ACTION PHYSIOLOGIQUE DE L'ÉLECTRICITÉ
1° Effet physiologique de l'aimant. L'application d'une armure aimantée ne produit ordinairement aucun effet sensible, et nous avons pu nous en assurer souvent. Quelquefois cependant, dès que la température des pièces de l'appareil est en équilibre avec celle du corps, on éprouve au point de contact une titillation qui dégénère en prurit ; en même temps, la peau devient plus chaude, plus injectée et se couvre de sueur, de manière à oxyder l'acier en peu de jours, et, quelquefois même dans l'espace de cinq ou six heures. Jl est remarquable, et cette observation faite par Andry et Thouret, a été répétée par M. Lebreton, que l'oxydation n'a pas lieu si le contact de l'armure n'a pas produit ou la diminution de la douleur, ou les sensations inaccoutumées dont nous venons de parler.
Quand les pièces sont restées longtemps appliquées, elles finissent par causer sur la peau une éruption vésiculeuse, qui apparaît le plus souvent au-dessous de l'armure elle-même, et quelquefois à une certaine distance de l'endroit sur lequel elle était placée.
Quelques malades accusent encore des sensations d'un autre genre : ils voient des bluettes ou éprouvent des tintements d'oreilles, quand une armure est placée autour de la tête. D'autres éprouvent de fortes palpitations si le cœur est placé dans le courant magnétique. Andry et Thouret ont vu des purgations violentes être provoquées par l'action de plusieurs aimants en ceinture ; et, nous-mêmes, ayant mis un jour une plaque aimantée sur le creux de l'estomac d'une dame, et une autre dans le point correspondant, au dos, dans le but de guérir une douleur qu'elle
ressentait, nous provoquâmes par ce moyen une forte indigestion, la seule que cette malade eût éprouvée de sa vie.
Ces effets, qui ne doivent pas être mis exclusivement sur le compte de l'aimant, permettent de ne pas révoquer entièrement en doute ce que les auteurs ont dit des phénomènes nerveux auxquels donnait lieu quelquefois l'application de fortes armures aimantées.
2° Action physiologique de l'Electricité statique. L'abbé Nollet est, diton, le premier qui ait fait des expériences sur ce sujet; il avait démontré que l'électricité accélère l'évaporation des liquides et les fait écouler plus rapidement dans les tubes capillaires ; aussi beaucoup de médecins s'attendaient à voir le Bain électrique activer la circulation du sang dans l'économie. Malheureusement il n'en est rien et les expériences de Mauduyt, de Gavallo et de Van Marum en font foi. Pourtant Partington (1), très-expert en fait d'Électricité, disait avoir vu souvent le pouls augmenter, ce dont on ne sera pas étonné en tenant compte de l'émotion des malades. Le fait de Carpue n'est guère plus probant. Il avance qu'ayant ouvert une veine dont le sang ne coulait pas aisément, il électrisa le malade et le sang jaillit très-librement.
Mauduyt prétend que le Bain électrique provoque la salivation, mais les autres écrivains se taisent sur ce sujet ; tous se bornent à noter la sensation de vent frais ou de toile d'araignée qui se produit dans la région où on élève la tension électrique en approchant un conducteur.
L'action des étincelles est plus nette. Si, pendant le Bain électrique, on promène sur la peau recouverte d'une flanelle un conducteur métallique, il se fait de petites étincelles au moyen de chacun des brins de la laine ; mais ces étincelles, sont petites et ne produisent pas de douleur, tout se borne à un peu de chatouillement. Pour agir plus énergiquement sur le tégument externe, à la manière d'un révulsif, on laisse la peau à nu et l'on tire des étincelles en nombre variable. Ces étincelles provoquent une douleur d'autant plus vive, que la tension est plus grande et, par conséquent, l'étincelle plus longue. Mais la douleur varie encore pour d'autres motifs. Selon Mauduyt, les étincelles petites, acuminées et rou ■ geâtres qui se produisent de préférence par les temps humides sont beaucoupplus douloureuses queles étincelles globuleuses, limpides etplus sonores qu'on obtient plus ordinairement dans les temps secs. En général, la commotion produite par l'étincelle s'accompagne de la contraction du muscle sous-jacent, et ce phénomène est assez constant pour que Mauduyt ne l'ait vu manquer qu'une fois sur cent cinquante malades, et encore, au bout de trois jours, le malade ne faisait-il plus exception. L'étincelle témoigne encore de son action sur la peau en y produisant une sorte de petite brûlure ; on observe, en effet, après les décharges, un soulèvement et une petite scission de l'épiderme avec rubéfaction ou quelquefois une petite vésication. Tous ces phénomènes sont très-légers et constamment
(l) Singer, Eléments d'Électricité, traduit par Thillaye. 1817.
