‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 184 sur 335 · SOS · texte numérisé non relu

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récidives dont un second traitement le^ a entièrement préservés pour l'avenir.

M. Cross, de l'intéressant mémoire duquel ces observations sont tirées [Journal de méd. de Lf roux, t. XXXV, p. 147 \ rapporte de sa propre pratique un fait très-concluant en faveur de Tusage de l'essence de Térébenthine contre le ténia. Dans ce cas. une foule de drastiques et d'anthelmintiques avaient été pendant longtemps employés en A-ain, et n'avaient jamais procuré que l'évacuation de quelques anneaux détachés du ver. Les synnptôraes persistaient. Le remède aux doses ci-dessus fut employé avec un tel succès, que depuis huit ans que le ténia a été rendu sous l'action de l'essence de Térébenthine, nulle récidive ne s'est fait sentir.

M. Chaumeton, dans une analyse qu'il fait du mémoire de M. Cross (joura. cit.\ raconte un cas de guérison semblable de la pratique de M. le docteur Marc, et que lui a communiqué ce praticien. La prescription fut celle-ci : Huile essentielle de Térébenthine. 32 grammes ; sirop de gomme, 32 grammes ; eau distillée de menthe, 2o0 grammes. M. Crcss mélange aussi l'huile essentielle à deux fois son poids de sirop. Ce médecin assure connaître nombre de guérisons p;ir ce remèdt de malades tourmentés de cruelles démangeaisons de la fin du gros intestin par les ascarides vermîculaires. Dans ces cas. il sufOt de donner l'essence en lavements, mêlé à un mucilage. MM. Feschier et Maunoir, de Genève, ont constaté les propriétés vermifuges de l'essence de Térébenthine. Le docteur Kennedy en a cité cinq ou six cas fort curieux et bien détaillés, qu'on lit dans le tome troisième des yirchice^ de méd-^ine. Il mélange souvent l'essence à l'huile de ricin.

Il est inutile que nous dressions la liste de tous les praticiens anglais qui, dans ces cas. se sont toujours avec efiicacité servis de l'agent énergique que nous étudions. MM. Mérat et de Lens disent l'avoir employé deux fois contre le ténia, et les deux fois cet animal a été réduit et rendu en putrilage. Ils ajoutent que cette méthode de traitement est aujourd'hui peu suivie : parce qu'elle n'est pas toujours efficace; 2* parce qu'elle donne lieu à des accidents parfois graves ; 3* parce qu'on possède dans la racine de grenadier un ténifuge plus assuré. Ces motifs de proscription nous semblent vagues, peu péreraptoires. insuffisants pour discréditer l'usage vermifuge de l'huUe essentielle de Térébenthine ; et cela est d'autant plus frappant, que les conclusions de ces auteurs suivent immédiatement l'énoncé de deux succès complets, après lequel il est permis de les trouver peu conséquentes.

Cairais biliaires. On Connaît depuis bien longtemps la fréquence des calculs biliaires, leur importance. Les grands maîtres des siècles derniers y ont parfaitement rattaché toute la série et la variété d'accidents que l'anatomie pathologique moderne a démontré leur appartenir. >'ous sommes même persuadés qu'Ettmuller, Blanchi, F. HolTman, Boerhaave,

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vanSwieten,Baglivi,LentiUus, Valisnieri, Heberden, Durande, etc., etc., ont écrit sur ce point de la pathologie du foie des choses plus vraies, plus complètes, plus médicales qu'on ne l'a fait de nos jours. Presque tous ces praticiens avaient eu la pensée de chercher un dissolvant des pierres biliaires, et jeté les yeux pour atteindre ce but difficile, sur des liquides spiritueux, volatils, depuis Ettmuller, qui regardait l'esprit de nitre dulcifié comme capoble d'agir un peu sur ces pierres, Poultier qui attribuait la même propriété à l'alcool pur, jusqu'à Boerhaave, qui employa à cette fin l'huile essentielle de Térébenthine sans aucun mélange ; Withe et Valisnierie, qui combinèrent ces deux liquides spiritueux, essayés isolément jusqu'à eux, et enfin Durande , qui dès l'année 1773 (et non 1782, comme l'indique Sprengel dans son Histoire de la médecine), substitua l'éther sulfurique à l'alcool, et publia, en 1782, dans les semestres de l'Académie do Dijon, son mémoire sur les coliques hépatiques, et leur traitement par le fameux mélange qui dès lors a porté son nom.

Nous laissons Durande lui-même exposer le mode d'administration de son remède, les précautions et les conditions qu'exige son emploi, puis nous tâcherons d'apprécier la valeur de ses assertions et l'utilité de la médication qu'il a tant exaltée.

Durande fait l'histoire complète et très-satisfaisante des calculs biliaires, s'étend sur leurs dangers, leur pronostic, leur diagnostic différentiel, etc., discute les avantages de quelques secours accessoires comme la saignée, les alcalins, les bains, etc., puis il ajoute :

i( Après un long usage d'humectants et de délayants (six semaines à deux mois), d'apéritifs doux, on donne le dissolvant des pierres biliaires, à la dose de 4 grammçs tous les matins, en faisant prendre par-dessus une écuelle de petit-lait, ou d'eau de veau avec la chicorée, ou de sirop de violettes avec de l'eau pure. Si ce remède agite, s'il échauffe trop les malades, si la région du foie devient douloureuse, on saigne et l'on continue les bains. On joint au contraire les apéritifs et les toniques les plus doux à ce remède, si l'on s'aperçoit que le foie se gonfle avec très-peu de douleur, que les malades soient plutôt appesantis qu'échauffés. On insiste plus ou moins sur ce remède, suivant l'ancienneté et l'opiniâtreté de la maladie ; mais assez généralement les malades doivent prendre 500 grammes de mélange d'éther sulfurique et d'huile volatile de Térébenthine. Lorsqu'il n'y a plus de jaune ni sur le visage ni dans les yeux, lorsque la douleur de l'hypochondre cesse de se faire sentir, que le malade n'éprouve aucune anxiété, même après le repas et l'exercice on conçoit que la santé se rétablit, que le cours de la bile est libre, et qu'il est temps d'employer les purgatifs doux, qui pour lors agissent utilement, sans causer la moindre douleur à ceux même qui, avant l'usage du dissolvant, avaient été le plus fatigués par l'usage de ces remèdes.

« On doit ensuite s'attacher à prévenir le retour des coliques, et em-

pécher la bile do se coaguler de manière à former de nouvelles concrétions. Les moyens capables de rendre la circulation du sang plus libre dans les vaisseaux de la veine porte, préviendront l'épaississement de la liile. Sous ce point de vue, les apéritifs doux ont leur utilité ; mais le plus généralement la chaleur du foie, l'acrimonie et l'abondance de l'humeur bilieuse sont les causes de ces retours de maladie. Tout ce qui rend les urines jaunes et pénétrantes, la bouche mauvaise, l'haleine forte, doit être proscrit comme irritant : aussi les graisses, les salures, l'excès de nourritures animales, les boissons spiritueuses ; les épices, les plantes amères, àcres ou échauffantes, telles que le cresson, les asperges, les artichauts ; l'usage trop fréquent des purgatifs, les fatigues, les veilles sont très-contraires à ces malades. Mais un régime doux et modéré avec les viandes, surtout les volailles bouillies ou rôties; les herbages, les farineux, les fruits bien mûrs ; les boissons délayantes, telles que le petit-lait, la limonade, le citron et l'orange ; le tartrite acidulé de potasse, les eaux minérales, les saignées faites à propos, le lait d'ânesse, m'ont paru suffisants pour prévenir le retour de cette maladie, surtout lorsqu'on y joint, à des intervalles très-éloignés, de petites doses du dissolvant des pierres bilieuses, ou que l'on peut même substituer la dissolution du jaune d'œuf dans l'éther, qu'a imaginée M. Morveau, et qui paraît suffisante pour prévenir la formation des pierres ])iliaires, ou même pour les dissoudre dans le principe. Ce dernier remède aura l'avantage d'être moins désagréable aux malades. »

Le mélange de Durande était d'abord composé de parties égales d'éther sulfurique et d'essence de Térébenthine; plus tard, il diminua d'un tiers la proportion de celle-ci, et le forma avec trois parties d'éther et deux d'essence.

