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NITRO-SULFATE D'AMMONIAQUE

AzHS, HO, S02, AzO^

Ce sel découvert par M. Pelouze en 1833 s'obtient en faisant passer du bioxyde d'azote à travers une solution de sulfate d'ammoniaque dissous dans cinq ou six fois son poids d'eau.

Il a été employé à la dose de 30 h 60 centigrammes dans certains cas de fièvre typhoïde : il est à peu près abandonné aujourd'hui.

Les réformateurs de la nomenclature chimique (Lavoisier, Berthollet, Fourcroy et Morveau) ont ainsi nommé l'agent impondérable qui se révèle h nous par la sensation de chaleur. On confond donc l'effet avec la cause, lorsqu'on désigne par cette dernière expression l'agent que nous allons étudier.

Un des résultats par lesquels se manifeste essentiellement l'action du Calorique, c'est l'augmentation de volume qu'il détermine dans les corps, accroissement dû à l'écartement de leurs molécules. La soustraction de cet agent produit des effets opposés, c'est-à-dire la sensation de froid et la condensation des corps due au rapprochement de leurs molécules. Il n'est donc pas besoin, pour expliquer ces phénomènes, contraires aux

premiers, d'invoquer l'existence d'un agent antagoniste qu'on appellerait et qui a été appelé frigorifique par quelques physiciens.

La température est le degré appréciable de la chaleur ou du froid. Les sensations que nous fait éprouver cette température sont tout à fait relatives à l'état actuel de la propre température de nos surfaces de rapport. Mais il y a des instruments absolus pour mesurer les degrés appréciables de chaleur : ce sont les thermomètres, appareils qui ont pour principe le fait de l'augmentation de volume des corps par l'accumulation du Calorique, et de leur resserrement par sa soustraction.

Les sources du Calorique sont nombreuses. Le foyer qui en répand le plus est le soleil. La combustion est le moyen le plus commun par lequel on se procure ce fluide. L'électricité donne lieu à son dégagement. Les coniliinaisons chimiques ne se font pas non plus sans qu'une certaine quantité de ce principe soit mise en liberté. Le frottement, la percussion, la condensation rapide par une pression instantanée, le passage successif des corps parla solidité, la liquidité et l'état de vapeur, etc., etc., sont aussi des actes et des phénomènes desquels est inséparable la production d'une somme quelconque de Calorique. En un mot, toute force physique peut se transformer en chaleur. Les végétaux et surtout les animaux, ont la faculté de développer une proportion de Calorique déterminée pour chaque classe d'individus, Calorique indépendant, dans de certaines limites, de celui qui les entoure, par lequel ils résistent aux vicissitudes de ]a température atmosphérique dont ils sont si loin de suivre l'élévation ou l'abaissement alternatifs, que dans le premier cas leur puissance de caloriflcation augmente, et diminue dans le second. L'observation de ce fait capital est fécond en importantes déductions pour les indications des médications excitante et sédative.

A la physique appartiennent une foule d'autres considérations sur le mode de transmission du Calorique, sur les modifications qu'il fait subir aux corps qu'il pénètre, etc., etc. Nous les supposons connues de nos lecteurs, et arrivons sans plus tarder au mode d'application thérapeutique de cet agent si important et à l'appréciation des conditions physiques et physiologiques qui en modifient les influences. Les indications qu'il est propre à remplir dans le traitement des maladies seront étudiées au chapitre de la Médication excitante générale.

Le Calorique est le type de tous les excitants. Il est, suivant l'expression profondément vraie de M. le professeur Récamier, le stimulant radical du sens vital. Son emploi thérapeutique nous est suggéré par les opérations naturelles de l'organisme sain et malade. Élément essentiel et signe de toutes les réactions salutaires, condition nécessaire et manifestation prochaine de tout phénomène vital, on conçoit très-bien jusqu'à quel point son application habilement dirigée peut être précieuse pour modifier un organisme ou un organe malades.

Les moyens que le Ihérapeutiste a à sa disposition pour faire servir le Calorique au traitement des maladies sont nombreux et variés.

CALORIQUE. 7ir>

Si cet agent est le type de tous les excitants, s'il est capable à lui seul de produire toutes les modifications que ceux-ci peuvent produire, il doit nous représenter, dans les applications dont il est susceptible et dans les effets de ces applications, les divisions principales et naturelles de la Médication excitante dont il peut, nous le répétons, être considéré comme l'élément radical.

Or les excitants purs agissent ou sont susceptibles d'agir primitivement d'une des trois manières suivantes :

1" Comme excitants généraux, lorsque, irradiés par le système nerveux ou absorbés, ils vont stimuler l'organisme entier;

2° Gomme excitants locaux ou agents fînxionnants, lorsqu'on concentre leur activité sur un point plus ou moins étendu ;

3° Comme agents irritants, lorsqu'ils altèrent ou détruisent les parties soumises à leur contact.

Quelques-uns n'ont en partage que la première de ces propriétés ; tel est l'alcool, par exemple. D'autres en réunissent deux, comme la moutarde, le poivre, etc., etc., qui jouissent de la première et de la seconde. Plusieurs enfin possèdent de plus la dernière ; la potasse et la soude sont dans ce cas. Celles-ci ne déterminent la destruction des tissus ou l'escbarification qu'en passant par le second mode d'action, l'action excitante locale ou fluxionnante.

Or le Calorique, selon le mode d'application qu'on en fait, est capable de toutes ces actions, ce qui nous fournit de suite une classification trèsvraie et très-heureuse, qui embrasse tous les procédés mis en usage pour accommoder cet agent aux besoins de la thérapeutique. On emploie donc le Calorique à titre :

i" D'excitant général (à tel degré qu'il n'agisse pas d'une manière excitative ou en altérant l'intégrité des tissus vivants, ce qui constituerait alors une brûlure générale et la combustion), et les formes sous lesquelles on l'administre dans ce but sont :

Les boissons chaudes, l'insolation générale, l'exposition devant un foyer de chaleur, l'étuve sèche et humide, tous les procédés de bains do vapeurs, le bain liquide, les bains solides, le contact du corps de l'homme ou d'autres animaux, etc., etc.

Sans addition du Calorique non naturel, on active, chez l'homme, la fonction pyrétogénésique générale par l'exercice musculaire, les frictions, la flagellation, etc., etc.

2° D'excitant local ou fluxionnant. Les moyens dont on se sert pour produire cette action sont : l'insolation peu concentrée par des verres lenticulaires faibles, les douches 'de vapeurs, les bains liquides partiels, le cautère objectif instantané, l'application des briques, bouteilles, sachets, linges chauffés, etc., etc.

Sans addition de Calorique non naturel, ou active chez l'homme la fonction pyrétogénésique locale par les frictions locales, la percussion l'exercice local, etc.

3° D'irritant ou modifiant les sécrétions, altérant et détruisant les tissus. Ici, suivant la durée du contact et la quantité de Calorique accumulé dans les instruments d'application, le Calorique est à la volonté épispastique ou caustique. La première de ces actions est obtenue par l'objection un peu prolongée de corps incandescents, l'eau cbaude, la vapeur d'eau très-rapprochée et frappant dans cet état la partie à bout portant, le marteau de Mayor, de Lausanne, les mélanges inflammables mis en combustion extemporanément sur la peau, etc., etc. La seconde action ou la cautérisation se pratique au moyen des différents cautères actuels et de tous les procédés de moxibustion.

MODES d'application DU CALORIQUE POUR PRODUIRE l'exCITATION GÉNÉRALE.

Avant d'exposer les divers moyens d'atteindre ce but, il nous semble important de jeter un coup d'œil rapide sur les importantes modifications qu'apporte aux effets du Calorique sur les êtres vivants et sur l'homme en particulier la faculté propre de calorification qui est départie à ceux-ci, ainsi que sur les rapports particuliers que cette faculté fait naître alors entre le Calorique du dehors et le Calorique vital et spontané.

Deux ou un plus grand nombre de corps bruts, placés les uns près des autres et pourvus de températures inégales, finissent par se mettre en équilibre de température^ c'est-à-dire que celui qui recèle le plus de Calorique en cède aux autres tant qu'il leur en faut pour qu'en définitive ils acquièrent une température uniforme.

Si ces corps sont de nature identique sous le rapport de la composition essentielle du poids, du volume, il est clair qu'ils absorberont pour équilibrer leur température des quantités égales de Calorique ; si, au contraire, ils sont de natures diverses, ils en absorbent des quantités variables en raison de leur densité spécifique, de leur volume, de l'état de leurs surfaces, etc., ce qui constitue la capacité relative des corps pour le Calorique, etc., etc. Il est loin d'en être ainsi entre un corps inorganique et un être vivant pourvus de températures inégales.

L'équilibre ne s'établit jamais, à moins cependant que la température extérieure au corps organisé ne soit portée à un degré d'élévation ou d'abaissement tel, qu'elle devienne incompatible avec l'état de vie. La matière rentrant alors sous le régime des lois générales de la nature, n'offre plus de résistance à leur action ; et nous voici retombés dans les circonstances communes indiquées plus h;iut.

Dans le cas contraire, c'est-à-dire tant que les limites d'une température compatible avec le maintien de la vie ne sont pas franchies, la température extérieure a beau s'élever d'un grand nombre de degrés au-dessus de celle qui est propre à l'homme, par exemple, ou bien descendre considérablement au-dessous, l'organisme recèle en lui des moyens puissants de neutraliser ces deux influences opposées et de conserver au Sénégal ou

en Sibérie, dans une étuve ou dans une glacière, sa somme invarialile de Calorique.

