GALVANISME
Le Galvanisme ne diffère en rien de l’électricité. Ce u’est autre chose , en effet , que l’électricité développée sans frottement , par la superposition de corps métalliques de nature différente. Il est inutile de décrire ici une pile galvanique ; la seule chose qu’il suffise de savoir, c’est qu’on doit toujours se servir d’une pile à auges, et cela poulies raisons que nous indiquerons tout à l’heure.
Ce que nous venons de dire de l’électricité s’appliquera également au Galvanisme , et déjà , dans le travail de M. Sarlaudière , dont nous avons donné un extrait, le lecteur a pu voir dans quelles circonstances le Galvanisme était préférable à l’éleclrieilé.
Il faut dire en thèse générale que lorsqu’on a besoin d’agir sur les muscles delà vie de relation et d’exciter vivement , les chocs électriques devront être préférés; au contraire, quand on
ACUPUNCTURE
ou (Ira agir sur les muscles delà vie organique, jrlesorganes délicats, tels que l’œil, l'oreille etc., n devra recourir de préférence au Galvanisme.
Toutefois il est des cas où la médecine croit lile de développer un courant continu et d’exiler de temps en temps des secousses plus ou loins énergiques. C’est alors qu’il faut de toute écessité une pile à auges. En effet , tant que les isques auxquels sont attachés les conducteurs, estent plongés dans le liquide excitateur, il se éveloppe un courant en général très-supportale , quelque nombreuses que soient d’ailleurs les aires employées ; mais si l’on enlève le disque our le replacer dans la même auge ou dans une lige plus éloignée , on détermine un choc élecrique d’autant plus violent que l’on a compris n plus grand nombre de paires. Celte manœvre st indispensable dans l’application du Galvanisme impie , et plus nécessaire encore , s’il est posible, quand on emploie la galvano-puncture. Voyez plus bas.)
Les recueils périodiques on fait connaître des lits de guérison obtenus par le Galvanisme. Les lus remarquables sont ceux qui ont été publiés •arMM. Bail y et Meyranx dans les Archives gélérales de Médecine , tome ix , page 66. Ces nédecins ont en effet constaté l’efficacité de ce noyen dans des rhumatismes, dans des névralgies aciales , dans la chorée , dans les convulsions.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans parer de l’ingénieuse idée de M. Leroy d’Élioles , (U t imagina de traiter les hernies étranglées et es divers iléus par 1 application du Galvanisme , :n faisant aboutir le pôle vitré à la bouche et le )ô!c opposé à l’anus : il sollicite par ce moyen in mouvement péristaltique très-énergique à ’aide duquel l’intestin se débarrase de l'étranglenenl auquel il est soumis. L’auteur de celte ingénieuse application du Galvanisme n’a pas eu assez d'occasions d’essayer ce moyen pour que nous puissions le juger ; c’est ù l’expérience de prononcer désormais ( Arch . gèn. de niéd. , tome xii , page 270).
Le même auteur a appliqué avec plus de bonheur le même moyen thérapeutique au traitement de l’asphyxie par submersion. Mais avant lui le docteurStrong avait conseillé et employé l’électricité dans le même cas l The american journ. of sciences and arts. 1822) et [Arch. gêner, de mèd.. tome n , p. 621). De sorte qu’ici M. Leroy d’Étioles n’a vraiment d’autre mérite que d'avoir rappelé l’attention sur un fait presque oublié , bien que tout récent.
MM. Prévost et Dumas [Arch. gcnci . deméd.j tome m , p. 85) voulurent utiliser pour la médecine l’action si activement décomposante du Galvanisme , et ils proposèrent de tenter la destruction des calculs vésicaux en les soumettant ù la pile. Cette idée ingénieuse n’avait qu’un mauvais côté c’était son impossibilité dans l’application; aussi faut-il la reléguer parmi ces rêves que le savant imagine , mais que le praticien ne peut réaliser.
ACUPUNCTURE
On entend par Acupuncture , la piqûre méthodique de certaines parties ù j’aide d’aiguilles métalliques , dans le but d’obtenir un effet curatif.
Entièrement inconnue des médecins grecs, latins et ar abes , elle ne fui introduite en Europe que vers la fin du 17e siècle par Ten Rbyne et Kœmpfer (7 'en Rhyne. Dissertalio de Arthritide, etc., etc., Londini, 1685, Kœmpfer , amœnitatum exolicarum , etc. , etc., 1712).
Cette méthode était , de temps immémorial , pratiquée en Chine et au Japon , d'où elle a été importée chez nous par les deux auteurs dont nous venons de citer les noms. Les médecins japonais l’appliquaient dans presque toutes les maladies, dans le but de donner issue aux vapeurs délétères qu’ils croyaient être la cause de toutes les souffrances. Us se servaient pour celle opération d'aiguilles très-déliées en argent ou en or trempées d’une manière toute particulière. Les unes étaient enfoncées à l'aide d’un petit maillet , les autres en tournant comme avec une vis. On ne devait les laisser appliquées que deux ou trois minutes an plus.
Cette pratique , indiquée par Ten Rbyne et Kœmpfer plutôt comme une chose curieuse que comme un remède très-utile , resta ensevelie dans le plus profond oubli jusqu’au moment où Berlioz de Lyon tenta de la ressusciter [Mémoire sur les maladies chroniques , de. Paris, 1 816, p. 298). II faut avouer que les faits rapportés par ce médecin , que son style , et que les absurdités dont son livre fourmillle étaient peu propres ù encourager les praticiens ù tenter l'Acupuncture^ Cependant M. Haine, de Tours , l’essaya dans un cas de hoquet convulsif . et Bretonneau , qui avait été appelé en consultation par cc médecin , tenta immédiatement une série d’expériences sur l’Acupuncture et fixa la , place élroile que ce moyen devait occuper dans la thérapeutique.
Ami particulier de M. Jules Cloquet de Paris,
EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE
M. Bretonneau lui fit part des résultats qu'il avait obtenus , elle chirurgien placé sur un plus vaste théâtre , fil en grand et en présence de nombreux élèves. une multitude d'expériences ingénieusement combinées qui donnèrent un instant à l’Acupuncture une vogue qui toucha de près au ridicule.
