GUANO
C'est de Humboldt et Bonpland qui ont rapporté le Guano du Pérou ; cette substance désignée par les Anglais sous le nom de Bird-manure, se rencontre en couches de 30 et 60 pieds d'épaisseur sur les côtes du Pérou, aux îles Chinche et dans d'autres plus méridionales, telles que llo, Iza, Arica, etc., etc.
8"= ÉD. — T. u. 44
C'est une matière azotée, riche en acide urique et en phosphate de chaux ; M. Unger en a extrait une substance azotée qu'il a nommée Guanine.
Dans la Colombie, le Guano a été employé dans le traitement de différentes espèces de lèpres; le professeur Horner, de Philadelphie, l'a employé sous forme de cataplasmes mêlés à de la terre, dans des cas d'inflammation chronique de l'articulation du genou; il produit un effet révulsif assez prononcé.
Mais c'est surtout contre les affections de la peau, telles quel'eczéma,^ l'ecthyma et la teigne que le Guano a été employé sous forme de lotions, de bains ; on a instillé les solutions dans l'œil contre les taches de la cornée, leucomas, albugos.
Enfui le sirop de Guano a été préconisé dans le traitement des scrofules, contre le pemphigus, le psoriasis chronique, etc.
ALCOOL. VINS
MATIÈBE MÉDICALE.
L'Alcool ou Espi'it-dc-vin, Spiritusvini, osl un liquide léger, volatil, indammable, qui se développe dans l'acte mémo de la fermentation du sucre et des matières sucrées, existe tout formé, par conséquent, ainsi que l'a établi Gay-I^nssac, dans le produit vineux qui en résulte et d'oil on l'extrait par la distillation. Ce produit de l'art est composé de carbone, d'hydrogène et d'oxygène. Arnaud de Villeneuve est celui à qui on en attribue la découverte (Mérat cl de Lens).
Tous ses autres caractères sont trop bien connus pour que nous les énumérions. li est soluble dans l'eau en toutes proportions et peut dissoudre lui-même une foule de corps insolubles dans l'eau, lels que les huiles, les résines, le camphre, la plupart des matières colorantes, une certaine quantité de soiifre et de phosphore. Certains acides le transforment en éther. Il précipite de leurs solutions certains sels calcaires, la gomme, l'albumine, le sucre de lait, etc. Parfaitement rectifié, c'est-à-dire privé d'eau et de la petite quantité d'acide acétique, d'iiuile et do principe extractif qu'il renferme toujours lorsqu'il n'a pas subi cette opération, il mar(iue 9o degrés à l'aréomètre, et pèse 0,817. On le nomme dans ce cas absolu, sec, anhydre. Il est bien rare qu'on l'emp'oie ainsi concentré. Celui du commerce ne marque au même aréomètre que 85 degrés. L'eau-de-vie comnaine n'est que ce dernier alcool assez affaibli pour ne plus marquer que 50 degrés. Celle (|u'on emploie ordinairement en boisson est retirée du vin par la dislillation. Sa couleur dorée lui vient ou do l'addition d'un peu de caramel, ou de la matière
extractive dos tonneaux en chêne, dans lesquels on la conserve longtemps. On retire aussi l'Alcool de la canne à sucre, de la pomme de terre, etc. Outre le Vin, beaucoup de boisssons fermentées, telles que la bière, le cidre, le poiré contiennent ce principe.
La posologie de l'Alcool, ses modes d'administration, n'ont rien de fixe et d'absolu. Ces choses sont passées dans le domaine vulgaire, et il serait oiseux de nous y arrêter.
.■\utant le Vin est capable de remplir presque toutes les indications que nous formulerons d'une manière générale en traitant de la Médication excitante, autant ici notre lâche est bornée.
On sait assez que le Vin est une liqueur alcoolique qui résulte du suc du raisin, fruit du Vitis vinifera, arbuste sarmenteux originaire de l'Asie, et généralement cultivé dans le midi de l'Europe.
Les Vins ont d'autant plus de bouquet qu'ils appartiennent à des pays plus chauds.