Notre tâche n'est pas de chercher à pénétrer dans ce moment le mécanisme de cet important bénéfice de la vie ; disons seulement que la faculté qu'ont tous les animaux^ mais ceux à sang rouge et chaud principalement, de garder une température constante et indépendante au milieu d'une atmosphère à plusieurs degrés au-dessous de zéro, relève des lois de réaction organique qui assurent et protègent la vie contre tous les agents qui la menacent, et paraît plus spécialement avoir sa raison dans une activité augmentée des phénomènes de composition et de décomposition nutritives ; suractivité végétative et innervatrice nécessitée et déterminée par les efforts du principe de vie pour s'opposer à l'inlluence sédative et antivitale d'un froid intense.

La faculté opposée, celle qui donne aux êtres organisés le pouvoir de se maintenir à un degré de température invariable dans un milieu beaucoup plus chaud qu'eux-mêmes, cette faculté a été attribuée par les physiciens et les physiologistes mécaniciens de nos jours à une circonstance plus étrangère aux lois vitales que la précédente.

L'excitation générale causée, suivant eux, par l'application du Calorique à l'économie, se fait sentir à la peau plus spécialement encore qu'aux autres appareils, et un de ses résultats consiste dans l'élimination d'une quantité considérable de transpiration insensible et de sueur. Or l'évaporation de cette exhalation surabondante s'opère aux dépens du Calorique fourni par l'individu, ce qui en diminue d'autant la somme excessive, et vient, par un secours merveilleusement approprié, préserver l'organisme des effets fâcheux qu'aurait infailliblement pour lui ce surcroît de chaleur.

Mais cette opération toute physique est d'abord essentiellement subordonnée à une opération toute vitale, toute du ressort de la nature médicatrice; car, pour qu'il y ait une évaporation et le rafraîchissemant qui la suit, il faut probablement que l'organisme ait dirigé sa réaction vers la peau, ou tout au moins vers la surface pulmonaire, ce qui est un cas plus rare, moins heureux et souvent fâcheux. Ce privilège de neutraliser les effets nuisibles d'une température ambiante supérieure à celle du corps est donc le fruit d'un acte vital puissamment secondé par le concours d'un fait physique. Si l'on en voulait une preuve, il suffirait d'observer ce qui se passe au moment oii finit le second stade d'une fièvre intermittente légitime, pour faire place au troisième. A peine la peau commence-t-elle à s'ouvrir, et môme avant qu'elle ait livré cours aux premières émanations de la transpiration insensible, le malade se sent déjà moins brûknt, son pouls se ramollit, en un mot toutes les angoisses de la période de chaud sont devenues moins pénibles pour s'absorber définitivement et disparaître dans l'abondante sueur du dernier stade. L'évaporation ne saurait être invoquée ici pour expliquer une rémission de chaleur qui s'est manifestée avant qu'elle ait pu avoir lieu.

D'ailleur-s, comment accorder avec cette opinion les cas de fièvres iatermittentes anormales dans lesquelles le stade de chaleur est le stade terminal ?...

Mais, objectera-t'on, l'apyrexie ou l'absence de chaleur ne survient que parce que la cause qui l'avait déterminée est épuisée, suhlatâ causa tollitur effectus. Epuisée ! malheureusement non, car elle reparaîtra le lendemain, le surlendemain, etc., selon le type delà flèvre, bien que le sujet ne vive plus sous l'influence des conditions extérieures qui l'ont engendrée, et qu'il porte désormais en lui la source, le principe d'un nombre indéfini d'accès.

Il faut bien se laisser conduire à penser que cette sédation spontanée de l'organisme lui appartient essentiellement, et est assimilable à celle qu'il oppose à tous les agents excitants; soit que ce bienfait résulte d'un suétudisme particulier ou de l'épuisement de i'incitabilité, comme l'ont prétendu Cullen et son fameux élève Brown, ce qui est une puérilité, car c'est dire tout naïvement qu'il y a débilité, parce qu'il y a absence de force ; soit plutôt que ce fait relève les lois conservatrices de l'organisme, et ne puisse avoir son explication dernière que dans sa finalité.

Ceux qui attribuent à la seule évaporation le phénomène conservateur que nous venons d'étudier supposent implicitement la faculté pyrétogénésique des animaux adultes à sang rouge et chaud, la même en été qu'en hiver, ce qui est démontré faux par les admirables expériences de M. Edwards, desquelles il résulte qu'au fait de cette évaporation plus considérable pendant l'été et de sa diminution pendant l'hiver, l'organisme joint insensiblement, et par un pouvoir spontané complètement étranger à quelque circonstance extérieure que ce puisse être, la faculté de contribuer à maintenir sa -température propre sous le plus ardent soleil des tropiques.

Nous ne voulons pas dire par là que la température effective du corps soit plus élevée en hiver qu'en été ; il ne s'agit que de la puissance capable de produire ce résultat suivant le besoin. L'homme qui au mois d'août serait pris au dépourvu par un froid de zéro succomberait sans résistance, ou après de vains efforts de résistance, à l'action de cette température disproportionnée avec ses ressources pyrétogénésiques, tandis qu'au mois de janvier, il la supporterait victorieusement, et n'en serait que plus vigoureux et plus sain.

C'est que son organisme aurait eu le temps de se pourvoir insensiblement de la faculté d'opposer au froid extérieur une température spontanée propre à en contre-balancer et à en détruire les effets débilitants.

Retournons les conditions.

Que le même homme, au mois de janvier, sous une température de plusieurs degrés au-dessous de zéro, soit soumis tout à coup et sans transition à une chaleur de 28 degrés, son économie ne pouvant improviser une sédation spontanée suffisante pour se mettre en rapport avec le milieu excitant qui est venu si soudainement l'environner, succom-

bera à l'oppression indirecte de ses forces, comme tout h l'heure elle avait succombé à leur extinction directe. La sueur ruissellera inutilement sur tout son corps ; l'évaporation qui s'ensuivra pourra bien modérer un peu ses angoisses et suspendre quelque temps la stupeur du système, mais elle ne saurait remplacer celte faculté qui lui fait sans dommage supporter le môme degré de chaleur au mois de juillet. Ici, il devient donc indispensable d'admettre, pour expliquer les faits capitaux que nous avons dû signaler avec soin, autre chose que l'évaporation, dont nous sommes loin pourtant de contester l'énorme influence, sous un rapport bien différent toutefois.

La réfrigération causée par l'évaporation de la transpiration cutanée plaît à l'individu, le soulage et le rafraîchit, mais ce n'est pas de ce fait qu'il s'agit ici. Nous traitons en effet de la résistance que l'individu est en puissance d'opposer à une température très-élevée, et non des moyens qui peuvent résulter de telle ou telle circonstance physique, pour apaiser les sensations pénibles qu'il éprouve d'ua excès de chaleur.

Voyez, pour des éclaircissements plus satisfaisants sur ce point, les recherches que l'un de nous a publiées sur la chaleur animale dans le troisième volume de la première édition de cet ouvrage.

La conclusion forcée de tout ce qui précède est donc la suivante, que nous tirons du bel ouvrage de M. Edwards {De l'influence des agents physiques sur la vie). Il se fait un changement considérable dans la constitution des animaux à sang chaud par l'influence des saisons : l'élévation soutenue de la température diminue leur faculté de produire la chaleur, et l'état opposé de la chaleur augmente.

On met en général ces changements sur le compte de l'habitude, de la sensibilité émoussée à la longue par le contact des mêmes agents. De même, par exemple, que la peau qui avait d'abord impatiemment supporté l'application immédiate des tissus de laine flnit par y être indifférente, de même on croit que l'organisme, d'abord péniblement affecté par une chaleur excessive, s'y habitue insensiblement, parce que son système nerveux s'est en quelque sorte blasé comme le palais d'un gastronome, comme l'estomac d'un ivrogne, etc., etc.

Les faits qui nous occupent sont pourtant en dehors des lois auxquelles sont soumis ceux qu'on leur assiiuile.

Brown s'est grossièrement trompé en affirmant qu'il s'agit, dans es cas, d'incitabilité accumulée et d'incitabilité épuisée. Si en hiver l'organisme se modifie de manière à pouvoir développer d'autant plus de Calorique qu'il fait plus froid, et ainsi préparé il subit moins péniblf^ment l'action de ce milieu, il ne faut pas l'attribuer à ce que l'absence d'une vuissance incitante externe, le Calorique, a permis à cet organisme d'accumuler une plus forte somme d'incitabilité, en vertu de cette loi formulée par le réformateur écossais, savoir : que l'incitabilité abonde quand on lui applique peu de stimulus, mais tout simplement parce que, par iune admirable compensation, l'homme et les animaux à sang chcaud (les

hibernants exceptés) produisent d'autant plus de Calorique que les agents physiques leur en fournissent moins. Réciproquement, si en été l'organisme perd sa faculté pyrétogénésique en proportion directe de l'intensité de la chaleur atmosphérique, ce n'est pas en vertu de cette autre proposition brownienne, où il est dit : rincitabilitê est consumée lorsque le stimulus est trop violent, mais tout simplement encore parce que l'organisme produit d'autant moins de Calorique qu'il lui en est plus fourni par les agents physiques.

