‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 165 sur 335 · BAINS GLYCÉRINES · texte numérisé non relu

BAINS GLYCÉRINES

Malgré ,1e nombre considérable d'expériences qui ont été faites sur l'absorption des liquides aqueux par le tégument externe, on est encore dans l'incertitude sur les résultats fournis par ces expéi'iences ; les opinions les plus diverses et les plus contradictoires se sont produites à ce sujet, on peut les résumer ainsi :

l" L'absorption des liquides aqueux par la peau a lieu ;

2* Cette absorption n'a pas lieu ;

'6" La peau absorbe l'eau sans absorber les sels.

On s'est basé, pour admettre l'absorption par le tégument externe, sur le fait suivant, à savoir qu'après un bain alcalin les urines devenaient alcalines; mais des expériences nombreuses et notamment celles de M. HomoUe, ont démontré qu'après un bain simple et même après un bain acide, les urines devenaient alcalines.

On a cherché à établir l'absorption par la peau en prenant le poids du corps avant et après le bain ; mais outre les causes d'erreur nombreuses que présente cette méthode, on a pu attribuer la légère augmentation de poids constatée à la propriété très-hygrométrique du système pileux, (Delore.) - ■

M. Homoll(! pense au contraire que la peau absorbe l'eau sans absorber les sels qu'elle tient en dissolution ; il base son opinion sur la plus faible densité que présente l'urine après le bain. Mais on peut se demander si cette diminution ne devrait pas être attribuée à d'autres causes, et notamment à la cessation de la respiration cutanée par le fait de l'immersion du corps dans l'eau.

Quoi qu'il en soit, il est incontestable que si l'absorption a lieu par le tégument externe, elle doit être extrêmement faible dans le bain, car autrement comment expliquer l'innocuité des bains renfermant des substances très-toxiques, comme le sublimé corrosif, par exemple ?

Des expériences nombreuses ont démontré que la peau est recouve i te d'une sorte de vernis imperméable qui la protège et que l'eau ne dissout pas, mais qu'elle peut détruire et enlever lorsque le liquide arrive à la surface du corps avec une certaine force de projection, comme cela a lieu dans l'hydrofère.

Mais cet enduit imperméable est dissous par un certain nombre de corps parmi lesquels nous citerons l'alcool, l'éther, les huiles, les graisses et la glycérine (Hébert).

Les nombreuses applications qu'a reçues la glycérine dans ces derniers temps nous ont engagés à faire des expériences dans lesquelles l'eau glycérinée est employée pour remplacer l'eau dans les solutions médicamenteuses destinées à être administrées à l'hydrofère. Les résultats remarquables obtenus ne sont pas encore assez nombreux pour que nous puissons les faire connaître, mais nous croyons pouvoir engager nos confrères à faire des expériences, et pour cela nous leur proposons les formules suivantes :

BAINS GLYCERINES A L UYDUOFERE.

Bain alcalin.

Adultes. Enrants,

Carbonate de soude cristallisé. 8 grammes. 4 grammes.

Eau 1,500 — 1,500 —

Glycérine 500 — 500 —

Bain de bicarbonate de soude.

Bicarbonate de soude 9 grammes. 4 grammes.

Eau 1,500 — 1,500 —

Glycérine 500 — 500 —

On prépare do même les bains avec le carbonate et le bicarbonate de potaste.

Bain émollient.

^f^', . \ de chacune. . . . 1,000 grammes. 1,000 grammes.

Glycérine, ) j o j a

Mêlez.

Bain ioduré.

lodure de potassium 4 grammes. 2 grammes.

Eau 1,500 — 1,500 —

Glycérine 500 — 500 —

Bain iodo-bromure.

lodure de potassium 8 grammes. 6 grammes.

Bromure de potassium 4 — 3 —

Eau 1,500 — 1,500 —

Glycérine 500 — 300 —

Bain chloro-iodo-bromuré.

lodure de potassium 6 grammes. 4 gramme

Bromure de potassium 2 — 2 —

Chlorure de sodium 100 — CO —

Eau 1,500 — 1,500 —

Glycérine 500 — 500 —

Bain iodo-ioduré.