La différence de leurs propriétés les a fait distribuer en trois classes principa'es : l» Vins astringents ou secs (Vins d'AIicante, de Bordeaux, de Xérès, de Madère, etc.); cette propriété et leur saveur austère leur viennent probablement d'une petite quantité de tannin qu'ils contiennent; 2" les Vins sucrés (Vins de Malaga, de Rola, do Rivesalte, de Lunel, etc.); 3" enfin les Vins mousseux, tels que le Champagne. Ces derniers contiennent, dissoute, une quantité d'acide carbonique ; on les met en bouteille avant la fin de la fermentation.
L'analyse chimique des Vins donne, à
ALCOOL. VINS
peu de cnose près, les mêmes éléments.
L'Alcool leur imprime leurs qualités cqrdiales'et diffusibles. Nous avons déjà dit, en parlant de ce principe, qu'on l'en sépare en proportions plus ou moins considérables au moyen de la distillation. Ces proporlions sont les suivanles pour les divers Vins, d'après l'analyse de M. Brande. Nous ompi unions ce tableau à l'excellent Manuel de matière médicale de Ml\l. Milne-Edwards et Vavasseur.
Prop. d'alcool
Noms (p. sp. 0 823)
des vius. sur 100
de vin en vol.
Lissa. .0 23,41
Marsalla , 24,09
Oporto . 23,39
Madère.. 22,27
Xérès.. 19 17
Ténriiïe 19,79
Lacryma-Cliristi 19,70
Constance blanc 19,75
Id. rouge 18 92
Muscat du Cap. ..... 18,25
Roussillon 18,13
Malaga 17,26
Ermitage blanc 17,2o
Malvoisie de Madère. . . 1G,40
Lunel 15,52
Bordeaux.. ........ 15,10
Sauteine 14,22
Bourgogne 14,57
Champagne. ....... 13,80
Champagne mousseux. . 12,G1
Grave 12,27
Fronlignan , . 12,89
Côte-Hôtio . 12,32
Vin du Rhin 12,08
Tokai 9,88
Malgré ce fait bien certain que l'Alcool est le principe actif des Vins, leur influence sur l'économie animale, leur puissance pour produire l'ivresse n'est pas en raison directe de la quantité d'Al-
cool qu'y découvre l'analyse chimique. Il faut donc bien admettre que les combinaisons très-variées de ce principe dans les Vins, avec les autres éléments qui les constituent, que cet agencement inappréciable, disons-nous, recèle une des raisons (le leurs eiïets.
L'ivresse rapide oii jettent certains Vins blancs dont la proportion d'Alcool est la même que celle des Vins rouges, l'normémcnL moins [rompis a produire cet état, ne laisse aucun doute sur l'insufFisauce où sont les conditions à nous connues do ces Vins, pour nous expliquer leur action différente.
Cette action enivrante des Vins blancs a été attribuée à l'éther œnauthique; en effet, d'après M. Deleschamps, les Vins renferment l'acide œn mtliique, et celui-ci se transformerait en éther à mesure que les Vins vieillissent. C'est cet élher qui, avec ce que l'on appelle arôme ou bouquet, contribueruit à bonifier les Vins.
L'action astringente des Vins rouges est duo à la quantité très-grande de tannin qu'ils renferment, et qui est, au contraire, en petite quantité dans les Vins blancs; de plus, les Vins rouges renl'erment une matière colorante bl. ue qui rougit par les acides, et une matière colorante jaune : celle-ci existe seule dans les Vins blancs. Enfin, tous les Vins renferment des quantités variables de bitarlrate de potasse, d'acide malique, d'acide acétique et divers sels.
On détermine facilement la proportion d'.\lcool qu'un Vin renferme au moyen du petit ap|iareil de M. J. Salleron ; il suflit de distiller un volume déterminé de vin de manière à recueillir environ le tiers du liquide sur lequel on opère. On ajoute au produit de l'eau distillée en quantité suinsaute pour ramener au volume primitif et on y plùn,L;e l'aréomètre centésimal; après correction de la température, on a la proportion réelle d'Alcool pour cent.
