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doses de sulfate de quinine requises pour la vaincre doivent être considérables. Or on sait que les fièvres miasmatiques pernicieuses, d'abord intermittentes, deviennent rémittentes et subintrantes au fur et à mesure qu'elles croissent en intensité et en gravité. Les nosographes, qui ne l'ignoraient pas, persistaient et persistent quand même dans leur système du type et de l'intermittence ; et ce sont eux qui nous répètent encore tous les jours qu'ils sont exempts de théories, d'idées préconçues et de doctrines.
Quand nous disons qu'ils ne l'ignoraient pas, nous voulons dire qu'ils devaient ne pas l'ignorer; car, lorsqu'on sait combien une petite préoccupation, en empêchant de regarder, empêche de voir et de comprendre, on s'explique comment leurs yeux n'ont pas vu et ne verront peut-être pas encore aujourd'hui ce fait de la continuité des fièvres intermittentes, bien qu'il sait solidement assis sur la tradition médicale tout entière et sur les observations cliniques que Paris lui-même offre aux esprits dont rien ne rétrécit l'horizon. La continuité des fièvres intermittentes ! qui prouve mieux que cette inévitable logomachie le vice des classifications systématiquement fondées sur des caractères aussi mobiles que le type ou le symptôme ? Nos préjugés nous sont souvent à ce point plus chers que l'évidence, qu'un médecin qui a fait un traité recommandable sur les fièvres paludéennes de l'Afrique, M. Maillot, après avoir reconnu que ces fièvres y affectent incontestablement le type continu, propose, pour les distinguer de nos fièvres continues proprement dites, la dénomination de pseudo-contiriues. Or, en face d'une de ces dernières et d'une de nos typhoïdes ou de nos puerpérales, et d'après la seule considération du type, laquelle faudrait-il appeler pseudo-continue, de la typhoïde ou de la miasmatique? En vérité, un élève docile y serait fort embarrassé. C'est comme si un médecin, n'ayant jamais pratiqué que sous une latitude 011 les fièvres de marais se rapprocheraient plus pour le type de la continuité que de l'intermittence, proposait d'appeler pseudo-intermittentes les fièvres miasmatiques du nord de la France. 11 y serait autorisé par l'exemple de M. Maillot, et tous deux sont absous par la philosophie nosographique.
M. le docteur Boudin a signalé avec force tous ces vices d'observation et de raisonnement dans un ouvrage très-original dont il défend les idées avec une louable persévérance {Traité des fièvres intermittentes , rémittentes et continues des pays chauds, etc.). On les retrouve plus fermes encore et plus développées dans une seconde publication qui a pour titre : Essai de géographie médicale.
^ Il faudrait maintenant, pour consommer la preuve des diverses assertions énoncées plus haut, rapporter des exemples de fièvres miasmatiques continues guéries par le sulfate de quinine.
Ces cas ne sont plus rares, depuis notre conquête d'Alger. MM. Boudin et Maillot en citent à l'envi. On en trouve de nombreux exemples dans le
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52" Yoliiine du Recueil de mémoù-es rie médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, (documents pour servir à l'histoire des maladies du nord de l'Afrique, par M. le docteur Laveran).
Cette forme des fièvres paludéennes devient plus rare en Europe. Le midi de la France en offre pourtant des cas assez fréquents.
Si la portée d'action de nos toniques est relative à la forme de la maladie tout entière, elle l'est aussi notablement à la forme de chaque accès.
L'organisme affecté par la même cause morbide ne réagit pas toujours contre cette cause de la même manière. Ainsi trois individus sont exposés à l'influence des effluves d'un marais. C'est la même cause, et chez tous trois une maladie intermittente, identique pour la nature, différente pour la forme, va se déclarer. Nous observerons chez l'un une forme d'affection qu'on appellei'a fièvre intermittente légitime ; chez l'autre, larvée ; chez le troisième, pernicieuse.
