‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 121 sur 335 · BILE DE BOEUF · texte numérisé non relu

BILE DE BOEUF

La Bile de bœuf est le liquide contenu dans la vésicule du fiel du bœuf. C'est un véritable savon dont la base est la soude, et l'acide est l'acide choléique; elle contient encore du margarate de soude, une résine amère et quelques traces de mucus, sans compter la cholestérine, les sels, etc.

L'acide choléique est jaune, d'une saveur acre et amère ; il est soiuble dans l'eau et dans l'alcool.

En médecine, on n'emploie la Bile que sous forme d'extrait.

Extrait de fiel de bœuf.

Pr. : Bile de bœuf q. s.

Passez à travers un linge et faites évaporer à une douce chaleur jusqu'à consistance d'extrait.

L'extrait de fiel de bœuf nous a paru utile dans quelques circonstances ; i° chez les hommes habituellement constipés, sujets à des flatulences, h des éructations acides, à des douleurs d'esiomac pendant l'acte de la digestion ; 2° chez ceux dont l'estomac faisait mal ses fonctions à la suite de l'usage longtemps continué des boissons alcooliques. Peut-être chez ces malades l'extrait du fiel agit-il en rendant, à la digestion, des sucs biUaires qui ne sont pas sécrétés en grande abondance, ou qui le sont d'une manière vicieuse.

De toutes façons, ce médicament nous paraît mériter de nouvelles expériences.

MÉDICATION TONIQUE NËVROSTHÉNIQDE

Le mode d'action des Toniques névrosthéniques consiste, avons-nous dit dans le premier volume de ce Traité, à imprimer immédiatement a l'économie de la résistance vitale, et à y rétablir les synergies.

11 s'agit actuellement de développer cette proposition.

Dans la section précédente, nous avons beaucoup parlé de la force d'assimilation. C'est sur la force de résistance vitale que doit maintenant porter notre attention.

Dumas, de Montpellier, a, selon nous, fait preuve d'un bon esprit, quand, malgré les attaques et les critiques injustes de Barthez, il a reconnu dans l'organisme une force de résistance vitale distincte de la force d'assimilation. Lorsque nous aurons exposé ce qui concerne spécialement la Médication tonique névrosthénique, nous signalerons sommairement les différences qui la séparent de la Médication tonique analeptique. Néanmoins, avant d'aller plus loin, il est fort à propos que nous expliquions en quoi la force de résistance vitale diffère de la force d'assimilation.

Le physiologiste que nous venons de nommer, après avoir établi les deux forces en question, définit mal, à notre avis, sa force de résistance vitale, et ne choisit pas, pour en motiver l'admission, les faits et les exemples frappants qui s'offraient à lui de toutes parts. C'est pourquoi nous nous voyons obligés de rectifier et d'écluircir cette notion, et de la fonder sur l'observation de faits plus nets et plus caractéristiques.

La force d'assimilation est cette propriété dont jouissent tous les êtres organisés de convertir en leur propre substance, de s'assimiler des matières alibiles dont la composition, variable suivant la constitution de ces êtres, est déterminée par des lois constantes et primordiales.

La force de résistance vitale est cette autre propriété dont jouissent les mêmes êtres de persévérer dans leur existence jusqu'à son terme naturel, à travers toutes les causes d'altération et de destruction auxquelles ils sont exposés.

Chez les plus inférieurs des animaux, cette force semble se confondre avec la force d'assimilation en laquelle leur vie se résume presque entièrement. Mais chez l'homme, objet de notre science, elle a des phénomènes et des lois qui exigent qu'on la considère séparément.

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(Jue Dumas ait eu tort d'en faire une force à part, un être existant par lui-même, exécutant des actes distincts, comme parmi les appareils organiques, l'appareil digestif existe et exécute des actes distincts et qui ne sont pas ceux de l'appareil respiratoire, etc., cela est possible, et peu nous importe. Si l'on ne veut pas que ce soit une force spéciale, créée ad hoc et présidant exclusivement à la résistance vitale, qu'on nous accorde seulement que cette propriété exprime un grand fait physiologique auquel il faut subordonner un certain ordre de phénomènes qui, à cause de leur importance, des résultats spéciaux qu'ils présentent à observer, doivent nécessairement pouvoir être rattachés à un principe unique. C'est une abstraction, soit, mais abstraction déduite de l'observation de l'homme résistant puissamment aux causes nuisibles en vertu de conditions particulières, comme la fécondation, par exemple, est une abstraction tirée de l'observation des êtres se fécondant en vertu de conditions particulières, comme la vie est une abstraction tirée de l'observation des êtres qui vivent sous certaines conditions particulières.

Tout ceci va s'éclaircir en se réduisant en faits simples, consacrés par l'autorité de l'expérience et du sens commun.

Un individu étant donné dans l'état anatomique et physiologique le plus parfait, vivant sous des influences ordinaires et régulières, il est impossible de déterminer à priori le degré de résistance vitale dont il eu pourvu. Il faut pour cela le voir à l'œuvre, s'il est permis de parler ainsi. Ce n'est qu'à posteriori qu'on pourra reconnaître chez lui le degré de cette propriété ; car elle n'est nullement en rapport direct nécessaire avec sa force d'assimilation, la masse de son appareil locomoteur, le développement, le volume, la consistance, les proportions de ses formes extérieures, pas plus qu'avec la structure, la conformation, les dispositions anatomiques plus ou moins normales de ses organes intérieurs (1).

On se tromperait grossièrement si, de ce qu'un homme est bien conformé, d'un beau développement musculaire, d'une constitution athlétique même, de ce que tous ses organes sont dans l'état le plus normal anatomiquement et physiologiquement, on concluait qu'il résistera mieux à des influences nuisibles ; que, frappé par une caus» morbide, les symptômes de la maladie que cette cause suscitera seront plus réguliers, plus calculables dans leur marche, mieux coordonnés dans leurs actes et leurs périodes, d'un traitement plus simple et plus naturel, d'une issue plus prompte et plus déOnitive, que les mêmes phénomènes résultant de la même cause chez un sujet évidemment placé dans des conditions organiques beaucoup moins favorables en apparence.

^i) Quand nous disons que le dogré de résistance vitale n'est pas en rapport avec la structure, la conformation, les dispositions anatomiques plus ou moins normales des organes, il est bien entendu que ce n'est que dans certaines limites, et que nous n'avons pas l'intention absurde de faire croire qu'un organe fonctionne également bien malgré le renversement complet do ses conditions anatomiques. Du reste, notre pensée se précisera mieux par les exem-ples que nous choisissons.

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Combien de gens à belle carnation, à frais embonpoint, à nutrition énergique, à dents bien plantées, à longs cheveux^ à sang plastique et immédiatement organisable, etc., et qui sont aljattus par un souffle ; qui ne peuvent supporter la perte de deux onces de ce sang si ricbe ; qu'un bain anéantit, qu'une frayeur fait pâmer; qui tombent en syncope à la moindre émotion, à la vue d'une lancette, en essuyant la douleur d'un coup reçu, d'une brûlure légère, etc.! Il est une fonction très-propre à servir de mesure à la résistance vitale, c'est la caloriOcation. Immédiatement liée à l'état vital le plus élémentaire, elle en est aussi l'expression la plus fidèle. En effet, les personnes chez lesquelles la résistance vitale faillit facilement, sont incapables de cette excitation spontanée qui, chez les autres, contre-balance l'action dépressive du froid, comme de cette sédation spontanée qui doit combattre l'influence oppressive et accablante d'une chaleur excessive. De tels individus sont promptement engourdis par le froid et anéantis par la chaleur.

Ces gens sont le type parfait qui représente la force d'assimilation à son maximum d'activité, et cependant, ils sont le type qui nous montre la force de résistance vitale à son minimum de puissance.

Combien de gens maigres, pâles et d'une constitution chétive, quel- (iuefois affligés d'un vice de conformation congénitale ou d'une lésion organique acquise, etc., qui vivent impunément au sein d'influences délétères, de foyers épidémiques, sans en subir l'atteinte ; qui, affectés par les causes morbifiques, réagissent salutairement et recouvrent merveilleusement leur état physiologique, tandis que les premiers exposés aux mêmes causes succombent ou survivent laborieusement et au milieu de toutes sortes d'anomalies ou de périls qui attestent la faiblesse et l'incohérence de leur résistance vitale !

Cette organisation, en apparence si délicate, supporte souvent mieux les pertes de sang que celles dont nous la rapprochons pour en faire saillir^les différences. Les douleurs physiques et morales, les épreuves de tout genre la trouvent toujours en mesure de repousser leurs coups par des efforts naturels et synergiques, c'est-à-dire qui puisent leur force dans leur spontanéité et dans leur harmonie. Enfin, soumise h, des abaissements et à des élévations considérables de température, elle y' oppose facilement une excitation et une sédation spontanée suffisantes pour neutraliser leur funeste influence.

Ces gens sont le type parfait qui présente la force de résistance vitale à son maximum de puissance, et cependant ils sont le type qui nous montre la force d'assimilation à son minimum d'activité.

C'est cette force de résistance vitale qui fait que, de deux individus affectés des mômes lésions organiques du cœur ou des poumons, par exemple, l'un vit longtemps sans grand dérangement de la santé, presque sans troubles fonctionnels de l'organe lésé, tandis que l'autre succombe rapidement ou traîne une vie douloureuse. C'est elle qui, chez deux enfants nés à sept mois, pourvus l'un et l'autre organiquement et

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au même degré apparent de tout ce qu'il faut pour vivre, accorde la viabilité à l'un et la refuse à l'autre, etc., etc..

11 nous semble donc impossible de contester l'avantage et la nécessité qu'il y a d'admettre l'existence d'une force de résistance vitale tout à fait indépendante de la force d'assimilation, et dont on ne peut évaluer sainement le degré, d'après les conditions anatomiques d'organisation.

Le système nerveux ganglionnaire, comme nous l'avons déjà dit, nous paraît concourir spécialement, par la niiture et l'importance de ses attributions, à produire et cà régler les phénomènes de cette force de résistance vitale.

Rappelons maintenant ce qui a été annoncé dans notre premier volume, lorsque nous avons parlé de la médication tonique en général, savoir, que certaines causes morbides, par leur nature essentiellement délétère et antivitale, frappent immédiatement les foyers principaux de ce système, et anéantissent ou détraquent primitivement la résistance vilale; que d'autres causes, mais d'une nature quelconque, rencontrant l'organisme dans certaines conditions dont les unes peuvent être déterminées, dont les autres sont tout à fait indéterminables d'avance, produisent le même résultat.