ACTION PHYSIOLOGIQUE
L'Alcool Utilisé en thérapeutique n'est pas trop concentré. L'eau-devie et le rhum marquent en général SO degrés, et l'Alcool du commerce dépasse rarement 83 degrés.
L'Alcool ordinaire, employé pur à l'extérieur, engendre sur la peau recouverte de son épiderme une sensation de fraîcheur due à son évaporalion, fraîcheur suivie bientôt d'une réaction modérée, caractérisée par l'injection et la chaleur des tissus ; d'autre part, si l'Alcool a été déposé sur une muqueuse, sur la peau dépouillée de son épiderme, ou sur une plaie, il détermine de la douleur et produit les effets d'un caustique. Tout d'abord, les capillaires se resserrent, les tissus pâlissent, ils peuvent même être détruits superficiellement en formant une légère eschare. En même temps, les liquides situés à la surface se coagulent. Si l'Alcool
a été préalablement étendu d'eau, les effets en seront amoindris, la douleur pourra se borner à une sensation de chaleur plus ou moins vive, proportionnée à l'énergie de la réaction qui remplace bientôt le resserrement des vaisseaux.
L'eau-de-vie et le rhum, donnés à l'intérieur, produisent les mêmes effets sur los muqueuses avec lesquelles ils sont mis en contact. Au moment de la déglutition on éprouve, à l'isthme du gosier et au pharynx, une chaleur vive, et quand ces liquides pénètrent dans l'estomac, ils y déterminent une sensation de chaleur qui peut aller jusqu'à la brûlure.
L'action de ces liquides sur la digestion varie suivant leur quantité, leur degré de concentration et l'accoutumance plus ou moins grande. Quand le liquide est concentré et ingéré à haute dose, il irrite la muqueuse, coagule le mucus gastrique, détruit la pepsine, arrête la digestion et provoque le vomissement. Au contraire, quand la concentration est moindre, et la quantité modérée, l'Alcool est réellement un stimulant, il excite la sécrétion du suc gastrique et facilite la digestion. Il produit alors une excitation du cœur et de la circulation périphérique.
Une fois absorbé par les veines stomacales et intestinales, l'Alcool se répand dans la masse sanguine ; là, suivant M. Perrin, il ne se décompose point et s'élimine par la voie pulmonaire en donnant à l'haleine une odeur très-reconnaissable, il sort également par la peau et les voies urinaires. L'élimination de l'Alcool par les reins est constante, suivant M. Perrin, elle commence peu de temps après l'ingestion et dure aussi longtemps que l'organisme renferme de l'Alcool.
En somme, à dose modérée, l'Alcool et le vin facilitent la digestion, activent la circulation périphérique, stimulent les forces musculaires, augmentent la sécrétion urinaire; tandis qu'à haute dose, ils produisent l'indigestion, l'ivresse et l'abaissement de la température. Suivant Bœker, les alcooliques devraient une partie de ces propriétés à ce qu'ils ralentissent la dénutrition, et l'une des preuves de ce fait serait la diminution dans l'excrétion de l'acide carbonique pendant les trois heures qui suivent l'ingestion de l'Alcool. M. Perrin a calculé que cette diminution dans l'excrétion de ce gaz peut aller de 5 à 22 pour 100.
Nous n'insistons pas davantage en ce moment sur cette théorie de l'action de l'Alcool, nous y reviendrons en parlant de l'action de l'Alcool •sur les maladies fébriles.
Nous renvoyons le lecteur qui voudra de plus amples détails sur ce sujet, aux sources suivantes : Perrin, Ludger-Lallemand et Duroy, Du rôle de l'Alcool, 1860; Perrin, Dictionnaire encyclopédique, art. Alcool, t. II; Hirtz, Nouveau DiCTiONNAïuE de médecine et de chirurgie PRATIQUES, art. Alcool, t. 1; Gubler, Commentaii^es thérapeutiques du Codex.