Ce n'est pas sans raison, comme on va le voir, que nous avons tant insisté sur l'importante distinction qu'il y a à faire entre la température du corps, qui n'est qu'un effet actuel, et la puissance ou le foyer d'oii elle émane. La première, prise à l'intérieur, est à peu près invariable chez tous les hommes (36 degrés deux tiers centigrades, 98 degrés Fahrenheit) jeunes ou vieux, forts ou faibles, sains ou malades, en été et en hiver, dans les climats les plus opposés, etc., etc.. Mais il est loin d'en être de même pour la faculté de réparer les pertes de cette température ; et si l'effet ou le produit est identique dans toutes ces circonstances, la cause ou la puissance est susceptible de remarquables différences, relativement aux circonstances énumérées plus haut. 11 suit de là que les indications de l'application du Calorique à l'organisme ne sauraient être puisées dans la considération du degré de sa température intérieure, effective, thermométriquement évaluée, puisqu'elle est la même dans toutes les conditions.

Oîi donc est la source de ces indications ?

1° Dans l'appréciation du degré de puissance dont jouit l'individu pour ' réparer les pertes de son Calorique propre et maintenir sa température au milieu des influences qui tendent à l'abaisser.

2° Dans l'appréciation du degré de pouvoir émissif on d'émanation qu'il a pour irradier et distribuer également à toutes ses parties la somme de Calorique incessamment produite en lui.

Au premier coup d'œil, on serait tenté de regarder comme superflu renoncé de la seconde source d'indication, tant elle paraît renfermée dans la première. Il ne nous semble pourtant pas qu'il en soit ainsi. Oui, l'affaiblissement de la première de ces facultés entraîne presque toujours l'affaiblissement de la seconde, mais celle-ci peut être singulièrement altérée et diminuée, la première étant restée la môme. Par exemple, il est certains états morbides qui pervertissent le mode de répartition naturelle du Calorique organique, qui l'accumulent dans certaines parties pour en priver d'autres, et bien que ces anomalies soient souvent le signal d'un alTaiblissement radical du principe vilal et de la faculté pyrétogénésique qui lui est si immédiatement liée, on les voit se manifester aussi dans des circonstances où il est impossible de leur assigner cette origine, et on est alors forcé de ne plus supposer qu'une impuissance ou une aberration dans le pouvoir émissif, dans le mode de dispensation de la chaleur vitale.

Maintenant, quelles fonctions i'aut-il interroger, quel signe consulter pour reconnaître que l'une et l'autre ou l'une ou l'autre de ces indications se présente à remplir? En premier lieu, les impressions du malade et la nature de leurs effets, puis la température, non plus de l'intérieur du corps et des parties défendues contre l'influence débilitante de la température extérieure, mais le degré de celle qu'il perçoit à la surface cutanée.

Il est donc imposible d'assigner des termes absolus aux quantités de Calorique qu'on doit appliquer à l'économie comme moyen thérapeutique. On ne le pourrait que dans le cas où l'indication de l'emploi de cet agent reposerait sur l'évaluation d'une circonstance calculable et déterminée, comme serait celle du degré de température propre aux animaux adultes à sang chaud, si elle était susceptible de varier ; car alors on agirait pour rendre à l'économie du Calorique jusqu'à concurrence de 36 degrés centigrades. L'intensité des moyens pourrait être déterminée à l'avance par cette donnée. Le thermomètre indiquant tant de degrés d'abaissement, on y proportionnerait l'énergie et la durée des moyens de réchauffement; bientôt il annoncerait que l'organisme a recouvré sa somme de température, et on suspendrait l'application de Calorique extérieur. Tout dans cette supposition se passerait comme sous l'empire des lois physiques. C'est alors qu'il serait facile de formuler les doses de Calorique à employer- Mais rien de tout cela n'a lieu. Les circonstances qui fournissent au médecin les indications d'appliquer chez l'homme le Calorique comme excitant général des actions vitales, ces circonstances étant relatives :

1° Au degré de résistance que l'organisme joew^ opposer à l'action des influences internes ou externes qui tendent à diminuer sa faculté pyrétogénésique ( nous dirions presque sa puissance vitale, tant ces deux grands phénomènes sont étroitement liés et se recommandent l'un à l'autre ) ;

2° Au degré de régularité et d'uniformité avec lesquelles il distribue à toutes les parties ce Calorique animal, on sent qu'aucune mesure à cet égard ne peut être proposée, aucune règle tracée que dans des limites extrêmement larges et amovibles. L'action excitante du Calorique commence là où elle est sentie, là où le malade en reçoit une impression réfocillante et a la conscience du supplément qu'apporte à son foyer intérieur appauvri la bienfaisante influence de la chaleur extérieure. Elle cesse là où elle offense la sensibilité, là où elle surstimule les actions vitales, et devient par conséquent débilitante, là où elle gêne les fonctions respiratoires et pousse à la peau une exhalation copieuse et affaiblissante, là où elle fluxionne et va irriter les tissus, là, en un mot, où commence le degré qui ne la rend plus applicable qu'à des surfaces circonscrites dans un but révulsif ou dérivatif pour lequel nous avons établi le second et le troisième mode d'action" du Calorique.

Les considérations auxquelles nous venons de nous livrer, et dans les-

quelles nous avons été obligés d'anticiper un peu sur les droits de la Médication excitante, étaient indispensables pourtant dans le seul intérêt de ce qu'il est utile de savoir pour bien appliquer le Calorique comme excitant général.

MODE d'application DU CALORIQUE POUR PRODUIRE l'exCITATION GÉNÉRALE.

Boissons chaudes. Chacun sait que la température élevée d'une boisson excitante ajoute à ses propriétés par l'irradiation rapide à tout l'organisme de l'action excitante produite sur la surface gastrique qui se fait au moyen d'un liquide dont la température est élevée au-dessus de la sienne propre. Il ne faudrait pas croire qu'à ce mode d'action innervatrice et sympathique s'ajoute celle de la température de la boisson qui, absorbée, élèverait la température propre du sang, car lorsqu'une boisson quelconque passe dans le sang, sa température s'est mise au niveau de celle de l'organisme par l'effet des lois vitales invoquées plus haut.

Les boissons doivent être surtout prescrites à une haute température lorsque le médecin veut déterminer une excitation expansive qui ait pour terme la surface cutanée, comme dans la prescription des sodorifiques. Les liquides chauds sont le véhicule et la condition si indispensable de l'action de ces médicaments, que quelques auteurs attribuent, à tort selon nous, tout leur effet sudorifique à la température des boissons qui les contiennent sans vouloir faire la moindre part aux agents thérapeutiques qu'elles sont destinées à transporter dans l'organisme.

Insolation. Ce mot porte avec lui toute sa signification, et chacun sait user par instinct de l'exposition réfocillante du corps aux rayons du soleil. Les précautions à prendre pour en éviter les inconvénients et les dangers sont aussi connues de tout le monde, es inconvénients et ces dangers consistent surtout en des érysipèles, ou plutôt en des érythèmes simples et miliaires qu'on voit se développer sur les portions de peau délicates exposées aux premières ardeurs du soleil de mars et d'avril, ainsi que dans les chaleurs considérables de la canicule chez les ouvriers, les moissonneurs longtemps frappés par une autre chaleur.

D'autres accidents, consistant surtout en un délire maniaque et quelquefois en de véritables arachnitis, ont été vus résulter d'une insolation violente et prolongée. Les Abdéritains ayant écouté sous un soleil brûlant une tragédie d'Euripide, en éprouvèrent une telle exaltation cérébrale, qu'ils se mirent à courir comme des maniaques, déclamant avec une sorte d'inspiration furieuse les vers du poëte, jusqu'à ce que la fraîcheur de la nuit fût venue abattre et tempérer la surexcitation de leur cerveau.

Ces effets de l'insolation, auxquels contribua sans doute la vivacité des imaginations frappées par le spectacle [Euripidis Andromvdnm) , ne se bornèrent pas à une stimulation cérébrale passagère; il en résulta une fièvre d'un septénaire entier, appelée pour cela par Ramazzini Synocf/a

tragœdn, et qu'il rapproche d'une autre fièvre fort analogue due ;i des causes à peu près semblables, observée et décrite par lui dans une dissertation qui a pour titre : Conslitutin e/ndemica Mutinmsis, anno 1691. Sauvages, qui faisait autant d'espèces de fièvres qu'il rencontrait de causes capables de les développer, établit une fièvre éphémère qu'il nomme ephemera ab insolatione, ephmtera ab fiypocauslis.

Doit-on partager l'opinion des anciens médecins, qui attribuent au soleil du mois de mars et à celui qui règne pendant l'époque appelée canicule des qualités malfaisantes propres et particulières? Si pendant ces temps on éprouve de l'insolation des accidents dont nous avons parlé, doit-on penser qu'au sortir de l'hiver ils sont relatifs à l'état de la peau, qui a cessé d'être habituée à l'action d'une insolation énergique et se trouve offensée par le stimulus insolite qui lui est tout à coup appliqué ? Et quant aux mêmes accidents et aux déUres, aux fièvres éphémères qu'on a vus produits par le soleil de la canicule, ont-ils leur explication suffisante dans l'intensité brûlante et la continuité extraordinaire de l'insolation à cette époque de l'année? Ces questions sont bien difficiles à résoudre, ici surtout, car leur solution se rattache à des considérations sur la physique générale dont nos savants n'ont pas daigné encore s'occuper. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas trop se presser pour résoudre affirmativement, dans le sens oii elles sont posées, les deux questions que nous avons dû nous faire.

