EFFETS PHYSIOLOGIQUES DU BAIN CHA13D
Ils sont ceux des bains de Calorique sec ou humide, administrés par encaissement jusqu'au cou, plus ce qu'il résulte de la densité beaucoup plus considérable du milieu, ce qui rend la tolérance pour ce mode d'application du Calorique moins facile, puisqu'un bain chaud à 33 degrés centigrades est presque le maximum auquel on puisse atteindre. D'ailleurs toute évaporation cutanée est ici impossible, excepté sur les parties qui sont hors de l'eau. Les congestions pulmonaires et cérébrales, et tout ce qui s'ensuit, sont plus qu'aucun autre phénomène les résultats du bain chaud ; c'est ce qui rend ce moyen rarement applicable. La sueur y est plus abondante que dans tous les bains de Calorique dont nous avons jusqu'ici examiné les effets.
Nous avons répété bien des fois dans ce chapitre que les mammifères non hibernants avaient le pouvoir de garder une température indépendante des milieux environnants, et qu'exposé à une chaleur plus élevée que la sienne propre, le corps restait néanmoins entre 36 et 37 degrés centigrades. Cette assertion est vraie d'une manière générale et dans de certaines limites ; car MM. Delaroche et Berger ont constaté sur euxmêmes et sur des animaux à sang chaud que sous l'influence de la plus forte chaleur compatible avec la vie la température organique pouvait au maximum s'accroître de 7 à 8 degrés centigrades. Est-ce une communication toute physique du Calorique extérieur à une espèce d'équilibre qui, à un degré de chaleur donné, commence à s'établir entre les corps bruts et les corps vivants qu'est due cette augmentation de température des derniers ? ou bien les actions organiques développées par le Calorique, cet agent si essentiel et si puissant d'excitation, deviennentelles capables de produire une somme plus considérable de chaleur ? Nous préférerions nous arrêter à cette dernière manière de voir, car la première ne saurait être admise sans entraîner l'idée que la vie a assez perdu de son empire, pour que le corps éprouve un commencement de retour vers le règne inorganique, ce qui serait attesté par sa propriété d'équilibrer sa température avec les corps bruts environnants.
Or les courageux expérimentateurs qui se sont soumis à des degrés de chaleur capables d'élever leur propre température de 7 à 8 degrés n'ont ressenti de ces épreuves aucune incommodité durable, et leur santé n'en a pas souffert d'atteinte, innocuité qu'on ne peut concevoir en songeant à quelle période d'altération aurait dû parvenir leur énonomie, si elle s'était tant approchée des lois qui régissent la matière inanimée.
Il faut aussi rejeter le concours de ces deux causes pour expliquer le phénomène dont il s'agit, puisque ces causes s'excluent mutuellement et que l'existence d'un abaissement considérable des actions vitales ne sau-
rait avoir lieu en même temps qu'un fait qui les suppose notablement exaltées, et réciproquement. Si notre explication a quelque fondement, il en résulte un nouvel embarras pour les physiologistes qui placent la source des neuf dixièmes de la température propre des animaux dans l'acte de la respiration ; car un air assez échaulTé (88 degrés centigrades dans les expériences de Berger) pour produire le surcroit de la chaleur organique que nous avons noté, est bien rare et bien insuflisant pour satisfaire convenablement aux besoins de l'hématose.
Cet accroissement de la température propre de l'homme exposé à une chaleur excessive persiste quelque temps après l'action de colle-ci, et cela sert peut-être à comprendre ce fait, savoir, qu'au sortir d'une atmosphère rendue artificiellement si chaude, on peut sans impression désagréable et sans inconvénient affronter un air frais et même le bain froid, le bain de neige, comme le pratiquent les Russes et les Finlandais, impressions qui seraient tolérées bien plus péniblement et avec bien plus de risques, l'organisme ne possédant que sa somme ordinaire de Calorique. Mais il ne faut pas s'autoriser de ce fait pour négliger les précautions nécessaires au sortir d'un bain chaud ou d'un bain de vapeurs, car l'économie n'acquiert guère le privilège dont nous venons de parler qu'à des degrés de chaleur que la thérapeutique utilise bien rarement.
Les effets consécutifs des bains de vapeurs et des bains chauds à des températures excessives sont toujours débilitants autant par les pertes considérables qu'on y éprouve que par la sédatiou spontanée ou la faiblesse indirecte qui suit toutes les fortes excitations. Il est fort important en thérapeutique de bien se rappeler que si l'action exagérée du Calorique est immédiatement ti ès-excitante, elle est aussi le moyen le plus stir d'amener consécutivement une grande atonie dans les parties qui y ont été exposées, et que c'est tout le contraire pour l'application du froid. Il suffit, pour en être convaincu, d'examiner le peu de vitalité de la peau de tous les individus dont les professions exigent l'exposition d'une partie ou de tout le corps devant des foyers, des forges, des fourneaux embrasés, etc. Nous aurons souvent dans la suite occasion de tirer parti de cette observation et d'en développer toutes les applications. Qu'il nous suffise ici de l'avoir signalée parmi les effets physiologiques du Calorique.