ALCOOL. VINS
Suivant M. Béhier (Dictionnaire encyclopédiqûe, art. Alcool) il n'est nullement démontré qu'il faille rapporter à Arnaud de Villeneuve l'honneur de la découverte de l'Alcool. Morewodd prétend que les Chinois en avaient préparé bien longtemps avant les Arabes, et Hœfer {Histoire de la Chimie, t. I, p. 307) pense que les Arabes eux-mêmes l'avaient reçu de loin, puisque l'origine véritable du mot semble devoir remonter iusqu'à l'origine chaldéenne.
L'Alcool, considéré d'abord comme médicament, ne fut vendu dans le principe que par les apothicaires ; mais, en 1514-, les vinaigriers possesseurs du monopole de la distillation s'en emparèrent; ils ne le gardèrent pas longtemps, car, quelques années plus tard, les distillateurs se séparèrent des vinaigriers. Depuis cette époque l'Alcool a été souvent employé tant à l'intérieur qu'à l'extérieur; mais dans ces dernières années il vient de devenir l'objet d'une nouvelle vogue.
USAGE EXTERNE DE L'aLCOOL.
1" Comme irritant. Nous avons dit, en parlant de l'action physiologique de l'Alcool, que sou action immédiate était une réfrigération bientôt suivie d'une réaction caractérisée par une augmentation de la circulation périphérique, et que de plus l'Alcool devenait, par un séjour prolongé, un irritant local qui pouvait provoquer une eschariflcation superficielle.
Cette propriété de l'Alcool l'a fait employer comme agent de dérivation pour guérir des phlegmasies profondes. C'est ainsi que MM. Houzelot et Nélaton {Journ. des conn. méd. chir., 1861) ont traité des tumeurs synoviales du poignet en appliquant sur ces tumeurs huit ou dix plaques d'amidon imbibées d'Alcool à 36 degrés et recouvertes d'une toile cirée. M. Nélaton conseille le même moyen pour guérir les bourses sérauses de la paume de la main.
Brodie, puis M. Ibre, ont combattu de cette manière l'hypertrophie des mamelles (Deville, Gazette des hôpitaux, 186^). L'Alcool est employé de même depuis fort longtemps pour combattre les inflammations chroniques des articulations, et M. Béhier a vu dernièrement un goutleux qui n'a rien trouvé de mieux, pour soulager ses douleurs articulaires, que de se frotter vigoureusement avec une brosse imbibée d'Alcool.
Ajoutons que M. Becker a guéri par le même procédé trois erifants atteints de céphalœmatome (Hufeland, Journal, 1823), et que Burus traitait la même affection par l'application de compresses trempées dans l'Alcool (Meissner, Kinder Kranckheiten).
2° Comme agent de la niédiration spoliative. L'AlcOol a été de cette
manière conseillé depuis bien longtemps dans les brûlures. M. Béhier
cite, à l'appui de cette thèse, l'expérience de Jean Valœns et de Boyie; nous y joindrons celle de Parkinson [Samml. anserl. Abhandl. f. pract. Aerzte, 1800), et de Stokes qui le prescrivait avant que la suppuration fût établie. {The London med. Reposit., mai 1822.) Enfin, Lombard suivait la même pratique dans la brûlure au premier degré causée par la détonation de la poudre à canon (L., Clinique des plaies d'armes à /eu, Lyon, 1804, p. 42 et 43).
L'érysipèle a été traité de même par Lanzoni (1683-1730), par Harris et James et par Gouzée {Archiv. de médecine, avril 1833). Ce dernier faisait recouvrir toute la partie malade et le front de compresses imbibées d'une fomentation froide, composée de 60 grammes d'esprit de froment à 15 degrés B. mêlées à 500 grammes d'eau. Un emploi plus précieux de l'Alcool a été enseigné par M. Nélaton. Cet éminent chirurgien a montré qu'en maintenant très-exactement appliquées des compresses toujours bien imprégnées d'Alcool à 40 degrés, on peut prévenir constamment le développement des furoncles et arrêter leur inflammation {Gazette des hôpitaux, 1853).