Les anciens, et surtout les Grecs, utilisaient bien plus que nous les bienfaits de l'insolation. Ils ménageaient au-dessus de leurs habitations des espèces de plates-formes appelées salaria, où les personnes convalescentes, débiles, les scrofuleux, mais surtout les vieillards, allaient recevoir de la nature cette puissante médication ; les vieillards qu'Hippocrate qualifie si souvent de froids et iV humides, qui ont si peu de Calorique inné, senes parùm habent calidi innati. Les frictions sèches pratiquées sous cette influence ne contribuent pas peu à la rendre plus active.

Quand on veut employer l'insolation pour produire une excitation douce, générale, uniforme, sans perte et avec profit pour l'organisme, il ne faut guère choisir les époques oii l'atmosphère depuis longtemps embrasée et le sol brûlant jettent toutes les fonctions dans la débilité et l'affaissement plutôt que de les activer, comme cela a lieu au miheu de nos étés les plus chauds ; car alors les conditions extérieures sont compliquées, et le Calorique n'agit plus seul.

Il agit non-seulement, en effet, avec les inconvénients qui résultent immédiatement de son excès, mais il s'y joint des influences qui en neutralisent les effets : tels sont la raréfaction de l'air qui détermine un commencement de légère asphyxie, d'où la fréquence et la gène accablante de la respiration insuffisante pour hématoser convenablement le sang; puis les sueurs continuelles et abondantes qui ajoutent encore à la perte des forces; puis l'état électrique de l'atmosphère qui brise le puissance musculaire, altère les digestions, produit ou renouvelle les

céphalalgies, les anciennes douleurs, en un mot, abat et pervertit l'innervation, etc., etc. L'insolation accroîtrait alors tous ces inconvénients, et les lieux défendus des rayons du soleil sont déjà assez échauffés pour fournir à l'économie la dose de Calorique extérieur nécessaire à son excitation. Néanmoins, des convalescents affaiblis par de longues et pénibles maladies oii l'énergie des traitements s'est unie à la violence des réactions pour porter une profonde atteinte aux forces vitales et surtout à la fonction pyrétogénésique, se trouvent très-bien des expositions courtes et répétées, même aux ardeurs du soleil, dans les conditions atmosphériques que nous venons de signaler. Ils n'en ressentent alors que l'aclion vivifiante sans en subir les inconvénients. Il est évident que tout ceci est relatif à l'état des forces de l'individu, et qu'un homme sera abattu par 20 degrés de chaleur qui réconforteront un individu affaibli et sans puissance pyrétogénésique. Ceci est l'application des lois établies plus haut.

On aura recours à l'exposition devant un foyer large, bien nourri et flamboyant, lorsque l'insolation sera rendue impossible par un motif ou par un autre. Pour retirer de celle-ci tous les avantages dont elle est susceptible, il convient, au printemps surtout, et toutes les fois que la chaleur n'est pas fort intense, de choisir les lieux exposés au midi, bien abrités, et de s'adosser à des murailles les plus blanches possible, de se placer en un mot au voisinage de surfaces et de remparts disposés par l'art ou par la nature de manière à augmenter la force de l'insolation directe de tout ce que peut lui ajouter la réflexion du Calorique qu'elle irradie. La tête devra être soigneusement couverte, et les parties antérieures du corps auxquelles correspondent les centres vitaux, plus particulièrement offertes aux rayons solaires. Il sera utile aussi, comme nous l'avons déjà dit, d'aider l'action de l'insolation par les frictions trèsdouces pratiquées principalement sur les régions que nous venons d'indiquer avec une brosse molle ou un morceau de flanelle.

Etuve sèche, étuve humide, bain de vapeurs, bain chaud. L'étuve sèche, bain sec gazeux, hypocaustum, sudatorium, laconicum des anciens, était autrefois beaucoup plus usitée que de nos jours. On peut même dire qu'elle est, chez nous au moins, complètement tombée en désuétude. L'étuve humide ou bain de vapeurs l'a généralement remplacée. La première est tout simplement une chambre particulière, plus ou moins spacieuse et fortement chauffée, où on s'expose quelque temps nu ou recouvert de vêtements légers, dans le but d'exciter les fonctions de la peau et de provoquer une abondante sueur générale.

Les Turcs ont conservé, comme moyen hygiénique, l'usage de l'étuve sèche. Les Russes, et les Finlandais surtout, en font une pratique journalière, moins cependant que de l'étuve humide.

Nous avons dit que cette dernière manière d'appliquer la vapeur d'eau était presque généralement substituée à l'étuve sèche ; en France pour-

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tant, l'une et l'autre sont presque oubliées, comme moyen hygiénique au moins.

Chez les anciens Égyptiens, l'étuve humide avait un but de prophylaxie, de plaisir et de délassement. Ils apportaient dans la construction et la décoration de ces lieux un luxe et une magnificence inouïs. Dans les mêmes régions et ailleurs, les Turcs ont reçu d'eux cette coutume, et le prophète leur en fait une loi. Le plus petit village, pourvu qu'il y ait une mosquée, a aussi son bain public.

La salle des bains, dit Savary dans une de ses lettres sur l'Égypte, est un appartement spacieux et voûté; il est pavé et revêtu de marbre. La vapeur sans cesse renaissante d'une fontaine et d'un bassin d'eau chaude

s'y mêle aux parfums qu'on y brûle Un nuage de vapeurs odorantes

enveloppe les baigneurs et pénètre dans tous les pores. Après le massage, qui consiste à presser méthodiquement toutes les articulations, les baigneurs fument et prennent du café. Les serviteurs de ces lieux apportent dans leurs soins une adresse extraordinaire ; la fatigue des membres disparaît sous leurs doigts. On éprouve, suivant le même auteur, une souplesse, une légèreté jusqu'alors inconnues. Il semble que l'on vient de naître et que l'on vit pour la première fois ; un sentiment vif de l'existence se répand jusqu'aux extrémités du corps. Il paraît que ces bains ont, pour ceux qui en abusent, l'inconvénient de rendre les chairs décolorées, flaccides et pendantes, de disposer aux céphalalgies, aux syncopes, etc., etc., et qu'il n'est pas rare de voir finir par l'hydropisie la vie de ceux qui par état y servent les autres.

Les Romains accueillirent aussi avec fureur les bains orientaux. On en comptait à Rome huit cent cinquante-cinq publics, tous lieux de débauche. Les Gaules en furent dotées par les proconsuls de cette seconde Babylone; la salle des thermes de Julien, dont la rue de la Harpe conserve encore d'assez beaux restes, atteste cette importation.

Sous les rois de la seconde race, l'usage s'en perdit; puis leur réintégration date du retour des croisés, qui en avaient contracté l'habitude, et s'en étaient fait un besoin dans leurs glorieuses migrations. Dès cette époque les étuves se multiplièrent à Paris à ce point qu'on ne pouvait faire un pas sans en rencontrer, indépendamment des deux rues des Etu, ves, qui s'en composaient entièrement. A" peine le jour paraissait-ilqu'on entendait les barbiers-étuvistes parcourant les rues en criant :

Seignor que vous allez baingnier Et estuvez sans délaïer, Les bains sont chaut, C'est sans mentir, etc.

Un Jacques Despars, médecin de Charles VII, s' étant mêlé de blâmer les étuves et de signaler le danger des sueurs excessives, fut tellement menacé de la vengeance des barbiers, qu'il abandonna les honneurs de

rarchiâtrie, et alla se confiner dans son pays natal, où, pour oublier sa disgrâce, il se mit à commenter les œuvres d'Avicenne.

Comme autrefois à Rome, les étuves, sous Louis XI, furent des rendezvous de débauche; on les fréquenta encore pendant les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, et depuis lors elles tombèrent peu à peu en désuétude. Elles furent longtemps nécessitées par le manque de linge, et depuis quelques années seulement on a commencé à les réhabiliter selon la méthode russe.

Les Russes de toutes les classes se livrent à cette coutume en y joignant une pratique qui révolte notre facile impressionnabilité. Au sortir de leurs étuves bouillantes, où une épaisse vapeur se dégage par l'effusion de l'eau sur des fourneaux ou des cailloux rougis, et après s'être fait frotter avec des verges de bouleau assouplies dans l'eau, ils vont, suivant leur condition et leur fortune, ou recevoir des douches froides, ou bien se rouler dans la neige, se plonger dans un étang, et s'administrent ensuite le seigneur russe sa rôtie au vin et à la bière, l'esclave ou le paysan un verre d'eau-de-vie de grain.

Les établissements d'hydrothérapie, qui se sont multipliés en peu de temps, nous reproduisent les étuves russes. Dans la salle destinée aux bains de vapeurs sont disposés des degrés en amphithéâtre, et suivant la dose de chaleur et de vapeur qu'on peut recevoir, on s'assied à des degrés supérieurs ou inférieurs. Nous allons même jusqu'à risquer la transition brusque et extrême du suda(07num à la douche froide, mais pas encore au bain de neige. Ces organismes du Nord si inébranlables, cescolosses de la Moscovie si durement cimentés, que nos héroïques légions étaient obligées de les démolir su7^ place, sans pouvoir les prendre, suivant l'expression du soldat du siècle, de pareils hommes jouent et s'endurcissent avec des moyens que nos mœurs et notre délicatesse nous font peu employer, si bien que nous commençons à peine à les compter au nombre de nos agents prophylactiques.

