ACTION PHYSIOLOGIQUE DU QUINQUINA
L'action du Quinquina sur l'homme en santé n'est pas toujours aussi innocente qu'il avait plu à quelques thérapeutistes de le proclamer. A dose modérée, la poudre de Quinquina n'offense d'abord que le goût à cause de son amertume extrême; et son ingestion causeunsentimentdechaleur incommode et de pesanteur dans la région de l'estomac. Chez les personnes un peu irritables, il ne peut être digéré et il provoque des vomissements; le Quinquina rouge a surtout cette fâcheuse propriété. Rarement il cause de la diarrhée. Quelques heures après qu'il a été reçu dans l'estomac, il survient ordinairement des bourdonnements d'oreille, des tintouins, quelquefois de la surdité, des éblouissements et un mal de tête avec sentiment de resserrement des tempes. A la longue, il donne lieu à des douleurs d'estomac qui prennent chez certaines personnes une intensité remarquable. Ces douleurs, qui persistent pendant un temps assez long, bien qu'on ait cessé l'usage du médicament, cèdent difficilement, et doivent en général détourner les médecins de l'emploi trop longtemps
continué du Quinquina dans le traitement des gastralgies qui réclament l'emploi des toniques.
Mais comme en définitive les effets fébrifuges du Quinquina ne sont dues qu'à la quinine et à la cinchonine, il importe d'étudier l'action de CCS principes et notamment ceux de la quinine, que l'on doit considérer comme type.
Ces effets sont ceux du Quinquina en poudre exagérés. Mais il faut suritout insister sur les phénomènes cérébraux qui surviennent quand on donne le sulfate de quinine à haute dose. Nous avons vu, à l'hôpital de Tours, une jeune religieuse rester folle pendant un jour pour avoir pris •en une dose is^SS de sulfate de quinine. Un jour, par notre conseil, un malade prit en une fois 3 grammes de sulfate de quinine, pour se guérir d'un asthme qui revenait tous les jours à une heure fixe. Quatre heures ^près l'ingestion du médicament il éprouva des bourdonnements d'oreille, des étourdissernents, des vertiges et d'horribles vomissements; nous le vhnes sept heures après l'administration de la quinine, il était aveugle et sourd, délirait, et ne pouvait marcher, tant étaient grands les vertiges qu'il éprouvait ; à chaque instant il vomissait ; en un mot il était sous l'influence d'une véritable intoxication. Ces accidents, auxquels d'ailleurs nous n'opposâmes aucune médication active, cédèrent spontanément dans le courant de la nuit. Quand, au lieu de donner une dose aussi grande que celle qui avait été prise p;ir ce malade, on en peut donner une moins forte, à dans la journée, on n'évite pas encore tous les accidents ; il en est un surtout dont se plaignent la plupart des malades, c'est un obscurcissement de l'ouïe qui va souvent jusqu'à la surdité, il leur semble qu'ils entendent dans le lointain. Nous avons si souvent observé ces phénomènes, et, avant nous, M. Bretonneau, de Tours, les avait si bien indiqués dans ses leçons cliniques, que nous ne concevons pas comment M. Bally déclare n'avoir jamais trouvé le plus léger inconvénient à donner jusqu'à 4 grammes de sulfate de quinine .par jour. Il faut ou que les malades de M. Bally l'aient trompé, ou que lui-même n'ait pas apporté dans l'examen des faits toute l'attention désirable. L'observation de chaque jour, dit M. Bretonneau, prouve que le Quinquina donné à haute dose détermine, chez un grand nombre de sujets, un mouvement fébrile très-marqué. Les caractères de cette ■fièvre et l'époque à laquelle elle se manifeste varient selon les individus. Le plus souvent des tintements d'oreille, la surdité et une sorte d'ivresse précèdent l'invasion de celte fièvre, un léger frisson s'y joint ; une chaleur sèche, accompagnée de céphalalgie, succède à ces premiers symptômes, s'éteint graduellement et se termine par de la moiteur. Loin de céder à de nouvelles et à de plus fortes doses de ce médicament, la fièvre causée par l'absorption du principe actif du Quinquina ne manque pas d'être exaspérée. {Journ. des conn. méd.-c/iir., t. I, p. 136.)
Ces effets physiologiques du Quinquina signalés dans les termes mêmes que l'on vient de lire, dans la première édition de notre rraité
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de tlK'ropmtiqve, avaient été méconnus et niés par la plupart des médecins de notre pays; mais, depuis quelques années, des travaux d'abord à l'étranger et ensuite en France, ont été faits sur cette matière, et bien que les auteurs se soient attribué l'honneur d'une découverte qui appartient tout entière à M. Bretonneau, et que nous avions consignée dans un ouvrage devenu classique, leur témoignage n'en est que plus précieux, et aujourd'hui il n'est pas de médecin un peu attentif qui n'ait tous les jours l'occasion de constater les faits sur lesquels nous venons d'insister.
La surdité ordinairement passagère que cause l'ingestion d'une assez forte dose de quinine peut, dans quelques cas, devenir plus inquiétante et plus durable. Le docteur Ménière, médecin de l'institution des Sourds- Muets de Paris, et qui a fait de si intéressantes recherches sur les troubles de l'ouïe, a vu des individus qui, après l'usage longtemps continué du sulfate de quinine à hautes doses, ont conservé des tintouins pendant plusieurs années ; il cite également le fait d'un enfant qui devint sourd immédiatement après l'administration du sulfate de quinine, et chez qui la surdité resta comi)lète durant plusieurs années et ne put pas être entièrement guérie.
Si le sulfate de quinine cause moins souvent le vomissement que le Quinquina en poudre, il provoque plus fréquemment la diarrhée. On peut même afflrmer, et c'est encore un résultat expérimental indiqué et parfaitement constaté par M. Bretonneau, que beaucoup de fébricitants sont purgés par 60 centigrammes à 1 gramme de sulfate de quinine pris en une seule dose. Nous savons qu'il n'en est pas généralement ainsi à Paris ; mais nous parlons ici de gens atteint de fièvres intermittentes légitimes et bien caractérisées, et non de ces fièvres intermittentes, légères et éphémères, qui s'observent en si grand nombre dans nos hôpitaux. Cette action purgative du sulfate de quinine mérite une attention d'cvutant plus sérieuse que le médicament, s'il purge, n'exerce pas une action fébrifuge aussi énergique. D'oii le précepte de l'associer h. de faibles doses d'opium, d'abord pour neuti-aliser son action purgative, en second lieu pour l'empêcher d'irriter l'estomac et de provoquer ces gastralgies qui s'observent souvent à la suite de l'ingestion du Quinquina, et plus souvent encore après celle du sulfate de quinine.
Les effets que le sulfate de quinine produit sur le système nerveux, sont parfaitement indépendants de l'action irritante topique qu'il exercesur la membrane muqueuse du tube digestif. Ce qui le prouve, c'est qu'il irrite quelquefois très-violemment le canal intestinal sans occasionner d'effets généraux, et que d'autres fois il donne lieu à des accidents nerveux assez intenses, sans que des actes de la digestion en aient été troublés.
Nous venons de parler de l'action irritante topique du sulfate de quinine : elle a été niée par quelques cliniciens; nous n'aurons à leur opposer que les faits suivants : Chez deux femmes auxquelles nous ne pou-
vions sans inconvénient administrer le sulfate de qninine parla bouche, nous résolûmes de l'appliquer sur le derme préalablement dénudé avec les cantliarides. Nous mîmes donc sur le chorion 50 centigrammes de sulfate du quinine. Cette application produisit une très-véhémente douleur et causa une eschare de près d'une demi-ligne de profondeur. Ce n'est pas dire que de pareils accidents se présentent toutes les fois que l'on emploie le sulfate de quinine par la méthode endermique, mais toujours au moins les malades se plaignent d'une douleur locale, et il se manifeste des signes peu équivoques d'inflammation.
La poudre de Quinquina est loin de donner lieu à de pareils accidents : c'est que d'abord le principe actif est combiné à l'écorce, qui ne le cède que lentement ; et qu'ensuite ii est corrigé par la grande quantité de principe astringent qui lui est associé.
C'est probablement aussi au principe astringent qu'il contient que le Quinquina en poudre doit de préserver pendant un certain temps les tissus animaux de putréfaction, au même titre d'ailleurs que l'écorce de chêne employée dans l'art du tanneur.
Les notions précédentes sur l'action physiologique du Quinquina seraient peut-être considérées comme insuffisantes, si nous ne les complétions par l'exposé, au moins très-sommaire, des résultats nouveaux dont la science est redevable à quelques médecins de notre époque, et particulièrement à M. le docteur Briquet.
On sait en effet que cet observateur exact et consciencieux, reprenant pour ainsi dire à nouveau la question jadis si controversée de l'action physiologique du Quinquina, s'est a[ipliqué à déterminer, tant à l'aide de l'expérimentation sur les animaux que de l'observation sur les individus malades, l'influence exercée par cet agent sur les différents appareils organiques. Parmi les résultats les plus importants de ses rechercjies, tant sous le rapport des conséquences théoriques que des applications pratiques, nous signalerons surtout les résultats relatifs à l'action du Quinquina sur le système nerveux encéphalo-rachidien, et plus spécicilpment encore sur l'appareil de la circulation ; et bien que certaines conclusions générales de l'auteur ne s'accordent pas toujours avec nos propres opinions, nous n'hésiterons pas à reconnaître que ses recherches, telles que nous les trouvons exposées dans l'excellente Monographie du Quinquina qu'il a publiée en 1853, sont du plus haut intérêt, et méritent de fixer à la fois l'attention des physiologistes et des pathologistes.
Nous avons cru devoir mentionner plus haut la part importante qui revenait à M. Bretonneau dans le signalement de quelques-uns des principaux phénomènes physiologiques produits par le Quinquina, et nous avons fait ressortir surtout ceux qui témoignent de son action toute spéciale sur les fonctions de l'encéphale.
Nous devons ajouter que des observations analogues avaient été faites par d'autres médecins contemporains.
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C'est ainsi que M. Bally qui, plus que personne peut-être, s'était habitué à manier le Quinquina à haute dose, avait constaté que cette substance jouiss;iit de la propriété de calmer le système nerveux; que plus tard Mérat et Delens, et Guersent ejisuite, lui avaient attribué une vertu narcotique très-manifeste ; c'est ainsi enQn que M. Jacquot, qui en sa qualité de médecin militaire s'était trouvé en position d'administrer souvent ce médicament à dose très-élevée, lui reconnaît très-expressément une vertu stupéfiante.
D'autre part, l'intlueuce si remarquable exercée par le Quinquina sur le système circulatoire n'avait pas échappé à un certain nombre d'observateurs. Nous pouvons citer Giacomini et quelques autres médecins de l'école italienne, et en France Baudelocque, Guersenî, MM. Peireira, Rillet et Barthez. Legroux et bien d'autres médecins de Paris, et avec eux MM. Dupré et Favier, de Montpellier, et un grand nombre d'autres encore, qui tous avaient signalé le ralentissement très-notable du pouls sous l'influence du Quinquina pris à haute dose, soit dans l'état de santé, soit dans le cours de diverses maladies fébriles.
Cette action hyposthénisante du Quinquina sur l'ensemble du système nerveux, et notamment sur l'appareil circulatoire, était donc un fait explicitement reconnu ; et pourtant. U faut bien le dire, ce fait avait de la peine à se faire accepter généralement comme chose parfaitement démontrée et déOnitivement acquise à la science, par la raison peut-être qu'on n'avait pas su montrer toutes les conséquences pratiques qu'il pouvait recéler.
Or il faut rendre justice à M. Briquet à cet égard : c'est à lui qu'on doit d'avoir, dans ces dernières années, mis en complète évidence cette propriété hyposthénisante du Quinquina, notamment sur l'appareil circulatoire, et d'avoir, grâce à ses expériences et à ses observations nombreuses, porté la lumière et la précision sur beaucoup de points qui restaient encore entourés de vague et d'obscurité ; ajoutons enfin qu'à lui surtout revient le mérite d'avoir été le principal promoteur de quelques applications nouvelles du Quinquina qui, réglées parune Siige expérience, doivent constituer une des plus précieuses conquêtes de la thérapeutique.
Action du Quinquina sur Cappareil encéphulo-rachidten . Des expériences sur les animaux et, d'autre part, des observations extrêmement nombreuses, faites sur des personnes saines ou malades, ont conduit M. Briquet à démontrer d'une maDière incontestable ce premier fait, savoir : que les alcaloïdes du Quinquina ont une action directe et presque instantanée sur l'axe cérébro-spinal.
Mais relativement à cette action, il établit une distinction capitale qui permet d'expliquer des résultats en apparence contradictoires, dont jusqu'ici on n'avait pas exactement apprécié la véritable cause. En d'autres termes, en même temps qu'il décompose l'expérience ou la médication en deux périodes, il fait voir que les effets sont très-variables suivant la différence des doses.
Ainsi dans la première période, si le sel est donné à petite dose, il y a excitation des fonctions cérébrales ; dans la seconde, au contraire, si l'on en continue l'emploi et si l'on enlève les doses, il y a sédation des mêmes fonctions. M. Briquet montre ensuite que la période d'(!xcitation est d'autant plus prononcée que le sel de quinine a été introduit brusquement, directement, et pour ainsi dire en masse dans le cerveau (il s'agit ici d'expériences sur les animaux), mais qu'elle est presque toujours d'une durée assez courte.
La période de sédation, au contraire, apparaît d'autant plus promptement et plus sûrement, et elle a une durée d'autant plus longue que les sels de quinine ont été mis en rapport avec l'encéphale indirectement, lentement, et pour ainsi dire molécule à molécule, lorsque, par exemple, ils ont été introduits par la voie de l'absorption stomacale, et donnés à doses progressives et graduées.
Chez l'homme, l'observation donne exactement les mêmes résultats que l'expérimentation chez les animaux. Ainsi, le sel de quinine, à petite dose, produit également ici une excitation de courte durée, tandis qu'à dose élevée, mais fractionnée et continue, il donne lieu à une sédation plus prolongée et plus longtemps soutenue.
Or c'est précisément cette sédation plus ou moins durable et prononcée qui, aux yeux de l'auteur, constitue le véritable mode d'action du médicament, celui qui lui servira à peu près exclusivement pour rendre compte de ses effets thérapeutiques.
A chacune de ces périodes correspond un ensemble de phénomènes dont l'auteur fait un tableau des plus détaillés et des plus complets. C'est ainsi qu'on voit ces phénomènes, se déroulant dans une sorte de progression continue, exactement en rapport avec la dose graduellement croissante du sel de quinine, débuter par un simple embarras de la tête, un peu de céphalalgie, des bourdonnements d'oreille, quelques vertiges, une titubation légère, arriver peu à peu à un état d'engourdissement général, à la somnolence, à un commencement de stupeur, à la dureté de l'ouïe, à l'obscurcissement de la vue, pour aboutir bientôt à la perte absolue de la vue et de l'ouïe, à l'insensibilité de la peau, à l'immobilité et à la prostration, et finalement à l'anéantissement à peu près complet de toutes les fonctions cérébrales. Ajoutons encore qu'il se joint parfois à ces phénomènes du délire, des convulsions et même des accidents de véritable méningite; et disons enfin que dans quelques cas rares, si la dose a été poussée à l'extrême, on a vu la scène se terminer par le collapsus général, le coma et la mort.
Dans le but de déterminer quelle est la partie de l'appareil cérébro-spinal qui est primitivement atteinte par le sulfate de quinine, Eulenburg a fait des recherches très-intéressantes {Arc/iiv. f. Analomie, etc., 1865, IV, p. 423), d'où il croit pouvoir conclure que le sulfate de quinine agit d'abord sur la moelle, où elle paralyse les centres d'action réflexe ; pui ; sur le cerveau, où elle paralyse les centres de la sensibilité et du mouve-
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ment volontaire. Pour arriver à cette conclusion, Eulenburg se fonde sur le l'ait suivant : Lorsqu'une grenouille a été empoisonnée par le sulfate de quinine, elle devient, au bout de dix à vingt minutes, insensible aux excitations mécaniques et physiques. Elle n'est pourtant, dans cet état, privée ni de sensibilité ni de motilité ; car, si on la couche sur le dos, elle tend à se remettre sur le ventre. La quinine ne paraît pas avoir d'action sur les nerfs; mais comme l'ammoniaque, si on l'applique sur une section fraîche du muscle, elle le fait contracter, tandis que si le muscle est immergé dans une solution de sulfate de quinine, il perd bientôt toute contractilité.
