‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 163 sur 335 · PHOSPHORE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE

limpide et ne donne jamais de dépôt. Le môme auteur prépare un beurre de cacao phosphore, en dissolvant dans le beurre de cacao un centième de son poids de Phosphore.

Il faut toujours opérer comme pour l'huile en soumettant le beurre de cacao à la température de 150 degrés et plus, le meilleur mode d'administration de l'huile et de ce beurre est de les mettre sous forme de capsule.

Capsules phosphorées.

M. Dujardin-Beaumetz a fait préparer par M. Protiére des capsules analogues aux perles de Ciertan, qui contiennent 1 milligramme de Phosphore dissout dans l'huile ou le chloroforme.

Pommade phosphorée {Pomatum phosphoratum).

Phosphore 1

Axonge.. ..... 100

Mettez l'axonge dans un fla-ron de verre à large ouverture, bouchant à l'émeri; ajouter le Phosphore, et tenez le flacon au bain-marie, en ayant soin d'interposer entre le goulot du flacon et le bouchon un morceau de papier qui laisse une issue à l'air intérieur. Lorsque le Phosphore sera complètement dissous, bouchez exactement le flacon, et agitez jusqu'à parfait refroidissement.

Phosphure de zinc.

Ce corps se prépare, d'après M. Vigier, en faisant arriver sur le zinc en ébullition de la vapeur de Phosphore. L'opération doit se laire dans un courant d'hydrogène sec.

Il se présente sous trois états, cristallisé, boursouflé et fondu. Ce corps est friable, la cassure est vitreuse et douée de l'éclat métallique; il est facilement attaqué par les acides et même par l'acide lactique.

Le phosphure de zinc n'agit qu'au titre de la moitié du Phosphore qu'il renferme.

M. Vigier indique comme dose 8 milligrammes équivalant à 1 milligramme de Phosphore actif.

Pilules de phosphure de zinc à 1 milligramme de Phosphore actif.

Phosphure do zinc. . 0e'',80 Poudre de réglisse. . 1 ,30 Sirop de gomme. ... 0 ,90 Pour 100 pilules argentées.

Paquets de phosphure de zinc à 1 milligramme de Phosphore aclif.

Phosphure de zinc en

pondre fine 0S'',40

Amidon pulvérisé. . . 5

En 50 paquets.

ACTION PHYSIOLOGIQUE

A faible dose, le Phosphore agit à la manière des poisons les plus 'violents, il brûle et désorganise tous les tissus. Cependant quelques praticiens, et notamment Mentz,Conradi de Northeim, Handel,Wolf, Alphonse Leroy, Sédillot, etc., introduisirent le Phosphore dans la matière médicale ; on l'employa avec des résultats douteux dans le traitement des lièvres adynamiques et ataxiques, contre l'épilepsie, la leucorrhée, la goutte, le rhumatisme, la paralysie, etc.; la propriété la moins contestée est celle qu'on lui attribue d'être aphrodisiaque.

Dans CCS derniers temps, M. le docteur Delpech, médecin de l'hôpital Necker, qui nous a fait connaître d une manière si précise les accidents qui surviennent chez les ouvriers en caoutchouc vulcanisé, et chez toutes les personnes qui font usage du sulfure de carbone dont les propriétés anaphrodisiaques et l'action sur le système nerveux sont si remarquables, M. Delpech, disons-nous, connaissant d'ailleurs l'action dissolvante du sulfure de carbone par rapport au Phosphore, a pensé que l'on pouri'eiit rattacher les accidents cérébraux constatés'chez les ouvriers en caoutchouc à une diminution dansk quantité des matières grasses phosphorées delà masse cérébrale ; de là, l'indication du Phosphore pour combattre les désordres nerveux et l'anaphrodisie.

Le Phosphore en bâton, introduit sous la peau d'un certain nombre d'animaux (grenouilles, cochons d'Inde, lapins), n'a donné lieu à aucun phénomène d'irritation locale dans les expériences de MM. Kanvier, D. Bcauraetz et Adrian. M. Trasbot a observé une fois qu'un semblable bâton a déterminé un abcès, et quand on l'en a retiré, il n'avait rien pej'du de son poids. Il n'y a pas eu d'accidents généraux.

II n'en est plus de même lorsque le Phosphore a été administré à l'état de grande division ou de solution ; il détermine bientôt les phénomènes propres à l'empoisonnement par le Phosphore : ictère, hémorrhagies, stéatose des organes.

Si l'on a soin de ne pas dépasser la dose de quelques milligrammes, on peut voir le Phosphore agir encore et cette fois avec moins de danger. On observe alors une activité plus grande des mouvements, l'organisme semble plus souple et plus dispos ; il présente de l'hyperesthésie, de l'ardeur et de la fréquence de la miction et des érections plus fréquentes.

Cependant, dans quelques cas, il y a de l'intolérance de la part de l'estomac. MM. Gubler et Moutard-Martin ont dû, dans plusieurs cas, suspendre l'emploi de ce moyen, parce que les malades vomissaient, et M. Delpech a obtenu chez ses malades des purgations abondantes avec 2 milligrammes seulement.

Pour se rendre compte de cette intolérance de l'estomac, M. Gubler a fait quelques expériences ; il a vu que l'albumine décompose la solution de Phosphore de zinc, et que la pepsine amylacée, comme la pepsine normale, mêlées au phosphure de zinc, donnent lieu à un dégagement d'hydrogène phosphoré.