dissipés au bout de trois heures. Quant aux commotions produites par la bouteille de Leyde et la bobine de Ruhmkorff, elles ont un tout autre effet; autant le Bain et les étincelles ordinaires sont innocentes, autant les secousses de la bouteille de Leyde et surtout celles de la bobine de Ruhmkorff sont dangereuses. Aussi les commotions n'ont-elles guère été administrées qu'avec l'électromètre de Lane, qui permet d'en limiter l'action et de les donner très-faibles, c'est-à-dire semblables à celles du Bain électrique.
ACTION PHYSIOLOGIQUE DE l'ÉLECTKICITÉ DYNAMIQUE.
Malgré tous les travaux récents, l'électro-physiologie est encore presque à l'état de chaos. Aussi faut-U être reconnaissant à M. le professeur Gavarret d'avoir exposé dans des conférences supplémentaires l'état de la science à ce point de vue. Pour notre part, nous l'en remercions ici^ et nous avons fait tous nos efforts pour en donner le résumé dans le chapitre qui suit :
l" Courants voltaïques, courants continus, courants constants. Tandis que la machine électrique ne fournit qu'une petite quantité d'Électricité, mais une Électricité douée d'une forte tension, la pile fournit au contraire une énorme quantité d'Électricité, mais, à l'inverse précisément de la machine électrique, l'Électricité qu'elle produit ne possède qu'une trèsfaible tension. Dans ces deux conditions, petite quantité d'Électricité h forte tension, ou grande quantité d'Électricité à faible tension, l'organisme n'est pas profondément troublé et surtout ne l'est que d'une manière passagère ; aussi ces deux manières d'appliquer l'Électricité doiventelles se répandre plus tard de plus en plus. Tout au contraire, si les deux éléments, tension et quantité, existent tous deux à une certaine dose, les effets produits par l'Électricité agissent énergiquement sur l'organisme et peuvent devenir dangereux. On en a pour preuve que la bouteille de Leyde et la bobine de Ruhmkorf, de moyenne grandeur, peuvent facilement tuer un lapin par une seule décharge.
C'est précisément cette grande intensité d'action que possède l'Électricité d'induction qui l'a fait appliquer presque exclusivement à la thérapeutique ; pourtant les courants continus ne doivent être nullement mis de côté, attendu qu'ils jouissent de propriétés qu'on ne retrouve pas dans les appareils d'induction. Appliqués à l'homme sain, les courants continus produisent des effets généraux et locaux. Les effets généraux consistent, d'après Remak (Leçons faites à l'hôpital de la Charité, 1865), en une augmentation de la chaleur du corps, suivie d'un peu de transpiration et très-souvent en une augmentation de sommeil, au sortir duquel ' on se sent plus léger et plus dispos.
Quant à l'effet local, il est très-variable, suivant les points de l'organisme sur lesquels on agit.