Il nous reste, par conséquent, à parler de ces états pathologiques sous les points de vue principaux de leur histoire qui peuvent servira éclairer les indications thérapeutiques que sont appelés à remplir à leur égard les Toniques névrosthéniqucs.

On sait que ces médicaments, dont l'étude spéciale et détaillée a été faite en son lieu, sont les amers en général, mais par excellence, et à un degré dont nul autre n'approche, le Quinquina.

Le caractère qui mérite le plus de fixer l'attention dans les maladies dont nous avons à nous occuper est la malignité.

Quelques m.odernes se sont beaucoup amusés de cette expression et l'ont fait disparaître du langage médical; puis la chose a été ridiculisée et méconnue comme le nom qui doit être pourtant réhabilité jusqu'à nouvel ordre, puisqu'il désigne un fait grave et incontestable que nul autre mot n'exprime plus exactement.

Qu'est-ce donc que la malignité en pathologie?

Écoutons, non une définition, mais la comparaison aussi juste que pittoresque d'un grand praticien.

« La fièvre maligne, dit Tissot, est un chien qui mord sans aboyer, »

En effet, ce qui frappe avant tout dans les affections malignes, c'est leur marche insidieuse.

D L'imminence insidieuse de l'extinction directe et prochaine de la vie, est donc ce qui constitue la malignité.

Pour que cette extinction soit directe, il faut admettre que la force de résistance vilale de l'économie a été primitivement atteinte dans l'appareil nerveux trisplanchniquc qui la représente. C'est pour cette raison, comme nous l'avons déjà fait sentir, que sont indiqués alors des agents

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spécifiques, c'est-à-dire dont la puissance curative est primitive, et n'a pas besoin, pour produire ses effets thérapeutiques, d'être précédée d'effets physiologiques appréciables.

(( La résolution des forces radicales me semble être ce qui constitue les maladies malignes. » (Barthez.)

La vérité de cette proposition dépend beaucoup de ce que Barthez entendait par force radicale. S'il voulait désigner par là la force plastique, nous pensons qu'il était dans l'erreur. Si, au contraire, il veut dire l'unité et le rapport des fonctions animales et végétatives, il a profondément raison.

On a cru pouvoir remplacer le mot malignité par celui à'ataxie. C'est à tort, selon nous. Jtaxie exprime un désordre, une incohérence, un défaut d'harmonie fonctionnelle en général, et n'entraîne pas nécessairement l'idée d'une terminaison funeste. C'est un mot générique qui embrasse tout et ne spécifie rien. La malignité, au contraire, est une espèce d'ataxie qui porte sur les fonctions vitales dont l'exercice est actuellement et incessamment nécessaire à la persistance de la vie. Et voilà pourquoi elle a pris le nom de maiigaUt ; parce que la force qui préside à ces fonctions étant frappée directement et dans son essence, la synergie ou la simultanéité d'action qui doit régner entre elles sous peine de mort étant rompue, l'existence est prochainement et insidieusement menacée de s'éteindre.

Cette distinction est de la plus haute importance pour l'objet de la Médication qui nous occupe ; car l'emploi des Toniques névrosthéniques n'est pas indiqué dans toute ataxie, mais seulement dans celle qui réunit les conditions que nous venons de spécifier.

En effet, les fonctions d'un ou de plusieurs appareils peuvent offrir une prostration profonde, des désordres, un défaut d'harmonie, une incohérence de phénomènes absolument exempts de danger et sans que l'existence en soit compromise, nous n'en exceptons même pas les fonctions vitales. Mais il faut, pour cela, que la cause de ces anomalies soit indirecte et n'ait pas porté immédiatement son influence sur les forces vitales de l'économie. C'est ce qui constitue l'oppression des forces, la faiblesse et l'ataxie indirectes, lesquelles fournissent des indications thérapeutiques tout opposées.

Il est doûc bien essentiel de savoir distinguer ces deux états si semblables pour l'aspect et la forme, si dissemblables pour le fond, la nature, le traitement.

Barthez [Nouv. élém. de la science de l'homme, t. II, p. 181 et suiv.) établit les principes suivants que nous développerons et que nous éclaircirons par des exemples au fur et à mesure que cela nous paraîtra nécessaire.

« Dans les maladies maUgnes, le système des forces du principe vital se trouve affaibli par une véritable résolution des forces de tous les organes

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qu'ont produite les causes primitives de ces maladies, en portant le plus grand désordre dans la succession des fonctions. »

Pour prendre une idée juste et frappante de cette résolution des forces radicales qui apporte un si grand désordre dans la succession des fonctions, commençons, selon notre habitude, par chercher nos types dans des cas pour ainsi dire physiologiques, puis dans ceux qu'au moyen d'agents toxiques, nous pouvons produire sous nos yeux, et arrivons ainsi aux affections morbides que sont appelées à combattre les toniques névrosthéniques.

Les effets des passions dépressives, de la peur, par exemple, sont trèspropres à nous initier à la physiologie des maladies malignes.

Supposons un homme pusillanime saisi tout à coup d'un effroi profond à la vue de quelque objet qui menace ses jours; et, pour charger davantage la situation, admettons que cet homme est à jeun, affaibli par le besoin d'aliments.

C'est une expression consacrée : être glacé d'effroi. Ainsi donc, soudainement, la vie est attaquée dans son signe le plus caractéristique, la calorilication spontanée. Remarquons que ce n'est pas consécutivement à la dépression de quelque fonction spéciale que la réfrigération s'est fait sentir. Un instant indivisible a, dans certains cas, confondu la cause et son effet; et plus d'une fois, cet effet a été la mort. Cette mort, ou, pour ne pas aller plus loin, le froid et la syncope instantanés de la peur, par quoi ont-ils été précédés? Est-ce par une affection du cerveau, du cœur ou du poumon? Lequel des trois est le premier tombé en résolution et a entraîné le coUapsus des autres ? Mais il n'y a pas eu d'agonie, car l'agonie est un combat, et ici le premier coup a été mortel. Ce n'est pas telle fonction spéciale primitivement abolie, et dont le maintien soit indispensable à l'action des autres, qui a suspendu celle-ci par son arrêt. C'est quelque chose de plus que la cessation subite de l'action d'un organe quelque important qu'il soit. C'est la cessation du rapport général ou de l'ensemble, la rupture de l'unité entre les grands centres vitaux. Cette unité n'a guère d'autre siège que l'organisme entier. Mais s'il fallait lui en assigner un, ce serait pour nous le nerf trisplanchnique. C'est lui qui nous paraît atteint par les causes dont nous venons de parler.

Que la trachée-artère soit tout à coup oblitérée ; qu'une des cavités du cœur vienne à se rompre subitement ; qu'une luxation rapide de l'atlas sur l'axis détermine une compression instantanée du bulbe rachidien : voilà la mort directe par le poumon, le cœur ou l'encéphale. Mais qu'un individu soit étendu sans vie par un coup violent reçu sur la région épigastrique, indépendamment de toute lésion appréciable d'organisation ; ou que le même effet soit produit par l'annonce d'une nouvelle funeste (et dans ces deux cas le mécanisme est le même), nous dirons que la vie, que le principe vital de l'homme a été éteint dans sa source, qui n'est ni xu cœur, ni au poumon, ni au cerveau. Après avoir dit où elle n'est pas, on n'exigera certainement pas que nous disions oii elle est. Cela deman-

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derait une excursion dans la physiologie comparée et dans l'embryologie dont nous saurons nous abstenir. Nous avons constaté le fait : cela suffit à notre objet.

Revenons aux effets primitifs de la peur.

Ce froid glacial est intéressant à observer, car nous le retrouverons au début des maladies malignes les plus graves et les mieux caractérisées. Que les modernes partisans de la théorie chimique et mécanique de la calorification, que ceux qui attribuent la cause de toute la chaleur organique à la formation du gaz acide carbonique dans les poumons, au roulis des globules sanguins, aux combinaisons chimiques de la nutrition, que ceux-là viennent donc mesurer leurs théories avec le fait que nous étudions !

L'atteinte directe portée aux forces radicales de l'économie qui préside à la résistance vitale, va bientôt se révéler par des incohérences fonctionnelles. Les synergies sont brisées, et c'est en cela que consiste l'ataxie; et si ces synergies brisées sont celles des fonctions vitales, il y aura malignité. Des sueurs froides partielles, du dévoiement, des urines limpides involontaires, la volonté de parler, sans parole ; des efforts pour fuir, et les pieds fatalement fixés au sol; les yeux sans larmes ; la bouche sèche; les causes des douleurs physiques, une brûlure, un coup, une plaie non ressentis, etc., telle est une partie du tableau. Les mouvements de 1^ respiration seront sans coordination avec ceux du cœur ; des battements énergiques et partiels d'artères auront lieu. On verra l'ictère apparaître. L'instinct de conservation sera perverti et sans puissance, etc. . .

Vous avez vu la vie incertaine, prête à défaillir. Deux onces de vin portées dans l'estomac peuvent renouer les synergies et affermir la résistance vitale.

Quelques substances vénéneuses, telles que divers poisons septiques fournis par les animaux, comme sont les venins d'ophidiens, les plantes vireuses, comme le tabac, le datura stramonium, la jusquiame, etc., produisent des symptômes analogues à ceux des maladies malignes, et qui attestent une atteinte directe portée aux forces radicales. Nous renvoyons, pour la description de ces accidents, aux ouvrages de toxicologie.

« Il est très-important de bien distinguer cet état de résolution des forces qui caractérise une maladie maligne d'avec l'état de simple oppression des forces, d'autant que dans cette oppression, des évacuations convenables développent souvent très-promptement l'action des forces radicales que l'on croyait éteintes. »

Deux hommes gisent froids, pâles, sans pouls, sans mouvement, sans sensibihté, sans connaissance. L'un ne se meut, ne sent, ni ne pense, parce qu'il est gorgé d'aliments et de boissons ; l'autre ne se meut, ne sent, ni ne pense, parce qu'il est à jeun depuis quatre jours. Ces deux hommes peuvent être rendus à la vie dans un instant. Le choix des moyens de traitement est-il indifférent ? Les ferez-vous vomir tous deux?