Ce fut alors que parurent les nombreux travaux de Danlu, de Morand, de Churchill, de Lacroix, de Meyranx et Ilally , de Carra ro , etc. , etc.; qui pour la plupart se sentirent un peu de l’enthousiasme qui s’était si rapidement emparé de beaucoup de médecins. Mais le temps et l’expé rience ont fait justice de quelques exagérations excusables sans doute, et l’Acupuncture, quoique dépouillée d’une grande partie du prestige dont on l’avait d abord entourée, n’en est pas moins un moyeu qu’il ne faut pas négliger.
M. Cloquet se sert indifféremment de toute espèce de métaux pour fabriquer ses aiguilles , l’or, le platine , l’acier ; il préfère toutefois l'acier qu'il rend souple en le faisant rougir à la llamme d’une bougie. A l’extrémité mousse de l’aiguille existe un renflement cylindrique, terminé par un pertuis assez large qui puisse recevoir un conducteur mêla tique , si la chose lui parait nécessaire. Pour enfoncer l’aiguille , il tend la peau , et fait tourner sur lui-même l’instrument en appuyant. L’aiguille est introduite ou obliquement ou perpendiculairement suivant l’épaisseur des parties, suivant les tissus que l’on veut atteindre , suivant la nature delà maladie. On adapte quelquefois à la tête de l’instrument un fil métallique , dont on plonge l’extrémité dans un vase de métal contenant de l’eau salée , ou qui est destiné à transmettre aux parties des courans électriques , lorsque l’on veut pratiquer l’éleclro-puncture. Il laisse l’aiguille dans les tissus beaucoup plus longtemps que les Chinois et les Japonais; mais le temps de l’application est fort variable. Quelquefois , comme dans certaines névralgies récentes , l’Acupuncture a produit son effet dès la cinquième ou la sixième minute, très- rarement plus tôt; d'autres fois, comme dans certains rhumatismes anciens , il n’y a pas d’effet avant une heure. 11 faut , dans tous les cas, attendre que la douleur morbide ail plus ou moins complètement disparu. D’autres fois , on ne peut obtenir de résultats qu’en laissant l’instrument dans les tissus pendant un et môme plusieurs jours. En général , après l’introduction de cet instrument dans un point douloureux , ou les douleurs disparaissent entièremement au bout de quelques minutes , ou elles changent de place , ce qui
est d’un très-bon augure; ou enfin elles s’étendent , et , dans ce cas , quand l’aiguille est retirée , assez souvent elles disparaissent entièrement, ou b en elles sont moins vives (Danlu, Traité de P Acupuncture , Paris , 1826).
Les sensations que le malade éprouve pendant l’application des aiguilles , varient moins en raison de la maladie contre laquelle le moyen thérapeutique a été employé qu'en raison des dispositions individuelles du patient. Les uns éprouvent des élancements douloureux et isochrones aux pulsations artérielles ; les autres , le sentiment d’une pression douloureuse , d’uii courant qui leur semble se diriger du côté de l’instrument j ceux-ci, un engourdissement accompagné de frissons généraux, de froid local ; ceux-là, une chaleur vive et une sueur abondante qui couvre les parties voisines du point où l’aiguille est implantée. Il en est qui n’éprouvent rien , d autres au contraire chez qui les douleurs sont assez aiguts pour donner lieu à des lipothymies.
Onn’inlroduil ordinairemt nt qu’une aiguille quand on veut agir sur un point très-limité , mais lorsqu’il est nécessaire de modifier une partie très étendue, on applique plusieurs aiguilles , soit simulian ment, soit successivement.
M. Cloquet faisait un précepte d’éviter les troncs nerveux; Bonnet, de Lyon , conseillait au contraire de les traverser avec l’aiguille, si faire se pouvait. On a conseillé aussi avec raison de ne pas piquer les gros troncs artériels et veineux.
Cependant les expériences de Bretonneau avaient démontré que l’on pouvait impunément planter des aiguilles dans le cerveau , la moelle , les poumons , le cœur , les vaisseaux , le foie , la rate, les intestins, etc., etc.; et les histoires nombreusesde gens aliénés qui ont avalé de grandes quantités d’épingles ou d’aiguilles qui se sont fait jour par tous les points du corps , sembleraient démontrer que les craintes de quelques médecins étaient peut-être exagérées.
Il est bien évident que l’application momentanée d’une aiguille dans les organes les plus délicats ne peut entraîner aucun imconvf nient notable ; mais il n’en saurait être de même , quand l’instrument est laissé pendant quelques heures dans la même place. L’expérience démontre , en effet, qu’il se forme autour de l’aiguille un noyau inflammatoire qui simule assez bien un engorgement furonculaire , et il est difficile de croire qu’une pareille fluxion ne puisse pas entraîner des accidents funestes, si elle était provoquée dans un organe essentiel à la vie.
ACUPUNCTURE
En lisant avec lin esprit de critique tous les (raaux qui ont été publiés sur l'Acupuncture, on este convaincu que ce moyen n'est réellement lile que dans le traitement des affections rluunaismales et dans certaines maladies spasmodiques, lais c'est seulement dans le rhumatisme apyréli* ne et non articulaire , dans les spasmes locaux ui ne sont liés à aucune lésion grave de l’encéhale ou de la moelle, que l’on obtient par l’Acuuncture des avantages que d’autres, médications 'avaient pu donner.
Ainsi les recueils sont remplis d’histoires de évralgies faciales , de sciatiques, de pleurodyies, de rhuma ismes inlerarliculaires guéris par Acupuncture. 11 en est de même de quelques hénomènes nerveux spasmodiques, tels que des oquets convulsifs, des vomissements qui n’étaient as accompagnés de fièvre et qui ne se liaient pas un étal inflammatoire de l’estomac.
Quant aux autres cures que l'on attribue à l’Aupunclure; telles que celles de certaines fièvres, le certains flux ; elles ne sont ni assez nombreues , ni assez bien constatées pour que nous en assions ici une mention spéciale.
Si maintenant nous recherchons les voies par esquclles l’Acupuncture produit la guérison dans es névralgies et les rhumatismes, il nous devienlia bien difficile de les découvrir.