Remarquons tout d'abord que les deux pôles ont des propriétés diffé-
rentes : au pôle positif, la peau devient rouge et les vaisseaux se dilatent, tandis qu'au négatif l'effet contraire se produit au bout de cinq minutes environ ; mais ce n'est pas tout, le pôle négatif fait gonfler l'épiderme et produit ensuite une éruption papuleuse. Cette sorte d'urticaire persiste si l'on continue à appliquer les courants, et, peu à peu, l'épidcrme et le derme s'infiltrent d'un peu de liquide et forment une eschare qui ne se détache qu'au bout de trois à quatre mois. Cette eschare est d'ailleurs superficielle, ne comprend que l'épiderme et ne laisse pas de trous sur la peau. Si les courants sont très-intenses, des effets pluo profonds se manifesteront, les liquides de l'organisme se séparant en deux parties, les acides iront au pôle positif, les bases au pôle négatif, et l'Électricité agira alors comme le calorique porté à une température élevée ; ce ne sont plus des effets électriques que l'on obtiendra, mais des cautérisations. Si, dans ce cas^ les électrodes plongent dans le liquide sanguin, comme cela a été fait avec l'électro-puncture, un caillot se formera autour du pôle positif. On a tiré de là l'espoir que le courant électrique deviendrait un moyen de guérir les gros anévrysmes ; mais, par malheur, il n'en est rien. Ce n'est pas la fibrine que l'Électricité fait coaguler, mais bien l'albumine, et le caillot albumineux est loin d'avoir la résistance du caillot fibrineux. Un autre inconvénient consiste en ce qu'on est forcé de commencer par ponctionner les anévrysmes pour faire pénétrer les aiguilles, ce qui rend le traitement encore plus dangereux, attendu qu'on établit une ouverture que le courant agrandit par cautérisation, et qu'on s'expose sérieusement à voir l'anévrysme rompre sous eux. Cette thérapeutique est, du reste, justement abandonnée.
Action sur les organes de relation. Ritter avait remarqué que si l'on ferme le circuit d'une pile en prenant dans la main droite l'électrode positive et dans la main gauche l'électrode négative, on observe les effets suivants : dans le membre supérieur droit, où le courant est centripète, la contractibilité et l'excitabilité des muscles augmente, tandis que le bras gauche, qui est parcouru par un courant centrifuge, est engourdi et que sa contractibilité et son excitabilité sont amoindries. Mais aujourd'hui l'analyse a porté beaucoup plus loin, et l'on peut résumer de la manière suivante l'état actuel de nos connaissances sur l'action physiologique des courants voltaïques :
Action des courants voltaïques sur le système nerveux. On peut appliquer les courants de plusieurs manières sur un nerf; aussi, afin de rendre les descriptions plus faciles, a-t-on adopté certains mots pour désigner les différents modes d'application. On appelle courant descendant ou direct celui qui va de la racine d'un nerf à sa périphérie, le courant étant supposé comme toujours marcher du pôle positif au pôle négatif. Dans cette qualification, il n'est nullement tenu compte de la nature du nerf soumis à l'expérience. Si donc, on applique le pôle positif du côté de la racine d'un nerf moteur et le pôle négatif du côté de sa péri-
phérie, le courant sera nommé direct ou descendant, et, dans ce cas, le courant suivra la direction de l'action nerveuse. Si l'on fait la même expérience sur un nerf de sentiment, le courant sera encore appelé descendant ou direct, bien qu'il soit d'un sens opposé à celui de l'action nerveuse. Au contraire, si l'on place le pôle positif à la périphérie du nerf et le pôle négatif à la racine, le courant sera dit ascendant ou inverse, quelle que soit la nature, motrice ou sensible, du nerf en expérience.
Ceci bien convenu, voyons comment agissent les courants sur les nerfs. D'une manière générale, la loi de Marianini est vraie, le courant descendant ou direct agit plus énergiquement sur les nerfs sensibles, et le courant ascendant est, au contraire, plus actif quand on l'applique aux nerfs moteurs. En d'autres termes, le courant voltaïque est plus actif quand il parcourt un nerf dans un sens contraire à celui de l'action nerveuse.
Dans celte expérience , comme dans celles dont il sera question plus loin, il est bien entendu que le courant est appliqué de manière à circuler dans le sens de la longueur du nerf, attendu que le courant qui traverse un nerf dans le sens transversal ne produit aucun effet.
