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sant dissoudre dans l'eau du sulfure de potasse sec ou liquide ; la dose doit varier avec la quantité d'eau que l'on emploie et la force que l'on veut donner an bain.
La dose ordinaire est de 15 à 30 grammes de sulfure sec.
o Bain gélatino-sulfureux.
Pr. : Colle de Flandre. . 1,000 gram.
Sulfure de potasse
liquide 30îiG0 —
Eau. . q. s.
Faites d.ssoudre la colle de Flandre à chaud dans une suffisante quantité d'eau, et mélangez, en même temps que le sulfure de potasse, avec l'eau destinée au bain {hôpit. de Paris).
Liniment hydrosulfurë de Jadelot.
(Pommade de Jadelot.)
Pr. : Huile d'œillette. . . . 1,000 gram.
Savon blanc 500 —
Sulfure de potasse en poudre 100 —
On ramollit le savon au bain-marie avec un peu d'eau, on ajoute l'huile par parties, et ensuite le sulfure.
Sulfure de sodium.
Le sodium a, comme le potassium., plusieurs degrés de sulfuration.
Le protosulfure de sodium (hydrosulfate de soude) est incolore à l'état pur ; il est déliquescent, très-soluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool, se change à l'air en hyposulfite.
Ce sel est fort |)eu usité en médecine, il n'est employé qu'à la préparation des eaux minérales sulfureuses et des bains sulfureux.
Pendant longtemps les bains sulfurés artificiels ont été préparés avec du sulfure de potassium désigné vulgairement sous le nom de svlfure de potasse qui est un mélange de iientasulfure de potassium, d'hyposulfite et de sulfate do potasse; souvent aussi, on y trouve de la chaux eu assez grande quantité; d'un autre côté il n'existe pas dans la nature d'eaux sulfureuses renfermant du sulfure de potassium : pour toutes ces causes, on a eu raison de remplacer dans les eaux sulfurées artificielles le sulfure de potassium par le sulfure de sodium.
Le quintisulfure de sodium se prépare d'après M. Boudet de la manière suivante :
Protosulfure de sodium
cristallisé 125 gram.
Fleurs de Soufre 00 —
Eau distillée 100 —
Le Sulfure de sodium et l'eau distillée sont placés dans un matras ; lorsque la dissolution du sel est achevée on y ajoute
le soufre et on chauffe à une douce chaleur au bain de sable, on jette la solution sur un filtre et on la reçoit dans des vases de 300 à 400 grammes.
Cette dose est mise dans l'eau d'an bain ordinaire.
Le protosulfure de sodium cristallisé, celui que l'on trouve dans les eaux sulfurées des Pyrénées, renferme neuf équivalents d'eau de cristallisation Na S, 9 HO. C'est lui qui sert à préparer les eaux sulfurées artificielles.
Certaines eaux sulfurées deviennent lactescentes au contact de l'air : telle est la Reine, de Luchou; on imite ce phénomène en préparant un bain de la manière suivante :
Solution n" 1.
Quintisulfure de sodium liquide 100 gram.
Solution 11° 2.
,\cide chlorhydrique concentré 18 gram.
Eau 100 —
On mêle ces deux solutions dans uik grand bain, et on obtient ainsi à peu de chose près le balneum hepaticum de Plenck.
Enfin sous le nom de bain sulfuré blanc ou incolore, on emploie le mélange suivant :
Pr. : Protosulfure de sodium cristallisé. . 40 à 50 gram.
Eau distillée 300 —
Pour un grand bain que l'on désignera sous le nom de bain de Sulfure de sodium ou de sulfhydrate de soude.
Sulfure de calcium.
Il existe trois combinaisons de calcium avec le Soufre. Deux de ces sulfures sont employés en médecine, l'un est solide à l'état sec, l'autre est liquide.
Le sulfure de chaux sec (foie de Soufre calcaire) est en masses jaune rougeàtre, poreuses et friables, se dissolvant en partie dans l'eau qui le transforme en hydrosulfate non sulfuré.
Ce sulfure sert à composer des pommades antipsoriques et antidartreuses. Il est employé contre la gale sous le nom de poudre de filwrel, h la dose de 2 grammes délayés dans un peu d'huile ; on en frictionne le creux des mains matin et soir. On l'emploie aussi en bains, associé à un peu de colle de Flandre.
Le sulfure de chaux liquide est jaune orangé, d'une odeur d'œufs gâtés ; il est employé, comme les autres alcalins, pour la préparation des bains sulfureux.
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SOUFRE
HISTORIQUE
Dès les premiers âges de la médecine, le Soufre était employé comme moyen désinfectant, sans doute parce qu'il masquait les odeurs fétides, au même titre, d'ailleurs, que l'on emploie de nos jours les fumigations aromatiques. C'est à peine si dans les livres hippocratiques il est fait mention du Soufre. Dioscoride et Pline sont les premiers qui aient spécifié quelques-unes des applications thérapeutiques du Soufre. Ils le conseillaient intérieurement et extérieuremput dans les maladies de poitrine. Galien envoyait ses phthisiques en Sicile pour y respirer l'air sulfureux des volcans. Depuis lors le Soufre est entré dans la composition d'une multitude d'arcanes, qui tous, suivant leurs inventeurs, avaient des vertus merveilleuses que l'expérience n'a pas consacrées.
ACTION PHYSIOLOGIQUE DU SOUFRE
Pris à la dose de 4 décigrammes à 1 gramme par jour, le Soufre ne donne lieu à aucun phénomène remarquable. Seulement on remarque que les garde-robes et les gaz intestinaux prennent une plus grande fétidité. A une dose un peu plus élevée administrée en une fois, 6 à 8 grammes pour un adulte; 2 à 4 grammes pour un enfant, le Soufre en. poudre agit comme laxatif, sans donner lieu d'ailleurs à de vives coliques. Mais quand on le prend à doses fractionnées, de telle manière pourtant qu'il en soit consommé 4 à 8 grammes par jour, on voit survenir une excitation générale caractérisée par une augmentation dans la fréquence du pouls et dans la chaleur de la peau. En même temps on remarque que la peau exhale une odeur de Soufre non équivoque ; et les diverses sécrétions muqueuses charrient de l'acide hydrosulfurique au point de noircir des pièces d'or et d'argent. On prétend même que la sueur peut acquérir une couleur telle qu'elle teigne en jaune léger le linge de corps des malades.
ACTION THÉRAPEUTIQUE DU SOUFRE
Le Soufre a joui et jouit encore d'une réputation un peu usurpée dans le traitement de toutes les dartres indistinctement. Nous ne voulons pas refuser absolument à cette substance les vertus thérapeutiques qu'on lui a accordées ; mais l'expérience a prouvé que le Soufre n'était réellement utile que dans un petit nombre de maladies chroniques de la peau.. Diverses pommades soufrées rendent quelquefois des services dans le traitement des dartres humides ; mais, dans les formes sèches, ces médicaments restent presque toujours impuissants. Il est toutefois une maladie de la peau, la gale, qui n'est combattue par rien mieux que par le Soufre.
«aie. Ce qui mit sans doute sur la voie de l'emploi du Soufre dans le traitement de la gale, c'est que les ouvriers qui travaillaient soit à l'extraction, soit à la purification du Soufre, soit à la réduction des métaux dont les minerais contenaient beaucoup de Soufre, guérissaient promplement de la gale lorsqu'ils l'avaient avant d'embrasser la profession, et ne la contractaient pas quand une fois ils étaient employés aux ateliers. Les pommades faites avec les fleurs de Soufre ou tout simplement avec le Soufre et l'axonge suffisent, dans le plus grand nombre de cas, pour guérir rapidement la gale. Chaussier, et après lui M. Brachet, de Lyon, substituent aux pommades les fleurs de Soufre que l'on jette simplement dans le lit des malades, chaque soir, au moment où ils vont se coucher; il suffit de trois ou quatre semaines pour guérir la maladie. Mais c'est surtout aux sulfures alcalins que l'on a recours dans le traitement de la gale, soit que l'on se borne aux bains sulfureux que l'on donne pendant quinze à vingt jours, soit qu'on ait recours aux frictions faites dans le creux des mains avec le Uniment de Pihorel, soit qu'on préfère employer le méthode beaucoup plus expéditive qui, aujourd'hui, est généralement suivie à l'hôpital Saint-Louis et à l'hôpital des Enfants de Paris. Cette méthode est la suivante, et nous l'indiquerons sans la rapporter précisément à un auteur ; car divers praticiens se disputent la priorité de son emploi.
M. le docteur Hébra, devienne, M. le docteur Bourguignon, M. Bazin, médecin de l'hôpital Saint-Louis, et MM. Legrand et Auguste Millot, médecins à Mello (Oise), ont très-particulièrement insisté sur le mode d'administration du Soufre dans le traitement de la gale, ce mode d'administration constituant en quelque sorte tout le traitement. La formule de MM. Legrand et Millot consiste dans un mélange de 125 grammes d'axonge, de 15 grammes de fleurs de Soufre et 5 grammes de sel marin. Le malade prend, la veille, un bain alcalin, et, le lendemain, il fait de six en six heures une friction avec le quart de la quantité de pommade indiquée plus haut. 11 importe que la friction soit faite sur toutes les parties du corps. Le lendemain, par excès de précaution, on prend un bain, et les vêtements que l'on portait auparavant sont mis au four afin de détruire les acarus et leurs œufs, s'il en restait dans les vêtements. Un jour de traitement suffit donc.
Le traitement de M. Bazin, fondé sur le même principe, celui d'une administration vigoureuse et étendue à tout le corps, ne diffère de celui de MM. Legrand et Millot que par la nature du composé sulfureux. M. Bazin emploie la pommade sulfuro-alcaline d'Helraerich ainsi composée :
Soufre sublimé ,
Sous-carbonate de potasse, Axonge
200 grammes.
Mêlez.
A l'hôpital des Enfants malades de Paris, nous suivions avec un plein
SOUFRE
succès la méthode adoptée par notre collègue de l'hôpital Saint-Louis : les frictions générales sont pratiquées deux jours de suite ; le troisième jour, on donne un bain sulfureux, et le quatrième jour nous renvoyons les malades après avoir, le matin, administré un deuxième bain sulfureux. Par excès de précaution, nous donnons à emporter aux malades à peu près 30 grammes de fleurs de Soufre dont ils auront soin de répandre dans leur lit chaque fois à peu près une demi-cuillerée à café.