Il est bien évident que l’aiguille enfoncée dans es fibres musculaires «le la vie animale ou de la ie organique, agit en excitant leur contraction, ;t ce phénomène tout expérimental peut se paser sous nos yeux ; à ce titre l’Acupuncture doit :\Meminent se ranger parmi les moyens excitaeurs , mais est-ce par les mêmes propriétés [u'elie guérit les rhumatismes , les névralgies , juVlle calme certains spasmes, c’est ce qu’il nous :sl impossible de dire et probablement nous n’arriverons jamais à connaître le mécanisme de cetle mralion. M. Pdlelan , professeur de physique à la Faculté médecine de Paris , à qui certes on ne peut contester un esprit ingénieux, cherche à expliquer tout physii|uemput les phénomènes curatifs de l’Acupuncture. Il admet 1° que des nerfs lifférenls, mais qui se retrouvent ensemble dans [ouïes nos parties , sont le siège de courants opposés d’un fluide , qui se comporte comme le fluide galvanique ; 2° que le cerveau et ses annexes sont les appareils par lesquels ces courants sont entretenus ; 3° que l'innervation dépend de la rencontre de ces courants opposés dans le tissu Intime de chaque organe. Cela posé, une aiguille métallique étant introduite dans les parties molles,
rencontrera nécessairement un cerlain nombre de. ces filets nerveux, siège de courants opposés; en qualité de plus court et meilleur conducteur, elle réunira immédiatement ces courants, qui dès lors cesseraient de traverser les organes où se rendent les fi'els nerveux. De semblables suppositions expliqueraient d’une manière satisfaisante, dit-il, tous les phénomènes de l’Acupuncture; la douleur serait diminuée ou guérie . parce qu’on aurait diminué l’innervation, en arrêtant un cerlain nombre de courants qui la déterminent ; la grande variété des effets obtenus serait déterminée par le hasard des rapports de l’aiguille avec les filets nerveux ; ^engourdissement serait la suite d’une diminution notable dans l'innervation. On pourrait même concevoir qu'une communication facile et prompte , entre quelques-uns des nombreux conducteurs nerveux qui seraient le siège des courants opposés, diminuâtl’innervation générale de manière à produire so.l un calme général, comme on l’a souvent observé, soit un degré de faiblesse qui pût aller jusqu'à la lipothymie (Pelb tan, Notice sur l’Acupuncture j son historique, etc. Paris 1823).
C' pendant indépendamment de ces théories qui ne sont probablement qu’ingénieuses , quelques médecins ont essayé d'utiliser les propriétés évidement excitatrices de l’Acupuncture , pour rappeler à la vie les noyés. Celte heureuse idée est due à Carrrro ( Annali universali di medicina daOmodeï , 1825). Cet expérimentateur asphyxia et noya un grand nombre d'animaux , et quoique la mort fût apparente depuis un temps assez long, il les rappela pour la plupart à la vie en stimulant les fibres du cœur et celles du diaphragme à l’aide d’aiguilles qu’il y enfonçait. Il est triste qu’un pareil moyen qui assure à son auteur une place honorable parmi ceux qui ont fait d'utiles découvertes , ne soit pas popularisé et soit même tombé en oubli parmi les ibédecins.Par là on sauverait probablement la vie à beaucoup d’enfan's nouveaux-pés, et beaucoup de noyés pour lesquels ou n’emploie que des moyens externes ou mécaniques ordinairement insuffisants.
ÉLECTItO-PLNCTüRE.
Déjà l’opinion des médecins était fixée sur l’utilité de l’électricité et du galvanisme , l'acupuncture était également assez bien appréciée, lorsque M. Sarlandière imagina de combiner ces divers moyens et d’exciter profondément les diverses parties en y enfonçant des aiguilles , qu’il
' EXCITANTS I)ü SYSTÈME MUSCULAIRE.
faisait communiquer avec divers appareils électriques. Celle combinaison heureuse est celles plus efficace que ne le sont isolément l’électricité ou l'acupuncture.
Pour pratiquer l’Éleclro-punctnre ou la galvano-puncltire, ce qui revient au même, on se sert d’aiguilles semblables à celle que l'on emploie pour l’acupuncture , avec celte différence que leur tête est garnie d’une ouverture , qui peut recevoir un des conducteurs de la machine électrique ou de la pile. La manière d’enfoncer les aiguilles , le lieu qu’elles doivent occuper n’ont rien qui mérite une mention spéciale. Toutefois nous ferons remarquer que si l’on peut piquer avec des aiguilles le cerveau , le cœur , les intestins , les vaisseaux d’un animal vivant , on ne pourrait pas sans un grand inconvénient faire passer des courants électriques parées aiguilles. C’est que le passage de l’électricité modifie de (elle manière les tissus, que souvent il survient une violente inflammation sur le trajet de l’instrument , et quelquefois même la partie immédiatement en contact peut se mortifier comme le prouve l’apparition des furoncles autour des piqûres.
Cet inconvénient réel a fait sentir aux médecins la nécessité du principe suivant : savoir , que rÉleclro-punclnre ne doit pas être faite plus de quinze à vingt minutes.
L’Éleclro-puncture a été employée dans tous les cas où l’électricité et l’acupuncture ont été conseillées; toutefois nous mentionnerons plus spécialement les rhumatismes chroniques avec atrophie des muscles, les sciatiques invétérées, l’hémiplégie •faciale, les hernies engouées , les asphyxies par submersion ou bien celle des nouveau-nés. ,
Dans l’administration de la Galvano-puneture, il faut avoir soin de donner de légères secousses en déplaçant de temps en temps les disques atixque’s sont attachés des conducteurs métalliques ; mais ces secousses d’abord très-légères , ne doivent être augmentées que si la partie est profondément insensible , et si le malade les supporte avec facilité.
On peut poser en principe : que les secousses doivent être d’autant plus énergiques et d’autant plus souvent répétées, que la maladie s’éloigne davantage du début , que les symptômes inflammatoires sont moins prononcés et que les (issus sur lesquels on agit sont doués d’une moindre sensibilité.
On remarque souvent que les premières séances occasionnent de vives douleurs , surtout quand on oppose la Galvano-puneture à des névralgies
ou à des rhumatismes ; c’est un motif, non de cesser la médication , mais de la modérer seulemenl ; à moins pourtant qu’il ne survienne des symptômes d’inflammation locale, auquel cas, il faudrait cesser pour y revenir dés que les accidents seraient dissipés.