Adultes.

Iode 2 grammes.

lodurc de potassium ...... 8 —

Eau 1,500 —

Glycérine 500 —

Bain aromatique.

Eau 1,500 grammes.

Glycérine 500 —

Eau de Cologne 123 —

Alcoolat de mélisse composé . . 00 —

Bain iérébenlhiné.

Eau 1,500 grammes.

Glycérine 500 —

Alcoolat de Pioraventi.. .... 125 —

Essence de térébenthine .... 20 —

On doit éviter avec le plus grand soin d'inhaler la poussière

Bain aux bourgeons de sapin.

Bourgeons de sapin 125 grammes.

Eau 2,000 —

Faire bouillir jusqu'à réduction à 1,500 grammes et ajouter

Glycérine 500 grammes.

On préparera de même le bain de baies de genièvre.

Bain d^arséniaie de soude.

Arséniate de soude ....... 40 centigr.

Glycérine 500 grammes.

Eau 1,500 —

Bain de perchlorure de fer.

Perchloruredeferliquide à 40». 10 grammes.

Eau 1,300 —

Glycérine 500 —

Bain de sublimé.

Sublimé corrosif 4 grammes.

Glycérine 500 — '

Eau 1,500 —

Enfanls.

1 grammes.

1,500 grammes.

1,500 grammes.

de ce bain.

80 grammes.

500 grammes.

20 centigr.

500 grammes.

5 grammes.

50 centigr.

500 grammes.

On pourra d'ailleurs préparer tous les bains gljcCniits destinés à être administrés à l'hydrofère en remplaçant 500 grammes d'eau par 500 grammes de glycérine.

La glycérine, outre la propriété qu'elle possède de pénétrer facilement l'épiderme, est remarquable par son onctuosité ; elle lubrifie et assouplit tous lestissus organiques mieux que ne pourrait le faire tout autre liquide. C'est un puissant cosmétique, et elle est appelée à rendre de grands services dans les maladies de la peau et notamment dans les formes sèches et squa rameuses. Elle est très-hygrométrique, et en pénétrant la peau elle

entretient son humidité ; aussi convient-elle parfaitement aux strumeux et aux dartreux dont la peau, en général rugueuse, fendillée, crevassée, fonctionne mal et se prête peu à l'absorption.

Les médecins de l'hôpital Saint-Louis ont eu à se louer de l'emploi de la glycérine contre les affections de la peau les plus rebelles. On a constaté son efficacité dans l'eczéma, dans l'iicné, dans le zona, dans le psoriasis et môme dans l'ichthyose. A cette action purement locale de la glycérine, nous signalons aux praticiens son emploi au moyen de l'hydrofère, méthode qui nous a paru démontrer d'une manière incontestable l'absorption par le tégument externe. Aussi la médecine pratique trouvera-t-elle, nous le croyons, un grand profit de ce mode de balnéation dans lequel l'action générale des substances médicamenteuses vient s'ajouter aux effets locaux et topiques si remarquables d'ailleurs par les résultats qu'ils produisent.

Nous devons ajouter que les bains administrés à l'hydrofère doivent être préparés chez un pharmacien. Pour les bains glycérinés, il suffira au médecin de prescrire la solution dans la glycérine ; l'eau sera ajoutée au moment de l'administration du bain.

Enfin, n'oublions pas de prévenir nos confrères qu'il est important qu'ils recommandent à leurs malades de prendre leurs bains avec ou sans inhalation du liquide poudroyé, ce qu'il est toujours facile de faire en mettant la tête dans ou hors la caisse. Nous le répétons, l'absorption a lieu dans tous les cas, mais on comprend sans peine qu'elle est plus considérable lorsqu'on aspire le liquide pulvérisé.

Nous terminerons cette note par la relation des expériences qui démontrent que l'absorption par la peau a lieu dans l'hydrofère.

