L’inébrialion dont nous venons de parler ne se manifeste que dans les années où le seigle est

fortement ergoté ; mais quand il ne contient que peu d’Ergots, on n’observe aucun accident notable, lors même que pendant longues années cet aliment fait tous les jours la base de la nourriture.

Maintenant faut-il attribuer au seigle ergoté les épidémies terribles décrites sous le nom d’ergotisme, d’ergot , de convulsio cerealis epidemica, eic., etc. , nous ne le croyons pas. Dance {Dictionnaire de Médecine , II0 édit., p. 522) a parfaitement fait ressortir la ressemblance de ces épidémies diverses avec celle qui a régné à Paris en 1828 et 1829, et qu’il a décrite sous le nom d’acrodynie. Or , de toute évidence , l’acrodynie ne tenait pas à l’usage du seigle ergoté, car la population de Paris n’ernploie jamais de seigle comme aliment. Que si, d’un autre côté , nous jetons un coup d'œil critique sur toutes les prétendues épidémies d’ergotisme , nous voyons que celles qui se développent en France ne se montrent pas les mêmes années 5 qu’ainsi, pendant que l’Artois en est infecté, la Sologne n’éprouve rien, el réciproquement ; or , les années très-humides en Sologne, le sont également dans l’Artois, et par conséquent la production de l’Ergot doit'y être la même. Il serait bien singulier alors que l’influence de la même cause ne déterminât pas alors les mêmes accidents épidémiques ; et si, une cause commune existant dans deux localités , mie maladie se développe dans l’une , qui ne se montre pas dans l’autre , il faut de toute nécessité recourir à une autre explication étiologique.

Nous ajouterons que pendant les années 1816 et 1817 , les plus humides certes qu’il y ait eu peut-être depuis un siècle , bien que les seigles aient été infectés d’ergot, on n’a pas entendu dire que dans la Sologne et dans beaucoup d’autres points de la France où l’on se nourrit de farine de seigle , il soit survenu une épidémie d’ergotisme.

De ce que nous venons de dire , en faudra-t-il conclure que l’on peut impunément se nourrir de seigle ergoté ? Loin de nous cette pensée. Des expériences directes , faites surtout par Tessier {Mémoires delà société roy. de Méd., t. Il, p. 587), ont démontré que l’Ergot élait un poison assez violent pour tous les animaux 5 et ce que nous avons dit de l’effet immédiat de cette substance prouve qu’elle agit sur l’encéphale de manière â en modifier puissamment les fonctions. Aussi remarque-l-on que les paysans qui, pendant longtemps , ont éprouvé l’enivrement causé par le pain de seigle ergoté , finissent par tomber

K RG UT 1)E SEIGLE.

dans un étal tout à fait analogue à l’abrulissement des ivrognes et des mangeurs d’opium. Un autre phénomène non moins remarquable, c’est le sphacèie qui s’empare quelquefois des mains , des pieds et même de tout un membre , sphacèie qui , suivant toutes les apparences , est causé par l'oblitération des vaisseaux artériels de la partie.

11 nous reste maintenant à parler des effets thérapeutiques de l’Ergot de seigle, effets si précieux et si récemment découverts.

Si nous remontons seulement jusqu’à Murray, le plus complet de tous les auteurs de matière médicale, nous ne voyons notées aucune des propr iétés médicales de l’Ergot de seigle. Ce n’est pas que des traditions populaires n’eussent appris à quelques empiriques les vertus obstétricales de cette substance ; mais la médecine n’a conquis que tout récemment un médicament qui désormais prend rang parmi les plus utiles que nous possédions.

De toutes les propriétés de l’Ergot de seigle, la plus importante et la plus incontestable est certes celle de solliciter des contractions utérines dans le cas d’inertie de la matrice. Elle était , avonsnous dit, connue de'quelques matrones et de quelques empiriques , mais le docteur Stearns est le premier qui ail éveillé sur ce point l’attention des médecins dans une lettre adressée au docteur Akerly et imprimé dans le magasin de médecine de New-York. Peu après , Oliver Prescoll écrivit dans le Medical and physical Journal (t. XXXII, p. 90), une monographie fort détaillée sur l’emploi de l’Ergot de seigle dans l’inertie de la matrice, la leucorrhée, les perles utérines. En France , à la même époque et même longtemps auparavant , Desgranges , de Lyon , instruit par des matrones , constatait par de nombreuses expériences les vertus obstétricales de ce médicament (Nouv. Journ. de Méd., t. I, p. 54). Peu après , M. Chaussierel Mad. La chapelle publièrent une série d’observations tellement contradictoires avec tout ce qu’on avait avancé des effets avantageux de l’Ergot de seigle dans l’inertie de ia matrice , que les meilleurs esprits furent tentés de révoquer en doute les résultats des expériences antérieures. De nouvelles recherches furent entreprises, et M. Goupil ( Journal des Progrès j l. 111, p. 160) et Villeneuve (Mémoire historique sur l’emploi du seigle ergoté) publièrent chacun un mémoire fort étendu , où , de l’analyse scrupuleuse des écrits des divers auteurs et de l’exposition de leurs expériences propres^ il

résultait confirmation pleine et entière des travaux de médecins des New-York.

Aussi , aujourd’hui , malgré l’entêtement routinier de quelques médecins qui dénient à Eigot des propriétés plus évidentes certainement que ne le sont celles du quinquina , on est convenu généralement de l’utilité de ce médicament employé dans les circonstances suivantes .

Inertie de la matrice dans l’accouchement, livrance tardive, caillots dans la matrice, hémoi rhagies utérines. Q liant à quelques autres pro priétés, nous les examinerons plus tard.

1 0 Inertie de la matrice dans V accouchement. Dans le résumé des travaux thérapeutiques entrepris sur le seigle ergoté, que M. Bayle a publié, il trouve que sur 1176 cas d’accouchemenL ralentis ou emoêchés par l’inertie de la ma-

trice, 1051 ont été plus ou moins promptement terminés après l’emploi du médicament; dans 111, l’Ergot a échoué ; dans 14 cas le succès a été modéré ( Bayle , Bibliothèque thérapeutique , t. III, p. 554) Les contractions utérines sollicitées par l’Ergot de seigle se manifestent avec une promptitude extraordinaire. Elles ne surviennent guère avant dix minutes ni après une demi-

heure.

Sur dix-huit cas , Prescott a vu ( Loco citato ) celte action se manifester 1 fois après S min.

7 fois après 10

3 fois après 11

5 fois après 15

4 fois après 20

La durée d’action du médicament varie d une demi-heure à une heure et demie environ. Prescoll ( Loc. cit. ) , d’après l’analyse de 59 cas , la fixe en moyenne à une heure à peu près. Cette action va s’affaiblissant au bout d’une demi-heure; mais elle reprend une intensité considérable si 1 on \ eut donner une nouvelle dose alors même que toutes les contractions utérines sollicitées par la première dose avaient cessé depuis quelque temps. L'extrême intensité de ces contractions ne saurait se concevoir quand on n’en a pas été témoin. Elles ne présentent plus ces intervalles de repos qui ont lieu dans l’état ordinaire ; mais elles se pressent et se succèdent avec une violence extraordinaire, au point que quelquefois, pendant une heure de suite , l’utérus se contracte incessamment.

Prescott , Stearns , Desgranges , Villeneuve , veulentque l’Ergot de seigle ne soit administré que lorsque le travail est toutù fait languissant, lorsque les douleurs se suspendent au moment où la tète

EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE

a franchi le détroit supérieur. Presque tous sont aussi d’accord sur ce point , que la dilatation du col utérin est une condition sine quâ non de l’emploi de ce médicament ; mais Desgranges ( Nouv. Journal, de Médec., 1. 1, p. 54, 1818) , llaslam ( The médico-chirurgical revieio. , ap., 1827) , et quelques autres , citent des faits desquels il résulte évidemment que l’Ergot a parfaitement réussi dans des cas où le col n’était pas dilaté. Mais dans celte circonstance, nous croyons que l’on doit, unedemi-heureou une heure avant d’administrer l’Ergot de seigle , faire sur le col de l’utérus des frictions avec l’extrait de stramoine ou de belladone.

2° Délivrance tardive. Quand l’arrière-faix tarde à sortir , et surtout que sa présence détermine des hémorrhagies; quand, en plaçant sa main su!' l’hypogastre , l’accoucheur ne sent pas l’utérus se contracter au-dessus des pubis , l’emploi de l’Ergot de seigle est encore indiqué et rend quelquefois des services que d’autres médicaments n’auraient pu rendre. C’est du moins ce qu’il est permis de conclure des faits trop peu nombreux sans doute , recueillis par Bordol , Davies , Balardini, Duchàleau , Morgan (Voyez la Bibliothèque thérapeutique de Bayle). Benion ( Arch . gèn. de Méd., t. XVIII, p.577), Maurage (ibid., t. XXII, p. 557).

5‘> Caillots dans la matrice. C’est de la même manière qu’agira l’Ergot de seigle , pour favoriser l’expulsion de caillots considérables qui s’accumulent quelquefois après l’accouchement chez les femmes dont l’utérus tarde à se contracter.

C’est ici le lieu d'examiner si l’administration de l’Ergot , dans le cas d’inertie de la matrice , est toujours exemple de dangers et pour la mère et pour l’enfant. Les antagonistes de ce médicament n’ont pas manqué d’invoquer à 1 appui de leur opinion quelques cas malheureux qui s’étaient offerts soit dans leur pratique , soit dans celle des partisans de l’Ergot. Mais ici il faut songer avant tout que le médicament n’est en général employé que dans les accouchements laborieux, dans ceux où la longue durée du travail a épuisé les forces de la mère eL fatigué le fœtus , dans des cas souvent où une conformation vicieuse soit du bassin , soit du produit de la conception , met obstacle à l’accouchement ; dans des cas enfin où l’état de maladie de la mère est la cause de l’affaiblissement de la contractilité utérine : est-il surprenant alors que dans des circonstances aussi défavorables on ail eu plus d’accidents à déplorer que dans les cas ordinaires. 11

nous paraît donc bien difficile de prononcer d’après les faits qui ont été indiqués. Toutefois , il semble raisonnable de croire que la précipitation du travail , que la pression permanente et violente de l’utérus contre le fœlus? et du fœtus qui réagit contre l’utérus , puisse n’èlre pas quelquefois sans préj udice pour la mère ou pour l’enfant. C’est au praticien déjuger si ces inconvénients sont de nature à contrebalancer ceux qui pourraient résulter de l’expectation ou de certaines manœuvres chirurgicales.

A notre avis , le plus grand danger est dans l’excessive violence des douleurs expultrices auxquelles donne lieu l’ingestion de l’Ergot. Les femmes contraintes à pousser sans cesse , font des efforts immenses , et les poumons et le cerveau restent dans un état de congestion qui peut être dangereux.

Aussi croirions-nous contr’indiquée l’administration de l’Ergot dans les convulsions puerpérales , dans le but d’accélérer l’accouchement , à moins que Ton ne jugeât que de faibles efforts doivent suffire pour l’expulsion du fœtus ; encore , dans ce cas , malgré l’autorité de Walerhouse , de Michell , de Roche , de Brinkle , de Godquin ( Voy . Bayle, Bibl.thér. Loc.cit.), conseillerions-nous de préférence l'emploi du forceps.