L'auteur fait suivre son mémoire de vingt observations à lui propres, et de quelques autres qui lui furent communiquées par Marey, Lavort et Hoin; toutes attestant l'erficacité du mélange en question.

Nous ne disputons à ces observations ni l'exactitude de leurs détails, ni l'importance de tous leurs éléments, ni leur au+benticité, ni la précision du diagnostic pour un certain nombre au moins, ni même les avantages qu'ont retirés les malades du traitement employé. Il n'y a qu'une chose sur laquelle elles nous laissent dans le doute, et cette chose est précisément celle que Durande s'est obstiné à établir à si grands frais; cette chose, c'est la propriété dissolvante du mélange d'éther et d'essence de Térébenthine. Car, comment démontrer ce genre d'action? Rien n'est plus difficile. Il ne faudrait rien moins que le concours de plusieurs circonstances qu'on ne peut rassembler que bien rarement ; peut-être même ne l'ont-elles jamais été au dégré nécessaire pour déterminer une conviction. Il faudrait : 1° avoir nettement constaté dans la région correspondant au siège de la vésicule biliaire une tumeur offrant au palper une résistance inorganique, si nous pouvons ainsi parler, une résistance pierreuse, une tumeur qui, comprimée ou percutée, laissât percevoir au

toucher ou à l'oreille une sensation ou un bruit semblable à ceux que produisent, comme l'a observé J.-L. Petit, des noisettes qu'on froisserait dans un petit sac ; T puis que, dans de telles conditions, le mélange de Durande eût été pendant quelque temps administré, et que la tumeur eût disparu plus ou moins lentement, sans qu'il ait été possible do trouver des concrétions biliaires dans les matières évacuées par le malade. Il faudrait que de pareils phénomènes se répétassent un grand nombre de fois chez plusieurs individus, il faudrait suspendre le traitement et le reprendre, voir si la maladie, ou plutôt sa cause matérielle sa conformerait à ses alternatives, etc.... Hors de ces circonstances presque impossibles à réunir, il ne peut y avoir que doute et tout au plus vraisemblance, interprétation arbitraire, manière de voir.

Combien pourtant les observations de Durande manquent de ces éléments indispensables de solution ! Qu'y voit-on ? Des malades sujets à des dérangements fréquents de la digestion, pris de coliques hépatiques plus ou moins vraies, de vomissements, de jaunisse pour la plupart ; cette série d'accidents se renouvelant par intervalles et chez le plus petit nombre, s'accompagnant de quelques concrétions biliaires dans les selles, rendues avant le traitement.

Celui-ci fut institué selon les principes exposés plus haut ; la médication classique ou rationnelle, comme on dit, précède, accompagne et suit rigoureusement la médication prétendue spécifique et dissolvante, c'està-dire l'administration du mélange éthéré et térébentbiné ; les malades sont notablement soulagés ou radicalement guéris.... N'est-ce donc pas assez? Pourquoi ne pas se bornera constater cet effet, l'attribuant, comme cela peut être juste, à l'action du traitement, sans prétendre saisir l'intermédiaire entre le médicament donné et le résultat obtenu ? Ce sage empirisme n'est-il pas préférable à une explication probablement erronée, explication qui n'a peut-être servi qu'à mettre en défiance contn les avantages du moyen proposé, parce que nécessairement on a dû souvent confondre le fait avec la théorie, et rejeter celui-là, parce que celle-ci paraissait fausse et absurde. Si le moyen est utile, et nous ne le nions pas, pourquoi ne pas se contenter de poser les conditions de cette utilile, au lieu d'avoir la vanité de trouver celles de son action intime, sans autre fruit que de discréditer ce moyen, en l'associant au sort éphémère de toute explication ?

Durande se fonde principalement sur ce que les calculs biliaires mis en contact dans un vase avec son mélange, ou simplement exposés aux vapeurs qui s'en dégagent, deviennent bientôt friables, puis se dissolvent entièrement. 11 n'est pas besoin d'insister sur le vice et l'insuffisanre de l'analogie que ce fait le porte à établir. L'élher ou l'alcool seuls sont incapables, assure-t-il, de dissoudre ainsi les pierres hépatiques, et cependant plusieurs médecins avant lui, ceux que nous avons désignés plus haut, se sont vantés d'obtenir avec ces liquides des résultats semblables aux siens.

Mais une chose plus frappante encoro dans les oliscrvatlons de Durande, c'est la rapidité d'action du remède et le caractère de l'élément de la maladie contre lequel cette action paraît surtout se manifester. En effet, c'est au symptôme colique que le remède en questio"h s'attaque principalement, c'est ce symptôme qu'il est en possession de mieux calmer qu'aucun autre moyen. Or se peut-il concevoir que la vertu dissolvante du mélange de Durande se développe en aussi peu de temps qu'il lui en faut pour dissiper la douleur hépatique . Une action altérante de ce genre (en la considérant comme possihie dans l'espèce) suppose une opération lente, insensible, moléculaire, toutes conditions incompatibles avec l'instantanéité qu'on remarque dans la disparition d'un phénomène nerveux sous l'influence de l'éther térébenthiné.

Nous savons bien que Durande, en vertu de l'idée qu'il s'est faite du mode d'influence de son remède, prescrit de le continuer pendant longtemps ; mais indépendamment de ce que cela ne prouve rien, puisque quelques-uns de ses malades qui n'ont pas suivi ce conseil n'ont pas essuyé de récidives, à plusieurs autres il ne faisait prendre que l'éther avec le jaune d'œuf, et nous apprenons de lui que l'éther n'a pas la propriété de dissoudre les pierres biliaires.

Enfin de ces malades, les uns ont rendu des calculs, et chez ceux-là il n'a pas le droit d'invoquer l'action dissolvante du remède; les autres n'en ont pas rendu, bien que plusieurs d'entre eux présentassent une série d'accidents qu'il était assez naturel de rattacher à l'existence de pierres biliaires ; mais ici que d'obscurité!

Des individus après des éruptions, des sécrétions accidentelles, des fonctions supplémentaires supprimées ; certains vieillards bilieux, mélancoliques, sont pris de symptômes d'indigestion, de langueur générale, de cachexie atrabilaire , de douleurs épigastralgiques ou hypochondriaques, de vomissements, de constipation ou de selles décolorées, d'urines lixivielles, d'ictère, etc.. ; on les soumet pendant un très-longtemps à une diète délayante et comme on disait autrefois altérante, aux lavements laxatifs, aux boissons minoratives, apéritives, savonneuses, alcalines,

aux eaux minérales de Seltz, de Vichy, au petit-lait, etc , puis on

leur donne le mélange volatil, et ils sont rétablis après une plus ou moins longue administration de cette médication achevée par des purgatifs et le retour par intervalles au fameux mélange, etc Comment

démontre-t-on alors son effet dissolvant ? Parce que le cours de la bile s'est établi, que les selles du malade sont colorées, ou qu'il rend une bile noire et épaisse qu'on prétend être la matière du calcul redevenu fluide.

