EXCITANTS BALSAMIQUES
TÉRÉBENTHINE
On donne le nom de Térébenthine, Terehenlkina, à un suc propre, résineux, volatile, qui découle spontanément ou à l'aide d'incisions, de plusieurs arbres de la famille des Térébinthacées, et surtout de celle des Conifères.
Les caraclères principaux des Térében- Ihines, quelle que soit leur origine, sont d'être semi-liquides, visqueuses, transparentes, de couleui' jaune vei dâtre ou lougeâtre ; d'une saveur amère, acre; d'une odeur forte et pénétrante (communiquant aux urines l'odeur de violette) ; insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool, l'éther^ les huiles fixes et volatiles.
On distingue dans le commerce plusieurs espèces de Térébenthine, qui diffèrent entre elles suivant les arbres qui les produisent et les pays d'où on les tire :
1° La Térébenthine de la Mecque, baume de la Mecque, de Judée ou de Gilead, qui découle du balsamodendron opobalsamum ;
2» La Térébenthine de Venise, de Briançon, ou du mélèze, fournie par le mélèze {i'inus Lurix, Linné; Abies Larix, Lam. ; Larix Eitropœa, de Cand.), ai bre qui croît sur les montagnes du midi de la France, de la Suisse et de l'Italie. Cette Térébenlhine est la plus estimée,
mais elle est fort rare dans le commerce à l'état de pureté. Nous dirons aussi que, d'après les auteurs, ses caractères physiques ne sont pas bien distinctifs.
Pour l'obtenir, on perce le tronc de l'arbre avec une tarière et on y adapte uue écorcc qui conduit le suc dans des vases, d'où il est retiré pour être passé au tamis. Lorsque le trou ne laisse plus couler de résine, on le bouche et on le rouvre quinze jours après : il en donne alors de nouveau et en plus grande quantité. Chaque mélèze peut fournir 7 à 8 livres de Térébenthine par an;
3° La Térébenthine de Strasbourg, des Vosges, ou du sapin, Terebenlhina abietina, produite par l Abies taxifolia ou peclinata{Pinus picea, Linné), arbre trèsabondant en France et en Allemagne. On récolte beaucoup de celte Térébenthine dans les Vosges ; elle est transparente, très-fluide, peu colorée, et répand une odeur assez agréable que l'on a comparée au citron, ce qui lui a fait donner le nom de Térébenthine au citron. On l'extrait également en faisant de larges incisions au tronc de l'arbre;
4° La Térébenthine du pin Tœda, Térébenthine blanche de l'Amérique, de Boston ou de la Caroline;
Î.ICDICAMENTS EXCITANTS.
o" La Tiirébenlhine de Bordiviux, ou du pin, Terebeiitkinapinea, qui dt'coule du Pillas maritima, espèce voisine du Pinus si/lvcstris Elle est trfes-colorée, épaisse, «l'une odeur désagréable, d'une saveur Acre et nauséeuse. Ces caractères physiques, parfaitement tranchés, distinguent, comme on le voit, cette Térébenthine des deux autres.
Elle a en outre une propriété particulière qui ne permet pas de la confondri', c'est q.i'elle se solidifie par la magnésie, et (jue, ajoutée à du copahu, elle donne à. celui-ci de la consistance. On n'obtient pas le même effet avec la Térébenthine de Strasbourg.
Deux espèces commerciales sont aussi quelquefois employées en médecine, ce sont : 1" la Térébenthine de Cbio (retirée du Pislachia Terebinihus) ; 2" la Térébenthine du Canada, ou faux baume de Gi- Icad (produit par VAbies balsamea), et que les Anglais font passer souvent pour le baume de la Mecque.
Les différentes Térébenthines ont été analysées avec soin par M. Caillot. La Térébenthine de Venise contient, d'après lui, 18 à 2) pour 100 d'huile essentielle; ce;le de Strasbourg, 23, celle de Bordeaux, 12. Il a trouvé en outre une résine insoluble, des résines acides solubles (acides pinique et sylvique), une résine cristallisée qu'il nomma abiétinc, substance particulière aux Térébenthines fournies p;ir les genres Abies, etc. M. Lecanu, de son côté, paraît y avoir démontré l'existence de l'acide succinique.
On peut dire que les acides pinique et sylvique sont le ré.sultat de l'oxydation de l'huile essenlielle. M. Laurent a trouvé dans la Térébenthine de Bordeaux un acide isomère avec l'acide sylvique, et qu'il nomme Pimarique.
Lorsque l'on soumet la Térébenthine à la distillation, elle fournit environ un Imitième de son huile essentielle, et le résidu est une matière solide, sèche, résineuse connue sous le nom de colophane, arcanson ou brai sec.
Disons aussi que le galipot, la résine ordinaire, la poix noire, jaune, blanclie ou de Bourgogne, etc., sont ainsi que le goudron, le brai gras et le noir de fumée, des substances que l'on obtient en mélangeant ou faisant subir diverses préparations aux produits de la Térébenthine.
I^a poix de Bourgogne est recueillie siu' une espèce de sapin nommé vulgairement peise ou epicia {Abies excelsa).
Voyons maintenant quels sont les prinpaux médicaments dans lesquels entre la Térébenthine. Elle fait partie d'une foule de préparations ofTicinaies, telles que le baume de Fioraventi (qui n'est qu'un alcoolat de Térébenthine composé), celui d'Arcaeus, de Leucatel, etc. Elle entre aussi dans les emiilàtres adhésifs, le diabotanum, le diachylon, etc.
Sirop de Terèbenlhine.
Nous avons fait préparer deux sirops de Térébenthine.
1» Sirop de Térébenthine par digestion.
Pr. : Térébenthine au
citron 100 gram.
Eau 375 —
Faites digérer penc' ■■ -"eux jours, en ayant soin d'ajouter iiéquemmént, puis ajoutez :
Sucre blanc 730 gram.
Ce sirop ne renferme guère qu'un soixantième ou même un centième de son poids d'essence, mais il possède \u\o odeur aromatique très-suave, et une saveur très-agréable, qu'il doit îi la présence d'une matière résineuse aromatique, do l'acide succinique ou benzoïqu'', etc.
2° Sirop d'essence de Térébenthine.
Pr. : Essence de Térébenthine au citron. . . 20 gram.
Sirop simple 230 —
Agitez souvent pendant huit jours; le sirop se sera alors chargé de 5 grammes d'essence ; il ne s'agit plus que d'enlever l'excédant de celle-ci.
Ce sirop renferme un cinquantième de son poids d'essence de Térébenthine, mais il est beaucoup moins agréable que le précédent.
Il est bon de noter que la Térébenthine au citron des pharmacies contient environ 20 pour 100, en poids, d'huile essentielle.
Pilules de Térébenthine officinales.
Pr. : Térébenthine de Bordeaux 2S part.
Magnésie calcinée. . 1 —
On fait le mélange, et au bout de douze heures la masse a acquis une consistance pilulaire ; on divise en pilules pendant que la masse a encore assez de mollesse et on les conserve dans du lycopode. Si l'on tarde h. diviser en pilules, il faut ramollir la masse avec de l'eau chaude pour la diviser; alors les pilules ont moins de transparence. (Fauré.)
Ces [)ilules ne réussissent bien qu'en employant la Térébenthine de Bordeaux, et non les autres, qui s'opposent à la solidification, parce qu'elles contiennent trop d'huile essentielle.
On trouve dans les pharmacies des pilules de Térébenthine cuite, c'est-à-dire privée par l'ébuliition d'une partie de son iiuile; la résine seule est conservée. Ces l)ilules sont quelquefois administrées avec succès.
TÉRÉBENTHINE
Pilules de Térébenlhine magistrale.
Pr. : Térôbenthine de Venise. . 1 part. Magnésie blanciie. . . . , 1 —
M. Monclion fils a reconnu que la Magnésie blanche donnait, instantanément plus de solidité à la Térébenthine que la magnésie calcinée. Si l'on emploie la Térébenthine de Bordeaux, il faut moins de magnésie pour donner la consistance.
On prépare aussi avec la Térébenthine des onguents digestifs dont la chirurgie fait un heureux usage.
Onguent digestif simple.