4° Hémorrhagies utérines. Nous diviserons les hémorrhagies utérines en mëlrorrhagiespuerpërales et en mètrorrliagies non puerpérales .

Il était naturel de penser que si , après l’accouchement, l’inertie de l’utérus, en laissant béants dans la cavité de la matrice les sinus utérins , était la cause de la métrorrhagie , l’Ergot de seigle dont l’action était si puissante , resserrerait les fibres de l’organe , rapprocherait les parois des vaisseaux , et favoriserait l’expulsion des caillots qui pouvaient être retenus dans le viscère. Le succès justifia cette prévision, et les faits rapportés par Mandeville , Balardini , Bordot , Goupil , etc., etc. ( Loc. cit. ) démontrent de la manière la plus évidente , l'heureuse et rapide influeuce de l’Ergot dans celle grave complication de l’enfantement. Maison n’élail pas également d’accord sur les propriétés de ce médicament dans le cas de métrorrhagie non puerpérale.

Prescolt (1) dit positivement que l’Ergot n’a d’action sur l’utérus que quand les fibres de cet organe sont dilatées ;

(1) Dissertation on the nalural hislory and medical cffccts of‘ sccale cornutum or ergot by Oliver Prescolt, Medical and physical journal.

KIIGOT DE SEIGIÆ.

Qui! l’utérus non imprégné ( unùnpregnated ) 1e sera point affecté par l’Ergot ;

Que l’Ergot ne Doit pas être employé dans une lémorrhagie dépendante d’une action artérielle ugmentée , attendu que dans ce cas le volume le l’utérus est près de son minimum.

Bien que ces assertions ne soient appuyées sur mcun fait , la plupart des auteurs qui ont calqué eurs travaux sur ceux de Prescolt , ont professé es mêmps opinions. Ou bien ils n’ont point parlé le l’emploi de l’Ergot dans les hémorrhagies oléines, indépendantes de l’accouchement, ou bien Is n’en ont fait mention que poqr le condamner. I. Mandeville (1) , à la suite d’une observation e inénorrhagie arrêtée par l’Ergot de seigle , it : « Pourrait-on attendre quelque avantage e son administration dans les ménorrhagies assives ? Je ne le crois pas , car dansce dernier as la cause de l'hémorrhagie paraît avoir son iége dans le système exhalant ; tandis que le eigle ergoté paraît porter son action seulement ur le système musculaire. »

M. Villeneuve (2) dit que « le seigle ergoté ne >araît avoir d’action prononcée sur l’utérus que orsque cet organe , contenant le produit de la :onception , est au moment de l’expulser. »

M. Goupil (3) rapporte que plusieurs auteurs , [u’il ne cite pas , ont dit avoir obtenu de bons ésultats dans la ménorrhagie, mais qu’ils n’ont »oint donné de faits détaillés, et que M. An- Irieux , après avoir , dans un cas de ce genre , :mployé tous les moyens usités , voulut essayer e seigle ergoté , dont il n’a obtenu aucun effet ivantageux.

Plusieurs écrivains cependant ont parlé de la propriété anti-ménorrhagique de l’Ergot. Chapman (4), dit avoir vu deux dysménorrhées dans 'esquelles le seigle ergoté apporta beaucoup de muiagement , puis il ajoute j « On en retire plus d’avantages dans l’hémorrhagie utérine : je rie l’ai jamais employé , mais on ne peut se refuser à croire qu’il soit utile. »

M. Peronnier (5) énonce la propriété anli-ménorrhagique de l’Ergot.

^1) Gazelle médicale, 1827 , p. 124.

(2) Mémoire historique sur l’emploi du seigle ergoté oour accélérer ou déterminer l’ accouchement ou la délivrance dans le cas d’ inertie de la matrice, par V. C. L. Villeneuve, p. 73.

(3) Journal des progrès , 1837, tomé 3, p. 183.

(4) Chapman. Eléments o/' therapeutics, tom. I > 482.

(5) Peronnier, Thèses de Montpellier , pour 1823.

On lit même dans un ouvrage latin du dixseptième siècle (G) que l’on s’est bien trouvé de l’administration de l’Ergot de seigle (clavus secalinus ) dans les ménorrhagies. ,

Mais jusque-là ce ne sont que de simples indi- ' cations.

Quelques auteurs récents ont été plus loin , ils ont cité des faits.

Cabini, Pignacca, Bazzoni , médecins italiens , dans des travaux insérés dans le journal d’Omodéï (7) , rapportent plusieurs observations de. ménorrhagies guéries par l’Ergot de seigle.

Mais outre qu’elles sont excessivement courtes et peu détaillées , ces observations se trouvent accolées à d’autres d’épistaxis , d’hémathémèse , de pneumorrhagie, de leucorrhée guéries de même par l’Ergot. Or, ce rapprochement était peu fait pour inspirer la confiance.

Il n’en est pas de même des expériences de Sparjani. Cet auteur avait, dans un excellent mémoire inséré dans le journal d’Omodéï (8) , rapporté sept cas Irês-détaillés de ménorrhagies guéries par l’Ergot de seigle.

Nous avons , en 1832, de concert avec M. Maisonneuve , publié , dans le bulletin de thérapeutique , le résultat de nos propres expériences , résultat qui , déjà si satisfaisant à cette époque , a été confirmé depuis par des faits plus nombreux.

Nos premières expériences ont été faites sur 22 femmes , et laissant de côté tout ce qui , dan. ces faits , n’intéresse que la pathologie , nous étudierons surtout ici ce qui a trait à la thérarapeutique. Nous examinerons l’action de l’Ergot de seigle , en passant en revue les phénomènes variés qu’il a déterminés dans les différents organes; puis nous essayerons d’établir quelques propositions générales relatives aux effets toxiques et médicamenteux , et au mode d’administration de cet agent thérapeutique.

Au premier rang se trouvent , tant pour leur importance que pour leur existence constante , ceux qui ont eu pour siège l’utérus. On peut les réduire à deux : la suppression de l’écoulement sanguin et les coliques.

1 ° Suppression de V écoulement sanguin.

Dans aucun cas, l’hémorrhagie ne s’est montrée rebelle à l’action de l’Ergot de seigle , quel qu’ait été du resle l’état de l’utérus. Nous ne

(d) Sylva Hcrcinia.

(7) Annali univcrsali di mcdicina , 1831.

(8) Ibid. 1830.

EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE

prétendons pas en tirer la conclusion que cette action soit infaillible , nos expériences eussent-elles élé dix fois plus nombreuses ; mais au moins nous nous croyons en droit de conclure que celle action est évidente , et ne saurait être révoquée en

doute. , . , ,

Si le résultat général a été identique , il n en a

pas été de même des résultats partiels. Dé nombreuses variations ont eu lieu , tant dans la rapidité que dans la succession , et même dans l’existence des effets produits par chacune des doses du médicament ; et , comme nous allons le voir , la cause de ces variations est extrêmement difficile à déterminer.

En considérant le mode d’action de l’Ergot dans l’inertie de la matrice , en se rappelant l’opinion de Prescottet de Villeneuve , que nous avons rapportée plus haut , on aurait pu croire que les effets thérapeutiques eussent été d’autant plus sensibles , que l’état de l’utérus se serait plus rapproché de ce qu’il est pendant la gestation ; qu’après un avortement , par exemple, ou bien chez

les femmes qui avaient eu plusieurs enfants, et

chez lesquelles par conséquent le tissu de la matrice conserve quelque chose de musculaire , les hémorrhagies eussent dû céder plus rapidement.

L’expérience n’a pas confirmé celte présomption. En effet, d’un côté , chez sept utérus vierges, nous avons vu l’écoulement sanguin s’arrêter au bout d’un quart-d’heure , et en six , sept, huit , douze, seize, vingt quatre heures ; d’un autre côté , chez les femmes qui venaient d’avorter, ou qui avaient eu des enfants, la suppression a eu lieu au bout d’un quart-d’heure , d’une demiheure, et en quatre, six, huit, seize, dix-huit, vingt, vingt-quatre, trente-six heures. Or , la proportion , loin d’être défavorable aux utérus non imprégnés {unimpregnated) , selon l’expression pittoresque de Prescolt, est plutôt à leur avantage. Mais la différence est trop minime, pour qu’on doive en tenir compte autrement que pour en conclure que la rapidité d’action de l’Ergot de seigle est toujours à peu près la même, soit qne les fibres de l’utérus aient été distendues par des grossesses antérieures , anciennes ou récentes , soit qu’elles n’aient jamais éprouvé de distension.

Bien plus, dans cinq cas où l’écoulement sanguin était symptomatique d’un cancer de la matrice , nous avons vu la perle s’arrêter en moins de trente-six heures. Ces faits sont remarquables ; nous y reviendrons , quand nous discuterons le mode d’action de l’Ergot de seigle sur

l’utérus. Mais déjà nous pouvons , en les rapprochant des faits que nous avons analysés plus haut, en tirer cette conclusion, que l’aptitude de l’utérus à recevoir l’influence de l’Ergot de seigle ne dépend pas d’une manière très-marquée de l’étal des fibres de cet organe.

Le temps depuis lequel existe la maladie ne paraît, pas non plus avoir beaucoup d’influence sur la rapidité de la guérison. Dans plusieurs circonstances nous avons vu l’hémorrhagie, durant depuis un mois ou six semaines, céder en six , sept heures , et même en un quart d’heure , tandis que dans des circonstances semblables , elle ne s’est arrêtée qu’au bout de vingt et trente-six heures. D’un autre côté , l’hémorrhagie durant depuis moins de quinze jours, s’est arrêtée tantôt ou bout d’un quart d’heure ou d’une demi-heure, tantôt seulement au bout de vingt ou vingt-quatre heures.

Nous pourrions faire les mêmes réflexions relativement à l’âge des malades.

Dans quelques cas , l’hémorrhagie , après avoir élé complètement suspendue, s’est reproduite, mais avec des caractères tout différents de ceux qu’elle présentait d’abord. Le plus souvent ce n’était pas un flux sanguin pur, mais bien un flux sérosanguinolent analogue à l’écoulement lochial , dont il a même quelquefois présenté l’odeur ; et d’ailleurs ce n’a jamais été une véritable métrorrhagie , mais seulement pn suintement de sang moins abondant que celui qui constitue les règles, Aucun état particulier de l’utérus , aucune circonstance relative , soit à la durée de la maladie, soit à l’âge ou au tempérament des malades, ne parait avoir exercé d’influence sur la production de ce léger accident ; le plus souvent il a reconnu pour cause quelque imprudence de la part des malades, quelque erreur dans le mode d’administration du médicament ou bien quelque circonstance fortuite. Nous avons remarqué encore , sans pouvoir l’expliquer , que , lorsque la récidive a eu lieu, elle s’est manifestée de préférence le matin , et surtout entre quatre et six heures.