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les alimenterez-vous tous deux ? L'un a toutes ses forces concentrées, quoiqu'il ne les ait pas en action ; elles ne sont qu'enchaînées. Qu'il soit évacué, elles vont se déployer soudain. L'autre ne les a pas en action, parce qu'il ne les a plus en puissance. Que vous lui présentiez un cordial, puis un bouillon, elles vont renaître, non pas soudain, mais graduellement, parce qu'il faut réhabiliter la puissance.

Ce cas se présente souvent en médecine pratique, et il n'est pas besoin de dire combien il importe de ne pas confondre une action embarrassée, opprimée seulement dans sa manifestation, dans son jeu, avec une action abolie dans sa cause, dans son foyer d'impulsion ; de ne pas confondre un membre qui, malgré les contractions musculaires les plus énergiques, ne produit que des mouvements obscurs et avortés, parce qu'il est fixé et retenu immobile par une puissance supérieure, avec un membre libre, mais paralysé, et qui refuse d'obéir à la volonté.

« Il me paraît que les forces radicales de tout le système sont résoutes dans une maladie aiguë lorsque les causes manifestes qui l'ont préparée et produite ont affecté profondément ces forces et lésé directement les fonctions de plusieurs organes, et qu'elles sont seulement opprimées, lorsque les lésions particulières des organes qui constituent les divers symptômes de cette maladie sont entièrement dépendantes de la lésion d'un seul organe. »

Un poison de la nature de ceux dont nous parlions il y a un instant est porté par la circulation à tous les organes et frappe de langueur ou jette dans le trouble ou l'incohérence les fonctions de ces organes. — Un viscère important est atteint d'une phlegmasie violente, et, soit absence de l'influence physiologique que par la nature de ses fonctions il irradiait aux autres appareils, soit excès de réaction générale inégalement tolérée par ces appareils, un grand désordre règne dans l'organisme; les actes généraux et particuliers de l'économie souffrent et périclitent par exagération, par insuffisance ou dépravation fonctionnelles. Nous supposons ce dernier cas chez un homme surpris en bonne santé par une maladie accidentelle, et dont la cause n'a rien de spécifique.

Il faut ici que nous nous fassions les mêmes questions que dans les exemples allégués plus haut. Dans le premier cas, celui d'une intoxication générale, un principe délétère, ennemi de la vie, partout présent, partout en contact immédiat, a simultanément empoisonné tous les appareils, toutes les molécules vivantes. Il n'est, par conséquent, aucun organe, aucune portion de matière animée qui soit désormais capable d'une action naturelle, puisque tous ont ressenti l'influence toxique ; on peut considérer alors l'organisme comme une réunion d'êtres tous indivi duellement empoisonnés, et dont les actions isolées, sans ensemble, discordantes, sont d'autant plus fâcheuses qu'elles sont plus nombreuses, parce que chacune d'elles use de la vitalité sans profit pour le consensus, pour le bien général.

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Dans le second cas, dans celui d'une lésion organique isolée qui exagère, débilite ou trouble l'action des autres fonctions de l'une ou de l'autre manière que nous avons indiquée, les organes étrangers à l'altération idiopathique ne font que sympathiser avec celui qui est le siège primitif et unique de la maladie, et celle-ci n'a affecté les fonctions de cet organe que secondairement, c'est-à-dire après avoir affecté son tissu. Cette dernière remarque est de la plus haute importance dans la question.

Ainsi, bien que dans ce cas, toutes les fonctions puissent être lésées, elles ne le seront pas toutes directement, parce que la cause qui a frappé l'organe primitivement n'est pas présente à tous les autres organes, et . que les dérangements fonctionnels de ceux-ci ne sont pas le résultat d'une atteinte immédiate, mais d'un retentissement qui se fait en vertu (lu consensus qui lie toutes les parties.

Que si maintenant nous supposons que la cause qui a frappé de phlegmasie un seul organe, comme, par exemple, le poumon dans la pneumonie, ait simultanément frappé un certain nombre d'organes importants, ainsi qu'on le voit dans quelques états inflammatoires généraux, nous aurons une résolution des forces, mais une résolution par oppression ; et si cette pensée n'a pas été celle de Barthez, il s'est étrangement mépris, «ar autrement la lésion des fonctions ne serait pas, comme il le dit, directe, elle serait indirecte au contraire, puisque ces fonctions ne seraient lésées que consécutivement à l'altération du tissu de leurs organes. Or il faut, que pour que la lésion soit directe et entraîne par conséquent l'idée xl'une extinction des forces radicales, il faut, disons-nous, que la fonction soit troublée ou détruite d'emblée, et non secondairement à la désorganisation du tissu de l'appareil par lequel elle est exécutée. Ainsi, la syncope toute nerveuse est une lésion directe de fonctions qui révèle une inaptitude radicale, tandis qu'une lésion de structure du cœur n'atteint (|ue fort indirectement la vie cardiaque.

Qu'on applique ce principe à tous les organes et à toutes les fonctions (■n particulier, ainsi qu'à l'ensemble des organes et des fonctions, et on aura l'esprit de la proposition de Barthez, tel que nous croyons devoir l'interpréter ; car bien qu'il ne rende pas explicite son intention, on voit qu'il affecte d'opposer les mots lésion directe de fonctions aux mots résolution des forces radicales, et ceux de lésion d'organe à celui à'oppression des forces.

La malignité dans les maladies est produite de deux manières bien distinctes.

Dans le premier cas, elle est due à des causes antivitales par elles jnêmes, comme les passions tristes, les poisons septiques, et certaines influences morbiflques qu'on remarque surtout dans les épidémies. Ici Ja cause est tout ou presque tout.

Dans d'autres cas, c'est du côté de l'individu que sont les conditions

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(le la malignité. Celles de ces conditions qui nous sont connues, dépendent en général d'un affaiblissement des forces radicales produit à la longue par des maladies antérieures, des excès, des évacuations exagérées, etc Une cause morbide quelconque qui vient frapper l'économie

dans de telles conditions pourra déterminer des affections qui revêtiront un caractère de malignité.

« Il faut donc, dit toujours Barthez, pour reconnaître une maladie maligne, examiner si sa production a été manifestement précédée de causes graves ou longtemps continuées, dont les unes aient essentiellement affaibli le système des forces, en portant un grand trouble dans Vharmonie et la succession des fonctions, et dont les autres, dans la formation primitive de cette maladie, aient lésé particulièrement plusieurs organct divers.

« Ainsi, les unes de ces causes sont celles d'un épuisement général, comme le défaut de nourriture, des pertes excessives par la transpiration, etc

« Les autres causes de résolution des forces radicales sont les longues omissions de l'exercice des forces de plusieurs organes et leurs violentes distractions par des efforts simultanés en divers sens.

« Sanctorius a très-bien remarqué que les fièvres malignes sont principalement déterminées : 1° quand on a fait plusieurs excès à la fois des choses non naturelles, comme dans les plaisirs de la table, de l'amourg et dans les passions de l'âme ; 2° lorsque les erreurs de régime qui on, précédé, ont pour ainsi dire tourmenté la nature en sens contraires, les unes ayant porté leurs impressions sur les viscères, et les autres sur les organes extérieurs, etc

(( Lorsque le système des forces vitales est affecté fortement et en même temps par les sympathies des actions des deux organes, dont les efforts ne sont point liés l'un à r autre, mais se font en des sens divers ou conrtaires, ces sympathies tendent à déterminer des altérations simultanées dans les forces des principaux organes, qui sont le cerveau, le cœur, et les viscères réunis dans la région épigastrique.

«Ces altérations sont ou contraires ou extrêmement diverses entre elles pour le mode et pour le degré. Vunité d'affection nécessaire pour l'exercice des forces de chaque principal organe, doit manquer alors ; ce qui amènera promptement V interception des fonctions essentielles à la vie. n

Nous avons souligné les mots de ces passages qui nous paraissent les plus propres à inculquer aux lecteurs les idées générales sur lesquelles repose la notion de la malignité dans les maladies.

11 en résulte, comme nous l'avons déjà dit bien des fois, que l'harmonie pathologique est le plus sûr garant de bénignité des maladies et du maintien de la résistance vitale; que la désharmonie pathologique ou l'ataxie est le signe le moins trompeur de la gravité des maladies et du défaut de résistance vitale, quand elle a les caractères essentiels que nous

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avons exposés, et surtout quand, portant sur les fonctions vitales, elle constitue la malignité.

Après avoir, dans ce qui précède, défini, distingué les maladies malignes et montré la manière d'agir des causes qui les produisent, nous devons brièvement esquisser leurs caractères généraux, leur marche, leurs terminaisons, pour mettre en évidence la relation intime qui existe entre leur étiologie, leur nature, leurs formes et, par conséquent, légitimer davantage le traitement qui leur convient, traitement dont les motifs ou les indications se déduisent tout naturellement de cette série de considérations.

M. le professeur Récamier, dans les notes qui font suite à ses Recherches sur le traitement du cancer (t. II, p. 424 et suiv.), s'est chargé de ce tableau que nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici, car personne n'a mieux vu ni mieux dit.

(( Dans les lièvres ataxiques, la résistance vitale est vive ou paresseuse, mais essentiellement faible et disposée à s'éteindre, quelle que soit la forme sthénique ou asthénique des phénomènes qui sont fortement ou faiblement dessinés et sans rapport exact entre eux. La marche est incohérente ; les terminaisons sont difficiles; l'action des agents morbifiques et thérapeutiques, soit en mal, soit en bien, est sans proportion avec leur quantité apparente et avec les phénomènes produits.

« Dans les fièvres biosiques ataxiques, l'action vitale opprimée (il eût été plus juste de dire déprimée) ou exagérée manque de résistance et tend à s'éteindre, soit qu'elle produise les phénomènes du froid et de la chaleur, ou ceux d'une sécrétion poussée à l'excès. C'est ce qu'on voit arriver dans les fièvres algides auxquelles les malades succombent dans le froid et la sédation; dans les fièvres ardentes, dans lesquelles la chaleur et la surstimulation donnent la mort, et dans les suettes, qui font périr par une déperdition excessive.

