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HISTORIQUE ET ACTION THÉRAPEUTIQUE

La Menthe est une de ces plantes qui, par la nature de leurs qualités physiques très-sensibles et très-évidentes, ont dû être connues et em-

ployées dès les temps les plus reculés. Hippocrate la connaissait et paraissait s'en être servi à titre d'excitant, car dans son traité du régime dans les maladies aiguës il dit : Menlha calcfacit et urinam ciet. 11 lui attribue ensuite une propriété sur laquelle nous reviendrons. Dioscoride atteste aussi son action stimulante : la Menthe, dit-il, a la vertu d'échauffer, de resserrer et de dessécher.

C'était surtout comme aphrodisiaque que Galien la vantait, ce qui est d'autant plus surprenant que beaucoup d'auteurs la considèrent comme très-propre à émousser le stimulus des organes générateurs. Vim calidem. habet, dit Aétius, qui ne plaçait pourtant la Menthe que dans le troisième ordre des substances chaudes. Les propriétés excitantes de la Menthe résultent de tous les témoignages ; toujours aussi on a été daccord sur la spécialité de son action et sur les indications les moins équivoques qui en commandent l'emploi. Sa vertu carminative, par exemple, était si bien constatée à Rome, que Martial la caractérise par cet attribut et l'appelle Mentham ruclatricem. C'est en effet contre les maladies spasmodicollatulentes que sa puissance est saillante et très-indubitable. De plus elle jouit de certains avantages que nous n'avons pas reconnus aux ombellifères aromatiques. Les Labiées ne partagent avec celle-ci que les propriétés antiflatulentes et anticoliques, mais elles ont de plus que ces dernières une action excitante diffusible qui les rapproche du camphre et des éthers.

Il est nécessaire que nous distinguions fidèlement les variétés ])ieu particulières d'états morbides ou d'éléments pathologiques qu'on peut combattre avec les plantes labiées et la Menthe principalement. Ces choses une fois établies à propos de la Menthe, nous n'aurons qu'à indiquer les autres Labiées succédanées, en mentionnant toutefois à chacune d'elles, lorsqu'elle le méritera, les vertus spéciales qu'elle possède indépendamment des propriétés générales de toute la famille.

Nous avons annoncé la Menthe comme pouvant représenter le groupe thérapeutique des Labiées qui semblent devoir leurs propriétés au camphre qui est contenu dans leur huile essentielle. Quand on parle dans la Matière médicale des plantes de cette famille, c'est à cette section qu'on rapporte toutes les généralités sur leurs vertus ; et, bien que nous convenions que les qualités chimiques et médicinales qui distinguent cette section appartiennent au plus grand nombre des Labiées et se retrouvent dans une multitude d'autres genres qui possèdent en outre des principes actifs auxquels il faut attribuer une part dans l'action spéciale dont ils jouissent, nous croyons notre division légitime et naturelle; il sera impossible de le nier en comparant les groupes que nous avons établis.

La Menthe poivrée est de toutes les espèces du genre celle qui a les propriétés les plus décidées. Sa diffusibUité la rend applicable à plusieurs états morbides où nous avons déjà loué l'emploi des éthers et du camphre. Nous citerons en particulier les vomissements nerveux, les gastro-

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dynies spasmodiques, les coliques de même nature et qui ont pour siège l'hypochondre droit de la région des reins. L'infusion de Menthe poivrée réussit aussi à merveille dans ces cas que nous avons indiqués à propos du castoréum et du camphre, et qui consistent en une menstruation douloureuse et difficile qui s'accompagne de frissonnements, de pandiculations, de spasmes divers et surtout de coliques utérines déchirantes. Cette agréable boisson détermine la répartition la plus égale de la chaleur, procure une douce moiteur et fait Huer les règles d'une manière continue et paisible.

Les jeunes filles chlorotiques sont sujettes, surtout immédiatement après le repas, à des gastralgies et plus tard à des entéralgies fort vives : l'infusion de Menthe bue en place de thé les prévient ou les dissipe. Prise quelque temps avant le repas, elle provoque un appétit naturel et que les malades aiment mieux satisfaire avec des aliments légitimes et réparateurs qu'avec les crudités et les acidités dont sont ordinairement avides les chlorotiques. Les palpitations de cœur, les tremblements nerveux, les hoquets, les céphalalgies et les migraines légères, sont, chez ces dernières malades et la plupart des femmes vaporeuses, assez bien calmés par la Menthe en infusion chaude. Nous avons déjà parlé de sa vertu carminative : c'est surtout dans les flatulences et les méléorismes nerveux des sujets que nous venons de spécifier, qu'il convient de l'employer.

Comme tisane ou boisson ordinaire, elle jouit d'une réputation méritée dans les fièvres nerveuses primitives ainsi que dans les fièvres typhoïdes revêtant la forme nerveuse. 11 faut en dire autant pour les fièvres catarrhales, lorsque domine un élément d'atonie générale et surtout des membranes muqueuses. Cette boisson habituelle est aussi indiquée dans les fièvres typhoïdes qui prennent la forme muqueuse, telles que celles observées par Rœderer et Wagler. D'excellents observateurs ont assuré que les boissons excitantes s'opposaient à ce que cette forme des fièvres graves contractât vers les dernières périodes le caractère putride et nerveux.

L'infusion théiforme de Menthe est de même une boisson ordinaire très-utile aux femmes anémiques qui sont alors tourmentées, comme pendant les convalescences des graves maladies, par une foule d'accidents nerveux, d'insomnie, d'inappétence, de dyspepsie, etc.

