‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 100 sur 335 · CI N C H 0 N I N E · texte numérisé non relu

CI N C H 0 N I N E

{Cinclwnina.)

Le procédé qu'il convient de suivre pour obtenir la cinchonine diffère peu de celui que nous indiquons à l'article Sulfate de Quinine, pour obtenir le précipité Quuio-calciire. Seulement il faudra remplacer le Quinquina Calysaya par le Quinquina gris lluanuco qui est plus riche en cinchonine. Le précipité de cinchonine et de chaux sera à plusieurs reprises traité par l'alcool à 90 degrés. Les liqueurs, filtrées bouillantes, laisseront déposer par le refroidissement une partie de la cinchonine sous forme de cristaux. Les eaux mères, réduites par distillation au quart de leur volume, donneront une nouvelle cristallisation de cinchonine. Enfm , les dernières eaux mères donneront par l'évaporation un mélange de Quinine et de cinclionine qu'on pourra séparer en mettant à profit l'inégale solubilité de leurs sulfates. Celui de cinchonine reste dans les eaux mères. Il existe en quantité plus ou moins notable dans celles qui proviennent de la préparation du sulfate de Quinine.

Pour purifier les cristaux de cinchonine brute, on les dissout dans l'alcool bouillant; on décolore la solution parle charbon animal, et on la filtre bouillante, la cinchonine cristallise par le refroidissement.

Elle se présente sous forme de prismes quadrilatères ou d'aiguilles déliées, inco lores et brillant -s. Les cristaux sont anhydres. Ils possèdent une saveur amère particu ière, longue à se développer, à cause de la faible solubilité de 'alca i. Celui-ci exige, pour se dissoudre, 2,500 parties d'eau bouillante. Sa solubilité dans l'alcool est aussi beaucoup moindre que celle de !a Quinine.

La cinchonine est presque insoluble dans l'éther. On parvient donc à extraire la Quin ne d'un mélange de Quinine et de cinchonine, en traitant ce mélange, soit par l'alcool à 63 degrés, soit par l'éther. La cinchonine reste à l'état insoluble.

Sulfate de cinchonine {C'^oir-'.\z''0\ S03H0, 2II0).

(Sulfas cinchonicus.)

Cinchonine pure 100 gr.

Acide sulfurique au dixième.. . q. s.

Délayez la cinchonine dans l'eau distillée bouillante. Ajoutoz-y l'acide sulfurique jusqu'à ce que la liqueur représente une légère réaction acide au papier. Evaporez a solution lentement dans une étuve. Le su fate de cinchonine cristallisera en prismes rhomboïdaux courts, durs, transparents.

On prépare d'une manière semblable presque tous les autres sels de cinchonine.

HISTORIQUE

Les propriétés médicales du Quinquina furent tout à fait inconnues en Europe et en Amérique même, jusqu'en 1638. Ainsi cent cinquante ans à peu près s'écoulèrent entre la découverte du nouveau-monde et celle des propriétés du Quinquina. On a dit et on a répété que longtemps avant l'expédition de Colomb, de Gortez et de Pizarre, les Péruviens connaissaient les propriétés fébrifuges du Quinquina, mais qu'ils avaient voulu les tenir cacbées à leurs oppresseurs. On comprend jusqu'à un certain point que deux ou trois familles s'entendent pour ne pas révéler un secret, et que ce secret soit gardé pendant quelques mois; mais que tout un peuple sache une chose, et que tous le cachent pendant un siècle et demi, en haine d'hommes dont ils avaient embrassé la religion, dans la famille desquels ils vivaient, et auxquels ils étaient mêlés par des mariages légitimes ou illégitimes ; imaginer que pas un prêtre espagnol n'eût reçu une pareille confldence par l'ascendant de la peur et du confessionnal; que pas un chef de famille atteint de fièvre ne fût

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parvenu à surprendi'e par les menaces, par les supplices ou par la ruse, le secret de ses malades ou de ses domestiques, qui sous ses yeux se guérissaient de la fièvre intermitente : c'est là une de ces idées qui répugnent au bon sens, et on ne comprend pas comment des gens d'ailleurs graves ont pu l'admettre un instant.