« Les phénomènes ne sont point en rapport entre eux, le sentiment d'une chaleur brûlante s'alliant à celui du froid, le sentiment d'un froid glacial à celui de la chaleur, une sueur chaude à un pouls serré, fréquent, irrégulier, etc....; ce qui est évidemment lié à la combinaison des anomalies du tact général et des fonctions vitales communes, h, l'occasion desquelles on observe la rougeur variée, vermeille, livide, ou la sueur de régions delà peau qui sont froides. Quant aux phénomènes, on observe les formes suivantes • 1° la prédominance exclusive des phénomènes de l'un des trois stades de froid ou de sursédation, de chaleur ou de surstimulation, et de détente ou de sécrétion; 2° le mélange incohérent de ces trois ordres de phénomènes portés très-loin; ainsi la chaleur la plus forte, avec le pouls le plus faible, etc....; 3° V alternative de ces mêmes symptômes au plus haut degré d'intensité, un froid excessif faisant plocf! à une chaleur ardente ; 4° la modéi^ation et la régularité apparente des phénomènes pendant les premières périodes de la maladie, et leur

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gravité fatale et imprévue à une époque plus avancée, sans cause évidente et surtout proportionnée ; telles sont les fièvres lentes et nerveuses.

<( Les causes agissent sans proportion avec les effets qui suivent, comme une promenade auprès d'un marais, etc.

« Les agents thérapeutiques qui paraissent indiqués souvent ne produisent point les effets qui leur sont propres et qu'on désire, et en produisent de fâcheux que souvent on ne peut ni prévoir ni empêcher.

« Les terminaisons sont incomplètes ou fâcheuses, comme lorsque des phlegmasies intérieures graves remplacent les sécrétions critiques qu'on devait attendre, ou lorsqu'on voit la gangrène frapper, avec ou sans inflammation antécédente ou concomitante, les membranes muqueuses buccale, gutturale, gastrique, intestinale, la peau dans des endroits oîi elle n'a éprouvé aucune compression, ou divers organes spéciaux des fonctions respiratoires, circulatoires, digestives, sexuelles, etc..

(( C'est aussi dans les ataxies fébriles qu'on observe parfois les plus grandes anomalies des fonctions vitales spéciales de la respiration, de la circulation, etc., etc.. Ainsi, la propension des fonctions vitales communes à leur extinction, qui constitue le véritable désordre vital ou l'ataxie, ne doit point être mesurée seulement par le tumulte des phénomènes, mais par l'état de la résistance vitale. Toute méprise sur cet objet pouvant inspirer une sécurité funeste, je crois devoir insister un moment sur ce point de doctrine clinique.

(( On désigne par le nom à'afaxique un état de désordre vital, dans lequel la vie est menacée généralement ou localement, quelle que soit la violence ou la modération apparente des symptômes. Il ne faut donc pas se faire de l'ataxie l'idée du trouble et du désordre qui accompagnent l'inflammation de quelque viscère. Un homme de trente-cinq ans, bien constitué, éprouve des symptômes lipothymiques qui cessent bientôt et se répètent le lendemain à la même heure : on ne prend aucune précaution, les accidents recommencent le lendemain ; le malade succombe, et la nécropsie ne fait constater aucune lésion physique à laquelle on puisse attribuer une issue fatale aussi prompte. Une demoiselle de dixneuf ans éprouve des accidents semblables : après la seconde reprise, on se hâte d'admini.strer le quinquina à haute dose; la troisième est presque nulle, et la malade guérit immédiatement. Quelle que soit la forme algide, ardente, sudatoire, délirante, spasmodique, paralytique, comateuse, orthopnéique, cholérique, dysentérique, hémorrhagique, pleurétique, pneumonique, gastralgique, douloureuse, etc., que prenne la maladie, le résultat pratique est le même que celui dont je viens de parler. Je demande maintenant ce qu'il y a de véritablement utile à connaître dans le cas que je viens de citer? Est-ce l'agitation, le trouble? Mais lorsque ces accidents constituent de simples névroses hystériques, épileptiques, asthmatiques, etc., ils ne menacent pas la vie, et surtout immédiatement ; et lorsqu'ils dépendent de quelque inflammation locale

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évidente, ils ont une marche différente : la saignée soulage et le quinquina est nuisible. N'est-il pas évident que le mode d'invasion, le retour inopiné des accidents et leur progression sur la valeur desquels on est d'accord, sont d'une tout autre importance à bien saisir que des affections locales douloureuses et qui ne donnent pas la mort de la même manière?

« Ce que je viens de dire pour les fièvres ataxiques intermittentes, il faut que je le dise des continues et des rémittentes du même ordre.

« Il n'y a point de symptômes sans lésion organique, soit : en ce cas il faut déterminer la lésion organique présumée chez cet enfant en convulsion par la titillation de la barbe d'une plume à la plante des pieds, chez ce lipothymique qui récupère la santé par la projection de quelques gouttes d'eau froide au visage et de la position horizontale, etc., etc., etc.; car il n'est pas de forme de symptômes si grave que je ne puisse faire voir survenant et cessant par des agents incaptibles de produire l'inflammation ou de la faire cesser, et, à plus forte raison, insuffisante pour produire la moindre lésion organique.

« L'état ataxique fébrile doit donc être envisagé sous le point de vue de la résistance ou de l'énergie vitale, et non pas seulement sous celui de la vivacité, de la lenteur ou du désordre des phénomènes qui l'accompagnent, c'est-à-dire que dans Tataxie fébrile il faut considérer :

« 1° La tendance locale ou générale à l'extinction prochaine de la vie, tendance qui dure jusqu'à la cessation du dernier phénomène de l'ataxie, quelque peu important qu'il paraisse ;

« 2° La variété des formes des phénomènes, tantôt avec turbulence, tantôt avec coUapsus, et tantôt enfin avec une apparente modération, sans que le danger réel pour la vie soit moindre dans un cas que dans l'autre.

(( Lors donc que la résistance vitale est menacée prochainement, sans affection locale, évidente et primitive, à laquelle on puisse attribuer les accidents, je dis qu'il y a ataxie. »

On ne trouvera pas dans les annales de la médecine beaucoup de pages pensées et écrites avec cette originalité et cette sagacité cliniques. Gela n'empêche pas que quelques descriptions de bruits pulmonaires ne soient bien plus estimées et bien plus célébrées que le tableau du maîti-e que nous venons de citer.

Le talent de savoir reconnaître une maladie maligne à son début, la pénétration encore plus précieuse qui, au milieu d'une maladie bénigne ou grave, découvre des tendances ataxiques, et par conséquent en déduit l'indication positive des toniques radicaux, sont les plus admirables privilèges de notre profession, entourent le médecin d'un pouvoir et d'un respect qui semblent surhumains, et, chose bien importante, lui inspirent de la confiance dans la puissance de son art.

Hippocrate promet déjcà au médecin l'estime et l'admiration qui l'attendent quand il saura démasquer les affections malignes : Proinde ubi

372 MÉDICATION TONIQUE NÉVROSTHÉNiQUE.

talmm offectionuiii naiuram, quantum scilicet vires corporis superant, cognoverit, simulqve et si quid divini in morbis inest hujus quoqiie providentiam ediscere oportet. Hâc enim ratione meritô sibi admirationem et boni medici existimationem eonciliaverit . » {Hipp. Prœnot.)

Le père de la médecine attachait une idée très -distincte et très-juste à cette expression divinum quid. On peut en juger par plusieurs passages de SCS écrits : « Il me paraît, dit Barthez, qu'Hippocrate a désigné sous ce nom une cause inconnue qui rend ces maladies très-graves, et même promptement mortelles, et dont on ne peut rapporter les effets à des causes sensibles que l'on reconnaisse pouvoir surmonter les forces du corps vivant.

« Ainsi, ce divinum quid n'existe pas, suivant Hippocrate, dans une inflammation particulière dont on reconnaît que le progrès suffit pour donner la mort en détruisant l'organe enflammé ; mais il a lieu dans les fièvres véritablement malignes, dans les angines pernicieuses où il ne paraît point de signes d'inflammation ni de gangrène, et dans plusieurs autres affections spasmodiques d'une nature funeste. »

Cet étonnant génie, à qui nous devons presque tous les grands principes de l'art de guérir, recommande un critérium très-précieux pour n'être pas surpris par la fatalité des affections malignes et pour remplir en temps opportun les indications vitales qu'elles présentent. Si quid in morbis prœter rationem eveniat, dit-il, non fîdendum.

En effet, il faut se défier de ce qui s'écarte de la marche régulière de la nature ; il faut se défier des accidents qui sont sans rapport évident avec la constitution connue du malade, le genre d'affection qu'il présente, et l'influence déterminée par l'observation des modifications internes et externes qui agissent sur lui. Voilà pourquoi l'harmonie pathologique, la conservation des synergies sont les attributs de la force médicatrice ; celle-ci est calculable dans sa marche et l'enchaînement de ses actes : le caractère de l'ataxie est de ne l'être pas. La force médicatrice n'a que quelques voies franches et directes pour rétablir l'ordre physiologique. L'ataxie, la malignité, qu'on pourrait appeler, comme Stahl, un délire et une distraction de la force médicatrice, in malignis anima obliviscitur et desipit :neque deinceps nec tuetur nec vigilat (Stahl), l'ataxie, au contraire, a mille voies imprévues pour conduire à la mort. « Lorsque la nature est en pleine viguenr, dit Grimaud, ses mouvements sont parfaitement réglés, mesurés ; ils se présentent constamment dons le même ordre, et ils sont dès lors très-faciles à suivre et à connaître; mais il n'en est pas de même quand elle éprouve des aberrations profondes, car le nombre en est indéfini; et comme elle tend à sa conservation par des procédés simples et qui sont toujours les mêmes, elle marche à sa destruction par des routes dont il est impossible de fixer le nombre. »

Aussi Hippocrate exigeait-il, pour qu'une maladie fût simple et exempte de danger, qu'elle offrît le plus de rapport possible avec l'âge, la constitution du malade, ainsi qu'avec la saison : In morbis minus pe-

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riclitantUr ii quorum naturœ^ et œlati, et habifui, et tempori magis similis fuerit morbus, quant ii quibus horum. nulli fuerit similis.