Voici encore d'autres expériences de M. Gubler. Cet observateur met comparativement dans un tube de la pepsine, de la viande crue et du phosphure de zinc, et dans un autre tube rien que de la viande crue et de la pepsine, et il voit, au bout de peu de temps, la digestion artificielle commencer dans le second tube, tandis qu'aucun changement ne s'observe dans le tube qui contient du phosphure de zinc. Il en résulte, pour M= Gubler, que le Phosphore sera mieux administré au commencement des repas où la quantité de pepsine produite sera assez considérable pour n'être pas arrêtée dans son action par le Phosphore. (Société de thérapeutique, 1868.)

M. D. Beaumetz se loue d'avoir donné le Phosphore à quatre ataxiques. Il y a eu chez trois une amélioration momentanée, marche plus facile, incoordination moins accusée, et les malades ont pu alors monter et descendre les escaliers. M. Pidoux a vu, par ce procédé, les érections reparaître chez un ataxique.

Chez d'autres malades atteints de tremblements alcooliques et soignés

HYPOPHOSPHITE DE SOUDE.

par M. Guéneau de Mussy, le Phosphore a paru également bien faire, mais il n'y a pas encore de fait décisif.

Nous rappellerons seulement que le Phosphore est un médicament dangereux, en ce sens qu'il peut amener des altérations mortelles, sans rien en laisser prévoir, et bien que MM. Delpech et Ferrand aient donné du Phosphore pendant plusieurs mois sans produire d'accidents, il faudra ne dépasser jamais la dose de 10 milligrammes et suspendre de temps en temps le médicament.

Enfin ajoutons encore que es ouvriers qui fabriquent les allumettes chimiques sont très-sujets à des maladies parmi lesquelles nous devons signaler la nécrose des maxillaires, qui est chez eux si fréquente et souvent mortelle.

HYPOPHOSPHITE DE SOUDE.

NaO,2HO,P/iO.

Nous avons déjà dit ailleurs que le phosphore se rencontrait dans l'économie en assez grande abondance; outre les os qui renferment 90 pour 100 de phosphate de chaux, on trouve encore le phosphore dans l'albumine, la caséine, et d'autres matières albuminoïdes, dans la matière cérébrale, la laitance des poissons, etc., etc.

En 1857, M. le docteur Churchill, dans un mémoire lu à l'Académie de médecine, a cherché à démontrer qu'une condition essentielle de la diathèse tuberculeuse était la diminution dans l'économie du phosphore qui s'y trouve à l'état oxydable, de là l'application des Hypophosphites et notamment de ceux de soude et de chaux, dans le traitement de la phthisie pulmonaire.

Les Hypophosphites contiennent à poids égal une quantité de phosphore double de celle que l'on trouve dans les phosphites et les phosphates, tous sont avides d'oxygène et se dissolvent dans l'eau et dans l'alcool ; THypophosphite de sonde étant parmi ces sels le plus stable, c'est celui là que l'on a préféré.

Lorsqu'on fait bouillir de la chaux avec du Phosphore dans de l'eau, il se dégage de l'hydrogène phosphoré, et on obtiont de l'Hypophosphite de chaux ; si l'on a le soin de saturer l'excès de chaux par un courant d'acide carbonique, après ébuUition et filtration, on obtient l'Hypophosphite de chaux par évaporation ménagée de la hqueur.

Les Hypophosphites de potasse et de soude s'obtiennent par double décomposition, c'est-à-dire en traitant une dissolution d'Hypophosphite de chaux par une solution de carbonate de potasse ou de soude.

M. Churchill a proposé d'employer les Hypophosphites à la dose de 50 centigrammes à 3 grammes contre la diathèse tuberculeuse; et à dose moindre comme prophylactique : on l'administre sous forme de potions.

Mais malheureusement les faits publiés par MM. Dechambre, Vigla, Riéken, Flacbner,- sont loin de confirmer les assertions de M. Churchill, et malgré le fait favorable publié par M. Parigot, la cause des Hypophosphites nous paraît définitivement jugée dans le sens contraire à celui que M. Churchill nous a fait connaître.

OXYGÈNE (OXYGENIUM).

De i^û:, acide, et •j^Ewocu, j'engendre. Air déphlogistiqué, Priestley il774;; air éminemment rcspirable, air vital et principe oxygine, Lavoisier (1782).

Ce corps simple a été découvert par Priestley en 1774; ce nom lui fut imposé parce qu'on pensa d'abord qu'il entrait dans la composition de tous les acides et qu'il produisait seul l'acidité.

C'est un gaz élastique, permanent, incolore, inodore, insipide, incombustible, mais qui entretient les corps en combustion et rallume ceux qui sont en ignition. Il fait explosion avec l'hydrogène sous l'influence de l'étincelle élec-

trique ou d'une flamme. Il est peu soluble dans l'eau à la température et à la pression ordinaire; l'eau ne dissout qu'un vingt-septième de son volume. Ce gaz est associé au plus grand nombre de principes organiques, et aux minéraux à l'étal d'oxydes et de sels.

Il ne laut pas confondre les eaux oxygénatées ou oxygénées par l'introduction du gaz oxygène dans l'eau sous l'influence d'une pression plus ou moins forte, avec l'eau oxygénée découverte par Thénard en 1818; cette dernière s'obtient par la réaction de l'a -ide chlorhydrique sur le bioxyde de barium.

