THE
Feuilles préparées du Thea sinensis ou Thé de la Chine, arbrisseau exotique do la famille des Théacées, genre Thea.
Caractères génériques. Arbrisseaux toujours verts, feuilles alternes, fleurs axillaires, calice monosépale, corolle de cinq ou d'un plus grand nombre de pétales.
Etamines en nombre indéterminé^ inséj'ées sous l'ovaire. Fruit compose d'une capsule dure, coriace et presque ligneuse, contenant une ou deux graines.
Caractères spécifiques {Thea sinensis).
Arbrisseau pouvant acquérir jusqu'à la hauteur de 8 à 10 mètres. Feuilles alternes, glabres, constamment pétiolées ; celles des jeunes pousses sont tendres et un peu pubescentes. Fleurs blanches, axillaires, agglomérées ; calice court, à cinq divisions ovales, arrondies ; corolle beaucoup plus grande que le calice, de cinq, six ou huit pétales inégaux.
Deux fois par an, en Chine et au Japon, on récolte les jeunes feuilles du Thé, on les plonge dans l'eau bouillante pendant une demi-minute; puis on les fait sécher rapidement sur des plaques de fer, ensuite de quoi on les roule. Alors on les met dans des caisses avec différentes plantes aromatiques, surtout les fleurs de VOlea fragrans et du Camellia sasanqua. On distingue les Thés verts et les Thés noirs.
Il y a quatre sortes de Thés verts : lo Thé hyswen, le Thé perlé, le The poudre à canon, le Thé tclioulan. Deux sortes de Thés noirs : le Thé soutchong et le Thé péko.
Le Thé vert est beaucoup plus excitant que le noir.
L'infusion de Thé ne fut guère considérée jusque dans ces derniers temps que
comme une boisson agréable, mais le travail de Péligot y a démontré l'existence d'une assez forte proportion do principes azotés pour l'élever au rang des aliments les plus nutritifs.
Un phénomène chimique fort simple se produit souvent lorsqu'on sucre l'infusion de Thé avec du sucre qui contient des quantités un peu trop grandes de chaux ; par l'action de l'alcali terreux sur la substance azotée du Thé, il se produit de l'ammoniaque en assez grande quantité pour donner à l'infusion une saveur urineuse intolérable.
D'après plusieurs analyses anciennes, le Thé contient une petite proportion d'huile essentielle, de l'acide gallique et du tannin, de la gomme, de l'albumine, du ligneux et des sels.
Oudry en a extrait une matière azotée' particulière qui a reçu le nom de Théine, et qui est isomère avec la caféine. Enfin Péligot a fixé la proportion de ce principe dans les différentes sortes de Thés.
Le The hyswen, qui est le plus riche, en contient 5,40 pour 100 ; le Thé péko, qui est le plus pauvre, n'en renferme que 2j70 parties sur 100.
Mais il faut y joindre, d'après le même chimiste, une quantité considérable de caséine qui existe dans toutes les sortes de Thé, et qui contribue puissamment à leur donner des propriétés alibiles.
Infusion de Thé.
Feuilles de Thé. . . 4 à 1 0 gram.
Eau bouillante. . . . 300 —
Laissez infuser un quart d'heure et passez.
11 y aurait aussi des développements et des faits bien curieux à rapporter sur l'action physiologique du Tiié et sur ses contre-indications; mais, d'une pari, nous devrions répéter la plus grande partie des choses que nous avons eu occasion d'exposer à propos du café, et de l'autre, cette plante est d'un emploi thérapeutique trop borné pour mériter qu'on lui consacre des pages que d'autres sujets réclament à plus juste titre. Ou a épuisé tout l'intérêt thérapeutique de cette boisson célèbre, lorsqu'on a énoncé son usage banal et fort recommandable dans les indigestions gastriques et intestinales. A titre de sudorifique, elle mérite aussi d'être
indiquée. Quant à ses inconvénients, ils sont surtout relatifs à l'énervation générale qu'elle cause à la longue, et aux dyspepsies dont elle afflige ceux qui en abusent. Bien des auteurs de matière médicale se sont dispensés de mentionner le thé dans leurs ouvrages. Nous aurons peut-être occasion d'y revenir en étudiant les indications de la Médication excitante.
ERYTHROXYLUM COCA.
HISTORIQUE
11 vient de paraître cette année (1868) une thèse écrite par un Péruvien très-instruit, le docteur Moreno y Maïz, et dans laquelle on trouve l'histoire d'une plante qui paraît appelée à jouer plus tard un rôle important dans la thérapeutique. Il s'agit de la Coca, qui jouit d'une immense réputation dans toute l'Amérique du Sud, et dont l'usage chez les Indiens remonte à l'antiquité la plus reculée.