Nous accordons, d'après notre propre observation, qu'il est certains dérangements des fonctions biliaires caractérisés par des ictères inopinés et qu'on ne peut rattacher à aucune lésion hépatique appréciable ; par une langueur profonde de tout l'organisme et des actes digestifs en particulier, une constipation opiniâtre, un découragement mortel, quelque-

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fois le sentiment d'une barre épignstrique, d'une pesanteur dans la région du foie ; enfin par la mort dans quelques cas, sans que l'autopsie fasse découvrir d'altération en rapport avec la gravité de la maladie (ce sont les maladies atrabilaires des anciens auteurs). Mais ces affections semblent plutôt pouvoir être attribuées à une inertie de l'appareil séccéteur et excréteur de la bile, à une atonie de la circulation et de l'innervation de cet important système, etc , qu'à toute autre cause; et

l'expérience a prouvé que le régime et les agents thérapeutiques qui ont la propriété de fluidifier nos humeurs, telles sont celles énumérées plus haut et que Durande employait en quantité et longtemps chez ses malades, et que les purgatifs et tout ce qui peut réveiller la sensibilité du tube digestif et stimuler les sécrétions, que l'exercice à pied, en voiture,

à cheval, etc , l'expérience a prouvé, disons-nous, que ces ressources

hygiéniques et médicamenteuses combinées sont utiles dans les cas que nous venons de signaler. Voilà de quelle manière nous interprétons les succès de Durande et de ccijx qui se sont conformés à lui dans leur pratique.

Quant à la propriété incontestable qu'al'éther térebenthiné de calmer les coliques atroces et les vomissements dont s'accompagnent fréquemment les calculs biliaires et certaines névralgies hépatiques, nous la considérons comme purement antispasmodique, et ce n'est pas un fait nouveau. Durande, après tout, a le mérite d'avoir bien connu les maladies produites par les pierres biliaires, et de leur avoir appliqué une bonne méthode de traitement.

Péritonite puerpérale. Il nous reste à juger une question thérapeutique bien autrement grave encore que celle qui vient d'être examinée.

Quelle confiance méritent les travaux des médecins anglais qui tendent à prouver l'insigne efficacité de l'huile essentielle de Térébenthine contre la péritonite puerpérale ? Nous posons la question dans ces termes pour laisser de suite entrevoir notre défiance envers la valeur et la solidité de ces travaux, et pour prévenir que nous ne leur concéderons que ce qu'il nous sera rigoureusement impossible de leur refuser. C'est entre eux et nous une pure question de diagnostic ; et, nous devons le dire par avance, les motifs de nos doutes résultent de l'insuffisance des détails capables de caractériser la maladie, résultent du merveilleux et de l'incroyable des effets racontés aussi bien que de l'habitude oii nous sommes de ne presque jamais pouvoir vérifier sur nos malades ce que les médecins anglais observent dans leurs hôpitaux.

Au mois de décembre 1812, il régna à l'hôpital des femmes en couche de Dublin une épidémie de péritonite puerpérale à laquelle aucune malade n'échappait, quel que fût le traitement employé, jusqu'à ce que le docteur Brenan se mît à essayer l'huile essentielle de Térébenthine. Ce médecin rapporte six observations dans son ouvrage imprimé à Londres,

on 1814, sous ce titre : Thoughts on puerpéral fever and its cure by spirit of (urpeniine. Brenan décrit ainsi en peu de mots l'aspect général de la maladie : « J'ai en général trouvé qu'après l'accouchement le plus favorable, les femmes devenaient malades dès le troisième ou le quatrième jour, et présentaient ce que les gardes-malades appellent fièvre puerpérale éphémère. Il y avait un frisson violent, suivi de douleurs vives dans l'abdomen et les intestins; l'estomac était exclusivement irritable; il survenait des vomissements ; le ventre se tuméfiait et devenait très-seneible à la pression : la maladie se terminait en peu de jours par la mort. »

Ce dernier trait est sans doute celui qui contribue le plus fortement à caractériser la maladie ; car, bien que l'ensemble des premiers phéno. mènes appartienne cà la péritonite puerpérale, on pourrait à la rigueur les attribuer à quelques autres maladies dont nous parlerons plus bas ; mais il faut avouer que ces mots : la maladie se terminait en peu de jours par la mort ; que cette circonstance ainsi répétée : aucune femme n'échappait quel que fût le traitement employé, etc , expriment une rapidité

et une fatalité de terminaison dont n'est susceptible aucune des affections des femmes en couche; et si l'on ajoute à cela la nature épidémique de la maladie, caractère qui ne s'observe guère pour les maladies puerpérales qu'avec la péritonite et au milieu des conditions que nous trouvons ici, nous voulons dire la réunion dans un même lieu d'un grand nombre de nouvelles accouchées ; si l'on pèse toutes ces conditions, il sera permis de croire qu'en effet les femmes traitées par le docteur Brenan étaient bien affectées de péritonite puerpérale. Poursuivons néanmoins et discutons la valeur des faits allégués.

La première de ces observations n'atteste pas un succès, et pourtant elle prouve quelque chose. Tout fait croire qu'il y a un épanchement dans le ventre; scnsibihté exquise à la moindre pression. Après deux saignées de quinze onces chacune, état de dissolution telle, qu'aucune malade n'avait été guérie dans un cas semblable. On administre l'essence de Térébenthine. L'abdomen, de tendu et de très-douloureux, devient

flasque et indolore. La malade crache du pus et meurt Ce fait suggère

bien des réflexions; mais comme elles sontcommunes à plusieurs autres observations, et que toutes peuvent être considérées d'un point de vue unique, continuons à présenter les plus intéressantes, en réservant pour la fin notre opinion générale.

La seconde est en tout semblable à la précédente, seulement la mort n'est pas annoncée par un crachement de pus. L'essence est employée à l'intérieur et en frictions sur le venire.

Dans la troisième : céphalalgie, sensibilité de l'abdomen, nausées, plaintes, gémissements. Une cuillerée à soupe d'essence de Térébenthine et un peu d'eau après. Quinze minutes à peine écoulées, la malade se porte bien; l'amélioration s'affermit.

L'auteur qui rapporte ces observations (Fernandès, Thèse inaug.^

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Paris, 1830), dit que celle qu'on vient de lire n'a pas besoin de commentaire !

La quatrième est insignifiante, et fait grand tort aux autres, en prouvant la légèreté du diagnostic et des conclusions de Brenan.

iNous rapportons la cinquième en entier, parce qu'elle est plus importante. Accouchement le 12. Le 13, fièvre très-violente, toux très-forte et qui porte à crier, à cause des douleurs du ventre qui est excessivement sensible à la pression. (Essence de Térébenthine appliquée sur l'abdomen ; on en donne intérieurement une cuillerée à soupe dans de l'eau sucrée). Le 16, point de douleur, appétit ; la malade prend des aliments. Elle est aussi mal que jamais. (Essence de Térérenthine intérieurement et extérieurement.) Soulagement, nouvel écart de régime. Les symptômes prennent une très-grande intensité jusqu'au 21 ; le cas est désespéré : on considère la malade comme moribonde. Vomissements de bile verte. (Une once d'essence de Térébenthine, répétée une heure après ; on l'applique aussi sur le ventre.) Le 22 au matin, amélioration ; on la trouve à dormir. (Huile de castoréum ou de ricin, teinture de séné et 8 grammes d'essence de Térébenthine.) Plusieurs selles. Le 23 et le 24, la malade se porte mieux, prend des aliments et se lève. Le 27, elle s'en va chez elle.

Dans le sixième, on se borne à dire qu'après un travail difficile, suivi de l'accouchement de jumeaux, la femme se porte très-mal. Elle est guérie par l'usage interne et externe de l'essence.

Voici quelques garanties morales en faveur de l'authenticité des observations du docteur Brenan :

1" Ce médecin avait déjà observé plusieurs cas de péritonite puerpérale, et avait été témoin de l'horrible épidémie qui attaquait les femmes en couche ;

2" D'autres médecins ont observé les mêmes malades, et n'ont point réfuté ses observations. Brenan s'exprime ainsi à ce sujet :

« Je mentionnerai ici quelques cas que j'ai traités avec l'essence de Térébenthine, qui peuvent être considérés comme étant de quelque valeur, parce que leur authenticité ne saurait être mise en doute à cause du lieu oii ils ont été observés. Il est bien évident que toute fausse assertion faite devant une aussi nombreuse et aussi respectable corporation que celle de l'établissement de l'hôpital des femmes en couche de Dublin, serait bientôt réfutée; »

3» Les contestations que Brenan a eues avec ses adversaires servent plutôt à prouver la vérité des observations que leur fausseté. Son mépris des égards réciproques que se doivent les gens de l'art l'a engagé dans des disputes personnelles avec ses collègues. La discussion qui a eu lieu entre lui et les hommes placés de la manière la plus avantageuse pour découvrir ce qu'il y avait de faux dans ses observations, a fini par tourner à son avantage, puisqu'on n'a pu le prendre en défaut. (Fernandès, T/iCse citée.) Nous verrons dans un instant que rien n'est moins difficile.

