‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 149 sur 335 · CUBÈBE OU POIVRE A QUEUE · texte numérisé non relu

CUBÈBE OU POIVRE A QUEUE

siologique par le moyen duquel le Cubèbe, à hautes doses, guérit si bien la blennorrhagie, et c'est précisément cette impossibilité oîi l'on est de saisir le phénomène intermédiaire entre l'ingestion du Cubèbe et l'amendement ou la suppression de l'écoulement blennorrhagique, qui constitue cet agent, agent spécifique, comme nous l'avons exposé ailleurs.

D'ailleurs rien n'est véritable et faillible comme l'action que ce remède exerce sur le tube digestif. A quelques individus il donne des coliques, un peu de dévoiement ; mais à une foule d'autres, et ce sont les cas les plus nombreux, il ne cause aucun accident de ce genre. L'éruption qu'il développe quelquefois à la peau est encore bien plus rare et insigniflante. Nous le prescrivons encore actuellement à deux malades qui n'en ressentent que de la constipation et un appétit insatiable ; chez l'un deux pourtant la guérison est à peu près achevée, chez l'autre elle est définitive.

Un médecin anglais, le docteur Broughton, a consigné dans le Bulletin des sciences médicales , t. I , p. 95 , un résultat statistique des guérisons qu'il a obtenues dans la blennorrhagie traitée par le Cubèbo. Ce résultat est le suivant : sur cinquante malades, dix ont été guéris après un traitement de deux à sept jours ; dix-sept, de huit à quatorze jours ; dix-huit, de quinze h. vingt et un jours ; un, le cinquante-cinquième jour ; les quatre autres malades n'ont obtenu aucune amélioration. De pareils chiffres sont bien favorables dans une affection aus.si difficile .

La question de savoir s'il faut faire précéder l'administration du Poivre Cubèbe de l'emploi de la saignée générale, des sangsues au périnée, des bains généraux, des boissons délayantes, lorsque sont très-développées les accidents de réaction fébrile et d'inflammation, de turgescence, de douleurs locales, cette question est embarrassante à décider. Il y a ici une mesure à observer : c'est de ne pas voir l'indication des émissions sanguines dans une rougeur, une chaleur, une tuméfaction, une douleur en urinant ou pendant les érections, un écoulement verdàtre, épais, abondant, et même quelques troubles généraux, lorsque tous ces phénomènes ne sont pas portés à un degré disproportionné et qui fasse craindre de fâcheuses complications. Pourtant rien ne simplifie une blennorrhagie et ne la dispose à céder aux moyens spécifiques, comme une ou deux applications de sangsues faites au périnée, lorsque la maladie débute. De plus, l'impossibité de la part du tube digestif vivement injecté, surexcité par le fait d'une violente réaction fébrile, de supporter sans risque de hautes doses d'un agent fort irritant, est une contre-indication très-formelle de l'emploi du Cubèbe. Si quelques phénomènes inflammatoires locaux existent, nous le répétons, qu'ils ne soient donc pas la contre-indication de l'emploi immédiat du Cubèbe, mais qu'ils le deviennent lorsqu'il y aurait des inconvénients à courir pour l'organisme en général et pour les organes génitaux en particulier, si l'on ne

faisait tomber un orgasme inflammatoire et fébrile exagéré, constituant, ainsi développé, un élément thérapeutique qui mérite une action séparée, sauf, lorsqu'il est enlevé par des moyens directs et appropriés, à combattre, à l'aide du spécifique Cubèbe, la blennorrhagie réduite à un plus grand état de simplicité et à des conditions plus favorables au succès de ce spécifique.

Velpeau, qui a beaucoup expérimenté le Cubèbe dans la blennorrhagie et le préférait au copahu à cause de l'irritation gatro- intestinale moins vive qu'il détermine, qui du reste en regarde les effets comme plus sûrs, plus prompts, l'administrait des deux manières suivantes :

Il faisait suspendre 6 grammes de Cubèbe en poudre dans une tasse d'infusion de tilleul édulcorée avec le sirop de gomme. Le malade doit avaler cette boisson très-rapidement, puis avoir toute préparée une autre tusse d'eau sucrée ou d'un autre liquide agréable pour se rincer la bouche. La blennorrhagie disparaît ordinairement au bout de quatre à cinq jours par ce mode d'administration du Cubèbe, qui se fait une ou deux fois par jour, selon les cas. Mais il ne faut pas s'en tenir là, car l'écoulement récidiverait. On doit rester deux ou trois jours à cette dose malgré la sensation du flux gonorrhéique, puis n'abandonner l'usage du Cubèbe qu'après en avoir successivement diminué les doses jusqu'à réduction de 2 grammes et de i gramme.