Dans presque tous les cas, dès les premières prises d’Ergot de seigle, on a pu remarquer des modifications sensibles dans la nature ou l’abondance de la perte; plusieurs fois même, douze grains ont suffi pour la supprimer complètement. Cependant , dans quelques circonstances , nous avons administré trente-six et quarante - huit grains sans produire aucun effet appréciable , les phénomènes ne commençant à paraître qu’à la

ERGOT DE SEIGLE

lualrième . cinquième ou sixième dose , et même ne fois la perle a augmenté malgré l’ingeslion 'un gros entier d’Ergot de seigle. Ce fait , quoiue exceptionnel, est cependant important, en e qu’il prouve : 1° que le seigle ergoté ne doit as être considéré comme impuissant, par la eule raison que douze , vingt-quatre ou trenleix grains n’ont produit aucun effet; 2° que dans ■s cas urgents, il ne faut pas compter aveuglétient sur les effets d’une certaine dose de ce méicament , mais bien surveiller son action , afin ê redoubler promptement les doses, si les prelières sont restées inactives.

2° Coliques utérines. La suppression de l’héicrrliagie ne s’est , dans aucune circonstance , résentée comme effet unique , isolé de tout autre hénomène utérin : toujours nous l’avons vue récédée ou accompagnée de coliques plus ou îoins violentes. Ces coliques , constantes dans îur existence , paraissent essentiellement liées à i diminution de l’écoulement sanguin , et peuent même singulièrement servir à en éclairer le técanisme. Cependant, chose remarquable, si ’un côté nous n’avons jamais vu l’hémorrhagie ; supprimer , ni même se modifier sans coliques réalahies , d’autre part , ce n’est pas toujours près les coliques les plus violentes que se sont éclarées les modifications les plus sensibles dans écoulement sanguin. Cependant , en thèse géné- >le, des coliques intenses sont ordinairement s précurseurs d’une diminution ou d’une modication notable des pertes utérines. Cette coïndence pourrait même faire penser que le mode 'action de l’Ergot de seigle serait le même dans i guérison des ménorrhagies . et dans celle de inertie de la matrice , ou des métrorrhagies , ui.en sont la suite. Dans l’une comme dans l’au- •e circonstance , le médicament agirait en déxminant la contraction des fibres de l’utérus. ■n effet , nous voyons que dans l’expulsion du roduit de la conception , quelle que soit du reste époque de la grossesse , les coliques et les conractions utérines ont entre elles une relation :11e , que l’existence des unes indique infaillilement l’existence des autres. Dans le langage es accoucheurs , ces deux mots sont même reardés comme synonymes : or , pourquoi n’en trait-il pas ainsi dans le cas qui nous occupe?

11 est vrai qu’au premier coup d’œil il paraît ifficile de concevoir l’existence de contractions ans un tissu compact et serré comme celui d’un térus vierge, par exemple; mais nous ferons emarquer ; 1° que cet organe, quand il est le

siège même d’une simple congestion , se trouve dans un étal de dilatation remarquable ; 2" que cette dilatation doit être encore bien plus prononcée , quand celle congestion est portée au point de produire une ménorrhagie ; 3° enfin, (pie dans ces cas , ù la cause vitale (pour ainsi dire) de la dilatation , il se joint souvent une cause mécanique, telle que la rétention et l’accumulation du sang dans la cavité de l’utérus. Or, pour peu que cet organe soit dilaté, il devient facile d’y concevoir des contractions. Leur mécanisme serait le même que celui des contractions qui accompagnent un avortement après trois semaines ou un mois de grossesse. A cette époque , en effet , les changements qu’a subis le tissu de la matrice sont encore fort obscurs , et peuvent très-bien être comparés à ceux que présente cet organe après un mois ou six semaines de congestion active. Quelques faits cependant sembleraient se plier difficilement à celle explication ; nous voulons parler delà guérison des métrorrhagies carcinomateuses. Dans ces cas, peut-on dire que la cause de la suspension de l’hémorrhagie ait été la confraclion des fibres utérines , dont une partie était déjà comprise dans la dégénération cancéreuse. Si nous considérons d’une part que le col utérin est ordinairement seul envahi par le cancer , d’autre part que la plupart des artères , qui fournissent le sang à l’utérus, traversent les fibres du corps de cet organe avant d’arriver ù son col ; nous pourrons concevoir que la contraction des fibres restées saines a pu suspendre l’hémorrhagie. De celte manière , ces faits , en apparence exceptionnels , rentreraient dans la loi commune.

Mais les coliques utérines , considérées indépendamment de leur relation avec la suppression des hémorrhagies, présentent par elles-mêmes des particularités intéressantes. D’abord elles sont presque toujours le premier symptôme apparent de Faction de l’Ergot de seigle ; puis elles se renouvellent presque constamment après l’administration de chaque dose; enfin le temps qui sépare leur apparition de l’ingestion du médicament est toujours à peu près le même. Nos observations nous les montrent apparaissant toujours après dix minutes ou un quart-d’heure ; et en cela nous sommes parfaitement d’accord avec Prescolt que nous avons cité plus haut. Relativement à leur durée , elles ont offert beaucoup de variations. Ainsi, nous les avons vues tantôt continues persister une demi-heure , une heure , et même deux heures; tantôt véritablemen- inter-

EXCITANTS I)U SYSTÈME MUSCULAIRE

mittentes , ne durer alors chaque fois que quelques minutes.

Maintenant, si nous considérons d’une part combien est rapide la production de ces coliques, d’un autre côté de combien peu de temps est leur durée , nous aurons pour conclusion que l’Ergot de seigle n’a sur l’utérus qu’une influence forte , mais passagère. Tous les accoucheurs avaient déjà fait cette remarque ; ils avaient constaté qu’après trois ou quatre heures, l’action obstétricale de ce médicament se trouvait épuisée. Ce fait avait même été considéré comme un des plus concluants en faveur de l’innocuité de l’Ergot de seigle; en effet , comment attribuer des effets toxiques graves à un médicament dont l’action est si rapide , et par conséquent si facile à calculer? Nous verrons plus bas, en parlant des phénomènes cérébraux , que cette conclusion n’est pas rigoureuse ; mais ce fait nous fournira d’importantes considérations relatives au mode d’administration de l’Ergot de seigle dans la ménorrhagie.

Quant à la nature des coliques que nous avons étudiées , elles sont évidemment utérines. Toutes les femmes qui avaient eu des grossesses les ont comparées aux coliques qui précèdent l’accouchement; celles dont l’utérus était encore vierge, les ont assimilées aux coliques qui accompagnent une menstruation laborieuse. Une seule exception s’est présentée, et le cas est d’autant plus remarquable que tout porte à croire que, pendant ces coliques, il s’est fait un avortement. Mais , dans celle circonstance même , si les coliques n’ont pas présenté tous les caractères des douleurs utérines, elles ont été bien plus loin encore d’offrir ceux des coliques intestinales. Dans aucun, cas nous n’avons observé de diarrhée, de borborygmes , ni d’autres symptômes d’irritation du gros intestin.

/ Action de l’Ergot de seigle sur les organes autres que l’utérus. De tous les phénomènes résultant de l’action de l’Ergot de seigle sur les organes autres que l’utérus , les plus remarquables sont ceux fournis par l’appareil cérébrospinal : ce sont la dilatation des pupilles , la céphalalgie , les vertiges et l’assoupissement. Le plus ordinairement, ils ne se manifestent qu’après les phénomènes utérins , mais ils se prolongent beaucoup plus longtemps et prennent quelquefois plus d’intensité à chaque nouvelle dose. Ce nouveau fait nous fournira des considérations intéressantes relatives au mode d’action de l’Ergot de seigle sur l’organisme.

Dilatation des pupilles. C’est de tous les phénomènes cérébraux le plus constant ; il commence à se manifester douze ou vingt-quatre heures après le commencement de la médication, et se prolonge quelquefois plusieurs jours après sa cessation. Cette dilatation toutefois est beaucoup moindre qu’après l’emploi des solanées vireuses. Dans aucun cas, la vision n’a paru altérée.

La céphalalgie et les vertiges , plus irréguliers dans leur existence , varient beaucoup dans leur intensité ; les vertiges surtout sont quelquefois portés au point de simuler complètement l’ivresse. On les remarque plus fréquemment quand les coliques sont modérées que lorsqu’elles sont violentes ; toujours fis se prolongent plus longtemps que ces dernières, et se continuent insensiblement avec un autre phénomène l’assoupissement,.

Assoupissement. Le plus souvent nous avons vu ce phénomène se manifester après des coliques violentes, des vertiges intenses; ce qui pourrait faire croire d’abord que la fatigue produite dans ces circonstances a pu entrer pour quelque chose dans sa production. Sans nier complètement cette influence, nous remarquerons que ce phénomène a toujours été signalé comme un des plus constants dans les épidémies d’ergotisme décrites par les divers auteurs ; or , si l’on réfléchit que le? hommes chez lesquels il n’y a jamais eu aucune douleur abdominale, l’ont éprouvé aussi fréquemment que les femmes, on restera convaincu qu’il est le résultat d’une action spécifique de l’Ergot de seigle sur le cerveau.

L’Ergot de seigle détermine encore quelques phénomènes dont le siège paraîtrait d’abord exister dans quelque organe spécial , tel que l’estomac , l’organe cutané , les muscles des membres, mais qui, lorsqu’on les examine avec soin , semblent devoir être , en dernière analyse , rapportés au cerveau ; ce sont les nausées , les vomissesements , les démangeaisons , les engourdissements, la fatigue des membres. Ces divers phénomènes nous paraissent tenir à un trouble particulier de l’innervation bien plus qu’à une irritation locale de l’estomac ou de la peau. En effet, dans aucun des cas ou nous avons observé des nausées, des vomissements , nous n’avons trouvé de signes d’irritation d’estomac. La langue n’était aucunement rouge ni sèche, l’épigastre nullement douloureux ; aucun sentiment d'ardeur ou de pesanteur n’existail derrière le sternum,

ERGOT DE SEIGLE

il n’y avait pas de diarrhée ; l’appétit même n’était pas modifié. Ces vomissements ressemblaient parfaitement à ceux <pie l’on observe dans l’ivresse produite par les alcooliques , les médicaments stupéfiants , les plantes de la famille des solanées.

Nous en dirons autant des démangeaisons , des engourdissements des membres ; la peau ne présentait aucune élevure, aucune rougeur, rien qui pût faire croire à l’existence d’une inflammation; il n’y avait pas même de modification de la sécrétion cutanée.

Les autres organes ne paraissent pas avoir éprouvé d’influence appréciable. Dans uncas, nous avons observé une légère augmentation de la sécrétion urinaire; dans plusieurs autres , un ralentissement sensible de la circulation; mais on peut expliquer ces phénomènes sans admettre d’action spéciale de l’Ergot de seigle sur les reins ou le cœur. En effet , le premier peut bien n’êlre qu’une coïncidence fortuite, et le second peut dépendre de la suspension de l’hémorrhagie. Tout le momie sait que la circulation devient plus rapide dans les hémorrhagies , et que par conséquent elle se ralentit quand on les arrête.