3° Comme topique. L'Alcool était anciennement employé comme mode de pansement, il était même resté dans la pratique populaire, comme en témoignent deux anciennes préparations restées en usage dans les pharmacies : la vulnéraire ou teinture vulnéraire et Veau d'arquebusade ou eau vulnéraire spiritueuse (V. p. 605). Les chirurgiens n'employaient plus guère que l'eau-de-vie camphrée dans les contusions, lorsqu'en 1859, MM. Batailhé et Guillet (Académie des sciences, 16 août) vinrent proposer de rejeter complètement l'usage des corps gras dans le traitement des plaies et de les remplacer par l'Alcool. Ces messieurs s'appuyaient sur la propriété que possède l'Alcool de coaguler l'albumine, le sang, la synovie articulaire, la sérosité du tissu conjonctif et des membranes séreuses.
Ils ajoutaient que là ne s'étaient par bornées leurs expériences, et que sur les plaies qu'ils avaient faites aux animaux l'Alcool arrêtait les hémorriiagies des petits vaisseaux et activait la sécrétion de lymphe plastique. Ces deux expérimentateurs en concluaient que l'Alcool facilite la réunion par première intention et, en coagulant les liquides, s'oppose à l'infection purulente et à la pourriture d'hôpital.
Malheureusement, il manquait à l'appui de ces opinions le critérium de l'expérience clinique, c'est-à-dire la véritable preuve; aussi la plupart des chirurgiens se montrèrent-ils peu empressés de suivre cette voie ou n'y mirent pas de persévérance.
Bientôt pourtant les pansements à l'Alcool, recommandés et expérimentés par M. le professeur Nélaton, commencèrent à se répandre. Les succès de notre éminent chirurgien furent publiés par M. Chédevergne, alors interne à l'hôpital des cliniques {Bulletin de thérapeutique, 186i, I. II), puis parut bientôt la thèse de M. Gaulejac (1864) et le mémoire de
ALCOOL. VINS. 69S
M. Lecœur (de Caen) dans lequel ce praticien faisait connaître que depuis longues années, et surtout depuis le mémoire de M. Batailhé, il n'avait plus employé d'autre mode de pansement. Aujourd'hui l'Alcool est à la mode et les corps gras semblent abandonnés. Ce n'est là pourtant qu'une des l'essources si nombreuses que nous possédons, car les sulfites, la créosote, l'acide phénique, l'occlusion, en un mot, tous les moyens qui empêchent la fermentation putride, rendent les mêmes services. Quoi qu'il en soit, les pansements à l'Alcool ne sont pas aussi douloureux qu'on aurait pu le croire à priori; ils ont, en réalité, les avantages que M. Batailhé avaient signalés, ils tiennent la plaie propre et sans odeur, et ne donnent pas lieu à des bourgeons charnus exubérants.
Rien ne fait encore craindre que les espérances des chirurgiens seront déçues en ce qui concerne la préservation de l'infection purulente, mais l'observation a besoin de se poursuivre encore pour qu'on puisse donner à cet égard une affirmation positive.
L'Alcool a été injecté dans des cavités séreuses par Jobert (de Lamballe) dans le péritoine, et par M. Dupieris dans la tunique vaginale. Ce traitement a consisté à injecter dans la tunique vaginale, après évacuation du liquide de l'hydrocèle, 5 grammes d'Alcool pur. M. A. Richard, qui a employé ce traitement sur quatorze malades, a trouvé que l'inflammation produite est loin d'être aussi intense qu'on aurait pu le craindre, car treize d'entre eux ont pu se lever immédiatement après et vaquer à leurs travaux {Gaz. hebd., 1855).
Encore un mot, Brown conseillait dans la blennorrhagie des injections d'Alcool. Il faisait prendre de l'Alcool aussi concentré que possible et l'étendait de 6 ou 8 parties d'eau {Med. Comment, of a Societ. med. of Edinburg, traduit par Diel, t. II, 1791).