Action du Quinquina sur V appareil circulotoire. Le Quinquina produit sur cet appareil une double action à effets opposés, tout à fait analogue à celle que nous venons de constater sur le système encéphalo-rachidien, et subordonnée également cà la dose à laquelle il est administré.
Ainsi le sel de quinine donné à petites doses et à intervalles assez éloignés (15 à 30 centigrammes en plusieurs fois) a pour effet immédiat d'imprimer plus d'énergie aux battements du cœur, et d'augmenter la force et la fréquence du pouls.
Mais donné à plus haute dose, et toujours d'une manière progressive (c'est-à-dire depuis \ gramme jusqu'à 2, 3 et même 4 grammes dans les vingt-quatre heures), le sel de quinine produit une sursédation sur l'appareil cardiaco-vasculaire, qui se manifeste à la fois par un ralentissement et un affaiblissement des plus notables dans les battements du cœur et du pouls.
Outre cette action hyposthénisante sur le système circulatoire, le sel do quinine à haute dose exerce une influence également dépressive sur la calorification. Ainsi en même temps qu'il diminue la force et la fréquence du pouls, il abaisse d'une manière très-marquée la température delà peau. Selon M. Briquet, cette réfrigération serait le résultat direct du ralentissement de la circulation, et se trouverait toujours en rapport avec ce phénomène.
N'oublions pas d'ajouter que l'usage du sel de quinine, s'il est un peu prolongé, ne tarde pas à modifier le sang lui-même plus ou moins profondément. Ainsi, selon quelques observateurs modernes, et entre autres jMélier, Monneret et Legroux, le Quinquina a pour effet ordinaire d'augmenter primitivement la ténuité et la fluidité de la masse sanguine. Pour M. Briquet, au contraire, dans le principe, la quantité de fibrine augmente dans une proportion notable, en même temps que les globules diminuent. Mais plus tard, si les doses ont été excessives et prolongées, le Quinquina, en ralentissant la circulation générale et en troublant les fonctions de respiration et d'hématose, amène une stagnation du sang dans les vaisseaux, et, par suite, lui fait perdre la propriété de se coaguler, et lui donne une couleur noirâtre et un aspect diffluent.
Mais, chose digne de remarque ! tandis que les sels de quinine exercent une action débilitante et dépressive sur les organes dans lesquels ils
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pénètrent par voie d'absorption, on les \oit produire un effet tout différent sur les parties avec lesquelles ils sont dans un contact direct et prolongé. Ainsi, lorsque le tube digestif est dans l'état normal, le sulfate de quinine y détermine une excitation modérée, qui se traduit le plus souvent par une simple augmentation d'activité dans les fonctions de cet organe. Que si le tube digestif se trouve dans un état pathologique, ou si la dose est trop élevée, ou bien encore si l'usage du médicament est trop prolongé, cette excitation se change facilement en irritation inflammatoire à tous ses degrés et avec toutes ses conséquences : soif, vomissements, douleurs locales, diarrhée, etc.. etc.
Nous faisons observer d'ailleurs que cet effet du sulfate de quinine est exactement analogue à celui que nous présentent l'éther, le chloroforme, l'acide cyanhydrique, qui irritent plus ou moins fortement la partie avec laquelle ces agents sont mis en contact direct, tandis que, s'ils sont absorbés par l'estomac ou inhalés par les voies respiratoires, ils vont produire sur le système nerveux une action anesthésiante ou stupéfiante.
N'oublions pas non plus, en terminant, de dire que le sulfate de quinine, introduit dans l'économie, va passer rapidement, et en assez grande quantité, pai' les voies urinaires, et que son contact avec la membrane muqueuse des reins et de la vessie a souvent pour effet d'y produire de l'excitation, quelquefois des douleurs et même de la phlogose, avec les différents symptômes de la cystite, et parfois même de la rétention d'urine. Quant à l'excrétijn urinaire, elle est modifiée en ce sens que l'acide urique est positivement éliminé en moindre quantité (Ranke, Schmidfs Jahr., CIV,23). Notons enfin qu'il est facile de suivre les progrès de l'absorption des sels de quinine et de constater la présence de ces sels dans l'urine au moyen d'un réactif d'une sensibilité extrême, l'iodure ioduré de potassium, qui, en s'unissant à la quinine, donne lieu à un précipité ayant la couleur de la poudre de Quinquina orangé. C'est à M. Bouchardat qu'on doit la découverte de ce précieux réactif.
En résumé, après avoir étudié successivement l'actioa du Quinquina ou de ses alcaloïdes sur les différents appareils organiques, et, avoir constaté une diminution très-manifeste de la puissance nerveuse dans ces principaux appareils, M. Briquet se trouve conduit à dénier à ces alcaloïdes toute propriété tonique, qu'il réserve exclusivement au Quinquina en nature, ou, pour mieux dire, aux parties extractives, et surtout au tannin contenus dans cette écorce.
Au lieu de cette vertu tonique qu'il regarde comme complètement usurpée, M. Briquet ne veut plus voir dans le sulfate de quinine que la faculté d'exercer une action séda,tive et hyposthénisante sur l'ensemlile du système nerveux, et plus spécialement sur la portion du système ganglionnaire qui préside aux fonctions de circulation et de calorificaon ; et, sous ce rapport, il croit devoir lui assigner sa place à côté de
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ropium et de la digitale, dont il semble réunir la vertu stupéfiante et sédative.
Ajoutons que la propriété tonique du sulfate de quinine se trouvant supprimée, l'auteur n'est nullement embarrassé à faire dériver de son action hyposfhénisante tous ses effets thérapeutiques anciennement reconnus ou nouvellement constatés, et qu'il n'hésite même pas à faire rentrer dans ce vaste système d'explication les propriétés fcbi-ifnge et antipériodique du Quinquina. Toutefois, il lui reste un scrupule. Nous avons vu que, contrairement à l'opinion de quelques observateurs, qui attribuent au sulfate de quinine administré à haute dose la propriété d'agir comme dissolvant sur la masse sanguine, M. Briquet reconnaît à cet agent la propriété précisément inverse d'élever de prime abord le chiffre de la fibrine et de donner au sang plus de plasticité. Or cette particularité, qui, pour le dire en passant, ne paraît pas se concilier facilement avec l'idée d'un médicament qui serait essentiellement antitonique, suffit néanmoins à l'auteur pour l'empêcher de considérer le sulfate de quinine, avec l'école italienne, comme un véritable controstimulant, et avec quelques autres, comme un pur antipblogistique. Aussi louerons-nous M. Briquet de cette sage restriction, par la raison que, comme praticien, il aura le bon esprit d'en tirer plus d'une fois des motifs de contre-indication dans des cas où ce médicament ne peut qu'être essentiellement nuisible.
Quoi qu'il en soit, des expériences et des observations les plus probantes, il ressort un fait, aujourd'hui défhiitivement acquis à la science, c'est que le Quinquina à haute dose possède une action sédative et hyposthénisante sur l'ensemble du système nerveux, et que cette action s'exerce d'une manière pour ainsi dire élective sur la sensibilité générale, et plus spécialement encore sur l'appareil circulatoire. Ajoutons qu'à ce titre le sulfate de quinine a pu être, mieux que la digitale ellemême, qualifié d'opium du cœur, s'il est vrai qu'il déprime plus profondément sa force contractile, et qu'il ait le pouvoir, non-seulement de ralentir, mais d'affaiblir les battements de cet organe, tandis que la digitale, tout en les ralentissant, leur donne, primitivement au moins, une plus grande énergie.
Maintenant, de quelle manière doit-on entendre cette action sédative du Quinquina? Est-elle primitive ou secondaire , directe ou indirecte? Et puis, en présence d'un fait si important et à peine entrevu, fait qu'il venait de travailler avec tant de soins à mettre en lumière, M. Briquet n'a-t-il pas été entraîné à lui faire théoriquement une part trop exclusive et à tomber à cet égard dans l'esprit de système et peut-être même dans le paradoxe? C'est ce que nous n'avons pas à rechercher ni à discuter en ce moment, ces quèstions devant se présenter plus loin au chapitre de la Médication névrosthénique. Mais une autre tâche va nous rester à remplir : c'est d'indiquer quelques-unes des applications qui se rattachent à la découverte de ce fait nouveau, et de faire connaître le rôle im-
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portant, mais parfois abusif, que le sulfate de quinine a joué depuis quelques années dans la thérapeulique de beaucoup de maladies fébriles et inflammatoires.
Fièvres intermittentes. S'il est dans la matière médicale une action médicamenteuse démontrée, c'est celle du Quinquina dans les fièvres intermittentes. Aussi ne discuterons-nous pas un fait aujourd'hui irréfragable; nous étudierons seulement les divers modes d'administration du Quinquina dans ces fièvres.
Faut-il donner le Quinquina avant, pendant ou après l'accès?
A quelle dose faut-il le donner ?
A quelles intervalles les doses doivent-elles être répétées: l'pour guérir ; "2° pour prévenir ?
Par quelles voies convient-il d'administrer le Quinquina?
Quelles modifications les règles que nous poserons doivent-elles subir suivant la nature, le caractère de la fièvre intermittente ; suivant le lieu dans lequel elles sont contractées? Faut-il un traitement préalable, et quelle est l'influence de ce traitement ?
A. Faut-ïi donner le Quinquina avant, pendant ou après l'accès?
La méthode romaine, la première qui fut connue en Europe, et qui avait été enseignée parles jésuites de Lima à ceux de Rome, voulait que l'on donnât le Quinquina immédiatement avant l'accès Si la fièvre était double-tierce, on administrait le médicament au début de l'accès le plus violent, afin de détruire plus sûrement le paroxysme du lendemain qui était naturellement plus faible. Cette méthode était généralement adoptée en Italie ; c'était celle que Torti tenait de son maître, celle qu'il suivait dans les fièvres intermittentes ordinaires. [Tkerap. specialis, cap. VIII )
Sydenham, au contraire, voulait que l'on commençât à donner le Quinquina à la fin du paroxysme, et jamais au début, et toutes les quatre heures il en faisait prendre une nouvelle dose jusqu'à l'heure présumée de l'accès qui devait suivre.
Cette méthode, dite Méthode anglaise, que Torti ne blâmait pas, bien qu'il ne voulut pas la suivre, fut hautement adoptée et proclamée par Sydenham, qui se l'appropria et qui fit sentir les inconvénients qu'il y avait à donn(!r le Quinquina au début du paroxysme ; Morton suivit en cela la pratique de Sydenham.
Cullcn, dans sa matière médicale, revint cà l'opinion de Torti et la soutint opiniâtrément ; mais, de nos jours, M. Bretonneau (de Tours), expérimenta comparativement ces divers modes d'administration, et se rangea pleinement à l'opinion de Sydenham. Il vit, ce que d'ailleurs Sydenham avait parfaitement indiqué, il vit, disons-nous, qu'en donnant le Quinquina immédiatement avant le paroxysme, le médicament était souvent vomi : ce qu'avait reconnu Torti lui-même, qui, pour cette raison, con-
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sentait à le donner quelquefois après l'accès : Exhibendo videlicet drachmas duas chinachinœ, invadente paroxysmo, vel, si mavis, eodem déclinante; siquidem in principio accessionis metus est, ne vomitu, tune tetnporis, facile l'ejiciatur. (Torti, Therap. spec, cap. VIT, p. 58.) Il constata que le paroxysme était plus violent, plus douloureux pour le malade quand le Quinquina avait été administré avant l'accès; que pourtant l'accès suivant n'en était pas moins supprimé ou singulièrement atténué : qu'en outre, on obtenait cet heureux résultat tout aussi sûrement lorsqu'on faisait prendre l'écorce du Pérou immédiatement après le paroxysme ; que, par conséquent, il n'y avait que de l'inconvénient et nul avantage à suivre le mode adopté par Torti. Nous verrons plus bas comment, dans le traitement des fièvres pernicieuses, il convient de s'écarter de celte règle.
En résumé, M. Bretonneau, après Sydenham, formule sa pratique en ces termes : Administrez le Quinquina le plus loin possible de l'accès à venir. {Journ. des connaiss. méd.-cinrurg., t. I, p. 135.)
La raison de ce précepte est toute simple. Le Quinquina n'agit pas par un principe volatil et dilTusible qui, absorbé immédiatement, soit mis rapidement en contact avec tous les tissus de l'économie ; son principe actif est absorbé assez lentement, et il lui faut un certain temps pour modifier puissamment l'organisme. Ce temps, quand la dose de Quinquina n'excède pas les limites ordinaires, est au moins de dix-huit ou vingt-quatre heures. Quand la dose au contraire est plus forte, six, huit, douze heures suffisent. Si donc on donne le Quinquina au commencement de l'accès, quel but peut-on se proposer? De supprimer ce même accès? La chose est impossible. De supprimer le suivant ? Mais pourquoi avoir laissé au malade un paroxysme de plus, lorsque, en donnant le fébrifuge au moment où finissait l'accès précédent, on avait assez de temps pour que le Quinquina fût absorbé?
Nous devons dire toutefois que le sulfate de Quinine n'a pas besoin d'être donné aussi longtemps avant l'accès que le Quinquina; cependant jamais un accès de fièvre ne sera prévenu, même par le sulfate de Quinine, aussi sûrement que si le médicament a été administré très-longtemps avant l'invasion du paroxysme.
B. A quelles doses faut-il donner le Quinquina? Sydenham Ct MortOU
administraient le Quinquina en nature ou l'incorporaient dans un opiat; mais ils le faisaient prendre à doses peu fortes, répétées plusieurs l'ois par jour et continuées pendant un certain temps. Mais Torti, qui suivait la méthode romaine, voulait qu'on donnât en une fois une forte dose, e.stimant qu'on obtenait par ce moyen bien plus qu'en fractionnant et en divisant en plusieurs jours une quantité de Quinquina beaucoup plus considérable.
« 6 scrupules de poudre de Quinquina pris successivement dans l'espace de six jours, bien qu'égaux eu poids à 2 gros, sont bien loin d'avoir la même activité que ces 2 gros pris en un seul coup. Ceci
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t'î?t d'une vérité et d'une importance pratiques capitales. D'où il suit qu'avec 24 ou 30 grammes de Quinquina, tel médecin guérira une fièvre intermittente qui déjà a duré longtemps, et même en préviendra le retour; tandis que tel autre n'en viendra pas à bout avec 3 ou 4 onces delà même poudre. Le premier aura donné, du premier coup, 8 grammes, ce qui suffira pour supprimer immédiatement l'accès; puis, après un intervalle d'un ou deux jours, il donne encore 4 grammes en une fois, et autant le jour suivant : il laisse alors un intervalle de huit jours à peu près, et, durant une semaine, il administre 2 grammes chaque jour ; de cette manière, il a empêché toute récidive ; le second, au contraire , n'a pas guéri en donnant chaque jour l scrupule, et en employant en tout 3 onces de Quinquina. » Neque enim sex scrupuli V. g. pulveris, per sex successivos dies asswnpti, œquivalent activitati, licet œquivaleant ponderi duarum drachmarum uno kaustu assumptarum ; quod, ut maxime verum est, ita maxime notandum in prvxi. Hinc est, quod nnus medicus, cum dracJimis sex, vel onciâ unà chmachinœ, quam~ libet febrem intermittentem diuturniorem sanet, et etiam prœcaveat, aller vero cum unciis tribus vel quatuor, vix ac ne vix quidem id assequatur ; si videlicet primus drachmas duas prima vice pon'igat [quibus solis febrem immédiate supprimit), dein, post unam vel alteram diem, drachmam unam iferum propinet, ac, sequenti die, alteram similiter drachmam, demumque, interposito oclo circiter dierum spatio, semi-drachmam quotidie per alios octo dies continuos exhibeat, quâ methodo omnis fere semper inliibetur récidiva : alter vero très uncias, ad scrupulum unum quotidie, prope inutiliter, impendut. (Loco cit., p. 55.)