M. Moreno y Maïz, qui a vécu près des Indiens, dit qu'ils ne travaillent jamais soit aux mines, soit aux champs, sans mâcher des feuilles de Coca. A l'aide de cette substance, les Indiens peuvent supporter des fatigues considérables et rester plusieurs jours sans manger autre chose que quelques grammes de maïs torréfié.
Dans le Pérou, la Bolivie et quelques États voisins, comme la Nouvelle-Grenade, l'Équateur et quelques provinces de l'empire du Brésil, les Indiens prennent de bonne heure l'habitude de chiquer des feuilles de Coca et conservent cet usage jusqu'à la mort. Ils tiennent tellement à leur Coca qu'ils sacrifieraient plutôt leur nourriture, leur tabac et leur argent.
UErylhroxyltim Coca (Cuca des Quichas, (Jocii dfs Espagnols, Hayo des Giiai'igos, Ipadudes Tupinets, Erythroxyluni d(! Linné, Erythroxylon peruaiio de Unanué, Erythroxylon Coca de Lamarck et de CandoUo) est une plante de la famille des Erylliroxylées ( Linné ) dont il n'existe qu'un seul genre, l'Erytliroxylon. C'est un arbrisseau qui atteint de 2 à 3 mètres, son tronc est couvert d'une écorce rugueuse, entière, presque toujours glabre ; ses rameaux sont souvent comprimés vers leur sommet et portent des feuilles alternes, munies chacune d'une stipule axillaire.
La racine est rameuse, à divisions ol)liques, terminées par des rameaux déliés. Les fleurs de la Coca sont petites, blanches ou jaunes verdàtres ; on les trouve ou solitaires ou groupées en petites cimes îi l'aisselle des brachtées écailleuses. Ses fleurs sont régulières et hermaphrodites. Leur calice est formé
de cinq sépales soudées à leur base en préfloraison qu nco iciale dans le bouton. La corolle est composée de cinq pétales accompagnés à leur base d'un appendice inférieur (nectar), dont la forme varie suivant les espèces. Leur perfloraison est contournée.
L'androcé est formée de dix étamines qui sont superposées, cinq aux sépales et cinq aux pétales. Leurs filets sont monadelphes à la base, et réunis en ce point en une sorte de sac qui entoure l'ovaire; puis ils deviennent libres et supportent une anthèse biloculaire intorse et déiiiscente par fentes longitudinales.
Le gynécée se compose d'un ovaire supère à trois loges surmontées de trois styles.
Le fruit est une drupe à péricarpe mincè rouge, qui renferme ime graine dont l'embryon est entouré d'un albumen al)ondant. La graine est un caryoi)se |)()iutu à ses deux extrémités.
ERYTHROXYLUM COCA.
La feuille est la partie usitée, elle a de 4 à 10 centimètres de long et de 2 à 2 centimètres et demi de large ; elle est elliptique, un peu allongée et d'un vert plus prononcé à sa face supérieure qu'à sa face inférieure. Cette feuille une fois desséchée est très-sèche et très-cassante; elle se réduit facilement en poudre. Ce qui lui donne un aspect tout particulier c'est la disposition de ses nervures. En effet, de la nervure pétiolaire, assez prononcée sur sa face inférieure, partent perpendiculairement de petites nervures secondaires, qui ne tardent pas à s'anastomoser et à former deux ou trois séries d'arcades qui rappellent assez bien, par leur disposition, celles des artères mésentériques. Parallèlement à la nervure médiane, on observe sur la plupart des feuilles, à la partie inférieure seulement, une saillie longitudinale qui va de la base des feuilles à la pointe, en dessinant une légère courbure. (Morono y Maïz.)
Cocaïne.
En 18S9, Niemann élève de Wohler, à Gœttingue, parvint à extraire des feuilles de Coca un alcaloïde nouveau auquel il donna le nom de Cocaïne ; il avait suivi pour y arriver le procédé que Brandes a indiqué pour préparer l'atropine. M. Moreno y Maïz en a préparé, de son côté, par un procédé qui lui appartient. Il a pris 1,200 grammes de feuilles
de Coca, qu'il avait rapporté lui-même du Pérou quatre années auparavant; il a mélangé ces feuilles avec de la chaux délitée par l'action de l'air et il a abandonné ce mélange pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, il a lessivé le tout avec de l'alcool à 40 degrés. Le liquide a pris une odeur fétide analogue îi celle qu'on perçoit lorsque les Indiens chiquent leurs feuilles de Coca. M. Moreno y Maïz a fait évaporer et cristalliser plusieurs fois, et la Cocaïne a été obtenue à l'état cristallin.
La Cocaïne préparée par M. Moreno y Maïz est d'un blanc légèrement jaunâtre, elle cristallise en petits prismes soyeux. Elle possède une odeur suave analogue à celle des feuilles. Elle est presque insoluble dans l'eau froide, très-peu soluble dans l'eau bouillante, assez facilement soluble dans l'alcool, et très-soluble dans l'éther. Elle a une réaction fortement alcaline et une saveur qui lui est propre.