La première mérite bien la dénomination de légitime, parce que l'organisme a réagi par une fièvre générale et régulière. La résistance vitale a bien reçu une atteinte directe , mais les synergies n'ont pas été rompues, il n'y a pas eu ataxie. Au contraire, la réaction s'est manifestée par des phénomènes simultanés bien proportionnés, calculables, critiques comme tous ceux qui sont opérés par l'ensemble des fonctions vitales, de ces fonctions générales par lesquelles tout animal vit et se conserve au moyen d'une réaction incessante contre toutes les influences nuisibles. C'est contre cette forme des affections intermittentes que les toniques radicaux développent leurs effets les plus constants et les plus sûrs, parce que la nature s'y écarte moins de ses habitudes, de ses voies normales, et qu'elle n'a besoin, pour ainsi dire, que d'un léger secours pour y entrer. Ajoutons qu'ils les développent avec d'autant plus de succès et de promptitude, que les intervalles qui séparent chaque accès sont plus égaux entre eux et laissent plus d'espace entre chaque nouvelle invasion. Effectivement, on supprime plus facilement et plus promptement une fièvre tierce qu'une quotidienne, et une quarte qu'une tierce. Il semble que, dans la première, le tonique n'ait pas le temps suffisant pour imprimer à l'organisme de la résistance vitale et le prémunir contre l'accès si prochain. Ce désavantage a sa compensation ; car si l'on supprime plus aisément une fièvre à type quarte q;i'à type quotidien, celle-ci une fois bien disparue est infiniment moins sujette à récidiver que la fièvre quarte, et on n'est pas obligé (comme on l'a vu à l'article Quinquina) de continuer aussi longtemps les doses préventives de l'écorce du Pérou.
Dans la fièvre larvée, la nature prend le masque d'une autre maladie. Elle ne réagit plus par l'ensemble des fonctions vitales et naturelles, mais par quelque action organique spéciale ; par exemple, une douleur locale, un trouble fonctionnel isolé, etc. Cette anomalie, cette cause qui
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déclare son existence par des effets prœter rationem, annonce en général une affection plus tenace, plus réfractaire. La cause est la même ; seulement l'organisme y a répondu autrement, anormalement, et il sera plus difficile d'en être maître, parce que, indépendamment de la résistance vitale affaiblie qu'il faut fortifier, il y a une lésion particulière existant en vertu d'une prédisposition qui peut-être très-ancienne et très-enracinée, et sur laquelle le tonique n'aura souvent pas d'action. Tout à l'heure, il y avait de l'ordre dans le désordre, une tendance, des efforts salutaires, et cela était le signe et le garant une affection plus simple, d'un état normal plus facile à rétablir. Maintenant voilà une bizarre localisation de l'affection morbide. Ce n'est pas l'économie entière qui se soulève avec des efforts coordonnés ; c'est un nerf qui souffre, une fonction spéciale qui est pervertie ; il est besoin d'une action thérapeutique plus puissante, plus soutenue.
C'est ce que prouvent les faits. Il faut des doses triples, quadruples de quinquina, une opiniâtreté inconcevable dans cotte médication, pour triompher d'une fièvre larvée ; et, de plus, un emploi prophylactique du même remède très-persévérant.
Quelquefois il arrive qu'après plusieurs accès de la forme larvée, qui a résisté ou n'a cédé qu'imparfaitement aux quinquina, l'organisme vient à réagir par une fièvre générale; et ce qui atteste la vérité de ce que nous disions plus haut, la maladie obéit alors de suite à des doses très-modérées de fébrifuge.
On confond très-souvent la fièvre intermittente pernicieuse avec la fièvre intermittente larvée, et cette erreur est commise quand l'accident particulier qui constitue la forme larvée prend une intensité considérable et en apparence menaçante. 11 est bon de savoir que la fièvre reste larvée tant qu'elle se borne à produire un trouble spécial, isolé, auquel ne prennent pas part les forces radicales de l'économie, et tant que les synergies générales sont conservées, quelle que soit du reste l'intensité effrayante de cet accident local.