Le 2 mai 1862, nous avons fait bouillir un kilogramme d'asperges dans environ 6 litres d'eau; l'ébullition a été maintenue jusqu'à réduction a 4 litres environ ; le décocté a été séparé en deux parties égales, l'une fut versée dans un bain ordinaire dans lequel le sieur X*** se plongea pendant une heure et cinq minutes. Les urines examinées après et avant le bain ne présentaient aucune odeur particulière.

La seconde partie du décocté fut placée dans le bain-marie de l'hydrofère avec quantité suffisante d'eau pour compléter 4 litres. M. S***, étudiant en médecine, a soumis son corps à l'action du liquide pulvérisé à l'hydrofère. La tête fut maintenue hors de la cuve pendant toute la durée du bain, qui dura cinquante-cinq minutes. Après ce temps et une heure plus tard, les urines de M. S*** présentaient l'odeur caractéristique que donnent les asperges.

EFFETS PHYSIOLOGIQUES d'uN AIR CHAfD ET SEC.

Supposons en premier lieu l'homme plongé en entier dans une atmosphère chaude et sèche dont il recevrait l'action par toute la surface cutanée et oîi il respirerait; puis, plus tard, nous dégagerons la seconde

CALORIQirC. 743

condition pour ne pas compliquer le résultat d'un élément principal, savoir, la raréfaction notable de l'air et les phénomènes qu'elle détermine à elle seule ; car nous ne devons étudier ici que les effets stimulants du Calorique, ceux qu'il produit sur la sensibilité et les fonctions vitales.

Que des influences quelconques internes ou externes aient porté atteinte à la faculté pyrétogénésique de l'homme, ou bien que pendant longtemps il ait été soumis à une température fort basse, comme au sortir d'un hiver froid et surtout froid et humide, et que par le fait du retour du printemps ou de procédés artificiels, il vienne à ressentir une chaleur de 15 à 20 degrés, la première impression sera celle qu'on peut le plus à juste titre nommer vivifiante. Qui ,ne connaît cette sensation bienfaisante^ ■cette jouissance intime de toutes les molécules animées, cette sorte d'élargissement donné aux mouvements vitaux enchaînés, cette existence mieux sentie; et comment les décrire à celui qui ne les connaît pas?...

Il n'y a pas loin de cette excitation douce et salutaire au degré oià, portée trop haut, cette action du Calorique produit des effets d'abord violents, puis bientôt nuisibles et opposés aux premiers par leurs excès même. Mais ici déjà, vient s'ajouter la circonstance fâcheuse que nous avons laissé entrevoir ; car si on élève la chaleur à 35 degrés Iléaumur, par exemple, l'air se trouve assez notablement raréfié pour que Tim^perfection de l'hématose puisse neutraliser, par l'anxiété, l'oppression et Li faiblesse qu'elle amène, l'influence favorable du Calorique. Du reste, les symptômes ou plutôt les effets de ce degré de température chaude et sèche, sont ceux d'une pléthore artificielle bien prononcée.

Il est rare qu'on doive dépasser ce degré pour les besoins de la thérapeutique, et encore lorsqu'on va jusque-Là, c'est plutôt dans le but de provoquer une excitation vive et générale de la peau et d'obtenir une abondante exhalation de cette surface, que dans celui d'exciter simplement l'organisme, car cet objet serait manqué et peut-être arriverait-on à un tout contraire. Mais la physiologie a d'autres intérêts et devait savoir quel degré de chaleur sèche était compatible non-seulement avec la santé, mais avec la vie ; elle devait rechercher aussi jusqu'à quel point la température propre en était modifiée, et fixer le rôle que jouent les transpirations cutanée et pulmonaire, soit d'une manière fibsolue, soit relativement à la modération que ces améliorations apportent aux effets .surstimulants d'une chaleur extrême. C'est ce qui a été fait et très-rigoureusement fait par d'habiles expérimentateurs.