Action sur les nerfs moteurs. Quand un nerf moteur est parcouru par un courant descendant ou direct, le maximum d'action aura lieu au moment de la fermeture du circuit, quels que soient les rapports du nerf moteur avec le centre nerveux, c'est-à-dire qu'il soit adhérent à la moelle ou qu'il ait été coupé.
Si, au lieu d'un courant direct, on fait agir un courant ascendant ou inverse, la contraction musculaire se produira encore au moment de la fermeture du circuit, mais si le nerf a été séparé de la moelle, l'action ne se produira pas au moment de la fermeture du courant, ni pendant son passage, l'excitation n'aura lieu qu'au moment où l'on rompra le circuit. Cette contraction sera beaucoup plus faible que les précédentes, et, pour avoir la même énergie, elle exigera un courant d'une intensité plus grande.
Action sur les nerfs sensibles. Pour exciter ]es nerfs sensibles, il faut avoir des courants plus intenses que pour les nerfs moteurs; il faut, en outre, d'après Remak et Marianini, que le courant soit descendant ou direct. On obtient alors des contractions musculaires par action réflexe, contractions souvent généralisées, mais caractérisées surtout parce qu'il JS'y a aucun rapport entre le nerf excité et les muscles qui se contractent.
Action sur les racines nerveuses. MM. Longet et Mateucci avaient d'abord obtenu des phénomènes tout à fait différents de ceux que donnent les expériences sur les troncs nerveux, mais ils se sont aperçus plus tard qu'ils s'étaient trompés et qu'ils avaient observé les effets de courants dérivés, dont il est si difficile de se garantir; depuis, ils ont reconnu que l'on obtient sur les racines nerveuses les mêmes résultats que sur les troncs nerveux.
Nous ne dirons qu'un mot de l'influence des ligatures apposées sur les troncs nerveux. Une ligature placée sur le trajet d'un nerf n'arrête pas le courant voltaïque, mais elle arrête l'excitation sensible ou excitomotrice. Donc, si les deux électrodes sont mises sur un nerf moteur au-dessus de la ligature, il ne se produira pas de contraction musculaire, parce que l'excitation sera arrêtée par la ligature; si, au contraire, les deux électrodes sont au-dessous, ou l'une au-dessous et l'autre au-dessus, l'excitation se produira.
Action d'un seul pôle. Pour exciter un nerf, il n'est pas nécessaire que les deux électrodes soient sur le trajet du nerf. Il suffit d'en placer une sur le nerf, l'autre pouvant être placée sur un point quelconque du corps C'est en général de cette manière que procédait Remak pour faire l'électrisation localisée. Dans cette manière de procéder, que Remak appelle méthode unipolaire, il prétend que si c'est le pôle positif qui est sur le nerf, on aura les mêmes effets qu'avec un courant descendant ou direct, et si c'est le pôle négatif, on aura la même influence qu'avec un courant ascendant ou inverse.
Action sur les nerfs de la sensibilité spéciale. On sait que lorsqu'on excite un nerf de sensibilité spéciale par un agent quelconque, mécanique, chimique ou physiologique, le nerf spécial ne trahit l'excitation queparles sensations auxquelles il préside, et que ces sensations ont reçu le nom de pkosphènes. Le nerf optique donnera donc des phosphènes lumineux, le nerf acoustique des sons, etc., etc. Si donc on fait passer, comme l'a fait Ritter, un courant voltaïque à travers les deux yeux, on aura au pôle positif des phosphènes rouges, et au pôle négatif des phosphènes bleus. Remak a répété l'expérience de la manière suivante :
(( En touchant, par exemple, la tempe, le front ou la joue avec les électrodes d'un courant très-faible et ne produisant aucune sensation sur la peau, on détermine des pkosphènes particuliers, semblables à une tache rayonnée qui imite, jusqu'à un certain point, la structure de la rétine. Le même phénomène a lieu en appliquant les électrodes sur n'importe quelle partie de la tête, et même du cou, jusqu'à la cinquième vertèbre cervicale, oii se trouve ordinairement la limite des points où cette excitation de la rétine peut être effectuée.