La perniciosité, comme nous l'avons déjèi dit plus haut, existe lorsque, en même temps que se déclarent un ou plusieurs troubles fonctionnels spéciaux, dont la concomitance n'est d'ailleurs pas nécessaire, il y a rupture des synergies dans les fonctions vitales communes, propension à l'extinction vitale directe, menace insidieuse de mort.
Ici les Toniques radicaux, le quinquina, jouissent de toute leur merveilleuse efficacité, et, circonstance digne de remarque qui confirme bien hautement les idées que nous avons émises précédemment, l'expérience apprend qu'ils en jouissent d'autant plus sûrement, que la résolution des forces radicales atteint davantage les fonctions vitales communes, sans lésion fonctionnelle spéciale, comme dans les fièvres pernicieuses algides, lipothymiques, diaphorétiques, etc., en un mot, quand il faut seulement, comme dit Barthez, imprimer de la résistance vitale aux forces radicales de l'économie.
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La puissance thérapeutique des Toniques radicaux varie encore beaucoup suivant la nature de la cause des maladies intermittentes et malignes.
Ainsi, celles qui sont dues aux miasmes des marais, toutes choses étant égales d'ailleurs, cèdent bien plus volontiers que celles qui se développent sans cause connue chez des personnes nerveuses, dans les grandes villes. Ces dernières aussi sont en général bien plus irrégulières dans leur expressions symptomatiques, dans leur type, dans leur marche; ce qui vient prêter un dernier appui à l'opinion que nous avons présentée il y a un instant. Ce point de pratique est si difficile et si mal connu, que nous le quitterions à regret. Il y a une foule de distinctions délicates et pourtant très-utiles à faire; c'est ce qui nous engagea débrouiller plus soigneusement encore cette matière.
La périodicité des accès, leurs intermittences bien complètes, le succès du sulfate de quinine ne suffisent pas, en effet, pour caractéiiser à eux seuls une vraie fièvre larvée. Il est si commun de voir à Paris des névralgies faciales chez des personnes qui n'ont jamais été exposées aux influences palustres se manifester par accès périodiques et céder à l'action du sel de quinine, qu'il serait faux de conclure de l'ensemble de ces caractères à l'existence d'une fièvre de marais masquée sous les symptômes d'une névralgie temporale.
Lorsqu'une névralgie quelconque est intermittente périodique, des doses moyennes de sulfate de quinine la coupent très-ordinairement. Lorsqu'elle est périodiquement rémittente, les doses doivent être accrues. Lorsqu'elle est continue avec des cxacerbations irrégulières, il faut, pour obtenir des résultats thérapeutiques, tellement augmenter les doses, qu'elles soient portées jusqu'aux effets physiologiques du médicament sur le système nerveux, tels que tintouin, surdité, stupeur et quelquefois délire. Il est plus qu'inutile d'aller jusque-là. Quelques bourdonnements d'oreille, une légère stupeur, le ralentissement du pouls, telles sont les limites des effets physiologiques qu'on ne doit jamais dépasser. Il n'en a malheureusement pas toujours été ainsi. On sait que si le sulfate de quinine est employé aujourd'hui dans plusieurs affections étrangères aux maladies paludéennes, avec un avantage louable et naguère inconnu, l'humanité a payé ce nouveau service de l'art par de tristes sacrifices.... Nous pourrions, sans en chercher bien loin les preuves, citer tels travaux sur l'emploi de ce médicament dans le rhumatisme aigu, digue bien plus de figurer dans un traité de toxicologie expérimentale que dans un traité de thérapeutique humaine... Heureusement M. le docteur Legroux nous a consolés de ces extravagances par des recherches ofi la sagesse du médecin a toujours dirigé la main de l'expérimentateur. La toxicologie n'y a pas gagné un chapitre nouveau, mais la thérapeutique du rhumatisme compte une ressource de plus.