Nous ne voyons pas la nécessité de décrire les modes divers d'application du Calorique pour produire Cexcitation locale ou la fluxion. La plupart sont d'un emploi domestique et vulgaire. Si quelque particularité sur leur application se présente à noter, nous le ferons sans inconvénient, en traitant des Médications révulsive et topique irritante.
Bien que nous ayons étudié avec importance, dans une section de la Médication irritante, toutes les indications thérapeutiques qui peuvent être remplies au moyen des épispastiques et des caustiques, nous ne pensons pas être obligés d'entrer dans l'exposition détaillée des modes d'application du cautère actuel et des moxas. Cette description appartient aux
traités de petite chirurgie et pourrait paraître déplacée ici. Nous supposons ces pratiques connues de nos lecteurs. Bien souvent en médecine, lorsque toutes les indications susceptibles d'être satisfaites par la direction des choses non naturelles et l'administration des agents de la Matière médicale sont épuisées, le praticien est obligé de se réfugier dans les moyens chirurgicaux et de s'armer du fer et du feu. On sent pourtant, et de reste, qu'un traité de thérapeutique médicale est dispensé de décrire ces moyens, malgré leur appropriation à des cas de pathologie interne. C'est pour cette raison aussi que nous ne décrivons pas la phlébotomie ni les autres manières d'évacuer le sang, bien que les évacuations sanguines soient une des ressources les plus générales et les plus puissantes de la thérapeutique, et que nous ayons consacré un chapitre fondamental à l'étude de l'intluence des indications et des contre-indications de cette médication.
Cependant, bien que nous ne devions pas nous occuper ici du Calorique comme agent de moxibustion, nous ne pouvons pas néanmoins nous empêcher de dire un mot du Calorique employé dans le but de produire une vésication extemporanée.
On a imaginé des moyens multipliés pour communiquer à la peau une chaleur telle qu'il survienne une vésication. Les uns se servent du cautère objectif, les autres enflamment sur la peau un peu de poudre à canon préalablement mouillée, façonnée en trochisque et séchée. M. Pigeaux se sert d'une rondelle de linge en plusieurs doubles, qu'il imbibe d'alcool et qu'il enflamme ; mais l'eau bouillante et ce que l'on appelle le marteau d'eau sont tous les jours mis en usage pour produire la vésication. Le premier de ces moyens est du domaine public depuis bien des siècles ; le deuxième a été conseillé pour la première fois, nous le pensons, par M. Mayor, de Lausanne.
11 faut bien s'entendre sur le but que l'on se propose avec l'eau chaude. Si l'on veut à tout prix exciter vivement la sensibilité engourdie, comme dans certaines apoplexies, on projette de l'eau sur les jambes du malade, et si la brûlure va au delà des bornes de la vésication, on n'y attache aucune importance. Pourtant nous ne concevons guère les façons d'agir de ces médecins qui, dans le but de guérir un malade, risquent de déterminer une lésion très-grave et qui peut compromettre plus tard la vie de ceux qu'ils ont sauvés d'un premier danger. Nous nous rappelons à ce sujet l'histoire d'une jeune dame qui, au moment" d'accoucher, fut prise de convulsions qui furent, comme d'habitude, suivies de stupeur. L'accoucheur appliqua des sinapisraes, qui restèrent en contact avec la peau pendant toute une nuit. Au point du jour, l'accouchée revint à elle; on ôta alors la moutarde. De graves accidents locaux survinrent, et des eschares se manifestèrent au cou-de-pied et au poignet : les tendons furent dénudés, et la malade faillit mourir du remède après avoir échappé à l'éclampsie.
Si l'on considère maintenant que les vésicatou-es avec l'eau bouillante
sont surtout appliqués aux extrémités inférieures, et que les maladies comateuses s'observent surtout dans un âge avancé, on comprendra combien il est essentiel de ne pas occasionner des plaies aux jambes, qui peuvent ne pas guérir et laisser d'incurables infirmités.
On sait assez mal, ou pour mieux dire on ne sait pas du tout à quel degré le Calorique peut produire la vésication. Il suffit pourtant de jeter un coup d'œil sur les brûlures, pour comprendre que la température de l'eau fait varier singulièrement les effets du Calorique. La brûlure, nous le savons tous, a trois degrés, la rubéfaction, la vésication, l'eschariflcation. Le troisième degré peut consister tantôt dans une mortification qui envahit toute l'épaisseur, ou seulement la superficie du derme; le deuxième degré exclut l'idée de mortification, et la vésication seule est produite avec l'ulcération et les sécrétions morbides qui en sont la conséquence.