« Le sens du goût est excité par un procédé identique à celui qui excite le sens de la vue. En effet, le goût est stimulé en touchant avec les électrodes certains points de la face el surtout de la nuque. Cette saveur galvanique est très-prononcée : les uns la trouvent acide, les autres amère, quelques-uns styptique, etc. On la ressent non-seulement dans la langue, mais encore dans le palais, dans les gencives et même dans l'œsophage. Il arrive souvent que la limite des points de la moelle épinière où peut être déterminée cette saveur, dépasse la cinquième vertèbre cervicale et se prolonge quelquefois jusqu'aux reins et même jusqu'aux jambes. »
« Quant au sens de l'ouïe, il est difficile d'influer sur lui chez l'homme sain; mais, chose étrange, chez les sourds, et particulièrement chez ceux dont la surdité provient du système nerveux, l'excitahilité du nerf acoustique est si grande, que la moindre application du courant constant sur le rocher produit des sons qui éveillent quelquefois, mais vainement, l'espérance d'une guérison. »
Quant au choix des électrodes, il faut savoir que la rétine est plus sensible au pôle négatif et le nerf du goût au pôle positif. Le nerf acoustique est plus sensible à la sortie du pôle positif qu'à l'entrée, et plus sensible à l'entrée du pôle négatif qu'à la sortie ; en cela il se comporte comme les nerfs sensitifs. Rilter disait que, du côté du pôle positif, on entendait des sons graves, et du côté du pôle négatif des sons élevés.
Nous devons citer encore une autre expérience et des plus curieuses faite par Remak :
« Un effet intéressant du courant constant, c'est l'espèce de vertige, ou plutôt la perte de l'équilibre du corps qui est déterminée quand il agit sur un certain point bien limité : la fosse auriculo-maxillaire. Quelquefois ce point de vertige se trouve à la fosse carotique, tout près de l'angle de la mâchoire. » {Leçons faites à T hôpital de la Charité.)
Action sur les nerfs de la vie organique. La physiologie ne distingue plus seulement des nerfs moteurs et des nerfs sensibles, elle reconnaît, en outre, des nerfs modérateurs ou nerfs d'arrêt, c'est-à-dire que certains nerfs excités par un courant voltaïque retardent ou arrêtent complètement ]es mouvements des organes auxquels ils se rendent.
On reconnaît aujourd'hui quatre systèmes de nerfs d'arrêt :
1° Les nerfs d'arrêt du cœur, ou nerfs de Weber et Budge, ainsi nommés à cause de l'expérience de Weber et Budge, dans laquelle l'excitation de l'un ou des deux nerfs pneumo-gastriques ralentit ou arrête les mouvements du cœur;
2° Les nerfs d'arrêt des mouvements l'espiratoires, ou nerfs de Rosenthal, ainsi nommés parce que Rosenthal a montré qu'un faible courant voltaïqueappliquésurlenerf laryngé supérieur ralentit les mouvements respiratoires ou les arrête complètement ;
3° Les nerfs d'arrêt des mouvements intestinaux, ou nerfs de Piliiger, qui sont les nerfs splanchniques ;
4» Le système d'arrêt des mouvements réflexes.^ ou nerfs de Setschenow, que cet observateur place dans les tubercules quadrijumeaux et les couches optiques. (Ce dernier système des nerfs d'arrêt est moins bien démontré que les précédents.)
Action sur les muscles. Pour être bien sûr qu'on agit directement sur le tissu musculaire et qu'on n'électrise pas les nerfs moteurs, il faut isoler absolument le tissu musculaire des nerfs qui s'y rendent. C'est ce qu'a fait M. Claude Bernard au moyen du curare ; on constate alors que le muscle est directement excitable par l'Électricité, mais qu'il se contracte beaucoup moins énergiquement que lors-fu'on excite le nerf moteur.
Dans l'électrisation à travers la peau, comme elle se fait chez l'homme, c'est bien plus souvent sur le nerf que sur le muscle qu'on agit ; aussi a-t-on reconnu que l'endroit où un muscle est le plus excitable coïncide précisément avec le point d'immergence du nerf dans le muscle.