Quand on oppose ce moyen aux paralysies en général, il faut attendre seulement que les accidents aigus qui ont donné lieu à celle paralysie, soient en partie dissipés ; mais dans les névralgies et dans les rhumatismes, il faut surtout avoir soin de n’employer l’Électro-puncture que dans l’intervalle des paroxysmes , autrement on risque de produire , séance tenante , une , horrible exacerbation des douleurs. Ce nVst pas que quelquefois la névralgie la plus aigud ne se calme par l’application de l’aiguille et par l’électrisation ; mais ccs cas sont les plus rares , et par conséquent il n’est pas permis d’y compter.
AIMANT
Aimant. — (M kynç , des grecs, Magnes des latins. ) — On donne le nom d’aimant naturel ou pierre d’aimant à l’une des variétés du fer oxydulé ( fer oxydulé amorphe, de Haüy ), qui a la propriété d’attirer le fer , propriété susceptible d’être transmise à l’aide de cerlains procédés à diverses substances métalliques, telles que l’acier en particulier, qui prend alors la dénomination d'aimant artificiel. La pierre d’aimant doit ce nom à l’aspect qu'elle présente, et qui se rapproche plus de l’aspect des pierres que de celui des métaux. Sa texture est compacte, quelquefois granuleuse, écailleuse; sa couleur varie du noir au blanchâtre. Elle produit une poussière noire quand on la pulvérise. On en trouve en masses plus ou moins considérables en Suède , en Norwége , à l’ile d’EIhp, en Chine, aux îles Philippines , etc. Les phénomènes qui s’observent par l’action des aimants naturels ou artificiels sur divers métaux constituent, sous le nom de magnétisme, une branche importante de la physique. Nous allons en extraire les principaux résultats, sinon pour aider à l’intelligence des effets attribués à l’aimant sur l’organisme humain , du moins pour faire connaître les propriétés essentielles d’un corps employé en thérapeutique , et pour en diriger l'emploi.
§ I. Des propriétés physiques de l’aimant.
Il y a en général dans chaque aimant deux
AIMANT
points opposés , qui manifestent des actions contraires et auquel on donne le nom de pôles. Comme dans les corps électriques , les pôles anaogues se repoussent et attirent les pôles contraires. C’est sur cette propriété de polarité qu’est fondée la théorie de la boussole , dont 'aiguille aimantée se dirige constamment paies extrémités vers les pôles de la terre , avec les variations légères connues sous les noms de inclinaison et d’inclinaison , qu’il ne nous coulent pas de décrire ici. Le globe terrestre exerce l’égard de l’aiguille aimantée la même influence ue le ferait un vaste aimant, dont les pôles eraient dirigés dans le sens du midi au nord.
L’intensité de l’action des Aimants n’est point n raison de leur masse. Leur degré de puissance llractive dépend probablement de quelque autre ondilion, telle que l’arrangement moléculaire. 11 a des Aimants très-faibles sous un grand voime et vice versâ. Cette attraction s’exerce à islance , au travers de l’air, du vide et au traers de tous les corps quels qu’ils soient , pourvu u’ils ne contiennent pas de fer; mais elle diminue à mesure que la distance augmente, dans i proportion du carré. La propriété magnétique, ’est-à-dire d'être attiré par l’Aimant et par onséquent de l’attirer, est plus ou moins aparenledans toutes les substances ferrugineuses, »it que le fer n’y soit que mélangé accidenlelleîent , soit qu’il s’y trouve à l’état de combinai- )n. La fonte , la plombagine . les oxydes et dfures de fer exercent sur l’aiguille aiman- ;e une action plus ou moins sensible. 11 est uniques corps qui, parleur mélange avec le ■r, atténuent plus que d’autres ses propriétés lagnétiques. Ce métal n’est pas le seul qui prénie ces propriétés. Le nickel et le cobalt , le nome, et même le manganèse, mais à certaines auditions, à une température de 15 à 20° -J- 0 , >nt altirables par l’Aimant. Ces corps, tant u’ils touchent à un Aimant, en ont toutes les ropriétés; mais celles-ci disparaissent aussitôt u’oii les en sépare. La force de l’Aimant enmré de fer, d’après certaines dispositions , il même augmentée : celle espèce d’entourage il ce qu’on nomme l’armure ou l’armature d’un niant.
Les Aimants deviennent plus faibles par la laleitr ; mais ils reprennent leur énergie parle :froidi8$emcnl. Ils perdent totalement leur pro- ’iété lorsqu’on les fait rougir au feu. La pulvéridion , l’oxydation cl la dissolution les leur clivent également.
Nous avons dit que la pierre d’ Aimant pouvait communiquer ses propriétés à certains corps. L’acier trempé jouit surtout de ce privilège. A l’aide d’un contact prolongé ou de frictions répétées, faites suivant certains sens et avec certaines précautions, qui constituent les divers procédés d’aimantation par simple ou double touche , par touche séparée , l’acier devient un véritable aimant. On peut ainsi aimanter avec un Aimanl aussi longtempsel aussi souventqu’on leveut sans lui rien faire perdre de sa force d’attraction. C’est ainsi qu’on fait des Aimants artificiels , qui sont d’autant plus utiles qu’on peut en varier, suivant le besoin, les formes et les dimensions, et leur donner une puissance magnétique beaucoup plus grande que celle des Aimants naturels. L’acier ne se comporte pas comme le fer à l’égard de l’Aimant, quoique la limaille d’acier ne soit guère moins atlirabie que celle de fer. Mais les morceaux d’acier d’un volume un peu considérable, et surtout les morceaux d’acier fortement trempé, ne paraissent d’abord recevoir aucune influence de la part des Aimants : ce n’est qu’après un quart d’heure ou une demiheure de contact qn’ils deviennent susceptibles d’être attirés, et ils ont en même temps les qualités aimanlaires. Ils ont comme le disent les physiciens , une force coercitive , qui fait qu’ils cèdent lentement à l’action de l’Aimant. Le fer tordu . écroui ou tourmenté en différents sens , le nickel et le cobalt qui ont subi divers préparations ou actions mécaniques, se comportent comme l’acier. On appelle fer doux celui qui n’a pas de force coercitive.