Pr. : Térébenthine 2 part.
Jaune d'œuf i —
Huile d'iiypericum. . q. s.
On mêle la Térébenthine et le jaune <rœuf par trituration, et l'on ajoute l'huile d'hypericum pour faire un onguent à moitié liquide.
Digestif animé.
Pr. : Digestif simple. . . 1 part.
Styrax liquide. ... 1 —
Mêlez.
Digestif opiacé.
Pr. : Digestif simple. . . .
Laudanum liquide. .
Mêlez.
Essence de Térébenthine.
8 part.
L'essence de Térébenthine, huile essentielle de Térébenthine, est le produit de la distillation de la Térébentliine. Elle est liquide, incolore, d'une odeur forte et pénétrante, inflammable ; elle est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool concentré ; elle dissout les résines, les baumes, le camplire, les huiles essentielles, etc.; traitée par l'acide clilorhy- ■drique, elle s'y combine et donne naissance à un camphre artificiel (chlorhydrate de térébène).
L'essence de Térébenthine du commerce doit être rectifiée avant d'être employée en médecine, parce qu'elle contient toujours une portion d'acide et de résine. On la redistille alors avec de l'eau; ou bien, pour l'avoir tout à fait pure, on la distille sur de la chaux d'abord, puis sur du chlorure de calcium.
On administre la Térébenthine sous beaucoup de formes, à l'intérieur et à l'extérieur.
Les principales préparations de la Térébenthine, pour l'usage interne^ sont les suivantes :
Pilules de Térébenthine (Pauré).
Pr. : Térébenthine de Bordeaux 8 gram.
Magnésie calcinée. . q. s.
F. s. a. dos pilules de 30 centigrammes; î> à G par jour.
Pilules balsamiques de Gaubius.
Pr. : Térébenthine 32 gram.
Poudre de rhubarbe. . 1(! — Poudre de réglisse. . . q. s.
F. s. a. des pilules de 20 centigrammes.
Les pilules diurétiques de De Haeii sont faites aussi avec :
Térébenthine 32 grammes.
Poudre de réglisse. . . q. s.
Elles sont de 20 centigrammes.
Looch Térébenthine (Récamier).
Pr. : Essence de Térébenthine 12 gram.
Jaune d'œuf n<> 2.
Sirop de menthe gram.
'■ — de fleurs d'oranger 32 —
— d'éther 32 —
Teinture de cannelle. . 2 —
Cette potion est recommandée contre les névralgies, à la dose de trois cuillerées par jour.
L'essence de Térébenlhine fait également, partie de la mixture de Witt, du remède dé Durande (éther térébentiiiné), de l'eau spiritueuse d'Anhalt, etc.
La. saveur très-désagréable des préparations de la Térébenthine a engagé le pliai'maciens à chercher un moyen d'aJministration qui ne répugnât pas au malade. On l'a trouvé dans la forme de perles, capsules ou petites ampoules de grosseur variable faites avec une matière soluble (gélatine ou gomme et sucre) et qu'on emplit à volonté de Térébenthmc, etc.
Pour l'usage externe, les préparations d'essence de Térébenthine les plus usitées sont :
Lavement térébentiiiné.
Pr. : Essence de Térébenthine 32 gram.
Jaune d'œuf n° 1.
Eau 500 gram.
F. s. a. (Cross. -Récamier).
Gargarisme de Geddings.
Pr. : Huile volatile de Térébenthine 8 grani.
Mucilage léger de
gomme adragante. 230 — Mêlez et agitez.
On le conseille pour arrêter la salivavation mercurielle.
Savon de Starkey.
Pr. : Carbonate de potasse
bien soc 1 part.
Huile volatile de Térébenthine 1 —
Térébenthine de Venise 1 —
Mêlez l'essence et le sel dans un mortier de marbre avec un pilon de verre, puis la Térébenthine ; porphyrisez ensuite ce mélange par portions, jusqu'à ce qu'il ait acquis la consistance du miel épais et homogène.
Eau hémostatique de Pagliari.
Benjoin 230 gran.
Sullate d'alumine et de
potasse SOO —
Eau distillée 5,000 —
Faites bouillir pendant six heures dans un pot en terre vernissée, en agitant constamment et remplaçant l'eau évaporée par de l'eau bouillante ; filtrez et conservez dans des flacons bouchés.
Eau hémostatique de Tisserand.
Pr. : Sandragon 100 grammes.
Térébenthine des
Vosges 100 —
Eau 1,000 —
Faites digérer pendant douze heures sur des cendres chaudes ; fdtrez.
Eau hémostatique de Drocchieri.
Pr. : Copeaux de sapin. . 500 gram. Eau 1,000 —
Faites macérer pendant douze heures et distillez pour obtenir 500 grammes do produit, abandonnez au repos et séparez par décantation l'essence qui surnage, à
prendre par cuillerées à bouche ?i l'intérieur et en lotions à l'extérieur.
Eau liémostaliqiie de Léchelle.
Pr. Feuilles de noyer et
de thym ..... aa 500 gram.
Feuilles de chardon bénit d'aigremoine. ...... )aa 123
Feuilles de roses et ' de soucis . . . •
Feuilles d'eupatoire. ? .g-
Feuilles d'arnica. .
Feuilles de ronces de i
millepertuis. . . „„„
Ecorce de chêne, de grenade j
Feuilles de marum, I de menthe, de ca- 1 lament \ „„„
Racine de ratanhia, ^"'^ de gentiane , de l garance J
Feuilles de basilic, de sauge, de ro- i marin \aa 1,000
Bourgeons de peu- ' plier, de sapin. .
Pulvérisez grossièrement toutes ces substances ; faites macérer dans 100 litres d'eau pendant trente-six heures; on dispose les plantes sur la grille d'un alambic; on ajoute le macératum et on distille, pour obtenir 32 litres et demi de liquide.
Cette eau a porté aussi le nom d'eait hémostatique de Memphis.
ACTION PHYSIOLOGIQUE
Nous confondt'ons ici les effets de la Térébenthine et de son huile essentielle, puisque c'est à celle-ci que la première doit son action en général, ainsi que ses effets spéciaux.
Immédiatement après avoir avalé 4 grammes d'huile essentielle de Térébenthine, on éprouve au pharynx et à l'estomac un sentiment de chaleur et d'âcreté, un peu d'anxiété, quelques nausées, rarement des vomissements, plus souvent des coliques avec tortillements d'entrailles, irritation considérable, météorisme ; puis bientôt, dans un grand nombre de cas, une excitation générale annoncée par une ardeur fébrile et une chaleur qui s'étendent à toute l'économie, un pouls dur et fréquent, de la céphalalgie, de la rougeur à la face, la soif et la sécheresse des membranes muqueuses, la dysurie, des urines rares, très-rouges, d'autres fois très-copieuses et plus pâles, exhalant dans l'un et l'autre cas une odeur de violette bien prononcée, des sueurs abondantes fortement imprégnées, ainsi que la transpiration pulmonaire, de l'odeur caractéristique de l'essence de Térébenthine, de l'anorexie, des pesanteur.-
TÉRÉBENTHINE
d'estomac, et chez plusieurs personnes un état assez analogue à l'ivresse, enfin un peu de dévoiement.
Si on élève la quantité d'essence à la dose de 32 et de 64 grammes, il arrive : 1° ou bien que toute action de cette substance s'épuise à stimuler le tube digestif et détermine, outre les effets locaux indiqués plus haut, des vomissements dans la matière desquels on peut reconnaître le médicament ingéré, et bientôt de vives coliques suivies de nombreuses déjections alvines rappelant l'odeur de la Térébenthine et quelquefois mêlées à cette essence surnageant et encore reconnaissable, tous ces symptômes disparaissent rapidement et sans incommodité ultérieure, aussitôt que sont terminées les dernières évacuations. Dans ce cas, les urines offrent à peine l'odeur de la violette, et les autres liquides exhalés n'ont rien qui rappelle celle de la Térébenthine; 2° ou bien une grande partie et même toute la dose d'essence passe dans les secondes voies ; et alors, indépendamment des signes qui annoncent une vive stimulation du canal alimentaire, excepté toutefois les déjections promptes, abondantes et multipliées, se manifestent énergiquement des phénomènes généraux attestant le transport de l'agent excitant à tous les appareils, puis des phénomènes spéciaux qui ne permettent pas de douter que certains organes ne soient plus particulièrement modifiés que d'autres^ comme on va le voir.
