‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 124 sur 335 · GIO MÉDICATION TONIQUE NÉVROSTIIÉNIQUE · texte numérisé non relu

GIO MÉDICATION TONIQUE NÉVROSTIIÉNIQUE

mesurer le degré de réaction fébrile et de résistance vitale, comme c'est ce phénomène fondamental qu'il faut prendre en considération pour juger l'adynamie et son degré. M. Ghomel cite le cas d'une jeune fille affectée de fièvre typhoïde, et qui resta pendant quatre jours froide et sans poufs ; à force d'excitants et de toniques, elle revint à la vie par la chaleur et le pouls; et guérit bientôt. Quariu raconte qu'en 1772, Storck l'arracha à la mort avec le quinquina et le serpentaire de Virginie. Mon état fut si grave, dit-il lui-même, que la ville entière (Vienne), par une faveur torde gratuite et qui excitera jusqu'au tombeau ma reconnaissance profonde, donnait des regrets à ma mort.

Un autre signe bien important, qui coïncide fréquemment avec la chute de la fièvre et la véritable adynamie, c'est la crudité des urines. Elles sont, comme l'indiquent si bien Sydenham et Huxham, blanches, presque limpides et naturelles, crudœ, sine sedimento, instar cerevisiœ albœ ; or, les urines fébriles, surtout vers la terminaison de la maladie, doivent avoir des caractères opposés. Rappelons-nous le fébricitant d'Hippocrate, qui mourut avec des urines et un pouls naturel : Urina bona, pulsus bonus, œgermoritur!

Prendra-t-on pour rien, dans l'appréciation des avantages du traitement tonique, l'instinct des malades qui recherchent et demandent des boissons fortifiantes, du vin, etc. ? /Eger cupit roborantia et vinum, dit Sauvages ; noctu symptomata ingravescunt (autre caractère de l'adynamie). Nous avons entendu les malades réclamer leur vin; nous les avons vu le boire avec avidité ; nous nous rappelons surtout un étudiant en médecine, frappé de la forme adynamique la plus terrible : trois attaques d'éclampsie s'étaient ajoutées à cet état déjà si grave, et l'on sait combien celte complication est funeste. Indépendamment de l'extrait de quinquina, ce malade prenait par jour 8 à 10 onces de vin de Malaga. Un jour, il avala d'une seule fois toute la quantité qui devait être distribuée dans les vingt-quatre heures. La nuit suivante il dormit mieux, et guérit rapidement, sans convalescence.

L'indication des Toniques ne se présente nulle part plus fréquemment et plus impérieusement que dans les maladies des vieillards. Nous ne pensons pas, comme nous l'avons déjà dit dans ce volume, que les phlegmasies des vieillards doivent être traitées sans moyens antiphlogistiques et toujours avec des Toniques; mais nous croyons|utile de combiner alors ces deux sortes de médications. On peut lire un très-bon mémoire de M. le docteur Guislain, dans la Hnzelte médicale da. 5 avril 1836, sur le traitement des maladies mentales par les Toniques.

Une classe d'affections dans laquelle les Toniques rendent d'éminents services est la classe désaffections scrofuleuses; on peut même dire que les aliments analeptiques, les Toniques gy mnastiques, les bains de mer, l'usage des substances amères en petite quantité et par intervalles, resteront les pluspuissants et peut-êtrelesseulsagents réellement curalifs des scrofules.

Les Toniques étaient autrefois beaucoup employée sous le titre d'alexi-

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/Âarmaqucs, c'est-à-dire de chasse-poison, de dépuraleurs. Il est certain ({u'il est souvent bon d'aider par des agents fortifiants l'économie à résister aux causes qui l'offensent, mais c'est une chose difficile que de bien comprendre ce genre d'indications. Quelques anciens avaient le tort de croire à une action neutralisante des alexipharmaques, tandis que ce n'est qu'en donnant des forces à l'économie pour digérer et éliminer les produits morbides qu'agissent alors les Toniques et les stimulants. Toutefois il ne serait pas impossible qu'on ne dût que modifier et non absolument proscrire les opinions des anciens sur ce point. Il y a du vrai dans ce qu'ils ont dit de l'action antiseptique directe, et indépendamment de toute influence névrosthénique primitive.

« La médecine, dit le professeur Broussais (Examen desdoctr. méd., t. IV, p. 561), n'est pas une manipulation chimique ; les réactifs exercent bien quelque action sur les substances étrangères, lorsqu'elles ne sont que dans les voies digestives, encore faut-il tenir compte delà vitalité de leurs parois; mais, dans les secondes voies, dans celles de l'absorption, de la circulation, de la sécrétion, et dans la trame oii s'opère la nutrition, l'œil du chimiste ne voit rien, la main du manipulateur ne dirige rien ; c'est d'après d'autres données que celles tirées de la chimie brute qu'il faut opérer : ce sont les lois vitales, constituant la providence intérieure de l'organe, qui opèrent les transformations, les départs, les éliminations, les dépurations, et, le plus souvent, il ne faut que modérer ou ranimer l'excitation à propos pour qu'elles réussissent dans ce travail. »

C'est de cette manière qu'il faut considérer l'avantage des Toniques dans les affections gangreneuses. L'organisme aidé par eux élimine une portion de membre gangrené, par le même mécanisme ou par un mécanisme peut-être analogue.