Si l’on réunit parallèlement plusieurs barreaux aimantés par les pôles homogènes, et qu’on joigne ces pôles par du fer doux , il résulte de là un seul Aimant renforcé , ou ce qu’on appelle une butter ie magnétique.
Les phénomènes tout particuliers des Aimaôls les ont fait longtemps classer à part comme dérivant d’une propriété spéciale. Les physiciens les attribuèrent par conséquent à un fluide magnétique , d’une nature différente de celle des autres agents dits impondérables qu’ils ont admis hypothétiquement. On connaissait déjà l’influence de l’électricité sur les aiguilles des boussoles; ou savait que les verges des paratonnerres acquièrent parfois des propriétés aimanlaires. Les expériences récentes de OErsted, Ampère et Arago. ont démontré l’identité des phénomènes magnétiques et des courants électriques. M. Arago est parvenu a aimanter complètement une aiguille d’acier au
EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE
moyen du courant voltaïque. Quoiqu’il reste encore quelques différences dont ou ne peut se rendre compte entre les phénomènes du magnétisme et ceux de l’électricité , on est actuellement convaincu que les propriétés magnétiques dérivent de la propriété plus générale de l’électricité.
§ II. Des effets physiologiques et thérapeutiques des Aimants.
— Les peuples anciens connurent de bonne heure les propriétés physiques de l’Aimant, et il suffisait que dans l’action magnétique il y eût quelque chose de merveilleux et d’inexplicable pour que la médecine et le sacerdoce , unis alors, cherchassent à faire naître et à accréditer des erreurs dont ils savaient habilement profiter. Aussi les histoires politiques et sacrées del’Égyple, de la Perse , de la Judée , font-elles foi des idées superstitieuses que l’on attachait, dans les premiers âges , aux vertus médicales et surnaturelles de l’Aimant. Il paraît cependant que l’Aimant n’était porté qu’en amulettes, et il faut arriver aux premiers siècles de l’ère chrétienne pour trouver les traces de l’emploi un peu plus raisonnable de l’Aimant.
Pris à l’intérieur , il était , suivant Galien , hydragogue et purgatif; Dioscoride le regardait comme très-propre à chasser l’atrabile; Avicenne le croyait souverain dans les maladies de la rate.
11 est certain que les sels et les oxydes de fer jouissent encore au plus haut degré des vertus attribuées à l’Aimant par Avicenne , Dioscoride et Galien ; et il faut convenir avec Vogel que les anciens se servaient beaucoup de l’Aimant pour guérir certaines maladies que nous traitons avec succès par les préparations marliales.Nous savons, en effet, aujourd’hui tout ce que peut le fer dans certaines hydropisies et dans la convalescence des fièvres intermittentes, qui s’accompagnent de décoloration des tissus et d’hypertrophie de la rate.
Quant à l’opinion de Dioscoride sur l’atrabile, nous avouons que nous avons commencé à en comprendre la cause, lorsque les recherches longtemps continuées sur l’emploi thérapeutique du fer , nous ont appris que ce métal , sous quelque forme qu’on le fasse prendre , donne aux garde-robes une couleur noire comme celle de l’encre.
Cependant I usage extérieur de l’Aimant avait prévalu exclusivement, d’autant plus que bien
des médecins avaient attribué à cette substance , ainsi qu’au fer , des propriétés vénéneuses fort actives. Au IVe siècle , Marcellus l’empirique faisait porter au cou des pierres d’Aimanl pour calmer les douleurs de tête. Un peu plus lard , ABlius d’Amida recommandait aux goutteux et aux rhumatisants, tourmentés de douleurs aux pieds et aux mains , de tenir dans la main des pierres d’ Aimant.
Mais , pendant tout le moyen âge, ce médicament ne fut guère employé que par les charlatans et les sorciers ; aussi n’est-il pas de contes absurdes relatifs à l’Aimant dont ne fourmillent les écrits laissés par les moines , les magiciens et les astrologues de cette ère d’ignorance et de superstition.
Vers le milieu du xvne siècle (1656), Pierre Borel expérimenta avec quelque philosophie , et crut avoir constaté les heureux effets de l’Aimant employé topiquement pour guérir les maux de dents et les douleurs des yeux et des oreilles; il raconte aussi qu’il calmait la suffocation hystérique en faisant porter au cou des femmes un morceau d’Aimanl.
Un peu plus tard (1686) on lisait dans les Éphémêrides d’Allemagne , qu’une femme affectée de la goutte sereine avait été manifestement soulagée par l’applicatien simultanée d’une pierre d’Aimant derrière la nuque et de petits sachets remplis de limaille de fer sur les yeux.
C’est à peine si jusqu’en 1765 il fut question de l’Aimant dans les auteurs et dans les journaux scientifiques. Cependant Hollmann , en 1700, avait publié une thèse sur les remèdes anli-odontalgiques, au nombre desquels il plaçait l’Aimant; et quelques faits isolés avaient été racontés dans le Mercure de France (1726) , dans la Gazette salutaire , etc., etc.
En 1763, l’abbé Lenohle, qui s’occupait de physique expérimentale avec talent et succès , imagina des Aimants artificiels et fit des baguettes et des batteries d’acier aimanté qui eurent une grande vogue pendant douze ans , et qui guérirent miraculeusement . dit-on , presque tous les maux de dents. Klaricn , médecin du roi d’Angleterre , confirma par l’expérience les résultats annoncés par Lenohle et Weber. Ludwig et d’autres observateurs étendaient encore celle médication à quelques autres maladies nerveuses , mais avec un succès au moins équivoque.
De graves et longues controverses s’élevaient de toutes parts au sujet de l’Aimant. On convenait généralemen que l’application des baguettes
AIMANT
et des batteries aimantées ou même de la pierre d’ Aimant elle-même calmait ou guérissait quelquefois les douleurs de dents; ou applaudissait encore à l’heureux parti qu’avaient tiré des propriétés physiques de cette substance l’illustre Morgagni , et avant lui Fabrice de Hilden et Kcrkringius , qui s’en étaient servis avec le plus grand succès, pour extraire des parcelles de fer enfoncées dans l’épaisseur de la cornée. Mais on reléguait avec raison parmi les absurdités les emplAtres aimantés, que les alchimistes du moyen Age appliquaient sur les diverses parties du corps, soit pour guérir les plaies, soit pour re tirer des fragments d’épée, de flèches ou de lances qui étaient restés au fond des blessures; on doutait avec raison des guérisons miraculeuses de la goutte , des cancers , des hernies , etc., etc dont les partisans du magnétisme grossissaient sans cesse l’importance par le scandale et le. zèle de leurs publications.