Si maintenant on songe un instant au mécanisme des brûlures faites avec l'eau bouillante, on ne tarde pas à être convaincu que l'escharification de tout le derme a lieu là où le flot du liquide bouillant est tombé ; que la mortification superficielle s'observe dans les points qui ont été à peine touchés par l'eau bouillante, et sur lesquels le liquide, privé d'une partie de sa température, a coulé; qu'enfin le deuxième degré de la brûlure est produit par l'eau, qui, en traversant les vêtements, a perdu beaucoup de chaleur, ou qui n'a atteint les tissus qu'après avoir, chemin faisant, causé des brûlures au troisième degré. Cette simple observation aurait dû à tout jamais ôter aux médecins l'idée de se servir de I'eau BOUILLANTE pour produire la vésication.
Il fallait élucider cette question, et nous avons entrepris une série d'expériences peu nombreuses, mais décisives pourtant, qui nous permissent de constater le degré de température nécessaire pour produire la vésication.
Le marteau de Mayor nous a parfaitement servi pour cela, et les expériences ont été faites sur des malades atteints d'affections qui réclamaient l'emploi du moxas.
On sait en quoi consiste le marteau de Mayor. On trempe un marteau emmanché de bois dans de l'eau bouillante ; l'ébullition s'arrête un instant, à cause de l'emprunt de Calorique que le métal fait au liquide. Au bout de quelques instants, l'eau recommence à bouillir, et par conséquent la température est en équilibre; on enlève alors le marteau, que l'on applique immédiatement sur la peau. La douleur est vive, et quand on enlève le marteau, on trouve la peau décolorée et comme enfoncée. Il y a une véritable eschare, et pourtant le fer cède et perd rapidement son Calorique.
Si le marteau a été mis dans l'eau à 80 degrés centigrades, et qu'il soit d'un certain volume, il fait encore une eschare ; à 70 degrés, il cause presque immédiatement une phlyctène, et il semble au premier coup d'œil que l'effet désirable soit obtenu ; mais quand l'épiderme est
détaché, on aperçoit une espèce de fausse membrane, qui n'est en définitive qu'une couche superficielle du derme mortifié.
N'était-il pas évident que l'on devait produire une eschare toutes les fois qu'on appliquait à la peau un corps capable de céder au sang des vaisseaux capillaires du derme une quantité de Calorique capable de coaguler l'albumine ; car on sait que cette coagulation a lieu à 70 degrés centigrades?
Or l'albumine coagulée n'est plus viable, et, corps étranger, elle devient une véritable eschare.
La question était de savoir si, au-dessous de 70 degrés centigrades, il n'y aurait pas désorganisation de quelques-uns des éléments du derme. C'était encore à l'expérience de prononcer. On a vu que, en prenant d'abord 100 degrés pour premier terme d'expérience, nous étions descendus à 70 degrés. Nous résolûmes alors de commencer au terme extrême de 50 degrés centigrades, et de remonter vers 70 degrés pour trouver le degré précis auquel l'irritation produite par le Calorique devait déterminer la vésication, et rien que la vésication.
A 50 degrés, le marteau causait de la rubéfaction, qui persistait quelquefois pendant une heure, si l'on avait laissé le marteau jusqu'à ce qu'il fût en équilibre avec la peau. L'impression était un peu douloureuse. A 55 degrés, la douleur était très-vive, la rubéfaction persistante, et si, lorsque le premier marteau est un peu refroidi, on en applique un autre à la même température, il ne tarde pas à se former une bulle, et le derme n'est pas altéré. A 60 degrés, la douleur est très-vive, et supportable par presque tous les malades ; une seule application du marteau détermine la vésication, mais si l'application est renouvelée, il y a une eschare superficielle : à plus forte raison le même effet se produit-il à 65 degrés. Il ne faut pas s'étonner qu'une eschare se forme lorsque, pendant plusieurs minutes, on a appliqué à la peau une température de 65 degrés, car si l'albumine ne se coagule qu'à 70 degrés, il n'en est pas de même de la fibrine, qui se condense à une température beaucoup moins élevée.
Nous nous résumons. L'application du marteau de Mayor, à 100, 90, 80 et même 70 degrés, produit une eschare. L'application répétée à 65 degrés mortifie superficiellement le derme, mais produit toujours la vésication; entre 55 et 65 degrés, on a vésication, le plus ordinairement sans mortification.
Il y a loin, comme on voit, des 55 ou des 60 à 100 degrés qui étaient conseillés jusqu'ici, et l'on conçoit aisément combien était déplorable cette manière d'appliquer des vésicatoires avec de l'eau bouillante que l'on versait sur la partie, ou bien encore, ce qui n'était pas moins grave, avec un mouchoir plié en plusieurs doubles, trempé dans l'eau bouillante appliqué sur la peau. Que d'accidents par cette fatale méthode! Et certes, si le plus souvent les médecins n'avaient pas usé d'un pareil remède pour des mourants qui n'étaient pas rappelés à la vie, ils auraient pu en apprécier les terribles conséquences.
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75i MÉDICAMENTS EXCITANTS.