Il ne faudrait pas calculer la tolérance de l'homme pour le Calorique sur ces cas exceptionnels oii des organisations, sans doute douées d'une résistance particulière, ont pu supporter pendant un assez long temps la température de fours ou d'étuvos sèches chauffées à 128 degrés Réaumur (Tillet et Duhamel), 98\88 centigrades (Dobson), 109°,-48 centigrades (Berger), 127°, 67 centigrades (Blagden) ; car ces faits sont en quelque sorte des tours de force qui peuvent bien attester une possibilité, mais non établir une donnée générale, une loi d'où l'on doive partir pour la fixation

lU MÉDICAMENTS EXCITANTS.

de la mesure que nous cherchons. D'après des expériences moins exceptionnelles et faites sur l'homme et sur plusieurs animaux à sang chaud, on est en droit de conclure que ces êtres arrivent à leur summum de tolérance pour le Calorique lorsque la température atteint 45 à 50 degrés centigrades.

On peut se représenter les effets physiologiques qui en résultent en réunissant par la pensée les symptômes de l'asphyxie croissante et ceux d'une excitation s'élevant tout à coup au degré le plus violent, à l'agitation et aux angoisses les plus horribles, et s'affaissant bientôt dans la stupeur qu'on nomme faiblesse indirecte, parce qu'elle est produite par un excès de stimulation de la même manière que l'ivresse alcoolique comateuse. La diminution de pression atmosphérique a aussi une grande part aux phénomènes qui se remarquent alors. Les plus saillants portent sur la respiration, la grande circulation et la circulation capillaire.

Plusieurs conditions concourent à donner à l'homme la faculté de supporter une aussi haute chaleur dans l'étuve sèche ; car nous allons voir que, dans les autres milieux, cette faculté devient de moins en moins puissante.

Considérons d'abord que l'air chaud et sec est de tous le plus favorable à l'évaporation, parce qu'il a la plus grande capacité de dissolution de l'eau ; or nous savons combien cette évaporation soustrait de Calorique à l'économie. Voilà donc déjà une première source de modération des effets excitants d'une chaleur exagérée. Notons aussi que cette propriété de l'air sec et chaud ne s'exerce pas ^seulement sur la peau ; la muqueuse pulmonaire, qui est de même une surface considérable de perspiration, trouve également dans cette condition de l'air un vaste moyen d'en tempérer les effets nuisibles, et elle peut en profiter constamment, faculté qui lui est interdite dans l'air humide à une température au-dessus de celle du corps, et qui doit entrer pour beaucoup dans les causes qui permettent aux animaux une si énorme tolérance de la chaleur sèche.

Quant aux pertes que subit la peau, elles sont de deux sortes, et si, à un certain degré de chaleur, l'une de ces voies d'élimination et de rafraîchissement est fermée à l'économie, immédiatement, et de la cause de cet empêchement lui-même, résulte une seconde source d'évaporation qui, dans l'air sec et chaud, mais dans celui-là seulement, supplée abondamment la première. Ceci demande une explication aussi indispensable ypuT l'intelligence de ce qui précède que de ce qui va suivre.

La surface extérieure du corps est soumise, dans les pertes de fluide qu'elle subit constamment, à la puissance de deux causes ou de deux procédés dont l'un, purement physique, s'exerce indépendamment de toute participation de la vie, aussi bien sur le cadavre que sur l'homme qui respire : c'est la transpiration par évapoi^aiion.

L'autre est un acte vital de la nature des sécrétions, une exhalation susceptible sans doute plus qu'aucune fonction de ce genre d'être modifiée par des circonstances physiques, mais néanmoins toute du ressort

de la spontanéité organique : c'est la transmission par transsudation ou sueur, distinguée en transpiration insensible et sensible, suivant que se faisant en petite quantité, elle est convertie en vapeur à mesure qu'elle est produite, ou bien qu'à cause de son abondance ou de conditions atmosphériques données, elle se condense sous forme liquide.