((12 grammes et même 8 grammes de Quinquina jaune royal suffisent ordinairement pour supprimer un accès de fièvre intermittente légitime ; mais cette dose doit être administrée en une seule fois. La même quantité fractionnée ne produit pas le même effet. 60 grammes du même Quinquina ont été donnés dans l'espace de cinq à six jours, dans les intervalles apyréliques, sans que la fièvre ait été supprimée, tandis que 15 grammes administrés en une seule fois ont eu les résultats accoutumés. )) [Journ. des connaiss. méd.-chirurg., t. I, p. 135.) Il ne faut pas cependant entendre, suivant la lettre judaïque, ce précepte de Torti et de Bretonneau. Nous avons souvent entendu ce dernier expliquer ce qu'il entendait par une seule dose. Il veut que, dans un espace de temps trèscourt, une, deux, trois heures au plus, la quantité prescrite de Quinquina soit ingérée ; car on conçoit qu'il est des malades qui ne supporteraient pas aisément d'avaler d'un coup 15 grammes de poudre de Quinquina. Ceci s'applique aussi au sulfate de quinine.
En formulant, nous dirons : Le Quinquina doit être administré à la dose de 8 à 15 grammes en une seule fois ou à des intervalles très-rapproches.
La plupart des médecins, dans l'administration du Quinquina ou du sulfate de quinine, refusent d'adopter le mode conseillé par Torti et par
8"= LD.— T. Il, 32
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Brelonneau. Très certainement ils guérissent la fièvre, mais à plus de frais et avec plus d'inconvénients que les autres.
C. A quels intervalles les tloses doivent-elles être répétées pour guérir, pour prévenir la fièvre ?
Nous venons de voir que le Quinquina devait toujours être donné d'abord dans un intervalle apyrétique et le plus loin possible de l'accès à venir, c'est-à-dire à la fin d'un paroxysme ; nous avons vu ensuite qu'il fallait en donner une forte dose pour supprimer un accès.
Sans doute, et nous en avons vu mille exemples, quand on administre le Quinquina en temps et aux doses convenables, l'accès suivant est supprimé ; mais il ne l'est pas si nettement que le malade n'en éprouve encore quelques légers souvenirs : ce sont ou une chaleur plus vive accompagnée de malaise, ou, ce qui est bien plus ordinaire, des sueurs abondantes qui se reproduisent aux jours où le paroxysme devrait avoir lieu. La fièvre alors n'est véritablement pas guérie, et si l'on cesse brusquement le médicament fébrifuge, on voit bientôt reparaître les accès, d'abord plus faibles et moins tranchés, bientôt avec leurs caractères les plus nets et les plus positifs. D'où le précepte admirable énoncé par Torti dans le passage que nous citions tout à l'heure ; précepte qu'il tenait lui-même de ses maîtres et des médecins romains qui les premiers avaient donné le Quinquina. Cette méthode avait été adoptée par Sydenham, qui dans ses ouvrages l'a reproduite avec tant d'insistance, qui l'a motivée par tant de raisons pratiques, qu'elle a pris le nom de ce grand homme, et qu'elle est connue dans tous les écrivains du siècle dernier sous le nom de méthode de Sydenham. Sydenham pensait que la récidive tenait à ce que le sang n'était pas assez saturé du fébrifuge ; et pour la prévenir, il comprit qu'il fallait donner une nouvelle dose avant que l'influence de la précédente fût entièrement annulée, ^ecidiva ex eo videbatur nasci, quod sanguis non satis exsaturaretur virtule febrifiigi, quod utut efficax, iinô tamen vice morbo penitùs exterminandn pa7^ non fuit : idcirco autumabam nihil ad eam prœcavendam œquè posse conducere atque methodum repelendi pulveris, etiam devicto ad prœsens morbo, justis semper intervallis, antcquàm scilicet vires prœcedentis dosis prorsùs elanguescerent . (Epist. ad Rob. Brady.)
Sydenham y met plus d'insistance, il spécifie avec cette minutie des bons praticiens qui ne croient jamais qu'un détail soit de trop. « Si, dit-il, je suis appelé le lundi auprès d'un malade atteint de fièvre quarte, et que son accès doive venir ce jour même, je ne fais rien ; je lui fais seulement espérer la guérison de l'accès ultérieur. Alors pendant les deux jours d'intermission, savoir le mardi et le mercredi, je donne de quatre heures en quatre heures une dose selon la formule suivante : Poudre de Quinquina, i once ; sirop de rose ou d'oeillet, quantité suffisante pour un électuaire que l'on divise en douze doses (chaque dose contenant 2 grammes et demi de Quinquina). Le malade prend une dose toutes les quatre heures, immédiatement après l'accès, et un peu de vin par-dessus. Au
lieu de l'électuaire, on prendra du vin de quinquina préparé avec 1 onci; d'écorce par Idlogramme de vin rouge. La dose sera de huit à neuf cuillerées (100 à 150 grammes) de quatre heures en quatre heures. Le jeudi, jour présumé de l'accès, le malade ne prend rien ; il a d'ailleurs fini le Quinquina. Mais, pour éviter les récidives, le huitième jour juste après l'administration de la dernière dose, je recommence exactement de la même manière ; et quoique, en général, cet emploi deux fois répété du Quinquina suffise le plus souvent pour anéantir la fièvre, cependant le malade ne sera en sûreté que si le médecin revient à la même rhédicaiion une troisième et une quatrième fois.
« La même méthode me réussit dans les fièvres tierces et quotidiennes ; je les attaque immédiatement à la fin du paroxysme, je les poursuis par l'administration du remède donné aux intervalles que j'ai indiqués tou à l'heure , avec cette différence toutefois que si entre deux accès de quarte il faut distribuer 30 grammes de quinquina, 24 grammes suffiront dans les fièvres tierces et quotidiennes. »
Adœgrum quartanâ febri laboranlem accersitus [dieLunœ, verbi gratiâ), si paroxysmus eodem die sit invasurus, nihil prorsùs moveo, sed id lantum ego ut sperare fuciam eum à 'proximè venturo liberatum iri. Ac proindè hinis diebus intermissionis {Martis scilicet et Mercurii), corticem exliibeo Jiunc in modum. Corticis Peruviani puloerat.^ unciam unam; cura s. q. syrupi caryopkyllorum, vel de rosis siccis. Fiat eiecluarium, dividendum in duodecim partes, quarum unam capiat^ quurtù quôque horâ, incipiendo iminediatè post paroxysmum, superbibendoquc haustum vini ciij'uslibet. Sed minori cum molestiâ, eodem tamen fructu, liujus pulveris una uncia admisceri poterit libris duabus vini clareti , atque ejus coclilearia octo vel novem exhiberi iisdem quœ dicta sunt temporis intervallis. Die Jovis, quo metuitur paroxysmus , nihil impero. Verumenimvero , ne morbus denuo recrudescat, die octave prœcisè à quo postremam dosin œger assumpsit, eamdem prœfali pulveris quantitatem, eâdem quâ prias méthode, cerlo ■certius exhibeo. Quamvis autem repetita hoc modo semel medicatio persœpè morbum conficiat, non (amen prorsus in tuto collocatur ceger, nisi medico ter quaterve eamdem methodum eodem temporis inlervallo itérante.
Dicta methodus usu mihi venit in cœteris febribus intermiltentibus, sive iertianis, sive quotidianis , utrasque enim statim a finito paroxysme aggredior, et repetite perjàm commemorata paroxysmorum interstitia medicamine urgeo atque a tergo premo; hoc tamen discrimine, quod cum quartana rarissime nisi unciâ unâ in doses dispertitû, reliquce sex drachmis possint expugnari. (Ibid.)
La méthode adoptée par Torti, comme on peut le voir, diffère à peine de celle de Sydenham. Stoll, van Swieten, avaient reconnu l'utilité pratique des conseils de l'Hippocrate anglais, et, de nos jours, M. Bretonneau a constaté, par de nouvelles expériences, l'excellence de cette inéthode.
riOO MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
Essayons de résumer brièvement les diverses méthodes curatives de ]a fièvre. Elles peuvent se réduire à trois :
Méttiode de Torti ou méthode romaine.
Méthode de Sydenham ou méthode anglaise. Méthode de Bretonneau ou méthode française.
méthode de Torti. 8 grammes de Quinquina, en une seule dose, ou immédiatement avant l'accès, ou au déclin de l'accès. — Un ou deux jours d'intervalle, puis, deux jours de suite, A grammes en une seule fois. Huit jours de repos, puis 2 grammes huit jours de suite.
Méthode de Sydenham ou méthode ant^laise. 30 grammes OU 24 grammes de poudre de Quinquina, distribués de quatre heures en quatre heures, par doses de 2 grammes et demi à partir de la fin de l'accès. Huit jours après le début du traitement, reprendre la même médication, et y revenir deux fois encore aux mêmes intervalles et exactement de la même manière.
En évaluant en sulfate de quinine, nous avons 3 grammes de sulfate de quinine, distribués de quatre heures en quatre heures par doses de 15 centigrammes.
Méthode de Bretonneau on méthode française. Quinquina, 8 grammes, OU sulfate de quinine 1 gramme en une seule dose, ou en deux doses très-rapprochées, le plus loin possible de l'accès à venir ; cinq jours d'intervalle, même dose; huit jours d'intervalle, même dose; et de huit jours en huit jours la même dose pendant un mois. Si la fièvre dure depuis très-longtemps il continue, mais il peut élever davantage les doses ; il met alors des intervalles successifs de dix, quinze, vingt, vingt-cinq et trente jours; et, de cette façon, il prévient sûrement les récidives, ce qu'on n'obtenait pas, à beaucoup près, avec la même certitude, en s'en tenant rigoureusement à la méthode de Sydenham.
Métliode de Bretonneau modifiée par Trousseau. Pendant trois années que nous avons passées à l'hôpital de Tours^ suivant la clinique de- M. Bretonneau, nous n'avons jamais vu qu'une fois cette méthode ne pas guérir une fièvre intermittente ; mais, depuis que nous sommes nousmême à la tête d'un service d'hôpital à Paris, il nous est arrivé assez souvent, tout en adoptant exactement les formules de notre illustremaître, de ne pas couper nettement des fièvres intermittentes d'ailleurs parfaitement légitimes. Le premier accès qui suivait l'administration du Quinquina était reculé, singulièrement atténué et quelquefois même supprimé ; mais le second, ou tout au moins le troisième, reparaissait plus ou moins modifié. C'était là un inconvénient assez grave. Nous y avons paré par la méthode suivante :
Immédiatement après l'accès, 8 grammes de Quinquina de Calysaya
•ou 1 gramme de bon sulfate de quinine. — Un jour d'intervalle, même dose; deux jours d'intervalle, même dose; trois jours d'intervalle, même dose; quatre jours d'intervalle, même dose. — Le reste suivant la méthode indiquée par Bretonneau.
La méthode du médecin de Tours ne manque que bien rarement son effet lorsque les fièvres ne durent pas depuis bien longtemps, et surtout lorsque la mauvaise administration du Quinquina n'a pas blasé l'économie sur ce précieux médicament; mais lorsque le malade a eu de nombreuses récidives de lièvres, lorsqu'il a déjà pris souvent du Quinquina ou du sulfate de quinine, il faut recourir au mode d'administration que nous avons indiqué, si l'on veut en finir vite avec la maladie ; et mieux encore à la méthode de Sydenham, en s'en tenant rigoureusement aux doses indiquées par cet illustre praticien.
Nous voulons faire ici une importante remarque qui fera mieux ressortir encore l'excellence de la méthode de Sydenham et de Bretonneau, c'est que, si, après l'administration la mieux entendue du Quinquina, on cesse brusquement de donner le remède, la fièvre revient, et alors il faut recommencer sur nouveaux frais exactement de la même manière qu'au début du traitement.
Les avantages que présente la méthode de Sydenham et de Bretonneau sont d'abord d'être certainement plus curative que les autres ; mais elle est exempte encore de quelques graves inconvénients sur lesquels nous devons appeler l'attention de nos lecteurs.
Lorsque, par d'autres méthodes, on donne tous les jours une dose faible de Quinquina, la fièvre est modifiée et guérie quelquefois, mais plus difficilement et moins sûrement ; il survient bientôt de vives douleurs d'estomac, sous quelque forme qu'on l'administre. Si donc la fièvre reparait, on ne peut plus la guérir. Mais si de fortes doses sont renouvelées chaque jour et continuées pendant longtemps, outre les douleurs d'estomac dont nous venons de parler, il se manifeste une espèce de fièvre parfaitement indiquée par Bretonneau, et qui offre un type intermittent quand le Quinquina est donné d'une manière intermittente. Cette fièvre est une espèce de cercle vicieux dans lequel tournent trèssouvent des médecins inexpérimentés, ignorants de l'action du Quinquina ; ils redoublent les doses du médicament et jettent le malade dans un état qui peut être fort grave.
Un autre inconvénient, c'est celui qui résulte de l'accoutumance, s'il nous est permis de nous servir de cette vieille expression. Les malades, à force de prendre du Quinquina, finissent par être insensibles à son action, et la fièvre se renouvelle malgré les doses que l'on donne chaque jour. On comprend que, dans la méthode de Sydenham, ces inconvénients sont évités.
Parmi les accidents attribués au Quinquina, il en est qui certainement ne lui sont pas imputables : nous voulons parler de l'engorgement de la rate. Dès les premiers temps de la découverte de l'écorce du Pérou, ce
502 MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉMQUES.
grie. fut un des plus graves qu'on lui reprocha, et de nos jours encore il se trouve des médecins qui renouvellent cette vieille querelle. La question est assez complexe, et voici pourquoi : quand la fièvre intermittente dure depuis longtemps, il est ordinaire que les malades aient pris du Quinquina ; la rate, dans ce cas, est toujours engorgée : faiit-il attribuer cet engorgement à la maladie ou au médicament? Au lieu d'accuser le Quinquina, comme le faisaient et comme le font encore les détracteurs de cette précieuse substance, il faut rechercher avec soin, dans les pays où règne endémiquement la fièvre intermittente, des individus qui n'aient jamais pris de Quinquina, et qui souffrent de la fièvre depuis cinq ou six mois; chez eux on trouvera presque invariablement la rate hypertrophiée; et cet engorgement de la rate peut même être constaté par la percussion après cinq ou six accès; et M. Bailly, de Blois, l'a souvent reconnu à l'autopsie, dans les fièvres intermittentes pernicieuses, chez des malades qui n'avaient pas pris de Quinquina. D'un autre côté, il est facile de s'assurer que la rate conserve son volume normal chez les personnes qui, pour une affection névralgique ou autre, ont eu souvent recours au Quinquina.
Nous avons vu comment le Quinquina devait être administré dans les fièvres intermittentes simples, et nous avons longuement insisté sur les avantages de la méthode de Sydenham; mais cette méthode, préférable à tous égards dans les cas simples, doit être modifiée dans le traitement des fièvres pernicieuses.
Mercatus, de l'aveu de Torti lui-même, est le premier qui ait bien décrit la fièvre pernicieuse ; mais il ne l'a pas traitée avec bonheur. Sydenham en avait entrevu quelques cas et avait indiqué les avantages que l'on pourrait retirer de l'administration du Quinquina; mais Morton formula plus explicitement l'heureuse influence du Quinquina dans ces fièvres, sans pourtant indiquer une méthode à l'aide de laquelle on pût en triompher presque toujours. C'est à Torti vraiment que l'on doit d'avoir fixé le traitement de ces fièvres redoutables. Le premier, il fit comprendre que la méthode de Morton, qui consiste à donner toutes les trois ou quatre heures 4 grammes de Quinquina, est vicieuse en tous points, à moins qu'on n'ait à traiter une quarte pernicieuse qui laisse une longue apyrexie; mais quand la fièvre est tierce subintrante, ou seulement rémittente, comme il arrive souvent, il est évident qu'une méthode aussi molle ne peut convenir.
Torti, le premier, comprit qu'il fallait gagner de vitesse l'accès qui allait venir, et, pour cela, donner une dose triple ou quadruple de celle qu'il administrait dans les fièvres intermittentes simples. Il faisait donc prendre au malade d'un seul coup 15 à 24 grammes de Quinquina. Mais il faut, dit ce praticien, que le médicament soit administré au moins douze heures avant le prochain accès, et le plus loin possible de ce paroxysme. Siquidem neccsse est , bonam qiwntitalem intra brève (empus hausisse, et hausisse longe ante horam, quantum f eri pofest, futuri pa-
roxysmi. (Torti, Ther. spec, lib. III, cap. m, p. 146.) 11 donnait le Quinquina, non pas au moment de l'intermission, car une intermission complète souvent n'a pas lieu dans les fièvres pernicieuses, mais à l'époque oîi les accidents du paroxysme précédent commençaient à diminuer un peu, et, en un mot, au début de la période de rémission.