Le docteur James Macabe, partisan des émissions sanguines dans la maladie dont il s'agit, rapporte quatre faits pour démontrer l'efficacité de l'essence de Térébenthine. De ces quatre fails, un seul nous semble appartenir à la péritonite puerpérale. Il est semblable aux deux premiers de ceux rapportés par Brenan ; c'est-à-dire que, sous l'influence de l'essence de Térébenthine, le ventre gonflé et très-douloureux s'afiaisse, devient indolent, et la malade meurt. Dans deux autres cas, les malades nous paraissent avoir été affectées de ces constipations qui, chez les femmes en couche, déterminent des tumeurs stercorales, et quelquefois des douleurs et un gonflement de l'abdomen simulant la péritonite. La Térébenthine a agi en purgeant vivement, et les malades ont été guéries. Au sujet de ces quatre observations, Macabe écrit à Brenan une lettre où on lit ce qui suit : « Si ces c;is sont pour vous de quelque intérêt, je croirais manquer de candeur et de sincérité en ne vous communiquant pas mon opinion sur la découverte d'un médicament qui semble, lorsqu'il est raisonnablement appliqué, être le meilleur de tous ceux qui ont été employés jusqu'à pr ''sent dans la fièvre puerpérale, et que par conséquent l'essence de Térébenthine est une addition très-précieuse à la matière médicale. »

Un onzième fait du docteur Alkinson doit être rangé dans cette dernière classe, quoiqu'il semble fort bien caractérisé, et qu'il soit revendiqué comme un des plus éclatants en faveur de la médication préconisée. Les détails précieux et suffisants qu'il renferme nous autorisent à affirmer que ce succès est entièrement dû aux déjections alvines procurées par l'essence de Térébenthine, les purgatifs et les lavements laxatifs qu'on y associait, seule médication qui triomphe aisément des constipations rebelles si fécondes en accidents graves, et pouvant simuler la péritonite chez les femmes puerpérales.

Une douzième observation du docteur Henry Payne, exposée avec tous lûs détails désirables, est un exemple type de l'espèce de maladie que nous venons de rappeler. La guérison est entièrement due à l'action purgative de l'essence de Térébenthine et des mixtures salines dont on aidait son effet.

La treizième observation, de Richard Edgel, est incapable de prouver quelque chose. .

La quatorzième, de George Parkman, rentre dans les cas précédents. Douleur abdominale et tympanite symptomatiques d'une tumeur stercorale ; sels neutres, essence de Térébenthine décidant des évacuations rapides et abondantes, guérison subite.

Quatre observations, dues au docteur Isaac Johnson, pour ne pas mériter d'être placées, pour la nature des cas, à côté de celles que nous venons de passer en revue, n'en sont pas plus susceptibles de figurer parmi des péritonites puerpérales véritables; il n'y est question, comme signe peu important, que de l'extrême sensibilité du ventre et de son gonflement; les malades ont été rétablies, soit par l'essence de Térében-

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thine purgative, soit, il est vrai, sans cette circonstance; mais alois la maladie n'est rien moins que caractérisée. Dans d'autres cas, le traitement se compose de l'essence de Térébenthine, puis du calomel, des frictions mercurielles, de juleps camphrés, de vésicatoires sur l'abdomen, de lavements laudanisés, etc., de sorte qu'une conclusion quelconque est interdite à un esprit tant soit peu rigoureux, et par la nature équivoque de la maladie, et par la variété des moyens énergiques et réputés, concurremment rais en usage. Enfin, nous ne citerons plus qu'une observation du docteur Wader. Nous sommes fort disposés à admettre que, dans ce cas, il s'agissait bien d'une péritonite et peut-être d'une phlébite utérine. La guérison paraît due à la Térébenthine, qui a donné lieu à des effets d'autant meilleurs qu'elle a mieux purgé et qu'elle a été associée à des purgatifs communs.

Maintenant, il est de notre devoir de communiquer quelques documents qu'on a considérés comme capables d'imprimer aux faits précédents un peu de l'autorité et du crédit dont ils ont tant besoin .

John Douglas, qui exerce la médecine à Dublin dans un des plus grands hôpitaux de l'Europe, s'exprime ainsi dans une lettre écrite à Brenan : « J'ai présents à ma mémoire différents cas dans lesquels j'ai administré l'essence de Térébenthine avec les résultats les plus satisfaisants. Je puis même positivement assurer que je ne l'ai jamais ordonnée à aucune malade qui n'ait recouvré la santé par suite de son administration. Si quelqu'un supposait que mes sens ont pu me tromper, je le renverrais au témoignage de personnes, dont quelques-unes seraient en état de certifier, comme moi, à quel médicament elles doivent leur guérison. » Ces vagues attestations sont sans poids dans la question toute spéciale qui nous occupe ; car, qui nous dit que les faits d'où elles sortent ne sont pas frappés de nullité comme la plupart de ceux que nous avons mis sous les yeux des lecteurs ?

Le même praticien, faisant sept ans après un rapport sur la fièvre puerpérale, parle ainsi : « J'ai vu souvent l'application externe de l'essence de Térébenthine sans son usage interne, ou sans le secours des saignées, être entièrement efficace dans le traitement de la péritonite. » Plus loin il ajoute : « Je penserais être injuste envers la société, si je n'affirmais positivement que je considère l'essence de Térébenthine, quand elle est judicieusement administrée, comme le remède le plus généralement convenable et le plus efficace de tous ceux qui ont été proposés jusqu'à présent. Je puis assurer que j'ai vu des femmes recouvrer évidemment leur santé par son influence dans des cas presque désespérés, et après avoir perdu certainement tout espoir de guérir par le traitement ordinaire. » Douglas dit encore qu'elle peut être employée dans toutes les variétés de cette maladie, et qu'il a observé quelquefois que quinze à vingt minutes après son administration externe, elle a produit le plus grand soulagement sans donner lieu à des évacuations alvines.

Le docteur Kinneir s'exprime ainsi : «D'après mon opinion et celle de quelques-uns de mes amis, l'essence de Térébenthine est le plus précieux médicament dont on ait usé jusqu'ici dans la péritonite puerpérale. » Un autre praticien anglais, après l'avoir employée, vu les insuccès de toutes les autres médications et la fatalité de toutes les terminaisons, déclare que la découverte de Brenan est une des plus importantes de la médecine. En mars dSSo, à l'est de Londres, non loin de la rivière dite Farre, régna une épidémie très-meurtrière de péritonite puerpérale. Un praticien perdit sept malades; un autre quatre, et un troisième onze sur treize. Il n'y eut que deux femmes sauvées par l'essence de Térébenthine et sans l'emploi des saignées. [The Lond. med. andsu7'g. Journ., vol. III, p. 29.) Nous nous abstenons de l'allégation d'une foule d'autres témoignages avantageux à l'usage du remède que nous étudions. Deux médecins seulement, Joseph Clarke et Hamilton, ont déposé contre les éloges exagérés qui lui ont été accordés.

Les faits énoncés plus haut forment, pour nous, trois catégories bien distinctes. La première renferme les cas, sinon incontestables et acquis à la thérapeutique, au moins douteux et assez frappants pour qu'il ne soit pas déplacé de s'y arrêter. La seconde se compose des observations qu'on peut et qu'il faut admettre, sauf à les interpréter autrement que ne l'ont fait ceux qui les ont publiées. Dans la troisième, on est forcé de reléguer ceux qui ne prouvent rien pour vouloir trop prouver, et ceux dont il est impossible de tirer la moindre conclusion à cause du défaut absolu de caractères et de détails.