Tel était à peu près l’état de la science , quand le père Hell , célèbre astronome de Vienne en Au triche , inventa les armures aimantées , c’est-àdire des plaques d’acier qui en deux où plusieurs pièces s’adaptaient à la forme des parties sur les quelles on les appliquait. Celte idée se propagea avec rapidité , et , l’année suivante , Mesmer , en Allemagne, et l’abbé Lenoble, en France, propagèrent la médication par les armures magnétiques, avec un zèle inspiré peut-être moins par une confiance fanatique que par des sentiments qu’un médecin honnête craindrait d’avouer. L’influence de la mode les seconda merveilleusement, et le sort du magnétisme minéral fut plus brillant encore à cette époque que ne le fut celui du magnétisme animal quelques années plus lard. Il y avait pourtant cette différence entre Hell , Lenoble et Mesmer , que les deux premiers , avec de véritables connaissances physiques, furent entraînés par l'engouement du public au delà des conclusions légitimes auxquelles l’observation les aurait conduits , tandis que Mesmer , mêlant à d’absurdes idées en physique des rêveries astrologiques dignes du xv«= siècle , employa les plus honteuses jongleries pour faire connaître un moyen qui ne tomba dans le discrédit qu’à cause des exagérations mensongères à l’aide desquelles an voulut le soutenir. Cependant Unzer, d’Altona; Deimann . d’Amsterdam ; llensius, de Sorau • et iurlout de Harsu, de Genève , propagèrent* les dées de Mesmer en n’y apportant que peu de nodificalions , et racontèrent un grand nombre le faits qui ne sont pas toujours croyables. Ainsi
leurs écrits fourmillent d’histoires de guérisons chez des malades atteints de crampes, de convulsions, de paralysies, de rhumatismes , etc., etc., par l’usage de l’Aimant. Mais en lisant ces observations on reste convaincu que ceux qui les ont faites avaient , d’une part , des connaissances médicales incomplètes , et , d’autre part , trop peu de défiance des malades auxquels ils donnaient des soins. Cependant l’abbé Lenoble , qui croyait peut être à la vertu des plaques aimantées , soumit, en 1777 , un mémoire sur ses travaux physiques et thérapeutiques à la Société royale de médecine de Paris : ce corps savant saisit avec empressement l’occasion d’apprécier à sa juste valeur un remède trop universellement vanté pour ne pas devoir inspirer quelque défiance. Andry etThouret., dont la probité médicale et le talent d’observation offraient toutes les garanties désirables , furent chargés par la Société de suivre les expériences de Lenoble , et d’en faire eux-mêmes un assez grand nombre. Ces savants estimables rendirent compte de leurs travaux dans un mémoire dont on ne saurait trop louer l’esprit philosophique. Ils purent constater des guérisons non équivoques de névralgies, d’hémicranies, de tics douloureux , de maux de dents , d’ophllialmies intermittentes, de rhumatismes, de gastralgies, de paralysies hystériques. Ce mémoire eut pour effet de ramener à leur juste valeur les prétentions des magnétiseurs, et de préciser les circonstances dans lesquelles l’AimaMt pouvait être sinon le meilleur moyen de guérison , du moins une arme thérapeutique qu’il ne fallait pas négliger, lorsque les médications ordinaires avaient échoué.
Depuis lors, Kumpel, en Prusse, Thouret, dans 'Encyclopédie méthodique , et plusieurs bons observateurs de notre époque , parmi lesquels on doit citer Marcellin, Hallé, Laënnec, et MM. Alibert,CayoI, Chomel, Récamier, et Alexandre Lebrelon, ont constaté la vérité de la plupart des observations publiées par Andry et par son collaborateur. Pour nous , qui nous sommes quelquefois servis de l’Aimant, nous pouvons affirmer que cet agent thérapeutique exerce sur les parties avec lesquelles il est en contact une influence qu’il est impossible de rapporter seulement à l’imagination des malades. Nous avons vu des douleurs névralgiques modifiées, des succès de dyspnée nerveuses rapidement arrêtés, etc.
Sans vouloir entrer ici dans des’ détails qui pour être pratiques , n’auraient pourtant pas assez d importance , nous nous bornerons à indi-
EXCITANTS 1)U SYSTÈME MUSCULAIRE
qucr, ]» la manière d'appliquer les Aimants , 2° les effets physiologiques que produit celle application : nous renverrons, pour les effets thérapeutiques de l’Aimant, à ce que nous avons dit plus haut, nous contentant de terminer cet article par de courtes conclusions.
Manière d’appliquer les armures aimantées.
On se sert, comme on sait , pour composer les armures, de plusieurs pièces d’acier aimanté qui se moulent exactement sur la forme des parties. Elles sont à leurs extrémités percées de trous destinés aux lacets à l’aide desquels les pièces sont attachées les unes aux autres .Une précaution est indispensable quand bn les applique, c’est de les opposer pôle à pôle, de manière que le pôle sud regarde le pôle nord. Aussi doit-on avoir soin de faire indiquer les pôles en faisant graver sur les plaques les lettres S. et N. On les maintient à l’aide de rubans ou de lacets, et ensuite on les recouvre avec une cravate ou une bande qui entoure la partie.
Lorsque la douleur n’occupe qu’un point, l’armure n’a besoin d’être composée que de deux pièces ; ainsi , pour une névralgie temporale , une des plaques serait appliquée sur la tempe douloureuse , et l’autre , du côté opposé ; quelquefois même, lorsque la douleur est fort circonscrite , une seule plaque suffira : aussiun simple barreau aimanté appliqué sur une dent cariée pourra en faire disparaître la douleur. Mais quand le mal occupe toute la longueur d'un membre, comme dans une sciatique , il faudra appliquer (rois ou quatre paires d’Aimanl à des hauteurs différentes; et si on veutguérir une dyspnée qui s’accompagne de palpitations de cœur, on entourera la poitrine d’une zone composée d’au moins quatre pièces. 11 en serait de même si l'on voulait combattre une douleur qui occuperait toute la tête ou toute l’épaisseur d’un membre.