M. Hardy a modifié d'une manière très-heureuse le traitement des médecins que nous venons de citer ; et de très-nombreuses expériences faites par lui à l'hôpital Saint-Louis démontrent péremptoirement que deux heures de traitement suffisent. Voici en quoi consiste ce traitement. Dès que le galeux arrive, on fait sur tout son corps une friction avec du savon noir. Cette friction dure de vingt à trente minutes ; puis il est plongé pendant une heure dans un bain alcalin. Au sortir du bain, on frictionne de nouveau tout le corps avec la pommade d'Helmericli, et le traitement est terminé. Il n'est pas besoin de dire que les ulcérations, les papules, les pustules qui peuvent accompagner la gale ne sont pas guéries en un instant ; mais la gale est guérie, en ce sens que l'acarus est détruit, et que désormais il ne s'agit plus que d'une maladie de peau •ordinaire et non contagieuse.
Rhumatisme. C'est sans doute par cette action, pour ainsi dire dépurative, que le Soufre se recommande dans les rhumatismes chroniques et dans la goutte atonique. Van Swieten et Barthez ont particulièrement insisté sur cette médication, et quand deux médecins aussi éminents s'accordent pour conseiller un moyen, il ne faut pas le rejeter légèrement. Théoriquement, il semble que l'usage intérieur du Soufre doit être utile dans le rhumatisme. Nous regrettons de n'avoir jamais vérifié par nous-mêmes les propriétés antiarthritiques de cette substance, si ce n'est sous la forme d'eau mÂnérale naturelle, oîi ces propriétés sont incontestables.
Nous avons vu plus haut que Dioscoride, Pline, Galien, s'accordaient à vanter les heureux effets du Soufre pris à l'intérieur dans le traitement de la phthisie pulmonaire, du catarrhe chronique et de l'asthme. 11 est assez probable qu'à une époque où le diagnostic des lésions anatomiques du poumon n'était pas porté aussi loin qu'il l'est de nos jours, des -observateurs dignes de foi ont cru avoir guéri des tuberculeux avec le Soufre ; mais aujourd'hui nous avons tous la triste conviction que dans la phthisie pulmonaire, le Soufre pur est presque complètement inefficace, et qu'il n'est utile que dans les catarrhes chroniques. Dans ce cas on donne le Soufre en poudre ou en tablettes. Cette dernière forme est préférable, surtout pour les enfants.
Scrofule. L'usage du Soufre est-il utile dans le traitement de la scrofule, comme le veut Sœmmering ? c'est ce que l'expérience seule peut
décider. Le fait est que l'excitation générale qu'il produit devrait n'êli'e pas sans utilité ; et si l'on considère que les préparations sulfureuses diverses, dont nous allons nous occuper tout à l'heure, sont évidemment utiles dans les maladies scrofuleuses, on peut, par analogie, penser qu'à l'intérieur le Soufre lui-même pourrait rendre quelques services.
Gmelin, qui croit volontiers sans de très-bons motifs de croire, et qui, dans son Apparatus medicaminum, semble attacher plus d'importance à citer beaucoup qu'à ciler judicieusement, parle du Soufre en poudre comme d'un vermifuge utile. Dans ce cas, il doit être donné à dose purgative.
Dans la salivation mercurielle, l'usage des pastilles de Soufre a été conseillé par Hecker comme un moyen sur lequel on pouvait presque toujours compter. Des expériences tentées à l'hôpital des Vénériens par CuUerier, quelques-unes que nous avons faites nous-mêmes ne nous permettent pas de croire aux assertions de Hecker. Non que nous doutions de la véracité de cet écrivain, mais seulement parce que nous croyons qu'il a mal interprété les faits. La salivation mercurielle est quelquefois un accident très-simple et qui se guérit vite, quelque médication que l'on emploie. Or le Soufre, dans ce cas, agit comme toute autre substance, et il ne faut pas conclure que l'on a guéri par le Soufre lorsque tout simplement on a guéri avec le Soufre, ce qui n'est pas la même chose.
Enfin, Schmitjan l'a conseillé encore dans la dysenterie aiguë. Il ne le donne qu'après avoir calmé les premiers accidents à l'aide de l'ipécacuanha administré comme vomitif.
Acide sulfureux. L'odeur suffocante de l'acide sulfureux, qui fait momentanément disparaître toutes les autres, avait fait croire que cet acide jouissait de vertus désinfectantes ; aussi, de toute antiquité peut-être, ful-il employé pour prévenir et arrêter les maladies épidémiques et contagieuses. Dans les grandes épidémies de peste, on brûlait jadis du Soufre avec autant de confiance et de bonne foi que l'on dégageait de l'acide chlorhydrique à la tin du siècle dernier, et que de nos jours on répand des chlorures.
Quant aux fumigations d'acide sulfureux dans le traitement des maladies de la peau, bien qu'elles eussent été indiquées par le fameux Glauber, par Lallouette, par Franck, c'est à Galès et à d'Arcet père qu'on doit d'avoir ressuscité cette utile médication, qui, d'abord à l'hôpital Saint-Louis, et ensuite dans toute l'Europe, a été adoptée dans le traitement de la gale et de beaucoup de dartres vésiculeuses et pus tuleuses.
Le corps entier du malade, à l'exception de la tête, ou le membre que l'on veut traiter, est enfermé dans une caisse où arrive l'acide sulfureux, produit de la combustion du Soufre, ou dans l'intérieur de l'appareil, ou dans une boîte qui s'y rend par un conduit.
Ces fumigations s'emploient non-seulement dans les dartres et dans le traitement de la gale, mais encore dans celui des rhumatismes apyréti-
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ques, des maladies des os, des scrofules, de la paraplégie, des névralgies sciatiques, etc.
Acide sul fatigue. Nous avons déjà, dans le cours de cet ouvrage, parlé de l'acide sulfurique comme caustique et comme astringent. Ncusavons, en parlant des acides, traité des applications que l'on en avait faites comme hémostatique, tempérant, etc. ; il est tout à fait inutile d'y revenir ici. Qu'il nous suffise de dire que l'acide sulfurique, en tant que composé de Soufre, avait été incorporé à certaines pommades, à des huiles, pour être ensuite employé en frictions dans le traitement de la gale et des dartres, et que nous-mêmes nous l'avons conseillé en bains dans le môme cas, à la dose de 100 à SOO grammes pour un grand bain. Pour les dartres furfuracées qui souvent couvrent le visage, l'eau acidulée avec l'acide sulfurique guérit fort souvent, soit par ses propriétés astringentes, soit par l'action toute spéciale du Soufre.
Acide hydrosulfurique. Cet acide, ainsi que nous l'avons dit plus haut, est le principe le plus actif des eaux minérales sulfureuses.
L'acide hydrosulfurique gazeux est un des poisons les plus violents ; mêlé à l'air atmosphérique, dans "la proportion d'un quinze-centième, il peut tuer un oiseau de petite taille, suivant les expériences de Thenard et de Dupuytren ; un huit-centième peut donner la mort à un chien ; un deux-cent-cinquantième à un cheval. Injecté dans les vaisseaux veineux ou dans les cavités séreuses, il peut tuer rapidement, et même, lorsque l'on plonge dans ce gaz le corps d'un animal, sans que d'ailleurs il en respire, la vie peut être conipromise:
Si nous considérons combien est délétère l'action qu'il exerce sur l'économie, nous comprendrons peut-être la cause de quelques-uns de ses effets curatifs lorsqu'il est pris à l'intérieur. Il est certain que le système nerveux et le sang sont particulièrement influencés par ce poison, qui a une vertu stupéfiante très-manifeste. D'après cela, on conçoit jusqu'à un certain point qu'il diminue l'excitation fluxionnaire du poumon dans les catarrhes chroniques et dans les phlhisies commençantes, et par là s'expliqueraient les heureux effets des eaux minérales sulfureuses dans les maladies dont nous venons de parler.
Outre cette action stupéfiante qu'on ne peut contester, il en est une autre peut-être moins bien constatée, mfiis qui est afflrmée par les médecins qui dirigent les établissements d'eaux minérales sulfureuses : nous voulons parler d'une propriété excitante telle que les crachements de sang s'observent souvent après quelques jours d'administration des eaux, si la dose en a été trop rapidement accrue. Faut-il attribuer ce résultat à l'élévation des lieux où se prennent ordinairement ces eaux, lieux oîi les hémoptysies sont si fréquentes, surtout chez ceux qui auparavant habitaient des pays peu élevés au-dessus du niveau de la mer? Ces deux causes peuvent agir; mais la première est la plus puissante. Plus loin nous reviendrons sur cette question.
Le gaz hydrosulfurique gazeux a été employé en médecine comme stu-
péOant. Nieraann le faisait respirer à petites doses aux malades atteints de phthisie pulmonaire ; on l'a encore recommandé comme antispasmodique. Ces applications thérapeutiques, qui ne sont pas sans danger, devraient être à tout jamais bannies de la pratique. Quant à la solution de ce gaz dans l'eau, elle a été conseillée dans la phthisie pulmonaire mêlée au lait, et mêtne à l'eau avec quelque sirop, exactement de la même manière que l'on prescrit des eaux de Bonnes artificielles.
Sulfure de calcium. Ce sulfure a été extérieurement conseillé dans le même cas que les fleurs de Soufre. 11 entre dans la composition des pommades antipsoriques et antidartreuses, à la dose de 2 à 4 grammes pour 30 à 50 grammes d'axonge. Mêlé à l'huile, il constitue la fameuse poudre de Pihorel qui a été tant employée dans le traitement de la gale. On mêlait à de l'huile une petite quantité de sulfure de chaux pulvérisée, et l'on faisait, deux fois par jour, des frictions dans le creux des mains avec cette espèce de Uniment. Pihorel regardait ce moyen comme le plus efficace dans le traitement de la g,ale. A l'intérieur, il a été couseillé pour guérir la salivation mercurielle à la dose de 1 à 5 décigrammes plusieurs fois par jour. Bush, de Strasbourg, au commencement de ce siècle, l'a préconisé dans la phthisie pulmonaire ; il le mêlait avec parties égales d'extrait d'aconit, et administrait ce médicament à doses qui ne dépassaient jamais 1 à 2 grammes. Récemment Harel de Tancrel a publié sur ce sujet un opuscule, dans lequel il rapporte plusieurs cas de phthisies qu'il aurait guéries par le mélange d'aconit et de sulfure de chaux. Bien que nous ayons tout sujet de croire à la véracité d'Harel, nous sommes pourtant convaincus qu'il a commis quelques erreurs, et qu'il a pris des catarrhes graves pour des phthisies tuberculeuses. Il n'en resterait pas moins un point acquis à la science, savoir : que le catarrhe chronique peut être heureusement modifié par le sulfure de chaux.