HISTORIQUE

Dès que Priestley eut découvert l'Oxygène, il fonda sur cet agent les plus belles espérances au point de vue de la thérapeutique. Il pensa tout de suite que par son action oxydante il pourrait seconder puissamment les appareils d'excrétion. Voici comment il s'exprimait : « L'augmentation de force et de vivacité qu'acquiert dans cet air la flamme d'une chandelle peut faire conjecturer qu'il serait particulièrement salubre dans certains cas de maladie où l'air commun ne suffirait pas à en évacuer assez promptement l'effluve putride phlogistique. » Priestley avait été frappé de ce qu'une souris placée dans une cloche pleine d'oxygène pouvait y vivre deux fois plus longtemps que dans l'air commun, et cette observation l'avait conduit à l'idée d'en faire un objet de luxe, de l'employer à purifier l'air des appartements et surtout des salles oii se trouvent réunies des foules. Quant à l'usage ordinaire de l'Oxygène, il en eut peur. « Mais peut-être pourrons-nous inférer de ces expériences que le pur air dq^hlogistiqué, quelque utile qu'il pût être comme remède, ne nous conviendrait pas dnns l'état ordinaire de santé. Car tout de môme qu'une chandelle se consume plus vite dans l'air déphlogistiqué que dans l'air commun, nous pourrions aussi vivre pour ainsi dire trop vite et les forces vitales pourraient être trop tôt épuisées dans cette pure espèce d'air. »

Ce qu'il y a de frappant, c'est que Priestley, comme les hommes de

.OXYGENE. 703

génie, eut immédialemenl conscience des indications et des contre-indications de l'Oxygène, qu'on peut résumer ainsi :

1» L'Oxygène devra être utile pour achever des conribustions incomplètes ;

2° 11 pourra, dans un moment, suppléer à l'air commun et prévenir ou guérir l'asphyxie ;

3" A la longue, il rendrait les combustions exagérées et serait une cause de consomption.

Ces sages préceptes, qui sont ceux qu'on peut formuler aujourd'hui, auraient dû être mieux compris par ceux qui l'ont suivi. En effet, peu de temps après la découverte de l'Oxygène, on fut tellement enthousiasmé qu'on crut, comme toujours, tenir un médicament universel, une nouvelle eau de Jouvence ; l'or potable était détrôné. L'exemple de ces illusions qui suivent les grandes découvertes est toujours bon à méditer.

Quand nous lisons que Fourcroy était convaincu d'avoir expliqué par l'action de l'Oxygène la coction des humeurs et la formation du pus, et que, fier de cette belle théorie, il s'écrie que c'est là ce qu'on gagne à chercher les vraies bases de la médecine dans la philosophie de la nature, nous sourions malgré nous, et pourtant nous voyons, à chaque découverte, se produire les mêmes illusions, jusqu'à ce que la valeur de la nouvelle acquisition soit définitivement déterminée. Je ne raconterai donc point toutes les folles tentatives faites à cette époque et tombées aujourd'hui dans l'oubli ; je me bornerai à dire qu'on fonda des instituts pneumatiques qui ne donnèrent pas les beaux résultats qu'on en attendait, si bien que de nos jours l'Oxygène ne faisait pour ainsi dire plus partie de la matière médicale, et que les traités de thérapeutique n'en faisaient plus mention.

S'il est de nouveau question d'utiliser l'Oxygène en thérapeutiqu;', nous le devons à M. Demarquay, qui, après avoir longuement étudié l'action anesthésique de l'acide carbonique, a repris de nouveau l'étude do l'Oxygène, et nous a donné le résultat de ses recherches dans son Exsai de pneumatologie médicale, ou recherches physiologiques, cliniques et thérapeutiques sur les gaz. Cet ouvrage, très-riche en documents au point de vue chimique, pour lesquels M. Demarquay a eu recours aux connaissances étendues de M. Lecorate, renferme en outre l'histoire très-complète de toutes les tentatives faites pour tirer parti de l'Oxygène au point de vue thérapeutique, et surtout des expériences toutes neuves et trèsoriginales. Depuis ce temps, un élève de M. Demarquay, le docteur Léon de Lavaysse, a rassemblé dernièrement, dans sa thèse inaugurale, tout ce qui a été fait depuis l'apparition du traité de pneumatologie, si bien que nous voilà à même de juger aujourd'hui dans quelle mesure l'Oxygène, mieux étudié, pourra nous secourir dans le traitement des maladies.

ACTION PHYSIOLOGIQUE

Quand on respire une certaine quantité d'Oxygène, ce que nous avons fait bien des fois, on est frappé de la justesse des observations de Priestley. « La sensation qu'éprouvèrent mes poumons, dit-il, ne fut pas différente de celle que cause l'air commun, mais il me sembla ensuite que ma poitrine se trouvait singulièrement dégagée et à l'aise pendant quelque temps. » Ingenhousz, de même, « s'est senti plus gai, plus robuste, plus d'appétit : son sommeil a été plus doux et plus rafraîchissant qu'à l'ordinaire. » (Jurine, Mémoire couronné par la Société royale de médecine, 1785).

Depuis ce temps, l'action physiologique de l'Oxygène introduit par les voies respiratoires n'a pas appris grand'chose de plus. En général, les inhalations de ce gaz ne déterminent aucune sensation nouvelle, si ce n'est une certaine chaleur dans les voies aériennes (Beddoès). La respiration n'éprouve aucune tendance à s'accélérer, peut-être diminueraitelle un peu. Le pouls se relève et s'accroît de 4 à 20 pulsations. L'appétit augmente un peu. Quant à la températui'e, elle ne paraît aucunement modifiée.