De l’analyse rapide que nous venons de faire des phénomènes produits sur les différents organes sous l'influence de l’Ergot de seigle, il résulte que ce médicament possède deux actions fort remarquables : l’une rapide et passagère sur l’ulé- ' rus , l’autre lente et durable sur l’organe nerveux central. La première , tout à fait spéciale, >arait s’exercer surtout sur les fibres de l’utérus “il y déterminant des contractions; l’autre , au lontraire , analogue sous beaucoup de rapports i celle des médicaments narcotiques , s’exerce tir le cerveau , en y déterminant une sorte de lupéfaclion semblable à l’ivresse.

Maintenant , si nous comparons ces deux sé- •ies de phénomènes sous le point de vue de la •apidiié de leur production , nous en tirerons me conséquence importante pour le mode d’adninistratiou du seigle ergoté; c’esl que , lorsque ’on veut produire une contraction longtemps ontinuée des fibres de l'utérus , il faut fraclioner les doses et les donner à de courts intervalles, te celle manière on peut soutenir pendant longemps l’action médicatrice, sans cependant douer des quantités énormes d’Ergot de seigle , et ms déterminer de symptômes cérébraux trop denses. C’est de celle manière qu’il faut agir ans les ménonhagies. En effet, dans ces cas ’ e tissu de la matrice , dense et serré , n’est sus-

ceptible que de contractions lentes et graduelles ; or, si au lieu d’un agent approprié à cette disposition, l’on emploie un moyen énergique , mais dont l’action s’évanouit rapidement, tel qu’une forte dose d’Ergot de seigle , il est évident que l’on manque son but. Nous avons cru remarquer que le mode d’administration le plus convenable était d’abord de donner un gros d’Ergot de seigle en six doses , à prendre de quatre en quatre heures; de cette manière , les doses sont encore assez fortes , et n'agissent pas à des intervalles très-éloignés. On continue le médicament pendant quaire ou cinq jours, en diminuant et en éloignant graduellement les doses. En continuant ainsi la médication, la guérison est plus assurée.

De tout ce qui précède nous croyons devoir conclure :

Que l’Ergot de seigle exerce sur l’utérus une action puissante, mais passagère;

Que cette action porte principalement sur les fibres de cet organe , et y détermine des contractions ;

Que ces contractions , constamment accompagnées de douleurs , amènent rapidement la suspension des mélron hagies , quelle qu’en soit la

cause ;

Que l’état de l’utérus n’influe en rien sur leur production ;

Qu’on les observe même quand une partie des fibres du col de cet organe se trouvent envahies par le cancer ;

Que l’Ergot de seigle agit sur l’organe nerveux central ù la manière des stupéfiants ;

Que les phénomènes qui en résultent sont lents, mais assez durables ;

Que jamais ils ne présentent aucune gravité, quand on se borne à combattre la inélrorrhagie ;

Qu’on peut , sans inconvénient , porter la dose de l’Ergot de seigle à plusieurs gros dans quatre

ou cinq jours ;

Que , lorsqu’on veut combattre une mélrorrhagie, il est bon de fractionner les doses et de les donner à des intervalles égaux ;

Enfin, qu’il ne faut pas craindre de débuter par une dose un peu forte , un gros , par exemple, eu vingt-quatre heures.

Congestions utérines. Si l’on voyait l’utérus se contracter peu aprèsl’accouchement sous l’iiilluence de l’Ergot de seigle, s’il était raisonnable de penser «pie , dans l’état de vacuité , la cessation des méliorrhagies s’opérait par le même mécanisme , il devenait moins singulier d'essayer

EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE

avec Spajrani de combattre par 1rs mêmes moyens les congestions utérines qui sont le plus souvent le début des phlegmasies chroniques de la matrice. Ce praticien essaya en effet le seigle ergote dans quatre cas bien évidents de congestion utérine et même de métrile commençante; les trois premières malades qu’il traita , dont l'affection avait résisté aux remèdes ordinairement employés, furent guéries immédiatement; la quatrième ne fut que soulagée par l’Ergot de seigle { Annal i universali di Medicina da Omodeï, marzo 1830).

Hémorrhagies diverses. Le succès presque constant de la poudre d'Ergol dans le traitement de la mélrorrhagie , fît croire à Spajrani que les autres hémorrhagies obéiraient à la même médication. Ce médecin essaya donc ce remède dans l’épistaxis , l’hémoptysie, l’héma'émèse, l’hématurie , etc.; Pignacca et Cahini ( Loc . cit. ) répétèrent ses expériences. Les faits d’épistaxis qu’ils ont rapportés sont au nombre de 4; deux appartiennent à Spajrani , deux à Cabini. De ces 4 faits, deux seulement semblent assez concluants. Nous avons analysé huit faits d’hémoptysie qu’ils ont également indiqués , cinq ont été recueillis par Spajrani, deux par Pignacca, un par Cahini. 11 n’y en a qu’un qui nousail paru véritablement concluanl. Enfin un fait d’hématémèse a été cité par Cabini, et un fait d’hématurie par Spajrani, qui l’un et l’antre ne nous ont semblé avoir aucune valeur, flous dil ons maintenant qu’ayant essayé nous-mêmes l'Ergot de seigle pour arrêter des hémorrhagies aulies que celles de la matrice, nous n’avons pas obtenu de succès, ou, si nous en avons obtenu, nous n’avons pu l’attribuer au médicament. 11 est en effet bien difficile de juger l’influence d’une médication sur une hémorrhagie, accident essentiellement temporaire, et si variable, qu il n est, en général , permis à personne d’en calculer la durée.

Leucorrhée • Bazzoni ( Loco citatd) rapporte trois observations de leucorrhées rebelles , qui ont cédé avec une telle rapidité à I emploi de I Ergot de seigle , qu'il est impossible de ne pas reconnaître l'influence heureuse de ce médicament. Mais la leucorrhée lient à tant de causes di%erses, elle est si souvent sous la dépendance d une excoriation du museau de tanche ou de toute autre phlegmasie soit du col , soit du vagin , qu’il est impossible de croire qu’on puisse guérir de la même manière et ces lésions externes et les congestions utérines qui sont la cause des fleurs blanches.

Lorsque l’utérus est distendu par un polype ou par une môle, l’action de l’Ergot de seigle peut encore être utile pour en hâter l’expulsion ; plusieurs faits rapportés parDavies, par Maegill, par Hagerslown^ Bayle , Loc. cit., p. 547) sembleraient donner quelque autorité à celle médication.

Comment agit l’Ergot de seigle? est-ce en modifiant le système nerveux qui lui-même réagit sur certains ordres de muscles ; c’est ce qui parait fort probable. Pénétré de celte idée , M. Barbier, d’Amiens, crut devoir administrer ce médicament dans les cas où les préparations de noix vomique réussissent si bien . c’est-à-dire , dans les paraplégies. Il traita donc par l'Ergot deux malades atteints de paraplégies et il en guérit un; tous les deux éprouvèrent dans les jambes et dans les cuisses des secousses analogues à celles que déterminent les strychnos.

Mode d’administration et doses.

Autant que possible , l’Ergot ne doit pas avoir été récolté depuis plus d’un an ; il doit être pulvérisé au moment même où le médecin va l’administrer. On le donne en poudre à la dose de 6 à 12 grains , 4 à 8 fois par 24 heures. En infusion à la dose d’un gros pour une livre d’eau bouillante, à prendre par tasse de 2 ou de 4 en 4 heures. En décoction a la même dose et de la même manière. Quand on veut employer l’Ergot pour infusions ou pour décoctions , on le fait seulement concasser.

L'Ergot peut être administré sans dangeT deux, quatre et même quinze jours de suite; et il ne faut pas s’effrayer des précautions puériles que quelques auteurs ont recommandées pour l'emploi de ce remède.

DE L’ÉLECTRICITÉ

Découverte à peine depuis deux siècles, 1 Électricité resta pendant longtemps dans le domaine des physiciens ; mais au milieu du siècle dernier , en 1740 , Jalabert , médecin de Genève ( Expériences sur l’électricité, Paris, 1740 ) l’introduisit dans la thérapeutique médicale. Ses essais furent répétés un peu plus lard par Lindhulf , médecin suédois et par le cé èbre Deliaen. Le peu d’avantage qu'on en retira fit négliger ce moyen ; mais vers 1778 , la Société royale de médecine ayant nommé dans son sein uue commission pour examiner avec soiu la

ELECTRICITE

question de l’Élecfricilé , i! se fil sur celle matière une mullilude d'expériences , el il se publia une infinité d’écrils, dans lesquels on trouve plus d’enthousiasme ou de prévention qu’il ne devrait y en avoir dans les questions scientifiques.

Il tant toutefois juger avec moins de sévérité les travaux de Mauduyl qui fui chargé par la Société royale de médecine de la direction du traitement par IÉ ectricité. Il faut encore mentionner honorablement le mémoire publié en 1782 , dans le journal de médecine de Vanderrnoiule , par M. Duhoueix deC!is<on en Bretagne ('orne 58). Mais le plus beau travail qui ail été fait sur la matière est certes celui que Poma el Arnaud de Nancy publièrent, en 1787 , dans le même journal ( tomes 72 et 73 ). Comme ce mémoire fixe véritablement l étal de la science à cette époque relativement à l’application de l’Électricité médicale , nous l’analyserons avec détail pour bien faire voir à nos lecteurs h* point d’où >ont partis les auteurs qui, de nos jours, se soûl occupés du même sujet.

Les ma’adns contre lesquelles Poma el Arnaud ont employé IÉ ectricité sont les rhumatismes , les paralysies, la surdité, les sorophules. la chlorose, le rachilis , l’ankylose el la goutte-sereine. Lsurs observations sont nombreuses el très-bien rfélailires, mais malheureusement elles ont été Faites à une époque où manquaient les éléments lu diagnostic anatomique, imporlant surtout juand il s’agit de juger de la nature d’une affeeion nerveuse.

Leurs malades furent aussi soumis à divers i raitements en même temps que l’ÉlecIricilé fut I mp oyée , mais on doit dire que celle dernière n-dicalion ne fut employée, eu quelque sorte , ,‘u’en désespoir de cause , de manière qu’il ne seait pu logique d’imputer aux moyens employés intérieurement les bons effets observés seulement iprès qu’on eut commencé l’usage de l'Électricité.

Rhumatismes. Ils ont traité 21 rhumatismes.

*n lîcuéral , les malades subissaient une et assez ouvenl deux séances électriques par jour. L‘Éectrlcité leur fut administrée sous forme de bains ni duraient depuis un quart d’heure jusqu’à une eure et même une heure un quart , sous forme e frictions; on (irait également des étincelles des arlies malades , et ou excilait des commotions lus ou moins énergiques, suivant la suscepliiiité decliarnrr.

Des 21 malades dont l’histoire est rapportée furent guéris , 1 1 furent plus ou moins soula-

gés , 1 éprouva une amélioration qui ne persista pas , 5 n’obtinrent aucun amendement.

Et il ne faut pas croire que les malades guéris n’eussent que des affections légères el qui se seraient probablement dissipées spontanément. Une femme, entre autres , âgée de 45 ans , était affectée , depuis 4 ans , de douleurs rhumatismales , dans les articulations carpiennes j il en était résulté une rétraction permanente de la main sur I avant bras. Sou traitement dura trois mois, pendant lesquels elle subit 50 séances électriques- Un homme de 40 ans était sujet depuis 20 ans à des douleurs rhumatismales , et, depuis 4 ans , il éprouvait une rétraction invincible de la cuisse sur la fesse. Son traitement dura quatre mois ,

pendant lesquels il se soumit à 114 séances électriques.