Nous renvoyons, pour la description des autres procédés très-diversimaginés pour l'emploi des bains généraux de vapeurs, aux ouvrages qui traitent de cette matière ex professo. Cette tâche exigerait tout un volume. On peut consulter sur ce sujet l'ouvrage de M. Rapou, de Lyon [Delà méthode fumigatoire, Paris, î823).

Quand on emploie les bains de vapeurs dans un but thérapeutique,, il est bon de n'y exposer que Je torse et les membres : on évite ainsi les inconvénients que les fonctions respiratoires ressentent presque toujours du contact de la vapeur; on permet une transpiration pulmonaire abondante et avantageusement supplémentaire qui permet de continuer plus longtemps et avec plus d'énergie l'application de ce moyen. Un nombre infini d'appareils se disputent la préférence pour remplir cet objet. Nous ne pouvons en entreprendre la description sans nous jeter dans des longueurs stériles. Le praticien se trouve ou dans une grande ville, et alors les établissements ne lui manquent pasoti il puisse envoyer ses malades^

et là, toutes les précautions, tous les soins connus leur sont facilement donnés; de plus, des bains de vapeurs comme ceux dont nous parlons sont maintenant transportés à domicile. Ou bien le praticien veut avoir recours à ce moyen thérapeutique dans des localités dénuées des précieuses ressources qu'offrent les villes populeuses; dans ce cas, la nécessité lui suggérera toujours assez d'industrie pour improviser un appareil simple et sans frais. Des couvertures de laine montant jusqu'au cou et isolant exactement la tête, puis élargies en forme de cloche vaste et partout soigneusement interceptée autour du malade placé sur un siège à jour (une chaise sans fond, une planche étroite reposant en travers sur des chaises, servant elles-mêmes à éloigner les couvertures et à circonscrire plus largement le malade) ; au-dessous ou à côté de lui, un grand vase contenant del'eau dégageant le plus de vapeur possible, dégagement que le malade favorise lui-même en remuant le liquide avec un bâton ; un lit bien sec et chaud prêt à le recevoir suant, et où il pourra eniretenir le mou'/ement fluxionnaire de la peau par une boisson chaude et

sudoriflque, etc voilà l'idée grossièrement esquissée d'un procédé

extemporané ; le praticien s'ingéniera sans peine pour le modifier selon les exigences de sa position et de celle du malade.

Sans obliger celui-ci à quitter son lit, on peut diriger sous ses couvertures, tenues relevées par un long cerceau d'osier ou une suite de ces petits cerceaux dont on recouvre les membres fracturés, pour les garantir des chocs et du poids des garnitures de lit, un tuyau conduisant la vapeur fournie par une marmite ou un vase fermé quelconque, contenant de l'eau en ébullition sous le foyer de l'appartement. En un mot, la fin étant connue et désirée, rien n'est plus simple que la combinaison et l'appropriation variable des moyens. La sensibilité du malade, la nature de son affection, l'énergie des effets qu'on veut obtenir, régleront le praticien dans la graduation de la chaleur qu'il devra employer.

L'invasion du choléra asiatique a fait surgir dans nos hôpitaux une foule d'appareils plus ou moins commodes pour administrer le Calorique sous forme sèche ou humide, sans sortir les malades de leurs lits. La pratique domestique remplace chaque jour ces coûteuses machines par mille petites ressources que suggère l'occasion, et pour l'arrangement et l'emploi desquelles une règle ne peut être établie.

Le bain chaud liquide est un des moyens qu'on met le plus communément en usage. On verra, lorsque dans un instant nous exposerons les effets physiologiques du Calorique et leurs particularités suivant la diversité des moyens d'application de cet agent, quelles sont les règles de son emploi, ainsi que les contre-indications qui résultent de la densité du milieu qui le constitue.

Les bains solides sont le bain de sable ou arénation, recommandé par Celse, Dioscoride et Galien. Les habitants des pays chauds, les Arabes entre autres, s'enfouissent dans le sable de leurs plaines brûlantes pour se guérir des anasarques. Le fameux Solano de Lucques prescrivait fré-

quemment ce bain en Espagne, et faisait prendre au malade qui y était plongé du vin et des substances toniques.

Outre le sable, on a aussi employé, pour composer des bains solides,

la cendre, le plâtre, le son, la terre, etc , chauffés à divers degrés.

On peut assimiler à cette espèce de bains secs la coutume partout répandue d'envelopper certains malades dans des couvertures de laine chauffées, ainsi que celle de bassiner les lits par les différents procédés que tout le monde connaît assez.

M. J. Guyot a publié dans le numéro de juillet 1833 des Archives générales de médecine un excellent travail sur l'influence thérapeutique de la chaleur atmosphérique, oîi il a indiqué plusieurs appareils de son invention pour administrer la chaleur sèche d'une manière générale, diffuse et locale. Il se sert, pour chauffer l'encaissement où il place la partie ou l'individu, de veilleuses dont la chaleur est transportée à l'aide de cheminées ou de tuyaux dans toute l'étendue de la boîte qui renferme les parties qu'on veut soumettre au Calorique. Il élève la température de ces petits espaces à tous les degrés voulus depuis 20 degrés jusqu'à 70 degrés et au delà.

Depuis ce temps, M. Jules Guyot a publié un traité spécial sur cette matière {Traité de rincubation et de son influence thérapeutique, Paris, 1840).

C'est une des meilleures monographies de l'époque, et sans partager toutes les opinions de l'auteur sur le rôle qu'il attribue au Calorique dans la formation des organismes et dans leurs fondions, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître que la plupart de ces idées sur cet agent important sont justes et pratiques. C'est surtout au traitement des plaies que M. Guyot a appliqué l'incubation. Nous allons extraire de son ouvrage d'excellentes généralités. Il nous a été donné plusieurs fois de constater l'exactitude et la bonté des résultats qu'il expose et des idées qu'il a sainement formulées.

« Nous devons maintenant examiner plus spécialement comment l'incubation agit sur l'organisation malade.

« Nous distinguerons d'abord son action locale et son action générale.

« Le premier effet local, le plus constamment produit par l'incubation, est la disparition de la douleur, après un temps très-court de son application.

« Ulcères, plaies, amputations, inflammations, tumeurs blanches, rhumatismes, partout où la douleur existe, elle disparaît sous l'influence de l'incubation.

« Le second effet, celui qui s'est reproduit le plus grand nombre de fois après la disparition de la douleur, c'est la disparition de la rougeur. Que cette rougeur soit inflammatoire ou passive, elle ne tarde pas à disparaître dans la chaleur de Sô'-I-O c. ; jamais en aucun cas des applications de l'incubation, soit aux plaies, soit aux surfaces saines, la rougeur ne s'est manifestée, jamais aucune trace d'inflammation n'est apparue;

toute coloration érysipélateuse, toute teinte anormale de la peau, s'est au contraire dissipée, ou subitement ou peu à peu.

« Enfin la tuméfaction des parties malades a constamment diminué et le plus souvent disparu par l'incubation ; mais ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il en est de même et pour la tuméfaction active ou inflammatoire et pour la tumeur passive ou par engorgement. Ainsi le phlegmon et l'érysipèle se résolvent par la chaleur comme l'œdème ou l'engorgement lymphatique. Il importe néanmoins de faire ici une remarque : si une tumeur inflammatoire aiguë n'est plus susceptible de résolution, parce que la suppuration est formée, l'incubation joue le rôle de résolutif pour toutes les parties environnant le foyer, et celui de maturatif pour le foyer lui-même ; dans ce cas, la tuméfaction se circonscrit rapidement ; une douleur vive, en un point, se fait sentir malgré l'incubation, et l'abcès ne tarde pas à s'ouvrir spontanément, s'il est superficiel; s'il est profond, c'est une indication pressante et positive de donner issue au pus, sans suspendre en aucune manière l'action de la chaleur, qui réparera promptement les désordres en donnant un secours énergique aux organes malades.

« Ces trois manières d'agir de l'incubation sur la douleur, la rougeur et la tumeur, ensemble ou séparément, lui donnent des propriétés thérapeutiques fort différentes en apparence, et que, dans le langage médical, on désignerait par des noms tout à fait opposés.

« Ainsi, si nous considérons la température de 36 degrés, agissant sur un phlegmon naissant ou sur un érysipèle, nous affirmerons qu'elle est antiphlogistique au plus haut degré ; si nous la voyons agir sur un ulcère indolent ou sur un œdème, nous dirons qu'elle est excitante et résolutive ; si son action porte sur un abcès, nous serons convaincus qu'elle est maturalive; si elle agit sur une douleur rhumatismale ou névralgique, nous dirons qu'elle est sédative et antispasmodique ; enfin nous la jugerons tonique au plus haut degré, si elle raffermit des chairs flétries, si elle redonne un ton naturel et vigoureux aux surfaces pâles et blafardes, et surtout si elle arrête les progrès de la gangrène et de la pourriture d'hôpital.

« En réalité, l'incubation remplit toutes ces conditions et ne mérite aucun des noms particuîiers qui les désignent. Elle aide le principe organisateur à se débarrasser de tout ce qui lutte contre lui, et lui prête force et appui, elle vient au secours de la nature en marchant dans ses voies.