Nous avons recherché bien des fois, alors que nous faisions des recherches sur la température, si l'inhalation d'Oxygène ferait varier le thermomètre, et après l'administration de 15 litres nous n'avons jamais pu constater aucune variation du thermomètre de Leyser.

M. Demarquay n'a trouvé aucune modification non plus dans les sécrétions; mais peut-être n'a-t-il pas poussé assez loin son analyse, curie docteur Kollmann, aide de pharmacie à Munich, a trouvé que les inspirations d'Oxygène faisaient diminuer la quantité d'acide urique excrété pur l'urine, et, dans deux expériences fuites sur lui-même, voici ce qu'il a obtenu :

Une première fois, M. Kollmann examina son urine du matin et trouva que pour 300 grammes, elle contenait 236 milligrammes d'acide urique ; le lendemain, la même quantité d'urine du matin en contenait 243 milligrammes, et celle de l'après-midi 137 centigrammes. L'urine normale ainsi déterminée, il se soumit aux inhalations d'Oxygène, et le troisième jour, duns l'après-midi, il aspira 12 litres d'Oxygène. L'urine qu'il examina ensuite ne contenait plus ( pour 300 grammes d'urine ) que 122 milligrammes d'acide urique.

Bans une autre expérience, il détermina encore la quantité d'acide urique renfermée dans son urine normale et la trouva égale à 134 milligrammes pour 300 grammes ; puis il respira 12 litres d'Oxygène le matin et 12 autres litres le soir : le lendemain, la même quantité d'urine n'en contenait plus que 25 milligrammes, et le troisième jour presque plus rien.

Dans une autre expérience fuite en commun avec le docteur Eckart, d'Anspach, il fit la même recherche sur un homme atteint d'albuminurie.

OXYGENE. 705

Le malade respirait deux fois par jour 28 litres d'Oxygène et rendait une urine de moins en moins chargée d'acide urique. Voici les chiffres fournis par ces observateurs :

ic"' jour. Urine normale, 300 grammes, acide urique. . 0sr,'J24

2e — Après l'inhalation 0 ,014

Les trois jo'urs suivants 0 ,000

En outre, dès le lendemain l'urine contenait moins d'albumine, et au bout de quatre jours n'en contenait plus. Nous reviendrons plus loin sur ce dernier point. {Schmidt's Jahr, J865, t. I, p. 28.)

C'est.]à une première confirmation des vues si précises de Priestley et nous verrons, chemin faisant, avec quelle justesse il avait apprécié la valeur de ce nouveau moyen thérapeutique.

M. Demarquay pense qu'on aurait pu déterminer à priori les effets des inhalations d'Oxygène^ en connaissant les effets d'une atmosphère suroxygénée, par exemple ceux de l'air comprimé. Il y a, en effet, quelque analogie entre les effets de l'Oxygène administré en inhalations et les phénomènes éprouvés par les ouvriers qui travaillent sous la cloche à plongeur ou dans le scaphandre. Mais nous ne croyons pas qu'il y ait entre l'effet de ces deux agents une identité aussi grande que le croit M. Demarquay, ainsi que M. Foley. Pour s'en assurer, l'un de nous s'est fait enfermer pendant plus d'une demi-heure dans l'appareil du docteur Gent. Il a éprouvé immédiatement les bourdonnements d'oreille, la pesanteur de tête et les fourmillements des doigts décrits par tout le monde ; jamais nous n'avons éprouvé ces mêmes phénomènes avec les inhalations d'Oxygène, ni nos malades non plus.

Dans les expériences très-originales et très-intéressantes de M. Demarquay, il s'agit encore d'inhalations et de leur influence, non plus sur l3s fonctions normales, mais sur les plaies. On voit alors, sous l'influence de l'Oxygène absorbé par le poumon, les plaies récentes faites par l'instrument tranchant prendre une couleur plus rouge, une injection plus vive, et fournir une plus grande quantité de sérosité et de lymphe plastique. Mais cette vascularisation exagérée va bientôt jusqu'à Thémorrhagie, qui se caractérise d'abord par un piqueté, puis par de petites ecchymoses.

M. Demarquay a introduit l'Oxygène par d'autres voies. Il en a injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané, et il a vu, comme Beddoès, que ce gaz ne détermine aucune action locale et qu'il est facilement absorbé. M, Demarquay a injecté ensuite directement de l'Oxygène dans le système veineux, et il a été frappé d'une chose à laquelle on ne s'attendait guère, c'est que le sang de la veine reste noir et qu'il ne devient rouge que lorsque les deux fluides, sang et gaz, ont été intimement mélangés par les mouvements du cœur droit. Il n'y a eu d'exception à cette règle que

îîl'-DrCAMENTS EXCITANTS.

lorsque le sang a été inlroduit, non plus dans le système veineux général, mais dans la veine porte : la coloration rouge s'est produite dans la rate et cet organe a pris une couleur écarlate. C'est un argument de plus à faire valoir en faveur de l'hypothèse dos propriétés hémopoiétiques de la rate.

ACTION THÉRAPEUTIQUE

Pour mettre un peu d'ordre dans les nombreux essais de traitement qui ont été tentés avec l'Oxygène, nous suivrons les indications de Priestley, et nous trailerons d'abord des maladies qui atteignent les fonctions respiratoires, et ensuite de celles qui sont surtout constituées par un trouble des fonctions d'assimilation.