En même temps que le pouls est fréquent, serré et dur, que la peau est chaude et couverte de sueur, qu'une ardeur épigastrique très-vive, des anxiétés, des syncopes, des nausées et un peu de délire existent à des degrés qui varient avec la susceptibilité individuelle, les accidents spéciaux qui frappent le plus sont ceux qui se manifestent sur l'appareil urinaire ; en second lieu sur les membranes muqueuses, surtout celle des voies aériennes ; enfin, plus rarement, sur le système nerveux des membres.
Les premiers se révèlent par une douleur et une chaleur considérables de la région lombaire, principalement aux points qui correspondènt aux reins, ainsi que delà région hypogastrique. Cette région est douloureuse à la pression qui détermine, comme dans la cystite aiguë, du ténesme vésical, des douleurs dans l'urètre et de la strangurie ; puis de l'ardeur en urinant, de la dysurie, une cuisson vive, quelquefois une véritable urétrite, des urines rares, rouges, sanguinolentes même, des érections douloureuses comme dans la chaude-pisse dite cordée; assez souvent pourtant les urines, comme nous Favons déjà dit, sont faciles, incolores et très-abondantes. Les membranes muqueuses se sèchent comme dans la première période d'une affection catarrhale ; elles sont injectées, turgides et chaudes ; il y a fréquemment *un herpès labialis, des douleurs sous-sternales gravatives et des picotements de la trachée comme dans le commencement des bronchites ; on a vu des sujets rendre des crachats striés de sang ; la peau se trouve quelquefois soudainement rougie par des plaques érythémateuses, vésiculeuses ou papuleuses plus ou
moins éphémères, comme après l'ingestion de certains mollusques ou crustacés.
Quant à l'effet que nous avons dit être dans quelques cas éprouvé par le système nerveux des membres, il consiste en une sensibilité exquise, surtout dans les extrémités inférieures ; un endolorissement général de ces parties, mais existant plus spécialement sur le trajet des gros nerfs. Une céphalalgie des plus vives et persistant longtemps après la cessation de tous les autres effets est aussi un des résultats les plus constants de l'administration un peu prolongée de la Térébenthine. Ajoutons que sous ces phénomènes qui indiquent une action irritante particulière sur les systèmes désignés, sont d'autant plus marqués que ces systèmes se trouvent déjà dans un état de douleur et d'irritation. Sachons bien aussi que dans un assez grand nombre de cas, des individus n'ont éprouvé aucune espèce d'effet physiologique, ni local, ni général, ni spécial, de l'ingestion de 30, 60 et même 90 grammes d'huile essentielle de Térébenthine.
L'action physiologique de cette substance est digne d'être notée et prise en considération, attendu qu'une analogie assez raisonnable peut chercher à y découvrir la véritable manière d'agir de ce médicament énergique, et d'arriver par là à trouver de nouvelles indications de son emploi, à constater des faits et à établir des principes dont la pathologie et la thérapeutique générales peuvent profiter. Ceci deviendra plus clair dans quelques instants.
Les propriétés les plus importantes de la Térébenthine, celles que notre expérience journalière nous force à lui attribuer, ont été approuvées et reconnues dès la plus haute antiquité. Ces deux passages d'Hippocrate en font assez foi : « Terebenthi fructus mcnses ciet {De Nat. muL). Is etiam, ex vino et aquà dilutus et potus, fluorem muliebrem sistit » {De Morb. muL, lib. II). Si la première de ces citations est vague et caractérise peu l'action spéciale de la Térébenthine, ce que nous sommes loin de nier, puisque le père de la médecine n'a presque jamais parlé d'un remède exitant sans le déclarer emménagogue, la seconde établit clairement que ce grand observateur avait administré la Térébenthine dans les cas où elle est le mieux indiquée, les flux muqueux et spécialement ceux des voies génito-urinaires. L'opinion de Dioscoride sur cet agent thérapeutique confirme ou peut-être ne fait que constater l'observation pratique d'Hippocrate, mais aussi elle renferme des assertions qui n'ont pu résulter que de l'expérience. « Le fruit du Térébenthin échauffe, fait pisser et provoque à la luxure.. T Toutes ces résines ont vertu de modifier, résoudre et mondifier. Prises simplement ou composées en forme de looch avec du miel, elles servent à la toux et aux phthisiques. Elles purgent les maux de la poitrine, provoquent l'urine^
TÉRÉBENTHINE. 79f
digèrent les crudités, lâchent le ventre et font reprendre leur poil aux paupières qui l'ont perdu. S'en oignant avec vert-de-gris, vitriol et nitre, elles guérissent la gale. Mises dans les oreilles purulentes avec huile et miel, elles y font grand bien et servent aux démangeaisons des parties secrètes. En onctions et simplement appliquées, elles aident grandement aux douleurs de côté. » Dioscor., trad. par Matt., p. 58.)
Nous retrouvons dans ce passage, outre les faits attestés par Hippocrate : 1° l'action diurétique de la Térébenthine ; 2° ses propriétés dessiccatives et cicatrisantes; 3° la formule de son mélange avec le miel ^ remise en honneur de nos jours ; 4° ses vertus contre les catarrhes pulmonaires et pour relarder la fonte tuberculeuse chez les phtbisiques ; 5° sa propriété laxative ; 6° son utilité dans les blépharophthalmies chroniques qui déterminent la chute des cils ; 7° ses avantages dans la gale, les maladies choniques de la peau, les affections eczémateuses et prurigineuses du scrotum et des grandes lèvres ; S'' son emploi heureux dans les otorrhées ; 9° enfin son application topique si vulgaire et si souvent mise à profit contre les pleurodynies les rhumatismes musculaires.
Galien est allé plus loin, et pent-être serait-on autorisé à trouver la première idée de l'emploi intérieur de l'essence de Térébenthine contre les névralgies, dans l'éloge qu'il donne à la Térébenthine prise à V intérieur à la dose de 32 grammes unie à trois labiées, l'yvette, la sauge et le staechas, pour soulager les douleurs des jointures. 11 l'employait du reste beaucoup en liniment antipsorique et la faisait servir aux usages que lui avaient reconnus ses prédécesseurs. Il loue de plus ses avantages contre les tuméfactions de la rate, prétention qui a été renouvelée par quelques médecins de notre époque. Aétius, Oribase, Paul d'Égine, Alex, de Tralles, n'ont fait que le copier à ce sujet.
Tout ce que nous dirons ici s'applique également à la Térébenthine et à son huile essentielle ; notons seulement qu'au point de vue des doses, l'essence se donnera en quantités quatre fois moindres.
Nous n'avons guère à nous arrêter dans cette première partie, et pour ce qui est de l'usage interne de la Térébenthine, que sur les catarrhes chroniques de la vessie et des poumons, ainsi que sur quelques suppurations anciennes dont l'abondance peut-être diminuée par cette résine.
L'observation de l'action physiologique de la Térébenthine nous a appris que cette substance portait principalement son excitation sur le système des membranes muqueuses qu'elle irrite évidemment ; mais nous avons reconnu aussi que la membrane interne des voies urinaires était de toutes, celle qui ressentait le plus vivement et quelquefois exclusivement cette action irritative. C'est précisément contre les affections de cette membrane muqueuse que la Térébenthine a l'efficacité la plus incontestable. Nous verrons plus tard que l'huile essentielle a été employée dans le catarrhe vésical le plus aigu ; bornons-nous maintenant à étu-
dier le catarrhe chronique dans ses rapports avec la Térébenthine molle ou cuite.
Catarrhe de la vessie. Le catarrhe de la vessie ou cystite chronique est rarement primiiif chez les jeunes gens et les hommes d'un âge moyen; mais il est assez commun qu'il s'établisse d'emblée chez les vieillards.