Quant cà son efficacité dans le goitre et les scrofules, elle a été indiquée ■par Hoffmann et Stoll ; mais nous ne pensons pas que de nos jours on ait expérimenté dans ce sens.
Sulfure de potassium. Le sulfure de potassium est un poison fort énergique et des plus irritants. Appliqué à la peau et sur les membranes muqueuses, il agit comme léger caustique, et, sous ce rapport, il se place immédiatement à côté de la potasse, de la soude et de la chaux : aussi ne doit-on le prescrire à l'intérieur qu'avec des ménagements extrêmes, et mêlé à des substances qui atténuent son action, et dissous dans une grande quantité de liquide.
A l'inlérieur, le sulfure de potassium a été donné à la dose de 1 à 3 décigrammes dissous dans 250 grammes d'eau distillée, sucrée et aromatisée, ou bien encore incorporé à un sirop de sucre, de manière que chaque cuillérée de ce sirop contienne 3 décigrammes de sulfure. M. Bayet l'associait au beurre de cacao, à l'huile d'amandes douces, et formait ainsi un savon qui perdait sa causticité tout en conservant les propriétés générales du sulfure.
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C'était dans les catarrhes chroniques, dans la phthisie confirmée ou commençante, et même dans le croup, que l'on prescrivait à l'intérieur ces préparations de sulfure de potassium ; mais malgré les histoires des cures merveilleuses que l'on a rapportées et dont on a grossi les journaux de médecine, il faut bien convenir que de toutes ces merveilles il ne reste qu'une ''efficacité assez peu contestable dans le traitement du catarrhe pulmonaire chronique. Et ce n'est pas seulement dans le catarrhe pulmonaire que le sulfure de potassium est utile, il rend d'aussi grands services dans le catarrhe de la vessie, de l'oreille, du nez, etc., et en général dans les flux muqueux. Nous l'avons souvent administré en lavement dans la dysenterie chronique, à la dose de d à 5 décigrammes, une, deux, et jusqu'à trois fois par jour, suivant la susceptibilité du malade, et suivant le bien que lui causait le remède.
A l'extérieur, le sulfure de potassium est un des médicaments les plus employés. Il sert à composer des bains sulfureux, sur lesquels nous allons nous arrêter quelques instants.
Lorsque l'on conseille des bains sulfureux, on a l'habitude de prescrire 123 grammes de sulfure de potassium dissous dans une suffisante quantité d'eau pour un grand bain. On regarde comme une précaution à peu près indifférente d'ajouter ou de ne pas ajouter à l'eau du bain de l'acide chlorhydrique ou sulfurique. Or cette précaution, en apparence peu importante, est pourtant d'un intérêt extrême, et les effets obtenus sont essentiellement différents; car tandis que le bain dans lequel on a fait dissoudre 123 et quelquefois jusqu'à 200 grammes de sulfure de potassium, cause à la peau une irritation telle que des accidents assez curieux en peuvent être la conséquence, une pareille dose de sulfure avec addition d'acide se supporte avec la plus grande facilité. C'est que, dans le premier cas, le sulfure n'est pas décomposé, et que, dans le second, le sulfure est décomposé ; il se fait un sel neutre inerte qui reste dissous dans l'eau du bain, une partie du Soufre se précipite, et l'acide hydrosulfurique se dégage. Il en résulte que, par le fait, si la quantité d'acide a été trop considérable, le sulfure de potassium peut se trouver entièrement décomposé, et que le bain a perdu presque toute son activité. Aussi doit-on, pour un bain général, rarement excéder la dose de 16 à 30 grammes de sulfure de potassium, si l'on n'y ajoute pas d'acide ; tandis que, dans le cas contraire, on peut élever à 250 grammes la dose de sulfure. Les bains sulfureux, préparés suivant les doses et avec les précautions que nous venons d'indiquer, constituent à vrai dire des eaux minérales sulfureuses artificielles, à cela près d^; quelques sels de peu d'importance. Toutefois il est bon de remarquer que les eaux minérales ont pour base l'hydrosulfate de soude, et non l'hydrosulfate de potasse; mais entre le sulfure de sodium et le sulfure de potassium, il n'y a réellement aucune difTérence thérapeutique essentielle. Ainsi tout ce que nous dirons des bains sulfureux composés avec le sulfure de potassium devra s'entendre de ceux dans lesquels entre le
sulfure de sodium, et, en général, de toutes les eaux naturelles sulfureuses.
Dans les bains sulfureux deux choses sont à considérer, la dose du principe minéralisateur, la température du bain. — Le sulfure de potassium ou de sodium dissous dans l'eau, même à une température peu élevée, détermine à la peau une vive irritation, qui peut être extrême si la dose de sulfure a été très-considérable ; cette excitation de la peau réagit sur toute l'économie, au point de donner lieu à une fièvre artificielle, à l'insomnie, et certaines personnes irritables sont obligées d'en cesser l'usage, ou du moins de mettre beaucoup d'intervalle entre chaque bain ; si maintenant la température est égale à celle du sang, c'est-à-dire supérieure à celle de la peau, et que le bain cède au corps du calorique, il s'ensuivra une excitation encore plus vive. Or les bains sulfureux sont donnés souvent dans le but de déterminer une fièvre artificielle, et comme en même temps la vive excitation de la peau appelle le sang et les crises dans l'organe cutané, on comprend de quel secours de pareils bains peuvent être dans les affections chroniques internes, de celles surtout qui sont liées à un vice humoral, telles que les dartres, les scrofules, les rhumatismes, etc., etc. Par là se trouvent remplies des conditions les plus favorables au rétablissement de la santé : solliciter une fièvre de coction, diriger l'élimination critique du côté de la peau.
On voit tout de suite que l'existence d'un état fébrile actuel est une contre-indication formelle des bains sulfureux, car on risque d'augmenter l'orgasme inflammatoire, de réveiller ou d'augmenter les pblegmasies viscérales assoupies, et partant de favoriser une fluxion critique vers les organes préalablement fluxionnés, ce qui est la pire des conditions.
Il faut donc d'abord que l'état fébrile n'ait jamais existé, ou tout au moins qu'il soit passé depuis longtemps.
Les bains sulfureux sont également contre-indiqués dans les hémorrhagies accompagnées d'un état fluxionnaire et fébrile évident.
Mais on pressent, par contre, quels services ils doivent rendre dans les rhumatismes chroniques apyrétiques, dans la goutte vague atonique, dans la scrofule externe, dans les dartres, dans les flux muqueux chroniques non fébriles, dans les phlegmasies superficielles des membranes muqueuses. C'est en effet dans cette classe nombreuse de maladies que l'expérience a le mieux consacré l'utilité des bains sulfureux, et que les eaux minérales naturelles font des cures qui, pour beaucoup de personnes, tiennent du merveilleux. La gale est également combattue avec un succès à peu près constant par les bains sulfureux.
Nous avons dit plus haut que l'influence des bains sulfureux était telle, qu'en provoquant une fièvre artificielle ils déterminent en même temps lii fluxion critique sur la peau. Ce phénomène critique est manifesté, non pas seulement par des sueurs, mais encore, par ce qu'on appelle la poussée. La poussée, en langage de médecin d'eaux thermales, est une fluxion vive vers la peau, manifestée par de petites papules, et souvent
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par une éruption vésiculeuse confluente et douloureuse. Chez certaines personnes, la poussée s'obtient à peu de frais; chez d'autres, au contraire, il faut non-seulement augmenter la durée des bains, mais encore en élever la température. Ainsi, dans certaines eaux thermales naturelles, on fait prendre au malade jusqu'à six et huit heures de bains, et on élève la température jusqu'à 32 et 33 degrés Réaumur.
Quand le phénomène de la poussée ne peut être obtenu par des bains de deux ou trois heures et dont la température n'excède pas 30 degrés, il est imprudent de la solliciter par des bains aussi longs et aussi chauds que ceux dont nous venons de parler ; il peut en résulter des accidents très-graves, et bien souvent des malades sont victimes de l'empirisme aveugle de certains médecins qui, sans avoir égard aux maladies antécédentes, à la disposition inflammatoire ou fluxionnaire de ceux qui sont confiés à leurs soins, sans songer aux contre-indications fournies parleur constitution originelle, accidentelle ou acquise, soumettent indistinctement à la même médication tous ceux qui viennent aux eaux. 11 est donc d'un médecin sage de renoncer à obtenir la fluxion critique cutanée par les bains généraux quand elle tarde à se manifester ; mais ce qu'il est imprudent de demander aux bains, on l'obtient plus aisément des douches. L'action de la douche, en elfet, diffère essentiellement de celle du bain.
Le bain dure un temps assez long, pendant lequel le calorique dégagé par l'économie s'accumule sans pouvoir s'épandre au dehors, la sécrétion cutanée, ce grand moyen de réfrigération, restant interrompue, et l'eau cédant plutôt qu'elle n'emprunte de la chaleur. Il en résulte une pléthore artificielle augmentée encore par l'absorption de l'eau par toutes les radicules veineuses du tégument externe. A celte première cause d'excitation générale, il faut ajouter celle de l'agent irritant dissous dans l'eau du bain. Or si vous n'avez voulu obtenir que l'effet irritant local sur la peau et l'orgasme fébrile passager qui en est la conséquence, le bain a fait trop ou du moins peut trop faire.
La douche, au contraire, qui ne dure que quelques minutes, et qui d'ailleurs ne frappe qu'une partie limitée de la surface du corps, ne donne pas lieu à cette pléthore que nous signalions tout à l'heure, et pourtant elle peut déterminer autant d'excitation et même plus d'excitation à la peau, puisque la température peut en être élevée jusqu'à ce qu'elle devienne insupportable : il en résulte que l'on peut ainsi graduer à volonté l'excitation cutanée et la fièvre réactionnelle.
C'est pourquoi tout médecin qui veut obtenir hi poussée et qui ne l'obtient pas par des bains sulfureux modérément longs et chauds, doit immédiatement recourir à la douche, qui arrivera au même but avec bien moins de risque.
En général, les maladies toutes locales devront être plutôt attaquées par les douches que par itis bains. Ainsi, dans une maladie bornée à une articulation, dans un engorgement glandulaire, l'action de la douche
auprès de la partie malade devra être préférée, à moins que la lésion locale ne soit en quelque sorte que la manifestation d'une diathèse, telle que le rhumatisme ou la scrofule, auquel cas on devra concurremment avoir recours aux bains généraux et aux douches. ^ Bien que, à coup sûr, les bains sulfureux exercent sur l'économie une action directement opposée à celle des bains froids, il n'en est pas moins constant que, durant certaines constitutions médicales, les bains sulfureux guérissent la danse de Saint-Guy, qui, en général, est si heureusement modifiée par les bains d'immersion. Nous disons, durant certaines constitutions médicales, car M. Baudelocque et M. Bonneau, médecins à l'hôpital des Enfants malades, ont constaté que depuis 1831 jusqu'en 1839, ils s'étaient vus forcés de changer leur médication dans le traitement de la chorée, qui, d'abord rapidement guérie par l'eau froide, demandait, quelques années plus tard, des bains sulfureux, tandis que ces bains, devenus inefficaces, ont été ultérieurement remplacés avec avantage par les préparations martiales. La nature rhumatismale de beaucoup de chorées explique aussi l'heureuse influence des bains sulfureux dans cette névrose.