Les effets généraux du traitement furent trèsremarquables. Deux des 21 malades éprouvèrent une très-notable accélération du pouls. Huit eurent des sueurs plus ou moins abondantes; il n’y eut rien de fixe , quant à l’époque où se manifesta celte sécrétion. Chez quelques-uns elles se montrèrent dès la première séance , chez d’antres edes ne parurent qu’après la huitième. Chez la plupart , ces sueurs persistaient pendant tout le traitement , et elles étaient générales , mais deux malades ne les éprouvèrent que sur les parties affectées.

Cinq malades eurent une augmentation manifeste de la sécrétion urinaire.

Un autre éprouva une salivation assez abondante.

* <|uk, cuez plusieurs ma-

lades , l’amélioration était précédée d’une assez grande augmentation dans les douleurs. Cette exacerbation s’est quelquefois montrée à plusieurs reprises pendant le cours du traitement , qui n’en élait pas moins continué sans plus d’inconvénient. Pourtant , si Es douleurs éiaient par trop vives, on cessait les séances pendant plusieurs jours pour les reprendre ensuite.

Quant à l’issue probable de la médication sur un malade donné , Poma el Arnaud pensent qu’il est impossible de la pressentir, puisqu’ils ont guéri certains rhumatismes les plus chroniques el les plus graves avec quelque faciLlé . et que pur contre , ils ont échoué complètement dans le traitement de rhumatismes qui n’avaient rien de

grave et qui ne duraient pas depuis fort longtemps. ü

Paralysies. Douze malade) paralytique, ont étt sourai# par Poin» et Arnaud au m«,uo trait»-

EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE

ment électrique. De ces douze, cinq ont été fîuélis ou à peu près , un a éprouvé uneamèlioration qui n’a pas persisté, quatre n’ont rien obtenu, deux sont tombés , après le traitement , dans un état pire qu’auparavanl.

Les phénomènes généraux développés sous l’influence de la médication , ont été plus constants que chez les rhumatisants; ainsi les sueurs ont été observées chez tous les malades qui ont éprouvé de l’amélioration et chez presque lous les autres.

Le nombre d’électrisations nécessaire pour obtenir la guérison a paru se trouver en rapport assez exact avec la durée de la paralysie ; ainsi , pour ne parler que des malades qui éprouvèrent des effets salutaires, une petite fille de Sans, paralytique depuis deux ans , fut guérie après 55 électrisations ; ce furent 26 séances pour un an de maladie. Un jeune garçon de 11 ans, paralysé depuis trois ans , eut besoin de 57 séances , c’est à dire , 19 séances par année de maladie.

Un homme de 41 ans, hémiplégique depuis trois ans et demi, eut besoin de SOséances : 25 séances pour un an de paralysie.

Enfin , un homme de 26 ans , complètement hémiplégique depuis deux ans et demi , avec insensibilité totale du côté paralysé (il ne sentait pas même un fer rouge ), fut parfaitement guéri, après avoir été soumis 61 fois à l’action du fluide élec'rique : 24 fois pour un an de durée de la maladie.

D’où il faut conclure que, toutes choses étant égales d’ailleurs, il faut d’autant plus de séances électriques que la paralysie date de plus loin.

Il est à regretter qu’à l’époque où vivaient les auteurs de cet excellent travail , la connaissance des maladies du cerveau et de la moelle ne fût que peu avancée. Tout ce qu’on peut savoir, c’est que chez certains malades la motilité avait été abolie à la suite de convulsions ; chez d’autres , elle était survenue subitement et sans causes appréciables.

Remarquons , avant de terminer celle analyse, que , le plus souvent , la guérison était précédée de douleurs , d’élancements ou de fourmillements dans les membres affectés; quelquefois aussi le côté malade devenait le siège unique de sueurs assez copieuses.

Scrophules. Poma et Arnaud voulurent aussi constater l’action de l’électricité sur la curation des tumeurs scrophuleuses. Sur six jeunes filles qu’ils traitèrent , une seule fut guérie, de sorte qu’on ne peut dire si ce fut par le traitement ou seulement pendant le traitement.

Ces faits précieux et quelques autres observés par quelques praticiens honnêtes et entre autres par Hallé (Dictionnaire des sciences médicales , art. Électricité) , ne permettent pas de douter que cet agent thérapeutique ne puisse rendre de très-importants services, principalement dans le traitement du rhumatisme et des paralysies.

Vers 1787, époque à laquelle fut publié le travail de Poma et Arnaud , la valeur pratique de l’Électricité étaitassez bien connue; mais on s’éloigna de l’observation ; des faits on passa à la théorie, et bientôt furent bâtis des systèmes tellement absurdes que les physiciens en firent avpc raison l’objet de leurs railleries, et le juste discrédit jeté sur les explications des médecins rejaillit sur un moyen utile.

Mais, de nos jours , un homme grave , M. Sarlandière , qui savait assez de physique pour juger l’absurdité des théories fondées jusqu’à ce jour, et assez de médecine pour apprécier les heureux effets de l’Électricité , résolut de consacrer sa vie à l’étude de cette branche de la thérapeutique , et il acquit sur l’Électricité et sur divers moyens thérapeutiques dont nous parlerons dans les articles qui vont suivre , une expérience bien précieuse , qui a fixé désormais les idées des médecins sur la valeur de ce moyen thérapeutique.

Nous emprunterons donc à M. Sarlandière une grande partie de ce qu’il a publié en mars 1856 , dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales, et nous ne reviendrons plus ici sur les résultats semblables déjà constatés par ceux qui , avant lui, avaient appliqué l’Électricité à la curation des maladies.

Théorie.

« Pour expliquer lous les phénomènes appréciables de l’Électricité ,on a eu recours à une théorie très-compliquée : on a supposé l’existence d’un fluide naturel à l’étal latent et qui ne manifestait sa présence qu’à l’étal décomposé. On a admis que ce fluide était répandu universellement, et qu’on pouvait le soutirer des corps ou l’y introduire en excès. La science mieux étudiée a prouvé que les excès d’Éleclricilé ne s’introduisaient pas dans l’intérieur des corps, mais revêtaient l’extérieur de ces corps quand ils étaient ce qu’on a nommé conducteurs, et que cet excès y était maintenu par des corps environnants, non conducteurs,qu’on a aussi appelés isolants. On ne soutire pas non plus l’Électricité de l’intérieur des corps, mais on relire l’excès de la surface où le llu id

ÉLECTRICITÉ

s’était accumulé, en présentant à proximité un excès de fluide contraire, pour effectuer le départ du fluide en excès, et opérer ce qu’on appelle la déchargé électrique. »

- Quelques physiciens modernes, d’après celte observation de la non introduction d’un fluide électrique, dans les corps et de son maintien aux surfaces , ont pensé que l'Électricité n’élhit pas répandue dans les molécules , mais occupait les interstices moléculaires. »

« Cette doctrine hypothétique d’introduction et de soustraction du fluide électrique, par rapport aux corps , jointe à celle autre hypothèse que l’Électricité est la même chose que le fluide nerveux ou le principe vital, ont fait divaguer à perle de vue les soi-disant physiologistes, qui ont prétendu que toutes les maladies dépendaient de l’Électricité en trop ou en défaut, dans les corps vivants ; que toutes les affections sthéniques ou asthéniques devaient tout naturellement être traitées par l Éleclricité positive et la négative ; que l’Électricité positive infusait des forces vitales et remédiait à toutes les faiblesses corporelles ; tandis que l'Électricité négative détruisait les inflammations, les convulsions, les douleurs et toutes les irritations... »

« L’Électricité n’ayant jamais donné ni plus d’esprit, ni plus d’âme, ni plus ni moins de sentiment aux individus qui ont été soumis à son influence ; mais l’Électricité ayant guéri des paralysiei , ayant remédié à des faiblesses dans le mouvement, ayant fait disparaître l’insensibilité, dissipé des engorgements chroniques, facilité des sécrétions et des fonctions soumises à des mouvements (louies choses bien reconnues) , et les cimes électriques faisant ressentir de la douleur, opérant des contractions involontaires et malgré la volonté, il est clair que cet agent modifie ou influence les nerfs du mouvement et de la sensibilité , et qu’il n’a aucun effet sur les opérations de l’esprit , sur aucune des manifestations de l’âme , autre que la sensibilité et la contractilité, c’est-à-dire sur des propriétés de tissu. *

« Dans l'application de l’Électricité à la médecine , il ne peut être question d'introduction de fluide, pour, soi-disant, augmenter les forces vitales , non plus que de saturer d’Éleclricilé l'intérieur ou la surface du corps. Ce qu’on a donc dit de l’Électricité par bain , ne peut avoir d’effet sensible , et c’est perdre son temps que de vouloir traiter aucune affection de celte manière. Il faut des chocs; eux seuls ont de l’effet sur la sensibilité et la contractilité ; et c’est dans leur plus

ou moins de force, leur plus ou moins fréquente répétition , et dans la direction qu’on leur imprime , et au lieu sur lequel on opère , que consiste la méthode curative des affections susceptibles d’être traitées par l’Électricité. *

Application.

« On s’est beaucoup exagéré le danger des commotions électriques; l’idée que la foudre n’est qu’une décharge électrique, celle de batteries capables de tuer un bœuf , celle d’appareils galvaniques qui mettent en fusion le diamant et rougissent instantanément un barreau de fer , portent l’effroi dans l’imagination. Et cette terreur semble dominer quelques médecins , quand on propose d’électriser des personnes d’une complexion délicate , ou facilement irritables ; ils ne réfléchissent pas que les appareils qui produisent la foudre , qui tuent un bœuf, fondent un diamant et brûlent le fer, sont d'une si gigantesque proportion , que nos appareils à traitement n’en sont en quelque sorte que le- simulacre ou l’échantillon. El puis ce choc électrique , quelque petit qu’il soit, a quelque chose de si inattendu, de si saisissant et de si subit , qu’il inspire malgré soi de la crainte et de la terreur; mais en réalité, il produit bien moins de désordre qu’on ne se l’imagine ; et les individus les plus impressionnables s’y fout facilement, après quelques jdurs tfkisage. Les seuls cas que je connaisse où les commotions électriques seraient dans toute acception nuisibles, scyjt ceux d’inflammation avec fièvre; hors cette exception, jamais il ne peut y avoir d’inconvénient. Je ne prétends pas dire que dans tous les autres cas les commotions électriques soient avantageuses , je dirais une absurdité ; mais je dis qu’elles ne peuvent avoir de résultats nuisibles , à moins d’être excessives.