Il atteint les premiers sous forme aiguë, et presque toujours alors il est le produit d'une métastase rhumatismale ou d'une alTection de cette nature se fixant sur la vessie dès son début; ou bien de l'absorption du principe irritant des cantharides ; assez souvent aussi d'un coup porté sur l'hypogasfre, ou d'une chute qui retentit vivement dans les organes de cette région; la propagation d'une blennorrhagie au col de la vessie et à sa cavité y donne aussi quelquefois lieu, ainsi que la présence d'un calcul raboteux et de tous les corps étrangers. Souvent il se lie aux affections de la moelle épinière, lorsque celles-ci ont amené la paralysie de la vessie ; car, en thèse générale, on peut dire que dans toutes les paralysies de la vessie, quelle qu'en soit la cause, le catarrhe de la vessie arrive presque nécessairement.
Les vieillards calculeux soulfrent plutôt du catarrhe chronique qui tourmente aussi les vieux goutteux et les hommes sédentaires occupés jusqu'à un âge avancé de travaux de cabinet, surtout lorsqu'ils ont eu des blennorrhagies dans leur jeunesse et qu'ils en conservent des rétrécissements de l'urètre.
L'indication de la Térébenthine se présente lorsque les malades ont traversé la période aiguë du catarrhe, ou bien lorsque cette affection a eu primitivement la forme chronique ; celle-ci se reconnaît à l'absence des symptômes fébriles (bien que souvent cette forme s'accompagne quelquefois, surtout chez les vieillards affaiblis, d'un léger mouvement fébrile sur le soir, avec chaleur de la paume des mains, rudesse de la peau, sécheresse de la langue, soif et assoupissement), de tuméfaction hypogastrique ; à la diminution du ténesme vésical et de la dysurie, et à ce qu'il ne reste que de la pcsenteur dans le bassin et sur le rectum, et de la difficulté à expulser les premières gouttes de l'urine, etc., etc., enfin, et c'est là le caractère pathognomonique de la maladie, à ce que ce liquide dépose au fond du vase une quantité plus ou moins considérable d'une matière albumineuse, filante^ demi-transparente, semblable à du blanc d'œuf, adhérant fortement aux parois du pot-de-chambre même renversé, ou bien s'écoulant alors en formant une colonne non interrompue de mucus depuis le bord du pot jusqu'au fond de celui oîi l'on transvase l'urine. Tel est le produit du catarrhe muqueux. Si à cette couche visqueuse surnage une matière blanchâtre, trouble, bourbeuse, se mêlant à l'urine et offrant l'aspect du pus, le catarrhe est mucoso-purulent. Si enfin les urines sont troubles immédiatement après leur émission et se séparent bientôt en deux couches, l'une supérieure d'urine
TÉRÉBENTHINE
limpide, se troublant aussitôt qu'on agite le vase, l'autre inférieure, formée par une matière blanchâtre, n'adhérant point au vase, et ressemblant à du souffre précipité des sulfures par des acides, le catarrhe est purulent, et c'est le cas le plus grave ; c'est alors que se présente l'indication de l'emploi de la Térébenthine.
On la prescrit à la dose de 4 à 15 grammes par jour, dans une émulsion ou bien en bols. Mais il est bien plus simple d'administrer les capsules gélatineuses qui renferment l'huile essentielle, soit les perles de Clertan, soit les capsules ordinaires. Les perles de Clertan se donnent à la dose de 8 et même de 12 par jour ; et elles ne sont jamais mieux supportées que lorsqu'on les administre en même temps que le malade prend ses repas. Si les malades ne peuvent supporter l'essence de Térébenthine administrée par la bouche, on la donne en émulsion dans un lavement.
L'efficacité de ce traitement dans le catarrhe chronique de la vessie ost telle, qu'on peut dire sans témérité que, si l'administration sage et bien indiquée de la Térébenthine ne guérit pas toujours complètement cette maladie, elle améliore presque constamment l'état des malades.
Ce qui s'observe chez les sujets soumis à la médication que nous venons d'indiquer peut se réduire aux circonstances suivantes :
1° La Térébenthine développe toute son action physiologique, tous ses effets généraux et particuliers, (Voir plus haut quels sont ces piiénomènes.)
2° Son action reste incomplète et se passe tout entière sur le tube digestif qu'elle se borne à stimuler assez vivement, provoque des évacuations par le bas, avec la matière desquelles est rejetée la plus grande partie du médicament.
3° Le malade n'éprouve aucun des effets précédents. L'odeur de violette des urines est seule pour attester que le médicament a été absorbé.
Reprenons ces trois circonstances :
Voici ce qui se passe dans la première : dans les vingt-quatre heures qui suivent l'administration de la Térébenthine, outre les effets d'excitation générale qui sont les plus variables, excepté peut-être l'ardeur épigastrique, les nausées, les éructations et la céphalalgie, le catarrhe vésical semble revenir quelquefois momentanément à la forme aiguë. Le malade ressent de la chaleur dans la région des reins et des uretères, l'hypogastre est plus rénitent, quelquefois très-sensible à la pression ; les douleurs de la vessie s'exaspèrent en même temps qu'ont lieu, dans certains cas, de la diurèse, d'autres fois des urines plus rares, de la dysurie, de la strangurie, de l'ischurie, de l'ardeur dans l'urètre et une sécrétion plus abondante des produits du catarrhe, en un mot une véritable recrudescence de cystite aiguë. Puis bientôt, soit spontanément, soit en y aidant par la cessation du traitement, quelques bains, des boissons copieuses, émulsionnôes et nitrées, cette irritation artificielle se Calme, et les matières catarrhales ou purulentes ne sont plus rendues.
OU rendues en quantité nolaLlement moindre. Tout se passe, ou à peu près, comme si l'on avait injecté dans ia vessie un liquide térébenthiné.
Dans le second cas, il y a purgation ; les malades n'éprouvent pas de diminution dans les symptômes, et c'est tout au plus si l'effet révulsif de la Térébenthine a agi quelques instants au bénéfice du catarrhe. On observe pourtant dans quelques cas de cette seconde catégorie des effets curatifs qui prouvent que la Térébenthine agit spécialement ou développe ses propriétés spéciales indépendamment de l'absorption. Cela existe pour beaucoup d'autres médicaments qui sont réputés n'agir que par absorption, et semble prouver que les propriétés spéciales d'un agent thérapeutique ou d'un poison peuvent se transmettre au moyen du système nerveux.
Dans la troisième circonstance que nous avons établie, comme les deux précédentes, d'après l'observation d'un grand nombre de faits, il arrive que, même ayant pris de très-hautes doses de Térébenthine, les malades ne s'en sont pas aperçus, et que sans l'odeur caractéristique de leurs urines, et mieux encore la guérison complète du leur catarrhe, on aurait pu mettre en doute une modification quelconque de l'économie, et supposer que dans ce cas la Térébenthine avait été absolument inerte. Mais il faut bien dire aussi que dans plusieurs de ces circonstances, et quoique l'odeur des urines ne permette aucun soupçon sur l'absorption du médicament, le catarrhe vésical ne reçoit pas plus d'influence que le reste de l'organisme.
On voit que les trois faits généraux dans lesquels nous avons cru pouvoir résumer tous les cas qui se présentent dans le traitement du catarrhe chronique de la vessie par la Térébenthine, se retrouvent dans l'action physiologique de cette substance, et qu'on est en droit de faire servir les premiers à l'explication des seconds. En effet, ceux-ci n'en diffèrent que par l'exaspération momentanée et la cessation des symptômes. Ce fait est en rapport avec l'état de la muqueuse vésicale chez l'individu affecté d'un catarrhe chronique. En effet, bien que modifiée par l'agent thérapeutique de la même manière que lorsqu'elle est saine, cette membrane répond autrement à la modification, et elle y répond comme, par analogie, on aurait pu l'attendre de toute surface muqueuse affectée de catarrhe, et qui vient h être irritée.