Asphyxie. Aussitôt que l'Oxygène fut découvert, on eut l'idée de l'employer à combattre l'asphyxie, mais on confondait alors, comme on le fait encore souvent aujourd'hui, la suffocation avec la strangulation, la pendaison et l'immersion soit dans l'eau, soit dans des gaz toxiques. Goodwin, d'Edimbourg, en 1786, en étudiant la mort par submersion, crut que, dans ce cas, on meurt par asphyxie, et il inventa une pompe aspirante et foulante destinée à retirer l'écume bronchique et à insuffler du gaz oxygène. Trois ans après, en 1789, Gorcy, de Neuf-Brisach, inventa également une pompe destinée au môme usage; ce fut bientôt une manie et l'on vit créer une série d'instruments destinés au même but, appelés pompes apodopniques. Van Marura, de Harlem, en fit une en 1783, Hens Courtois également ; mais cette confusion de la sufTocation avec la strangulation, la submersion, etc., fit qu'on n'eut pas beaucoup de succès et que l'Oxygène ne ramenait pas toujours à la vie. Pour celte l'aison, et pour d'autres, on avait cessé d'employer l'Oxygène dans les asphyxies, et l'on n'y est pas encore revenu de nos jours.

M. Demarquay, probablement parce qu'il est chirurgien, a été appelé rarement à traiter des asphyxiés, aussi n'est-il guère question de cette indication dans le traité de pneumatologie, si ce n'est dans un cas oh des ganglions volumineux comprimaient la trachée et menaçaient d'une suffocation imminente.

Si les imitateurs de M. Demarquay n'ont pas non plus fait usage de l'Oxygène dans la suffocation accidentelle, cela tient peut-être à ce qu'on ignore le moyen de s'en procurer immédiatement. Nous avons pu l'em- })loyer avec succès dans un cas d'asphyxie par congestion pulmonaire et cérébrale.

Dans un autre cas, oii l'asphyxie était compliquée d'un état apoplectique, l'Oxygène nous a rendu un service plus signalé encore. 11 s'agit d'un empoisonnement par l'opium.

Une dame de soixante-quatorze ans, faible et atteinte d'une affection rhumatismale légère, prit par mégarde une cuillerée à bouche de laudanum de Sydenham, au lieu d'une cuillerée de potion; peu d'instants

OXYGÈNE

après, on s'en aperçut et l'on administra un vomitif. Une heure après l'accident, nous pûmes injecter sous la peau 5 milligrammes de sulfate d'atropine et nous ordonnâmes du café noir. L'empoisonnement sembla s'arrêter, mais peu à peu le narcotisme fit de tels progrès, que, dix heures après l'accident, la malade était dans le coma et qu'on la croyait perdue. Le pouls était très-fréquent et difficile à percevoir et la respiration,'considérablement ralentie, ne s'exerçait que sept fois par minute. A ce moment, nous fîmes respirer 15 litres d'Oxygène, et presque aussitôt la connaissance revint et la malade put reconnaître ses proches. A partir de ce moment elle alla de mieux en mieux, et le lendemain matin elle était hors de danger.

Nous avons dit que M. Demarquay s'est bien trouvé de l'usage de l'Oxygène chez une femme atteinte de suffocation produite par un engorgement tuberculeux des ganglions cervicaux qui comprimaient la trachée. Sous l'influence des inspirations d'Oxygène répétées chaque jour, la malade a pu se reconstituer et sortir de la maison de santé avec une amélioration notable. {Loc. cit., p. 7-47.)

Ces observations sont, à notre avis, assez importantes pour que, maintenant qu'on peut se procurer de l'Oxygène en tout temps et en tous lieux, on ne se prive pas d'une pareille ressource dans les cas d'asphyxie par suifocation.

Bien que l'empoisonnement par la vapeur du charbon soit, comme le montre M. Claude Bernard, bien moins une asphyxie qu'une intoxication par l'oxyde de carbone, et que le sang imprégné d'oxyde de carbone n'absorbe guère l'Oxygène, quand on se trouve en présence d'un malade empoisonné par la vapeur du charbon, on est tenté d'administrer néanmoins l'Oxygène; c'est ce que nous avons fait chez un malade, et nous avons eu à nous en louer.

MM. Demarquay, Duroy et Ozanam ont eu des succès analogues ; aussi regardent-ils l'Oxygène comme l'antidote de toutes les asphyxies.

Asphyxie des nouveau - nés. Chaussier comptait beaucoup sur l'Oxygène pour aider à respirer les nouveau-nés. Il imagina pour cela plusieurs appareils, mais il n'eut pas l'occasion de les appliquer.

Accidents survenant dans ranestbcsie par le chloroforme et

l'éther. C'est le docteur Jackson, de Philadelphie, qui eut l'idée, en 1847, d'employer l'Oxygène dans l'asphyxie produite par l'éther. Il fut suivi dans cette voie par MM. Blanchet, Faivre, Gianetti et Martin Saint- Ange ; mais surtout par MM. Duroy et Ozanam. M. Duroy constata d'abord que l'Oxygène pur peut être respiré sans danger pendant des heures entières ; ensuite il fit voir que l'Oxygène, administré en même temps que le chloroforme, retarde et affaiblit l'action anesthésique. Enfin M. Duroy ayant anesthésié complètement des chiens par le chloroforme, put les réveiller promptement par des inhalations d'Oxygène. Mais, de ce que

l'Oxygène peut faire cesser l'état d'anesthésie, il ne s'ensuit pas qu'il puisse conjurer les dangers auxquels expose le chloroforme. Le dangir des anesthésiques est ordinairement la syncope, et c'est cette syncope que l'Oxygène devrait faire cesser, et non l'anesthésie, pour conjurer les dangers auxquels expose le chloroforme. 11 est donc à craindre que, dans les cas de mort suhite qui se produisent pendant l'inhalation du chloroforme, l'Oxygène ne puisse servir à grand'chose. Toutefois c^sL une ressource qui ne devra pas être négligée.