Distinction du courant continu et du courant constant. Lorsqu'on applique les courants continus, on voit que tantôt l'aiguille du galvanoscope reste immobile, et que d'autres fois elle se déplace à chaque instant, ce qui indique que, dans le premier cas, on opère avec des courants d'intensité constante (stabile Strôme), et dans le second, avec des courants d'intensité variable {labile Strôme). Remak préférait de beaucoup les courants constants qui, d'après lui, fatiguent beaucoup moins les malades, et c'est pour avoir de tels courants qu'il a construit une pile aussi coûteuse.
ACTION PHYSIOLOGIQUE DES COURANTS INTERROMPUS, DE l'EXTRACOURANT ET DES COURANTS d'iNDUCTION.
Courants voltaîques interrompus. Dès qu'on eut commencé à appliquer les courants continus, on s'aperçut que c'était surtout à la fermeture ou à l'ouverture du circuit que se produisait l'excitation. On crut donc mieux faire en interrompant le courant à de fréquents intervalles. On y arrivait en plaçant l'une des électrodes à poste fixe et en frappant à petits coups sur la peau avec la seconde électrode. C'est pour régulariser ce mode d'administration des courants que M. Masson construisit sa roue à interruptions, qui permet de rompre le circuit d'une manière beaucoup plus fréquente et plus régulière.
On remarquera seulement que dans ce procédé les courants sont des courants voltaîques, et qu'ils se succèdent en conservant toujours la même direction.
COURANTS d'induction.
1° Extracourant. Lorsqu'on produit de fréquentes interruptions au circuit d'une pile dont le fil est enroulé sur une bobine, il s'établit, dans ce même fil , un courant par induction , à la fermeture et à l'ouverture du circuit. Ces deux courants portent le nom à' extracourants; le premier, ou extracourant de fermeture, a un sens inverse du courant de la pile et l'affaiblit un peu, mais l'extracourant d'ouverture, qui se produit quand on fait cesser le courant, a la même direction et presque la même intensité (72 pour 100) que le courant de la pile. De sorte qu'on a une série de courants du môme sens qu'avec l'appareil de Masson, qui fournit des courants voltaîques successifs et de même direction. Dans les appareils volta-électriques à deux hélices, on peut toujours se servir de l'extracourant qui est produit alors par le gros fil ou fil de la première hélice.
2» Courants d'induction fournis par les appareils magnéto-électriques. Ces courants d'induction se succèdent dans une direction inverse, mais les appareils qui les fournissent, c'est-à-dire les appareils de Pixii, de Clarke et de Breton, sont pourvus d'un commutateur qui a 'pour but de donner à tous les courants le même sens. Aussi ces courants se rapprochent-ils beaucoup des courants précédents et diffèrent-ils au contraire de ceux que nous allons décrire.
3° Courants d'induction fournis par les appareils volta-électriques. Ces courants sont ceux qui sont fournis par la deuxième hélice, c'est-à-dire par le fil fin ; ils sont constitués par des courants qui se succèdent rapidementj en ayant des directions contraires. Il n'y a donc plus de pôles pour ces courants, tandis que tous ceux dont il a été parlé plus haut ont un pôle positif et un pôle négatif.
Au point de vue de l'action physiologique, nous diviserons donc ces courants en deux ordres :
1" Courants discontinus de même sens (courants voltaïques, extracourants, courants magnéto-électriques, courants du gros fil) ;
2° Courants discontinus de sens successivement inverses, courants du fil fin, ou fil de la deuxième hélice, fournis par les appareils volta-électriques.
Les courants de la première catégorie excitent vivement les organes sous-cutanés, nerfs et muscles, et augmentent la contractilité de ces derniers. Ces courants sont sédatifs.
Les courants de la deuxième catégorie agissent davantage sur la sensibilité de la peau et des nerfs ; ils sont plus excitants que les précédents, et provoquent des contractions réflexes plus énergiques. Ils peuvent, néanmoins, servir, comme les précédents, à faire contracter les muscles.