Nous assimilons donc l'action thérapeutique delà Térébenthine dans le catarrhe chronique de la vessie à l'action évidente et incontestable qu'elle exerce, lorsque, appliquée directement sur des surfaces muqueuses, siège d'un écoulement mucoso-purulent, ou des ulcérations cutanées suppurantes, elle en active la vitalité jusqu'à l'irritation, en accroît primitivement l'exhalation, et finit par amener ces parties à ne plus fournir de produits morbides ou à se cicatriser ; en un mot, nous croyons à un mode d'action de la Térébenthine, pm^ irritation substitutive, même lorsque cette substance est prise intérieurement et ne va changer l'état des membranes muqueuses qu'en passant par les voies de l'absorp-
TÉRÉBENTHINE. 79
tion et de la circulation. L'identité de ce qui a lieu par ce mode d'administration de la Térébenthine et de ce qui s'observe par l'injection de cette substance dans la vessie, suffirait seule pour nous faire regarder cette opinion comme la plus vraisemblable. D'ailleurs nous serons obligés de revenir sur ce point à propos du traitement d'autres affections graves par la Térébenthine et son huile essentielle, ainsi que par d'autres balsamiques qui ont des propriétés très-analogues, et là nous développerons plus fructueusement notre manière de voir, en même temps que nous pourrons en déduire des conséquences et des applications plus larges.
Il nous reste à ajouter quelques remarques sut* le traitement du catarrhe chronique de la vessie par la Térébenthine.
D'abord il est à peine nécessaire de dire qu'on ne doit pas espérer, par cette m^édication, la guérison radicale des catarrhes symptomatiques de la gravelle, des calculs urinaires, des autres corps étrangers venus du dehors, des rétentions d'urine par paralysie de la vessie, ou par des rétrécissements considérables de l'urètre avec obstacle complet ou notable à l'émission de ce liquide. Il en est de même lorsque existent des affections de la prostate qui irritent sympathiquement ou mécaniquement la membrane muqueuse vésicale, etc., etc. Dans tous ces cas, néanmoins, on ne doit pas abandonner l'usage de la Térébenthine ; car l'observation prouve que, même dans le catarrhe symptomatique de la pierre, ce remède est utile à titre de palliatif pour diminuer la quantité des produits morbides sécrétés parla vessie, sécrétion qui, à elle seule, finit par affaiblir considérablement les vieillards calculeux. C'est donc dans les catarrhes idiopathiques occasionnés et entretenus par les causes diverses que nous avons fait connaître plus haut, que sera surtout opportun et souvent héroïque l'emploi de la Térébenthine aux doses et de la manière que nous avons déterminées.
Malgré l'autorité des médecins anglais, nous regardons comme prudent de n'administrer la Térébenthine que dans la forme chronique ou subaiguë du catarrhe vésical, et alors que presque toute la maladie consiste dans les -produits pathologiques exagérés ou viciés. Il est vrai qu'on pourrait conclure de l'innocuité et mieux de l'efficacité du copahu dans les blennorrhagies les plus aiguës, à la probabilité d'obtenir les mêmes avantages dans la blennorrhagie vésicale aiguë. Dans tous les cas, on fera sagement de ne commencer l'emploi de la Térébenthine qu'après celui des saignées générales ou plutôt locales proportionnées à l'intensité des accidents, et après avoir usé quelque temps des bains généraux prolongés, des fomentations émoUientes, des boissons abondantes émulsionnées, camphrées et nitrées, etc., etc.. Pour ne pas risquer les accidents d'un emploi prématuré et périlleux de laTérébenthine, nous conseillerons aussi de tàter la susceptibilité des malades pour ce traitement, en commençant par leur prescrire quelques boissons qui aient une action analogue et moins énergique, et dont l'usage plus ou moins facilement supporté ou
plus ou moins avantr.geux avertira le praticien qu'il peut adopter cette nouvelle médication ou doit l'ajourner encore. Ces boissons seront indifféremment ou de l'eau de goudron, ou l'infusion de bourgeons de sapins du Nord, ou celles des baies de genièvre, succédanés et adjuvants de la Térébenthine que nous étudierons plus bas.
On se rappelle combien est variable l'action physiologique de la Térébenthine, puisque une faible dose détermine chez certains individus des effets assez violents, soit primitifs sur le tube digestif, soit secondaires dans toute l'économie et sur certains systèmes en particulier, tandis que d'autres se trouvent guéris par d'énormes quantités sans avoir acheté ce résultat par les troubles physiologiques qui le précèdent ordinairement. Cette observation doit engager à débuter par de faibles doses qui peuvent suffire chez certains sujets, quitte à les élever selon le besoin. Celte pratique a encore l'avantage d'éviter que le remède pris en trop grande quantité ne sollicite vivement le tube digestif et ne provoque en pure perte des évacuations capables d'enlever à l'absorption des principes qui n'ont peut-être d'action qu'en passant par cette voie. Si l'état de l'estomac permet de juger à prioiH qu'il ne supportera pas la Térébenthine avec quelque précaution qu'elle lui soit confiée, ou bien que le malade vomisse opiniâtrément ce qui est très-rare, il faut l'administrer en lavements, comme nous l'avons dit plus haut.
Une autre précaution importante est de ne pas en discontinuer l'usage dès que les urines ne contiennent plus de matières catarrhales ou purulentes, mais de poursuivre cet usage pendant plusieurs jours et même quelques semaines à doses successivement décroissantes; car rien n'est plus commun que les récidives du catarrhe vésical, si ce n'est celles du catarrhe urétral.
11 est bien important de connaître les conditions qui favorisent si puissamment ces récidives.
Or, on sait combien toutes les affections catarrhales, tous les flux muqueux sont étroitement subordonnés aux variations barométriques de l'atmosphère, aux diverses constitutions de la température qui suffisent dans la plupart des cas pour les produire, à plus forte raison pour les entretenir. Les catarrhes des voies urinaires et principalement de la vessie subissent encore plus facilement ces influences que les autres maladies du môme genre. Combien de fois n'avons-nous pas vu Dupuytren prédire des recrudescences ou des rechutes de ces catarrhes, ou bien leur amendement et leur cessation, par cela seul qu'il observait que la température passait du sec au chaud ou froid à l'humide chaud, mais surtout froid pour le premier cas, ou de ces dernières conditions aux premières pour le second cas? Les vieillards affectés de cette maladie pronostiquent même à coup sûr les vicissitudes atmosphériques d'après l'inspection de leurs urines plus ou moins limpides, plus ou moins chargées de produits morbides. Le praticien doit donc être bien pénétré de cette circonstance pour diriger sagement l'emploi de la Térébenthine, ne pas lui faire honneur
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de changements qui lui sont étrangers, comme ne pas lui imputer un défaut ou une insuffisance d'action qui ne sont dus qu'aux conditions défavorables qui coïncident avec le traitement. Est-ce à dire pour cela que l'efficacité de la Térébenthine soit illusoire et toute relative au temps qu'on choisit pour l'administrer? Ce serait mal nous comprendre.
L'action du quinquina n'est certainement pas une action illusoire, parce qu'il est souvent donné à des fébricitants que le seul repos, le seul changement de quelqu'une des choses non naturelles, l'éloignement des causes, etc., suffisent pour exempter de leur fièvre. Il n'est pourtant pas défendu de faire tourner au profit d'une médication tous les éléments de succès qu'elle peut réunir, d'aider l'efficacité de la Térébenthine par le concours d'une température favorable, et réciproquement. Ainsi de tous les traitements.
Pour neutraliser autant que possible les fâcheux effets du froid humide chez les gens affectés de catarrhe chronique de la vessie, et mieux juger par conséquent l'action propre de la Térébenthine, rien n'est plus avantageux que de porter de la tête aux pieds et immédiatement appliqués sur la peau des tissus de laine et en particulier de la flanelle, et d'éviter pardessus tout le froid et l'humidité des pieds.
Il peut arriver que l'exaspération momentanée que le catarrhe chronique de la vessie éprouve, de l'action de la Térébenthine ne soit pas aussi passagère et aussi bornée qu'elle doit l'être ; que la période de rémission et de suppression du flux catarrhal ne succède pas promptement à l'acuité artificielle qui est souvent le moyen de guérison, ou même ne lui succède pas du tout. Le dernier cas surtout est rarement observé. Le premier, c'est-à-dire celui oii l'accroissement des accidents paraît excessif, disproportionné et ne sait pas se terminer, exige qu'on suspende aussitôt l'usage de la Térébenthine et qu'on soumette le malade aux boissons émollientes, acidulés ou très-légèrement aromatiques, aux bains généraux et même aux applications de sangsues sur l'hypogastre. L'emploi graduel, opportun et ménagé des préparations de Térébenthine ou des agents analogues, suivant les règles que nous avons indiquées, expose rarement à ces inconvénients, qui d'ailleurs ne sont jamais graves et se dissipent avec facilité.