Il est temps à présent que nous nous tournions un instant vers les ressources que la Matière médicale nous fournit pour conjurer les états morbides si graves dont nous avons dû. avant tout bien déterminer la nature et l'aspect. Si l'on trouvait que nous l'avons fait trop longuement, et que de pareilles excursions dans le champ de la pathologie générale sont des hors-d'œuvre déplacés dans un traité de thérapeutique, nous répondrions que nous sommes fidèles aux règles que nous nous étions imposées dans l'Introduction de notre première édition. Nous y annoncions, en effet, que la source réelle des indications serait recherchée et distinguée avant l'art de remplir ces indications, et que le résultat de cette dernière opération viendrait à son tour confirmer ou infirmer la première donnée ; en un mot, que toutes les choses qui indiquent seraient constamment appréciées avant les choses indiquées, etc.

Nous nous abstenons autant que possible de ce travail quand nous savons que les véritables sources d'indications sont exposées convenablement dans les ouvrages modernes qui servent à l'instruction des élèves ; mais nous ne reculons pas devant lui, et il nous semble indispensable de nous y livrer, quand il est clair pour nous que ces choses sont dédaignées ou méconnues. Ce n'est pas notre faute si les notions que nous venons de développer sont oubliées et ignorées pour des connaissances d'un ordre souvent bien moins important.

Nous avons senti la nécessité, pour combattre les maladies qui frappent et affaiblissent directement la résistance vitale, de moyens spécifiques, c'est-à-dire qui produisent des effets thérapeutiques immédiats, non précédés d'effets physiologiques appréciables.

Le quinquina réunit par excellence cette condition.

Barthez est l'auteur qui a le mieux caractérisé la vertu spécifique du quinquina. Les accroissements de ces forces (les forces radicales), a-t-il dit, se font d'une manière directe par l'action de divers fortifiants qui peut se porter immédiatement sur ces forces. 11 est aussi naturel que des remèdes fortifiants, tels que le quinquina, par exemple, puissent augmenter directement les forces radicales du principe vital, qu'il l'est que les poisons puissent attaquer directement et même détruire ces forces radicales.

Ce qui prouve à quel point la manière dont nous concevons l'action des Toniques radicaux découle de l'observation des faits dont elle est la formule la plus générale, c'est ce qu'on remarque dans le traitement des fièvres intermittentes par le quinquina.

Hippocrate, qui était privé de cet héroïque remède, signalait déjà, dans les médicaments dont il se servait pour guérir ces sortes de fièvres, la propriété de fixer l'état des forces organiques, et de prémunir la résis tance vitale contre le retour de l'accès fébrile, théorie qu'il a aussi nettement énoncé que possible dans cette phrase [De adfect, cap. -4) : Harum

57 { MÉDICATION TONIQUE NEVROSTHÉNIQUE.

oulem febrium [tertiana et quartnna) medicamenta hanc fiabent facultalem, ut, hisepotis, corpus in loco sit; hoc est in consuetâ caliditate et frigiditate jvxtà Incum consistât, nequeprœternaturam incalescat, neque refrigeretur. On s'évertue depuis bientôt deux cents ans à découvrir le mode d'action physiologique du quinquina, ce qui est la pierre philosophalc en thérapeutique ; et depuis plus de deux mille ans Hippocrate a écrit, sans qu'il soit possible d'y rien ajouter, la formule générale de cette action. Cette formule pourra paraître à bien des personnes une banalité, parce que ce n'est qu'un fait général immédiatement, et on serait presque tenté de dire naïvement déduit de l'observation d'un résultat; et on ne prend pas garde, que ces faits généraux incontestables et placés au-dessus des explications, sont les fondements des sciences.

C'est sans doute pour consacrer l'opinion du père de la médecine que nous venons de faire connaître, que Barthez a très-justement dit : « Je donne le nom de vrais toniques aux remèdes (tels que le quinquina et les martiaux) dont l'action spécifique établit dans tout le système des forces, ce que j'appelle la stabilité d'énergie. »

Quelques exemples d'une observation vulgaire rendront tout ceci trèsévident.

Un homme est affecté d'accès fébriles intermittents. Vous administrez le quinquina méthodiquement, c'est-à-dire dans l'apyrexie. L'accès suivant est considérablement mitigé ou même supprimé, et cependant cet homme reste exposé à l'influence de la cause morbifîque, les effluves marécageuses, par exemple. L'action physiologique appréciable du quinquina a été complètement nulle, et si le retour d'un trouble intermittent de l'organisme n'avait été empêché, rien n'aurait révélé les effets d'un agent bien puissant néanmoins. Mais la résistance vitale de l'économie faiblissait périodiquement, et le quinquina lui a rendu sa stabilité d'énergie.La. cause a eu beau continuer son action, celle-ci a été neutralisée par une résistance vitale supérieure à elle, et le quinquina seul y a pourvu immédiatement. La résistance vitale avait été idiopathiquement frappée, elle a été primitivement relevée. Nous avons vu comment agissaient les causes des maladies malignes, ainsi leur antagoniste : par malo re. médium.

L'expérience a prouvé qu'on vivait jusqu'à un certain point impunément dans un pays marécageux, où les fièvres intermittentes régnent endémiquement, si l'on a soin de prendre régulièrement du quinquina à titre de prophylactique. Nous verrons plus bas si ce remède a ici une double action. Quoi qu'il en soit, aurions-nous eu tort d'affirmer que l'action physiologique appréciable du quinquina, c'est-à-dire son action sur les fonctions spéciales et évidentes, est nulle? Non sans doute : l'organisme était sain et fort; le quinquina, sans susciter le moindre phénomène sensible ni en plus ni en moins, l'a conservé sain et fort contre l'action d'une cause efficace et presque certaine de maladie. Il ne l'a pas changé, mais il l'a empêché d'être accessible à un changement d'état ; il

a imprimé à son énergie delà stabilité et fixé sa résistance vitale : faciunt ut corpus in loco si t.

Il est si vrai que, dans quelques cas que nous spécifierons mieux tout à l'heure, les Toniques radicaux agissent purement et simplement en imprimant à l'organisme de la résistance vitale et en le prémunissant contre les influences dépressives de cette force, que leur administration n'est jamais plus opportune qu'au moment oii les fonctions jouissent le plus de leur stabilité et de leur harmonie. Ainsi, c'est entre les accès qu'on doit les faire prendre, alors que tout est rentré dans l'ordre, et c'est à l'époque la plus éloignée possible de l'accès à venir qu'il convient encore le mieux de les introduire dans l'économie; car ils n'arrêtent pas un accès commencé, mais ils préviennent celui qui doit revenir.

On croit généralement que le quinquina et ses succédanés sont dans tous les cas des antidotes de la cause morbide, qu'ils neutralisent cette cause comme on croit que le mercure neutralise la cause syphilitique. Il ne nous paraît pas qu'il en soit précisément ainsi. Le quinquina laisse souvent subsister la cause avec toute son intensité, mais il met alors l'organisme en mesure d'y résister, et le résultat est le même. Le mercure, cet autre spécifique, ne donne pas à l'organisme la faculté d'être inaccessible à l'influence morbifique de la cause, car on ne préserve pas de la contagion vénérienne en prenant du mercure ; mais la maladie existant, il en altère aussi les effets.

L'action des Topiques radicaux sera d'autant plus puissante qu'on les emploiera dans les affections intermittentes, c'est-à-dire qui se reproduisent après des intervalles de repos pendant lesquels l'organisme a recouvré son état et est susceptible d'être fixé dans un équilibre qu'il doit conserver; il est juste d'ajouter que les mêmes causes qui produisent les fièvres intermittentes produisent aussi des rémittentes et même des continues, comme cela se voit partout, et principalement dans l'Algérie.

Ici, il importe extrêmement de faire une distinction à laquelle personne n'a songé, et que les premiers nous nous sommes appliqués à marquer avec précision. Ce point de thérapeutique générale est si important, que nous ne craindrons pas de le développer avec quelque étendue.

De la nécessité de ne pas confondre le type des maladies avec leur nature, et du quinquina considéré comme un des moyens d'éviter cette confusion. Pinel, cet écrivain d'une sévérité antique et d'une conscience scientifique si respectable et si rare aujourd'hui, ne se déridait que pour persifler les médecins qui cherchaient à pénétrer les causes prochaines et la nature des maladies, afin d'y puiser leurs indications thérapeutiques. En nosographie, on se passe en effet de toutes ces choses, et la méthode des botanistes ne les enseigne guère. Nous allons voir si elles sont aussi indifférentes à la médecine des malades.

^ue voit Pinel dans les fièvres intermittentes telles qu'elles sont entendues dans notre pays ? Une forme, un type fébriles, pas autre chose.

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Ces fièvres, pour lui, ne diffèrent des continues de sa pyrétologie que par le type, ordo intensionis et remissionis (Galien) ; elles ont les mêmes causes prochaines ou la même nature, ce qui, pour un ])on nosographe, signifie le même groupe de symptômes et la même dénomination : on en fera une simple variété des continues ; et si par hasard de telles fièvres changeaient de type sans changer de nature, et devenaient continues sans cesser par conséquent de différer toto cœlo des fièvres continues proprement dites, que deviendrait la variété? Elle rentrerait dans l'espèce pour l'honneur de la méthode. Le but du diagnostic n'est-il pas de classer les maladies ?

Mais il faut encore agrandir le terrain de cette question et ne la pas resserrer dans le cercle de la pyrétologie.

Le type n'est point la maladie; car toutes les maladies sont susceptibles de revêtir le même type. Réciproquement, les types les plus variés peuvent être symptomatiques de la même maladie considérée ou chez le même sujet ou chez des sujets différents.

Le type soit intermittent, soit périodique, appartient essentiellement à l'organisme, et non point à la cause externe qui agit sur lui. On observe tous les types dans l'ordre physiologique. La pathologie les reproduit ensuite avec les affections spontanées ou essentielles qui ne reconnaissent pour principe, comme ces expressions l'indiquent assez, que l'innéité de nos propriétés morbides, lesquelles obéissent aux mêmes lois que nos propriétés physiologiques.

Or, bien qu'il soit exact de dire que certaines causes morbifiques se manifestent plus souvent, beaucoup plus souvent que d'autres sous tel ou tel type, cela prouve seulement qu'ils ont la faculté de l'exciter plus particulièrement, de le solliciter même avec une constance et une régularité très-souvent périodiques; mais alors même qu'un tel effet ne dépendrait pas en partie de quelques circonstances étrangères à la nature de l'agent morbifique, on n'en devrait pas conclure que ce type est un résultat nécessaire de l'impression de cet agent, et que celui-ci le produit aussi sûrement que le feu produit la chaleur.