Asthme. L'attaque d'asthme est une des affections qui devait le plus inviter à l'emploi de l'Oxygène. Quoi de plus rationnel que d'offrir un air plus pur, plus vivifiant, au malheureux qui n'inspire qu'une si faible quantité d'Oxygène et s'asphyxie. Aussi, dès le début, Beddoès en fit l'essai avec le plus grand succès; puis successivement Marching, Poulie (de Montpellier) en 1782, SioU en 1784, Chaptal, et enfin Thornton, collaborateur de Beddoès, qui en fit respirer à un grand nombre de malades et déclara que, dans l'immense majorité des cas, les asthmatiques ont été extrêmement soulagés.

M. Demarquay a donné l'Oxygène à trois asthmatiques. Dans un cas le succès fut réellement merveilleux, et le malade sentit la dyspnée disparaître à mesure que le ballon se désemplissait, si bien que l'accès fut fini quand le ballon fut vidé. Dans deux autres cas, où il s'agit d'asthme humide, c'est-à-dire d'emphysémateux ayant contracté un catarrhe à forme suffocante, l'Oxygène amena seulement de l'amélioration.

L'Oxygène nous a également réussi à merveille dans un cas semblable. Il s'agit d'une jeune femme emphysémateuse, qui, tous les ans, au milieu de l'été, est prise d'attaques d'asthme. L'année dernière, cette dame était enceinte et redoutait fort de voir ses attaques revenir comme chaque année. Nous fûmes, en effet, appelé en toute hâte, la nuit, pour lui porter secours. Elle souffrait d'une attaque assez intense qui durait depuis une heure. Nous fîmes apporter immédiatement une provision d'Oxygène et nous en fîmes respirer peu à peu environ 30 litres dans l'espace d'une demi-heure. L'effet en fut des plus remarquables. La respiration, qui était à 40, tomba en très-peu de temps, et n'était plus qu'à 18 quand l'Oxygène fut entièrement épuisé ; le pouls, qui battait 80 pulsations, ne varia pas; mais, au lieu d'être petit et caché, il prit de la force et de l'ampleur. Une heure après le commencement de l'administration du médicament, la malade dormait d'un profond sommeil.

Le lendemain et les jours suivants, il y eut encore un peu de dyspnée et d'oppression, et chaque fois l'Oxygène en vint à bout comme la première fois ; la respiration diminuait de fréquence et le pouls reprenait de la force.

Le peu d'expérience que nous avons donc de l'Oxygène dans l'asthme est bien encourageant, et il est peu de médicaments qui puissent faire espérer un aussi prompt soulagement, si ce n'est le bain d'air comprimé.

OXYGÈNE

Dilatation bronchique. Nous rapprocherons de l'emphysème pulmonaire La dilatation bronchique, attendu que la dilatation bronchique n'est souvent, comme l'emphysème, qu'une paralysie pulmonaire avec atrophie, avec cette différence que celle-ci siôge sur les gros troncs aériens, tandis que l'autre porte sur les acini pulmonaires. 11 n'existe qu'une seule observation de dilatation bronchique traitée par les inhalations d'Oxygène; elle est due à M, Cosmao-Dumenez (Demarquay, loc. cit., p. 743). Cette observation n'est pas très-concluante au point de vue du diagnostic ; il ne s'agissait peut-être que d'une bronchite chronique avec catarrhe abondant. Quoi qu'il en soit, les inhalations ont ramené l'appétit et les forces. Les crachats, qui, dans le principe, étaient abondants et purulents, sont devenus rares et muqueux.

Phthisie pulmonaire. Ce fut le rève de tous les premiers partisans de l'Oxygène. On avait l'air vital ; c'était presque l'eau de Jouvence; les phthisiques allaient renaître comme par enchantement. Un grand nombre de médecins, et surtout Caillens, crurent avoir trouvé un spécifique de la phthisie ; en effet, Chaptal, quoique peu convaincu, reconnut que le premier effet de l'Oxygène est très-séduisant ; les malades l'aspirent avec plaisir et semblent se ranimer et se vivifier à mesure que le gaz est absorbé ; mais l'amélioration ne dure pas et une nouvelle recrudescence de la maladie ne tarde pas à se montrer ; pourtant il ne veut pas le proscrire. « Chez un second malade, l'effet du remède n'a pas été heureux; mais il a inspiré la même gaieté, et sous ce point de vue, ce remède est excellent ; car, dans les cas désespérés, c'est un remède très-précieux que celui qui répand des fleurs sur le bord de notre tombe et nous masque l'horreur de ce passage effrayant. »

Fourcroy fait la même remarque : l'Oxygène administré à une vingtaine de phthisiques a amené un bien-être très- marqué, un amendement des principaux symptômes, enfin un changement assez manifeste pour faire espérer une guérison prochaine. Mais tous ces phénomènes n'ont été que passagers, et au bout de deux ou trois semaines de ce traitement les accidents inflammatoires violents sont survenus, la marche de l'affection a été plus rapide qu'auparavant et la terminaison fatale, par suite, précipitée. [Pneumatologie, p. 597.)