L'emploi de k Térébenthine n'est pas contre-indiqué par cela qu'on aurait acquis la grande probabilité que la membrane muqueuse vésicale est ulcérée, et que c'est de la surface de ces ulcères que s'écoule le pus qu'on retrouve dans les urines. Une observation directe et l'analogie de ce que produit la Térébenthine immédiatement appliquée sur les ulcérations qui nous sont apparentes dans d'autres régions de la peau et des membranes muqueuses, doivent assez nous persuader du peu de fondement de cette contre-indication. Il est beaucoup plus raisonnable de se demander jusqu'à quel point une affection des reins compliquant le catarrhe de la vessie apporte des obstacles à l'usage de la Térébenthine.
L'odeur si singulière des urines de ceux qui, sains ou malades, pren-
798 MÉDIGAMENIS EXCITANTS.
«ent une quantité un peu notable de Térébenthine, ne permet pas de douter que cette substance ait une action puissante sur les organes sécréteurs de l'urine ; d'un autre côté, l'ardeur et les douleurs que ressentent ces individus dans la région des reins, l'hématurie et la diurèse qui s'ensuivent quelquefois, ne permettent guère de douter non plus que cette action ne soit de nature irritative. Voilà bien un élément du problème à résoudre, mais le plus indispensable nous manque, l'observation clinique. Nous n'avons jiimais vu administrer et n'avons jamais administré nous-mêmes la Térébenthine dans de pareilles complications. Nous lisons bien dans une thèse de M. Avisard (Paris, 1819), sur l'usage de la Téré- Ijenlhine dans le catarrhe chronique vésical, thèse dont les matériaux ont été recueillis à la clinique chirurgicale de Dupuytren, « qu'en général lorsqu'on soupçonne la coexistence d'une affection des reins ou des uretères, on doit s'abstenir de l'usage de la Térébenthine, qui fréquemment ne fait qu'aggraver le mal ; cependant, qu'elle a été quelquefois utile en pareil cas. »
Toutefois, cette assertion est bien vague et ne précise pas les maladies des reins où l'emploi de la Térébenthine est contre-indiqué, celles où elle ne l'est pas. On sait que la membrane muqueuse qui tapisse l'intérieur des calices et du bassinet est susceptible, quoique bien plus rarement que celle de la vessie, de catarrhe idiopathique, et si quelque chose ici peut être accordé h l'analogie, on serait en droit de penser que la Térébenthine doit avoir du succès dans ces cas; mais bien plus souvent aussi, ces sortes de catarrhes sont symptomaliques de la gravelle et des calculs néphrétiques, et alors, nous présumons qu'il y aurait imprudence à user de la Térébenthine, malgré l'apparente contradiction qu'on peut trouver entre ce précepte et celui où nous avons recommandé de ne pas rejeter ce remède à titre de palliatif dans le catarrhe lié à la présence d'un calcul vésical.
Remarquons qu'ici les conditions sont bien autres : le rein est un organe parenchymateux : sa substance propre est sujette aux phlegmasies chroniques, aux suppurations, aux désorganisations diverses, etc., et le calcul néphrétique est la cause la plus commune de ces graves altérations, car un grand nombre de ceux qui sont affectés de cette maladie succombent à la phthisie rénale déterminée à la longue par l'irritation incessante du calcul. Il serait par conséquent à craindre que la stimubition imprimée à la muqueuse des cavités intérieures du rein par la Térébenthine, ne retentît dans le parenchyme, et que celle qu'elle porte aussi bien probablement sur ce tissu glanduleux n'agît au profit de la phlegmasie et des lésions désorganisatrices qui amènent la destruction de la partie et la mort du malade.
Si l'on croit pouvoir opposer à ce raisonnement le fait de l'avantage des diurétiques ordinaires dans les affections dont nous venons de parler, nous répondrons qu'il n'y a aucune ressemblance à établir entre l'action de ces médicaments sur les reins et celle de la Térébenthine. Les prc-
TÉRÉBENTHINE. 790
miers se bornent à rendre les urines plus abondantes, et cela sans déterminer dans les organes qui la sécrètent ces douleurs, cette vive ardeur, ces sortes de coliques néphrétiques qu'on voit quelquefois suivre l'usage de la Térébenthine. Les effets avantageux qu'Amatus Lusitanus raconte de la Térébenthine contre les calculs rénaux ne méritent guère notre confiance. Nous aurons à revenir sur ces propriétés anticalculeuses quand nous étudierons l'huile essentielle de cette résine.
Diabète. La Térébenthine a été essayée dans le Diabète. Les reins de presque tous les diabétiques qu'il nous a été donné d'ouvrir étaient exempts de phlegmasies, mais surtout généralement pâles, exsangues, mous et comme macérés. Aurait-on quelque chance en activant la vitalité, en modifiant la circulation et la nutrition de ces organes par l'action spéciale de la Térébenthine sur eux, de les rétablir dans leur sécrétion normale? Nous n'en répondrions pas, et d'ailleurs l'expérience a déjà répondu négativement. L'ensemble de la maladie et l'observation de reins de diabétiques trouvés dans la plus parfaite intégrité semblent bien prouver qu'il y a dans cette grave affection autre chose de plus primitif et de plus considérable qu'un dérangement pur et simple des fonctions uropoiétiques, comme serait, par exemple, une perversion particulière de la nutrition générale ou un vice de la chymification. Cette condition ne devrait pourtant pas être de nature à rendre tout à fait inutiles les moyens thérapeutiques dirigés dans le but de modifier les reins eux-mêmes et de changer leur mode de sécrétion. Nous appeUons aussi dans notre première édition les essais des praticiens sur l'action que pourrait avoir la Térébenthine dans l'affection granuleuse de Bright. M. Rayer a fait infructueusement cet essai. Nous l'avons conseillée avec avantage dans la chylurie (urines grasses ou laiteuses).
Les catarrhes des membranes muqueuses autres que celles des voies urinaires sont plus incertainement modifiés par la Térébenthine. Ainsi nous avons dans le copahu un moyen bien plus sûr de guérir les écoulements de l'urètre; c'est pourquoi nous réservons ce que nous avons à dire sur le traitement de ces maladies par les substances résineuses et balsamiques, pour l'étude du copahu dont l'usage leur est presque exclusivement affecté.
Catarrhe pulmonaire. Les catarrhes pulmonaires chroniques sont susceptibles d'être avantageusement modifiés par la Térébenthine. Les cas de cette nature où elle trouve volontiers son indication sont ceux de ces personnes affectées de bronchorrée mucoso-purulente dans lesquelles il n'est pas rare de voir la quantité des crachats s'élever jusqu'à plusieurs livres en un jour, sans toux notable, sans aucun symptôme d'irritation, avec une membrane muqueuse souvent épaissie, mais plutôt décolorée qu'injectée, une dilatation partielle ou générale des bronches, etc., etc.
soo MÉDICXilENTS EXCITANTS.
Z'fou? avons plnsienrs fois observé cette forme de catarrhe pulmonaire si bien faite pour simuler la phthisie tubercolense la plus avancée, et qui a dû très-fréquemment induire en erreur de diagnostic les anciens médecins qui plaçaient à un rang distingué dans le traitement de la phthisie les substances balsamiques dont nous parlons. Disons aussi que malgré tous les perfectionnements de nos moyens de diagnostic local dans la phthisie pulmonaire, ces cas nous en impt^ent encore souvent, non-seulement à cause de la fonte purulente si effroyable qui semble alors se faire dans les poumons, à cause des sueurs nocturnes, du dévoiement et du marasme qui s'y joignent dans quelques cas. mais aussi parce que les dilatations brc«nchiques dont nous avons parlé peuvent fournir à l'auscultation et à la percussion plusieurs des signes réputés pathognomoniques de k phthisie tuberculeuse au troisième degré.