Le temps pendant lequel on peut porter une armure aimantée varie en raison même de la ténacité de la maladie ô laquelle la médication est opposée. Ainsi dans des cas de rhumatismes, de névralgie, il est souvent necessaire de tenirles Aimants appliqués pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois : quand la maladie est intermittente, la médication doit l’être ellemême ; ainsi nous avons réussi à calmer temporairement des accès d’orthopnée qui revenaient chaque nuit , en faisant porter la nuit au malade deux plaques aimantées autour du cou.
Lorsque les armures doivent rester plus de quinze jours en contact avec la peau, il est con venablede les faire réaimanler : sans cette précaution , elles perdent toutes leurs propriétés. Mais comme l’oxydation est la causes qui affaiblit la vertu magnétique ,onla prévient efficacement en faisant recouvrir la face interne des armures d’une feuille d’argent ou de platine.
Il n’est pas toujours nécessaire de se servir de deux Aimants, lors même que l’on veut obtenir un courant magnétique à travers les parties. Ainsi on applique des sachets de limaille de fer du côte opposé àl’aimant , et l’on obtient des effets qui sont fort appréciables , quoique moins sensibles que ceux auxquels on parvient^ l’aide des armures.
Effets physiologiques de l'Aimant.
L’application d’une armure aimantée ne produit ordinairement aucun effet sensible , et nous avons pu nous en assurer souvent. Quelquefois , cependant, dès que la température des pièces de l’appareil est en équilibre avec celle du corps , on éprouve au point de contact une titillation qui dégénère en prurit : en même temps la peau devient plus chaude, plus injectée, et elle se couvre de sueur , de manière à oxyder l’acier en peu de jours, et quelquefois même dans l’espace de cinq ou six heures. Il est remarquable, et celle observation faite par Andry et Thouret, a été répétée par M. Lebreton , que l’oxydation n’a pas lieu si le contact de l’armure n’a pas produit ou la diminution de la douleur , ou les sensations inaccoutumées dont nous venons de parler.
Quand les pièces aimantées sont restées longtemps appliquées , elles finissent par causer sur la peau une éruption vésiculeuse {eczema simplex) , qui apparaît le plus souvent au-dessous de l’armure elle-même, et quelquefois à une certaine distances de l’endroit sur lequel elle était placée.
Quelques malades accusent encore des sensations d’un autre genre ; ils voient des bleuettes , ou éprouvent des tintements d’oreilles, quand une armure est placée autour de la tête. D’autres éprouvent de fortes palpitations si le cœur se trouve placé dans le courant magnétique. Andry et Tliohrel ont vu des purgations violentes être provoquées par l'application de plusieurs Aimants en ceinture ; et nous-même ayant mis un jour une plaque aimantée sur le creux de l’estomac d’une dame et une autre dans le point correspon-
AIMANT
dant, au dos , dans le but de guérir une douleur qu’elle ressentait, nous provoquâmes parce moyen une forte indigestion , la seule que cette malade eût éprouvée de sa vie.
Ces effets , qui ne doivent peut-être pas être mis exclusivement sur le compte de l’Aimant , permettent de ne pas révoquer entièrement en doute ce que les auteurs ont dit des phénomènes nerveux auxquels donnait lieu quelquefois l’application de fortes armures aimantées.
Effets thérapeutiques de l’Aimant,
Il nous reste bien peu de choses à dire sur les effets thérapeutiques de l’Aimant , après les résultats que «mus avons indiqués plus haut. Il résulte des expériences consciencieuses qui ont été faites à ce sujet, que l’Aimant n’a réellement réussi que dans des névroses , des névralgies , et dans des rhumatismes; que ce moyen, en général fort infidèle , ne doit être mis en usage que lorsque l’on a vu échouer tous ceux qui réussissent ordinairement ; que néanmoins il produit chez 1 certaines personnes des effets plus rapidement avantageux qu’aucune autre médication.
L’analyse rapide de quelques faits suffira pour donner l’idée des cas spéciaux dans lesquels l’agent thérapeutique dont nous nous occupons pourra être employé avec quelque avantage.
A. Névroses. Angine de poitrine , ; dyspnée nerveuse , orthopnée intermittente , palpitations , hystérie.— Une dame était atteinte d’une angine de poitrine dont les paroxysmes se rapuochaient d’une manière effrayante. En même temps l’intensité de la douleur augmentait : aussi, iepuis huit jours , les accès étaient tels , que la »ie semblait menacée à chaque instant. Après •voir essayé une multitude de médications séda- .ives , et ne pouvant désormais se procurer de soulagement , même par l’application de l’hydrochlorate de morphine sur des vésicatoires placés le long des nerfs du bras et sur la région du cœur, M. A. Lebreton conseilla l’Aimant. Une irmure de deux pièces fut placée sur la poitrine, me plaque fut appliquée sur la région du cœur , 'autre en arrière, dans la région correspondante : e soulagement fut immédiat. La malade passa ingt jours sans accès , et , depuis , elle éprouva ncore des paroxysmes qui n’ont que peu de viornce. L’angine de poitrine n’a point été guérie nais elle a été modifiée par l’Aimant mieux que ur toute autre médication. Il est important de emarquer que la plaque qui s’appuyait sur la
région précordiale s’oxyda promptement , et que la peau se recouvrit d’une multitude de petits furoncules. Un fait analogue est cité dans le mémoire d’Andryct Thour, p. 610.
Laënnec se loue aussi de l’Aimant dans le traitement de l’angine de poitrine ( Auscultation médiate, t. n ). 11 a vu cet agent thérapeutique calmer souvent , ou tout au moins modérer les douleurs occasionnées parcelle terrible maladie.
Les succès qu’il a obtenus dans le hoquet spasmodique n’ont pas été moins sensibles.