Acétate de Cocaïne.
De tous les sels que M. Moreno y Maïz a essayé de préparer avec la Cocaïne, l'acétate est le seul qui cristallise facilement. Il forme des aiguilles soyeuses, très-déliées, blanches, et légèrement jaunâtres. Il est soluble dans l'eau et son action sur la muqueuse de la langue est beaucoup plus prononcée que celle de la Cocaïne.
ACTION PHYSIOLOGIQUE
Voici, d'après M. Moreno y Maïz, comment la Coca est employée par les naturels. Lorsque l'Indien veut chiquer la Coca, il introduit une à une dans sa bouche les feuilles qui doivent former la chique, en ayant soin de retirer avec ses dents les nervures et les pétioles ; quand il trouve la chique assez humectée, il place avec soin, au milieu de la masse, une certaine quantité de liipta qu'il introduit avec un petit bâton.
Cette Uipta est une poudre grisâtre, provenant de l'incinération des tiges sèches de diverses plantes, telles que la chenopodion quinoa et le pétiole des feuilles du bananier. Cette poudre est alcaline et elle a très-probablement pour effet de mettre en liberté la cocaïne.
Lorsque cette chique est restée quelque temps dans la bouche, elle provoque une abondante sécrétion de salive qui, chargée des principes de la plante, a un goût peu agréable.
Pendant les premiers temps, l'Indien rejette cette salive, mais peu à peu il s'y accoutume et il l'avale. La durée moyenne d'une chique est de deux heures, l'Indien la renouvelle d'autant plus fréquemment que son travail est plus pénible.
Avec ce seul soutien, les Indiens supportent des fatigues considérables. Stevenson dit en avoir vu travailler sans interruption pendant quatre ou
cinq jours sans prendre d'aulre nourriture. Un négociant nommé Gainpbell, établi depuis quatorze ans au Pérou, a fait un voyage avec un hidien dans des conditions presque fabuleuses. Le négociant, monté à cheval, parcourut dans sa journée 180 kilomètres, l'Indien les fit à pied, ne mangeant que quelques grains de maïs rôti et chiquant constamment de la Coca. Le voyageur était exténué, l'Indien prit un peu de repos et reprit le chemin de son domicile sans autre nourriture que la Coca.
Ces histoires sont tellement surprenantes, que nous en citerons encore deux autres.
« Je puis, dit le docteur Eschudy (Moreno, loc. cit., p. 33), fournir un exemple de la faculté étonnante dont jouissent les Indiens pour supporter la fatigue sans autre ressource que la Coca. J'employais un cholo de Huasi, nommé Hatun Huamang, à faire un travail pénible à la pioche. Pendant tout le temps qu'il fut à mon service, c'est-à-dire cinq jours et cinq nuits, il ne prit aucune nourriture et ne dormit que deux heures par nuit.
« Mais toutes les deux heures et demie ou trois heures, il chiquait régulièrement environ une once espagnole (14 grammes) de feuilles de Coca et tenait constamment sa chique dans sa bouche. Je ne le perdis pas de vue pendant tout ce temps. Le travail étant terminé, il m'accompagna deux jours dans un voyage de 23 lieues à travers les hauteurs, et, quoique à pied, il suivit le pas de ma mule, ne s'arrêtant que pour préparer sa chique. En me quittant, il me déclara qu'il s'engagerait volontiers à répéter la même besogne sans manger, pourvu que je lui donnasse une quantité suffisante de Coca. Le prêtre du village m'assura que cet homme avait soixante-deux ans et qu'il n'avait jamais été malade. Le docteur Moreno, qui a constaté des faits semblables, dit que dans son pays le guide, qui accompagne à pied le voyageur monté sur un cheval, porte ordinairement le bagage, et qu'il traverse souvent des neiges n'étant qu'à peine vêtu, et n'ayant pour toute provision que son sac de Coca. Il passe ainsi des jours et des nuits, sans autre nourriture que quelques grammes de maïs torréfié.
La vie des courriers n'est pas moins curieuse. Le docteur Moreno en a vu qui font le voyage à pied de Lima au Cerro de Pasco (distance de 40 à 50 lieues) en trente ou quarante heures; dans le pays, on les appelle à cause de leur rapidité des vapeurs. Ils n'emportent que leur sac de Coca et un peu de maïs.
Si l'on quitte ces récits pour rentrer dans la pratique ordinaire, voici ce qu'on trouve :
L'infusion de Coca à 10 grammes pour 130 grammes d'eau ne parait produire qu'un effet de stinuilation légère, comme le ferait une tasse de thé. Aussi au Pérou la Coca remplace-t-elle le thé. A dose plus forte, elle donne, comme le thé, l'insomnie et l'agitation. A une dose plus élevée, la Coca produit une ivresse anrdogue à celle du hashich.