Ces mêmes bains ont été conseillés encore par Brelt dans le traitement de la paralysie saturnine, et M. Tanquerel des Hanches témoigne de leur utilité dans ce cas.
Les lotions sulfureuses sont tous les jours employées pour les dartres au visage, et en injections dans les oreilles, dans le vagin, dans le cas d'écoulement muqueux ou purulent.
Enfin le sulfure de potassium, comme le sulfure de sodium, s'incorpore à des graisses pour constituer des pommades qui ont la même action thérapeutique que celles qui sont faites avec le Soufre.
Il nous reste maintenant à parler de l'influence des eaux minérales sulfureuses, naturelles ou artidcielles sur la phthisie pulmonaire. Nous avons vu que Galien envoyait en Sicile ses malades atteints de phthisie pulmonaire pour y respirer l'air des volcans. Or il s'exhale des cratères plutôt de l'acide sulfureux que du gaz hydrosulfurique, et nous doutons fort qu'il en doive résulter un grand bien ; mais la réputation qu'ont acquise les eaux minérales tenant en dissolution de l'hydrosulfate de soude, ou plutôt du monosulfure de sodium, dans le traitement de la pulmonic, est populaire depuis longtemps, et un si grand nombre de médecins éclairés ont appuyé de leur autorité cette opinion populaire, que nous devons l'examiner ici.
Nous prendrons pour type des eaux sulfureuses naturelles béchiqucs, celle d'Eaux-Bonnes (Basses-Pyrénées), comme jouissant sous ce rapport, depuis Bordeu, de la réputation la plus incontestée.
Et d'abord, l'action élective de cette eau minérale sur l'appareil respiratoire est incontestable. 11 est rare qu'après trois ou quatre semaines au plus de l'usage de l'eau d'Eaux-Bonnes, les malades n'éprouvent pas une sensation de chaleur acre vers le larynx et l'isthme du gosier, une
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toux sèche, étranglée, particulière, avec une irritation constrictive de l'entrée des voies respiratoires, un peu de dyspnée mêlée à un sentiment de poids et de resserrement du tiiorax, des douleurs vagues dans les parois de cette cavité, principalement sous les clavicules, etc. Nous ne parlons pas des symptômes généraux d'excitation.
Une autre preuve très-intéressante de cette action spéciale sur les voies respiratoires que nous tenons à donner est la suivante. Nous avons remarqué que les personnes qui prennent les Eaux-Bonnes contractent très-facilement des rhumes, surtout pendant les premiers temps où elles en font usage. Chez les personnes déjà affectées d'irritations chroniques plus ou moins profondes de l'appareil respiratoire, les moindres refroidissements excitent des bronchites et des congestions pulmonaires. Nous appelons ce premier groupe d'effets pathogéniques de l'eau de Bonnes, grippe thermale ou catarrhe eaux-bonnais. Ce catarrhe médicamenteux est franchement aigu, et se termine prcmptement par une expectoration facile, opaque, critique. Ce n'est point une explosion redoutable de la maladie naturelle contre laquelle l'eau thermale était administrée, mais un catarrhe substitutif qui, une fois terminé, a modifié les bronches de telle manière que l'eau sulfureuse peut dès lors être tolérée à des doses beaucoup plus élevées, et que les vicissitudes atmosphériques elles-mêmes sont désormais impunément supportées.
Quant à la propriété qu'on attribue à l'eau d'Eaux-Bonnes de produire des hémoptjsies, si elle est réelle, comme nous inclinons aie croire, elle n'a pas plus de portée grave dans son genre que les rhumes eauxbonnais dont nous venons de parler n'en ont dans le leur. Il faut bien distinguer, en effet, entre les hémoptysies qui se produisent chez les phthisiques aux Eaux-Bonnes comme partout ailleurs, et qui, liées à l'évolution de leur maladie, ont la signification que tout le monde connaît, et les hémoptysies liées aux congestions pulmonaires thermales qui font partie du groupe des effets pathogéniliques substitutifs de l'eau d'Eaux-Bonnes. Ces hémoptysies factices n'ont rien de grave, et leur pronostic ne doit ressembler en rien à celui des crachements de sang symptomatiques de certaines périodes de la tuberculisation. Elles s'arrêtent d'elles-mêmes ; elles ne nécessitent aucun traitement spécial, et n'ont d'autre effet sur la marche de la maladie et sur le sort de la médication que de rendre celle-ci plus supportable une fois qu'elles sont dissipées.
Les maladies dans le traitement desquelles les eaux d'Eaux-Bonnes manifestent particulièrement leurs propriétés thérapeutiques sont, par ordre inverse de gravité et d'efficacité : i° la susceptibilité catarrbalede l'isthme du gosier, du larynx et des bronches, surtout cette dernière ; 2° les phlegmasies chroniques et les catarrhes confirmés de ces parties, qu'ils soient simples ou spasmodiques, qu'ils existent avec ou sans empyème des poumons; 3° l'angine granulée ou glanduleuse; 4" la phthisie tuberculeuse. Nous ne parlons pas des pleurésies chroniques.
des empyèmes avec ou sans fistule, des vomiques incomplètement guéris, et de tous les reliquats des inflammations graves des organes respiratoires.
Depuis longtemps l'expérience clinique s'est prononcée sur l'efficacité des eaux d'Eaux-Bonnes dans ces diverses afîections, et a consacré la première vue de Bordeu. Mais on se demande à quoi il faut attribuer cette spécialité thérapeutique. La chimie a essayé de répondre. M. Filhol a donné, il y a deux ans, une analyse très-estimée de l'eau de Bonnes et plus précise que toutes celles qu'on possédait sur cette source.
Après avoir indiqué tous les éléments qui entrent dans sa composition et la proportion dans laquelle ils y entrent, M. Filhol ajoute :
« Comme on le voit, l'assortiment des eaux minérales de Bonnes est des plus remarquables, et ces eaux se distinguent de leurs analogues des Pyrénées par plusieurs caractères de la plus haute importance. »
Si l'analyse chimique d'une eau minérale n'explique pas complètement les propriétés médicinales de cette eau, il est certain pourtant qu'elle permet de les pressentir, qu'elle en indique au moins le genre, et qu'elle fournit au médecin des directions et des analogies très-précieuses.
C'est ainsi que le Soufre a toujours joui d'une réputation méritée dans les affections catarrhales des voies respiratoires, et que ce métalloïde, ainsi que le chlorure de sodium (le Soufre est dans les eaux d'Eaux-Bonnes à l'état de monosulfure de sodium), l'iode, le phosphore, sont les premiers des médicaments reconstituants fournis par le règne minéral.
Ils sont tous les jours efficacement employés contre cette grandeclasse de maladies constitutionnelles qui forme plus de la moitié des maladies chroniques, et qui est caractérisée par l'excès et l'altération des tissus et des fluides blancs de l'économie animale (lymphatisme , strumes , écrouelles, affections réunies aujourd'hui sous la dénomination générique de sc7'o fuies).
Or, si les agents que nous venons de signaler jouissent de ces propriétés lorsqu'ils sont séparés par l'art de leurs combinaisons naturelles, quelle énergie tout à la fois douce et pénétrante ne posséderont-ils pas lorsqu'ils seront offerts à l'organisme dans leurs rapports natifs, tellement fondus ensemble, qu'en les décomposant on détruira ce tout, que médicalement parlant, ils ne feront qu'un, et qu'ils constitueront ainsi un liquide dont l'unité sera d'autant plus forte et d'autant plus excellente, que les éléments dont il est formé seront plus divers et plus nombreux. Tel est « cet assortiment des plus remarquables » dont parle l'éminent chimiste de Toulouse.
On voit, on effet, que les eaux sulfurées d'Eaux-Bonnes sont, de toutes les eaux de la chaîne des Pyrénées, les plus riches en chlorure de sodium d'abord, puis en phosphore et en iode. Les matières organiques abondantes qu'elles renferment, qui en font des eaux vivantes et animées, contiennent aussi du fer et du phosphore, agents régénérateurs
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du sang et du système nerveux sans lesquels on ne conçoit pas l'existence de ces deux appareils fondamentaux de l'organisme.
Est-ce à ces caractères chimiques tout à fait distinctifs et qui en font des eaux sulfurées à part, que les sources de Bonnes doivent leur inlluence si heureuse et toute privilé giée dans le traitement de la phthisie pulmonaire ? Tout porte à penser qu'ils y contrihuent et que les propriétés médicinales sont intimement liées aux propriétés chimiques.
Quoi qu'il en soit, l'observation des médecins avait depuis longtemps devancé les recherches des chimistes. Elle avait prouvé que la manière merveilleuse dont les éléments de l'eau de Bonnes sont combinés, ainsi que la fixité de leurs rapports, donnent à ces eaux une unité de composition de laquelle résulte un médicament naturel et organisé tout à fait inimitable.
Les propriétt^s de ces eaux, étudiées sans le secours de la chimie et d'après leurs effets dans les maladies où l'expérience et le génie de la médecine ont indiqué l'utilité de leur emploi, démontrent donc qu'elles ne se font pas moins remarquer médicalement que chimiquement entre les autres eaux minérales sulfureuses.
Ce qui ressort clairement, en effet, d'une étude clinique sérieusement poursuivie, c'est la profondeur d'action des eaux d'Eaux-Bonnes. On dirait que ces eaux atteignent dans l'économie animale des parties plus intimes et plus élémentaires que ne le font leurs analogues. Elles pénètrent très-loin ; elles vont à la base de l'organisation. C'est pour cela, sans doute, que leur action curative est si stable, que leurs effets ont une portée si longue. Ce n'est que phisieurs mois après leur usage qu'on commence à en éprouver les propriétés réelles, déflnitives, celles qu'on était venu leur demander à la source. C'est à cette profondeur et à cette durée d'action qu'elles doivent très-vraisemblablement d'agir nonseulement sur les catarrhes de la poitrine, les asthmes et les affections chroniques de la gorge, désignées depuis quelque temps sous les noms de granulations de l'isthme du gosier, à' angines glanduleuses, etc., mais sur la phthisie, maladie constitutionnelle localisée dans les poumons, et caractérisée par la formation, le ramollissement et la suppuration dos tubercules dans le tissu dégénéré de ces organes. C'est contre celte altération si grave que l'eau minérale d'Eaux-Bonnes montre une puissance à laquelle les médicaments de nos officines n'ont rien de comparable. L'Europe thermale, nous ne craignons pas de le dire, ne peut même rien mettre à côté d'elles dans ce genre.