La première de ces transpirations, celle qui a lieu par évaporation, ne demande pour se faire qu'un air non saturé d'humidité, et elle est d'autant plus considérable que cet air est plus chaud, plus sec et plus agité. Ce n'est pas d'elle qu'il faut entendre ce qu'on dit des suppressions de transpiration et de leurs effets nuisibles, car elle n'est pas susceptible de suppression, mais une conséquence forcée de la porosité des corps organisés, porosité telle, que les liquides pris des surfaces en contact avec l'air diminueraient de quantité en se convertissant en vapeurs, quand même les pores ne seraient pas de nature à donner passage à une seule goutte de liquide (Edwards). La vie ou la mort, la santé ou la maladie lui sont indifférentes pour s'exercer, et elle persiste après les suppressions de cette autre transpiration par transsudation, qui, elle, subit tant de variations à titre d'action vitale subordonnée à toutes les alternatives de la sensibilité organique.

Dans un air sec et dont la température ne dépasse pas 20 degrés, la transpiration par évaporation est énorme, et n'est guère susceptible d'être égalée en quantité par la transpiration par transsudation que lorsque celle-ci est provoquée au moyen d'un air humide dont la température soit élevée à 40 degrés centigrades.

Ceci étant compris, voici ce qui arrive dans un air sec et chaud.

D'abord la transpiration par évaporation est considérable tant que la surface cutanée n'est pas enveloppée d'une couche de sueur. Lorsque celle-ci commence à couler, toutes les portions de la peau qui en sont recouvertes sont soustraites à la transpiration par évaporation, puisque cette dernière ne peut se faire à travers l'épaisseur du liquide, et qu'elle a besoin du contact immédiat de l'air avec les pores |épidermiqnes. Si enfin la sueur ruisselle à ce point que le tégument externe en soit baigné dans tous ses points, il ne se fait plus alors de transpiration par évaporation; mais l'organisme ne périclite pas pour cela, car l'évaporation continue à se faire abondamment non plus de l'intérieur à travers les pores, mais aux dépens de la couche de sueur répandue sur la peau. Que si l'air est assez chaud et sec, que si surtout il est assez agité pour que l'évaporation de la sueur se fasse rapidement et que celle-ci ait à peine le temps de se condenser, les deux sources d'évaporation sont acquises à l'organisme, et il peut alors supporter le maximum de chaleur compatible avec la vie.

Une autre condition fort importante se réunit à celles que nous venons de faire connaître pour assurer la tolérance de la chaleur sèche, c'est celle du peu de densité du milieu. Or on sait qu'un milieu est d'autant plus chaud, toutes choses égales d'ailleurs, le degré de température res-

tant le même, que ce milieu est plus dense. Ainsi, l'air chaud et sec ne cède pas autant de Calorique à beaucoup près qu'un air chaud chargé de vapeur transparente, celui-ci autant qu'un air chargé de vapeur vcsiculaire, et celui-ci autant qu'uu bain chaud; ces milieux, nous le répétons, élevés pourtant au même degré de température.

Transpiration pulmonaire portée à son maximum de facilité ; succession et réunion de la transpiration par évaporation, et de l'évaporalion de la sueur, rareté, et conséquemment, conductibilité faible du milieu pour le Calorique, telles sont donc les circonstances qui permettent à l'homme de supporter une si haute température dans l'air sec et chaud.

Pour faire comprendre quelle énorme différence apporte dans les effets de l'air chaud et sec l'influence de cette température sur les organes respiratoires et l'imperfection de l'hématose qui en résulte, décrivons ces effets sur le corps renfermé jusqu'au cou dans un appareil chauffé à 46 ou 48 degrés centigrades. Nous emprunterons cette description à l'ouvrage d'un homme qui s'est spécialement occupé de l'application du Calorique et des vapeurs au traitement des maladies, et qui a fait sur ce sujet les plus nombreuses expériences.