« La même contradiction en apparence et la même harmonie en réalité se manifeste, si nous considérons l'action incubatrice sur l'organisme tout entier. Si, par suite d'une longue et épuisante maladie locale, le malade se dissout dans les suppurations sanieuses, dans les diarrhées colliquatives, s'il se consume dans la fièvre adynamique, l'incubation relève ses forces, calme le pouls, arrête le dévoiement, modère la suppuration. Si, par suite d'une inflammation locale violente, ou de la réaction d'une opération grave et douloureuse en plein état de santé, tous les

MÉDrCAMENTS EXCITANTS,

signes d'une fièvre inflammatoire se manifestent, céphalalgie, rongeur de la face, pouls plein et rapide, etc , l'incubation calme le pouls, dissipe la fièvre, etc. Voilà donc tour à tour l'incubation tonique et antiphlogistique. Si l'organisation d'une femme est en proie à ces mouvements nerveux si tenaces et si douloureux qui caractérisent l'hystérie, la chaleur ramène le calme et la santé, elle est antispasmodique; si, dans la chlorose, elle ramène les règles et efface les pâles couleurs, elle est stimulante, etc.

(i Dans son action générale, comme dans son action locale, l'incubation prête un secours physiologique au principe de la vie; elle l'aide à rétablir l'équilibre et l'état normal dans les actions organiques et dans les fonctions; elle n'est ni tonique, ni antiphlogistique, ni sédative, ni excitante, ni résolutive, ni stimulante, elle est adjuvante et régulatrice, voilà tout. Elle a créé l'organisation par son secours prolongé jusqu'à ce que l'organisation pût se suffire à elle-même ; elle vient l'appuyer et la soutenir quand elle est ébranlée : c'est un ami puissant qui nous a tirés du néant et qui nous aide encore quand nous venons à chanceler dans la voie de prospérité où il nous a placés.

« Qu'on ne se méprenne pas cependant sur la portée de ce secours : il a ses limites, ie l'ai déjà dit, et je le répète encore. L'incubation ne peut faire plus que l'organisation elle-même ne pourrait faire en pleine prospérité. 11 est une foule d'affections oil l'incubation serait impuissante. Que pourrait faire la chaleur dans les tubercules pulmonaires, dans les affections du foie, dans le cancer de l'estomac, dans la pneumonie, etc., etc. ?

« Il en est une foule dans lesquelles elle serait nuisible : ainsi, dans les atfections du cœur, dans les rétrécissements des gros vaisseaux, etc., etc., l'incubation serait certainement fatale. Puisqu'une infinité d'affections se développent au sein de l'incubation naturelle la plus parfaite, que pourrait faire l'incubation artificielle contre ces maladies?

« Dans les maladies mêmes où l'incubation est évidemment favorable, il ne faut attendre d'elle que ce qu'elle peut donner, c'est-à-dire un secours, une condition favorable de plus, qui n'exclut aucun autre bon moyen sanctionné par l'expérience ou suggéré par le tact et la sagacité du bon praticien. Une fracture comminutive aura toujours besoin d'un appareil contentif, une large plaie aura toujours besoin d'avoir ses bords rapprochés, un décollement aura toujours besoin d'être comprimé, une tumeur blanche aura toujours besoin de l'immobilité, des chairs exubérantes auront toujours besoin d'être reprimées, etc. En un mot, la chaleur d'incubation aidera la nature, favorisera le chirurgien, meltrala partie malade et le patient dans les meilleures conditions possibles de guérison, mais elle ne suppléera ni aux actions mécaniques nécessaires, ni à certaines actions médicales, soit locales, soit générales, indispensables dans une foule de cas.

« L'incubation agit puissamment sur les ulcères et sur les plaies

grandes ou petites ; mais il ne suffit pas toujours de mettre une plaie dans une température de 36 degrés pour en obtenir la guérison. Si elle est assez peu étendue ou assez peu grave pour Le pas entraîner la réaction générale, et pour n'avoir pas besoin de moyens contentifs particuliers, le fait seul de sa libre exposition à l'action directe et constante de l'incubation pourra suffire à sa cicatrisation, encore faudra-t-il enlever tous les deux ou trois jours les croûtes formées, soit avec une pince en agissant adroitement de dehors en dedans de la plaie, pour ne pas déchirer la cicatrice, soit par l'application d'un cataplasme; souvent il sera nécessaire de toucher avec le nitrate d'argent pour stimuler la cicatrisation. Dans ce cas, je recommande de ne jamais toucher trop près de la cicatrice, il faut toucher à deux lignes de distance au moins et seulement tous les deux ou trois jours. Souvent il sera bon de comprimer avec les bandelettes de diachylon des chairs trop flasques ou trop fongueuses; souvent enfin, dans les ulcères rebelles et principalement dans les ulcères calleux, l'application permanente des cataplasmes, dans l'incubation, sera nécessaire à la formation de la cicatrice autant qu'à la détersion de la plaie. Si les plaies et les ulcères appartiennent à des sujets lymphatiques, un régime fibrineux combiné avec l'emploi des ferrugineux, de l'iode et des toniques, sera nécessaire : les mercuriaux devraient être employés, s'il s'agissait d'une organisation infectée du virus vénérien.

« Dans les vastes plaies, telles que celles qui portent sur la plus grande partie d'un membre, on éprouve parfois quelque embarras pour en tenir toutes les parties également exposées à l'action de l'incubation. îl faut pourtant que cette condition soit remplie. Alors, au lieu de placer le membre appuyé sur un coussin, comme on peut le voir dans les figures 4 et 5, il faut le tenir suspendu par une espèce de hamac ou par des bandes clouées dans l'appareil, de façon que l'air chaud porte également sur les parties inférieures affectées et sur les parties supérieures. Si cette pratique était impossible, il faudrait faire reposer les plaies inférieures sur un cataplasme. Quand les plaies suppurent beaucoup, il faut, deux fois par jour, renouveler les coussins et les compresses qui reçoivent la suppuration, laver rarement, mais entretenir l'appareil dans le plus grand état de propreté. S'il y a des décollements ou des lambeaux à rapprocher, il ne faut pas craindre de couvrir avec des bandes une partie de la plaie pour opérer la compression ou le rapprochement. On peut également, pour enlever des croiîtes et varier les moyens, appliquer pendant trois et quatre jours des cataplasmes ; on peut aussi couvrir pendant un certain temps les plaies de bandelettes de diachylon, toucher avec le nitrate d'argent, faire même quelques pansements à plat avec cérat et charpie, toujours dans l'incubation.

(( Pour les plaies suppurant beaucoup, on peut agir, souvent avec avantage, sur l'état général, par les laxatifs salins ; aucune médication ne réussit mieux contre les résorptions purulentes que le sulfate de magnésie donné tous les deux jours à la dose de deux onces dans deux verres

d'eau. Il importe beaucoup de ne jamais recourir aux saignées et de ne jamais refuser aux malades une alimentation saine et modérée quand ils la réclament avec instance. Rien ne favorise plus les infections purulentes que la diète.

« Aussitôt qu'une plaie est placée dans la chaleur d'incubation, elle prend un aspect vermeil, une apparence de vigueur et d'activité, quel que soit son état antérieur de flaccidité et d'inertie. Dans les plaies fraîches ou anciennes il se forme un dégorgement abondant de sérosité sanguinolente, de sérosité purulente ou de pus, pendant les premiers jours de l'action calorique. Ce dégorgement, variable en quantité, en nature et en durée, suivant l'organisation, se tarit plus ou moins vite et arrive en général bientôt à l'état de pus très-épais et très-coagulable ; alors il se transforme en croûtes qu'il faut détacher tous les deux ou trois jours, parce que le pus, renfermé sous elles, creuse la plaie et détruit la cicatrice.

(c Toutes les fois qu'une plaie en pleine suppuration est soumise à l'influence de la chaleur normale, bien que cette suppuration soit de mauvaise nature, bien qu'elle soit hors de proportion avec l'étendue de la plaie, elle est promptement ramenée aux bonnes conditions dont je viens de parler.

« Je n'ai point remarqué qu'il fût possible dans les plaies humaines d'assigner un avantage de temps précis pour la cicatrisation. Cet avantage existe incontestablement, mais c'est sa mesure exacte qu'il me parait impossible de fixer, et cela se conçoit : la cicatrisation tient à l'activité organique de chaque individu, et même de chaque tissu ; c'est une opération qui demande un temps variable, mais nécessaire, et si la chaleur de 36 degrés met la plaie dans la meilleure condition pour que l'organisation en opère la cicatrice, l'organisation n'en reste pas moins le principal agent. L'emploi de la chaleur ne peut faire gagner en temps que ce que les espèces d'appareil, le cérat, la charpie peuvent faire perdre en irritant la plaie ; elle y ajoute encore ce que peut faire gagner l'absence de pansements douloureux et dilacérants, répétés tous les jours, ainsi que les alternatives de température auxquelles ils exposent les plaies. Enfin, en redonnant aux tissus intérieurs devenus extérieurs la chaleur naturelle qui leur manque, soit par leur position superficielle soit par l'altération de la circulation capillaire, l'incubation abrège encore le temps de la cicatrisation d'une certaine quantité; mais ce compte fait, il restera encore un temps plus ou moins long nécessaire à la formation d'une cicatrice.

« Lorsqu'on applique l'incubation aux phlegmons, aux érysipèles phlegraoneux, aux plaies dont la source est profonde avec des orifices étroits, et que la dessiccation du pus obstrue ces orifices et force le pus à séjourner et à former pour ainsi dire des abcès par congestion, il faut de temps en temps, et même constamment, appliquer des cataplasmes pour éviter ce grave inconvénient. Le bon effet de l'incubation, sur l'état général dans les affections inflammatoires locales, peut être secondé, pendant

toute la période d'acuité, par les laxatifs salins. Aussitôt que la lièvre est tombée l'alimeiitation doit commencer.