11 serait surprenant que, dans de telles conditions, les Indiens n'abu-
ERYTHROXYLUM COCA.
sassentpas de la Coca, aussi rencontre-t-on fréquemment des malheureux atteints de cocaïsme, qu'on désigne dans le pays sous le nom de coqueros. Ces hommes sont maigres, jaunes, atteints souvent d'ictère et d'obstruction abdominale ; ils ont de l'ascite, de l'anorexie et une insomnie incurable, puis vient le marasme et la mort. (Paeppig et Tschudy.) Selon Tschudy, Campbell, Mantegazza et Unanue, ceux qui mâchent la Coca, sans aller jusqu'à l'abus, parviendraient au contraire à une assez grande longévité.
Si l'on cherche à faire d'autre part l'analyse des phénomènes physiologiques produits par la Coca, voici ce que l'on trouve dans la relation si intéressante du docteur Moreno : Le premier phénomène appréciable est une augmentation de la sécrétion salivaire, puis l'anesthésie de la muqueuse au point qu'on perçoit à peine le contact de la pointe de la langue contre les parois de la bouche, et l'analgésie est à peu près complète. L'haleine est brûlante et ammoniacale.
Selon le docteur Moreno, cet effet n'est pas dû à l'action de chiquer, car il l'aurait observé après l'administration de l'élixir ou de l'extrait de Coca et même de la cocaïne.
L'accélération du pouls est le fait le plus fréquent et le plus constant. Le docteur Mantegazza, voulant comparer la stimulation produite par la Coca à celle des autres boissons stimulantes, est arrivé aux chiffres suivants :
Toutes ces boissons ou infusions ont été prises à la température de 61 degrés centigrades, et le pouls a été compté de cinq en cinq minutes pendant une heure et demie.
Pour préciser davantage cette action, le docteur Moreno y a joint des tracés comparatifs obtenus avec le sphygmographe, mais il nous paraît impossible de les apprécier avec le peu de connaissance que nous avons encore de la valeur de ces tracés.
Quant à l'effet sur la nutrition, il est difficile à préciser, mais les expériences du docteur Moreno, comme celles du docteur Weddell semblent montrer que la Coca ne contient pas de principes alimentaires suffisant pour entretenir la vie, car elle laisse mourir d'inanition sans l'etarder la mort, il semblerait qu'elle ne fait que permettre à Tcconomie d'user ses forces radicales pendant un certain laps de temps : c'est le fait d'un excitant et non d'un tonique.
Sur les animaux, les expériences ont montré que l'acétate de cocaïne provoque d'abord de l'excitation musculaire et de l'exagération de la
Eau chaude,
Thé. .
Café..
Cacao
Maté (llex paragucnsis) Coca
sensibilité, mais cette période dure peu et est bientôt suivie d'adynamie musculaire et d'une diminution de la sensibilité qui peut aller jusqu'à sa perte absolue.
La Coca n'a été employée jusqu'ici qu'en infusion contre les indigestions et les coliques.
MODE d'administration ET DOSES.
LTinfusion de feuilles de Cacao est employée au Pérou comme succé- <lané du thé ; elle se prépare de la même manière, avec cette différence qu'on rejette la première eau, qui serait trop amère.
On prend environ 10 grammes de feuilles pour 450 grammes d'eau bouillante.
La décoction est une mauvaise préparation qui altère les principes actifs de la Coca et n'est pas employée.
L'extrait aqueux comme l'extrait alcoolique peuvent être employés à une dose de quatre cà cinq fois moindre que les feuilles.
La meilleure préparation paraît être celle des pastilles, dans lesquelles la poudre de feuilles est combinée avec une certaine llipta.
Chaque pastille contient 0,20 de poudre de Coca; on en donne de cinq à dix par jour.
ARUM TRIPHYLLUM.
L'Arum à trois feuilles {Arum triphyllum) (Wild, Sp. plant.) est une plante de l'Amérique du Sud et du Nord, commune dans les endroits humides et ombragés; il n'y a que le rhizome qui soit employé en médecine ; on la propose dans le traitement des affections pulmonaires.
C'est un irritant très-puissant, surtout à l'état frais; il jouit de la propriété d'augmenter les sécrétions, et plus particuUèrement celles de la peau et des bronches; on l'a administré, dit-on, en Amérique avec quelque succès dans l'asthme, le catarrhe chronique, etc.
On donne la poudre d'Arum à la dose de 50 centigrammes dans un verre d'eau sucrée; on augmente graduellement jusqu'à 4 grammes.
On l'emploie en teinture dans l'alcool à 55 degrés, ou bien dans du genièvre à 45°, 5.