MO MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES
ALKÉKENGË.
U Alkékenqe ou Coqueret, So>aniim vesicariuni, I hysalis Alki'kengi, est une plante de la lamille des Solanées, et qui a du rapport avec la belladone. Elle appartient au genre Coqueret, qui comprend des arbustes et des herbes à feuilles simples et alternes, à fleurs blanches ou jaunâtres, formées d'une corolle monopétale, couvrant cinq étamines, un pistil, à fruits baccifères renfermés dans des calices vésiculeux, pentagones, colorés, comme le fruit, en jaune ou rouge.
La baie contient un grand nombre de semences aplaties et résiniformes.
Cette plante, dont la racine est vivace, croît spontanément et abondamment dans certains vignobles du midi et de l'ouest de la France. On la cultive avec succès dans les jardins. Elle aime à la fois l'ombre, la chaleur et une terre légère. Les baies d'Alkékenge diffèrent de celles de la belladone par leurcouleurrouge ou jaune, et par leurs propriétés. Elles ont un goût acide et amer très-prononcé. En Espagne, en Suisse, en Allemagne et en Angleterre, et dans quelques contrées de la France, on sert sur les tables, comme fruits acides et rafraîchissants, des baiis d'une certaine espèce d'Alkékenge.
Les capsules, feuilles et tiges ont une amertume franche et persistante.
ItecoHe, préparation, mode d' administralion et doses.
L'.Mkékenge ne doit se récolter qu'à l'époque de la maturité des fruits, c'estii-dire suivant l'exposition ou le climat, depuis la fin d'août jusqu'à la fin d'octobre.
Les tiges, capsules et baies, vertes d'abord, acquièrent une couleur rouge ou jaune qui indique leur maturité.
Dans les vignes, les premières pousses
ont souvent été détruites par les vignerons, et les coquerets de seconde végétation mûrissent à la fin de septembre o\i d'octobre.
On peut alors les cueillir, en faire des bouquets, comme c'est l'usage dans les campagnes; on les expose sur un sol bien sec h. la chaleur du soleil. La dessiccation sera plus prompte si l'on sépare les baies des capsules, caria transpiration des premières entretient l'humidité des secondes.
Les baies se dessèchent lentement, se flétrissent, se vident; en les broyant, on en sépare facilement les graines, dont on peut faire des semis dans un terreau bien préparé.
La dessiccation en plein air n'est jamais suffisante pour obtenir une division ou pulvérisation facile de la plante.
Il est nécessaire de la [lasser à l'étuve ou au four chauffé à 40 degrés, de l'y laisser de huit il douze heiu'es avant de la soimiettre à l'action du pilon.
On obtient trois espèces de poudres :
rouge, jaune et verte.
Les baies et capsules fournissent les deux premières, la tige et les feuilles la troisième.
Toutes sont d'une amerlume franche et persistante ; celle des baies a de plus une acidité marquée qui n'est pas désagréable.
On prépare du vin d'.\lkékenge trèsamer en faisant macérer pendant huit jours 30 grammes de tiges, feuilles ou fruits, dans un litre de vin.
L'eau s'empare également du principe amer, soit par infusion, soit par décoction.
Le vin ou l'eau d'.\lkékenge peuvent servir de véhicule à la poudre et ajouter il son action fébrifuge.
L'extrait d'Alkékenge a été peu expérimenté.
L'Alkékenge a été longtemps employée en médecine pour son action (liiirétique, et à différentes époques abandonnée et reprise.
Dioscoride prescrivait les baies contre l'ictère et l'ischurie ; il dit même les avoir conseillées avec succès contre l'épilepsie.
Arnaud de Villeneuve la remit en honneur comme diurétique.
Ray l'employait dans la goutte.
Le docteur Gilibert a guéri, par l'usage des baies ou de leur suc simplementexprimé, plusieurs hydropiques, et recommande surtout celte mé-
ALKÉKENGE.
dicaliondanslesleucophlegmatiesquisuccèdentauxfièvresintermittentes.
Les habitants de la campagne ont toujours attribué à cette plante des propriétés diurétiques, et malgré l'oubli oil elle est retombée de nos jours, ils continuent à la récolter avec soin en septembre ou octobre, en font des bouquets qu'ils suspendent au plancher de leurs habitations, et la conservent ainsi pour combattre les rétentions d'urine dont ils pourraient être affligés.
^ Us la donnent fréquemment en décoction aux bestiaux atteints de dysurie.
C'est à M. le docteur Gendron, du Château-du-Loir, que l'on doit d'avoir introduit l'Alkékenge dans la thérapeutique, de manièreàlui faire occuper un rang un peu plus important que celui qui lui était auparavant dévolu.
