SCILLE
La Scille (Scille maritime, Scilla mariiimn, L.) est une plante bulbifère de la l'amille des Liliacées, hexandrie monogynie de Linné. Elle croît sur les bords de la Méditerranée et de l'Océan.
Caractères génériques. Calice coloré à.
six divisions, très-profondes, ouvertes, tombantes; six étamines à filets aplatis; un style ; une capsule à trois loges.
Caractères spécifiques. Fleurs nues, accompagnées d'une bractée réfléchie et comme articulée.
On n'emploie en médecine que le bulbe, ou plutôt les écailles ou squammes du bulbe.
Le bulbe de la Scille est conique, trèsvolumineux, composé d'écaillés serrées, les premières, rouges, sèches, minces, transparentes, sont presque dépourvues du principe acre et amer de la Scille; on doit les rejeter. Les écailles moyennes (les seules que l'on doive employer) sont au contraire très-amples, fort épaisses, recouvertes d'un épiderme blanc rosé, <illes sont remplies d'un suc visqueux inodore, mais très-amer, très-âcre. Par la dessiccation, la Scille perd un peu de ses propriétés. Pour l'usage médical, on <;oupe les squammes du bulbe de la Scille maritime en petites lanières, et on les l'ait sécher à l'étuve après les avoir enfilées en forme de chapelets. On les conserve ensuite dans des bocaux bien secs.
On nous envoie ordinairement les Inilbes de Scille de l'Espagne et des îles de la Méditérranée.
La variété rouge du bulbt de Scille est seule employée en France; en Angleterre, au contraire, on n'emploie que la variété blanche qui, dit-on, est moins active.
Analijsedela ScîWe. D'après MM. Vogel et Tilloy et plus récemment par M. Marais, elle contient: matière volatile, scillitine, 1 pour 100, résine, gomme, tannin, citrate de chaux, matière sucrée, matière grasse. La scillitine est une matière blanche, incristallisable, d'une saveur àcre et amère; soluble dans l'eau et dans l'alcool; insoluble dans l'éther pur. Son action sur les animaux est très-grande : 5 centigrammes suffisent pour donner la mort à un chien.
La Scille fait la base d'un assez grand nombre de préparations fort actives.
Poudre de Scille [Pulvis Scillœ).
Squammes de Scille. . . q. v.
Faites sécher à l'étuve, pilez promptement dans un mortier de fer, et passez au tamis de soie.
La poudre de Scille attire fortement l'humidité de l'air, il faut le remettre li l'étuve après sa préparation, et la renfermer dans des bocaux bien secs et d3 petite capacité.
Poudre de Se lle composée.
(Poudre incisive.)
Pr. : Poudre de Scille. . . 1 part.
Soufre lavé 2
Sucre 2
Mêlez.
Pilules scilliliques.
Pr. : Poudre de Scille. . . 3 part. Gomme ammoniaque. 1 Oxymel scillitique. . . s. q.
P. s. a. des pilules de 20 centigrammes (1 grain).
Miel scillitique.
Pr. : Scille sèche 1 part.
Eau bouillante. ... 16 Miel blanc 12
On fait infuser la Scille, on passe, on ajoute le miel et on fait cuire en consistance de sirop.
Teinture de Scille {Tinctura Sciltœ).
Squammes de Scille 100
Alcool à 60 500
Opérez comme pour celle de gentiane.
Vin scillitique.
Pr. : Scille sèche i part.
Vin de Malaga. . . 18
Faites macérer pendant douze jour.,, passez avec expression et filtrez. Préparé avec le vin ordinaire, il s'altère très-facilement.
Vinaigre scillitique.
Pr. : Scille sèche 1 part.
Vinaigre fort. ... 12
Faites macérer pendant quelque jours, passez avec expression et filtrez.
Il est également altérable et ne sert guère à préparer que l'onguent scillitique.
ne,
Ux'jmel srilHIique [Oxymel scilliticum).
Vinaigre scillitique. . . 500
Miel blanc 2,000
Opérez comme pour l'Oxymel simple.
La Scillc entre aussi dans le vin diurëtiqu" amer de la Charité, et dans beaucoup d'antres médicaments composés.
Voici une formule de vin diurétique, que nous employons depuis longtemps avec succès, et qui nous paraît bien préférable an vin dit delà Charilé.
Vin diurétique de l'Hôtel-Dieu (Trousseau ).
Vin blanc contenant 9 à 1 0 de-
grés d'alcool pour 100. . . 4i<,000
Alcool à 90 degrés centigra- 0 ,500
Feui les sèches de digitale. . 0,000
Squammes de Scille 0 ,030
Baies de genièvre 0 ,300
Acétate de potasse sec. ... 0 ,200
Divise:; les feuilles de digitale, les baiesde genièvre et les liqueurs de Scille; faites les macérer dans le vin blanc additionné d'alcool. Après quinze jours de macération en un vase fermé que vous agiterez de temps à autre, jetez sur une toile et exprimez le marc. Au liquide obtenu ajoutez l'acétate de potasse, agitez jusqu'à, dissolution du sel e' fdlrez sur le papiîr.
Ces doses fournissent sensiblement 4 kilogrammes d'un vin médicinal qui se conserve parfaitement et qui indépendamment des principes solubles qu'il enlève h la digitale, ii la Scille et au.\ baies de genièvre, contient 1 gramme d'acétale de potasse dans 20 grammes de liquide.
On donne deux à trois cuillerées par jour, dans les hydropisies, l'anasarque.
Les effets physiologiques de la Scille sont trbs-annlogues à ceux produits par les poisons narcotico-âcres parmi lesquels elle est rangée par certnins toxicologistes à côté du ;abac et des substances vireuses. Absorbée, elle va d'abord porter une action funeste sur le système nerveux, action prouvée par des accidents ataxiques généraux très-violents, se manifestant par des symptômes résultant d'une confusion et d'une alternative de phénomènes de surexcitation et de deliquium dans les fonctions de la vie animale et de la vie organique ; puis, si la mort tarde à avoir lieu, le tube digestif contracte une assez vive phlogose. Si la mort est prompte, on ne rencontre aucune trace d'altération organique dans cet appareil. La cardialgie et les vomissements sont les deux effets les plus communs de la Scille donnée à dose toxique.
L'emploi thérapeutique de ce médicament a surtout pour but de provoquer la sécrétion urinaire. C'est un de nos plus puissants diurétiques. Il jouit en môme temps de deux autres actions incontestables, une action expectorante et une action émétique. La première est encore tous les jours mise à profit, tandis que la seconde est négligée, depuis que nous possédons des vomitifs beaucoup plus sûrs et dont les effets sont plus exclusifs et plus constants.
MODE d'administration ET DOSES.
La poudre des squammes du bulbe auquel on peut donner la forme pilulaire est un agent des moins équivoques dans son action. On donne ainsi dans la journée, 15, 20, 25, 30 et 40 centigrammes de Scille en substance et à doses fractionnées 10 £i 15 centigrammes, ayant soin d'éprouver d'abord par de faibles doses la tolérance de l'estomac pour cet agent, qui occasionne quelquefois des vomissements et une cardialgie