Les premiers sont au nombre de quatre. Trois d'entre eux sont bien remarquables; et parmi ceux-ci, deux surtout cités par Brenan, et observés pendant l'épidémie si meurtrière de 1812. Raisonnons dans l'hypothèse que le docteur anglais avait réellement affaire à des péritonites puerpérales avec suffusion purulente dans la cavité du ventre. L'issue toujours funeste de la mnlndie et son caractère épidémique nous donnent le droit de le supposer. Que voyons-nous?

De malbeui'euses femmes arrivées au dernier degré de l'infection purulente, dont le ventre plein de pus devient tout à coup indolent, flasque, et qui succombent peu de temps après qu'on leur a administré l'essence de Térébenthine... On a vu que Macabe rapporte un fait semblable. Dans le premier, cité par Brenan, la malade crache du pus, et meurt en même temps que son ventre s'afi"aisse... Ou bien c'est là le mode de terminaison naturelle de la péritonite puerpérale, ou bien la Térébenthine a eu part dans cette issue promptement fatale. La première opinion est bien vraisemblable, car c'est assez souvent de cette manière que finissent les victimes de la péi'itonite puerpérale épidémique. Aux approches de la mort, les vaisseaux absorbants entrent dans une activité funeste, et par cette voie les flots de pus accumulés dans le péritoine passent rapidement dans le système circulatoire, comme cela a lieu dans les mêmes circonstances pour la sérosité épanchée dans les cavités sans ouvertures. Les

TÉRÉBENTHINE

malades mourraient par Finfectioii, si cette résorption en masse n'était déjà plus le signal d'une mort prochaine.

Faut-il au contraire attribuer ces effets à l'action de l'essence de Térébenthine? Faut-il, guidé par l'analogie, penser que dans ces maladies 011 la diathèse pyogénique est si prononcée qu'à peine la fluxion inflammatoire s'est-elle portée sur un tissu, celui-ci exhale une quantité disproportionnée de pus, et que les membranes séreuses en particulier deviennent le siège d'une sorte de catarrhe purulent ? faut-il penser que, dans ces cas, l'essence de Térébenthine jouit d'une action semblable à celle que nous l'avons vu manifester dans les flux pathologiques des membranes muqueuses, et qu'elle supprune les premiers comme ceux-ci; qu'elle corrige cette disposition à exhaler du pus sous l'influence du moindre stimulus phlegmasique, disposition qui forme un des caractères les plus remarquables des fièvres puerpérales?... Les faits que nous discutons n'encouragent guère à se fier à cette explication ; car, après tout, les malades sont morts; et puis, avec ce raisonnement, pourquoi la résorption rapide des produits morbides? Nous n'avons jamais rien rencontré de pareil dans nos observations sur les flux proprement dits. La membrane muqueuse cesse d'exhaler anormalement, elle sèche, mais ne résorbe pas ses produits... Peut-on concevoir que des faits aussi contraires à une opinion aient été publiés pour la soutenir ?

Quel cas ferons-nous de la cinquième observation, la quatrième de cette catégorie ? Aucun : parce que indépendamment de ce que sa nature de péritonite puerpérale n'est rien moins qu'établie, elle reste seule, et qu'ainsi, équivoque et isolée, elle ne mérite la confiance de personne. Nous savons trop la difficulté et même l'impossibilité où sont les médecins anglais de faire des autopsies, pour leur reprocher une négligence qui, réparée, eût levé tout nos doutes sur l'exactilude de leur diagnostic. Ainsi donc, voilà les seules observations un peu sérieuses réduites à ne rien prouver en faveur du traitement si pompeusement loué...

Quant aux faits de la seconde catégorie, nous les prenons pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire, comme nous l'avons indiqué à propos de chacun d'eux, pour des cas semblables à ceux que nous avons si souvent traités à l'Hôtel-Dieu par des purgatifs énergiques plusieurs fois répétés. Ce sont des ■constipations, des engouements stercoraux du cœcum ou de la portion sigmoïde du colon, qui s'accompagnent de douleurs vives, de gonflement du ventre, de rénitence dans une des régions inguinales, et peuvent, si l'on n'en débarrasse promptement les nouvelles accouchées, amener des entérites phlegmoneuses, des abcès dans le tissu cellulaire qui unit aux deux fosses iliaques les deux portions d'intestin que nous avons nommées, et même causer des péritonites partielles, rarement générales. Aussi, voit-on que dans tous les cas de prétendue péritoine puerpérale que nous avons assimilés à cette maladie, les femmes sont soulagées en raison directe de la rapidité et de l'abondance des évacuations alvines provoquées par de fortes doses d'essence de Térébenthine et de divers

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purgatifs qu'on lui associait. L'auteur de la quatorzième observation, George Parkman, nous dit en effet : « Je ne sais pas pourquoi, dans des cas semblables, un purgatif prompt est de beaucoup préférable à un autre .. » La réponse est aisée à faire.

Il est aussi curieux de remarquer que toutes les femmes qui font le sujet de ces observations étaient habituellement constipées, ce qui, d'après nos propres recherches, est une des conditions prédisposantes les plus favorables au développement de l'état morbide en question. Chez presque toutes encore, on note des récidives, et on ne vient à bout d'une cure déflnitive qu'en insistant à plusieurs reprises sur la médication purgative par la Térébenlhine, à dose capable de produire cette action ou par d'autres cathartiques. Rien de conforme à ce que nous voyons tous les jours.

Reste à interpréter le dernier cas, celui qui de tous nous a semblé le plus aulhentique quanta la nature de la maladie. Nous accordons l'exactitude du diagnostic ; c'est une vraie péritonite puerpérale, soit. Mais faisons attention que l'essence de Térébenthine a agi en purgeant ; et pour qui est-ce une chose nouvelle que l'utilité de la médication purgative dans ces cas surtout lorsque, comme dans celui-ci, la maladie n'est pas épidémique? Or, s'il en est ainsi dans ce cas, on ne peut plus le citer à l'appui d'une action spécifique de l'essence de Térébenthine. (Voir sur ce point de thérapeutique un article clinique de l'un de nous, Journal des conn. riicd.-chirur . , juillet 1836, p. 22 et suiv.)

Nous avons suffisamment apprécié les faits de la troisième catégorie, en disant plus haut qu'ils sont vides des plus simples détails capables de les caractériser, et que, de plus, le nombre des moyens énergiques, concurremment employés avec l'essence de Térébenlhine, ne permet pas de démêler la part que les uns et les autres ont pu prendre à la guérison.

La vertu si exaltée par Douglas de l'application sur le ventre de l'essence de Térébenthine prouve-t-elle une action spécifique de cette substance dans la grave niciladie qui nous occupe ? Nullement, car l'emploi avantageux qui a été souvent fait dans ce cas d'un large vésicatoire sur l'abdomen, alors que, la période inflammatoire terminée, on veut agir contre l'épanchement comme dans la pleurésie, fait assez voir qu'un épispastique aussi énergique que l'huile essentielle de Térébenthine promet les mêmes résultats qu'un vésicatoire ordinaire.

La longue discussion h. laquelle nous venons de nous livrer, et les conclusions négatives qu'elle nous force d'adopter donnent la mesure du crédita accorder aux déclarations, aux témoignages spécieux, à la relation des succès inouïs publiés par les médecins anglais, et que nous avons dû, pour être justes, consigner dans cet article. Nous nous sommes ainsi étendus, parce que nous croyons qu'il n'est pas moins important de relever les erreurs que de signaler les vérités et les pratiques utiles. Quel lort n'est-ce pas faire à la thérapeutique que de se

TÉRÉBENTHINE. 810

contenter, comme cela se pratique dans certains ouvrage, de placer aveuglément à la file les uns des autres tous ces témoignages, sans plus les peser et les épurer que s'il s'agissait d'un vain détail de botanique? De pareils livres devraient avoir la discrélion de ne prendre que le titre Matière médicale, sans prétendre à celui de Thérapeutique.