Pour bien administrer l'eau de Bonnes dans la phthisie, il faut savoir que, de même qu'il y a plusieurs espèces de suppurations, il y a plusieurs espèces de tuberculisations. Considérés abstractivement et en eux-mêmes, le pus et la suppuration sont uns et identiques ; mais considérés dans leurs rapports avec les maladies qui les ont déterminés, ils diffèrent entre eux comme les phlegmasies et leurs causes internes.
La phthisie tuberculeuse des poumons est une et identique, si l'on se
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borne à envisager en eux-mêmes l'altération et le produit auxquels elle aboutit ; elle est multiple et diverse, si on l'étudié par le côté des maladies qui ont excité cette dégénéralion. Ce sont ces maladies qui impriment à la naissance, à la marche, aux formes, aux variétés, et par conséquent au pronostic et au traitement de la phthisie pulmonaire, ses caractères particuliers et différentiels. Et en effet, nul ne peut nier que sous le rapport de l'invasion, du mode d'évolution, des formes et du pronostic, les phthisiques, et par conséquent la phthisie ne diffèrent beaucoup entre eux.
De même qu'on voit les diverses espèces de phlegmasies imprimer à la suppuration qui peut être déterminée par elles des caractères, une marche et des terminaisons en rapport avec leur nature, de même on voit les maladies d'où sont nés les tubercules donner leur cachet propre à la tuberculisation. S'il n'y a qu'un pus, il y a plusieurs espèces de phlegmasies suppuratives et de suppurations : cela n'est douteux pour personne. Nous croyons qu'on peut dire avec non moins de vérité, — toutes choses égales d'ailleurs, — que s'il n'y a qu'un tubercule, il y a plusieurs espèces de tuberculisations et de phlegmasies chroniques tuberculeuses des poumons.
Il y a donc des variétés de phthisie plus ou moins graves, plus ou moins incurables et même plus ou moins curables, suivant que la diathèse tuberculeuse est pure, consommée, essentielle, comme on dit. ou que le phlhisique conserve et manifeste encore des éléments plus ou moins prononcés d'une autre maladie constitutionnelle telle que la scrofule, la dartre, le rhumatisme ou la goutte, la chlorose, l'hypochondrie, les névropathies diverses, cerlains empoisonnements chroniques, comme le saturnisme, l'alcoolisme, l'infection palustre, etc. Le pronostic, le traitement, et par exemple le mode d'administration et les effets thérapeutiques de l'eau de Bonnes, varient suivant ces différences.
La phthisie, chez les scrofuleux et les arthritiques, est la moins grave, celle où les eaux d'Eaux-Bonnes ont le plus de succès. La phthisie chez les herpétiques est déjà moins accessible à cette médication. La phthisie pure, celle où l'on ne rencontre plus chez le sujet d'autre disposition morbide constitutionnelle que la tuberculeuse, est celle qui fait le plus de victimes et marche le plus fatalement à son terme, malgré les médications les plus puissantes.
C'est que pour agir efficacement, l'eau d'Eaux-Bonnes doit pouvoir s'appuyer, ou sur des éléments sains et résistants, ou sur des éléments morbides différents des éléments de la dégénération tuberculeuse, tels que l'élément rhumatismal et goutteux, l'élément paludéen, etc.. Si ce médicament puissant ne rencontre que des éléments voués à la dégénération tuberculeuse, surtout si une fièvre locale ou générale vient en aide à cette dégénération, il ne fait que l'exciter ; alors il précipite cette altération funeste qu'il a plus que tout autre moyen le pouvoir de réfréner, lorsqu'il trouve dans l'économie une somme suffisante de résistance
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saine ou d'éléments encore imprégnés d'un autre vice pathologique quu le tuberculeux.
Les procédés qu'on emploie à Eaux-Bonnes pour embouteiller et boucher l'eau minérale, sont d'une telle exactitude, que cette eau peut être transportée à toutes les distances et au delà des mers en conservant une partie encore très- utile de ses propriétés ; aussi s'en importe-t-il aujour d'hui plus de trois cent mille bouteilles. Toutefois, ce que l'eau d'Eaux- Bonnes a de plus intime et de plus vital, ce que Bordeu appelait en elle une « huile très-affinée qui en fait un baume minéral naturel, » cette qualité fugitive est perdue pour les poitrinaires qui ne la boivent pas à sa source.
L'eau de Bonnes transportée doit être administrée le matin à jeun, depuis la dose de quatre cuillerées à soupe jusqu'à celle de trois quarts de verre. On y ajoutera 2 ou 3 cuillerées de lait ou d'une infusion béchique bouillante, afln de tiédir l'eau minérale et de la rapprocher de la température de la source (32 degrés).
On pourra même l'édulcorer avec un sirop approprié àl'état dominant du malade (sirops de gomme, de Tolu, de quinquina, de digitale, etc.).
On doit, suivant les cas, renouveler cotte dose le soir une heure au moins avant le dernier repas.
Le médecin appréciera si l'eau d'Eaux-Bonnes doit être prise trois semaines de suite tous les trois ou quatre mois, ou huit à dix jours par mois pendant cinq à six mois et plus.
Toutes les fois que l'eau de Boimes ne sera prise dans une famille que par une seule personne, nous conseillons les quarts de bouteille, avec la précaution d'ouvrir tous les jours un nouveau quart, et de sacrifier ce qui pourrait rester.
11 est prudent de choisir, pour prendre l'eau de Bonnes transportée, les jours les moins secs et les moins froids, car les temps secs et froids sont déjà assez excitants par eux-mêmes. On la boira de préférence dans les jours chauds et humides ou froids et humides; elles seront, ainsi, mieux tolérées et plus efficaces.
On peut administrer très-avantageusement l'eau d'Eaux-Bonnes en gargarisme contre les angines chroniques ; mais ce qui, dans ce cas, est préférable aux gargarismes, ce sont les douches gutturales pulvérisées au moyen d'appareils portatifs qu'on trouve maintenant partout.
C'est une opinion généralement admise parmi les médecins des eaux minérales sulfureuses, que les bains sulfureux favorisent les manifestalions syphilitiques chez les malades qui, imparfaitement guéris, avaient pourtant les apparences de la santé. Ce fait a été de nouveau constaté par l'un des médecins les plus recommandables de nos établissements des Pyrénées, M. le docteur Fontan, et surtout par M. le docteur Pégot, de Toulouse. La même observation a été faite souvent par M. le docteur Bédouin, médecin de la prison de Saint-Lazare, à Paris, et elle a été confirmée, depuis lors, par un grand nombre d'observateurs. Les véroles
88i fllÉDICAMENTS EXCITANTS.
constitutionnelles semblent donc être aggravées par l'usage des bains sulfureux ; mais la continuation du même remède cesse bientôt d'être aussi fâcheuse, et l'emploi des mercuriaux ou de l'iodure de potassium paraît ensuite agir avec d'autant plus d'avantage que l'explosion syphilitique avait été plus vive sous l'influence des bains sulfureux.
Dans ces derniers temps, M. Mialhe a beaucoup préconisé le sulfure de fer hydraté comme antidote de la plupart des poisons métalliques ; ce sulfure agirait en formant avec ces métaux un sulfure sans action et un sel de fer non vénéneux ; ce contre-poison est bon surtout parce qu'il est général. M. Sandras a préconisé ce même sulfure contre les affections saturnines. Il est à craindre que cet agent chimique n'échoue comme tous ceux qui ont été mis en usage jusqu'à ce jour.
Pour bien apprécier les indiccations de l'emploi des Excitants, ce qui pour nous est le but de l'étude d'une Médication, il est essentiel de bien connaître le mode d'action de ces médicaments^ indépendamment de leur action thérapeutique.
Par médicament excitant, ou mieux pyrétogénétique, nous entendons tout agent capable de susciter une forme de fièvre caractérisée par un surcroît d'énergie dans l'impulsion du cœur et dans la fréquence de ses ])attements, par l'augmentation de la chaleur de la peau, et par les modifications nombreuses des phénomènes intimes de nutrition qui accompagnent ordinairement ce que, dans le langage pathologique, on est convenu d'appeler la fièvre inflammatoire éphémère.
Nous n'avons pas caractérisé cette forme de fièvre par les expressions trop vagues d'exaltation des propriétés vitales, parce que cette exaltation ne se remarque que dans certains appareils, et que, du moment où l'on sort de l'ordre physiologique, soit en excitant, soit en déprimant, soit en pervertissant, le trouble est toujours ressenti inégalement.
Si bien ménagée que soit l'excitation, on n'obtiendra jamais, par exemple, que les fonctions des reins, de la peau et de la membrane digestive soient en même temps augmentées ; et, pour prendre l'exemple le plus simple, û l'on suppose pour un moment que le corps soit refroidi de manière à faire naître un sentiment de malaise général, en même temps que les fonctions de la peau, que les forces musculaires et génératrices seront diminuées, celles des reins, des membranes muqueuses augmenteront. Une réfocillation graduée ramènera tout au type normal, ce qui implique augmentation d'un côté et diminution de l'autre.
Si maintenant nous continuons d'appliquer au corps le calorique, le type des Excitants, nous allons de nouveau arriver à un état anormal précisément opposé à celui d'oii nous étions partis, et en même temps que l'action du cœur s'augmentera, les fonctions sécrétoires de la peau s'exagéreront, et celles des reins et des membranes muqueuses diminueront d'autant.
Il ne faut pas prendre pour une excitation générale celle d'un appareil général. Expliquons-nous.
S8(î MÉDICATION EXCITANTE.
Tous les Excitants agissent sur le système nerveux de manière à augmenter son influence sur les appareils qu'il anime. Or, comme il anime tout, tout devrait être excité. 11 en est ainsi immédiatement ; et il est vrai de dire que toutes les fonctions, tant générales que spéciales, sont peur un instant simultanément exaltées, les fonctions animales d'abord, les fondions organiques en second lieu. Nous verrons plus bas quel parti l'on peut tirer de ce fait. Mais les phénomènes vont devenir plus complexes ; le cœur, influencé par le système nerveux, monte bientôt l'économie au ton de la fièvre, et dès lors il y a perturbation, et inégale répartition de l'excitation, comme nous l'avons dit tout à l'heure. Le sang qui aborde en plus grande quantité dans les masses nerveuses y produit des troubles fonctionnels liés à l'état de pléthore, troubles qui ne sont pas plus une exagération des actes physiologiques du cerveau et de la moelle, que l'indigestion n'est l'exagération de la digestion. Nous avons donc d'abord, sous l'influence des Excitants, augmentation presque simultanée et passagère de toutes les fonctions, puis fièvre angéioténique avec toutes ses conséquences.