Cette métbode, infiniment supérieure à celle de Morton, n'est pourtant pas elle-même exempte de reproches. On ne peut se dissimuler que, dans les lièvres tierces, pernicieuses, subintrantes, l'intervalle entre la l'émission de l'accès qui précède et le début de celui qui suit ne soit souvent trop court pour permettre au Quinquina d'être absorbé et d'agir utilement.
Bretonneau, pénétré de la gravité de cette objection, modifia la méthode de Torti en ce sens qu'il commence l'administration du Quinquina au milieu du paroxysme et dès qu'il en a constaté les caractères pernicieux. De cette manière, il se ménage au moins vingt-quatre ou trentesix heures avant le début de l'accès suivant, et il arrive toujours à temps pour le prévenir. Il n'est pas effrayé par l'idée d'augmenter l'intensité de l'accès pendant lequel il donne le Quinquina, car l'expérience lui a appris que le médicament n'agit que plusieurs heures après avoir été administré, et, par conséquent, à l'heure où la rémission va commencer. Comme il a devant lui un espace de temps fort long, il n'est pas forcé de donner du premier coup une dose aussi forte que celle de Torti; ainsi il conseille pour la première dose 12 grammes, et il fait répéter cette quantité loutes les trois heures, jusqu'à ce que le malade ait ingéré 36 grammes de poudre de Quinquina.
La méthode de Bretonneau est certes la plus pratique et la plus efficace, et nous n'hésitons pas à la placer au-dessus de celle de Torti, dont elle n'est d'ailleurs qu'une modification.
Du moment que l'accès pernicieux a été supprimé ou beaucoup atténué, il n'est plus nécessaire de continuer le Quinquina à des doses aussi élevées que celles qui ont été indiquées tout à l'heure. Il conviendra cependant de donner, quelques jours de suite, 8 à 12 grammes de Quinquina, pour reprendre ensuite la méthode de Sydenham telle que nous l'avons modifiée.
Avant de cesser de parler de la fièvre intermittente dans ses rapports avec l'emploi du Quinquina, il est bon de nous arrêter quelques instants sur une question qui a beaucoup occupé nos devanciers et qui mérite de nous occuper encore. Cette question est la suivante : Combien de temps après le début de la fièvre faut-il administrer le Quinquina?
Hippocrate a dit : Tertiana exquisita quinque aut seplem periodis ad summum judicatur (apb. 5, sect. 9). Judicatur ad summum nom (coac. 148). Cette sentence d'Hippocrate, qui est loin d'être vraie, a dominé pourtant la thérapeutique des écoles, et, dans l'espoir de voir se juger spontanément la maladie, on attendait jusqu'après le septième accès de peur de troubler les efforts salutaires de la nature. Souvent,
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sans doute, pour les fièvres intermittentes vernales, les prévisions du père de la médecine se réalisaient ; mais dans les fièvres tierces d'automne on attendait vainement le jugement annoncé par Hippocrate.
Le divin vieillard ne respectait pourtant pas lui-même ce travail de la nature jusque-là qu'il s'interdit absolument toute intervention médicale avant le septième accès; bien loin de là, nous le voyons conseiller des purgatifs après le troisième accès : Cùm tertiana febris detinuerit, siquidein impurgatus œger tibi videatur, quarto die medicamentum purgans exinbeto. (Lib. De affect.)
Boerhaave insiste également sur la nécessité de n'administrer le Quinquina que lorsque la fièvre a déjà duré un certain temps, morbus jam aliquo tempore duravit (aphor. 767, t. II, p. 508). Et van Swieten, son commentateur, renchérit encore sur le dire du maître : Maximi mornenti hœc régula est, quû neglectâ, mors quandoque, scepius autem dira et anomala penitus symplomata secuta fuerunt, ipsa certè longe pejora (ibid., p. 511). Sydenham n'était pas moins explicite. Curandum est ante omnia, ne prœmaturè nimis hic cortex ingeratur, ante scilicet quàm morbus suo se marte aliquanlisper protriverit. {Op. omn., sect. 1, cap. v, p. 112.) Il est peu de praticiens qui n'approuvent la justesse du précepte de Boerhaave et de son commentateur ; mais il est essentiel d'en comprendre et d'en étudier les motifs.
Beaucoup de fièvres continues débutent par des accès qui simulent une fièvre double-tierce légitime, rarement une tierce, jamais une quarte. Cela peut s'observer dans tous les climats, dans toutes les saisons, mais c'est un fait très- ordinaire dans les pays où là fièvre intermittente règne endémiquement, et surtout à l'automne. Si donc une pleurésie latente, une phlegmasie profonde et obscure, une dothinentérie, prennent, à leur début, le type intermittent tierce ou double-tierce, il est bien évident que les accidents seront généralement aggravés par le Quinquina, et alors on accusera le médicament quand il faudrait accuser le médecin qui a commis une erreur de diagnostic, en prenant une phlegmasie ou une pyrexie avec symptômes intermittents pour une fièvre intermittente légitime. C'était ce qu'avait parfaitement compris Boerhaave, qui complète de la manière suivante l'aphorisme que nous citions tout à l'heure : Si autem febris autumnalis veliemens morbus jàm aliquo tempore duravit, neque signa adsint internce inflammationis ; neque collecti alicubi puris, neque obstructi admodum hujus illiusve visceris, cortice Peruviano abigetur, etc- Le médecin devra donc au début d'une fièvre intermittente, s'attacher à constater si la fièvre est symptomatiquc d'une lésion viscérale quelconque ; et si, après un examen attentif, si d'après les antécédents du malade, il acquiert la certitude que la fièvre est légitimement intermittente, il peut, sans attendre les sept accès d'Hippocrate, l'attaquer sans crainte, et ce sera toujours avec avantge. Mais comme l'erreur est à toute force possible, même pour le médecin le plus attentif il y
QUINQUINA. mn
aura prudence à attendre, si toutefois il ne survient aucun symptôme pernicieux.
11 est d'ailleurs un signe assez précieux à l'aide duquel, au début des fièvres, on peut distinguer si la fièvre est syraptomatique ou essentielle. Ce signe se tire de l'examen comparatif des paroxysmes. Quand une fièvre intermittente légitime débute, il arrive souvent que Fapyrexie ne soit pas parfaitement tranchée pendant les six ou sept premiers jours, et que la fièvre, plutôt rémittente qu'intermittente, semble symptomatique d'une phlegmasie viscérale ; mais on remarque que la rémission devient de plus en plus tranchée, que le début de chaque paroxysme se dessine par un frisson de plus en plus fort, de sorte que le doute déjà ne subsiste plus au quatrième ou au cinquième accès, Et, au contraire, dans la fièvre symptomatique, il n'est pas rare de voir, au début, une intermittence complète ; mais, à mesure que la maladie fait des progrès, l'intermittence se change en rémission; les frissons deviennent de plus en plus court et finissent par disparaître complètement avant la fin du premier septénaire, de sorte qu'on peut résumer ainsi ce que nous venons de dire : Ce qui distingue dans leur début la fièvre intermittente simple de la symptomatique, c'est que la première, à mesure qu'elle avance, prend plus nettement le caractère intermittent, et que la seconde, au contraire, le perd en avançant.
Nous avons pratiqué quelque temps dans des pays marécageux, où, par conséquent, la fièvre intermittente était endémique, et là nous avons pu nous convaincre d'un fait capital dans l'histoire médicale du Quinquina, savoir que pendant un temps quelquefois fort long, un, deux et même trois mois, un malade peut éprouver une affection presque continue et qui ne présente autre chose à noter que des exacerbations à peu près régulières; et cette maladie cède parfaitement au Quinquina. Et, dans les mêmes pays, on rencontre des individus atteints de pleurésie chronique, par exemple, chez lesquels la fièvre affecte le type tierce ou double-tierce le mieux tranché ; et le sulfate de quinine, loin de guérir un pareil état, l'aggrave ordinairement.
11 ne faut donc pas dire que le Quinquina est seulement un antipériodique, mais qu'il est le médicament le plus propre à guérir cet état de l'économie dans lequel sont jetés ceux qui ont été exposés aux émanations marécageuses. Or, comme cet état s'accompagne presque toujours d'accidents périodiques, le Quinquina détruit la cause de la périodicité, et partant la périodicité elle-même; mais si la périodicité no se rattache pas à cette cause, le Quinquina échoue souvent. Ainsi s'expliquent les nombreux insuccès que l'on éprouve chaque jour dans le traitement d'une multitude d'affections qui, bien que périodiques, ne peuvent évidemment se rattacher aux causes qui donnent ordinairement lieu à la fièvre intermittente. Cette question sera du reste amplement traitée dans le chapitre de la Médication tonique.
Voies d'introduction du Quinqmna.'Le Quinquina peut être administré
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par la bouche, par le rectum, ou bien enfin on peut l'appliquer sur la peau par la méthode endémique ou hypodermique.
La voie d'introduction la plus ordinaire est celle de la bouche ; mais il est des cas où il faut l'abandonner. Certains malades ne peuvent avaler le Quinquina, d'autres le vomissent dès qu'il l'ont ingéré. Les enfants en bas âge consentent quelquefois difficilement à prendre une substance aussi amère. Enfin, dans certaines fièvres pernicieuses, la cardialgique, la cholérique, les vomissements qui caractérisent la maladie ne permettent quelquefois pas que l'on administre la moindre dose de Quinquina.
11 est encore des cas où il faut renoncer à le donner par la bouche : c'est lorsque, administré depuis longtemps de cette, manière, il a causé une gastrite ou une gastralgie violente.
Il faut bien alors se décider à le donner par une autre voie, et c'est par le rectum qu'on l'introduit avec le plus de facilité. Les doses de Quinquina que l'on donne en lavement doivent être un peu moindres que celles que l'on prescrit en potion, et cela parce que l'absorption se fait plus vite et mieux dans le gros intestin que dans l'estomac. Mais si Je rectum relient mal le Quinquina, il faut alors en renouveler les doses de manière à en faire absorber autant qu'il est nécessaire.
Les cataplasmes vineux de poudre de Quinquina sont encore employés avec beaucoup d'avantage chez les malades qui ne peuvent supporter le médicament ni en lavement ni en potion. Ces cataplasmes doivent être fort larges, et sont maintenus pendant huit ou dix heures. On les applique sur le ventre, que l'on a eu l'attention de faire savonner avec soin auparavant.
Mais l'absorption cutanée n'est pas toujours assez active quand le chorion est revêtu de l'épiderme. M. Lembert a indiqué aux thérapeulistes une nouvelle voie d'introduction des médicaments, celle de la peau dépouillée de son épiderme. Le Quinquina en substance ne peut guère être administré par cette voie; mais il n'en est pas de même du sulfate de quinine, qui, appliqué sur le derme dénudé avec les précautions que nous indiquerons plus bcas, peut guérir quelquefois la fièvre intermittente avec autant de certitude que lorsqu'il est donné par la bouche ou par le rectum. Dans certains cas, la pommade au sulfate de quhiine, appliquée sur certaines régions de la peau où l'absorption est le plus facile, notamment aux aisselles, a pu rendre de très-utiles services. Enfin, il est une voie indirecte que Rosenstein a indiquée : lorsqu'un enfant h la mamelle est atteint de fièvre intermittente, ce praticien conseille de donner le Quinquina à la nourrice. On trouve, dans le JoMrna/ de médecine de Vandermonde (t. XXXV, p. 415), un exemple remarquable de ce mode d'administration.
• C'est ici le lieu de parler du sulfate de quinine, et de ses applications dans la thérapeutique des fièvres intermittentes.
Le sulfate de quinine remplit-il toutes les indications du Quinquina?
QUINQUINA. o07
Comme fébrifuge, oui, le plus souvent; comme tonique, non. Nous verrons ailleurs pourquoi.
On ne peut contester les propriétés fébrifuges du sulfate de quinine ; elles sont aussi évidentes que celles du Quinquina lui-même ; mais ce sel est beaucoup plus irritant que le Quinquina, d'abord à cause de sa plus grande solubilité, et ensuite parce qu'il n'a pas le correctif qui se trouve dans l'écorce du Pérou, savoir le tannin. Aussi provoque-t-il des gastrites chroniques et de la diarrhée beaucoup plus souvent que le Quinquina. Mais on pare à ces accidents en associant aux médicaments certaines substances dont nous parlerons plus bas. Et l'on conçoit que, dans les fièvres intermittentes simples, mais surtout dans les pernicieuses, la facilité de l'administration du sulfate de quinine, et en même temps son extrême activité, lui donnent sur le Quinquina une certaine prééminence.
L'analyse chimique permet de retirer ordinairement du Quinquina jaune 3 pour 100 de sulfate de quinine. D'où il suit que, pour donner une dose de sulfate de quinine équivalente à la quantité de Quinquina nécessaire pour guérir une fièvre intermittente simple, il faudra donner autant de fois 12 centigrammes que l'on donnait jadis de gros.
Il résulterait de ce calcul que l'on devrait guérir tout aussi sûrement une fièvre intermittente avec 25 centigrammes de sulfate de quinine qu'avec 8 grammes de Quinquina jaune en poudre. C'est là une conclusion que la clinique peut ratifier.
Nous avons expérimenté comparativement (et Bretonneau avait fait cette expérience avant nous) 25 centigrammes de sulfate de quinine et 8 grammes de Quinquina. Or 8 grammes d'écorce sont très-efficacement fébrifuges, et, pour produire le même résultat, il faut 75 centigrammes à 1 gramme de sulfate de quinine, c'est-cà-dire l'équivalent de 32 grammes de Quinquina jaune en poudre.
A quoi tient cette sorte de désaccord entre les résultats cliniques et les analyses chimiques? Probablement à ce que la quinine n'est pas le seul élément fébrifuge de l'écorce du Pérou ; peut-être à ce que le sulfate de quinine passant rapidement dans les urines, n'exerce pas sur l'économie l'influence que le Quinquina, plus lentement absorbé, plus difficilement éliminé, a tout le temps d'exercer.
Appelons donc de tous nos vœux le moment où les médecins, ceux surtout qui exercent dans les campagnes ou qui pratiquent chez les pauvres, comprendront la nécessité de recourir à l'écorce de Quinquina, qui, à dose curative, coûte quatre fois moins cher que le sulfate de quinine.
L'objection tirée de la difficulté de l'ingestion du Quinquina n'est pas très-fondée. Souvent le sulfate de quinine est donné dissous dans un véhicule; si dans les cas où l'on veut obtenir une action très-prompte, ce mode d'administration peut être préférable, on ne peut disconvenir que le sulfate de quinine, sous cette forme, ne soit plus désagréable à prendre que le Quinquina délayé dans de l'eau et du vin.
En mêlant la poudre de Quinquina avec un peu de sirop, on en fait une
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pâte molle, de consistance d'électuaire, que l'on réduit en bols et que l'on avale aisément dans du pain à chanter. Le sulfate de quinine n'a d'autres avantages ici que de se prendre sous un moindre volume.
Dans notre hôpital, nous avons l'habitude d'administrer, et dans notre pi'atique, nous administrons presque exclusivement le Quinquina en poudre En le délayant avec de l'infusion de café chaude et sucrée, la poudre fébrifuge perd sa saveur araère et les enfants la prennent sans répugnance, et souvent même avec plaisir. Pour les adultes, nous faisons de même, et nous ne saurons jamais dire assez haut combien facilement le Quinquina est supporté lorsqu'il est administré de cette manière, et combien le sulfate de quinine lui est inférieur à cet égard. Il est vrai qu'en faisant dissoudre ce sel dans l'infusion de café, il perd presque entièrement sa saveur amère ; mais il reste avec les inconvénients réel; que nous avons signalés plus haut.
Dès l'abord, MM . Pelletier et Gaventou préconisèrent le sulfate de quinine à l'exclusion de toute autre pi'éparation, et ce sel est resté seul en possession de remplacer le Quinquina dans le traitement des tièvres intermittentes; mais, de toute évidence, il est bien inférieur au quinlum •et à la quinine brute, et nous allons indiquer les motifs de cette préférence.