Dumas et Baumes (de Montpellier) ont fait les mômes observations, et, la confiance se perdant, Kurt Sprengel et Dumas n'osèrent plus proposer l'Oxygène que pour la phthisie lente et atonique. Beddoès et Dumas ajoutaient que des chiens soumis pendant longtemps à l'action de l'Oxygène avaient eu des affections inflammatoires du poumon avec plaie et suppuration.

Nous ne sommes donc pas étonnés de voir que la phthisie, qui avait été l'espoir des partisans de l'Oxygène, les avait, au contraire, découragés et les avait conduits k abandonner les instituts pneumatiques qui. avaient pourtant demandé d'assez grands frais pour leur installation.

L'Oxygène, repris de nos jours, n'a pas donné de résultats beaucoup plus satisfaisants. Un malade observé par M. Monod a eu un soulagement immédiat, puis la pbthisie n'en a pas moins continué sa marche fatale; de même pour une malade de M. Cosmao-Dumenez.

Pourtant, il faut bien le dire, le mieux obtenu immédiatement par M. Cosmao-Dumenez et M. Hervé de Lavaur doit être pris en très-sérieuse considération, à la condition toutefois de ne pas oublier que, chez le malade de M. Cosmao-Dumenez, il s'agissait d'une pbthisie scrofuleuse, c'est-à-dire d'une pbthisie qui marche par attaques de pneumonies tuberculeuses, et dans laquelle on peut obtenir par d'autres moyens la résolution d'un certain nombre de ces pneumonies successives.

11 ne faut donc peut-être pas proscrire tout à fait un moyen qui peut donner uiie amélioration immédiate à des malades désespérés ; mais il ne faut pas perdre de vue les sages conseils de Priestley et de Cbaptal, et prendre garde aux dangers ultérieurs.

Aibiimsinirie. Nous avons dit plus haut, en parlant de l'action de

l'Oxygène sur les sécrétions, qu'Eckart avait vu l'albuminurie cesser sous l'influence de l'Oxygène. Nous possédons une observation semblable.

Nous devons dire tout d'abord qu'il ne s'agit pas de la maladie de Bright commune. Le sujet de l'observation est une dame de quarante-huit ans, qui avait été atteinte antérieurement du goitre exophthalmique, et chez laquelle le goitre et l'agitation cardiaque avaient disparu ; mais la malade n'était pas guérie pour cela; il lui restait de l'exophthalmie et non plus de l'agitation cardiaque, mais une agitation cérébrale qui la rendait susceptible et irascible dans des proportions qu'elle ne connaissait pas; la santé générale n'avait pas gagné grand'chose avec la disparition des phénomènes cardiaques et thyroïdiens ; ceux-ci avaient été remplacés par une albuminerie inquiétante et par la quantité d'albumine rendue chaque jour et par la durée et la persistance de ce trouble morbide. L'Oxygène fit disparaître l'albuminurie dans l'espace d'un mois, ramena l'appétit et les forces pour quelque temps; plus tard, l'albuminurie reparut et finit par emporter la malade.

Ces deux observations, celle d'Eckart et la nôtre, sont donc de nature à nous engager à tenter l'emploi de ce moyen dans la maladie de Bright.

Diabète. M. Demarquay eut à se louer des inhalations chez un pauvre diabétique devenu phthisique; l'amélioration première fut si grande, que la famille crut le malade guéri. M. Bouchardat les a employées dans deux cas semblables avec le même succès (Léon deLavaysse, p. 91), et M. Limousin a vu également l'Oxygène diminuer la proportion de glucose et amener une améhoration notable.

Nous n'avons pas administré d'Oxygène à des diabétiques comme on l'a avancé par erreur, nous ne parlerons donc pas de notre expérience personnelle. Toutefois nous ne pouvons accepter que les expériences de

OXYGÈNE

Voit et de Pettenkofer constituent une contre-indication de ce traitement.

Que résulte-t-il, en effet, des recherches de ces deux ol)servateurs? C'est que les diabétiques absorbent moins d'Oxygène que les gens en santé et donnent plus d'urée. Ce n'est certainement pas une raison pour ne pas donner à un diabétique plus d'Oxygène que ne lui en fournit l'air extérieur.

Voici les chiffres de Voit et Pettenkofer :

Cachexies. On comprend qu'il n'y ait pas de cachexie qu'on n'ait tenté de guérir avec l'Oxygène; la plupart du temps on n'a pas eu à s'en féliciter, si ce n'est dans la chlorose; mais nous ne croyons pas que, dans ce cas, des ballons d'Oxygène vaudront jamais le séjour à la campagne et les bains de mer.

Applications locales. L'Oxygène irrite les plaies, et, quand on enveloppe les membres du manchon de caoutchouc qui doit servir de récipient au gaz, il est facile de constater que les émanations de la plaie, réagissant sur le sulfure de carbone du caoutchouc, forment une atmosphère infecte, et que les plaies s'enflamment. Cette propriété a été employée pour agir par substitution sur les ulcères atoniques, scrofuleux, syphilitiques, etc.

L'application locale la plus heureuse qui ait été tentée a été le traitement de la gangrène par ce gaz.