La confusion reprochée à Pinel semble d'autant moins excusable, qu'il a évidemment senti la vérité que nous venons d'exprimer, tout en la sacrifiant aux exigences mesquines desa méthode. Plus tard, nous essayerons de remonter à la soui'ce de cette étrange contradiction.

Le quinquina, ce médicament merveilleux sur lequel, depuis deux siècles, on a déjà tant écrit et sur lequel on ne saurait trop écrire, le quinquina jouit de plusieurs modes d'action, suivant les doses auxquelles on le donne. Mais, indépendamment de cela, il paraît hors de doute que, parmi ses propriétés si précieuses, il en est deux surtout qui le distinguent éminemment. La première et la plus héroïque est celle qu'il exerce contre les maladies produites par l'infection miasmatique, quels que soient la forme et le type que revêtent ces maladies. La seconde est celle dont il jouit pour modifier ou suspendre le type intermittent dans les

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maladies, quelle que soit d'ailleurs leur cause déterminante, surtout lorsque ce type intermittent est en même temps périodique et régulier.

Il y a, dans l'observation de ces deux genres d'effets fort distincts, une pierre de touche bien propre à résoudre la difficulté que nous venons d'élever contre les nosographes. Effectivement, si le quinquina administré dans des affections intermittentes périodiques qui n'ont aucun rapport de nature et d'étiologie avec celles qui naissent de l'infection miasmatique, suspend ou modifie évidemment l'affection périodique sans guérir la maladie dont ce type est symptomatique, il faudra en conclure qu'il jouit, comme on le dit très-bien, d'une vertu généralement antipériodique. Et si, d'une autre part, administré dans les fièvres intermittentes périodiques produites par l'empoisonnement spécial des marais, non-seulement il suspend les accès fébriles, mais détruit en même temps la maladie dont ces accès sont symptomatiques, on devrait, ce nous semble, en tirer celte autre conséquence que dans ces derniers cas il manifeste autre chose encore qu'une action antipériodique, savoir, une vertu singulièrement contraire à la diathèse particulière contractée par l'organisme sous l'influence des émanations marécageuses. Cette dernière conclusion serait surtout rigoureusement légitimée, si l'observation démontrait que le quinquina guérit les affections miasmatiques non-seulement lorsqu'elles sont intermittentes, mais encore lorsqu'elles présentent le type continu; et elle le serait bien plus encore, si les faits prouvaient également que la cachexie paludéenne et que les lésions matérielles qu'elle détermine, cèdent au quinquina comme la fièvre intermittente elle-même dont elles sont trop souvent la fâcheuse terminaison.

Voilà certes deux genres bien différents d'action, si l'on considère le résultat produit ; mais si l'on interroge la cause, peut-être trouvera-t-on que ces deux sortes d'effets ne la supposent pas nécessairement distincte dans sa manière fondamentale d'agir. Qu'elles soient intermittentes, rémittentes ou continues, les affections paludéennes ne diffèrent pas essentiellement. Le type, encore une fois, a ses causes dans les lois mêmes de la vie ; et celle-ci présente tous les modes périodiques dans l'accomplissement régulier de nos fonctions.

D'où peut donc dépendre cette différence si remarquable de l'action du quinquina qui, ici, emporte la forme et le fond, et là ne supprime que des manifestations périodiques de symptômes, laissant tout entière vivante la disposition intime à les reproduire ?

Elle vient de deux causes, l'une réelle et l'autre qui n'est qu'apparente. 11 est réel et positif, en effet, que dans un grand nombre de ces cas oîi l'infection paludéenne n'est ni ancienne ni profonde, et qui se manifestent sous la forme des fièvres intermittentes légitimes, le quinquina, méthodiquement administré, emporte souvent, comme nous venons de le dire, le fond de la maladie avec la fnrme, le principe intime des accès avec les accès eux-mêmes. Mais qu'est-ce à dire ? que le quinquina a détruit et neutralisé immédiatement et à lu manière d'un contre-poison, le 8" liD. — T. n. 37

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miasme paludéen? Rien ne le prouve, et tout semble se réunir pour prouver le contraire.

L'imprégnîition'paludéenne de l'organisme est extérieure. Avec quelque facilité que s'opère par les propriétés morbides de l'organisme l'assimilation pathologique du miasme, et quelque peu d'analogie qu'il ait d'ailleurs avec les poisons proprement dits, cet agent n'est point un poison morbide; ou tout au moins, il ne paraît pas être un des poisons morbides de l'homme, car il ne se développe jamais en nous en l'absence des conditions externes assez bien connues où il prend ordinairement naissance. Il doit être, par conséquent, moins adhérent à la constitution que les maladies qui, telles que la goutte, la syphilis, la dartre, etc., sortent spontanément de notre fonds comme des produits de ce qu'il y a d'originellement morbide en nous. Il en résulte que si les affections paludéennes sont récentes, peu identifiées avec l'organisation, intermittentes et surtout régulièrement périodiques (signe d'une infection peu intense et qui n'est pas encore allée jusqu'à la cachexie), le quinquina, en supprim.ant les accidents périodiques, c'est-à-dire en fortifiant la résistance vitale contre le retour des accès fébriles, donnera en même temps à l'organisme la force et le temps nécessaires pour surmonter la puissance délétère du principe miasmatique. Tout le monde sait d'ailleurs, que beaucoup de fièvres intermittentes simples guérissent d'elles-mêmes et sans le secours du quinquina. D'un autre côté, combien de fois ne voit-on pas les fièvres intermittentes, même les moins anciennes et les moins profondes en apparence, supprimées d'abord par le kina, récidiver avec une opiniâtreté désolante au printemps, en automne, sous l'influence d'un refroidissement, d'une émotion, d'une maladie intercurrente, et accuser ainsi la prétendue vertu spécifique du fébrifuge !

Vraiment^ il ne se passe pas autre chose ici que dans les accidents périodiques de nature goutteuse, rhumatismale ou autre ; et si ceux-ci cèdent moins facilement et récidivent sous la même form(i ou sous un autre type avec beaucoup plus de ténacité, c'est que la diathèse goutteuse, par exemple, est toute personnelle et inséparable en quelque sorte des constitutions où elle se développe, tandis que les affections paludéennes sont accidentelles et essentiellement curables. Voilà à quoi nous réduisons cette vertu occulte, cette spécificité tant célébrée du quinquina dans les fièvres intermittentes. 11 n'est donc pas plus l'antidote direct du principe paludéen que du principe goutteux.

Telle est la pensée que l'un de nous exprimait en ces termes, il y a cinq ans, dans un autre travail {tes Vrais Principes de la matière médicale et de la thérapeutique, par M. Pidoux ; Béchet, 1833, p. 30) :

« Si le quinquina guérit plus sûrement les accidents paludéens périodiques que les accidents goutteux de même type, c'est que la goutte est une maladie intime et personnelle bien autrement identifiée avec l'organism(î et bien autrement rebelle que le poison palustre, tout externe et étranger.

MÉDICATION TONIQUE NÉVROSTHÉNIQUE. 379

« Quand une affection est peu profonde ; qu'elle n'a pas encore pris fortement possession de l'organisme ; qu'elle ne s'est pas suffisamment assimilé les forces saines, elle a la plus grande tendance à revêtir le type intermittent. Celui-ci n'est autre chose qu'une alternative plus ou moins régulière de moments sains et de moments troublés, signe évident que la maladie, quelque dangereuse qu'elle puisse être dans un de ces moments, n'a pas encore vicié totalement l'organisation. Alors le quinquina administré dans l'intervalle des accès, accroissant la résistance vitale ou les forces saines, prolonge les moments sains, et peut mettre l'organisme en mesure d'user le principe du mal, de le dominer et de le laisser s'éteindre, s'il n'est pas d'une nature trop vivace, trop constitutionnelle et trop intime. Or tel est le cas des affections palustres, lorsqu'elles n'ont pas encore altéré profondément l'organisme et produit une cachexie et des désordres trop graves dans les viscères.

(( Quand ces effets profonds sont accomplis, qu'a donc de bien plus merveilleux le quinquina qu'une foule d'autres reconstituants? Ne se confond-il pas alors avec tous les toniques, en gardant toutefois sa prééminence dans cet ordre ? Ne faut-il pas même souvent aider son action imr celle des altérants, etc. ? Nos hôpitaux ne sont-ils pas encombrés de soldats et de colons d'Algérie, opprobres vivants du quinquina? Ce médicament les a guéris vingt fois; peut-être même les a-t-il arrachés à la mort quand leur maladie, quoique horriblement délétère, était encore superficielle et l'organisme peu intimement affecté. Aujourd'hui, il est impuissant, parce que le corps vivant est tout maladie, et qu'arrivé à cet état hectique où son fond n'est plus sain, il ne peut pas prêter plus de point d'appui à une guérison artificielle qu'à une guérison spontanée.

« Nul médicament ne fait à la nature de plus puissants appels que le quinquina. Il est si vrai qu'il n'agit que par elle, que les propriétés qu'on lui attribue sont celles mômes qui caractérisent l'action régulière de l'organisme, propriétés qu'on transporte au quinquina par un trope que les spécifistes seuls prennent à la lettre.

« Accroître la force saine et diminuer l'action morbide : voilà la propriété générale du quinquina. Sa puissance tonique ou la faculté qu'il a d'augmenter les forces vitales communes, se prouve par sa vertu sédative, modératrice, régulatrice des manifestations spéciales de cette force.

« Barthez disait déjà dans son langage ontologique, qu'il augmentait les forces en puissance et contenait les forces agissantes. Suivant Hunter, il est le remède de l'irritabilité, état morbide caractérisé par la diminution de la force et l'augmentation excessive et irrégulière de l'action. L'inflammation gangréneuse, où, d'après le môme auteur, l'action morbide excessive n'est pas en rapport avec la force vitale commune très-peu résistante, olîre encore l'indication vraiment spéciale du quinquina. Or que voyons-nous en tout cela ? L'exercice même des lois générales de l'organisme. Mais, si ce sont les lois de l'organisme, ce ne sont donc pas celles du quinquina.