Quant à cette autre idée que les Indiens ont été instruits des vertus fébrifuges du Quinquina ]}iiv des lions atteints de fièvre qui sont venus instinctivement s'abreuver et se guérir dans des mares oii gisaient renversés des cinchonas, le lecteur nous permettra d'attendre, pour examiner de pareilles inepties, qu'on ait d'abord bien constaté l'existence des lions dans le Pérou et jusqu'à quel point ces animaux ont jamais éprouvé la fièvre tierce ou quarte.

Il est beaucoup plus probable que l'écorce du Quinquina aura été essayée contre les fièvres, au même titre que les autres amers conseillés par tous les médecins dans ces maladies, que l'expérience aura démontré l'beureuse influence de ce moyen qui, d'abord connu de quelques personnes, a acquis bientôt une grande notoriété.

Joseph de Jussieu, frère d'Antoine et de Bernard, qui fut envoyé en Amérique en 1735, avec la mission d'étudier l'histoire naturelle du pays, et d'envoyer ses plantes au Jardin du Roi, désigne positivement les Indiens du village de Malacatos, à quelques lieues au sud de Loxa, comme les premiers qui aient possédé la connaissance des propriétés du Quinquina. Il jeta sur le papier, à ce sujet, lors de son voyagea Loxa, en 1731J, une note qui fait partie d'un mémoire sur le Quinquina écrit en latin et resté inédit. Nous allons ici reproduire le texte de cette note qui se trouve consigné dans le travail sur les trois règnes de la nature de M. Lemaou?, p. 121.

<( Certum est qui prihs notitiam virtutis et efllcaciœ hujus arboris habuere, fuisse Indos vici Malacatos. His cùm, ob calidum simul et liumidum et inconstant iam temperanienti ac inclementiam, febî'ibus interrnittentibus maxime essent obnoxii, rcmedium tam importuni morbi çuœsivisse necessum fuit ; et cùm, regnantibus Ingas, fuerunt Indi botanices periti, et virlutum herbarum indagatores acerrimi^ factâ variarum plantarum experientiâ, tandem Kinnkinœ corticem ultimum ac fere unicum febrium intermittcntium specificum remedium invenêre. Ncc alio nomine arbor apud illos nota quàm ab effectu. Vocârunt Yara-Chucchu, Gava-Chucchu : YarazWem est ac arbor, Gava idem est ac cortex ; Ghucchu horror^ frigus, febris liorripilatio\, quasi dicer es arbor febrium intermittcntium ; Ayac- Cava vocarunt quasi diceres corticem amarum. — Forte fortunâ tkm unus ex socielate Jesu iter hubuerat per vicum Malacatos, is laborans febri intermittente. Misericordiâcoinmotus Indorumdux, quem cacique vocant, cognito reverendi patris morho : « Sine paululùm, inquit, et ad sanitatem perfectam terestituam.n Hoc dicto,exsilit admontem Indus, corticem dictum attulit et decoctum ipsius putri proptnavit. Sanatus et ad perfectam sanitalein restitutus, jesuila perquisivit quod genus medicamenti applicaverat

Indusi. Cognito cortice, hujus non exiguam quantitatem collegit jesuita, et, ad patriam redux, eâdem virtule ac in Pervuinu regiône pollere cxpertus est : indè notus primo fuit cortex Pulveris Jesuitici nomine, etc., etc. »

On dit aussi, et cette anecdote est probablement controuvée, que l'épouse du vice-roi, du Pérou, le comte d'El-Cinchon, atteinte h Lima d'une fièvre intermittente opiniâtre, fut guérie par le Quinquina. Ce remède lui avait été indiqué par le corrégidor de la ville, que la clameur publique avait instruit des propriétés de cette écorce.

La vice-reine, par reconnaissance, se fit protectrice du nouveau remède et le distribua elle- même à tous les fébricitants. De là le nom de Poudre de la comtesse^ sous lequel le Quinquina fut d'abord connu : et comme les jésuites de Lima, dans un esprit de charité, se mirent à donner le Quinquina aux pauvres malades, il fut bientôt connu plus particulièrement sous le nom de Poudre des Jésuites ou des Pères. Cependant ceux-ci en envoyèrent à Rome au général de l'ordre, qui en remit une certaine quantité au cardinal de Lugo, d'où le nom de Poudre cardinale, qui fut donné aussi au Quinquina.