« Lorsque le corps est renfermé jusqu'au cou dans un appareil chauffé au degré que nous avons dit, la chaleur est d'abord à peine sensible ; cependant la peau s'échauffe, le visage se colore légèrement, le pouls devient un peu plus fréquent et plus plein ; au bout d'un certain temps, une douce moiteur se manifeste; c'est cette température, au moins pour les vapeurs sèches, qui est la plus favorable à l'absorption. A 55 degrés centigrades, la chaleur est assez vive, mais très-supportable; la peau s'échautTe promptement, et s'il existe quelque écorchure, quelque bouton, on y éprouve une cuisson plus ou moins forte; les fluides affluent à la surface; les circulations générale et capillaire sont activées; la peau s'injecte, se gonfle, ainsi que le tissu cellulaire sous-cutané; le pouls est fort et légèrement accéléré ; la face est animée et la transpiration s'établit; cette exhalation devient plus abondante après le bain, pourvu toutefois qu'elle soit favorisée par le séjour dans le lit, par les couvertures dont on s'enveloppe ou par quelques boissons tièdes. C'est à cette température que les bains secs sont le plus souvent administrés, soit qu'on n'emploie que le Calorique seul, ou qu'on lui associe quelque médicament réduit en gaz, lorsqu'on veut légèrement exciter l'irritabilité de la peau.

« Le premier elfet qu'on éprouve en entrant dans un appareil chauffé de 65 à 70 degrés centigrades est une sorte de crispation, de resserrement de la peau, auquel succède quelquefois une cuisson, prurit incommode sur presque tout le corps, mais surtout au haut de la poitrine, autour de l'ombilic et au scrotum, qui se contracte vivement. Les mouvements du cœur sont d'abord petits et précipités, la respiration est parfois gênée ; souvent la tête est lourde, embarrassée, et le front serré comme par un bandeau.

« Mais les organes profonds réagissent bientôt, et à ces phénomènes,

qui sont le résultat d'une sorte de mouvement de surprise, de concentration, succèdent plus ou moins promptement : chaleur brûlante de la peau, vitesse et développement du pouls, battement des artères temporales, quelquefois léger gonflement des veines du front. Une sueur abondante se manifeste sur toutes les parties du corps, et principalement à la tète ; la bouche est quelquefois sèche et la soif vive; on éprouve le plus souvent une légère pesanteur de tête, qui, ainsi que la sueur, persiste pendant quelques heures après le bain, dont on ne doit pas prolonger la durée au delà de vingt-cinq à trente minutes. Cette température est plus favorable à l'exhalation qu'à l'absorption ; je ne crois pas même que cette dernière puisse avoir lieu, et si dans ce cas on ajoute quelque vapeur sèche au Calorique, ce ne peut être que pour augmenter son action excitante. De tels bains ne peuvent convenir que lorqu'on veut déterminer une puissante dérivation au dehors, etc., etc

« Lorsqu'on n'est plongé dans le Calorique que jusqu'à la ceinture, la sueur se manifeste également sur toutes les parties du corps, et même quelquefois plus promptement sur celles qui ne sont point renfermées dans la boîte, pourvu toutefois qu'elles soient soigneusement enveloppées et préservées du contact de l'air. De cette manière, à une température très-élevée, on n'a pas à craindre les accidents qui peuvent résulter du refoulement du sang à la tête. Les circulations générale et capillaire, les fonctions de la peau, sont également stimulées. Le bain à mi-corps est toujours préférable lorsqu'on a affaire à un tempérament sanguin, à une personne irritable, ou lorsqu'on ne veut agir que sur les parties inférieures. » (Rapou, Traité de la méthode fumigatoire, t. I, p. 65.)

On voit par ce tableau que les phénomènes de stupeur, d'anxiété, d'oppression, d'asphyxie croissante dans les bains généraux de vapeur sèche, appartiennent au trouble des fonctions respiratoires, puisque ces accidents n'apparaissent plus lorsque les poumons peuvent satisfaire à l'important besoin de l'hématose, avec un air de densité appropriée à ce besoin.