« Pourtant, dans certaines circonstances, les forces organiques sont affectées par des influences pernicieuses qui l'emportent de plus en plus sur leur résistance propre. A ces influences funestes, le quinquina en oppose do, contraires. Est-ce à dire que par lui-même, directement et chimiquement, il neutralise les miasmes paludéens? Point du tout. Et d'abord, les miasmes paludéens une fois absorbés et produisant leurs effets, ne sont plus des corps étrangers. Ils vivent dans l'organisme malade ; et l'affection palustre, l'accès de fièvre ou toute autre de leurs manifestations, n'est môme que cette vie accidentelle et anormale. Ensuite, l'organisme renferme éminemment toutes les facultés que va développer en lui le quinquina; seulement il a besoin qu'on les alimente. Sous cette influence appropriée, lui seul tirera ses propriétés de la salutaire écorce: mais non sans les avoir conçues et leur avoir imprimé une activité d'un ordre supérieur; car pour agir il faut qu'elles soient vivantes. Alors, ce qui sera héroïque, ce ne sera plus le quinquina pharmaceutique, mais le quinquina viviiié, ou l'organisme fécondé par le quinquina dans sa force de résistance et d'unité vitales.

« Existe-t-il un médicament moins spécifique dans le sens empirique du mot? En est-il un qui agisse plus conformément aux principes du vitalisme hippocratique ? Je ne le crois pas.

(( Ici encore, ne nous lassons pas de remarquer que la vertu du quinquina, comme celle du mercure, ne va guère plus loin que les lésions sensibles des fonctions spéciales, ou que les symptômes. Il protège la vie contre des violences mortelles; mais, pas plus que le mercure, il ne détruit radicalement et dans son impression profonde l'affection palustre. Quand on a été gravement et intimement atteint par elle, que l'organisme en a été saturé, on s'en souvient toute sa vie. Elle peut s'éveiller à l'occasion de tous les genres de secousses, et retrouver sa perniciosité primitive. Il faut bien se garder de croire que cette saturation syphilitique ou paludéenne exige comme remède la saturation mercurielle ou quinine, et qu'on puisse vaincre les unes en leur proportionnant les autres. Sans doute, l'humorisme et la chimiàtrie portent cette conséquence, et chaque jour la pratique en est désolée. Rien de plus absurde en théorie, rien de plus faux en expérience. On bourre de mercure et de quinquina des organismes tellement infectés, réduits par la maladie à une cachexie si profonde, ou si peu disposés à consentir aux médicaments (et ces sujets sont communs parmi les personnes dont le système nerveux est habituellement surexcité par des travaux intellectuels et les affections morales), que les médicaments ne rencontrent ou que des tissus irritables qui exagèrent leur action physiologique, ou qu'une organisation cacochymique, nerecélant presque plus d'éléments sains capables de concevoir l'action thérapeutique. Est-il une preuve plus décisive que le médicament n'agit que par lui-même? S'il en était ainsi, ne suffirait-il pas de rendre la dose du remède égale ou supérieure à celle du mal pour neutriiliser celui-ci?»

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Maintenant, entrons dans quelques généralités j^ratiques sur les indications du quinquina dans les maladies périodiques non paludéennes, puis dans les paludéennes, quel que soit le type sous lequel elles se présentent.

Que le type périodique s'observe dans une foule d'affections chroniques très-distinctes des affections palustres, et que le quinquina modifie ou suspende ce mode d'expression symptomatique sans atteindre la nature de l'état morbide ainsi manifesté, c'est ce qui n'est pas douteux et ce que démontre péremptoirement la marche des maladies goutteuses et rhumatismales. Citons aussi pour mémoire certaines névralgies faciales tout à fait indépendantes des maladies paludéennes, et qui, lorsqu'elles sont réglées dans leurs accès, n'ont peut-être pas de modificateur curatif ou tout au moins palliatif plus puissant que le sulfate de quinine. Si ces faits étaient rares ou contestés, nous nous c:oirions dans l'obligation d'en fournir des exemples. Nous n'aurions que l'embarras du choix.

On sait aussi que la migraine est souvent périodique ; mais ses accès sont en général trop distants les uns des autres pour qu'on songe à leur opposer le sulfate de quinine. Néanmoins, nous l'avons vu administrer dans une migraine octane très-régulière. Le résultat de ce traitement fut d'empêcher le développement des accès, mais avec un préjudice singulièrement propre à confirmer notre thèse. La malade fut obhgée de renoncer au bénéfice que lui valait le sulfate de quinine, car elle achetait cet avantage au prix d'un malaise des plus incommodes, qid ne cessait que lorsque, après un temps plus ou moins long, l'emploi de l'antipériodique étant supprimé, elle essuyait une attaque plus forte que d'ordinaire ; comme si le mal, trop longtemps comprimé dans sa manifestation, se fût accumulé en elle, et eût donné en une seule fois la somme des accès qui auparavant se développaient successivement et pour ainsi dire en détail.

Ici apparaît, avec toute son importance et toute sa vérité, ladistinction que nous travaillons à marquer entre le type des maladies et leur nature ; et l'action du quinquina, comme moyen analytique de ces deux conditions pathogéniques, n'y saurait être contestée.

Nous avons vu ce fait se reproduire dans une névralgie faciale, et plus évidemment encore dans une épilepsie dont les attaques, retardées par le sulfate de quinine, étaient enfin terribles lorsqu'elles faisaient explosion, après une compression plus ou moins durable.

Nous avons traité dans le cours de cette année trois fièvres ortiées intermittentes, l'une quotidienne, l'autre tierce, toutes deux ayant leurs accès vers le soir. Les malades n'avaient jamais été exposés à l'action des miasmes paludéens. Les saignées et les évacuants furent sans effet appréciable. Le sulfate de quinine eut un résultat immédiat et complet. lUen n'est plus décisif que de tels exemples.

Si nous avions de l'espace, nous nous étendrions volontiers sur l'ac-

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tion antipériodique du quinquina dans la fièvre intermittente quotidienne qu'éprouvent très-communément vers le soir les individus affectés de phthisie pulmonaire, lorsque la matière tuberculeuse commence à se ramollir.

Il est certain que cette fièvre est, dans bon nombre de cas, intermittente dans ses premiers accès, qu'elle devient rémittente, puis continue, avec exacerbation à la chute du jour. Or nous sommes en mesure de prouver par des faits répétés qu'on peut modifier très-sensiblement les accès assez franchement intermittents du début ; que les premières doses de sulfate de quinine vont quelquefois jusqu'à les supprimer pour quelques jours, que le plus souvent elles les modèrent, les abrègent, les retardent, ou bien leur enlèvent un de leurs stades, le frisson, par exemple ; ou bien encore que la chaleur est très -modérée, la sueur à peine sentie, etc., etc.; en définitive, qu'ils en sont évidemment influencés. Il est juste d'avouer que ce succès n'est pas de longue durée lorsque le ramollissement marche avec acuité ; que bientôt les accès réapparaissent, rebelles à toute action, alors surtout que la fièvre passe à la rémittence et à la continuité, tandis que cette circonstance est indifférente lorsque la fièvre est d'origine paludéenne.

Nous avons observé bien des fois que les affections intermittentes et périodiques qui se lient à une lésion organique inamovible, ou à la présence incessante d'une cause matérielle, sont bien susceptibles, à la vérité, d'être atteintes, modifiées, supprimées pour un instant, dérangées enfin par le sulfate de quinine ; mais qu'alors on n'obtient pas de lui des effets décidément suppressifs. Il arrive même trop souvent, dansées divers cas, que son action est complètement nulle, et que sa vertu ne peut l'emporter sur l'efficacité de la cause déterminante des accidents.

Il est rare que le médecin soit exposé dans les maladies chroniques à prendre des affections intermittentes symptomatiques ou idiopathiques pour des manifestations larvées des maladies paludéennes. Il n'en est pas ainsi dans les maladies aiguës ou dans les fièvres. Alors l'erreur est plus facile.

Nous convenons que parmi css maladies, celles qui, dans nos hôpitaux, et généralement en France, présentent le type intermittent et périodique, surtoutle tierce ou le quarte avec apyrexie parfaite, appartiennent, dans la très-grande majorité des cas, aux fièvres de marais. Il est, du reste, d'autres caractères que ceux tirés du type qui peuvent spécifier ce genre de fièvres, et ces caractères sont, à notre avis, plus pathognomoniques, plus réels, plus profonds, puisque rien n'est plus commun, dans certains pays, que de voir les fièvres paludéennes se montrer sous le type rémittent et même continu sans perdre leur nature. Bien au contraire, il semble qu'alors la maladie ne soit que plus déclarée, plus complète et mieux formée : car c'est en pareil cas que les caractères essentiels auxquels nous faisons allusion sont portés à leur plus haut degré.

Par opposition, il n'est pas très-rare de rencontrer les fièvres intermit-

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tentes sans autre rapport que le type avec les fièvres miasmatiques.

Depuis six ans, il ne s'est pas passé un printemps sans que nous ayons observé plusieurs cas de ces fièvres dites vernales, à type le plus souvent tierce ou double tierce. Il ne nous était pas possible de les regarder comme produites par l'empoisonnement des marais, et cela pour de bonnes raisons. Les malades ou n'avaient jamais quitté les quartiers sains de Paris, ou n'avaient jamais habité de pays où les fièvres de marais régnassent endémiquement. Ces fièvres avaient presque toujours une expression inflammatoire plus ou moins marquée. On les aurait confondues bien plus volontiers, pour leur nature, avec la synoque simple des anciens auteurs. Jamais elles ne nous ont offert la teinte particulière de la peau propre aux intermittentes miasmatiques, ni l'hypertrophie de la rate. La diète, une petite saignée, etc , quelques jours

de repos, et elles cessent facilement et sans retour. Mais nous croyons ■être sûrs de les avoir coupées quelquefois avec 30 à 40 centigrammes de sulfate de quinine, et d'en avoir ainsi abrégé la durée.

Le type intermittent et rémittent quotidien est surtout bien particulier aux fièvres catarrhales. Le sulfate de quinine n'a pas dans ces cas le pouvoir d'empêcher la fièvre de se développer et de devenir continue, exacerbante et paroxystique. Son emploi est môme très-nuisible, comme il l'est au début de certaines fièvre.» typhoïdes fort insidieuses par la circonstance du type intermittent quotidien tout à fait marqué qui signale leur invasion. L'administration intempestive du sulfate de quinine stimule dangereusement l'économie, irrite le tube digestif, allume davantage la fièvre ; et malgré les succès qu'on a racontés récemment de son emploi à hautes doses dans le cours de la fièvre typhoïde, nous l'avons toujours vu nuire dans les cas exceptionnels que nous signalons, lorsque, par erreur inévitable ou par inattention, on le donnait au début de cette pyrexie.