La quinine bizute ne diffère de la quinine pure précipitée du sulfate de quinine, que parce qu'elle contient encore la cinchonine et quelques principes colorants extractifs. D'autre part, elle diffère peu du médicament récemment introduit par MM. Delondre et A. Labarraque sous le nom de quinium. Le quinium et la quinine brute sont aussi activement fébrifuges que le sulfate de quinine ; de plus, ils ont sur ce dernier certains avantages; ainsi : i° ils sont presque insipides, tandis que le sulfate de quinine est d'une extrême amertume. Cette insipidité est d'un grand prix dans la thérapeutique des enfants, car on peut leur administrer ces médicaments avec la plus grande facilité et sans qu'ils s'en aperçoivent; 2° ils ont une consistance résineuse, et ils se ramollissent à la chaleur des doigts, de manière qu'on peut les réduire en petites pilules d'une ténuité extrême que l'on mêle au potage des enfants, et qu'ils avalent sans difficulté.
11 ne faut pas croire que l'insipidité de la quinine brute et du quinium, et, par conséquent, leur insolubilité dans la salive, soient un obstacle à l'absorption stomacale. Ils trouvent dans l'estomac des acides qui les dissolvent immédiatement, et partant ils sont absorbés aussi aisément que le sulfate.
Si maintenant on croit devoir les dissoudre dans une potion ou dans un lavement, il suffira d'ajouter au véhicule quelques gouttes d'acide acétique ou d'acide sulfurique.
Quant à la quinine pure, comme on l'obtient en la précipitant du sulfite de quinine par l'ammoniaque, elle est beaucoup plus chère que celui-ci et d'ailleurs tout aussi amère, et ne pi-ésente aucun des avantages
que nous avons attribués à la quinine brute. Elle se donne d'ailleurs à doses un peu moindres que le sulfate de quinine et que la quinine brute.
Outre la quinine, avons-nous dit au commencement de cet article, on a encore extrait du Quinquina de la cinchonine, que l'on a obtenue pure, ou que l'on a convertie en sulfate. Cette substance, d'après les expériences les plus récentes, jouit, comme la quinine, de propriétés fébrifuges évidentes. On la donne à doses deux fois plus considérables que la ({uinine. Ses effets sont d'ailleurs les mêmes.
Nous ne devons pas omettre de parler de l'extrait alcoolique de Quinquina jaune, que nous n'hésitons pas à mettre au-dessus des préparations de quinine, et qui doit se donner à dose double du sulfate de quinine. Nous pouvons en dire autant du quinium. (Voir la Matière médicale.)
Le Quinquina, le quinium, la quinine brute, le sulfate de quinine, et l'extrait de Quinquina jaune, non-seulement peuvent guérir la fièvre intermittente, mais encore la préviennent avec facilité. Nous avons vu des individus décolorés, avec un gonflement considérable de la rate, et qui, pendant plusieurs années avaient eu déjà des fièvres intermittentes, nous les avons vus, disons-nous, rester impunément au milieu des émanations marécageuses, en ayant eu la précaution de prendre tous les huit ou dix jours 40 centigrammes de sulfate de quinine en une seule dose.
Fièvres larvées; névralgies. Si le miasme producteur de la fièvre donne lieu à une affection fébrile dans laquelle aucun organe, à l'exception de la rate, ne paraisse lésé, la fièvre est dite simple; s'il se manifeste par une lésion locale qui débute, se développe et se termine avec le paroxysme, la fièvre est dite larvée, parce qu'elle a pris le masque, revêtu la forme d'une autre maladie ; et que s'il s'attaque à un organe essentiel h la vie, tel que les centres nerveux, le cœur ou le poumon, ou qu'il donne lieu à des désordres dont la gravité peut devenir cause de mort, la fièvre est dite pernicieuse. Que la fièvre soit simple, larvée ou pernicieuse, elle se guérit toujours par le même médicament, le Quinquina. Ce n'est donc plus ici qu'une question de diagnostic.
La fièvre larvée affecte le plus ordinairement le caractère névralgique, et, dans ce cas, elle se guérit aisément par le sulfate de quinine; mais toutes les névralgies ne sont pas des fièvres larvées.
Déjà, en traitant de l'emploi thérapeutique du fer, nous avons indiqué les névralgies comme un des accidents les plus communs de la chlorose, et nous avons vu que les préparations martiales, en guérissant la chlorose, guérissaient la névralgie plus efficacement qu'aucun autre moyen, parce qu'elles en prévenaient le retour. Nous avons, en passant, fait comprendre que pour combattre les paroxysmes douloureux, il fallait le plus souvent recourir à des moyens qui eussent un résuhat immédiat, parce que, en définitive, on eût laissé laissé soufTrir les malades pendant plusieurs mois, si plusieurs mois étaient nécessaires à la curation de l'affection principale. De môme aussi le miasme producteur de la fièvre cause
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des névralgies qui ne diffèrent presque pas, extérieurement au moins, de celles qu'il faut rapporter à la chlorose.
Enfln, le rhumatisme apyrétique affecte ordinairement les rameaux nerveux, et, dans ce cas encore, la maladie diffère seulement par quelques caractères extérieurs de la fièvre intermittente larvée névralgique et de la névralgie chlorotique.
Quant aux autres formes de la névralgie, ce n'est pas le lieu de nous en occuper ici.
A quelque cause que soit due la névralgie, lorsqu'elle est franchement intermittente, et que l'intermittence, d'abord équivoque, est devenue de plus en plus tranchée, il faut l'attaquer par le Quinquina; mais les doses ne doivent pas être les mêmes que dans une fièvre simple, il faut les doubler, les tripler même, et les répéter plus souvent si l'on veut obtenir la guérison. Ainsi, il ne faudra pas moins de 20 là 24 grammes de Quinquina, de i gramme à 1 gramme et demi de quinine pris plusieurs jours de suite, pour juger de l'influence du fébrifuge sur les névralgies.
D'un autre côté, il est des névralgies, et nous en avons souvent rencontré de ce genre, qui, irrégulières dans leur type, presque continues, et se manifestant quatre, cinq fois par jour par des parosxymes inégaux et inattendus, se modifiaient sous l'influence delà quinine plus aisément que celles dont le type était le plus régulier.
Enfin, certains individus, des femmes surtout, sont affectés de névralgies vagues migrant avec une singulière facilité des nerfs de la vie organique sur ceux de la vie animale. Le Quinquina, dans ce cas, et surtout le sulfate de quinine à haute dose, rendent, associés ou non à l'huile essentielle de térébenthine, d'incontestables services.
N'oublions pas de faire observer que l'opium associé au Quinquina et notamment aux sels de quinine est un auxiliaire très-utile qui seconde avantageusement l'action sédative de ces sels, et qui de plus permet d'en diminuer très-notablement les doses.
L'expérience démontre en outre que, de toutes les névralgies, celles qui siègent à la face et au cou se guérissent plus aisément par le Quinquina que celles qui occupent les membres, la sciatique par exemple : et pourtant la sciatique elle-même est quelquefois avantageusement modifiée par l'écorce du Pérou, lors même qu'elle n'affecte pas le type intermittent.
D'où le précepte thérapeutique que nous avons souvent exprimé dans nos leçons cUniques, que l'on doit tenter par le Quinquina la guérison des névralgies, quelque siège qu'elles occupent, quelque type qu'elles affectent. Cette médication ne peut avoir aucun inconvénient, et il suffit qu'elle soit souvent utile pour que ce soit un devoir de l'essayer.
Toutefois, il est à noter que les névralgies d'origine rhumatismale sont peut-être celles qui se trouvent généralement le mieux de la médication par le Quinquina.
Nous ne voulons pas clore ce chapitre sans insister sur une forme de fièvre intermittente larvée qui, en raison de sa gravité, de sa fréquence,
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et surtout de l'obscurité qu'elle offre souvent pour le diagnostic, nous paraît réclamer une mention toute spéciale. Tantôt cette affection se présente sous le masque d'une pyrexie rémittente ou mêifie continue, mais n'ayant retenu des trois stades ordinaires de la fièvre intermittente que le stade de chaleur; tantôt, sans offrir la moindre périodicité, cette fièvre revêt les apparences encore bien plus insidieuses d'une phlegmasie locale, plus ou moins intense, dans laquelle on observe, comme phénomène dominant et caractéristique, une élévation excessive de la température organique.
Cette double forme sous laquelle s'enveloppe la lièvre intermittente, surtout de nature pernicieuse, est très-commune, comme personne ne l'ignore, dans les contrées marématiques. Mais il est une chose qu'on ne sait pas assez, ou qu'on oublie trop facilement, c'est que cette fièvre, sous son double déguisement, peut s'observer en dehors des grands foyers d'infection paludéenne, et qu'à Paris, par exemple, elle est loin d'être aussi rare qu'on le suppose trop généralement. Nous tenons à signaler hautement ce fait, parce que de son ignorance ou de son oubli peuvent résulter, dans la pratique, les plus fâcheuses conséquences.
Sans doute il ne s'agit ici, comme nous le disions plus haut, que d'une question de diagnostic; mais il importe d'ajouter que ce diagnostic, même pour les esprits les plus attentifs et les mieux prévenus, n'est pas sans présenter souvent de très-sérieuses difficultés. A ce titre, nous croyons utile de mettre en relief un signe qui, dans les cas obscurs, pourra servir à éclairer le praticien ; ce signe n'est autre que l'ascension extrême de la température organique.
On savait depuis de Haën, et dans ces derniers temps surtout, il avait été expérimentalement bien établi que le développement de la température organique présentait une très-notable différence suivant que ce phénomène était considéré dans les pyrexies essentielles ou dans les fièvres symptomatiques. Ainsi, tandis que dans les fièvres consécutives à une phlegmasie, même les plus intenses, la chaleur de la peau s'élève rarement au delà de 39 degrés, on voit, au contraire, dans les pyrexies à type soit continu, soit intermittent, cette même chaleur monter jusqu'à 40 et 41 degrés.
Mais on doit à M. le docteur Robert de Latour d'avoir appliqué à la séméiotique ce fait intéressant de pathologie, et d'avoir montré, par les faits les plus probants, tout le parti qu'on en peut tirer comme moyen de diagnostic. En effet, guidé par ce précieux indice, il fut conduit à soupçonner, plusieurs fois même à affirmer l'existence de fièvres pernicieuses, masquées sous les apparences d'une simple phlegmasie, qui, méconnues par d'autres médecins et traitées d'après l'idée erronée qu'on S'en faisait, allaient toujours en s'aggravant et menaçaient de se terminer prochainement d'une manière funeste. Hàtons-nous d'ajouter que le changement de médication et l'issue de la maladie ne tardaient pas à confirmer la justesse du diagnostic. En effet, la fièvre intermittente, une
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fois reconnue ou môme seulement soupçonnée, M. Robert de Latour, sans être arrêté par la violence du mouvement fébrile, ni par l'intensité des symptômes de phlegmasies locales, n'hésitait pas à attaquer la maladie par le sulfate de quinine h haute dose ; et, dans plus d'un cas, il dut à ce remède héroïque de triompher en peu de jours d'une alTection considérée comme excessivement grave, et même comme tout à fait désespérée.
Dans les cas analogues, d'un diagnostic souvent obscur et difficile, il importera donc de s'éclairer de ce nouveau signe ; il importera surtout, si le péril est imminent, même quand il resterait quelque doute sur la nature de la maladie, d'avoir recours au sulfate de quinine. En effet, si l'on tombe juste, et s'il s'agit d'une fièvre intermittente larvée, le succès est à peu près certain. A supposer même qu'on eût affaire à une phlegmasie, et surtout à une phlcgmasie de mauvais caractère, et ayant résisté opiniâtrémcnt à la médication antiphlogistique, nous ne pensons pas que le Quinquina puisse être sérieusement préjudiciable. Bien plus, nous ajouterons que plus d'une fois il aura chance de n'être pas sans efficacité ; car, ainsi que nous le verrons plus loin, il est un certain ordre de phlegmasies dans lesquelles le sulfate de quinine trouve son indication expresse et peut même devenir un puissant moyen de salut.
Névroses. La médication par le Quinquina est utile dans un grand nombre de névroses, en raison de deux éléments qui s'y associent trèssouvent, à savoir ; l'intermittence et la débilité générale. Ainsi toutes les fois qu'on peut constater une intermission un peu marquée dans une affection nerveuse, on peut dire qu'il y a, sauf contre-indication spéciale, opportunité et souvent avantage à recourir au Quinquina. De même pour ranimer les forces digestives, et pour restaurer tout l'organisme en donnant une impulsion nouvelle à la nutrition, le Quinquina en nature rend journellement trop de services dans un grand nombre, soit d'états nerveux indéterminés ou d'affections nerveuses parfaitement établies, pour qu'il soit nécessaire d'insister longtemps sur ce sujet. Notons encore que quelques névroses, par le seul fait qu'elles ont pour siège telle ou telle portion du système nerveux, semblent réclamer de préférence l'usage des sels de quinine. Ainsi il est d'observation que si les névroses cérébrales s'accommo Jent généralement assez mal de cette médication, il en est tout autrement de celles qui ont leur point de départ dans les nerfs des poumons etdu cœur. Ainsi, suivant la judicieuse remarque de M. Briquet, le sulfate de quinine qui a dans l'étal; physiologique une action sédative pour ainsi dire élective sur l'appareil nerveux de l'appareil respiratoire et circulatoire, manifeste la môme action dans l'état pathologique ; et c'est sans doute à ce titre qu'il exerce une influence favorable des plus notables sur certaines dyspnées, sur les asthmes essentiels, et sur les toux convulsives; nous-mêmes nous avons eu bien des fois l'occasion de vérifier la justesse de cette observation, et nous
pourrions citer entre autres un cas de toux spasmodique des plus rebelles, à forme aboyante, qui céda promptement au sulfate de quinine admiaistré à assez haute dose. De môme les névroses du cœur avec surexcitation de cet organe sont celles dans lesquelles les sels de quinine ont l'efficacité la plus marquée. Les résultats, dans certaines palpitations, sont tellement remarquables, qu'on a été jusqu'à dire que le sulfate de quinine était le véritable opium du cœur. Mais ce médicament se trouve au contraire formellement contre-indiqué (à dose sédative, bien entendu) dans les cas de lésions organiques graves et chez les individus sujets aux irrégularités et aux intermittences du pouls et surtout aux défaillances. C'est alors qu'il convient de préférer à la quinine les préparations de digitale qui ont l'heureuse propriété de rendre au cœur de l'énergie et en même temps d'en régulariser les battements.
Hémorrhagies. L'hémorrhagie nasale peut, dans quelques cas, et chez les adolescents surtout, être assez fréquemment répétée pour donner lieu à une anémie consécutive plus ou moins fâcheuse et à d'autres accidents quelquefois fort graves. Pour arrêter le tlux au moment oîi il se produit, le Quinquina sans doute ne peut rien; mais comme moyen de remédier à la disposition organique en vertu de laquelle ces hémorrhagies tendent à se renouveler sans cesse, il a une incontestable puissance, et nous pouvons certifier que bien souvent nous en avons obtenu les meilleurs résultats. Dans ce cas, on devra plus compter sur le Quinquina en poudre que sur le sulfate de quinine : cette poudre sera donnée à la dose de 2 à 4 grammes par jour en plusieurs fois.
Dans la ménorrhagie qui ne dépend pas de quelque m i.adie organique de l'utérus, le Quinquina en poudre donné deux ou trois fois dans l'intervalle des règles tempère très -efficacement l'hémorrhagie.
Toutefois nous n'ignorons pas que le sulfate de quinine a eu luimême des succès entre les mains d'autres praticiens ; mais no is pensons qu'alors il s'agissait surtout de ces hémorrhagies revenant à intervalles plus ou moins éloignés, mais assez régulièrement périodiques, et qui, sous ce rapport, se rapprochent de ces diverses affections locales (fièvres larvées, névralgies) qui cèdent généralement si bien aux sels de quinine. A part ces cas particuliers, nous croyons qu'on doit accorder la préférence au Quinquina en nature, parce qu'il est plus astringent et plus tonique, et qu'il a l'avantage de remplir, chez les jeunes malades que nous avons ici particulièrement en vue, plusieurs indications importantes.
Rhumatisme articulaire aigu. Le Quinquina à haute dose avait autrefois été l)eaucoup employé en Angleterre pour combattre le rhumatisme articulaire aigu, et il paraît avoir eu des succès marqués entre les mains d'un assez grand nombre de célèbres praticiens de ce pays, parmi lesquels on voit figurer Richard Morton, Hulse, Saunders, Fordyce, et
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plus récemment Haygarth, qui, pendant une longue pratique de quarante-cinq années, eut à se louer iuflniment de cette médication.
Mais depuis longtemps elle était tout à fait tombée en désuétude, ou, pour mieux dire, tous les auteurs qui traitaient du rhumatisme n'en faisaient mention que pour la condamner et la proscrire.