Nul doute cependant que les phénomènes de stupeur par surstimulation ne vinssent succéder à ceux du redoublement d'activité de toutes les fonctions, et si l'on poussait beaucoup plus loin l'élévation de la chaleur sèche. Une brûlure générale de la peau au premier degré finirait aussi par être produite.

EFFETS PHYSIOLOGIQUES d'uN AIR CHAUD ET HUMIDE.

Ce que nous avons dit des circonstances qui permettent à l'homme do supporter la chaleur sèche plus facilement qu'aucun autre milieu chaud, doit sans peine expliquer pourquoi la même tolérance n'existe pas pour l'air chaud et chargé de vapeur.

On voit en effet de suite qu'un milieu, presque ou entièrement saturé de vapeur, doit se refuser à recevoir celle qui s'exhale sans cesse de la

surface pulmonaire ; car l'exhalation qui se fait à cette surface ne peut avoir lieu que par évaporation ; il ne saurait exister là de transpiration par transsudation; la disposition des parties s'y oppose invinciblement. Voilà donc les poumons, qui habituellement ne jouissent que d'un mode de transpiration, privés par la circonstance d'un air chaud et humide, de la faculté d'éliminer une forte portion de liquide, et de tempérer ainsi les effets de ce milieu. La peau sans doute n'en aura qu'une transpiration plus abondante, puisque ces deux surfaces se suppléent assez bien dans leurs fonctions d'organes exhalants ; mais remarquons aussi que dans le milieu dont nous étudions l'influence, la peau se trouve presque réduite à la transpiration par transsudation, puisque le même obstacle, savoir l'excès d'humidité de l'air chaud, s'oppose à la transpiration par évaporation, pour la peau comme pour les poumons.

Le privilège de la première d'avoir à sa disposition les deux modes de la transpiration lui est ici enlevé. Il est vrai qu'alors le seul de ces modes qui lui reste s'exerce avec une extrême abondance ; mais ce n'est pas dans cette exhalation isolée et bornée à la simple déposition sur la peau d'une grande quantité de liquide, que réside le refroidissement, et par conséquent la modération des effets d'une trop forte accumulation de Calorique : ce bienfait est dû, comme nous l'avons déjà dit, à Vévaporation de ce liquide aux dépens du Calorique fourni par la surface du corps, et nous en voici encore frustrés par les mêmes conditions qui empêchaient tout à l'heure la transpiration par évaporation à travers les pores de la peau. N'oublions pas d'ajouter à toutes ces considérations, déjà sj défavorables, celle de la conductibilité plus considérable du Calorique par la v.apeur d'eau que par l'air chaud et sec, et nous connaîtrons les raisons pour lesquelles l'homme ne peut pas supporter, dans le premier de ces milieux, le degré de chaleur qu'il supporte dans le second, et nous ne nous étonnerons pas de l'énorme distance qui en sépare l'action.

Voici, du reste, d'après l'auteur déjà cité, M. Rapou, les effets physiologiques des bains généraux de vapeurs humides.

« Dans les bains généraux de vapeurs administrés de 30 à 40 degrés, la peau rougit, sa chaleur augmente ; elle devient, ainsi que le tissu cellulaire extérieur, dans un état de turgescence et de gonflement remarquables; les membres, et notamment les doigts, ont sensiblement augmenté de volume. Les muscles perdent momentanément leur énergie ; aussi est-on incapable de serrer un petit objet avec force; les battements du pouls sont forts et précipités, les vaisseaux de la tête gonflés, la respiration difficile; une saeur abondante coule de toutes parts, etc., etc. A une douce température, la vapeur humide anime, épanouit la peau, sollicite une légère transpiration et produit une délente générale, un effet calmant. » {Op. cit.]

Il est inutile de dire que les inconvénients attachés au bain de vapeur humide seront éloignés par la précaution de ne se plonger dans ce bain

que jusqu'au cou. Il pourra alors cive porté sans danger à une température beaucoup plus élevée.

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