Mais il n'en est pas ainsi vers la fin des fièvres catarrhales et des fièvres typhoïdes, alors que la convalescence est retardée par la persistance de la fièvre dégénérée en intermittente plus ou moins régulière. Quelques grains de sulfate de quinine sont alors indispensables et d'un effet sûr pour couper cet accès du déclin. Quel rapport y a-t-il entre a nature de ces fièvres et celles de fièvres de marais ?

On vient de voir que le type intermittent et même périodique appartient à un grand nombre de maladies tant aiguës que chroniques ; que les fièvres peuvent accidentellement s'en revêtir, mais que les affections chroniques surtout, comme les névralgies, les névroses, les hémorrhagies, soit essentielles, soit liées à quelque lésion organique, empruntent ce type très-fréquemment. Nous avons essayé de prouver que par cela seul qu'elles se révélaient ainsi, le quinquina pouvait les modifier sous ce rapport, sans posséder du reste la moindre action appréciable contre leur nature spéciale. S'il en était autrement, ce médicament, déjà si précieux, remplacerait toute la Matière médicale, et justifierait vénla!«le-

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ment le titre de panacée. Or il n'est rien moins que tel. Nous savons qu'on l'a beaucoup vanté comme antigoutteux ; mais il suffit de se rappeler que, de toutes les maladies, la goutte est peut-être, après les maladies paludéennes, celle qui affecte le plus souvent la marche intermittente et le type périodique, pour comprendre aussitôt quel sophisme peut renfermer l'assertion générale que nous combattons. On modifie efficacement une des formes^ et on croit avoir atteint le fond. Qui oserait prétendre guérir la goutte avec le quinquina ? Nous ne considérons donc pas plus ce médicament comme antigoulteux que comme antirhumatismal, antituberculeux, antipurulent, antidartrcux, etc., etc., mais seulement, et c'est déjà beaucoup, comme antipériodique, lorsque quelque lésion grave, incurable ou inamovible, ne s'oppose pas trop à ce que l'organisme éprouve l'inflaence de cette utile propriété.

Autant nous paraît exact ce que nous venons d'avancer sur l'efficacité antipériodique du quinquina, autant il semble injuste, au premier aspect de ne lui en reconnaître aucune autre. La propriété que nous venons de lui attribuer est une propriété très-générale, et ce n'est point à elle qu'il a dû le titre de remède spécifique. Cette vertu nouvelle serait aussi circonscrite que la première est générale. Elle ne s'exercerait que sur un groupe bien déterminé de maladies qui, sous quelque forme ou sous quelque type qu'elles apparaissent, sont, au fond, de la môme nature, et accusent la môme cause spéciale ; nous voulons parler des maladies nées de l'influence des émanations marécageuses.

Certes, et nous l'avons déjà dit, lorsque ces maladies se manifestent sous la forme fébrile, et surtout lorsqu'elles prennent le type fébrile intermittent, elles s'y soumettent avec une régularité, une fixité, un ordre si constants et si calculables, qu'on a cru que ce type, cette forme et cet ordre leur étaient; essentiels. Comme ici nous ne faisons point la nosographie des fièvres intermittentes proprement dites, nous n'avons rien à dire de plus sur le type, et nous ne répétons qu'une chose, savoir : que la netteté de leurs stades n'est pas un caractère moins distinctif de ces fièvres que la netteté de leur type, et qu'à défaut des données diagnostiques tirées de l'ordre de succesion des symptômes, il y a, dans les altérations particulières produites dans l'organisme par l'action de ces maladies, un ensemble de signes bien plus pathognomoniques et bien autrement révélateurs de la véritable nature de l'affection, que les expressions symptomatiques variables et communes sur lesquelles les nosograpbes, et Pinel en particulier, ont fondé leurs descriptions et leurs classifications. La raison de la préférence accordée par eux aux symptômes sur les caractères propres à distinguer plus radicalement ces afl'ections morbides, vient du scepticisme qu'avait fini par amener peu à pou dans les esprits l'abus des théories humorales, l'abus de la rechei che des causes prochaines et de leur mode d'action par des explications grossièrement empruntées àla physique et à la chimie. De ce que les

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phénomènes organiques ne se prêtaient pas aux explications prises des sciences physiques et chimiques, on en concluait qu'il était impossible de les connaître autrement que l'herhorisateur ne connaît les plantes, c'est-à-dire seulement par le nombre et le groupement de leurs caractères extérieurs. Alors on fit et on nomma des maladies, puis on se contenta, en médecine de la science du botaniste purement classiflcateur. Aujourd'hui ce travail se continue dans le même esprit, mais par d'autres moyens.

Au lieu d'établir l'histoire naturelle des symptômes, on dresse principalement celle des lésions et des produits morbides, non pas comme Sauvages, jnxta Sydenhamii mentem et botanicorum ordinem, mais juxta chimicorum mentem et anatomicorum ordinem. On ne peut pas tout faire à la fois, et chaque époque a sa tâche.

L'histoire des maladies paludéennes était plus avancée sous Morton, Torti, Lautter, Lancisi, Starck, etc., etc., qu'il y a vingt-cinq ans. Pinel et Broussais avaient arraché cette grande page de la nosologie.

Depuis quelques années, elle y a été replacée, et nous le devons surtout à notre conquête d'Afrique. Là, nous avons pu sortir de la tierce et delà quarte, nous affranchir du préjugé nosogrnphique du type, et rentrer ainsi dans une voie plus large pour la pathologie, plus droite et plus pratique pour la médecine. En Algérie, il nous a été donné de voir les types effacés et confondus, et nos fièvres intermittentes classiques changées en continues, comme pour signaler le vice d'une pyrétologie exclusivement fondée sur la considération du type. C'est là que nous avons appris à mieux connaître, non pas les fièvres intermittentes, mais les maladies miasmatiques. C'est là, enfin, que de trop nombreuses et de trop funestes occasions se présentent d'apprendre que le quinquina n'est pas seulement un antipériodique en général, mais un remède spécial contre les maladies paludéennes, quel que soit leur type.

D'ailleurs, comment ont pu se méprendre si longtemps les sectateurs de la nosographie? N'admettaient-ils pas déjà, en 1821, que les fièvres intermittentes passaient quelquefois au type rémittent, et n'en étaient pas moins susceptibles d'être guéries par le quinquina ? Or, en conscience, pour tout homme qui ne se laisse pas tromper par des mots et des artifices de méthode, une fièvre rémittente, au point de vue même de la pyrétologie superficielle de l'école, qu'est-ce en définitive autre chose qu'une fièvre continue ? L'état fébrile n'y est-il pas incessant ? Et qu'importe qu'il présente des rémissions et des exacerbations, si, comme tout le monde en convient, la fièvre continente est un type de convention? Et si les fièvres rémittentes à quinquina diffèrent des continues non miasmatiques autant que la goutte diffère de la scrofule,' certes, c'est par des caractères bien autrement importants que ceux que peut offrir le type. Nous ne nions pas ceux-ci, qu'on le remarque bien ; seulement, nous leur contestons le premier rang, pour y faire figurer des conditions

nosologiques plus fondamentales et plus voisines de l'indication thérapeutique.

La perniciosiié, qu'on nous passe ce mot, dépend bien plus de la nature pernicieuse de la maladie que du trouble pernicieux que peut jeter dans l'économie l'afTection d'un organe dont l'action est indisppr,?rl)le au maintien actuel de la vie. Dans certains cas d'affections goutteuses anomales et intermittentes, les organes qui souffrent et auxquels se rapportent les principaux symptômes sont sûrement des organes fort nobles et des centres de vie bien importants ; néanmoins, de.tels accès produisent rarement la mort, comme le font les accès de rémittente pernicieuse miasmatique, bien que frappant sur des organes moins indispensables à l'exercice de la vie : tels sont l'estomac, dans la pernicieuse cardialgique ; le gros intestin, dans la dysentérique, etc., etc., sans parler de l'ardente et de l'algide, qui ne paraissent s'attaquer h. aucun organe en particulier. C'est la malignité, c'est-à-dire V imminence insidieuse d'une dissolution prochaine, quelquefois même en l'absence de symptômes funestes, qui constitue la perniciosité et non l'intensité des troubles fonctionnels de tel ou tel organe en particulier. L'organisme périclite bien plus alors par l'atteinte portée à son unité et à sa résistance vitales, que par la lésion de structure qu'éprouve tel ou tel tissu.

Ceci n'est point oiseux et sert à confirmer les idées que nous soutenons touchant la prééminence nosologique de la cause prochaine des accidents sur celle de leur forme et de leur type. Il en résulte ce précepte thérapeutique important, savoir: que, dans une fièvre pernicieuse miasmatique arrivée au deuxième ou au troisième accès, il ne faut pas attendre une rémission qui peut-être n'aura pas lieu, et qu'il est urgent d'administrer le quinquina au milieu et même au début de l'accès. Le préjugé contraire a été répandu par les nosr graphes, on devine aisément pourquoi; et c'est pour une raison contraire, c'est parce que, pour nous, dans CCS maladies, la diathèse prime le type et est plus considérable que lui, surtout sous le rapport pratique ; c'est appuyés sur des faits souverains dans la question, et où des accès, probablement les derniers, ont été abrégés, atténués dans leur violence et leur péril par de fortes doses de sulfate de quinine, que nous conjurons les praticiens de ne pas attendre, en pareil cas, l'apyrexie ou la rémission. Quand on prescrit le quinquina comme antipériodique, c'est différent, et il est raisonnable de ne Tadministrer que dans l'intervalle des accès. Mais quand c'est comme fébrifuge, il y a inconséquence, lorsque surtout l'accès présent offre la moindre chance de se terminer d'une manière funeste. On croit l'action du quinquina longue à se faire sentir : c'est une grave erreur. Le sulfate de quinine administré comme fébrifuge dans les maladies des marais agit contre cet empoisonnement avec une rapidité surprenante. Il convient alors de l'administrer à une dose double au moins de celle qui suffit pour guérir nos fièvres tierces légitimes. L'observation prouve, en elTet, que plus une maladie paludéenne est continue, plus les

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