C'est à M. Briquet qu'on doit d'avoir introduit de nouveau dans la thérapeutique cette médication, et de lui avoir donné une place qu'elle ne peut plus perdre désormais.
Nous avons vu que M. Briquet s'était livré, plus que personne peutêtre, à des expériences suivies sur le sulfate de quinine à haute dose, dans diverses maladies et notamment dans les fièvres continues. Frappé des effets si remarquables de sédation opérés par cette substance sur le cœur et sur le système nerveux, il lui vint la pensée de l'appliquer au traitement du rhumatisme articulaire aigu. En considérant que cette maladie présente comme caractères prédominants un appareil fébrile très-intense et des lésions locales multiples, généralement superficielles et mobiles, où les éléments fluxion et douleur \oxiQxvi un si grand rôle, et que cette maladie, en outre, offre généralement dans son cours des phénomènes de rémission et d'exacerbation très-marqués, il conçut l'espoir d'obtenir de bons effets d'un médicament qui, outre son action presque spécifique sur l'intermittence, a encore la propriété de modérer la fièvre et de calmer la surexcitation des centres nerveux. Cette attente ne fut point déçue. En effet, si M. Briquet échoua ou n'obtint que des résultats douteux dans ses tentatives contre diverses maladies inflammatoires ou dans les pyrexies, il en fut tout autrement dans le rhumatisme articulaire aigu, où il obtint du sulfate de quinine des succès incontestables.
Dans le principe, et à la période d'expérimentation, M. Briquet donnait le médicament à des doses très-élevées (2, 4 et même 5 grammes), en poudre ou dissous dans de l'eau acidulée. Il en continuait l'usage jusqu'à ce que les douleurs et la fièvre eussent entièrement cédé. Il affirmait que cette médication faisait cesser la douleur et la fièvre en peu de jours, et qu'elle était exempte d'inconvénients.
Toutefois, quelques médecins, et M. Briquet lui-même, eurent à se repentir quelquefois d'avoir donné d'emblée d'aussi fortes doses de sulfate de quinine. En effet, plusieurs malades succombèrent avec des symptômes de méningite ou avec des accidents d'adynamie et de collapsus, qu'on fut autorisé à regarder comme les résultats d'une véritable intoxication.
Cependant, en soumettant ces faits à une analyse impartiale, nous conviendrons volontiers que plusieurs sont susceptibles de recevoir une interprétation moins défavorable que celle qui dans le premier moment leur avait été assez généralement attribuée, et nous ajouterons que ces malheurs, d'ailleurs très-rares, devaient être imputés bien moins cà la médication elle-même qu'à l'inexpérience des premiers expérimentateurs.
Quoi qu'il en soit, ces fâcheux accidents eurent pour effet d'effrayer
pour un instant les médecins et de jeter des doutes dans Tes esprits. Cette puissante médication courait donc risque d'être compromise. Mais bientôt MM. Andral, Monneret, Legroux, et nous-mêmes, reprenant ces expériences que M. Briquet lui-même poursuivait de son côté plein de confiance, nous pûmes constater l'heureuse influence que la quinine a fort souvent sur le rhumatisme aigu.
Les doses que, pour notre compte, nous administrions, furent notablement moindres, 1, 2, 3 grammes au plus par jour, dose à laquelle nous arrivions graduellement et en la divisant par petites fractions. De cette manière, nous avons pu éviter les accidents redoutables qui avaient épouvanté les premiers imitateurs de M. Briquet.
M. Monneret {Jommal de médecine^ \Mk) expérimenta le sulfate de quinine à doses plus élevées que M. Briquet lui-même, et il arriva à des conclusions généralement peu favorables à cette médication, et auxquelles nous ne pouvons souscrire. Voici ces conclusions :
i° Le sulfate de quinine exerce une influence incontestable sur les symptômes locaux du l'humatisme et spécialement sur la douleur.
2° Dans un très-petit nombre de cas, cette action est durable et efficace ; le plus ordinairement elle ne guérit le rhumatisme ni plus sûrement ni plus vite que bien d'autres médications proposées;
3° Il ne prévient pas le développement de la phlegmasie de t'endocarde ;
4° Une jouit d'aucune propriété antiphlogistique évidente.
Notons encore que M. Monneret signala chez un assez grand nombre de ses malades des accidents typhiques graves, et des symptômes prononcés de gastro-entérite. Mais il importe de faire remarquer que ces résultats doivent être imputés aux doses excessivement élevées qu'il employait, ainsi qu'à l'usage peut-être trop prolongé du médicament.
M. Legroux attribue au sulfate de quinine un rôle beaucoup plus important. Le témoignage de M. Legroux avait cela de grave, que ce praticien recomma.ndable avait été jusqu'ici fortement partisan de la médication antiphlogistique. et qu'il étiiit en quelque sorte vaincu par l'évidence des faits. M. Legroux {Journal de médecine, 18-45) arriva à des résultats différents de ceux de M. Monneret. Il est juste de dire aussi qu'il employa le médicament avec beaucoup plus de réserve. Il y a, entre ses recherches et celles de M. Monneret, la différence qui sépare l'essai circonspect du médecin de l'expérimentation un peu aventureuse du physiologiste.
11 constata d'abord que la médication par le sulfate de quinine était la plus rapide dans ses effets, que k douleur et la fièvre cédaient avec une grande rapidité ; que le sang devenait moins couenneux sous l'influence du médicament, sans qu'on eût recours à aucun autre moyen; que l'endocardite était moins fréquente. Il reconnut toutefois que la r.'cidive du rhumatisme se montrait tout aussi souvent après l'usage du sulfate de quinine que par les autres médications.
Nous sommes arrivés nous-mêmes aux mêmes conclusions queM. Legroux, avec cette différence, cependant, que nous ne croyons pas comme
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lui à la facilité des récidives. Si notre opinion diffère en ce point de la sienne, c'est aussi que notre pratique n'est pas tout à fait celle qu'il a suivie. Le sulfate de quinine doit être continué après la guérison apparente du rhumatisme exactement de la même manière que nous le donnons encore après la cessation des accès d'une fièvre intermittente.
Nous donnons donc, comme MM. Briquet et Legroux, le sulfate de quinine plusieurs jours de suite, à la dose de 1, 2 et quelquefois 3 grammes, en huit ou dix prises, dans le courant des vingt-quatre heures. Nous continuons ainsi deux jours au delà du moment où les douleurs et la fièvre ont cessé. Puis, pendant deux ou troisjours, nous administrons seulement! grammepar jour ; ensuite 1 gramme tous les deux jours durant deux semaines au moins, alors même que le malade mange et commence à sortir. De cette façon, on évite presque certainement les récidives.
Aujourd'hui la cause dusulfate de quinine est définitivement gagnée, et l'expérience a placé cette médication au rang de celles qu'on peut opposer avec le plus de succès au l'humatisme articulaire aigu.
Toutefois, le sulfate de quinine n'est pas applicable h tous les cas indistinctement, et il importe de signaler les circonstances principales qui paraissent en indiquer ou en contre-indiquer l'emploi.
Ainsi cette médication convient surtout chez les individus lymphatiques, naturellement délicats, ou accidentellement affaiblis par des maladies antérieures ou par des émissions sanguines employées préalablement et qui n'auraient pas empêché l'affection rhumatismale de marcher. Une des conditions les meilleures de son succès, c'est que les lésions articulaires soient multiples, superficielles et mobiles.
Tout au contraire, cette médication a beaucoup moins d'efficacité chez les rhumatisants doués d'un tempérament pléthorique, qui présentent un appareil inflammatoire très-intense, avec pouls dur, plein, développé;, et chez ceux qui ont une grande susceptibilité cérébrale et qui sont prédisposés aux congestions ou l'aptus sanguins du côté de l'encéphale; ellea surtout peu d'action si le rhumatisme est mono-articulaire, ou même si affectant plusieurs articulations, la lésion est fixe, intense et caractériséeparles signes qui annoncent une arthrite avec épanchement considérable..
Toutefois, même dans ces formes les moins favorables, la médicatiott par le sulfate de quinine rendra encore d'utiles services, mais ce sera à condition de lui donner pour auxiliaires, soit le calomel à doses fractionnées, soit la vératrine, soit la digitale, soit les émissions sanguines générales qui auront pour effet de modifier préalablement l'orgasme inflammatoire général, et en même temps il conviendra de faire des applications de sangsues et de ventouses scarifiées pour dégorger les articulations fortement envahies.
La médication par le sulfate de quinine n'est nullement contre-indiquée dans les rhumatismes avec complications phlegmasiques du côté du cœur, des plèvres et des poumons. Mais, ici encore, il est très-utile de
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lui associer la médication antiphlogistique et révulsive dont rexpérience a consacré les bons résultats dans ces conditions pathologiques. Le plus souvent même il sera bon, dans ces cas, de commencer le traitement par les émissions sanguines générales et locales qui prépareront avantageusement la voie à l'action sédative du sulfate de quinine.
Ajoutons que s'il existe accidentellement, ou comme complication, une phleginasie bien constatée des voies digestives, on devra s'abstenir du sutfate de quinine qui agit comme irritant direct.
M. Briquet, qui a si bien appris à manier le sulfate de quinine, fait observer avec grande raison que la méningo-céphalite et les névroses du cerveau, qui compliquent quelquefois le rhumatisme aigu, repoussent absolument l'emploi de cette médication, attendu, dit-il, qu'avec ces complications les sels de quinine deviennent seulement des excitants de l'encéphale, et n'ont pas le temps de déployer leurs propriétés calmantes.
On en peut dire tout autant pour les phlegmasies des reins et de la vessie ; on sait, en effet, que la quinine est promptement éliminée par ces organes et va agir sur eux comme irritant direct.
Disons, en terminant, que ce qui recommande surtout la médication par le sulfate de quinine, et ce qui tend à lui assurer la prééminence sur la plupart des autres méthodes, c'est que, d'une part, elle ne débilite pas l'organisme comme les émissions sanguines, et que, d'autre part, elle n'a pas d'influence fâcheuse sur les organes digestifs comme certains autres agents conlro-stimulants, tels que la vératrine et le tartre stibié. Il en résulte que les convalescences sont généralement plus promptes, plus rapides, plus sûres, et plus à l'abri de ces accidents divers qu'on voit si souvent survenir chez les sujets qui ont été rendus anémiques par les émissions sanguines, ou fatigués par les superpurgations.
Ajoutons, enfin, que chez les rhumatisants en état de récidive, surtout après la médication antiphlogistique qui a amené à sa suite l'anémie, la médication par le sulfate de quinine reste souvent la seule praticable, et devient, dans ces cas difficiles, une ressource des plus précieuses.
Une des applications les plus heureuses du sulfate de quinine est celle qui a trait aux névralgies rhumatismales à forme intermittente. De 30 à 50 centigrammes font disparaître la névralgie souvent dès le premier accès, pourvu que le médicament ait été administré huit heures avant le retour de la névralgie.
Goutte. On ne peut contester que, au début d'une attaque de goutte aiguë, le sulfate de quinine donné à forte dose ne conjure les douleurs et n'abrège l'accès, au moins aussi sûrement que ces drogues pernicieuses, connues sous la dénomination de sirop de Boubée de pilules de Lar ligue, etc., etc., mais il ne faut pas avoir longtemps vieilli dans la pratique pour comprendre, par de tristes exemples, avec quel soin il faut respecter les attaques de goutte aiguë, combien de dangers courent ceux <p.i cherchent du soulagement rapide et prématuré. Mais si, dans la
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goutte aiguë et régulière,' nous proscrivons le Quinquina comme tous les autres médicaments vantés dans cette circonstance, il n'en est plus de même au déclin de la maladie, ou bien quand la goutte est devenue vague et viscérale, caractérisée alors par l'asthme, par des dyspepsies, par des troubles divers du côté des appareils de l'innervation, de la respiration, de la digestion, de la circulation. Alors, il devient utile de donner de temps en temps le Quinquina de la même manière que dans les fièvres; et ce moyen convient surtout quand le malade, à la suite de la goutte anormale, est tombé dans une cachexie profonde.
Fièvre intermittente symptomatiqnc. Nous avons déjà dit que souvent les phlegmasies aiguës, à leur début, ainsi que les phlegmasies chroniques, s'accompagnaient de symptômes fébriles intermittents. Le Quinquina échoue sans doute dans cette circonstance, à moins que le malade n'ait eu antérieurement des fièvres d'accès ou qu'il n'existe actuellement une véritable complication, ce qui n'est pas rare dans les pays oîi la fièvre règne endémiquement. Nous avons tenté, en 1834, à l'Hôtel- Dieu, une série d'expériences pour constater l'influence du sulfate de quinine sur la flèvre hectique. Dans les deux tiers des cas, à peu près, nous pûmes faire disparaître le frisson, et l'accès fut évidemment moins long ; mais au bout de peu de jours, le fébrifuge restait complètement inefficace et provoquait même bientôt de légers accidents qui nous mettaient dans la nécessité de ne plus l'administrer.
Fièvres continues. Le Quinquina était à peu près généralement abandonné dans le traitement des fièvres graves, lorsqu'en 1840 le docteur Broqua (du Gers) adressa à l'Académie de médecine un mémoire dans lequel il exposait les bons résultats qu'il prétendait avoir retirés du sulfate de quinine, employé comme moyen curatif de la fièvre typhoïde.
A la suite de cette communication, et pour répondre à l'appel qui leur avait été adressé par M. Louis, rapporteur du travail de M. Broqua, on vit un certain nombre de médecins des hôpitaux de Paris s'empresser de soumettre cette médication à de nouvelles recherches.
Nous n'avons pas à citer ici tous les chefs de service qui se livrèrent à ces expérimentations, ni ceux de leurs élèves qui en publièrent les résultats soit dans des thèses, soit dans des articles de journaux ; mais pourtant nous croyons devoir une mention particulière à M. Martin-Solon, qui prit l'initiative de ces essais, et surtout à MM. Blache et Briquet, qui s'appliquèrent à recueillir de concert des observations aussi nombreuses que précises, dans le but d'éclairer cette grave question de thérapeutique.
Ajoutons qu'en province il y eut aussi quelques médecins qui adopt('rent le sulfale de quinine comme base du traitement de la fièvre typhoïde, et qui firent grand bruit des succès qu'ils disaient en avoir obtenus.
Et d'abord nous commencerons par déclarer que nous ne comprenons
pas très-bien comment un agent qui, comme le sulfate de quinine à haute dose, agit en stupéfiant si énergiquement le système nerveux, puisse convenir, comme médication générale, dans une maladie dont le caractère essentiel semble consister dans un état asthénique, une dépression des forces radicales, bien qu'acccessoirement et transitoirement il puisse s'y joindre un élément inflammatoire et des complications phlegmasiques plus ou moins dominantes.
Ajoutons que nous comprenons moins encore que la fièvre typhoïde, cette affection multiforme, si différente d'elle-même suivant les temps, les pays, les constitutions épidémiques, suivant les individualités même, puisse s'accommoder d'une méthode de traitement une et identique, que cette méthode repose sur le sulfate de quinine ou surtout autre agent de la matière médicale.
Mais cette réserve faite, nous sommes tout disposés à admettre que le sulfate de quinine, au même titre que la saignée ou que tout autre remède, peut être appelé, en raison de ses propriétés toutes spéciales, à rendre des services dans le traitement de la fièvre typhoïde, en aidant le médecin à satisfaire à quelques-unes des indications particulières plus ou moins importantes, que présente souvent cette maladie si complexe. — Nous laisserons donc maintenant les questions de principe pour ne plus écouter que les faits et les résultats de l'expérience. • A cet égard, nous croyons ne pouvoir prendre de meilleur guide que M. Briquet, qui à bon droit fait ici autorité.
Or, tout d'abord, rendons-lui cette justice, c'est que malgré la prédilection, d'ailleurs fort naturelle, qu'il a vouée à un médicament qui a fait l'objet tout spécial de ses études depuis de longues années, il a eu le bon esprit de ne pas s'en laisser imposer par quelques avantages particuliers, si importants qu'ils pussent être à ses yeux, et qu'il s'est bien gardé de présenter le sulfate de quinine, nous ne dirons pas comme le spécifique, mais même comme un moyen réellement curatif de la fièvre typhoïde.