J’ai vu des convulsions et des douleurs nerveuses très-intenses guéries par des commotions électriques et des secousses galvaniques ; et toutes les névralgies qui se guérissent ainsi ne permettent pas de considérer ces agents physiques comme de simples excitants ou irritants, qui n’ont d’autre effet que d’augmenter la vitalité. Il faut bien admettre là une action modificatrice, où, si l’on veut , une purlurbation. Tous ces nerfs , dont le mode de vitalité est devenu vicieux , en occasionnant la convulsion ou la douleur , ne se trouvent-ils pas en quelque sorte heurtés et secoues dans leur manière d’être anormale , par des

iSO EXCITANTS I>U SYSTÈME MUSCULAIRE,

chocs réitérés qu'on leur imprime , et forcés de

revenir à leur état fonctionnel habituel eu vertu de celle loi : que toute organe a ses fonctions et sa destination , desquelles il ne peut sortir que par le désordre ; et lorsqu’on a détruit les causes de ce désordre, tout reprend la marche primitive et voulue par sa destination. C’esl là, je crois , le secret de toute thérapeutique, et ce qui donne l’explication de remèdes qui paraissent contradictoires concourant au même but. Touie la médecine n’est peut-être qu'une perturbation ! combattez le mode d'être vicieux d’un organe , de manière à ne le pas ji-ter dans un autre mode d’être vicieux , mais seulement en détruisant le mal : les organes déviés de leur harmonie fonctionnelle y reviennent par la force même de leur destination , et tout rentre dans cet équilibre de santé qui est selon la nature. Je ne considère donc pas ^Électricité comme un irritant des nerfs , mais comme un modificateur qui , agissant puissamment et directement sur les cordons nerveux, demande seulement à être bien employé. »

« De toutes les maladies, celles qui peuvent obtenir un plus grand secours de l’administration de l 'Électricité sont les déviations de l’état normal par défaut. Les paralysies et les faiblesses dans le mouvement, ainsi que l’obtusion dans la sensibilité , doivent tenir le premier rang; viennent ensuite les aberrations sans exaltation, puis les aberrations avec exaltation. »

«Les paralysies se divisent en celles du mouvement et celles de la sensibilité.»

« Celles du mouvement offrent des nuances et des variétés très-nombreuses. »

«Lorsque la lésion ne regarde que des filets ou cordons nerveux, l’action n’est abolie ou enrayée que dans une partie du corps correspondante à la distribution de ces rameaux ; ainsi, un ou plusieurs doigts , une main , un pied , une jambe ou un avant-bras , ou tout un membre , peuvent perdre leur mouvement parla lésion locale des nerfs. Le diagnostic étant bien établi, c’c-st sur les portions de nerfs lésées qu’il faut exclusivement diriger les chocs électriques. »

« S’il y a paraplégie , il est probable que la lésion ne se borne pas aux cordons nerveux , mais que la portion lombaire de la moelle spinale est affectée. »

« S’il y a hémiplégie , il est à présumer que la lésion occupe toute la moiti'é de la moelle épinière du côté paralysé. Dans ce cas, il faut électriser le long de la colonne vertébrale, a sur toute la moitié du corps paralysée. *

« 11 peut y avoir perle de forces musculaires , ou perle de volonté pour effectuer le mouvement; ainsi les jambes peuvent être dans l’unpo sibilité de soutenir la masse du corps, ni opérer de mouvement dans la station , tandis qu’elles agissent très-bien dans l’aliitude assise ou couchée. Dans ce cas, la lésion occupe la moelle spinale, le cerveau est intact; mais dans le cas où il n’y a ni volonté, ni possibilité d’action dans aucune situation , et que le membre est comme une masse morte, il y a lésion spinale et cérébrale en même temps ; le cas est grave. Mais si la lésion est récente , la cure peut encore se tenter ; l’Électricité doit être dirigée sur la moelle et le cerveau ; mais il faut y joindre d’autres moyens. »

« Il y a des faiblesses musculaires partielles ou étendues à différents degrés , et qui , si elles ne sont pas liées à une inflammation viscérale, dépendent de lésions plus ou moins profondes des cordons nerveux , de la moelle spinale , ou même du cerveau. Tous ces cas ayant été soigneusement diagnostiqués , peuvent retirer de grands avantages de l’administration de l’Électricité. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans les détails qui concernent ce diagnosiic, quoiqu’il soil la boussole du traitement. H y a des cas d’aberration du mouvement qui ont été classés parmi les paralysies : ce sont ceux où il y a perle de V équilibration , et perte de précision dans les mouvements volontaires. Ces cas, qui dépendent de l’inégalité de forces répandues dans les muscles antagonistes , ou de la lésion du centre cérébral d'équilibration , doivent aussi être bien diagnostiqués , et ne se guérissent pas par l’électricité seule. »

« Les pertes d’action des sphincters de la vessie et du rectum, celles du col de la matrice dans l'accouchement, dépendent presque toujours delà lésion de la queue de cheval ( cauda spinalis), et peuvent être traitée par l'Électricité, sur la région lombo-sacrée ; mais il est rare , qu’il ne faille pas y joindre le galvanisme. »

« Les lésions musculaires gastro-intestinales sont rarement modifiées par l’Électricité; le galvanisme revendique ici entièrement les lésions par défaut de ces organes. »

» Les plans musenh ux du cœur sont absolument hors du domaine de l’action des agents physiques; mais les tissus glanduleux peuvent jusqu’à un certain point êtie modifiés par eux. Ainsi l’appareil ganglionnaire, qui semble être soustrait à l’action de l’Électricité comme du pal-

ÉLECTRICITÉ. 2ÜÎ

vanisme(l) , ne l’est pourtant pas dans ses expansions iutra-glandu aires «t sécrétoires ; ear on guérit très-bien des engorgements glandulaires, scrofuleux ou autres, à Paule de l’É ceti ici té , et encore mieux à l’aide de l’électropuuclure. »

« Quant aux affections convulsives, il y a ici désordre de mouvements sans affaiblissement d’action nerveuse, qui semble au contraire augmentée. Tous les cas de convulsions sont bien moins du domaine de l’Électricité que de celui du galvanisme et des compressions , en y joignant la puissance médicatrice spéciale appropriée , le repos , eic. »

« Les paralysies de la sensibilité demandent l’emploi de l'Électricité , dirigée spécialement sur la peau par une succession rapide de petits chocs , produisant l’effet de frictions. »

« Lorsque les paralysies sont partielles , les lésions n'affectent ordinairement que les nerfs culanés; lorsqu’elles sont étendues ou générales , elles peuvent occuper la face postérieure de la moelle spinale, quelquefois même le cerveau; mais il est rare que dans ce dernier cas il n’y ait pas concurremment perle du mouvement. Celle perle de la sensibilité peut non-seulement affecter la finesse du tact , mais rendre insensible même au froid , à la chaleur, à la brûlure , aux dilacérations j d’autres fois il y a plutôt aberration que perle essentielle de sensibilité ; on ressent dans ces cas un engourdissement ou un fourmillement , à travers lesquels le tact cependant est assez bien conservé. »

« Dans lotis ces cas, l’Électricité dirigée en très, petites étincelles , se succédant rapidement sur la peau, peut rétablir très bien l’habitude normale. » « Mais il est une autre série de phénomènes tenant à l’exaltation de la sensibilité ; ce sont les douleurs de toute espèce. »

• Celles qui sont le résultat de l’inflammation ne peuvent être guéries par l’Élei tricilé. Il en est de même pour celles qui dépendent d’une plaie, d’un ulcère, d’une carie, d'une tumeur sur le li ajel d’un nerf ou dans le nerf même ; ces cas appartiennent à la chirurgie. »

«• Les fortes douleurs musculaires enchaînent nécessairement l’action ou le jeu des muscles , et font croire à la paralysie du mouvement de ceux qui ne tiennent pas compte de celte immo-

(1) Je dirai autre part que le galvanisme est tout différent de I électricité , sous le rapport thérapeutique,

bilité forcée par douleur, laquelle , h la moindre tentative, commande impérieusement l’inaction. Ici la percussion rnusculairedouce ( espèce de massage avec des battoir.'), lorsque la douleur est aiguë, et les chocs électriques, autant qu’ils puissent être supportés , sont les moyens les plus efficaces ; on lient y joindre avantageusement les bains d’étuve. Les douleurs articulaires ont aussi été trailées de celle manière avec un très-grand avantage. »

« Les névralgies obtiennent en général beaucoup plus de succès du galvanisme dirigé immédiatement sur les rameaux ou expansions des nerfs lésés , au moyen d’aiguilles fines (électropuncture) , que de l’ÉlecIricité. »

« En 1 824 et 1 K25, époque à laquelle nous avons publié pour la première fois nos travaux sur l’éleclro-puncture , nous croyions que toutes les lésions du mouvement devaient se traiter par l’Électricité, et toutes celles de la sensibilité par le galvanisme; aussi praiiquions-nous Péleclropunclureau moyen de l’Élec'ricilé, et l’électropunctuieau moyen du galvanisme; c’est-à-dire que les aiguilles, implantées de manière ù avoisiner ou même traverser les nerfs (2) , s rvaient de conducteur au choc électrique, ou à l 'aura galvanique. Mais l’expérience a rectifié depuis nos opinions à cet égard. Le choc électrique est presque aussi bien reçu lorsqu’il frappé la peau qui avoisine les nerfs lésés . et lorsqu’une aiguille le transmet immédiatement ; il n’y a d’exception que pour les nerfs très- profond s. Tandis que le galvanisme doit toujours être conduit par des aiguilles , à moins qu’on n’agisse sur des parties dénudées ; attendu que l’épiderme est un corps isolant qui ne devient bon conducteur (du fluide galvanique) que lorsqu’il est enflammé. Nous avons donc dû abandonner l'emploi des aiguilles dans les applications de l’Électricité , eL les réserver exclusivement pour l’administration du galvanisme. »

<• Nous avons dit que nous considérions l’Électricité comme applicable aux lésions du mouvement , et le galvanisme comme propre à remédier aux lésions de la sensibilité : cela est vrai en général , mais cela n’est pas absolu. Ce soûl les lésions des grands muscles et des masses musculaires qui subissent une modifieationavanlageuse au moyen de l’Électricité ; tous les pet ils muscles ceux des mains, des pieds, des organes génitaux,

(2) En sc servant, d’aiguilles très-fines d’or ou do platine , et opérant avec précaution et lentement , il lie résulte jamais d’accidents de la piqûre des nerf*.