Cependant en 1640, le comte et la comtesse d'El-Cinchon, revenus en Espagne, vantèrent et popularisèrent ce remède, et on en fit venir tout de suite une telle quantité d'Amérique, que les écorces manquèrent, et que les négociants du Pérou trouvèrent plus simple d'y substituer de mauvaises écorces, cfe qui, pour un instant, jeta de la défaveur sur le Quinquina.

Le nouveau remède trouva de nombreux détracteurs. Il fut proscrit par des facultés, et des médecins qui osèrenten expérimenter les effets furent l'objet de persécutions. C'était au point que Frassoni, médecin h Rome, qui croyait aux propriétés fébrifuges du Quinquina, n'en put trouver chez les apothicaires, qui n'osaient pas en vendre, et qu'il se vit forcé d'adresser ses malades à des religieuses qui leur vendaient ou qui leur donnaient dn Quinquina. (Torti, Therap. spécial, p. 3.) Le Quinquina était déjà en honneur en Angleterre en 1660, suivant le témoignage de Sydenham. Cortex peruvianus, cujus Pulvis Patrum vulgo nomine insignitur, annis abhinc quinque et viginti (16i;0) [si benè memini) apud Londinenses nostros, in exterminandis febribus intermittentibus, maxime quartanis primo cœpit inclarescere. (Syd., Epist.ad Rnb. Brady, 1685.) Mais un alderman de Londres et un capitaine étant morts dans "un accès au début duquel ils avaient pris du Quinquina, et la mauvaise administration du remède chez quelques malades n'ayant point empêché les récidives, le Quinquina tomba dans un discrédit dont il ne fut relevé que quelques années plus tard par Sydenham, vers 1670. En 1()79, un empirique anglais, Tabor, Talbor, Talboth ou Talbot (car son nom est écrit de diverses manières par les contemporains), Talbot, disons-nous, qui devait connaître les travaux de Sydenham, guérit Louis XIV d'une fièvre intermittente très-rebelle à l'aide d'un remède secret, qui déjà avait rappelé à la santé un grand nombre de personnes. Le roi lui acheta son secret 48,000 livres,

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lui fit une pension viagère de 2,000 francs, et l'éleva à la dignité de chevalier. Ce remède fut publié par ordre du roi en 1682. (Le remède anglais pour la guérison des fièvres, publié par ordre du roi, par M. de Blegny, à Paris, 1682.) Ce n'était autre chose qu'une teinture vineuse de Quinquina très-concentrée.

La puissance de Louis XIV, la haute considération dont il entoura Talbot, la munificence des largesses dont il le combla, l'exemple qu'il donna à son peuple, les ordres qu'il intima aux facultés de médecine du royaume, donnèrent en un instant une vogue inouïe au Quinquina. L'Europe suivit immédiatement le ton donné par la France, et, peu d'années après la publication du secret de Talbot, l'écorcedu Pérou était devenue un remède populaire. Les travaux de Badus, de Sydenham, de Morton, de Torti, de Lancisi, de WerlhofT, etc., etc., consacrèrent par les témoignagnes scientifiques les plus graves la grande puissance du Quinquina et son importance thérapeutique. Quelques voix s'élevèrent, il est vrai, contre ce précieux médicament, et l'on regrette de compter parmi les antagonistes du Quinquina, Ramazzini et Baglivi ; mais ces deux praticiens rougiraient peut-être aujourd'hui de ce qu'ils ont écrit sous l'influence de quelques mauvaises passions.

A la fin du siècle dernier, et au commencement de celui-ci, la doctrine de Brown donna au Quinquina, dans le traitement de presque toutes les maladies, une vogue que l'expérience a démentie.

Mais en 1820, MM. Pelletier et Caventou, appliquant au Quinquina les procédés chimiques que Sertuerner avait appliqués à l'opium, découvrirent la quinine, comme celui-ci avait découvert la morphine, et l'administration du Quinquina n'en devint que plus facile.

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