Nous avons voulu nous-mêmes savoir à quoi nous en tenir sur ces faits, et nous en avons appelé à l'expérience clinique. Dans les épidémies de fii^vre puerpérale, malheureusement si nombreuses, que nous avons traversées à Paris depuis vingt ans, nous avons essayé l'essence de Térébenthine. Nous devons déclarer que si, dans le plus grand nombre des cas, nous avons échoué, cependant dans quelques cas, malheureusement trop rares, l'action du médicament a été rapide et évidente, et plus puissante que celle d'aucun agent thérapeutique que nous ayons employé. Dans deux circonstances surtout oii desfemmes étaient atteintes d'infection purulente, traduite par des abcès multiples, par des dépôts purulents dans les articulations, la guérison a été obtenue par la Térébenthine contre toute espérance. Toutefois nous devons dire que dans la péritonite puerpérale partielle, lorsque la forme n'a pas un caractère foudroyant, on est moins malheureux que dans les cas d'infection purulente.

Il va sans dire que l'essence de Térébenthine a été employée contre le tétanos, l'épilepsie et les fièvres intermittentes. C'est encore aux Anglais que nous devons cette découverte, qui ne mérite guère plus que la précédente d'attirer la connance des praticiens.

Pour les malades pauvres, et que jetterait dans des dépenses excessives l'usage des balsamiques, généralement préférés dans le traitement des catarrhes pulmonaires chroniques, il nous est souvent arrivé de faire préparer une masse pilulaire obtenue avec l'huile essentielle de Térébenthine solidifiée par la magnésie, et d'en administrer 75 centigrammes à i gramme par jour avec succès.

Héinnrrhagies. La Térébenthine forme la base de la plupart des eaux hémostatiques dont nous avons donné la formule au commencement de cet article. Ces eaux ont été surtout employées avec succès contre l'hémoptysie.

L'essence de Térébenthine est d'une administration si difficile , qu'on doit cheicher à varier les préparations et les véhicules de ce précieux médicament. Nous recommandons sous ce rapport une préparation nouvelle, commode et efficace, le sirop de Térébenthine, dont nous nous sommes servis plusieurs fois avec succès dans tous les cas oii l'usage interne de cet agent thérapeutique nous semblait indiqué. Ce sirop se donne à dose édulcorante.

Nous aurions bien encore quelques réflexions à soumettre aux praticiens sur l'usage intérieur de la Térébenthine et de son essence ; mais comme elles sont applicables aussi aux substances résineuses et balsa-

iniques qui nous restent à étudier, nous ne nous y livrerons qu"api>iïs avoir épuisé l'examen de co groupe d'agents thérapeutiques.

En 1S29. Carmiohaël, de Dublin, et un peu plus tard Gulhrie {London mec. Gaz., t. IV, p. 309), préconisèrent l'huile essentielle de Térébenthine dans les in/lammationit lentes de l'iris et de la choroïde.

M. Flarer, professeur d'oculistique à Pavie, commença à Texpériuienler en 1834 ; voici les résultats qu'on peut déduire du résumé bisannuel du docteur Trinchinetti, agrégé à la cUnique. Après que les autres rao\ens avaient échoué, la Térébenthine a réussi dans quatre cas d'iritis primitives, de forme subaiguë et chronique, et des causes soit rhumatismale ou arthritique, soit traumatique ; dans le dernier il y avait simultanément glaucome ; il a été amélioré et la vue en partie rendue au malade. Elle a également réussi dans huit cas (Firitis chroniques consécutives à des opérations de cataracte par scléroticonyxis. comme par keratonyxis, sur des personnes d"âge et de tempéraments divers. Ces inflammations profondes de l'œil étaient plus d'une fois accompagnées soit de kératite, soit d'hypopyon. Sur un autre malade. Thuile essentielle de Térébenthine échoua ; l'inflammation tenait à une autre cause mécanique persistante, c'est-à-dire à la présence du cristallin déplacé et branlant, qui venait heurter contre le cercle pupUlaire.

L'essence de Térébenthine, d'après les expériences de MM. Flarer et Trinchinetti, abat la douleur locde, calme l'état général de l'organisme, diminue la congeslion oculaire et le larmoiement, et favorise l'absorption du pus ou du sang épanché dans les lames de la cornée ou dans la chambre antérieure.

Au lieu de produire un effet purgatif, comme l'indiquent la plupart des pharmacologues, elle a le plus souvent constipé ; elle a aussi exercé une action marquée sur l'estomac ; ainsi, elle a quelquefois entraîné des aigreurs et amené cet état qu'on nomme gastrisme (gastrismo).

D a paru que la meilleure manière de l'administrer était de la donner suspendue dans une émulsion d'amandes ; la dose varie de 2 à 16 grammes pour 187 à 2o0 grammes de véhicule, à prendre en trois fois dans la journée. Voici la formule de Carmichaël :

Pr. : Huile essentielle de Térébenthine. . 16 grammes.

Jaune d'œnf. n" 1.

Mêlez. Ajoutez peu à peu :

Émulsion d'amandes 1^5 grammes.

Sirop d'écorce d"orai)i:e 64 —

Essence de cannelle 3 ou 4 gouttes.

A prendre par cuillerées dans la journée.

Quant aux aigreurs, l'expérience a appris que l'addition de 0,20 de sous-carbonate de soude était le meilleur moyen de prévenir le gastrisme ;

GOUDRON. 821

cette modificalion est à introduire dans la formule. {Bull, de thérap., t.Xlll, nov. 1837.)

Récemment, M. le docteur Laugier a loué l'emploi de l'essence de Térébenthine sous forme de collyre dans certaines ophthalmies et blépharophthalmies. Ces essais, répétés par d'autres chirurgiens, n'ont pas toujours donné des résultats aussi satisfaisants. On conçoit pourtant que de pareils collyres puissent être uliles dans tous les cas oii sont indiqués les topiques irritants et substitutifs.

M. le docteur EUiotson, de Londres, a employé avec succès dans quelques cas d'aménorrhées rebelles l'huile de Térébenthine en lavement. Cette substance lui paraît jouir d'une propriété emménagogue prononcée, mais néanmoins il ne la donne pas comme infaillible.

La méthode de traitement qu'il emploie est la suivante :

Si le sujet est bien portant, si le ponls offre de la résistance, il commence toujours par une saignée de 310 à 375 grammes, puis chaque jour il donne le lavement suivant :

Pr. : Essence de Térébenthine 10 grammes.

Décoction d'orge . 500 —

Chez plusieurs jeunes filles de seize à dix-huit ans, chez lesquelles l'aménorrhée existait depuis quatre mois, il est parvenu à rappeler les règles du quatrième au cinquième jour. {Bull, de thérup., 1836, t. X. 1'^ liv.)

L'emploi externe et chirurgical de l'huile volatile de Térébenthine et de la résine elle-même, nous occupera en même temps que celui de quelques autres substances qui en sont tirées, ou bien qui sont des produits des conifères, analogues sous le rapport médical, et qui ne reçoivent pas d'autre mode d'administration que celui-là. Nous devons, avant de commencer ce qui regarde ces divers agents, parler en peu de mots du Goudron, non qu'il ne soit pas un des produits en question, mais parce que le plus souvent il est prescrit à l'intérieur et se lie ainsi au sujet que nous venons de quitter, de même que par le caractère de ses propriétés médicales.

GOUDRON

I^e Goudron, Pix liquida, est un produit résineux qu'on obtient en brûlant les bois de pins qui ne donnent plus d'huile essentielle. C'est un mélange, d'après M. Soubeiran, de résine de pin non altérée, avec de la résiae. colophane, des résines pyrogénées (pyrétines) combinées à l'acide acétique, de l'huile de térébenthine et des huiles pyrogénées (pyroléines et pyrostéarines).