M. Gosselin a guéri également une conjonctivite purulente blennorrhagique par des injections d'eau alcoolisée à 23 pour 100 {Gazette des hôpitaux^ 1863).
rSAGE INTERNE DE L'ALCOOL.
Aiiynamie. La perte et l'oppression des forces ont été de tout temps une indication sérieuse des stimulats; de nos jours, cette indic;ition est encore généralement suivie, et ce que nous dirons tout à l'heure de l'Alcool employé à hante dose dans les maladies aiguës n'y est nullement opposé.
Maladies fébriles. Si l'on considère que la maladie fébrile a pour caractère principal une augmention de la température, c'est-à-dire une combustion beaucoup plus active et, par conséqnent, une spoliation continue des forces ; il est raisonnable d'accepter que tout médicament qui pourra soutenir le malade, soit en fournissant les matériaux de cette combustion, soit en modérant la fonction de colorification, permettra au malade de résister beaucoup plus longtemps.
Quelle qu'en soit l'explication, il existe en Angleterre, depuis quelque temps, une méthode dite méthode de Todd, qui consiste à administrer aux fébricitants de l'Alcool à haute dose.
Selon Anstie, cité par M. Béhier, « l'Alcool, donné par petites doses répétées, produit les effets suivants : le pouls prend de la force, sans s'accélérer, à moins qu'il ne fût préalablement d'une lenteur anomale. La température de la peau devient convenable sans rougeur à la face. L'activité du cerveau est accrue ; le sentiment de fatigue et la tendance aux convulsions diminuent. Tous ces symptômes indiquent que le cerveau, la moelle et les ganglions du grand sympathique ont été stimulés, et que leur circulation a été activée. Ces effets cessent après un certain temps et laissent l'organisme dans l'état où il était avant l'administration de ces doses, sauf le cas où il y aurait eu antérieurement dépression morbide; car alors cette dernière est diminuée. » (Béhier, loc. cit.)
On admet en général en Angle! erre, et quelques personnes en France le croient, que l'Alcool n'est pas un aliment qui a seulement pour effet de diminuer la dépense. Cette formule est peut-être vraie, mais il faut ici faire une distinction fondamentale entre l'action physiologique et l'action thérapeutique.
Au point de vue physiologique, on dit que l'Alcool n'est pas un aliment, parce qu'on en retrouve une partie en nature dans les excrétions et qu'une autre reste dans les tissus de nos organes. Ceci n'est pas une preuve suffisante et ne le deviendrait que si l'on retrouvait ainsi toute la quantité de l'Alcool. Remarquons en outre que l'on dit n'avoir pas trouvé dans l'organisme de produits de transformation de l'Alcool. Pourtant M. Perrin a constaté lui-même la présence d'une certaine quantité de graisse anormale dans le sang, et il serait bon de se demander si cette graisse n'est pas précisément un produit de transformation de l'Alcool.
Le problème n'est donc pas résolu, mais ce qui est évident c'est qu'il n'est pas permis de dire, comme nous l'entendons chaque jour, que l'Alcool réduit la dépense organique, et que, par conséquent, l'homme qui a bu un petit verre le matin travaille en dépensant moins de forces. Cette manière de poser l'équation du travail est contraire à la théorie de l'équivalence des forces. Un homme ne peut fournir de la force sans en dépenser; donc, si l'alcool lui permet d'en dépenser moins, c'est qu'il est un aliment, sinon cette réduction de la dépense est une chimère.
En pathologie, c'est-à-dire en thérapeutique, il en est tout autrement, une substance peut permettre à un fébricitant de ne pas perdre ses forces de deux manières, soit en servant elle-même d'aliment de calorification, soit en diminuant cette calorification.
Quoi qu'il en soit, l'Alcool était et est resté un excellent médicament de l'adynamie; mais, ce qui est nouveau et ce que M. Béhier a fait connaître, c'est que les Anglais emploient l'Alcool à haute dose dans les formes actives des maladies fébriles, et que ce médicament est remarquablement bien supporté. M. Gingcot (thèse, 1867) a pu donner à des