2üa EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE.

du COU , et surtout ceux de l’expression faciale, même souvent les muscles inspirateurs , reçoivent en général leur plus grande modification de l’action galvanique. Nous possédons à cet égard une foule de faits extrêmement intéressants que ce n’est pas ici le lieu de rapporter. Quant aux lésions de sensibilité , nous avons déjà dit plus haut que les douleurs musculaires, et articulaires, les pertes de sensibilité delà peau , et même les aberrations qui se manifestent sous forme de fourmillement, de torpeur, etc., ne pouvaient efficacement être traitées par l’Électricité ; mais ce n’est qu’en tant que les expansions nerveuses ou les centres seront le siège de la lésion qu’on veut combattre j car, lorsqu’il s’agit de cordons nerveux , troncs , branches ou rameaux , c’est aux aiguilles et au galvanisme qu’il faut recourir. Nous avons cependant observé que les lésions de sensibilité des expansions, dans des parties circonscrites , étaient traitées avec plus d’efficacité par le galvanisme et les aiguilles que par l’Électricité : est-ce parce que ces lésions circonscrites sont attaquées plus vivement et plus directement par V agent , lorsqu’il est ainsi conduit immédiatement sur le point malade, et que l’affection morbide cède alors plus facilement , par la raison qu’elle est circonscrite et limitée à une petite partie ? Cela est très-plausible : toujours est-il que la modification dans les lésions peu étendues résulte plutôt de l’application du galvanisme que de l’Électricité ; tandis que, si l’on a à traiter une lésion étendue , il faut avoir recours à ce dernier agent, soit seul, soit concurremment avec le galvanisme. 11 est une foule de nuances dans les lésions du mouvement et du sentiment , où il faut préférer l’un de ces agents à l’autre, et varier leur mode d’actiod. Ainsi il n’est pas indifférent de combattre telle ou telle affection au moyen d’une cuve galvanique aiguisée par un acide quelconque; car tel acide produit tels effets , et tel autre tels autres effets. Mais nous ne pouvons entrer ici dans ces détails; et d’ailleurs ce chapitre n’étant consacré qu’à faire connaître l’emploi thérapeutique de l’électricité, ne peut contenir de considérations particulières sur le galvanisme, qui ne peut être ici mentionné que généralement et dans ses rapports comparatifs d'efficacité avec l’Électricité. »

« Nous devons dire un mot concernant les lésions des expansions nerveuses et des nerfs viscéraux. On sait que c’est la paire des nerfs pneumo-gastriques qui donne la sensibilité , toutes les sensations et même le mouvement aux orga-

nés pulmonaires et digestifs : ce ne peut donc être qu’en établissant l’action modificatrice par courant, du tronc de ces nerfs à leurs expansions, qu’on peut espérer des résultats heureux; aussi est-ce par le galvanisme qu’il convient d’attaquer l’aphonie, l’asthme, les gastralgies, l’inappétence , la boulimie, la dispepsie et toutes ces variétés d’aberrations gastriques qui tourmentent soit les hyponcondriaques, soit les individus d’une faible constitution dont les fonctions digestives se trouvent altérées. »

« Les affections nerveuses intestinales , vésicales, rénales, hépatiques, ne paraissent pas devoir être traitées efficacement par l’Électricité.»

« Les appareils des sens aliénés dans leurs fonctions sont peu susceptibles, selon nous, d’étre traités par l'Électricité , si ce n’est le tact qui reprend son état normal sous l’influence des frictions électriques; les muscles servant à la direction du globe de l’œil, sont traités avec de petites aigrettes , lorsqu’ils ont perdu leur ressort (1). Nous n’avons jamais* dirigé l’Électricité contre les aberrations de l’olfaction, et nous ne pouvons en parler ; nous avons tant de fois échoué contre la surdité, le tintouin , la paracousie , etc., que nous sommes tenté de croire que tous les auteurs qui ont rapporté de si belles cures des maladies de l’oreille , à l’aide de l’Électricité , sont tombés dans l’exagération ; et nous sommes fâché que ce jugement louche Mauduil , qui est cependant regardé comme l’homme le plus consciencieux et le plus probe en fait de traitement électrique ; peut-être avons-nous été moins heureux que lui dans les cas qui nous sont tombés sous la main. MM. les docteurs Andrieux et Fabré-Palaprat rapportent aussi des exemples de cures ; ce qui ôte à nos observations de leur valeur. »

« Nous manquerions à la vérité cependant si nous ne reconnaissions pas que le galvanisme compte des succès dans son application aux maladies de l’audition ; il en est de même des aberrations du goût et de la vision : la galvanisation par boules sur la langue et le voile du palais, dans le premier cas ; l’éleetro-puncture modifiant les nerfs intra-orbitaires , dans la seconde, ont amené entre uos mains d’heureux résultats; mais, nous le répétons, les affections de ces organes sensoriaux sont plus spécialement du ressort du galvanisme, et retirent peu d’avantages de l’emploi de l’Électricité. »

(1) Il ne faut pas oublier que les petits muscles sont traités plus efficacement par la galvano-puncture.

ÉLECTRICITÉ

« Avant de parler du procédé opératoire , il est ssenlitd de dire un mot du pronostic thérapeuli- |ue. Généralement les lésions des branches et radeaux nerveux sont légères et cèdent facilement u traitement électrique , surtout les paralysies t les douleurs; les affections convulsives sont •lus difficiles à traiter, et exigent plus de temps; J complication de douleur et de convulsion offre ■lus de difficulté que la douleur seule ou la onvulsion seule. Ainsi les tics douloureux et en ■véiue temps convulsifs présentent les casles plus ebeîles. Les affections qui dépendent de la loelle épinière sont plus graves que celles des ardons nerveux, et demandent un plus long ;mps pour être traitées; et celles du cerveau int plus graves encore. 11 est très-essentiel de e commencer le traitement électrique des paîlysiesqui dépendent de lésions des centres nereux , que lorsque toute irritation qui en serait inse aurait totalement cessé. Par la même raim, les douleurs et les convulsions dépendant ' lésions de ces centres, ne sont pas curables par Électricité. F.n thèse générale, toutes les affecons récentes cèdent plus promptement au traiment que les anciennes; les jeunes sujets guéssent plus vite que les sujets âgés, mais il faut attendre à ce que toujours les traitements soient ngs (1). »

Procédé opératoire.

« Il est de règle générale que plus les organes r lesquels on se propose d’opérer sont délicats, pins il faut que les chocs soient doux. Par emple, lorsqu’on veut opérer aux envii ons du obe de l’œil, soit immédiatement sur la cornée, •ur influencer la contractilité des corps ciliaires i des voies lacrymales , soit pour exciter la lisibilité de la cornée , de la conjonctive ou des >rds palpébraux , on ne doit se servir que de unies de bois tenues ù ia main , sans chaîne i rapport avec le sol ; le patient étant monté i 1 isoloir, et recevant, au moyen du contact imedi.il , a> ec les conducteurs d’une machine en lion, le fluide décomposé qui se répand sur Jtc la surface de son corps , et qui , venant à ccumuler au point le plus rapproché de la inte de bois présentée par l’opérateur ( à six à it lignes de la surface du globe de l’œil ) , y

1) Les insuccès sont le plus souvent dus à l'impance des malades qui cessent le traitement avant il soit assez avancé.

effectuera le départ et l’échange des fluides contraires , sous forme de vent électrique. Ce choc insensible, qui ressemble à la percussion d’un courant d’air , suffit pour provoquer les larmes et éclaicir la vue ; il a fréquemment dissipé des laies, et remédié à des sécrétions vicieuses des glandes palpébrales , etc. »

« Lorsqu’on veut produire une excitation un peu plus forte, agir, par exemple, sur lés paupières fermées, autour des lèvres, des ailes du nez , sur les points les plus sensibles de la face et du cuir chevelu, cl lorsqu’on veut familiariser les personnes d’une irritabilité extrême avec les chocs électriques sur d’autres parties du corps, on se sert de la boule de bois au lieu de la pointe : l’échange ne se fait plus alors sous forme de vent , mais sous forme d’aigrelles très-faibles, et dont le départ est peu rapide et la percussion peu forte. «

« Si on désire une sensation plus aiguë , on se sert d’une pointe de métal qu’il faut approcher très-près (2 à 3 lignes); le départ s’effectue alors par une successions très-rapide d’aigrelles plus lumineuses' que celles de la boule de bois, et qui causent une douleur très-cuisante lorsqu'on agit longtempssur le même point ; on peut appliquer ce mode opératoire sur les paupières fermées et sur toutes les parties de la face , mais non sur l’œil nu. D’autres parties délicates el irritables , telles que le sein, les organes génitaux, l’extrémité des doigts, des mains et des pieds, les articulations douloureuses , sont traitables par ce mode ; mais il faut toujours avoir soin que la pointe soit en communication avec le sol , au moyen d’une chaîne de fer , et que l’opérateur s’en trouve isolé par un manche de verre ,

pour ne pas recevoir lui-même le choc en même temps que le patient ; ce qui est le résultat obligé du départ des deux fluides en sens contraire, pour obéir à la loi d’échange et d’attraction. Le même soin de s'isoler doit donc être pris toutes les fois que le choc est assez considérable pour que l’opérateur ne se soucie pas de le ressentir. * u Lorsque les parties sur lesquelles on opère sont en état de supporter des chocs plus considérables que la sensibilité du sujet ne le permet, et qu’il n'y a pas de douleur locale conlre-indiquant une plus forte commotion , on se sert d’un excitateur de métal à très-petite boule, et à mesure qu’on désire rendre les commotions plus fortes , on choisit une boule plus grosse , et on 1 éloigne en raison île sa grosseur progressive.»

Il ne faut pas croire que les chocs produits pat de grosses boules soient moins supportables

EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE

SM

que ceux occasionnés par de petites boules ou des pointes de métal ; au contraire ; et il est certain que plus la houle est petite, ou la pointe aigué, plus la sensibilité s’en trouve affectée. Ce phénomène lient à la rapidité avec laquelle le départ s’effeclue , et la succession des chocs a lieu : car plus Yexcitateur est pointu , plus les étincelles, et, parlant, les chocs se succèdent rapidement,' or, dans ce cas, les expansions nerveuses frappées ainsi incessamment, s’irritent, et la douleur d’un choc n’ayant pas le temps de se calmer , lorsque le choc suivant arrive, il en résulte que la partie sur laquelle on opère moulerait bientôt au degré de l’inflammation , si on ne changeait pas de lieu d’excitation. »

« Plus les houles sont grosses, plus l’intervalle entre chaque choc est grand ; car le fluide trouvant plus de résistance pour s’échapper doit s’accumuler en plus grande quantité pour vaincre le milieu qui met obstacle à l’échange ; plus alors la partie percutée a le temps de se reposer de l'impression douloureuse de chaque choc : voilà pourquoi les commotions occasionnées par les grosses houles sont mieux supportées que celles des pointes. »

« Ainsi , on peut dire en lhè«e générale , que plus les excitateurs sont pointus . plus on agit sur la sensibilité; mais aussi on remarque que plus les houles qui terminent les excitateurs métalliques sont grosses , plus les conl raclions des muscles sont fortes et étendues ; il faut donc se servir de préférence d- s houles, lorsqu'on veut agir sur la contractilité, principalement sur celle des grands muscles. »

«i Mais il est une autre observation pratique à faire et d’une assez haute importance, c’est que l’opérateur peut augmenter à volonté , avec la même machine , la force d’action des pointes et des houles , et par conséquent agir avec plus ou moins de puissance sur la sensibilité et la contractilité. »

« Il peut d’abord, comme je l’ai dit [dus haut, rendre l’action des pointes très- faible , en choisissant de mauvais conducteurs tels que la pointe de Dois tenue à la main sans chaîne. »

* Quant au choc , en se servant de petites houles, et faisant tourner le plateau de la machine modérément, et mettant de l’intervalle entre chaque départ , les contractions musculaires seront très-modérées. «

* Mais si au lieu de se contenter de mettre en rapport avec le parquet une. chaîne d’uu mètre et demi , cette chaîne touche à une surface éten-

due de mélaux : et si en même temps les coussins de la machine sont mis en rapport au moyen de conducteurs , aussi avec une élendue assez considérable de métaux , alors les aigrettes qui parlent des pointes de l’excitateur , quand on opère , ou les étincelles qui partent des houles , sont bien plus lumineuses, plus rapides , plus considérables; les fluides s’accumulent avec facilité, les départs sont plus rapides , les chocs sont plus violents. »