« Lorsqu'on applique l'incubation à une tumeur blanche dans laquelle la suppuration n'est point encore formée, pendant les premiers quinze ou vingt jours, il faut se borner à entretenir bien régulièrement les 36 degrés de chaleur ; mais si, plus tard, le progrès s'arrête, il faut appliquer des vésicatoires volants, dans l'appareil même, puis placer un appareil inamovible, et continuer l'action de l'incubation sans interruption pendant cinquante ou soixante jours ; après quoi, le malade pourra marcher pendant le jour, et remettre l'articulation malade dans la chaleur pendant la nuit.

« Si javais affaire à une tumeur blanche avec suppuration, je n'hésiterais pas, après avoir placé l'articulation dans l'incubation pendant quatre à cinq jours, à donner au pus une issue par l'application de la potasse caustique ; le foyer se viderait, se tarirait ; je placerais le membre dans un appareil inamovible, et j'oserais espérer une prompte et solide ankylose.

« Enfin, si javais affaire à une tumeur blanche désespérée, je la placerais dans l'appareil pour rassurer l'organisation en enlevant la douleur, je donnerais issue au pus pour suspendre la résorption, je ferais agir concurremment les laxatifs salins, puis je donnerais une bonne alimentation, si les symptômes généraux s'amendaient, et je ne pratiquerais l'amputation qu'après m'être ainsi parfaitement assuré que le malade n'est point frappé à mort, ce qui rendrait une opération cruelle tout à fait inutile.

H Je procéderais certainement ainsi dans toutes les affections des membres qui compromettent la vie du malade par de longues souffrances, par des suppurations abondantes, ou par la violence des symptômes qui suivent les désorganisations subites et profondes, comme celles produites par les écrasements, et je sauverais, j'en ai la conviction, bien des malades d'une mort certaine, ou du moins j'apprendrais qu'une opération qui les aurait douloureusement agités à leurs derniers moments n'aurait pu les sauver.

0 C'est particulièrement dans le traitement des tumeurs blanches que l'état général réclame une grande attention pour faire concourir efficacement à la guérison les analeptiques, les toniques et les ferrugineux, particulièrement chez les jeunes filles et chez les femmes.

« Par quelque moyen qu'ait été obtenu la guérison d'une tumeur blanche, il importe beaucoup de placer, pour plusieurs fois, un cautère dans son voisinage.

« Pour les œdèmes, les infiltrations, les affections de la peau, je n'ai point d'indication particulière à donner. L'apphcation exacte et constante des 36 degrés, l'emploi des cataplasmes et de tous les topiques que l'expérience a signalés comme convenables et efficaces, concurremment avec l'emploi de la chaleur : les pommades, les liniments, l'iode, le

mercure, l'arsenic, le soufre, etc., en un mot, tous les moyens usités dans les différentes maladies cutanées, loin d'être contre-indiqués, ne peuvent que recevoir une activité nouvelle de l'incubation, et lui prêter en même temps un appui, qui, souvent peut-être, sera indispensable. J'insisterai davantage sur l'application de l'incubation aux amputations, parce que cette application nous est plus connue, et qu'elle demande des précautions et des soins tout particuliers.

(i Et d'abord, je m'empresse de déclarer que si les plaies d'amputation guérissent mieux par l'incubation que par les autres procédés de pansement, ce qui est incontestable, du moins elles ne guérissent pas autrement, c'est-à-dire qu'elles se dégorgent, qu'elles suppurent et qu'elles se cicatrisent avec le temps. Les unes se réunissent presque immédiatement, les autres ne se réunissent qu'à la longue. Dans la plupart, dégorgement séro-sanguinolent et fort abondant, et, chose remarquable, plus il est abondant, plus les chances de succès sont grandes ; dans un petit nombre, il y a peu de suintement. Dans quelques cas, la suppuration louable commence vers le deuxième ou troisième jour; dans quelques autres, la plaie reste grisâtre et sans activité pendant sept ou huit jours, ce qui ne l'empêche pas d'arriver à bien. Nous avons observé, sans pouvoir en tirer aucun pronostic fâcheux ou favorable, que la suppuration était parfois odorante, et que parfois elle n'avait aucune odeur. Nous avons vu des plaques brunes se former sur les moignons et les faire ressembler à des jambons, et leur guérison s'est parfaitement opérée. Aucune de ces remarques ne peut autoriser, en aucune circonstance, la suspension de l'incubation; car cette suspension, dans un moment oii la position du malade n'a pas cessé d'être grave, sera toujours funeste. »

a II me reste maintenant à tracer une voie d'applications nouvelles en prenant pour base les faits actuellement accomplis et en procédant par analogie d'après les propriétés physiolo.^iques et thérapeutiques actuellement reconnues à l'incubation et d'après les caractères, également bien connus, des maladies auxquelles on pourrait l'appliquer.

« Puisque l'expérience nous a démontré que l'incubation faisait disparaître la douleur, la rougeur et la tumeur, soit actives, soit passives, ensemble ou séparément, toutes les fois que nous trouverons un ou deux de ces signes, ou les trois caractères réunis dans une affection locale externe, nous n'hésiterons pas à appliquer l'incubation ; nous n'hésiterons pas davantage si cet état est compliqué de plaie, d'ulcère, de fistules, de clapiers, de décollements, de plaques ou de lambeaux gangréneux, de pourriture d'hôpital, de suppurations abondantes, d'épanchements séreux ou sanguins ; au contraire, plus il y aura de ces symptômes réunis, plus l'indication d'appliquer l'incubation sera présente. Que les plaies soient produites par inllammation, par incision, par contusion ou par écrasement, peu importe, appliquons hardiment l'incubation, et nous aurons lieu de nous en féliciter.

« Je n'ose en dire autant des brûlures; je me rappelle qu'à l'Hôtel- Dieu j'avais appliqué, pendant trois jours, l'incubation à une vaste brûlure de la jambe; si mes souvenirs me servent bien, la chaleur augmenta la suppuration et les douleurs, et c'est ce qui m'engagea à enlever promptement l'appareil incubateur. Depuis ce temps (je parle de 1834), je me suis toujours abstenu d'appliquer la chaleur aux brûlures. J'ai peut-être eu tort de conclure si vite, d'autant que, dans des cas peu graves de brûlure, on peut refaire cette expérience.

« Quoi qu'il en soit, dans toutes les inilammations aiguës ou chroniques de la peau, circonscrites à un ou deux membres, ou à une surface peu étendue du tronc ou de la tête, nous appliquerons l'incubation, si d'autres moyens n'agissent pas plus simplement, plus promptement et plus sûrement qu'elle.

« Nous l'appliquerons dans toutes les inflammations du derme, la pustule maligne, le charbon, l'anthrax, soit avant, soit après avoir pratiqué les débridements souvent indispensables cà cause de la rapidité du développement des symptômes ; nous l'appliquerons aussi dans la gangrène sénile.

« Nous l'appliquerons dans toutes les inflammalions du tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire, dans tous les phlegmons superficiels et dans les phlegmons profonds des membres seulement. Nous l'appliquerons aux phlegmons des mamelles, à l'angioleucite, à la phlébite; dans les engorgements froids et les affections lymphatiques; dans les bubons, dans les orchites, dans les urétrites, dans les inflammations de la vulve et du vagin, bien entendu comme un aide efficace et nullement comme moyen exclusif.

« Nous trouverons la douleur, la rougeur et la tumeur réunies dans la goutte, et nous avons droit d'attendre un prompt succès de l'incubation,

« Le même ensemble inflammatoire se produit dans le rhumatisme articulaire aigu, et nous sommes assurés à l'avance que non-seulement la rougeur, la tumeur et les douleurs locales disparaîtront par l'incubation, mais que l'état général en sera promptement et favorablement modifié.

« Nous sommes autorisés, par deux cas importants, à employer l'incubation contre l'inflammation des séreuses, contre la pleurésie et la péritonite, soit que l'incubation agisse par révulsion sur la peau, soit qu'elle porte profondément son action ; un grand nombre de faits tendent à lui attribuer cette faculté. C'est parce que nous croyons qu'elle peut en effet agir profondément, que nous l'appliquerons dans les engorgements de l'utérus, dans la cystite aiguë et chronique, dans la leucorrhée, l'aménorrhée et la métrite.

« Mais si nous avons connu dans l'incubation des propriétés antiphlogistiques, résolutives et toniques, nous avons également constaté qu'elle possédait une puissance sédative, antispasmodique et régulatrice de l'état général non moins remarquable. Nous avons vu, sous son influence, la

fièvre inflammatoire comme la fièvre adynamique suspendue; nous avons vu l'état le plus déplorable de l'organisation revenir en peu de jours à l'état le plus normal. Etait-ce parce que Tincubation avait fait disparaître les accidents locaux, que les accidents généraux disparaissaient ainsi ? Ou bien était-ce par une action sédative qui est particulière à la chaleur de 36 degrés ? L'observation des faits semble prouver que c'était par l'une et l'autre cause ; car toutes les fois que l'incubation a été appliquée à une affection locale, sans réaction sur l'état général qui était en pleine santé, pendant les dix à douze premières heures le pouls s'est ralenti, des nausées se sont fait sentir et la tendance à la syncope s'est manifestée. Mais nous n'aurions pas ces exemples, que d'autres nous prouveraient la puissance d'action générale de la chaleur : la trente-deuxième observation, p. 128, oîi l'on voit l'incubation détruire en quelques heures les troubles nerveux les plus graves et les plus opiniâtres, et maintenir la guérison par une simple application intermittente de cinq à six heures par jour, suffirait à elle seule pour nous faire espérer les plus beaux résultats dans les perversions des fonctions du système nerveux et du système circulatoire, particulièrement chez les femmes.