Les névralgies faciales périodiques ne sont nulle part plus communes que dans les pays froids, humides et paludéens à la fois. Ce n'est pas
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dans les régions ensemble chaudes et marécageuses qu'on rencontre le plus ces fièvres larvées. Sous le rapport des formes pathologiques dues à l'action des miasmes, les marais sont donc justement divisés en marais des pays chauds, des pays froids et des pays tempérés.
Les maladies paludéennes des contrées méridionales sont de toutes les plus graves ; c'est là surtout qu'on observe la perniciosité des fièvres et cette variété d'accidents funestes où vont comme se donner rendez-vous les pyrexies endémiques redoutables à l'homme et mortelles à presque tous les êtres vivants non acclimatés. C'est là, qu'en vertu de l'intensité de l'infection, les fièvres prennent un type continu et dégénèrent en dysenteries, en affections cérébrales, en phlegmasies du foie, et qu'on contracte ces diathèses presque incurables qui modifient si profondément l'organisme, qu'il ne paraît plus être apte à se laisser impressionner par d'autres causes morbides et à se prêter à la manifestation de certaines autres diathèses.
Mais il est bien remarquable aussi que ce n'est pas dans les pays marécageux à fièvres graves, à infection délétère, que se rencontrent ces névralgies faciales périodiques qu'on nomme des fièvres larvées et que brise si sûrement le sulfïUe de quinine bien administré. On les observe surtout dans deux circonstances :
1° Comme effet éloigné d'une affection paludéenne modérée reçue antérieurement. C'est ainsi qu'elles ne sont pas rares chez les individus qui, après avoir habité les pays marécageux tempérés et y avoir essuyé ou non des fièvres intermittentes, viennent séjourner à Paris. L'influence du froid humide a, dans ce cas, la puissance très-certaine de manifester ces réminiscences morbides paludéennes larvées sous la forme d'un accident rhumatismal. Cette association de deux influences pathogéniques, pour produire une affection mixte, témoigne d'une certaine dégénérescence de l'état morbide engendré par les miasmes marécageux. L'efficacité du sulfate de quinine est en raison inverse de l'ancienneté de l'action miasmatique et de l'abâtardissement que cette impression morbide subit dans l'organisme. 11 en est de cette diathèse par rapport à la vertu thérapeutique du quinquina, comme de la diathèse syphilitique par rapport à la vertu curative du mercure ;
2° On observe aussi fréquemment les affections paludéennes larvées sous les névralgies faciales et principalement sus-orbitaires et oculaires, dans les pays tout à la fois marécageux et froids humides, où la constance de l'humidité froide a presque autant de part que le miasme dans la production des maladies endémiques. Nous pourrions citer à ce sujet quelques parties du département d'Eure-et-Loir où nous avons pu faire cette observation générale. Eh bien ! dans ce pays, les rhumatismes musculaires et les névralgies sont excessivement communs, et en particulier, les névralgies périodiques de la face. Pour notre compte, nous croyons que le froid humide a plus d'influence que le miasme paludéen dans la production de ces névralgies, et c'est à peine si nous oserions les appeler
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fièvres larvées. Néanmoins, si c'est le froid humide qui engendre ces affections, c'est bien probablement l'action miasmatique qui leur imprime le type intermittent.