Dans la dyspnée et l’orthopnée dites nerveuses, les armures aimantées ont été employées avec succès par MM. Marjoliu , Récamier , ainsique par Marcellin , Laënnec , et quelques médecins du dernier siècle. Nous avons pu nous-mêmes recueillir deux faits qui prouvent que , si l’Aimant ne guérit pas ces maladies , il en peut du mqins modérer la violence.
Un jeune homme de trente ans était, depuis huit années , tourmenté d’une orthopnée intermittente, qui revenait seulement pendant la nuit. Il n’existait aucunelésion appréciable du poumon et du cœur. Après avoir inutilement employé les bains, les anti-spasmodiques, les narcotiques , les vésicatoires , les cautères , les purgatifs , les saignées , les sangsues , etc., etc., nous eûmes recours à une armure aimantée. Une des pièces fut placée au devant du larynx , l’autre sur la nuque : on ne les maintint sur la peau que pendant la nuit. Deux semaines se passèrent sans accès , puis le mal reparut avec quelque violence. Comme les plaques s’étaient oxydées, nous les fîmes réaimanler , et elles amenèrent encore un amendement aussi notable que la première fois. Bientôt celte médication ne fut plus d’aucune utilité , et nous eûmes recours aux feuilles de dalura stramonium , que nous fîmes fumer au malade. Ce moyen si simple a* complètement réussi, et M. P., qui depuis six mois rie pouvait se coucher , n’a pas éprouvé un seul accès violent dans l’espace de plusieurs années.
Un de nos amis , avocat distingué du barreau de Paris , a été également soulagé par une armure aimantée dans une dyspnée' qui revint pourtant malgré l’usage continué de ce moyen.
Les faits ne manquent pas dans Unzer , Deiman , de Ilarsu , Thouret , etc., qui semblent prou ver la grande efficacité de l’Aimant dans l’hystérie ; mais quand on se rappelle les guérisons miraculeuses du cimetière Saint-Médard , on doit toujours accueillir avec défiance les histoires oû figurent des femmes hystériques.
EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE
Nous avouons que nous ne croyons pas davantage aux nombreuses guérisons d’épilepsie , rapportées avec trop de confiance par Lenoble , Mesmer , Deiman, de Harsu, Andry el Tbouret, etc. Dans la plupart des l;aits cités par ces auteurs , le diagnostic différentiel entre cette terrible maladie et les autres affections convulsives n’est point assez nettement établi ; et d’ailleurs , dans le cas même où l’épilepsie aurait été modifiée pendant l’emploi de l’aimant , on n’en pourrait encore rien conclure , car les expériences de M. Esquirol n’ont-elles pas démontré que la tentative d’une médication quelconque suffisait pour diminuer quelquefois pendant plusieurs mois la fréquence et la gravité des attaques d’épilepsie ? (Esquirol, Leçons cliniques sut ' la folie. )
B. Névralgies.— C’est surtout dans les névralgies proprement dites el dans les tics douloureux que les armures magnétiques ont été employées avec un succès incontestable , et les expériences faites de nos jours par MM. Marjolin , Lebreton, Alibert , Heurteloup , etc., ont confirmé pleinement les conclusions du mémoire d’Andry et Tbouret. Ces derniers, entre autres faits curieux, citent l'histoire d’un malade qui avait , depuis plusieurs années , une névralgie de la cinquième paire , qui lui causait d’atroces douleurs, et s’accompagnait de convulsions des muscles de la face. L’application de plaques aimantées engourdissait immédiatement la sensibilité des nerfs ; en continuant cette médication , le malade finit par obtenir une guérison temporaire. Les accès reparurent : leur violence était calmée par l’Aimant ; mais, en définitive, cet agent thérapeutique n’agit que comme moyen palliatif.
La vertu anti-odonlalgique de l’Aimant a été bien souvent préconisée. C’est une de celles qu’il soit le plus difficile de constater , par cela même que les douleurs de dents sont le plus souvent tellement fugaces qu’il n’est pas facile de décider si le mal a cédé spontanément ou s’il a disparu sous l’influence de la médication. Toutefois , il est des circonstances assez communes où les rameaux de la cinquième paire qui sedislribuentaux dents sont le siège d’une névralgie intermittente ou continue, dont la durée se prolonge des mois entiers. Andry et Tbouret citent l'histoire d’un officier général qui avait des maux de dents du genre de ceux dont nous venons de parler , et n’éprouvait de soulagement qu’en appliquant sur les dents douloureuses un barreau de fer aimanté. Celte application devait être continuée pendant un temps qui variait depuis quatre ou cinq minutes jus-
qu’à un quart d’heure et davantage. Les Mémoires de Klarich el de tous ceux qui ont écrit sur l’Aimant sont remplis de faits plus ou moins concluants en faveur de la propriété anti-odonlalgique de l’Aimant naturel , des barreaux aimantés ou des armures.
M. A. Lebreton a guéri une névralgie utérine fort opiniâtre en appliquant trois plaques aimantées , l’une sur le pénil , les deux autres sur les deux aines. Cette douleur, qui ne s’accompagnait d’aucun signe de phlegmasie de la matrice, avait résisté aux saignées locales et générales , aux bains émollients , aux préparations narcotiques , etc.
C. Rhumatismes. — Les douleurs rhumatismales , quel que fût d’ailleurs leur siège , ont été, dans quelques circonstances , avantageusement combattues par l’Aimant. Les écrits sur cette matière fourmillent de faits qui ne sont pas toujours observés avec un esprit dégagé de toute prévention. En effet , il aurait fallu tenir compte de l’incertitude delà durée du rhumatisme, des influences hygiéniques nouvelles auxquelles étaient soumis les malades, des circonstances atmosphériques qui avaient pu modifier la marche de l’affection. C’est parce qu’on n’a pas procédé de cette manière , que nous ne pouvons ratifier toutes les conclusions auxquelles sont arrivés les auteurs que nous critiquons en ce moment. Toujours est-il que d’incontestables guérisons ont été opérées , guérisons temporaires , il est vrai , comme elles le sont presque toujours dans le rhumatisme : nous pourrions , à l’appui de ce que nous venons de dire, citer l’histoire d’un des maréchaux de France , qui , de nos jours , a acquis la plus triste célébrité, et qui ne pouvait être soulagé de ses douleurs rhumatismales qu’en appliquant des armures aimantées.