Le mode d'administration est le même dans ces circon^ances que dans les catarrhes de la vessie. C'est dans de pareilles conditions que les balsamiques et en particulier la Térébenthine, l'eau de goudron sont en f.ossession d'opérer des sortes de prodiges, en ramenant à la santé des midades qui semblaient marcher à une mort inévitable par tons les degrés de la consomption colliquative la plus rapide.
En terminant cet article, nous jetterons un coup d'œil général sur toutes les vastes suppurations qu'il est important de modérer ou de tarir, et nous les envisagerons sous le rapport des indications qu'elles peuvent présenter pour l'emploi des substances résineuses et balsamiques.
Diarrhées coIliqaatiTes. Des auteuTS rpTommandahlps ont conseillé l'usage de la Térébenthine dans le dessein d'obtenir des effeîs en apparence opposés et qui pourtant n'ont rien de contradictoire. C'est ainsi que CuBen affirme, d'après son expérience, que cette substance c. est un des plus certains laiatifs que l'on puisse employer dans les coliques et les autres cas de constipation rebelle ; » tandis que Baglivi et van Swieten s'en sont servis avec succès dans les dévoiements chroniques et colliqualifs. Yoici comment s'erprime le premier de ces deus grands médecins dans sc'U intéressant chapitre De diarrhea et dysenferia : a Inveteratis alvi flniibus, dysenteriâ, tenesmo, relasatione ani, etc., eicipiatur per inferiora vapor Terebenthinae pmnis ardentibus injectae, et sanabuntor. »
Nous aurions peut-être dû ne mentionner ce mode d'administration de la Térébenthine qu'en parlant de son usage eiteme, puisqu'il s'agit de fumigations dirigées vers l'anus : mais nous avons voulu rapprocher cette pratique de Baglivi de cel> de van Svrieten qui donnait aussi la Térébenthine dans les dévoiements coliiquatifs des à la résorption du pus chez les phthisiques arrivés au dernier degré de la fonte tuberculeuse des poumons : « In consummata phthisi, a pure resorpto, totum sanguinem eorrumpi et âc dissolvi, ut per mesaraîca vasa elapsi humores putridissîmam diarrheam faciant qu» et morbo et vitae finem brevi imponere solet. etc. » Rien ne lui parait plus propre à calmer cette diarrhée et à
TÉRÉBENTHINE
prolonger les jours du mnlade abrégés si souvent par cet accident, que les lavements préparés avec 4 grammes de Térébenthine bien purifiée, triturée avec un jaune d'œuf, en y ajoutant 15 grammes de thériaque et 120 grammes de lait. Ce lavement doit être gardé le plus longtemps possible. Rien d'étonnant que la Térébenthine soit donnée comme laxatif, puisque, dans l'examen de son action physiologique et thérapeutique, nous l'avons vue si fréquemment déterminer des déjections alvines. Rien d'étonnant non plus qu'elle puisse arrêter un flux muqueux de l'intestin, puisqu'elle le fait à l'égard de tant d'autres sécrétions morbides du même genre et que sa propriété dessiccative est ce qu'elle a de plus caractéristique.
Il nous reste maintenant à étudier d'une manière spéciale les inductions de l'emploi de l'essence de Térébenthine prise à l'intérieur : 1° dans les névralgies ; 2° contre les vers intestinaux et en particulier le ténia; 3" dans les coliques hépatiques symptomatiques de calculs biliaires; 4° enfin dans la péritonite puerpérale.
]\evralgies. 1° Si l'on ne veut pas considérer Galien comme le médecin qui ait le premier fait un usage intérieur de l'essence de Térébenthine dans les névralgies, fondé sur ce que le mot douleurs des jointures n'est pas assez précis, et sur ce que cet auteur ne se servait pas d'essence, mais de la Térébenthine elle-même, deux bien faibles motifs , il faut, pour trouver cette pratique explicitement recommandée, arriver à Home, Herz, Thillenius, Cheyne et Pitcairn, qui ont administré ce remède, comme il l'a été plus récemment en France par M. le professeur Récamier et d'autres médecins.
Murray en parle comme d'un moyen vulgairement connu : « Plebis domesticum est in malo ischiadico et rheumatismis, melle excepto vel liquido quodam. » La formule était :
Huile essentielle de TtTL'beiithine. ... 8 grammes.
Miel 30 —
Prendre soir et matin une petite cuillerée de ce mélange.
Cheyne faisait distiller à plusieurs reprises l'huile de Térébenthine avec parties égales d'alcool. Il donnait ce composé depuis 4 grammes jusqu'à 16 gramm.es par jour. Ce praticien pensait qu'ainsi administrée, l'essence gardait toutes ses propriétés antinévralgiques et était dépouillée de ses inconvénients, ce que M. Martinet a nié de nos jours. M. le professeur Récamier se sert de la formule suivante dans le plus grand nombre des cas : essence de Térébenthine, 8 grammes; miel rosat, 120 grammes. On prend trois cuillerées de ce mélange par jour. Pour déguiser l'insupportable saveur de ce médicament, on peut l'unir à des sirops agréables, des eaux distillées aromatiques diverses; au laudanum dans le besoin, si le malade est trop disposé aux vomissements, etc., etc.. Il vaut mieux, ainsi que nous l'avons dit, faire prendre l'essence dans des capsules.
On peut avec avantage aider l'action de l'administration interne par des frictions loco dolenti avec le Uniment suivant :
Huile de camomille GO grammes.
Essence de Térébentliine 30 —
Laudanum de Sydenham 4 —
Si au bout de huit ou dix joufs on n'a pas de résultat, il faut renoncer à la médication.
Les résultats obtenus par le célèbre praticien que nous avons nommé, et qui le premier en France a traité la sciatique par l'essence de Térébenthine, ont été d'abord enregistrés dans la thèse de M. le docteur Martinet (Paris, 1818). Celui-ci, en décrivant les elfets immédiats de l'essence de Térébenthine à la dose de 4, 8, 12 grammes dans les névralgies sciatiques, signale, outre les phénomènes que nous avons fait connaître, une chaleur accompagnée de sueur dans les membres abdominaux, pirticulièrement dans celui qui est le siège de la névralgie, et plus encore le long du trajet du nerf malade. Cullen avait déjà observé ce fait, et n'avait pas hésité à attribuer à cette particularité l'efficacité de l'essence de Térébenthine, qui avait déjà été constatée par Cheyne et Pitcairn dans les affections névralgiques et rhumatismales des membres. Home, qui employait beaucoup en pareil cas cet agent thérapeutique, en attribue tous les effets à cette action qu'il nomme topique. Les premiers résultats consignés dans la thèse citée de M. Martinet sont ceux-ci :
Cuérison complète.
Névralgies sciatiques 7
Névralgies brachiales 3
Soulagement Irés-marqiié.
\0n cesse l'usage du médicamcnl. )
Névralgies sciatiques 2
Névralgies traitées par les frictions. . S
Soul :gemcnt léger. [Oa su prime le médicamcnl )
Névralgies sciatiques S
Iniuccès.
Névralgies sciatiques 3
Totiil 20
Toutes ces névralgies dataient d'un temps assez long. Des trois derniers malades, l'un mourut au bout de dix-huit mois d'une maladie orgianique de l'articulation coxo-fémorale ; chez un autre la névralgie était à peu près générale et peu caractérisée ; enfin chez le troisième elle fut très-opiniâtre, rebelle à beaucoup d'autres moyens, et pouvait en partie^
TÉRÉBENTHINE
vu certains symptômes, se rallier à une affection organique du nerf (T/nv; citée). M. Martinet a fait de sa thèse augmentée un mémoire en 1824, et une seconde édition de ce mémoire en 1829. Ce dernier travail porte que sur soixante et dix sujets traités jusqu'alors, et y compris les cas rapportés dans sa thèse, cinquante-huit ont été guéris. Sur ce nombre, cinquantecinq ont dû leur guérison à l'emploi intérieur de l'essence, trois seulement aux seules frictions.