Le Goudron est brun noirâtre, mou, tenace; son odeur est forte, empyreumatique ; sa saveur est âcre, désagréable.

On l'emploie en médecine, à l'extérieur et à l'intérieur.

Le Goudron distillé avec de l'eau donne un mélange brun, d'une odeur désagréable, connu dans le commerce sous le nom d'huile de code, et rui est composé d'huile essentielle de térébenthine, de

beaucoup d'huile pyrogéiiée et il'uu peu de pyi'étine. Mais la véritable huile de cade est obtenue par la combustion du Juniperus oxicedrus, L., ou cade.

Eau de Goudron Aqua picea (Codex).

Goudron purifié. . . 1^000

Eau distillée ou eau

de pluie 3,000

Laissez en contact pendant vingt-quatre heures, dans une cruche de grès, en agitant souvent avec une spatule en bois ; rejetez cette première eau, et ajoiitez-en une nouvelle. Laissez en contact de nou veau pendant hi it à dix jours en ayant soin d'agiter souvent; décantez et filtrez.

Si l'on employait de l'eau commune ou de l'eau sélénitouse, le produit ne se conserverait pas et contracterait une odeur d'hydrogène sulfuré.

M. Adrian, dans un travail très-intéressant {Bull, de thérap., t. LXXII, ]). 407), a montré que les alcalis, comme les acides, modifient les qualités résineuses et balsamiques du Goudron au point de dénaturer presque complètement la nature du médicament.

M. Lefort(/;rH.f/e(/ipVap., 15 nov. 18G8) est arrivé aux mêmes conclusions, de plus il a établi :

1" Que le Goudron de Norwége ou du Nord et le Goudron des Landes cèdent à l'eau des quantités presque identiques de matières solubles;

2o Que pour la préparation de l'eau de Goudron médicinale, il est indifférent de se servir de Goudron exotique ou de Goudron indigène;

3« Que le Goudron demi-liquide est préférable au Goudron épais;

4" Que l'eau de Goudron, préparée à chaud en vases clos, représente mieux les principes naturels du Goudron et est plus constante dans sa composition que î'eau obtenue à froid îi la suite d'une longue macération au contact de l'air;

5» Que l'eau de Goudron obtenue h «haud renferme en moyenne 2 grammes de principes fixes et volatils par litre;

60 Que l'eau de Goudron est constituée principalement par de l'huile de térébenthine pyrogénée, de la Créosote, des principes résinoïdes volatils; par un ou plusieurs des acides pinique, sylvique et pimarique; enfin par des acides acétique et oxypliénique ;

70 Que 1 iode se dissout dans la proportion de 75 centigrammes à 1 gramme par litre d'eau de Goudron, et que le liquide qui en résulte, tout en conservant ses pr jpriétés physiques, contient des iicides pliénique et oxyphénique iodés ;

8" Que l'eau de Goudron iodéo ne laisse apercevoir par les réactifs aucun des caractères qui appartiennent à l'iode libre ou aux iodures.

Sirop de Goudron.

Pr. : Goudron 1 partie.

Eau de rivière. . 1 —

Faites digérer au bain-mari" pendant douze heures, en agitant de temps en temps ; laissez refroidir, décantez et filtrez; ajoutez à la liqueur le double de son poids de sucre, et faites fondre à une demi-chaleur.

Une cuillerée à bouche de sirop représente un verre d'eau de Goudron.

Séve de pin marilime.

La séve de pin maritime e-^t un liquide lactescent un peu plus loui'd que l'eau; sa saveur est balsamique et térébenthiuée, fraîche, persistante : son odeur rappelle celle de la résine du pin.

On emploie la séve de pin à l'état naturel il la dose d'un ou deux verres par jour, et on élève progressivement la dose jusqu'à six verres à boire dans l'intervalle des repas; pour les enfants on le donne par cuillerées à bouche jusqu'à deux verres. On en fait un sirop par simple solution.

Pommade de Goudron.

Pr. : Axonge 4 parties.

Goudron 1 —

Mêlez.

On emploie aussi avec succès le Goudron en fumigations et en injections.

Glycérolé de Goudron.

Pr. : Goudron. .... 1 à 4 gram.

Glycérine 8 —

Mêlez.

Résineone de Goudron.

La résineone de Goudron est une huile essentielle liquide, incolore, obtenue par la distillation du Goudron, elle distille entre 78 et 148 degrés, tandis que la résineone passe à la distillation vers 70 degrés et la résinéine vers 250 degrés.

Glycérolé de Goudron.

Pr. : Glycérine 30 gram.

Goudron purifié. . 2 —

Ajoutez à chaud : poudre d'amidon quantité sufTiante, pour une pommade peu consistante et bien homogène.

GOUDRON

A l'intérieur, c'est Veau de Goudron qui est principalement usitée.

Les circonstances où. on l'emploie ne diffèrent guère de celles qui ré- <:lament l'usage de la térébenthine. L'eau de Goudron agit moins puissamment, moins rapidement que celle-ci, et sans donner lieu à des effets physiologiques appréciables. Elle lui sert d'adjuvant très-efficace, comme nous l'avons déjà indiqué pour le catarrhe chronique de la vessie. Mieux que la térébenthine ou son essence, elle peut être administrée dans les catarrhes pulmonaires, surtout lorsque ces affections ne sont pas encore exemptes de l'élément inflammatoire capable de conirc-indiquer la térébenthine pure, et parce qu'avec l'eau de Goudron, on ne risque pas l'action physiologique irritative des membranes muqueuses, action qui n'est utile que dans ces bronchorrhées aloniques et colliquatives dont il a été question plus haut. C'est certainement une des boissons les plus recomniandables dans tous les flux muqueux et mucoso-purulents, principalement dans ceux de la membrane trachéo-bronchique, on peut même ■dire dans toutes les phlegmasies chroniques des membranes muqueuses, ulcératives ou non ; mais ceci regarde plus particulièrement les applications topiques qu'on peut en faire ; nous en parlerons bientôt. Hors delà classe d'affections que nous venons d'indiquer, on ne trouve guère d'autres indications pour l'usage de l'eau de Goudron. Dans des ouvrages récents, elle est conseillée dans les dyspepsies, la cachexie scorbutique. Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'elle augmente l'appétit et pousse aux urines. 11 n'est pas impossible d'utiliser ces propriétés. Un évêque irlandais, George Bericeley, a écrit dans le siècle dernier un livre on sont gratuitement attribuées à l'eau de Goudron les vertus les plus nombreuses et souvent les plus opposées.

. Il suffit de citer, entre autres extravagances, la faculté revendiquée par le crédule évêque, pour l'eau de Goudron, de prévenir le développement de la variole et de toutes les fièvres infectieuses. Il nous semble puéril de discuter devant nos lecteurs les assertions sans fondements prodiguées dans ce livre extraordinaire, car nous pensons avec Murray que le célèbre évêque a singulièrement contribué à discréditer l'eau de Goudron et à faire oublier ce que peut produire d'utile ce remède, par la responsabilité dont il l'a chargé : « Dolendum ob praeconia nimia in morbis naturâ suà valde diversis, ut solet fieri, in desuetudinem abiisse utilissimam medicinam. »

Les fumigations, les liniments, les pommades et les injections son' aussi des modes d'administrer le Goudron qui rencontrent assez souvent L'ur opportunité. C'est dans les maladies chroniques du larynx, des bronches et du poumon lui-même, que les fumigations sont louées, et ajuste titre, pour quelques-unes de ces maladies. La thérapeutique des laryn-

gites chroniques et des lésions organiques vaiiées qui les produisent ou sont produites par elles, compte ses ressources les plus énergiques parmi les agents qui peuvent être directement portés sur les parties malades. Ov le mode le plus avantageux qu'on puisse choisir pour atteindre ce but, est évidemment lïnspiration de vapeurs médicamenteuses. L'expérience des autres et la nôtre en particulier s'est prononcée en faveur des vapeurs aromatiques ; les infusions des plantes labiées pour les premières, la combustion des substances résineuses et balsamiques pour les secondes, fournissent les meilleurs matériaux pour le dégagement de ces gnz médicamenteux. Devant revenir à ce mode d'emploi des substances balsamiques à propos du tolu, du benjoin, nous ferons alors la part des fumigations de Goudron.