Toute la question de la Médication excitante se réduit à celle-ci : apprécier les circonstances dans lesquelles il est bon de stimuler le système nerveux, et de susciter la fièvre vasculaire ou angéioténique.
Cette question était brûlante à l'époque où parut la première édition de cet ouvrage ; la doctrine du Val-de-Grâce dominait tellement toutes les théories médicales, elle s'était tellement infiltrée dans l'esprit de ceux qui lui résistaient le plus obstinément, elle avait été propagée, prèchée avec tant d'enthousiasme et de conviction, que toutes les traditions de nos devanciers avaient été oubliées, et qu'alors on avait presque un air d'étrangeté quand on voulait essayer de rappeler quelques-unes de ces lois pathologiques et thérapeutiques qui naguère étaient monnaie courante.
Il nous répugne beaucoup de nous servir quelquefois d'expressions nouvelles, lorsque surtout nous ne mettons pas en circulation de nouvelles idées ; mais les mots, par l'abus qu'on en fait, sont détournés de leur sens primitif, et, peu à peu, ne représentent plus les idées dont ils étaient originairement la traduction ; il en résulte la nécessité de parler autrement, bien qu'en pensant de la même manière.
La vie, dit Brown, ne s'entretient que pur les stimulants. Proposition en apparence si vraie, qu'elle est aujourd'hui presque axiomatique. Nous n'oserions pas affirmer que l'aliment n'est qu'un stimulus; que le sperme en contact avec l'ovule ne soit qu'un stimulus ; que l'impression en contact avec le cerveau et les ganglions nerveux ne soit qu'un stimulus.
L'aliment, la lumière, les effluves odorantes, sont des stimulus généraux, mais ils sont en même temps des causes d'action spéciale pour Testomac, pour l'œil, pour la membrane olfactive. L'action elle-même appartient au tissu vivant et organisé suivant un certain mode. Il n'eu
est pns de la matière organisée comme de la matière brute; celle-ci ne peut agir que par une impulsion extrinsèque qui devient réellement et essentiellement une cause du mouvement ; mais la matière organisée est douée de spontanéité, et les impressions extrinsèques qu'elle reçoit sont seulement l'occasion du mouvement et non la cause essentielle.
On peut à bon droit regarder l'impulsion comme la cause du mouvement d'une bille de billard ; on peut à juste titre considérer la gravitation et l'attraction comme la cause des mouvements harmoniques de l'univers, puisqu'on peut soumettre la cause et l'effet à des calculs rigoureux. Le corps mobile étant représenté par 1, et l'impulsion par 10, nous aurons un résultat plus considérable que si l'impulsion était 5, ou que si le corps mobile était 2. Ici rapport parfait de causalité. Mais 1, 10, 30, 100 de lumière appliqués à l'œil ne feront pas que la vue soit rendue plus énergique en raison de la quantité de lumière appliquée. 1 de lumière éblouira celui qui sort d'une cave ; 100 de lumière seront insuffisants pour celui qui vient de traverser, par un soleil brillant, des montagnes couvertes de neige. Si donc la lumière était la cause de la vision, comme l'impulsion tout à l'heure était la cause du mouvement, nous pourrions calculer la vision comme nous calculions le mouvement, ce qui est impossible. C'est ce que n'a pas compris Broussais, qui, raisonnant comme s'il se fût agi de matière brute, a vicieusement changé les termes du syllogisme et substitué le mot matière organisée, comme si les conséquences avaient dû être les mêmes. Tout ceci deviendra clair et pratique, quand nous résumerons à la fin du chapitre les éléments de l'analyse que nous faisons ici.
Cette manière d'envisager la matière organisée dans ses rapports avec les agents extérieurs, était séduisante par sa simplicité, et c'est ce qui a ébloui Broussais lui-même et ceux qui se sont pressés après lui sur la route facile qu'il avait frayée.
Nous en voulons venir à ce principe capital d'où dérivera tout ce cha pitre, savoir que la puissance des agents extérieurs sur l'économie devra être calculée du point de vue de la spontanéité et de la spécificité d'action de nos éléments organiques, autant au moins que du point de vue de la nature et de l'intensité de ces agents.
Ainsi, au lieu d'admettre le principe exclusif de Broussais, qui faisant abstraction de l'état organique, toujours supposé le même, fait jouer le principal rôle aux stimulants, nous voulons au contraire, la vie supposée dans les tissus, accorder aux modifications spécifiques de l'état vital une place éminente, et accorder aux causes extérieures d'excitation une importance moindre que celle qu'on lui concède généralement de nos jours.
Supposons donc l'homme vivant pourvu de tous ses organes et dans un état d'équilibre parfait. Il a en lui-même, toutes ses conditions d'existence, toutes ses aptitudes fonctionnelles.
Or prenons encore un exemple dans la fonction de la vision. L'organe
xMÉDICATION EXCITANTE.
de la vue étant s;iin et dans les conditions normales d'exercice fonction nel, un faisceau lumineux appliqué à l'œil deviendra l'occasion et le stimulus de la fonction. Il fallait d'une part aptitude fonctionnelle, d'autre part intensité occasionnelle normale. Que la lumière soit nulle, la vue ne peut s'exercer par défaut d'occasion ; qu'elle soit excessive, la vue ne peut plus s'exercer par excès de la cause occasionnelle. Aux deux extrémités de l'échelle, cécité, résultant de deux causes essentiellement opposées. Que le sang cesse tout d'un coup d'aborder au cerveau, abolition de la faculté de sentir et de se mouvoir ; qu'au contraire il distende outre mesure les vaisseaux cérébraux, abolition de la faculté de sentir et de se mouvoir. Mêmes troubles fonctionnels, répondant à deux causes diamétralement opposées. Il en est de même chez deux hommes dont l'un, mourant de faim, délire parce qu'il meurt de faim ; et l'autre, à la suite d'un repas où il n'a épargné ni les mets succulents ni les vins généreux, délire aussi, mais pour une autre cause,
Pense-t-on que ces troubles fonctionnels analogues doivent être traités par les mêmes moyens thérapeutiques ? Certes non ; car tandis que dans un cas nous rendrons la vue en diminuant l'intensité de la lumière, dans l'autre nous la donnerons en augmentant la masse des faisceaux lumineux. Pour remédier aux mêmes accidents, nous employons ou nous éloignons les Excitants, suivant qu'ils ont été appliqués à l'organe en trop petite ou en trop grande quantité.
Jusqu'ici nous avons pris comme point de départ l'état de santé parfait ; voyons maintenant les modifications qui peuvent naître, le stimulant restant le même et l'état organique changeant seul.
Supposons la peau du corps à 26 degrés Réaumur : une affusion à 28 degrés donnera une impression de chaleur, excitera. Mais si la peau est à 29 degrés, la même affusion donnera une impression de froid, débilitera. Le calorique n'est donc plus qu'un Excitant relatif, puisqu'il est stimulant ou débilitant, en raison de l'état dans lequel il surprend l'économie. De même pour la lumière, stimulant normal de la rétine. Si, depuis longtemps, l'œil est plongé dans une obscurité profonde, la lumière la plus faible permettra de distinguer les objets; et si, depuis plusieurs minutes, l'œil reçoit une vive lumière, ce qui tout à l'heure était -suffisant pour l'exercice de la vision ne le sera plus maintenant. Cependant le stimulant est le même, l'état de l'organe a seul changé. Prenons un troisième exemple : soit 50, stimulant normal de l'estomac de l'homme; si cet homme reste longtemps à l'usage des aliments peu stimulants, il éprouvera une vive irritation de l'estomac lorsque tout à coup il reprendra des aliments représentés par 50 comme stimulant ; si au contraire il s'est habitué à prendre des aliments fortement excitants, ceux qui tout à l'heure le stimulaient trop vivement seront maintenant incapables de monter l'estomac au ton de l'excitation physiologique nécessaire à l'accomplissement de la fonction.
En est-il de même dans l'ordre pathologique ? Brown qui, pas plus que
Broussais, n'a fondé une doctrine toute physiologique, a prétendu que les lois que nous venons d'indiquer réglaient également la pathologie; Broussais, qui -voulait être physiologiste, a tout simplement nié ces lois, qui sont de la dernière évidence. Broussais a eu tort en niant ces lois ; Brown a eu tort en les appliquant toutes à la pathologie ; et, chose singuhère, le premier, qui avait la prétention d'édifier une doctrine toute fondée sur la physiologie, a fait abnégation des notions physiologiques les plus vulgaires, et n'a fait de la physiologie qu'avec de la pathologie ; et l'autre, qui voulait être pathologique à tout prix, n'a fait de la pathologie qu'avec de la physiologie. Erreur déplorable, parce que l'homme malade n'est pas celui dont les fonctions sont exagérées, mais celui dont les fonctions sont troublées, ce qui n'est pas la même chose à beaucoup près. Les organes malades sans doute se souviennent de l'état physiologique, mais ils n'obéissent plus que très-imparfaitement aux lois qui régissent l'état de santé.
Broussais a dit : Plus un organe est irrité, plus il est irritable.
Brown a dit : Plus un organe est incité, moins il est incitable.
Brown a eu raison dans l'ordre physiologique, et nous l'avons surabondamment démontré dans les exemples que nous avons cités plus haut.
Brown a eu quelquefois raison dans l'ordre pathologique, si l'incitation est répétée et qu'elle reste la même.
Broussais a eu raison dans l'ordre pathologique. Ainsi, de toute évidence, les Excitants augmentent l'irritation locale ; cette loi ne souffre pas une seule exception.
Mais Brown et Broussais en émettant une proposition absolue ont été au delà de la vérité ; c'est ce que nous allons essayer de démontrer.
11 est clair que les Excitants augmentent l'excitation, tant locale que générale ; aussi regardons-nous comme parfaitement contraires aux règles de la saine pratique les lois pathologiques de Brown, qui stimule dans toutes les maladies, excepté dans la pneumonie, la variole et le rhumatisme aigu. Nous pensons au contraire, comme Broussais, que presque toutes les phlegmasies doivent être rangées dans la catégorie exceptionnelle de Brown, et que plus vivement une partie est irritée^ plus elle est irritable.