Le même praticien, pour éviter l'action quelquefois difficile à supporter du Cubèbe par certains estomacs, l'a donné en lavements avec le môme succès que par la bouche. Il faisait alors suspendre 8 grammes de Cubèbe en poudre dans 160 à 192 grammes d'un liquide oléagineux. Ce mode d'administration a réussi à d'autres médecins. On peut, et nous prescrivons souvent le Cubèbe de cette manière pour empêcher qu'il ne reste dans la bouche et entre les dents, en former une espèce de confiture ou d'opiat en le liant à l'aide d'un sirop agréable quelconque. On en compose alors des bols plus ou moins gros, plus faciles à avaler en masse que la poudre non liée ou simplement suspendue dans un liquide. 11 y a tout avantage à porter de suite très-haut la quantité de ce médicament, à le donner, par exemple, à la dose de 16 à 20 grammes par jour, en ayant soin d'y rester jusqu'à guérison ou grand amendement, puis de le continuer quelque temps en décroissant successivement les doses, comme cela est recommandé par tous ceux qui ont manié cet agent thérapeuthique. S'il détermine de trop vives coliques ou diarrhée exagérée, il faut en suspendre l'usage, combattre les accidents, et revenir à une administration plus modérée ; le tube digestif s'y habitue prompiement.

Un pharmacien, M. Dublanc jeune, a extrait du Cubèbe une matière oléo -résineuse qui, au sixième en poids de ce Poivre, jouit des mêmes vertus, a la même efficacité dans le traitement de la blennorrhagie; 20, 30, .^>0 centigrammes trois fois par jour ont les mêmes résultats que les quantités ordinaires du Poivre Cubèbe en poudre qu'on est obligé de

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donner. Cette préparation a l'avantage d'être beaucoup moins désagréable à prendre et de moins fatiguer les voies gastriques.

L'extrait hydralcoolico-étbéré de Cubèbe obtenu par M. Delpech est supérieur aux précédents, il correspond à dix fois un poids de Poivre brut, si bien que chaque capsule en représente environ 7^', 50. Il nous a été permis avec ce moyen d'élever beaucoup les doses de ce médicament et d'obtenir par là des effets thérapeuthiques beaucoup mieux marqués. Nous donnons d'ordinaire au début de la blennorrhagie, chaque jour, huit de ces capsules ainsi réparties : deux le matin, deux avant le déjeuner, deux avant le dîner, et deux le soir au moment du coucher. Nous préférons ce mode d'administration parce que le Cubèbe est très-bien supporté quand il est donné immédiatement avant le repas. Ce traitement a rarement besoin d'être prolongé au delà de douze à quatorze jours. 11 ne reste plus alors qu'un peu découlement muqueux qu'on guérit par des injections.

Urétrite simple des femmes. Il est une affection bien commune et bien peu grave qui préoccupe cependant beaucoup les malades, nous voulons parler de l'irritation aiguë de la membrane muqueuse du canal de l'urètre chez la femme. Assez fréquente chez les jeunes filles, plus fréquente chez les femmes mariées, elle est caractérisée par un besoin d'uriner souvent renouvelé, avec cuisson vive pendant l'émission et tenesme vicinal persistant encore quelques minutes après. Nous avons vu des malades qui étaient obligées de se présenter à la garde-robe dix et quinze fois par heure. Cette maladie s'observe quelquefois à l'état épidémique dans les pensionnats déjeunes filles, et, dans ce cas, on observe souvent du muguet vulvaire. Depuis plus de vingt ans nous employons le Poivre Cubèbe dans cette affection et nous avons constaté qu'elle ne nécessite pas de fortes doses de Cubèbe. Autrefois, nous prescrivions la poudre à la dose de 2 à 4 grammes, deux fois par jour, au moment du repas. Aujourd'hui nous donnerions plus volontiers le saccharure de Cubèbe délayé dans l'eau au moment de s'en servir à la dose d'une ou deux cuillerées à café avant le repas.

Aiîection de la prostate et du col de la vessie» M. Caudmont se loue beaucoup de l'association du Cubèbe et du copahu dans la névralgie du col de la vessie, que ces affections soient spontanées ou dues soit au passage des instruments, soit à des excès de boisson.

Diphthérie. M. Trideau d'Andouillé (Mayenne), comparant les affections diphthérétiques aux affections catarrhales, et s'appuyant de bons effets obtenus par les balsamiques dans ces dernières affections, a eu l'idée d'employer le copahu d'abord, puis le Poivre Cubèbe dans une redoutable épidémie de diphthérie qui sévissait dans le département de la Rlayenne^ et il a obtenu par ce moyen de très-nombreuses guérisons.

Nous avons eu l'occasion d'employer le Poivre Gubèbe dans des cas de diphthérie et nous lui devons d'assez remarquables succès. L'un de nous a obtenu depuis deux guérisons d'enfants atteints de croup, à l'hôpital Sainte-Eugénie (avril 1868) en administrant un saccharure d'extrait de Gubèbe préparé par M. Delpech. Ce médicament est d'un emploi très-facile chez les enfants.

Il suffit d'en donner de quatre à six fois par jour une cuillerée à café que l'on délaye dans deux cuillerées à bouche d'eau au moment de le faire prendre.

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