Pouvait-il d'ailleurs en être autrement lorsque, après avoir soumis à un examen consciencieux les données fournies par sa propre expérience, et avoir fait l'analyse rigoureuse des observations publiées par les autres, M. Briquet se trouve conduit à faire cette déclaration, savoir : que les faits recueillis jusqu'à ce jour ne peuvent autoriser à conclure que le sulfate de quinine exerce une influence plus favorable que tout autre traitement, soit sur la durée, soit sur la mortalité de la fièvre typhoïde.
Mais cette déclaration faite, le même observateur se croit en droit d'être plus affirmatif, relativement à quelques autres effets thérapeutiques de cette médication ; et après avoir passé en revue les diverses conditions morbides dans lesquelles cette médication lui a paru utile et même efficace, il formule son jugement définitif dans un certain nombre de propositions générales, que nous essayerons de résumer aussi succinctement que possible.
520 MÉDICAMENTS T0N:QUES NÉVROSTHÉNIQUES.
Et d'abord, hâtons-nous de le dire, loin de constituer pour M. Briquet une méthode générale et banale de traitement de la lièvre typhoïde, la médication par le sulfate de quinine ne lui paraît admissible que comme un moyen de combattre soit certaines formes de la maladie, soit certains accidents prédominants.
Il est un premier fait qu'on peut regarder comme positivement démontré, savoir : que l'action sédative du sulfate de quinine s'exerce d'une manière notable sur la circulation, sur la calorification et sur les fonctions de l'encéphale.
Ainsi dans l'alfection typhoïde, lorsque la fièvre offre une très-grande intensité, que le pouls est très-fréquent, la chaleur de la peau excessivement acre et brûlante, le sulfate de quinine donné pendant plusieurs jours, à la dose de 1 à 2 grammes (10 centigrammes seulement à la fois de deux en deux heures), a pour résultat presque constant d'abattre le mouvement fébrile, d'abaisser la température de la peau, et, par suite, de diminuer l'un des symptômes les plus incommodes pour les malades, et surtout, ajoute l'auteur, de prévenir les congestions et les phlegmasies viscérales qui sont assez ordinairement la conséquence d'un appareil fébrile trop intense et trop prolongé.
11 en résulte que cette médication devra être réservée à peu près exclusivement pour les cas oii la fièvre, par son intensité ou son excès, demandera à être atténuée et réprimée.
Après la modification sur la circulation et sur l'appareil fébrile, nous signalerons l'influence également très-notable exercée par le sulfate de quinine sur les troubles de l'encéphale.
Ainsi la plupart des observateurs qui ont expérimenté le sulfate de quinine à haute dose dans la fièvre typhoïde s'accordent à reconnaître qu'il amène assez promptement une sédation très-remarquable sur les principaux phénomènes morbides provenant de la lésion du système nerveux et M. Briquet affirme que, dans les fièvres typhoïdes de forme dite ataxique, ce moyen réussit assez généralement à calmer la céphalalgie, l'agitation nocturne, le délire, les convulsions, la roideur du cou, etc.; au contraire, quand il y a prostration, stupeur, somnolence, état comateux, il importe de s'abstenir du sulfate de quinine qui aggraverait presque immédiatement ces accidents.
Notons qu'une des formes de la fièvre typhoïde où le sulfate de quinine paraît le mieux convenir est celle qui s'accompagne de rémissions et d'exacerbations très-prononcées et régulières. Sous ce rapport, ces fièvres semblent se rapprocher des véritables fièvres intermittentes et rémittentes.
Bien que le sulfate de quinine soit généralement assez bien supporté par les voies digestives dans les cas les plus ordinaires, on devra ne l'administrer qu'avec une extrême prudence dans les cas de fièvre typhoïde où il existe des signes positifs de phlegmasie intense du tube digestif. En effet, on a vu ce médicament administré, d'une manière intempestive,
donner lieu à des accidents graves, et même produire des eschares dans l'estomac ou l'intestin.
Quant aux doses, voici les conseils donnés par M. Briquet : dans les cas peu graves, on se contentera de donner de 1 gramme à i^^oO par jour; dans ceux qui le sont plus, on doit porter la dose de 15 décigrammes à 20 décigrammes, et enfin, dans les cas les plus graves, élever la dose à 3 et môme 4 grammes par jour.
Comme le sulfate de quinine manifeste en général son action thérapeutique dans les premiers jours de son emploi, il devra être continué tout au plus pendant une huitaine de jours. Au delà, son administration non -seulement devient inutile, mais ne peut qu'être nuisible et dangereuse.
Ces conclusions, oii se trouvent signalées quelques-unes des principales indications et contre-indications de l'emploi du sulfate de quinine dans les fièvres graves, témoignent sans aucun doute du sens pratique et de l'esprit sage et mesuré de leur auteur.
Toutefois comme, personnellement, nous ne possédons pas les données cliniques suffisantes pour nous prononcer sur la validité de ces conclusions, si réservées qu'elles soient, nous suspendrons à cet égard notre jugement.
Faisons d'ailleurs des vœux pour que l'expérience ultérieure vienne confirmer les résultats annoncés par M. Briquet.
Que s'il en était ainsi, il resterait un fait important acquis àla science, en faveur du sulfate de quinine. En effet, sans avoir la faculté d'arrêter la fièvre typhoïde dans sa marche, ni même d'exercer sur elle une action directement curative, ce serait assurément un rôle encore fort beau, si, en la débarrassant de phénomènes morbides prédominants, et de complications plus ou moins graves, cette médication permettait à la maladie, ainsi allégée et simplifiée, de tendre sans trop de difficultés et de dangers vers sa terminaison naturelle. Mais de ce résultat, si considérable qu'il puisse être, il y aurait bien loin encore à cette inqualifiable prétention de ces médecins qui s'en vont prônant le sulfate de quinine comme un remède infaillible, avec lequel ils se font fort de juguler en quatre ou huit jours les fièvres typhoïdes les plus graves.
En résumé, si utile que puisse être le sulfate de quinine dans tel ou tel cas donné, notre pensée est que, loin de constituer jamais la médication générale de la fièvre typhoïde, il n'est appelé qu'à remplir le rôle plus modeste d'adjuvant et d'auxiliaire. Hâtons-nous encore d'ajouter que lors même que certaines indications très-positives sembleront en légitimer le mieux l'emploi, il importera de se souvenir toujours que le mode d'action du sulfate de quinine à haute dose est en opposition directe avec le fond de la maladie qui, nous l'avons dit, est essentiellement asthénique. C'est pourquoi la prudence commandera de surveiller avec soin cet agent si énergiquement sédatif et stupéfiant, car en cherchant à maîtriser un excès de réaction de la part des organes circulatoires, ou à combattre quelques
5Î2 MÉDICAMENTS TÛNIQrES NÈMIOSTHEXIQUES.
c^-mplications conîresîives ou phlegruasiques du côté des centres nerveux, on aura toujours un danger à craindre, à savoir : de déprimer trop profondément l'innervation générale, et, par suite, de mettre Torganisme dans rimpmssance de conduire à bonne fin une maladie d'une solution généralement si longue et si difficile.
Fièvre paerpéraie. Xous connaissons tous cette tenible pyrexie qui. dans certaines années, fait de si affreux ravages dans les hospices où l'on reçoit les femmes en couches. Nous savons combien sont insuffisantes les médications les plus diverses et les plus énergiqnes. et chaque jour, après de nouveaux essais, il n'est aucun de nous qui n'en soit réduit à confesser son impuissance et qui ne se sente pins profondément découra^.
Nous devons, toutefois, signaler une nouvelle et puissante tentative qui vient d'être faite pour lutter contre ce redoutable fléau. Naguère. M. Kedagnel, médecin de l'Hôtel-Dieu. a proclamé l'utUe influence du sulfate de quinine associé au caihonate de fer. à la dose de 1 gramme de chacun, plusieurs jours de suite, chez les femmes récemment accouchées, comme moyen de prévenir l'invasion du Ivpih us puerpéral. M. Beau, médecin de l'hôpital Cochin, a été plus loin ; il a prétendu que. dès que la ûevre puerpérale débutait, on pouvait en conjurer le danger en donnant chaque jour 2. 3 et jusqu'à -4 grammes de sulfate de quinine, de manière à tenir constamment la malade dans lïvresse quinine. Ajoutons, pour être juste, que M. Beau ne faisait que confirmer, à cet égard, des résultats qui avaient été signalés antérieurement par MM. Lecomte, d'Eu, et Leudet. de Rouen.
Mais malheureusement, des expériences faites en grand, par MM. Danyau et Delpech à la Maternité de Paris, sont venues démontrer l'inutilité du sulfate de quinine comme moyen prophylactique. D'autre part. M. Delpech reprenant les expériences de M. Beau, et nous-mêmes les répétant dans un service d'accouchement que nous avons eu pendant deox mois à l^ôtd-Dieu, nous n'avons pu obtenir les heurenx résultats prodamés par rbonorable médecin de l'hôpital Cochin. De son côté, M. Depaul déclare qu'à l'hôpital de la Clinique ce même traitement a échoné complètement entre ses mains. Nous ajouterons même que pour expliquer des résultats aussi contradictoires, M. Depaul n'hésite pas à révoquer en doute le diagnostic porté par MM. Lecomte et Beau, et à rapporter les cas de succès obtenus par eux. non à la Téritable fièvre puerpérale, mais à de simples accidents phlegmasiques, survenant chez de nouvelles accouchées. Quoi qu'il en soit, et bien que les faits cités eu faveur de l'efficacité de cette nouvelle médication soient loin d'être probants, ces faits, lek qu'ils sont, nous paraissent mérités d'être pris en conddération. Aussi, en raison de l'intérêt puissant qui s'attache à cette gra^^ question de l'action, tant eurative que préservatrice, du sulfate de quinine dans la fièvre puerpérale, on est en droit d'espérer que les choses n'en restawt pas là, mais que les médecins, placés à la tête de services
QUENQUINA. o23
de femmes en couches, s'empresseront de poursuivre les expériences entreprises par un certain nombre d'observateurs recommandables, et de soumettre cette importante médication à la vérification la plus sérieuse et la plus approfondie.
Nous ne terminerons pas sans ajouter que tout récemment M. le docteur Cabanellas \ient de reprendre cette médication d'après une méthode particulière qu'il appelle méthode de saturation. Elle consiste, dès le début des accidents de fièvre puerpérale, à administrer le sulfate de quinine à la dose de 10 centigrammes toutes les heures, plusieurs iours de suite, jusqu'à disparition des symptômes généraux et locaux. Si, après une interruption de plusieurs jours, il y a un retour des accidents, la même médication est reprise à nouveau jusqu'à l'entrée en convalescence définitive. A l'appui de cette méthode à laquelle il attache une extrême importance, M. Cabanellas, dans sa note lue devant l'Académie (mars 1862), a rapporté six cas de guérison, tous observés sur des femmes de la ville, c'est-à-dire placées dans les conditions favorables que présentent l'isolement des malades et le caractère sporadique de la maladie.
Maintenant, il reste à faire l'épreuve de cette même médication chez les malades des hôpitaux, surtout en temps d'épidémie puerpérale : sans rien préjuger, faisons des vœux pour que, dans ces conditions tout autres, elle ne perde rien de son efficacité, et que les premiers succès obtenus par M. Cabanellas ne soient pas le simple résultat d'une série exceptionnellement heureuse.
En Amérique, on a éœndul'asage du sulfate de quinine à l'accouchement lui-même. Dans une séance de la Société de médecine de KnighstOTSTi, à l'occasion d'une discussion sur la propriété que possédait le sulfate de quinine de ranimer les contractions utérines, le docteur Coche rau a rapporté un cas d'inertie complète de l'utérus dans lequel il administra, en une seule dose, 50 centigrammes de ce sel ; les douleurs survinrent bientôt, et l'accouchement se fit normalement. Le docteur Canada considère la quinine comme le moyen le plus certain d'exciter les contractions utérines, mais à la condition qu'elle soit donnée à forte dose. John Lewis assure, à son tour, qu'il administre de fortes doses de sulfate de quinine déins tous les cas où il y a rigidité du col utérin, et qu'il attend alors le ramolhssement du col et des contractions réguhères, tout aussi certainement qu'il attend des garde-robes après l'administration du jalap. Rich a rapporté, dans le numéro de mars 1861 du Charlestoyi med. 7ourn., plusieurs observations d'hémorrhagies utérines profiises qui avaient été vainement combattues par tous les moyens possibles et contre lesquelles le sulfate de quinine fut appliqué avec le plus grand succès. Enfin, "\l\'aren ne connaît pas de moyen plus certain de provoquer l'avorlement. {Bulletin de thérap.. 1862, t. I, p. 180.)
Pbiegmasies diverses. On sait qu'en Italie, sous le règne des doctrines
hU MÉDICAMENTS TONIQUES NÈVROSTHÉNIQUES.
rasorieniies, le Quinquina à haute dose était employé à titre d'hyposthénisant dans un grand nombre de phlegmasies, et notamment dans la pneumonie aiguë. Dans ces dernières années, des expériences ont été reprises en France sur le sulfate de quinine considéré comme antiphlogistique, et un certain nombre de médecins, surtout de l'école de Montpellier, ont affirmé en avoir retiré des avantages marqués dans les maladies inflammatoires du poumon et de l'encéphale.
M. Briquet, se basant sur les effets observés par lui dans le traitement des rhumatismes et des fièvres continues, est porté à accorder plus de confiance au sulfate de quinine dans les phlegmasies de l'encéphale que dans les phlegmasies du poumon. Ainsi, il faut remarquer que tandis que le sulfate de quinine, en raison sans doute de son action sédative en quelque sorte élective sur les centres nerveux, lui donnait généralement d'excellents résultats contre les complications congestives ou inflammatoires du côté de l'encéphale dans la fièvre typhoïde, ce moyen se montrait insuffisant lorsqu'il s'agissait de combattre les mêmes complications du côté du poumon, et qu'il était presque toujours dans la nécessité d'avoir recours alors aux émissions sanguines.
Les observations faites par M. Briquet sur l'efficacité du sulfate de quinine dans le traitement de certains accidents inflammatoires venant compliquer les affections rhumatismales et les fièvres graves, concordent d'ailleurs avec les résultais obtenus par d'autres médecins dans les phlegmasies idiopathiques des centres nerveux ; ainsi dans la méningite cérébro-spinale qui a régné épidémiquement dans ces derniers temps, le sulfate de quinine cà haute dose a eu quelquefois des succès là oii les émissions sanguines échouaient le plus généralement; et dans ces circonstances ce médicament a présenté, sous le rapport de son mode d'action et de ses résultats, une analogie frappante avec l'opium à dose élevée, qui, à titre de séd;itif du système nerveux, a eu, entre les mains de quelques observateurs, une efficacité incontestable, ainsi que nous l'avons établi en traitant de l'opium.
Notons encore que le sulfate de quinine paraît avoir été administré avec avantage dans certaines maladies avec pyogénie : ainsi, on a cité des cas d'arthrites très-inflammatoires, avec épanchement de pus, où ce moyen avait réussi à ca,lmer assez promptement des douleurs articulaires atroces ayant résisté aux antiphlogistiques proprement dits, et, de plus, à éteindre ou à diminuer très-notablement les symptômes fébriles si intenses qui accompagnent le plus souvent cette grave maladie. Ajoutons enfin que le sulfate de quinine a rendu plus d'une fois les plus utiles services dans les fièvres traumatiques ; et peut-être les chirurgiens ont-ils le tort de négliger trop souvent de faire appel à ce puissant névrosthénique, soit à titre de moyen curatif, soit à titre de moyen prophylactique, pour lutter contre les accidents redoutables de la pyoémie et de la résorption purulente.
Ce n'est point ici le lieu de discuter les conditions dans lesquelles le
Quinquina et I03 toniques en général doivent être administrés dans les maladies aiguës ; ce point important de ttiérapeutique sera examiné à fond dans le chapitre général qui traitera de la médication tonique névrosthénique.
Dans le même chapitre, on étudiera l'action du Quinquina en tant qu'amer, comme moyen de hâter les convalescences, de ranimer les fonctions digestives, et de rendre aux fonctions nerveuses de la vie organique le ressort qu'elles avaient perdu.
Hydropisie scariatineuse. Le docteur Hamburger, de Prague, ayant étudié particulièrement cette complication de la scarlatine, a traité quarante-sept de ses malades par la quinine, et quarante- quatre fois il a vu une amélioration survenir, soit immédiatement, soit au bout d'un petit nombre de jours.