Les liniments et les pommades au Goudron méritent une mention dans le traitement de quelques affections cutanées. Le prurigo est une de celles 011 ces préparations sont les plus usitées et les plus utiles, sous la forme suivante : Goudron, une partie ; laudanum de Sydenham, un huitième; nxonge, quatre parties. La gale, la teigne granulée, l'herpès, l'eczéma,, ces deux dernières maladies surtout, pour lesquelles le praticien doit avoir à sa disposition une si grande variété de moyens, sont susceptibles d'ct?e heureusement modifiées par le Goudron, sous la forme que nous venons d'indiquer ou sous toute autre. On le trouve conseillé par les anciens auteurs contre les affections lépreuses qui sont le psoriasis dos médecins anglais et de M. Biett. Cullen parle d'un mode d'administration bien bizarre du Goudron. « On fait rôtir, dit-il, un gigot de mouton qu'on arrose avec du Goudron au lieu de beurre, et l'on introduit fréquemment dans la substance du mouton une pelite broche pour en faire sortir le jus ; l'on se sert du mélange de Goudron et de jus qui se trouve dans la lèchefrite, pour en oindre le corps deux ou trois fois de suite le soir, et pendant tout ce temps le malade garde la même chemise. On prétend que ce remède est utile dans plusieurs espèces de lèpres ; je l'.'ii vu employer avec beaucoup de succès dans l'espèce appelée ichthyosis; mais pour des raisons aisées à saisir, je n'ai pas eu occasion de réitérer ce moyen. »

Sans avoir recours au gigot de mouton et à la lèchefrite, car c'est la singularité de ce moyen qui a sans doute détourné Cullen de l'emploi suivi du Goudron dans les maladies cutanées, on peut bien tout simplement unir cette substance à l'axonge, comme nous l'avons indiqué plus haut.

Les injections d'eau de Goudron se font surtout dans la vessie affectée de catarrhe chronique, et c'est un moyen que nous conseillons dans les cas où échoue la térébenthine prise à l'intérieur. Nous nous en sommes souvent servis avec un avantage certain. Faites dans les conduits fistuleux qui donnent passage à une suppuration abondante et fétide et sont entretenus par des caries ou des névroses; dans les clapiers purulents résultant d'abcès profonds qui ont consumé le tissu cellulaire interstitiel

NAPHTHALINE.

des muscles, entre la peau décollée et les tissas sous-jacents dans certains ulcères scrofuleux, etc., ces injections sont on ne peut plus favorables, ainsi que dans le conduit auditif externe, siège de ces otorrhées interminables que laissent après elles, chez les enfants surtout, les fièvres éruptives et principalement la scarlatine. Ce court exposé des cas oii peuvent convenir l'emploi interne et externe de l'eau de Goudron et du Goudron en substance, joint aux développements que nous avons déjà donnés et que nous donnerons encore sur les résines et les baumes, principes médicamenteux dont il partage les propriétés, suffira pour que les praticiens en étendent l'application aux circonstances qu'un bon esprit d'analogie leur indiquera comme susceptibles d'être rapprochées de celles sur lesquelles nous avons spécialement appelé leur attention à propos de la térébenthine.

NAPHTHA MEDICINAL.

Les Anglais ont beaucoup vanté contre la phthisie pulmonaire ce produit qu'ils regardent comme bien préférable au Goudron, mais il est difficile de savoir quel est le composé chimique qu'ils désignent sous le nom de Médicinal Naphthu, d'autant plus que les Anglais désignent, d'après M. le docteur Hastings, sous le nom de Naphtlie plusieurs produits qui n'ont d'autres caractères communs que leur volatilité et leur combustibilité.

M. Durand-Fardel a obtenu de bons résultats du Médicinal Nap/tlha dans le traitement des catarrhes des vieillards, mais il ajoute que cette substance est très-difficile à se procurer en France. Il n'en serait rien si, comme le dit M. Hastings, on désigne sous ce nom le méthyle-acétyle ou acétone.

L'huile de Naphthe ou Naphlha des Anglais est un bitume liquide, fluide, transparent, d'un jaune clair, d'une odeur forte et très-inflammable, c'est la substance ou une analogue à ce que l'on connaît sous les noms à' asphalte, pétrole, bitume, malthe, etc., etc.

Toutes ces substances peuvent être rangées dans les stimulants généraux ; elles sont d'ailleurs très-peu employées; nous en dirons de même de la naphtaline autrefois préconisée par M. Dupasquier contre la phthisie.

NAPHTHALINE.

La Naphthaline, Naphthalène, ou liydrurc de Naphthile se forme dans la distillation des houilles, dans celle du benzoate de chaux, dans la préparation du noir de fumée, etc.; elle cristallise en lames rhomboïdales incolores, minces, ressemblant à de l'acide borique; dis-

soute dans l'éthor elle cristallise en cristaux très-nets et très-gros : elle possède une odeur goudronneuse, ime saveur àcre, bridante, aromatique; elle ne dissout pas dans l'eau froide, peu dans l'eau bouillante; elle est soluble dans l'alcool, surtout dans l'éther et les huiles essen-

tielles. Son point, du fusion est îi 79 degrés, elle bout ù 217 ; elle est r(^présentée par ÇaoH".

Mise sur la langue elle a nue saveur ûcrpj chaude et désagréable; elle déter-

mine la toux, et produit un vif sentiment de clialeur dans la bouche et le pharynx. On l'emploie à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme dans un looch.

HUILE DE NAPHTHE.

On confond souvent l'asphalte, le pétrole, leNaplithe, le bitume, le malthe,etc. L'huile de Naphthe proprement dite est un liquide bitumineux, très-fluide, transl)arent, jaune clair, d'une odeur trèsforte, très-inflanimabie ; elle est soluble dans l'alcool, l'étlier et les huiles fixes et

volatiles. Avant d'employer l'huile de Naphthe il faut la purifier. Un l'agite dans un flacon avec une solution de carbonate de potasse concentrée; puis on lave. Un l'administre en potions à la dose de JO à 20 gouttes contre les catarrhes, 1 îi 4 gouttes comme anlisnasmodique.

GOUDRON DE HOUILLE ou COALTAR.

Le Goudron de houille ou Coallar a été préconisé dans ces derniers temps comme un désinfectant d'une très-grande puissance. Nous n'avons pas à nous occuper ici des applications que l'on peut faire de ce produit comme désinfectant à l'hygiène et à l'agriculture, mais nous devons dire que le mélange de plâtre et de Goudron de houille désigné par MM. Corne et Demaux sous le nom de Coallar ne mérite pas, à notre avis, les éloges excessifs qu'on s'est plu à lui prodiguer. Nous reconnaissons toutefois qu'il est des cas où ce mélange ou d'autres analogues peuvent rendre de très-utiles services, comme moyens de désinfecter et d'assainir des plaies fétides et de mauvais caractère. A ce titie, nous indiquerons les principales formules qui servent à préparer ces mélanges :

Coaltar (Corne et Demaux).

Pr. : Plâtre pulvérisé 97 grammes.

Goudron de liouille 3 —

Mélange désinfectant (Renaud).

Goudron de bois B à 6 grammes.

Goudron pulvérisé 97 à 94 —

Coallar snpotiiné (Lebeuf et Lemaire".

Teinture d'écorce de quillaye [Sapindus

saponariu) 9G grammes.

Coaltar (Goudron de liouille) 4 —

Mêlez.

Celte teinture ne s'emploie que mélangée à l'eau dans des proportions qui varient de 5 à 20 pour 100.

Liquide désinfectant (Réveil).

Eau de laurier-cerise 90 grammrs.

Teinlure d'ecorce de quillaye 10 —

Nit.'o-benzine 10 gouttes

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