Nous n'avons jamais fait usage d'une autre boisson dans la période de concentration du choléra asiatique^ et elle est parfaitement indiquée dans tous les flux excessifs qui paraissent être dominés par un état spasmodique et nerveux grave et profond, et au milieu desquels surviennent rapidement la réfrigération, la petitesse et l'irrégularité du pouls, une grande inertie des fonctions respiratoires, l'extinction de la voix, le sentiment d'une chaleur brûlante concentrée dans quelque cavité splanchnique, des contractures ou des convulsions partielles, etc., car ces symptômes ne sont pas seulement propres au choléra asiatique, mais à

tous les flux exagérés, ainsi qu'à certaines espJices de fièvres intermittentes pernicieuses.

Les enfants sont assez sujets pendan-t l'allaitement et surtout après des sevrages prématurés à des vomissements d'une nature souvent très- Fâcheuse. Ce symptôme n'annonce ordinnirement qu'une atonie gastrique avec spasmes, lorsque les petits nourrissons ont été privés trop tôt de leur aliment naturel. D'autre fois, les vomissements opiniâtres dont il s'agit annoncent un commencement de ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac. Dans ces deux cas, l'eau distillée de Menthe, le sirop de Menthe, nous rendent tous les jours de précieux services. On ne saurait tcop se hâter de calmer ces vomissements chez les enfants allaités, parce que si on les traite par la diète, les émollients, etc., on ne fait qu'accroître la disposition vomitive, et qu'alors les enfants tombent très-vite dans une cachexie féconde en phlegmasies et en ramollissements rapidement désorganisateurs.

La propriété antilaiteuse de la Menthe ne nous est pas connue. Dioscoride l'atteste déjà, et, de nos jours, un homme fort judicieux. Desbois, de Rochefort, la signale encore. Cette propriété consisterait surtout en ceci, que chez les nouvelles accouchées la Menthe prise en infusion et appliquée en fomentations sur les reins empêcherait une nouvelle sécrétion de lait, neutraliserait la diathèse laiteuse de l'économie, et s'opposerait aux accidents qui lui sont attribués. Ces assertions mille fois répétées depuis Dioscoride ne reposent pas sur une observation bien sévère. Le père de la botanique médicale dit que les feuilles de Menthe jetées dans le lait l'empêchent de cailler et de se mettre en fromage. C'est de ce fait sans doute qu'on s'est autorisé pour prescrire la Menthe aux femmes dont on veut faire passer le lait. Ce qu'il y a au moins de certain et ce que nous avons expérimenté, c'est que la coagulation du lait est retardée lorsqu'on y dépose quelques feuilles de Menthe, et en cela nous sommes d'accord avec Laewis, qui signale ce fait dans sa matière médicale. Nous ne saurions contredire Linné et une foule d'autres auteurs qui affirment que les vaches qui mangent de la Menthe dans les pâturages ont un lait beaucoup plus séreux.

Hippocrate a noté une particularité des effets de la Menthe que la présence d'une assez grande quantité de camphre dans cette plante porterait à admettre; il s'agit d'une intluence anaphrodisiaque. Il s'exprime de la manière suivante dans le traité De vict, rat in ac. : Si guis eam {Ment ha) sœpè cômedat, ejus génitale semen ita colliquescit ut cffluat, et arrigere prohibet, et corpus imbecillum reddit. Aristote a témoigné de la même action, peut-être sur la parole d'Hippocratc, et plus tard cependant Dioscoride a parlé de la Menthe comme d'un breuvage qui incite au jeu d'amour, ce que Galien a répété peut-être aussi sur la foi de Dioscoride.

Après avoir pris une forte infusion de Menthe, nous n'avons pas, il est vrai, ressenti ces effets énervants de l'appareil sexuel dont parle Hippo-

crate; mais il faut remarquer que nous n'avons pas rempli pour les éprouver la condition exprimée par lui : Si guis eam sœpè comednt, etc. Les effets opposés ne se sont pas montrés non plus.

Les autres espèces du genre Mentha ne nous offrent maintenant rien (le bien important à signaler. La Menthe crépue, Mentha crispa, est moins active que la Menthe poivrée, Mentha piperitu, dont nous venons de faire l'histoire. La Menthe pouliot, Mentha pulegium, a, dit-on, une action particulière qui en rend l'emploi avantageux dans les toux convulsives et principalement la coqueluche. C'est des Anglais que lui vient cette réputation. On peut sans risque, sur ces documents, en faire le véhicule des potions qu'on est dans le cas d'administrer aux enfants atteints de coqueluche, et la prescrire même pour boisson.

MODE d'administration.

C'est l'influence théiforme qui est le mode le plus facile et le meilleur d'administrer la Menthe. Son huile essentielle à la dose de deux à quatre ou cinq gouttes dans un liquide sucré peut remplacer l'infusion. L'eau distillée peut entrer avec avantage dans une foule de potions excitantes et antispasmodiques. Les bonbons connus sous le nom de pastilles de Menthe suppléent assez bien les préparations que nous venons d'indiquer.

Les autres plantes labiées susceptibles d'être rangées dans ce groupe sont le Romarin, la Lavande, le Stœchas, le Thym, le Serpolet, etc. Mais nulle d'elles n'a des propriétés thérapeutiques aussi marquées que la Menthe ; leur saveur est aussi plus forte et moins agréable. C'est l'art culinaire qui les revendique surtout.

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