Voici les préceptes qu'il indique pour en obtenir les meilleurs effets : Au commencement, autant que dure la période aiguë, l'emploi de la quinine peut être différé. On peut administrer hardiment le médicament, quand même les urines sont foncées et les épanchements considérables. Toutefois, si, au bout de trois jours, on n'obtient pas d'amélioration, il ne faut pas persister. La dose est pour les enfants de 2 à 10 centigrammes deux fois par jour, et, pour les adultes, de 13 à 20 centigrammes. 11 faut en même temps surveiller le régime du malade et surtout ne pas surcharger le canal intestinal d'aliments ou de boissons. {Bulletin de thérap.y 1861, t. II, p. 183.).
Ivresse, deiirium fremcns. M. Houssard regarde la décoction do Quinquina comme tellement efficace dans le deiirium tremens, qu'il en fait presque un spécifique ; il dit avoir employé cette méthode avec un succès constant pendant quarante ans. M. Jules Guérin, en entendant cette communication à l'Académie de médecine, l'a corroborée en disant que si l'on coupe le vin avec de la macération de Quinquina, on peut en boire de grandes doses sans se griser. {Bulletin de thérapeut., 1863, t. I,p. 88.)
Usage externe. Les propriétés antiseptiques du Quinquina, indiquées par Sloane en 1709 [Transact. philofoph., traduct. franç., 1732, p. 265), hautement proclamées peu de temps après par Rushworth {Proposai for tlieimprovement ofsurgery, 1731), furent depuis mille fois expérimentées et mille fois constatées par les chirurgiens et par les médecins, soit que la gangrène procédât de cause interne, comme cela est si commun dans certaines fièvres typhoïdes, soit qu'elle procédât de cause externe, comme il est si commun d'en rencontrer des exemples en chirurgie. Quand la gangrène procédait d'une cause interne, le Quinquina était en même temps donné à l'intérieur et appliqué sur la partie mortifiée ; quand, au contraire, on ne devait l'imputer qu'à une lésion locale, c'était sur le lieu malade qu'on appliquait, soit des décoctions vineuses de
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Quinquina, soit de la poudre de Quinquina, soit des pommades dans lesquelles entrait l'écorce du Pérou. Sous l'influence de ce moyen, les tissus qui commencent à s'œdématier se raffermissent, les parties mortifiées se durcissent et se momifient en quelque sorte, et la démarcation entre le mort et le vif ne tarde pas à s'effectuer.
- Mais, pour obtenir ce résultat, il faut ne pas craindre d'élever les doses de Quinquina, et l'on doit porter le médicament fort au delà des parties mortifiées ou menacées de mortification.
La quinine et la cinchonine, si puissantes comme fébrifuges, ne sont presque d'aucun secours dans le cas dont nous venons de parler ; il est très-probable que le principe fébrifuge est pour peu de chose dans l'action antiseptique du Quinquina, et que celle-ci réside principalement dans le tannin dont abonde l'écorce du Pérou. Ce qui le ferait croire, c'est que les écorces et les extraits qui contiennent beaucoup de tannin sont aussi et même plus efficaces que le Quinquina dans le traitement externe de la gangrène.
MODES d'administration ET DOSES.
Le Quinquina a été tourmenté de mille manières par les médecins et par les pharmaciens, et le nombre des préparations de Quinquina est vraiment immense. Nous nous bornerons à indiquer l'usage des principales.
Poudre. C'est la préparation la plus simple. On donne la poudre de Quinquina, comme tonique, à la dose de 20 à 50 centigrammes, deux ou trois fois par jour ; comme fébrifuge, à la dose de 8 à 30 grammes, suivant la nature de la fièvre, suivant la méthode que l'on a adoptée. La poudre se prend sous forme sèche, enveloppée dans un pain azyme, mêlée à de l'infusion de café sucré, à de l'eau, à du vin, sous forme de bols ou d'électuaire, en l'incorporant à du miel, à du sirop, à divers extraits, etc., etc.
Infusion et décoction. L'infusion de Quinquina s'emploie comme tonique, jamais comme fébrifuge, à la dose de 23 à 30 grammes de Quinquina pour 500 à 1,000 grammes d'eau. La décoction préparée en faisant bouillir l'écorce concassée dans la proportion de 15 à 30 grammes pour 500 grammes d'eau, se donne comme fébrifuge. La vertu fébrifuge est augmentée si l'on a soin de mêler à l'eau, avant la décoction, 60 à 100 grammes de fort vinaigre, sans doute parce que l'acide acétique s'empare de la quinine et de la cinchonine.
^.Sirops de Quinquina. Le sirop vineux est le plus usité; il ne contient qu'une petite proportion de principe actif du Quinquina, et son amertume est fort tolérable : on le donne à la dose de 30 à 60 grammes par jour, dans les convalescences, dans les débilités d'estomac. Il agit alors comme tonique.
Vin de Quinquina. Ce n'est en définitive autre chose qu'une dissolution de quinine et de cinchonine dans de l'alcool étendu. Comme tonique, il se donne, au moment du repas, à la dose de 15 à 30 grammes; comme fébrifuge, à la dose de 120 grammes en un jour.
Teinture de Quinquina. On l'emploie étendue d'eau pour faire des potions toniques; jamais on ne doit la donner comme fébrifuge. La dose est de 4 à 15 grammes par jour.
Extraits de Quinquina. Ces extraits sont de trois espèces, qui diffèrent par leur composition et leurs propriétés :
1" L'extrait sec ou sel essentiel de Lagaraye, ne contenant qu'une trèsfaible proportion d'alcalis végétaux, ne peut servir utilement dans la médication fébrifuge et sédative ; mais comme tonique, c'est un remède précieux qui rend journellement des services de la plus haute importance ;
2° L'extrait mou ou Vextrait aqueux contient, au contraire, une assez forte proportion de quinine et de cinchonine mêlée à un peu de tannin et autres principes amers. Il a une action physiologique analogue à celle de ces alcaloïdes, et il peut être utilisé à titre d'hyposthénisant du cœur et de l'encéphale ; et comme il est en même temps tonique, cette propriété mixte peut lui mériter la préférence dans quelques cas spéciaux.
Les extraits sec et mou de Quinquina diffèrent l'un de l'autre par leur mode de préparation; le premier est fait par lixiviation, et le second par décoction : tous les deux sont faits avec du Quinquina gris ;
3° L'extrait alcoolique. Quand on le prépare avec le Quinquina jaune, il contient une très-notable proportion d'alcaloïdes, et l'expérience l'a placé au premier rang des préparations fébrifuges; dans ce cas, on doit le donner à une dose double de celle du sulfate de quinine.
Quinine brute. Avec l'extrait alcoolique de Quinquina jaune, nous la regardons comme une des plus utiles préparations de Quinquina. Comme fébrifuge, elle se donne à la dose de 60 à 150 centigrammes, à peu près comme le sulfate neutre de quinine, soit en potions, soit en pilules. Quand on la met en potion, il faut avoir soin de la faire dissoudre dans un peu d'eau aiguisée de quelques gouttes d'acide sulfurique, chlorhydrique ou acétique. Nous avons dit quel avantage on retirait de la quinine brute dans la médecine des enfants, en raison de son peu d'amertume.
Quinine pure. Aussi amère que le sulfate de quinine, elle n'a sous ce rapport aucun avantage sur ce dernier. Elle se donne à une dose un peu plus forte que la quinine brute et que le sulfate de quinine.
Sulfate de quinine. Il y en a de deux espèces, qui méritent d'être distinguées en raison de la différence dans leur activité.
1" Bisulfate de quinine. Il est sans contredit le plus actif de tous les sels qui ont pour base la quinine; et son énergie s'explique par la proportion plus forte d'alcaloïde qu'il contient. L'usage de cette préparation tend à se généraliser de plus en plus dans la pratique. On compose ex-
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temporanément le bisulfate en faisant dissoudre le sulfate bibasique ordinaire, et en ajoutant au véhicule quelques gouttes d'acide sulfurique pour faciliter la solution. Ce sel est très-soluble et excessivement amer : l'absorption en est généralement très-rapide. C'est la préparation la plus puissante et la plus sûre, dans les cas où l'on veut obtenir une action hyposthénisante prompte et énergique.
2° Sulfate neutre de quinine. Ce sel est celui du commerce. Il est moins solublo que le précédent et, par conséquent, moins amer : il est aussi moins actif. On a calculé que sa puissance d'action est à peu près de moitié moindre que celle du bisulfate. Administré en suspension, sa saveur est assez facile à masquer, et, sous ce rapport, il est quelquefois préféré au sulfate acide, mais alors il faut en élever la dose.
Dans ces derniers temps, on s'est appliqué à composer un très-grand nombre de sels ayant pour base la quinine. Mais il en est peu dont la thérapeutique puisse tirer grand avantage.
A cet égard, nous ne mentionnerons que pour mémoire le clilorhyilrate, Vazotate, le carbonate, le citrate et Vacctate de quinine, qui, à dose égale, ont une puissance d'action inférieure à celle du sulfate de quinine.
On a beaucoup vanté à l'étranger le phosphate de quinine, ainsi que Vhydrocyanate ferrure OM fprrocyanate de quinine ; mais les expériences qui ont été faites en France n'ont pas confirmé les avantages dont on s'était plu à doter ces composés.
Le lactate de quinine a été recommandé comme ayant une action plus douce sur les voies digestives, en raison de son acide organique. Il a une saveur moins amère que le sulfate, et néanmoins il est très soluble. Cette double qualité serait de nature à lui mériter la préférence dans les cas où les sulfates pourraient ofTenser la susceptibilité de l'estomac et offrir au goût une trop grande répugnance, surtout chez les enfants.
Le valcrianate de quinine a été composé dans l'intention de combiner les propriétés antispasmodiques de la valériane avec celles de la quinine. Ce sel a été préconisé par quelques médecins dans les fièvres intermittentes et dans les névralgies. Mais M. Briquet objecte que l'acide valérianique, étant très-faible et un composé instable, doit très-pea neutraliser la quinine; que, de plus, le sel qu'il forme avec la quinine n'est pas toujours comparable à lui-même, et qu'en somme, c'est un médicament sur la valeur duquel on ne peut pas compter, surtout dans les fièvres intermittentes un peu graves. Dans les cas légers, toutefois, il peut avoir son utilité, surtout chez les enfants ou chez les personnes délicates.
Pour ce qui concerne le tannate de quinine, nous renverrons à l'article Tannin, t I, où nous avons signalé quelques-uns des avantages de ce composé assez nouvellement introduit dans la thérapeutique.
Cinchonine et sels de cinchonine. Nous n'avons que peu de chose à dire de la cinchonine et des sels de cinchonine, qui jouissent, à n'en pas douter, de propriétés fébrifuges sédatives et toniques, mais à un degré
très-inférieur aux préparations de quinine. On devra donner des doses deux fois plus considérables pour arriver aux mêmes résultats.
Dans ces derniers temps, on s'est appliqué à rechercher les moyens de corriger ou de dissimuler l'extrême amertume du sulfate de quinine, qui, dans bien des circonstances, constitue un vérital)le inconvénient.
A cet effet, M. Desvouves a proposé d'administrer ce médicament dans une infusion de café. On a adressé à ce véhicule divers reproches.
Ainsi, M. Dorvault et plus tard M. Quévenne ont constaté que l'infusion de café noir masque très-incomplétement la saveur du sulfate de quinine, lorsqu'il est donné à l'état de sulfate acide, c'est-tà-dire en dissolution parfaite, bien qu'il produise dans la liqueur un trouble dû à la formation d'une certaine quantité de tannate insoluble, qui lui fait perdre une partie de son action.
De son côté, M. Briquet propose, comme moyen de corriger l'amertumo du sulfate de quinine, de mêler à la solution du sel un sirop acide quelconque, et notamment le sirop tartrique. Ainsi, il a constaté que 10 grammes de ce sirop masquaient assez complètement la saveur amère de 3 centigrammes de sulfate acide de quinine, et que 100 grammes d'un mélange de sirop tartrique et de sirop de fleur d'oranger diminuaient très-notablement la saveur d'un gramme de ce sel. Ce mélange aurait l'avantage sur le café de ne pas communiquera la solution de quinine une action stimulante tout à fait en opposition avec l'action sédative qu'on voudrait obtenir, et, de plus, de ne pas diminuer l'énergie d'action du sulfate de quinine, en faisant subir à ce sel une décomposition qui le rend en partie inerte.
Ces reproches peuvent être fondés au moins en partie. Toutefois, dans les cas ordinaires où l'on n'a pas besoin de demander au sulfate de quinine son summum d'action, et surtout lorsqu'on a affaire à des enfants ou à des personnes très-susceptibles, on trouve un véritable avantage à se servir de l'infusion de café comme véhicule; seulement il convient de doubler la dose de sulfate de quinine, pour compenser la partie décomposée.
M. Briquet, après avoir fait des expériences comparatives nombreuses sur les divers modes d'administration du sulfate de quinine, accorde la préférence à la solution, dans tous les cas où l'on veut obtenir une action prompte et énergique. En effet, c'est sous cette forme que l'absorption s'opère le plus rapidement et le plus sûrement. La forme pulvérulente €t la forme pilulaire lui paraissent généralement défectueuses, et il leur reproche de ne se prêter que lentement et incomplètement à la dissolution et à l'absorption, et, en outre, d'adhérer souvent à une portion de la membrane muqueuse et d'y déterminer une irritation locale. Il est donc porté à condamner ce mode d'administration comme lent, incertain et même comme infidèle, surtout dans les cas où l'on veut obtenir une action puissante, et il ne le conseille que lorsque la répugnance des
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malades est telle qu'on ne peut en employer d'autre ; et alors il recommande d'augmenter la dose d'un tiers au moins, et de donner immédiatement, à l'exemple de M. Legroux, une boisson acide. Enfm, ce mode d'adnynistration, passable pour les cas où il n'est pas nécessaire de fortes doses, ne peut guère servir pour les doses élevées.
Quand on veut employer la méthode endermique, M. Briquet recommande encore de déposer sur la plaie du vésicatoire le sulfate de quinine en dissolution, parce que sous cette forme il a l'avantage de ne déterminer qu'un picotement très-léger et peu d'irritation locale.
Il fait voir, au contraire, que si l'on dépose sur la surface dénudée ce même sel à l'état pulvérulent., il en résulte une cuisson vive, une douleur plus ou moins intense, et même si cette poudre est appliquée plusieurs l'ours de suite, elle peut agir comme caustique et donner lieu à une eschare, et par suite à une ulcération, ainsi que nous-mêmes l'avions déjà parfaitement démontré depuis longtemps.
M. Briquet fait observer avec raison que cette différence entre l'action iri'itante de la solution et celle de la poudre de sulfate de quinine, dans la méthode endermique, peut servir cà expliquer la différence qu'il a notée entre l'effet de la solution et celui des pilules, ou de la forme pulvérulente, sur la membrane muqueuse de l'estomac.
Etlm^ quinique. Il arrive quelquefois que les préparations quiniques sont mal supportées par l'estomac. Pour obvier à cet inconvénient , M. Manetti a composé un éther quinique qui a été introduit dans la thérapeutique par M. Pignacco, de Milan.
Cet éther s'obtient en distillant l'alcool avec de l'acide sulfurique et le quinate de chaux. C'est un liquide incolore d'une odeur agréable, volatile.
On le fait respirer à la dose de 2 à 3 grammes versés sur une compresse. Malgré les bons résultats obtenus par M. Eissen, de Strasbourg,, qui a vu les accès diminuer d'intensité et disparaître quand la fièvre était simple et légitime, l'éther quinique est aujourd'hui très-peu employé.
Administration des sels de quinine par la méthode hypodermique.
Depuis quelques années la méthode hypodermique, si heureusement appliquée à l'opium et à la belladone, s'est étendue jusqu'aux sels de quinine.
Sfemann assure que, dans un cas, il a pu guérir une fièvre tierce au moyen de deux injections contenant chacune 10 centigrammes de sulfate de quinine, tandis qu'on en avait donné à l'intérieur 1 gramme sans résultat.
Rosenthal dit avoir guéri, par le même moyen, un certain nombre de névralgies et de fièvres intermittentes, et que, dans un certain nombre de cas, la durée de la fièvre a été modifiée. Ce mode de traitement a été employé encore par Zuelzer, de Berlin, Paul et Jarotzky, deBreslau.
Le docteur Desvignes ayant eu à soigner dans les maremmes de la Toscane un grand nombre d'ouvriers du chemin de fer atteints de lièvre