' Le principe de Broussais est vrai si l'on n'a égard qu'à l'état local, mais il est faux si l'on veut considérer l'état général. Du point de vue du soîîdisme exclusif, comme l'entend Broussais, et dans l'idée oii il est que toujours la fièvre est provoquée par une irritation locale, il est absurde de supposer que jamnis l'opportunité de la Médication excitante puisse se rencontrer; mais pour nous qui sommes humoristes quand il faut l'être, qui croyons à la nécessité de l'élimination des principes morbifiques, nous croyons aussi que la fièvre est souvent bonne à quelque chose, et qu'il est des cas oii la médecine doit la provoquer. Quand un principe morbifique est introduit dans l'économie, l'alcool par exemple,
il va, absorbé par les vaisseaux, se mettre en contact avec tous les tissus qu'il modifie à sa manière; une fièvre s'allume en rapport et avec l'intensité de la cause et avec la susceptibilité idiosyncrasique du malade. Puis bientôt, par l'exhalation pulmonaire, parles sueurs, par les urines, l'alcool s'échappe de l'économie et tout rentre dans l'ordre dès que la cause est éliminée. La fièvre dans ce cas a eu cette incontestable utilité, qu'elle a multiplié les phénomènes intimes de sécrétion et mis l'organisme dans les conditions les plus favorables pour se débarrasser des produits morbides qui le gênaient. Pour nous, comme pour l'école hippocratique, la fièvre est toujours une condition de guérison de ces maladies, la condition sine quâ non de la coclion morbifique.
On a feint, dans ces derniers temps, de jeter du ridicule sur ce mot de coction hippocratique que très-probablement on n'a pas compris.
Coction, comme on le sait, était synonyme de digestion, et le père de la médecine désignait par la même expression la digestion des aliments et celle des principes morbifiques. Il pensait, et nous pensons après lui, que le principe morbifique, introduit dans l'économie, suscitait un travail analogue à celui que l'aliment, introduit dans l'estomac, suscite dans cet organe. La différence entre l'aliment et le principe morbifique, c'est que le premier, approprié à la substance de l'homme, ne cause qu'une perturbation passagère dont triomphe aisément l'organisme ; l'autre, au contraire, étranger à l'économie, révolte et trouble ; d'où la fièvre.
La digestion alimentaire est d'abord dans 1rs premières voies, c'està-dire dans le tube digestif, la cause d'un travail de réaction locale ; dans les secondes voies, c'est-à-dire dans les vaisseaux, elle devient l'occasion d'une excitation générale ou d'une fièvre de digestion, fièvre causée par l'excitation générale que l'étrangeté du fluide alimentaire provoque dans tous les tissus de l'économie ; car les liquides divers puisés par les vaisseaux à la surface de l'intestin ne sont pas tellement appropriés à nos tissus qu'ils doivent d'emblée et intégralement s'assimiler à notre substance. L'aliment des secondes voies, comme celui des premières, doit subir une épuration ; et comme les fèces sont les résidas delà première digestion, les urines, les sueurs, la perspiration pulmonaire, sont les résidus de la seconde. Supposons pour un instant que les molécules organiques ne fussent pas influencées par les liquides alimentaires absorbés, et que ces produits restassent enfermés dans le sang et infiltrés dans les tissus à la nutrition desquels ils doivent servir, tous les phénomènes nutritifs seraient par cela même arrêtés, et cet état serait incompatible avec la vie. Mais si le médecin, à l'aide des Excitants, monte l'organisme au ton nécessaire pour qu'il réponde partout à l'impression des sucs digestifs, nous verrons alors la trame osseuse assimiler les sels calcaires, les muscles s'emparer de la fibrine, et les émonctoires divers livrer passage à tout ce qui ne peut servir à la nutrition. 11 était besoin, pour que ce phénomène s'accomplît, il
était besoin, disons-nous, d'une excitation plus vive, d'une véritable fièvre.
De même pour les causes morbifiques. Si un élément morbide est introduit dans l'économie, il pénétrera avec le sang dans toutes les parties, et suscitera une réaction d'autant plus énergique, qu'il sera par sa nature moins assimilable et plus excitant ; cette fièvre, comme tout à l'heure, mettra les émonctoires divers en rapport fonctionnel avec les produits à éliminer, et la nature ainsi se débarrassera des causes morbides. C'est exactement dans ce sens que l'on doit entendre la coction hippocratique des maladies.
Si l'excitation générale était trop vive, que les centres ou les conducteurs nerveux de la vie intéi'ieure soient modifiés à tel point qu'ils n'envoient plus aux organes l'influx nécessaire à l'accomplissement des fonctions éliminatrices, le devoir du médecin sera de modérer cette excitation par tous les moyens que la pratique lui enseigne ; mais si, au contraire, soit à cause de la nature septique du principe morbifique, soit sous l'influence du traitement, l'excitation générale est tombée au-dessous du type normal, et si le système nerveux ganglionnaire qui préside aux sécrétions n'est pas assez énergiquement stimulé, le médecin alors devra^ à l'aide des Excitants, éveiller la fièvre nécessaire à l'accomplissement de la fonction sécrétoire.
Nous venons de raisonner dans l'hypothèse où le principe morbifique n'a pas causé dans les organes autre chose que ces perturbations passagères dans les actes intimes de la circulation capillaire et de l'innervation, qui ne sont point encore de l'inflammation. C'est de cette façon seulement qu'il peut être assimilé à l'aliment, et que nous lui avons appliqué le grand principe de la coction hippocratique.
Supposons maintenant que ce même principe morbide ait plus particulièrement agi sur le poumon et ait constitué une fluxion de poitrine. Ici la cause sera d'une petite importance, l'effet local occupera une place pathologique bien autrement grande. Nous croyons qu'ici encore la fièvre de réaction, si énergique qu'elle soit, doit être assimilée à celle dont nous parlions tout à l'heure ; que les produits morbides fabriqués au point irrité et résorbés, sont une cause de fièvre comme l'ingestion d'un poison, comme le principe morbifique dont nous parlions tout à l'heure. Toute la conduite du médecin se résume en ces termes : modérer la fluxion locale en tempérant l'intensité de la fièvre, favoriser la résolution des produits morbides épanchés et l'élimination des produits morbides résorbés. Le plus ordinairement, loin d'avoir à exciter la fièvre, le médecin s'appliquera à la tempérer, car la cause est énergique et fortement excitante elle-même. Et la coction de ces produits morbides qui circulent en si grande masse dans l'économie, imposs/ible ou du moins trèsdifficile, ne sera facihtée que par de grandes évacuations sanguines ou humorales, qui agiront ici comme agirait un vomitif pour débarrasser l'estomac surchargé.
Mais ici même, comme dans le cas le plus simple, il peut arriver que le système nerveux fléchisse, que les forces soient insuffisantes pour la digestion des produits morbides et pour la coction finale, et qu'il faille exciter la fièvre pour en finir avec l'élimination définitive des produits (norbides résorbés.
Il est bien rare qu'au début des maladies aiguës l'indication des Excitants se présente : la fièvre dans ce cas est plutôt trop énergique que trop faible; mais à la fin despyrexies et des phlegmasies, quand l'incitabilité de tous les appareils est usée en quelque sorte par l'exercice successif et à chaque instant répété de la digestion morbide, et par les médications débilitantes que l'on a mises en œuvre, il arrive que chaque élément organique a besoin d'un stimulant nouveau, comme un estomac lassé de la même alimentation, et que les Excitants alors rendent au système nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire l'aptitude à influencer les autres éléments organiques. C'est donc en général à la fin des maladies aiguës, lorsque la fièvre est tombée et que la résolution s'effectue lentement, qu'il faut employer les Excitants généraux. Nous avons dit, en traitant de la médication irritante, les circonstances dans lesquelles les topiques irritants appliqués au voisinage des parties enflammées augmentent localement le mouvement de la résolution, comme les Excitants généraux favorisent l'assimilation complète, ou du moins l'élimination complète •des produits morbides non assimilables.
11 est pourtant des maladies aiguës dans lesquelles la cause a agi avec une effroyable intensité en même temps sur le système nerveux qu'elle sidère, et sur certains organes qu'elle congestionne et dans lesquels elle simule une phlegmasie : nous voulons parler du choléra, par exemple. Ici d'emblée le système nerveux est frappé d'une telle impuissance, que l'économie est impropre à toute coction et que l'organisme va succomber opprimé sous la cause morbifique qui le surcharge et qui ne peut être éliminée, comme un estomac gorgé d'aliments devenu inhabile à tout acte de digestion. C'est alors qu'il est besoin des Excitants les plus énergiques pour redonner à la fibre la vitalité sans laquelle la cause morbifique ne pourra être éliminée.
Le choléra asiatiaque doit ajuste titre être placé au premier rang des maladies dans lesquelles des Excitants peuvent être utiles, comme la pneumonie et le rhumatisme articulaire aigu doivent être placés au dernier ; mais intermédiairement il est des affections qui, plus rapprochées ou plus éloignées de ces points extrêmes, réclament l'usage des Excitants ou les repoussent.
Plus longue est une maladie dans l'accomplissement de ses phases, plus il faut à l'économie de forces pour suffire à ces codions successives et incessantes, nécessitées par l'absorption longtemps continuée de produits morbides nouveaux ; aussi dans fièvre typhoïde, dans la variole confluente, l'emploi des Excitants est-il souvent indiqué, indépendamment de la nature septique de la cause, mais par le seul fait de la lenteur
des révolutions morbides ; tandis que dans la pneumonie, dans la rougeole, dans la variole discrète, les tempérants sont presque toujours exclusivement indiqués.
La longue durée de la maladie est bien un élément de l'indication des Excitants ; mais cet élément est bien moins important que celui qui se tire de la septicité même de la cause morbide : la peste et le typhus nous en fournissent un exemple frappant.
De tout ce que nous venons de dire, il résulte que l'indtcation des Excitants se juge moins d'après les symptômes locaux que d'après l'état général. Jamais, quand une fièvre vasculaire se montre avec énergie, que le pouls est plein et que les sécrétions se font régulièrement, jamais il ne nous viendra à l'esprit de recourir à des Médications excitantes, quand bien même il ne nous serait possible de découvrir aucune lésion locale importante ; et, au contraire, nous n'hésiterions jamais à donner des Excitants énergiques si, en môme temps que l'auscultation nous permettait de constater une péripneumonie fort étendue, nous voyions le pouls petit et faible, la respiration lente, la peau refroidie et les forces musculaires déprimées. Et, dussions-nous augmenter la fluxion de poitrine, nous exciterions encore, parce qu'eu détlnitive on meurt bien rarement par le poumon, mais bien plutôt par la stupéfaction générale qui frappe tous les éléments organiques et qui éteint les aptitudes fonctionnelles des molécules élémentaires, comme celles des tissus et des appareils.