« Si l’on veut opérer avec plus d’inlensilé encore, on se sert de la bouteille de Leyde, laquelle procure une accumulation de fluide qui est en raison des surfaces métalliques qu’elle leur présente , et dont le départ s’effectue en raison de la dislance que ce fluide accumulé doit franchir pour se porter de l’une de ces armures sur le conducteur qui procurera l'échange par sou -rapport avec le fluide contraire; l’appareil qui sert à cet effet est connu sous le nom de graduateur ou electrowiètrè de La ne. »

» Les chocs occasionnés au moyen de la bouteille de Leyde sont bien plus difficiles à supporter, par les raisons que nous avons rapportées plus haut , que les chocs par Pexcitaleur simplement mis en communication avec le parquet , ou avec une certaine quantité de métaux , mais outre qu’on peut graduer ces chocs dans leur force , on peut aussi les graduer dans leur intensité. Ainsi , lorsqu’on veul rendre les chocs de l'Électricité accumulée , faib es et facilement supportables , il faut se servir d'un très petit graduateur ou électrornèlre de Lane , et lorsqu’on désire un départ rapide, une commotion élendue eL forte , on se sert d'un appareil plus volumineux. On sail que pour former des batteries électriques , on dépose une certaine quantité de jarres ou de bouteilles de Leyde très-grosses, communiquant toutes ensemble par des conducteurs , et que les chocs qui en résultent sont terribles ; cYst de semblables appareils qu’on se sert pour foudroyer les animaux. »

« Il faut tenir compte dans les opérations delà sensibilité individuelle et de la sensibilité relative d> s parties du corps. Ii esi des individus irès-iinpressiouables moralement , et qui cependant supportent très-bien l'Électricité; il en est d’autres très-courageux , mais irritables , ei quelquefois pusillanimes lorsqu’il s'agit de chocs é.ectnques ; l’opéiateur doit tenir compte de ces idiosyncrasies el agir en conséquence.

u 11 faut aussi tenir compte des parties sur lesquelles on opère , sous le rapport de leur sensibi*

ÉLECTRICITÉ

ilé , non-seulement lorsqu’il y a douleur, mais ncore parce ([ne certaines parties sont naturellenenl plus irritables que d’autres , comme il en !'t qui sont accessibles au chatouillement, eld’aures non. »

« En général , on peut distribuer de fortes tincelles sur la partie postérieure du corps , exeplé au cou , aux coudes ( partie interne ) et au ias des jambes ; la partie postérieure des cuisses, es frsses et la portion supérieure du dos , sont les noins sensibles ; les parties qui viennent ensuite (ans l’ordre d’impressionabililé , sont les parties atéralr s du corps et des membres ; la partie anérieure des cuisses et des bras , la paume des nams , et le ventre, et la plante des pieds , enuile le cou , la partie interne des jambes , cuises, bras et avant-bras ; ensuite le cou-de-pied et ie devant de la poitrine ; enfin la tête , et en dérider lu u , le \isage. «

«Lorsqu'on veut agir sur une grande surface e la peau , comme dans les cas de dimunition de i sensibilité , il suffit de faire couvrir la peau irniiédialement de flanelle, et de promener sur celte lanelle une grosse boule qui la touche , comme ir fer à repasser , pour produire ce qu’on ap- »el!e la friction électrique ; celte friction , contue depuis bien longtemps, est de beaucoup Téférable aux brosses ; le procédé opératoire est lus complet , plus actif, puisqu’on peut augmenter l’iniensilé électrique à volonté , et il n’a •as l'inconvénient d’obliger les malades à se déouvrir ; on peut même , quand on opère avec nie bonne machine , et dans un appartement sec '• convenablement chauffé, laisser les malade* evèius de leurs vêlements habituels , soit en drap, oit en lame , coton ou toile ; éviter la soie et la •uate ; et pourvu qu’il n’y ail pas une trop grande paisseur u’habils entre l’excitateur et la flanelle lui recouvre immédiatement la peau. »

• Si des perles de mouvement ou de sensibilité mbbgeaieiit à diriger les chocs électriques dans es ouvertures naturelles , il faudrait se servir l’une tige métallique , revêtue d'un tube de ;omme é astique jusqu’à la boule qui termine l’exïilateur , et l’introduire préalablement à l’opération,soit dans le canal de l’urèlre et jusque dans a vessie , comme une sonde courbe , dontlYxcialeur servirait de mandrin; soit dans le vagin Cl ju-que sur le col de l’utérus; soit dans le rectum ; dans la bouche, jusqu’au voile du palais, es muscles staphylins , la base de la langue ou a partie interne des joues; soit enfin dans les narines , jusqu’à l’arrière-bouche , comme nous

l’avons praliqué pour cerlaines paralysies des muscles déglulileurs. Une fois l’excitaleur introduit, et les orifices et une certaine portion du trajet garantis par le tuyau isolateur de gomme élastique, dont la portion soi tante est tenue par l’opérateur , celui ci dirige , à proximité de la boule qui surmonte extérieurement l’excitateur , la boule d’un autre excitateur qui communique , au moyen d’une chaîne, avec le sol ; el, selon le dégré d’éloignement qu’il met entre les houles des deux excitateurs, el la grosseur de ces boules , il gradue ses chocs et en calcule l’intensité; c’est aussi de cette manière que l’on opère dans la surdité ou autres affections nerveuses de l’oreille. On introduit l’excitateur à parois de gomme élastique , à la profondeur qu’on juge convenable du conduit auditif externe , el on projette les étincelles à l’extrémité opposée , à l’aide d’un autre excitateur. «

« Quand on veut occasionner dans les ouvertures naturelles des chocs plus intenses que ceux qu’on peut administrer par simple échange de fluide , el qu’on veut employer le gradualeur de Lane , il faut que l’extrémité externe de l’excitateur introduit, soit mise en rapport avec l’une des armures de la bouteille de Leyde , au moyen d’une chaîne métallique , et que l’autre armure , au moyen d’une pareille chaîne et d’un autre excitateur , communique avec un point de la surface cutanée , qui laissera entre lui el celui que louchera la boule introduite du premier excitateur , tout le trajet le long duquel on voudra diriger le choc é.eclrique. »

« En comprenant ainsi une certaine masse de parties entre deux excitateurs , soit que l’un d’eux ait été introduit dans l’une des ouvertures naturelles, soit que tous deux aient été appliqués à là surface du corps, il ne faut pas croire que les chocs reçus sur chacun de ces deux points s'impriment à tout le trajet qui les sépare ; la force de ces chocs est en raison de l’intensité électrique, et nous avons dit plus haut que celte intensité dépendait de la charge électrique , qui elle-même était en raison de la surface métallique contenue dans la bouteille de L<yde(l); el ici la grosseur des boules ne fait rien , car les fluides ne

(1) Il n’est pas nécessaire que l’armure externe ait autant de surface que l’armure interne; laquantité de fluide attiré à l’extérieur, sera toujours, malgré la surface moindre , égale à la quantité de fluide contraire accumulé dans l’intérieur, en vertu delà loi des attractions et du maintien respectif des fluides à travers tes corps isolants,

EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE

s’accumulent pas à la surface des extrémités des excitateurs , pour effectuer leur départ à travers un corps isolant , en vertu de la loi d’attraction : les points d’accumulation sont ici les surfaces des armures de la bouteille de Leyde , dont le verre est le corps isolant ; les excitateurs forment , avec les chaînes métalliques eL les portions du corps interposées entre leurs extrémités qu’elles touchent , une chaîne conductrice ; le départ des fluides contraires s’effectue dans toute la longueur de celle chaîne et en sens contraire ; c’est toute la surface de celte chaîne conductrice que parcourent les fluides ; mais le choc s’effectue à chaque solution de continuité ; la partie de cette chaîne , qui est composée de chaînons métalliques se louchant , éprouve le choc à chaque solution de continuité de chaque chaînon , et ce choc se manifeste par une étincelle (1). Arrivés au chaînon formé par le corps animal , interposé entre les chaînons métalliques , les fluides , en se précipitant du chaînon de métal sur le point qu’il louche de la surface du corps, lui impriment le choc de chaque côté , mais parcourent la surface du corps pour s’échanger au point où il confine la chaîne avec le chaînon métallique qui suit (2 ). S’il se trouve une ligne ou une demi-ligne d’intervalle entre les chaînons métalliques et le point de la peau qu'ils avoisinent , on voit très- bien l’étincelle au moment du départ. »

« Le choc , de chaque côté, cause un ébranlement d’autant plus fort, et qui se propage à une distance d’autantplus considérable des points percutés, que l’accumulation dans la bouteille a été plus considérable ; ainsi , si ce sont les mains qui louchent les extrémités des chaînes , et qu’on emploie un petit gradualeur deLane, la distance que l’étincelle aura ù franchir entre la boule de l’armure interne et la boule qui termine la ligne transversale isolée étant d’une ligne , la commotion résultant du choc se fera ressentir seulement dans les doigts; si on augmente cette distance d’une demi-ligne , la commotion se propagera jusqu’aux poignets ; si on augmente encore, elle

(1) O» sait que l'étincelle ne se produit qu'au départ des fluides contraires à travers un corps isolant.

(2) Aucune expérience n'a pu me faire connaître si lo fluide parcourait le cliemin le plus court de la surface du corps pour se rendre de l’un des points touchés par la chaîne au point opposé ; mais cela est supposable, car, si on touche la personne qu'on électrise par la bouteille , sans former chaînon, on ne ressent aucun choc; ce qui n’aurait pas lieu , si toute la surface du corps était parcourue par les fluides.

dépassera les poignets; si on se sert d’une bouteille plus forte, d’une petite jarre, la dislance d’une ligne occasionnera une commotion qui se propagera jusqu’aux coudes ; et si on l’augmente graduelle, meut on pourra la ressentir dans toute la Ion. gueur des bras , et même dans toute la poitrine. »

u On peut aussi commotionner plusieurs points à la fois , soit en mettant chacune des deux chaînes en communication avec plusieurs houles établies sur le siège d’un fauteuil , si l’on veut agir sur le nerf sciatique, ou la partie postérieure ou inférieure du bassin; soit en faisant partir plusieurs chaînes de chaque armure , et les faisant aboutir à des conducteurs répartis sur divers points du corps, soit en mettant chacune des chaînes en rapport avec une cotte de maille à anneaux brisés , étendue sur une partie qu’on veut commotionner par un grand nombre de points rapprochés. »

u II est ainsi mille manières de varier le procédé opératoire , selon l’intensité , l'étendue, la profondeur , la multiplicité des chocs qu’on veut administrer ; car toute la thérapeutique se trouve dans le choc, et c’est une véritable gymnastique du système nerveux , dans ses deux modes de sensibilité et de contractilité , que celte administration de l’Électricité sur le corps animal. On peut , d’après l’exposé ci-dessus , faire l’application, de cet agenL puissant aux anomalies nerveuses , sans que nous ayons besoin de les présiser ni de nous étendre plus au long ; la teneur de ce chapitre ne comportant pas de plus minutieux détails. »

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