Encore une fois, il ne suffit pas d'une névralgie faciale intermittente pour constituer une fièvre larvée. Que faut-il donc? Il faut que dans un point circonscrit de l'organisme, que dans une partie vivante, quelque minime qu'on la suppose, dans un rameau nerveux, par exemple, soit ramassé en petit tout l'appareil d'un accès de fièvre. Il faut que la forme morbide spécifique qui se manifeste communément par cet ébranlement synergique de tout le système vasculaire qu'on nomme un accès de fièvre, se concentrant dans un point de ce système, y soit représentée spécifiquement, c'est-à-dire par des phénomènes analogues à ceux qu'elle aurait déterminés si elle eût pris sa forme ordinaire. Il faut plus encore, car îous les phénomènes d'une fièvre locale peuvent se manifester dans un accès de névralgie sus-orbitaire, sans que celui-ci soit ce qu'on nomme une fièvre larvée, c'est-à-dire symptomatique d'une affection paludéenne. Pourtant, on doit l'avouer, ces caractères d'une fièvre locale associés à la douleur névralgique : le chémosis, la continuité de l'accès une fois commencé, les pulsations fébriles des ^artères de l'œil, si surtout il y a au début un peu de frisson, que l'intermittence et la périodicité se montrent franches et parfaites, et que leur type soit tierce ou double tierce, etc...., sont des préjugés en faveur de l'existence d'une fièvre larvée. Mais plus on s'éloignera de l'époque à laquelle l'iniïuence miasmatique a été ressentie, plus par conséquent l'affection qui en est résultée aura eu le temps de s'affaiblir et de dégénérer, soit d'elle-même, soit par l'action d'autres dispositions morbides, plus aussi on verra s'effacer cette netteté de type, de stades et de symptômes, et moins décidément curative sera la médication quinine.
Si ou contraire, la fièvre larvée est dans toute sa pureté, si elle se déclare sous l'influence immédiate du miasme paludéen, il y aura dans l'ensemble tout spécial de ses phénomènes des caractères capables peutêtre d'en accuser la nature à un observateur sagace, n'eût-il, pour former son diagnostic^, ni les données de l'étiologie ni la connaissance du type des accidents morbides. C'est que, dans ce cas, l'accès larvé par une névralgie ne se sépare pas complètement d'un certain cachet que le principe paludéen imprime sur la coordination des symptômes et sur chaque symptôme en particulier, n'y en eût-il qu'un seul; de même qu'on voit la vérole marquer de son empreinte caractéristique chacun des phénomènes morbides qu'elle produit. Un praticien rompu à l'expérience des fièvres de marais n'a souvent besoin, pour reconnaître s'il a affaire à une fièvre intermittente de cette nature, ni d'en savoir le type ni d'être renseigné sur les antécédents. Il peut même se passer de l'explora-tion delà rate, pour dire si la fièvre qu'il observe, et qui est alors, nous le supposons, en plein stade de chaud;, est une fièvre de marais ou toute autre pyrexie.
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Notre intention n'est pas de tracer ici ces caractères communs qui spécifient tous les symptômes des afTections palustres, quels qu'ils soient. Nous nous bornerons à énoncer ce point inexploré de l'histoire des maladies des marais et à dire en particulier que les névralgies paludéennes ou les fièvres larvées n'échappent pas à cette loi, mais toutefois qu'elles li' manifestent d'autant moins qu'elles ont été contractées dans des pays où, à l'influence miasmatique, se joint évidemment l'action du froid humide, féconde en névralgies rhumastismales, et d'autant moins aussi, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, que la diathèse paludéenne est plus atténuée par le temps et plus altérée par d'autres diathèses.
Un mot encore sur les suites pathologiques de la diathèse paludéenne et sur les limites d'action du sulfate de quinine.
Il est trois maladies générales contres lesquelles nous possédons des ressources thérapeutiques à coup sûr merveilleuses, ressources dont pourtant il est bon de faire connaître les bornes.
On s'habitue volontiers à considérer comme exemptes de difficultés, de mécomptes et d'insuccès, la thérapeutique des maladies syphilitiques, à cause du mercure; la thérapeutique de la chlorose et de ses nombreux accidents, à cause du fer; la thérapeutique des maladies de marais, à cause du quinquina.
C'est une triple illusion ; et, pour ne parler ici que du quinquina et des affections dont il est appelé le spécifique, nous devons signaler trèsbrièvement les circonstances de ces maladies oii cet agent héroïque perd toute sa puissance.
C'est une grande erreur que de croire à la disparition complète de la diathèse palustre lorsque ses manifestations primitives ont été conjurées par le quinquina, comme de croire à l'éradication de la syphilis constitutionnelle lorsque le mercure a guéri des accidents syphilitiques, comme de croire enfin à la guérison de la disposition chlorotique lorsque, par le fer, on a fait disparaître les caractères extérieurs de cette affection.