« Aussi n'hésitons-nous pas à appliquer l'incubation, soit continue^ soit intermittente, dans l'hystérie, la chlorose, la chorée, la catalepsie; dans les convulsions des enfants, le tétanos, et dans toutes les affections qui pourraient se rapprocher de ces dispositions.

<( L'action de la chaleur sur les fièvres intermittentes ne peut-elle nous faire espérer que toutes les affections qui ont débuté par un violent frisson pourraient éprouver un grand bien d'une réaction vers la peau des membres inférieurs, du ventre, de la poitrine, longtemps soutenue par l'incubation? Cette incubation des membres inférieurs dans les fièvres typhoïdes, dans les inflammations des séreuses et des muqueuses, n'aurait-elle aucune efficacité, quand nous l'avons vu suspendre le délire, arrêter les vomissements, tarir les dévoiements les plus abondants? Serait-ce une témérité que d'oser en attendre du bien et de l'essayer dans ces circonstances? Je ne le crois pas. Et d'ailleurs l'innocuité évidente de l'action d'une douce chaleur sur une partie du corps autorise son emploi partout où le moindre espoir fondé d'obtenir une amélioration se manifestera.

« L'incubation est un moyen thérapeutique que je dépose avec confiance entre les mains de mes confrères ; et, quoiqu'il reste encore bien des expériences à faire, bien des particularités à observer pour déterminer tout ce qu'on en peut attendre et ce qu'on en doit seulement espérer, le peu que nous avons fait jusqu'ici suffit pour démontrer qu'il fera souvent du bien et jamais de mal. » (J. Guyot, op. cit.)

Plusieurs célèbres praticiens, et Sydenham entre autres, ont eu l'idée d'inoculer en quelque sorte du Calorique vital aux individus chez qui le pouvoir d'en produire est appauvri, en les mettant en contact dans un

CALORIQUE, ITt

lit avec de jeunes et vigoureux organismes pris, soit parmi les animaux domestiques, soit aussi par une sorte d'incubation d'homme à homme. C'est sans doute l'observation des mères couvant leurs petits qui a inspiré ces médecins.

Il est temps que nous j étions un rapide coup d'œil sur les effets du Calorique administré suivant les procédés que nous venons de faire connaître. Si nous n'avons pas exposé cette intéressante partie de l'emploi thérapeutique du Calorique à la suite de chacun des procédés d'application, c'est que les analogies et les différences des effets qui nous restent à étudier, résultent de circonstances communes, s'expliquent et s'éclairent les unes par les autres, forment en un mot un système auquel président les mêmes faits généraux et qu'il convient d'envisager simultanément.

Bains d'eau pulvérisée; hydrofère. M. Mathieu (de la Drôme), versé dans les études météorologiques, a créé un nouveau système de bains dans lequel il s'est appliqué à reproduire artificiellement le phénomène de la pluie.

Une forte pluie, sous le ciel de Paris, verse au plus en une heure J 2 litres d'eau sur une surface d'un mètre carré ; or, comme la section horizontale d'un homme assis représente à peine le quart d'un mètre carré, il en résulte que 3 litres d'eau, 4 au plus, suffisent amplement à un bain d'une heure, tandis que la baignoire en exige 2 ou 3 hectolitres.

Mais les effets hygiéniques et thérapeutiques de ce système balnéaire seront-ils les mêmes que ceux de la baignoire?

Les partisans de l'hydrofère, et ils sont nombreux, lui attribuent des avantages que nous allons rapidement énumérer.

1» Absence de pression. Dans la baignoire l'individu supporte une portion de la masse d'eau qui l'enveloppe et dont le poids varie entre 200 et 300 kilogrammes; cette surcharge ne crée-t-elle pas une gêne et quelquefois même un danger pour les organes de la circulation et pour ceux de la respiration? Nous savons que le phthisique s'accommode mal de la baignoire; les individus sujets aux congestions sanguines doivent également la redouter ; dans l'hydrofère, point de pression, point de surcharge anormale, la pluie extrêmement fine à laquelle la personne est soumise l'enveloppe d'un voile liquide dont l'épaisseur ne dépasse pas celle du tissu le plus léger, aussi les personnes délicates préfèrent-elles l'hydrofère à la baignoire.

De ce premier avantage en découle un second, l'absence de pression doit favoriser l'absorption, la peau et les autres tissus organiques sont compressibles; si l'on presse une éponge dans ses mains, il est évident qu'elle prendra moins d'eaii que si on l'abandonne à sa dilatabilité naturelle ; aussi l'absorption des liquides dans la baignoire, douteuse pour quelques-uns, niée par les autres, se fait parfaitement à l'hydrofère.

2° Percussion et renouvellement du liquide. Il serait oiseux de chercher à démontrer la supériorité du bain à l'eau courante sur le bain d'eau stagnante. Si nos fleuves et nos rivières roulaient des eaux à 30 degrés

ou 36 degrés, personne ne voudrait de la baignoire. C'est la nécessitéd'élever la température naturelle du liquide qui a fait créer ce que nous appelons la balnéation confinée. L'eau courante, par son action mécanique, détache, entraîne les sécrétions et tous les corps étrangers adhérents à la surface cutanée. L'exsudation, surtout en été, laisse sur l'épiderme un enduit d'abord visqueux qui se solidifie peu à peu, et doit finir par se dissoudre difficilement dans l'eau stagnante. Les Allemands l'ont bien compris; aussi ont-ils imaginé la Trumbad, sorte de baignoire ouverte aux deux extrémités, dans laquelle l'eau se renouvelle sans, cesse; mais la Trumbad ne peut s'appliquer que près des sources thermales d'une grande abondance, en égard à l'énorme quantité d'eau dépensée pour chaque bain.

L'hydrofère reproduit avec très-peu de liquide l'action mécanique de la Trumbad, car les précipitations aqueuses durent aussi longtemps que le bain arrosant sans cesse l'individu de la tête aux pieds.

Il faut aussi tenir compte de la percussion de cette multitude de gouttelettes d'eau, de l'excitation qu'elles doivent produire sur le système cutané et qui se traduit par une sorte de tuméfaction passagère trèsvisible au moment où l'individu sort du bain. Le témoignage des yeux atteste que l'hydrofère appelle le sang à la surface et dégage ainsi l'organisme intérieur.

3° Conservation des principes minéralisateurs des eaux. On sait que certaines eaux minérales, notamment des eaux sulfurées, ont peu de stabilité; au contact de l'air, elles se décomposent ou se dénaturent rapidement; comme la pulvérisation a pour effet inévitable de multiplier le contact des liquides avec l'air, quelques critiques s'étaient hâtés de conclure que l'hydrofère devait déminéraliser les eaux sulfurées ; on oubliait que la durée de ce contact est à peine d'un douzième de seconde, ainsi que l'attestent de calcul et des expériences faites avec soin. En effet, chaque globule d'eau ne touche à l'air que durant le très-court espace de temps nécessaire pour franchir une distance moyenne d'un demi-mètre environ; les analyses de MM. Poggiale et Réveil sont venues pour prouver, contrairement à l'opinion préconçAie des adversaires de la pulvérisation, que l'hydrofère, en raison de la rapidité de son action, affectait beaucoup moins les eaux sulfurées que la baignoire, où elles séjournent au contact de l'air pendant toute la durée du bain.

M. Poggiale a constaté à Amélie les-Bains qu'au bout d'une heure l'eau d'une baignoire découverte avait perdu la moitié de sa sulfuration, tandis que dans l'hydrofère la déperdition est presque nulle.

Ainsi, toutes les indications de la théorie, de même que les expériences analytiques, semblent se réunir en faveur de l'hydrofère qui a encore pour lui un nombre très-grand d'observations cliniques recueillies depuis deux ans tant dans les hôpitaux que dans divers établissements particuliers de France et de l'étranger.

Ajoutons encore que l'absorption des liquides dans l'hydrofère a été

démontrée à M. Réveil par une expérience très-simple, qui consiste à l'aire prendre un bain à un individu dans une baignoire dans l'eau de laquelle on a ajouté la décoction de 500 grammes d'asperges; après une heure et demie, l'urine de la personne soumise à l'expérimentation n'avait pas contracté l'odeur spéciale qu'elle prend chez les personnes qui ont mangé ce légume; tandis que la même décoction pulvérisée à l'hydrofère a été absorbée, puisque, après une heure, l'urine de la personne soumise à ce mode de balnéation présentait l'odeur caractéristique des asperges; ajoutons enfin que dans cette dernière expérience la tête avait été maintenue hors de l'appareil, et que par conséquent il n'y avait pas eu inhalation du liquide pulvérisé, circonstance qui, on le comprend, facilite l'absorption.

Enfin M. Réveil a constaté qu'en ajoutant à chaque bain pris à l'hydrofère 500 grammes de glycérine, l'absorption se faisait beaucoup mieux.

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