Nous n'avons pas, quant à nous, été en mesure de répéter les expériences de cet habile praticien; aussi, dans cet article, nous contenterons-nous d'analyser les travaux qu'il a publiés sur la matière. Nous ferons toutefois nos réserves à l'égard de ce travail. Nous croyons peu aux succédanés du quinquina ; l'arsenic lui-même, malgré le nombre des expériences qui ont écé faites, nous a trouvés longtemps quelque peu incrédules; à plus forte raison le serons-nous pour un médicament qui est loin d'avoir fait ses preuves.
ACTION PHYSIOLOGIQUE
Les effets physiologiques de la poudre d'Alkékenge ont été sensibles chez les malades faibles anémiques, et particulièrement chez les femmes chlorotiques.
Plusieurs de ces dernières ont ressenti peu d'instants après son administration, même à petite dose, des bourdonnements d'oreille, un peu d'ivresse et un ralentissement assez notable du pouls. Les effets consécutifs étaient le retour du pouls à son type normal, la coloration du teint, le développement des forces musculaires.
L'action diurétique constatée par un grand nombre de praticiens l'a été de nouveau par M, Gendron ; à forte dose, le médicament produit un sentiment de pesanteur à la région épigastrique et de la constipation.
Après plusieurs jours d'emploi, il a occasionné chez quelques malades des coliques suivies d'une diarrhée qui disparut promptement. Les individus bien constitués et dont les fièvres étaient récentes n'ont généralement éprouvé aucun effet appréciable.
Administrée plusieurs fois après le repas, cette poudre, même à forte dose, n'a nullement troublé la digestion.
ACTION THÉRAPEUTIQUE
M. Gendron a publié, en 1830, une série d'expériences sur les propriétés antipériodiques de la poudre de capsules et buics d'Alkékenge.
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Plus fard les feuilles et tiges ont été employées par lui avec un succès à peu près égal.
Ces expériences, répétées à l'hôpital de Vendôme par les docteurs Gendron et Fatou, ont presque toujours réussi à guérir des fièvres intermittentes, si communes parmi les militaires casernés aux bords du Loir et au niveau de prairies souvent submergées. Depuis sa première publication, M. Gendron a recueilli un assez grand nombre d'observations qui confirment les premières, el malgré plusieurs échecs de la médication sur des fiévreux pendant l'automne de 1850, il n'hésite pas à conclure que la poudre d'Alkékenge convenablement administrée guérit un grand nombre de malades atteints de fièvres intermittentes. Ce médicament n'a ni la promptitude ni la siireté du sulfate de quinine; mais comme il ne coûte rien dans certaines provinces delà France, les gens de la campagne s'astreignent aisément à continuer son usage après l'interruption de la fièvre, et ils sont moins exposés aux récidives.
Lorsque le troisième accès de fièvre n'est pas supprimé par l'Alkékenge, ou du moins très-notablement amoindri, on doit peu compter sur un effet fébrifuge.
Toutefois les individus aux prises avec la cachexie fébrile, qu'il y ait ou non tuméfaction delà rate, reprenaient sensiblement de la force et delà coloration, même lorsque les accès n'étaient pas complètement interrompus.
Une dose de sulfate de quinine suffisait alors pour couper la fièvre, et à la suite, deux doses par jour d'Alkékenge prévenaient les récidives cl complétaient la guérison.
M. Gendron a traité, vers la fin de 1850, une fille de la campagne atteinte de fièvre tierce avec douleur vive et profonde à l'hypochondre gauche. Les accès cédèrent aux premières doses d'Alkékenge, la douleur persista et ne céda que deux jours plus tard à l'emploi du même médicament.
Dans les fiôvreslarvéeset les névralgies intermittentes, dans les fièvres rémittentes, l'Alkékenge a constamment réussi à éteindre les accès.
Une jeune fille convalescente d'une fièvre typhoïde conservait une fréquence habituelle du pouls, et avait tous les soirs et alternativemenV un faible et un fort paroxysme débutant par un petit frisson.
24 grammes d'Alkékenge en quatre doses mirent fin à ces accès et , amenèrent une franche et prompte guérison.
MODE d'administration ET DOSES.
La poudre de capsules, baies ou tiges d'Alkékenge, se donne dans de l'eau ou du vin à des doses variables depuis 4 j iisqu'à 1 8 grammes à la fois.
Donnée une fois, au début même du frisson, elle a arrêté un accès de fièvre qui n'a plus reparu à l'hôpital de Vendôme; on a réussi presque constamment en prescrivant dans l'intervalle des accès deux doses par jour de 3 grammes chacune.