Il est important d'exposer, d'après l'auteur^, les conditions qui sont favorables ou défavorables à l'emploi de l'essence de Térébenthine dans les névralgies :
1° C'est dans les névralgies sans altération du nerf que l'on obtient le plus de succès, et particulièrement dans celles qui sont idiopathigues et permanentes ;
2o Toutes choses égales d'ailleurs, plus les caractères névralgiques sont bien dessinés, plus les douleurs sont vives, quels qu'aient été les manques de succès par d'autres moyens, plus les chances sont favorables;
3° C'est dans les névralgies des extrémités inférieures, et dans la sciatique plus particulièrement, que ce médicament semble confirmer sa supériorité ;
4° On voit que M. Martinet retranche des sciatiques susceptibles d'être heureusement traitées par l'essence de Térébenthine, celles qui sont rhumatismales, les névrites, les névralgies symptomatiques d'une compression par quelque tumeur ou autre lésion organique développée dans le névrilemme, etc..
La Revue médicale (août 1823) contient la relation de six guérisons sur sept malades par M. Dufour. Ce praticien n'a observé ni action purgative ni sudoriflque, ni diurétique, produite par l'essence, et néanmoins les résultats ont été heureux et prompts.
A la même époque, M. Delaroque a cité à l'Académie de médecine douze ou quinze cas de réussite.
Nous convenons que la lecture des observations de M. Martinet est faite pour frapper les médecins et porter la conviction dans les esprits. A quoi sert de ne les accepter qu'à condition de les expliquer, comme pour se soulager de la répugnance qu'on éprouve à admettre des faits qui contrarient une idée arrêtée d'avance, idée qui se trouve tout à coup fortifiée de preuves nées pour la détruire ?
M. Raige-Delorme, par exemple, dans une analyse qu'il donne dans les Archives de médecine de l'année 1824, t. IV, p. 400, du premier mémoire de M. Martinet, fait rouler sur l'irritation du tube digestif produite par l'essence de Térébenthine, tous les effets immédiats et consécutifs de ce médicament, revendique tout par la révulsion, etc.. Remarquons que tous les praticiens qui ont eu à se louer du traitement en question, n'ont rien eu de plus pressé que d'appeler l'attention sur l'efficacité d'autant plus prompte et radicale de la médication, qu'elle s'accomplit plus en silence et sans provoquer d'évacuations alvincs ! ... Il serait déraisonnable et
Mr-IDICAM I- NTS EXCITANTS.
iinprmlont :\u.iA il\.-iricur cerf faiis 2)ar une négation dure et saiis^ formes.
Nous ne croyons pas qu'il y ail eu France de médecins qui, plus souvent que nous, lasseiil. usage de la térébenlhine, et si, dans bien des cas, nous avons pu conslalcr ]'cr(ii:acilé de ^es^encc de lérébentliine dans le traitement des névralgies, liieu souvent aussi nous avons vu ce médicament réussir dans des cas oîi tous les autres moyens avaient échoué. Disons d'abord qu'invariablement nous donnons l'essence de Térébenthine en capsules, à des doses qui varient entre 60 et 200 gouttes par jour; disons encore que toujours, et cette précaution est capitale, nous faisons prendre le médicament durant le repas. Or, nous déclarons que, dans le traitement des sciatiqiies que l'on peut appeler idiopathiques, en ce sens qu'elles ne dépendent ni d'une infection palustre ni d'une maladie organique des viscères contenus dans le bassin, ni d'une lésion osseuse, etc., on obtient à peu près invariablement un soulagement considérable, et le plus souvent la guérison.
Il ne nous a pas paru que les névralgies des membres supérieurs fussent moins utilement traitées par l'usage de l'essence de Térébenthine, et nous n'en exceptons ni les névralgies intercostales ni les névralgies qui occupent la tête.
Nous ne voulons pas dire qu'il faut s'en tenir toujours exclusivement à l'emploi de la Térébenthine, et que, dans un grand nombre de cas, l'usage préalable, simultané ou ultérieur de la belladone, du quinquina,, de l'opium ne soit appelé à rendre de grands services; mais l'essence de Térébenthine est un agent qui ne le cède en puissance à aucun de ceu?v que nous venons d'indiquer, et qui guérit dans des cas où ces derniers étaient restés complélement inutiles.
Quant aux névralgies viscérales, si rebelles, si communes, surtout chez les femmes, elles sont plus efficacement combattues par l'essence de Térébenthine que par tout autre remède; et, chose singulière, les névralgies de l'estomac et de tous les viscères qui ressortissent plus particulièrement au plexus solaire, sont celles qui obéissent le mieux à l'action de cet agent puissant. 11 est étrange de voir des femmes délicates supporter avec une facilité merveilleuse des doses considérables d'essence de Térébenthine, et bien rarement les névralgies, même les névralgies stomacales, sont augmentées par l'administration du remède. Dans ce cas, nous ne donnons la Térébenthine que six ou huit jours de suite, pour la reprendre après un repos de deux semaines à peu près. Assez souvent nous alternons avec l'usage du nitrate d'argent, que nous administrons en pilules de 1 centigramme, deux ou trois fois par jour, dans l'intervalle des repas , et cela pendant trois ou quatre jours seulement.
Dans des cas rares, si l'essence de Térébenthine est mal supportée, nous lui associons le laudanum de Sydenham, h. la dose de 1 goutte» 2 gouttes au plus, chaque fois que l'on prend les capsules.
Nous aTons dit pins hanl qa'invariablenient, et déjà depuis plusieurs années, nous donnons l'eœence de Térébenthine en capsnles ; chez les personnes qui ne savent pas avaler les médicaments sous forme pîlnlaire, l'essence est prise avec du thé, du café, un mélange d'eau-de-vie ei d'eau, ou bien avec quelque infusion aromatique ; mais ce mode d'administration a des inconvénients sur lesquels nous devons appelés* rattention. Le dégoût, les premières fois, n'est pas très-grand; mais, aprts quelques jours, il devient invincible et la simple odeur de la Térébenthine donne des vomissements. Chez ceux même qui n'ont pas de dégoût, l'irritalion topique que produit l'essence sur le pharynx et l'œsophage, cause une chaleur locale intolérable et des vomissements, tandis que prise en capsules, associée aux aliments, la Térébentiiîne irrite à peine la membrane muqueuse de l'estomac et n'irrite jamais celle du pharynx et de IVjesophafe.
Vers intestinaux. 2"" C'est aux médecins étrangers, et surtout aux Anglais, que nous sommes redevables des faits qui attestent les propriétés anthelmintiques en général, et ténifoges en particulier, de l'huile essentielle de Térébenthine à hautes d(Bes. Avant de passer à ce titre dans la Matière médicale humaine, les vertus antiveruaineuses de cette substance ont été éprouvées sur les animaux. Ghabert préconise heaneonp pour expulser les enlozoaires des bêtes de somme, 30, 60 grammes de mélange d'une Uvre d'huile animale empvreumatique et de 1 kilogramme et demi d'huile essentielle de Térébenthine, distillées ensemble. Cest pourtant le hasard qoi a présidé au premier cas de guérison du ver solitaire chez l'homme.
Un marin avait le ténia, et remarquait que chaque fois qu'il prenait teaucoTip de genièvre il rendait qpielque portion de ranimai. Or les hommes de mer anglais ont, dans leur liqueur au genièvre, remplacé les baies de cette plante par une certaine quantité d'huile essentielle de Térébenthine. Le marin attribuant avec raison les eSets vermifuges de sa boisson spiritueuse à l'essence active qu'elle contenait, pensa se délivrer plus complètement de la cause de son mal en s'administrant pure et à plus fort^ doses l'huile essentielle de Térébenthine. Le ténia fut tu^ et expulsé. Encouragé par ce fait, Jean HaUe, en proie au même mal, prend le matin à jeun 96 grammes d'^îence de Térébenthine. Même dose au bout de deux heures, la première n'opérant pas. 3^talaise, céphalalgie, ivresse, seUe abondante où se trouve le cadavre entier de l'entozoaire. Pas de récidive. Le docteur Jean-Ralph Fenwich, de Durham, rapporte sis cas de gaérison de la même maladie ^r le même remède. Il administre l'huile essentielle pure le matin à jeun, à la dose de 64 grammes ; puis bientôt après 32 autres grammes qui agissent comme pmgatif, et déterminent l'expulsion du ténia mis à mort par la première potion. Sur ces six malades, quatre ont été d'une première fois débarrassés de leur ennemi, qui ne s'est jamais reproduit ; deux ont eu des