Gangrène localisée. Dans sa thèse, SUT la gangrène symétrique des extrémités, M. Maurice Raynaud, après avoir discuté tous les processus qui ont pour dernier terme la gangrène, fait observer qu'une des conditions de cette lésion est l'absence d'Oxygène. Pourtant M. Raynaud n'a pas poussé la conclusion jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à l'application de l'Oxygène à la gangrène. Mais M. Laugier l'a fait, et il a constaté (Académie des sciences, avril 1862) que ce traitement fait cesser la douleur. La tuméfaction diminue, l'œdème s'efface, la gangrène se limite et les parties menncées perdent leur teinte livide pour prendre une couleur rosée. Depuis cette époque, le môme moyen a réussi entre les mains de M. Debouges {Bull, de Ihérap., 1863), puis de M. Foucras {Bull, de thérap., 1866).

Contre-indication de l'Oxygène. Dans le mémoire que MM. Lecomte etDemarquay ont adressé à l'Académie de médecine (1864), ces messieurs donnaient comme contre-indications de l'Oxygène l'état fébrile, les foyers inflammatoires profonds et la disposition aux hémorrhagies. Mais, dans la Pneumatologie publiée deux ans plus tard, M. Demarquay n'en parle plus. Il faut en conclure que l'expérience n'a pas justifié les premières appréhensions des expérimentateurs, et M. Demarquay y cite

En vingl-quatre heures.

Oxygène absorbé

Ac!dc carbonique cxlialé

Eau excrétée

Urée —

Homme sain.

Diabétique.

G39 ,3 Gll ,3 49 ,8

en particulier (p. 373) l'opinion de Poulie, de Montpellier, qui dit s'en être bien trouvé dans les fièvres bilieuses putrides et malignes, c'està-dire que, d'après cet observateur, l'Oxygène n'aggraverait pas l'état adynaraique.

En résumé, l'Oxygène n'offre pas de danger immédiat et il pourra toujours être essayé.

MODE d'administration.

M. Limousin a installé l'appareil à inhalations d'une manière trèscommode ; il se compose d'un ballon de caoutchouc posé sur un pied en cuivre et d'un flacon laveur installé comme le narguiléh.

On fait à l'embouchure du flacon laveur des aspirations lentes et profondes, de manière à faire pénétrer l'Oxygène jusque dans les voies aériennes les plus reculées, et l'on continue ainsi, avec du repos de temps en temps, jusqu'à ce qu'on ait respiré de 15 à 30 litres d'Oxygène, suivant la dose.

Si, au début, le gaz comprimé par les parois du ballon s'échappe avec un peu trop de violence, on en modérera la sortie en diminuant l'ouverture du robinet, et à la fin, quand le ballon, en partie vidé, ne chassera plus lui-même le gaz, il suffira de le comprimer légèrement avec la main pour rendre l'inhalation facile.

M. Limousin a construit en outre un petit appareil portatif qui permet de préparer en dix minutes 30 litres d'Oxygène.

Eau oxygénée. M. Limousin a préparé une eau rendue gazeuse par sursaturation d'Oxygène; elle s'administre à la dose d'un ou deux verres donnés aux repas, soit pure, soit mêlée au vin.

Elle a été conseillée comme stimulant de l'estomac dans la dyspepsie atonique.

Conclusions, Nous croyons qu'on peut résumer ainsi nos connaissances sur l'Oxygène :

1° L'Oxygène n'est pas un gaz toxique et l'on peut, sans danger, aspirer 30 litres de ce gaz pur pendant plusieurs jours, sans qu'il survienne d'accident; ce n'est qu'au bout de deux à trois semaines qu'il produit de la fièvre.

2° L'Oxygène est une ressource précieuse en cas d'asphyxie, surtout quand cette asphyxie est due à une suffocation accidentelle.

Il pourra être utile dans les cas de strangulation, pendaison et submersion, ainsi que dans les cas d'empoisonnement par des gaz ou des vapeurs toxiques.

3° L'Oxygène est un remède précieux à opposer aux attaques d'asthme nerveux.

Dans l'asthme humide, c'est-à-dire dans le catarrhe qui complique l'emphysème, il rendra encore de bons services, à la condition d'être employé avec persévérance.

4° Dans la phthisie, l'Oxygène n'a pas donné autant de bons résultats qu'on l'espérait. 11 produit un soulagement immédiat, et ceci peut être très-précieux, mais de nouvelles exacerbations surviennent, plus intenses peut-être que les premières. Ce n'est donc qu'un palliatif dont il faudr.i se défier.

5° L'Oxygène peut devenir, dans l'albuminurie, un médicament précieux si, par de nouvelles expériences, on peut confirmer qu'il fait disparaître l'albumine de l'urine, comme cela a eu lieu dans le cas d'Eckari et dans ie nôtre. En tous cas, nous sommes si désarmés en face de code terrible maladie, que nous ne doutons pas qu'on ne doive l'essayer.

6' Même observation pour le diabète.

7° Dans la gangrène localisée, s'il n'y a pas d'oblitération artérielle, l'Oxygène est un remède souverain.

Nous avons donc fait un pas sur le siècle dernier, puisqu'un lieu d'offrir un remède banal propre à tout, nous possédons aujourd'hui des notions précises sur certaines indications comme sur certaines contre-indications, et qu'un remède ne commence à être connu que quand on peut en fixer les avantages comme les dangers.

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