Lorsque l'action du miasme paludéen a été longue et intense, qu'elle a eu le temps de modifier profondément l'économie, le quinquina a pu détruire la fièvre, détuméfier la rate, arracher l'homme à une mort certaine et imminente en éloignant pour toujours des accidents pernicieux et sans lui inexorablement funestes ; mais il ne lui est pas donné d'effacer l'impression le plus souvent ineffaçable que l'agent délétère des marais laisse sur l'économie animale. C'est dans ces cas que, même retiré du milieu des influences marématiques, l'organisme est tourmenté de mille manières par des maladies paludéennes dégénérées, rebelles à tout autre moyen que le quinquina, et trop souvent au quinquina luimême. Celui-ci les modère d'abord, mais elles renaissent bientôt, et bientôt aussi il est impuissant contre elles. D'autres fois, de très-longs intervalles se sont écoulés depuis les dernières atteintes des fièvres de marais ; on n'y pense plus ; on s'en croit foncièrement délivré ; mais que
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survienne une maladie aiguë quelconque, et elle va affecter un type rémittent et quelquefois s'accompagner d'accidents pernicieux qui dérouteront le médecin s'il ignore les antécédents du malade, ou si, ne les ignorant pas, il n'a pas l'idée d'y rattacher les phénomènes insolites qu'il a sous les yeux. Si pourtant il établit ce rapport et agit en conséquence, il sauve son malade ; mais celui-ci ne peut plus désormais éprouver une maladie quelconque ou subir une influence extérieure un peu vive sans qu'on voie les symptômes de cette maladie, ou les accidents propres à cette influence, se compliquer d'accidents qui attestent une vieille affection se réveillant au moindre choc et de moins enmoins susceptible d'être modiflée par le quinquina.
Ce que nous venons de dire en général du caractère réfractaire et indélébile de la diathèse paludéenne se retrouve souvent dans les névralgies qui en dépendent. Ces affections flnissent, en effet, par braver le sulfate de quinine, et malheur alors au malade dont le médecin voudra se roidir contre cet insurmontable obstacle ! Dans certaines constitutions nerveuses, toute l'énergie da médicament passe du côté du mal et semble comme employée à exaspérer la douleur ; les accidents deviennent continus, une excitation nerveuse générale et pyrétique s'élève, le sommeil s'enfuit, le tube digestif se révolte, et le malade, véritable noli n?e ^ûTî^ere, est rendu inaccessible à tout autre modificateur thérapeutique, tant est puissant celui dont on vient d'abuser !
Mais les Toniques spécifiques ne sont pas exclusivement indiqués dans les affections intermittentes, malignes ou autres.
Tous les états morbides, même continus, qui offrent les caractères que nous avons attribués à la malignité, à l'ataxie, réclament le secours de ces agents thérapeutiques. Malheureusement, ils n'ont pas alors une vertu aussi constante, aussi infaillible. Cela tient peut-être à ce qu'on est privé, pour les administrer, du repos de l'organisme, qui est une des conditions de leur action , mais bien plus probablement à la nature de la maladie.
Cependant, toutes les fois que les causes de ces maladies continues avec malignité auront affaibli primitivement les forces radicales de l'économie, et qu'elles ne consisteront pas en des matières vénéneuses et septiques venues du dehors ou engendrées p ir l'organisme ; toutes les fois que ces causes auront agi d'emblée sur le système nerveux qui préside à la résistance vitale et aux synergies, les Toniques spécifiques posséderont encore une énergique efficacité.
Ces états morbides peuvent être primitifs et constituer toute la maladie, comme dans certaines fièvres nerveuses ataxiques développées par des causes morales très-vives, etc., etc., dans un organisme profondément débilité. Plus souvent ils compliquent d'autres maladies, comme cela se voit chez les blessés affectés de pourriture d'hôpital, ou chez ceux qui, dans le cours d'accidents traumatiques, viennent à être affectés par des nouvelles pénibles, ou qui, ayant perdu leurs sens par une blessure