La thérapeutique possédait autrefois dans ces cas un moyen bien exalté et tout à fait discrédité de nos jours, la thériaque. Sydenham appréciait beaucoup ce monstrueux électuaire, qui servait aux anciens médecins dans un nombre infini de circonstances. Il l'employait dans les maladies nerveuses. Voici ce qu'il en dit : Theriaca Andromaca tel sola, sicrebo diîique usurpetw, magnum est in hoc malo [hysteria] remedium. Ncque vero in hoc solo, sed in aliis quam plurimis a caloris et concoclionis sivè digestionis defectu ortis, omnium forte potentissimum quœ hactenus nobis innotubre, ut a plerisque fastidiatur, quàd et pervulgata sit et a tôt sœculisjam cognita.

Comme c'est bien ici le lieu de parler de cette composition, et que notre expérience personnelle ne nous a pas suffisamment instruits sur la valeur de ses propriétés, nous croyons devoir finir en citant le remarquable morceau que Bordeu a écrit sur la thériaque dans ses recherches sur l'histoire de la médecine [Œuvres de Bordeu, t. II, p. 564.)

« Andromaque, médecin de Néron, fit un assemblage énorme de toutes sortes de drogues. On ne sait quel génie le conduisit dans cette composition. Ce ne fut pas la méthode, qu'il devait connaître assez pour

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sentir et craindre le ridicule des mélanges qu'il faisait, mais qu'il ne connaissait pourtant pas assez pour le détourner de son entreprise ; il combina toutes les formules des empiriques, il fit un composé monstrueux qui dure encore et durera toujours, qui toujours sera l'écueil de tous les raisonnements, de tous les systèmes, et qu'on ne bannira jamais : elle est, pour ainsi dire, suivant le cœur, suivant l'instinct ou suivant le goût de tous les hommes.

« Il me semble que la thériaque, qui tient essentiellement des liqueurs spiritueuses et qui ne peut être suppléée en partie que par le vin et ses préparations, contient éminemment toutes les vertus nécessaires dans les incommodités et dans beaucoup d'accidents des maladies : elle console la nature ; elle la remet dans tous les cas de langueur, de faiblesse, de tristesse; elle réveille les fonctions de l'estomac, toujours en faute dans les maladies : elle excite dans le corps un tumulte d'ivresse nécessaire pour vaincre les dérangements de ce viscère important, qui est, à tant d'égards, un des centres de la vie, de la santé, et de l'exercice de toutes les fonctions. Elle réussit dans mille cas, qui semblent opposés, parce qu'elle a mille côtés favorables à la santé; elle réunit, pour ainsi dire, tous les goûts possibles de tous les estomacs.

«J'en suis fâché pour la théorie et pour les médecins de toute autre secte que celle des empiriques. Ils l'attaqueront tant qu'ils voudront ; ils prouveront que cette composition n'a pas le sens commun, suivant les règles de la bonne pharmacie ; mais le langage de tous les siècles est plus fort que les plus belles dissertations. Andromaque fit un chef-d'œuvre nécessaire à l'espèce humaine, et non moins utile aux animaux, lorsqu'il imagina ou qu'il ramassa les matériaux de la thériaque.

« Ce médecin serait bafoué parmi nous, s'il voulait répondre à toutes les objections de théorie qu'on pourrait faire à sa composition : il ne serait pas reçu bachelier dans nos écoles; mais son remède est en vogue partout. J'ai vu pendant plusieurs années donner chaque soir un bol de thériaque à tous les malades de l'hôpital de Montpellier, tandis que les écoles de cette métropole de la médecine retentissaient d'invectives contre cette composition.

« J'ai vu donner de la thériaque, et même à très-forte dose, dans toutes les incommodités, dans tous les ménages, par toutes les vieilles gens d'expérience, et j'ai vu réussir cette manœuvre dans beaucoup d'occasions où je n'aurais su quel parti prendre en suivant les indications puisées dans les principes de la théorie. Quelle vogue n'ont pas prise de nos jours, au milieu de Paris, des formules qui n'étaient que des dimi nutifs de la thériaque ou des cordiaux plus ou moins actifs ! Combien d'efforts ceux mêmes qui décriaient ces formules n'ont-ils pas faits pour les imiter!

« Je connais un médecin qui prétend prouver un jour qu'on a plus employé, pendant ces dix dernières années, de drogues chaudes dans Paris, qu'on en avait employé pendant les trente précédentes ; cet emploi

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s'est fait par ceux mêmes qui décriaient ceux qui ont remis en vogue l'usage que nos grands-pères faisaient des remèdes chauds, c'est-à-dire de la thériaque, du vin et des résines qu'on y dissolvait.

« Tous les volumineux éloges de l'eau pure, le grand nombre de guérisons qu'on lui a attribuées, l'usage immodéré qu'on en a fait, n'ont pu détourner l'inslinct des hommes incommodés et malades delà pente qu'il a pour les cordiaux et les drogues actives qui raniment la vie, qui aident à en supporter le fardeau. Si les malades se sont accoutumés à craindre les remèdes échauffants et à courir après ce qui rafraîchit ; si l'histoire de la circulation et les scolarités de l'inflammation ont appris à connaître le feu et la gangrène, et les engorgements, et la suppuration, et les petits vaisseaux, ce n'est, il faut en convenir, que du préjugé seul que partent ces craintes. Il faut le plus souvent des remèdes qui aident à vivre, qui donnent des forces, qui remuent les passions nécessaires dans les divers états où les hommes se trouvent.

« C'est à la médecine à trouver ces remèdes. L'eau qui rafraîchit, la diète qui affaiblit, sont sous la main de tout le monde. La thériaque et ses diminutifs, le vin et ses diverses combinaisons, réveillent l'activité et soutiennent la vie au lieu de l'affaiblir. 11 est pourtant vrai qu'il y a quelques occasions où les vrais cordiaux sont des aqueux ou des relâchants. Telles sont;, par exemple, les maladies aiguës.

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