Cette dernière proposition paraîtra peut-être un peu paradoxale aux partisans des nouvelles idées médicales, accoutumés à mesurer graphiquement la gravité d'une maladie par l'étendue des lésions locales ; c'est pourquoi nous nous y appesantirons un instant.
Dans la pneumonie, c'est un fait reconnu par tous les cliniciens, l'étendue du mal n'est pas sans importance ; mais très-certainement cette étendue plus ou moins grande n'est pas l'élément principal. On voit des gens mourir avec un lobe hépatisé ; on en voit d'autres survivre aux fluxions inflammatoires qui envahissent un poumon tout entier. Et contre l'opinion de ceux qui regardent l'état local comme le point de départ exclusif des troubles généraux, il est évident que ces troubles généraux prennent chez l'un une intensité effroyable et chez l'autre une gravité peu notable, ce qui par conséquent n'est nullement expliqué par la considération unique de la lésion du poumon.
Si donc les troubles généraux ou sympathiques, ou symptomatiques, comme on voudra les appeler, constituent le véritable danger, et si le malade va mourir par ces troubles, bien que la respiration soit peu lésée, n'est-il pas évident qu'une médication qui ferait cesser ces troubles, devrait être à tout prix employée, dût-elle aggraver l'état local, qui en définitive n'est pas menaçant, puisque les fonctions de l'organe ne sont pas notablement troublées? Qne si, aux signes que nous avons donnés plus haut, nous trouvons, dans un pneumonie, l'indication des Excitants,
nous n'hésiterons pas à administrer ces héroïques moyens, quand bien même nous devrions pour un instant exagérer la phlegmasie pulmonaire.
Nous ne devons pas dire, comme l'école anatomique le dit souvent, le traitement débilitant convient dans la pneumonie, le traitement excitant convient dans la fièvre typhoïde ; mais seulement le traitement excitant ou débilitant est opportun dans tel état de l'économie lié à la pneumonië" ou à la fièvre typhoïde.
On ne peut pas dire non plus d'une manière absolu que les Excitants sont indiqués dans la vieillesse, contre-indiqués dans l'enfance et dans l'âge adulte. La réaction, il faut en convenir, est, toutes choses égales d'ailleurs, beaucoup plus énergique dans le jeune âge qu'à une époque de la vie plus avancée 5 mais si, d'une part, la nature de la maladie peut jeter exceptionnellement l'organisme d'un adolesceat dans les conditions 011 se trouve habituellement celui du vieillard, d'autre part, le vieillard peut conserver dans quelques circonstances assez de juvénilité, qu'on nous permette cette expression, pour réagir à la manière d'un adulte. Le médecin doit donc se tenir pour dûment averti, et se diriger, non d'après l'âge et les signes locaux, mais d'après l'état fébrile.
Il doit encore tenir grandement compte des habitudes d'excitations auxquelles a été soumis le malade. Car si, sous l'influence des causes excitantes les plus énergiques, l'individu, dans l'état de santé, ne réagit que mollement, lorsque, dans l'état de maladie, à ces causes excitantes ordinaires se substitueront les causes excitantes morbides, celles-ci seront aussi impuissantes à susciter la fièvre, que l'alcool l'était depuis longtemps. C'est ce que nous voyons arriver chez les ivrognes. Chez eux l'excitation fébrile causée par un érysipèle, par un phlegmon, par un anthrax et quelquefois même par un rhumatisme articulaire et une pneumonie, est si peu énergique, qu'elle est impuissante à la digestion des produits morbides, et les Excitants deviennent nécessaires, ceux même auxquels l'organisme était accoutumé ; et alors l'excitation alcoolique et l'excitation maladive doivent être réunies et agir de concert. Que si par hasard chez ces mêmes hommes la cause morbifique a un caractère septique, les Excitants alors devront être d'autant plus puissants que l'organisme est depuis plus longtemps blasé contre l'impression des agents stimulants.
Ces états divers de l'économie dans lesquels nous avons trouvé l'indication des Excitants doivent être rangés sous le titre commun d'asthénie suivant Brown, d'adynamie selon Pinel. Il nous reste à parler de Vataxie dans laquelle les Excitants sont également indiqués.
Pour nous, l'ataxie est caractérisée, non, comme on l'a dit et comme on le répète si faussement de nos jours, par les convulsions, les contractures, le délire, etc., etc. ; mais par les symptômes que nous avons dit appartenir à la malignité, et sur lesquels nous avons insisté avec tant de soin en traitant du Musc ; nous y renvoyons donc nos lecteurs, nous
MÉDICATrON EXCITANTE.
contentant d'ajouter ici que les Excitants sont toujours plus ou moins indiqués dans cette complication des maladies aiguës.
Le choix des Excitants est de quelque importance, et cependant à cet égard il est difficile de poser des règles que ne fassent varier à l'infini mille circonstances inappréciées jusqu'ici, et probablement inappréciables et du côté du malade et du côté des médicaments.
Les Excitants simples et généraux, tels que le calorique, les alcools, l'ammoniaque, les vins, les boissons fermentées, les eaux gazeuses, sont plus spécialement indiqués dans cet état de débilité générale, caractérisé par un affaiblissement uniforme de tout le système de l'économie : les Excitants antispasmodiques, tels que les éthers, les labiées, les ombellifères aromatiques, devront être préférés lorsque les phénomènes de prostration sont accompagnés de symptômes ataxiques et de cette bizarrerie, de cette désharmonie qui caractérisent l'état nerveux ou spasmodique qui complique les affections aiguës.
Il y a deux manières de concevoir l'action des Excitants spéciaux. Ou ils provoquent une excitation générale avec crise spéciale, ou bien ils exercent une action élective immédiate sur tel appareil organique : dans le premier cas, on peut considérer l'agent médicamenteux comme un élément morbifique qui, après avoir stimulé tous les organes avec lesquels le sang le met en contact, se trouve plus spécialement en rapport d'affinité élective avec tel ou tel émonctoire. Ainsi le virus varioleux peut, dans l'ordre pathologique, être considéré comme un Excitant spécial de la peau, bien quïl détermine une fièvre générale, et partant une excitation multiple. Dans l'ordre thérapeutique, nous comparerons les sudorifiques aux agents morbides tels que les virus varioleux, morbilleux et scarlatineux. Certains sudorifiques exercent en même temps cette action générale et spéciale ; de ce nombre sont les Excitants les plus purs, le calorique, l'ammoniaque, les alcooliques. D'autres sudorifiques ne semblent pas exercer une action générale, soit que cette action passe inappréciable, soit qu'elle reste sans effet : d'emblée ils rendent plus actives les fonctions sécrétoires de la peau ; ce sont les médicaments que nous avons décrits plus spécialement sous le titre de Sudorifiques proprement dits.
L'indication de ces derniers semblerait devoir exister lorsqu'il y a fièvre vive et que les émonctoires restent fermés à l'élimination des produits morbides; si en effet on excitait la transpiration, l'économie se trouverait soulagée d'autant ; mais l'expérience démontre que ces Excitants, comme les diurétiques et les emménagogues, deviennent alors de véritables Excitants généraux, et que presque toujours ils perdent, dans ce cas, les qualités spéciales par lesquelles ils se distinguent lorsque l'organisme, en équilibre, n'est pas troublé par la fièvre. C'est surtout dans les maladies chroniques constitutionnelles que l'emploi des sudorifiques est indiqué. La vérole, le rhumatisme, la goutte atonique, la scrofule, la cachexie mercurielle, la diathèse purulente réclament l'emploi
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de ces moyens. En favorisant la tendance vers la peau, les sudorifiques présentent à chaque instant le sang et les produits morbides qu'il contient au plus vaste émonctoire de l'économie, et chaque jour, à chaque instant, un peu de la cause morbiiique est éliminé.
Par cela même que ces médicaments n'épurent que lentement et en détail, ils doivent, surtout dans les maladies chroniques, oii la cause est si inhérente et se régénère si facilement, ils doivent, disons-nous, agir longlemps dans le même sens. Aussi, dans les véroles conslitiitionnelles, dans les rhumatismes, etc , les sudorifiques seront-ils continués pendant trois, six, dix mois, et quelquefois même davantage, en ayant soin d'en interrompre l'usage pendant quelque temps pour y revenir ensuite.
Les sudorifiques qui agissent comme Excitants généraux, le calorique, l'ammoniaque, les alcooliques, ne pourraient pas, comme ceux dont nous venons de parler, être assez longtemps continués pour détruire une cause morbide fixe : dès qu'ils n'agissent que par une fièvre intermédiaire, il est clair qu'ils exercent sur l'économie une influence analogue à celle que cause un accès de fièvre éphémère, et cette influence ne peut qu'être fâcheuse; mais quand le principe morbide est de sa nature vague et fixé dans l'économie par des racines peu profondes, les sudorifiques excitants sont au contraire indiqués. Ainsi, dans la vérole constitutionnelle, dans le rhumatisme chronique, dans la goutte atonique, les premiers sont apphcables; les autres, au contraire, le sont dans le rhumatisme fibreux, dans la goutte non fébrile, comme le prouve l'utilité incontestable des bains de vapeurs dans ces deux dernières formes de maladie.
Nous n'oserions affirmer que les sudorifiques non excitants n'agissent que par leurs propriétés sudorifiques ; probablement, et nous inclinons vers cette opinion, ils possèdent des vertus neutralisantes spéciales en vertu desquelles ils modifient l'agent morbide. Sans doute on ne peut prouver directement une pareille idée ; mais n'acquiert-elle pas une certaine probabilité quand on voit ces médicaments ne pas toujours provoquer de crise par les sueurs, et cependant agir, quoique avec plus de lenteur?
Tout ce que nous venons de dire des sudorifiques s'applique aux diurétiques et aux emménagogues. Presque tous les médicaments excitants augmentent en effet la sueur, les urines, le tlux menstruel ; mais il existe des agents plus spéciaux, tels sont les sudorifiques, les diurétiques et les emménagogues dont nous avons parlé plus haut.
Pendant la fièvre, alors que les fonctions nerveuses sont employées à l'accomplissement des fonctions nouvelles, il est impossible de diriger leur action vers tel ou tel appareil; aussi les emménagogues, par exemple, ne doivent-ils être employés que lorsque l'orgasme fébrile est entièrement passé.
La plupart des diurétiques sont en môme temps des irritants topiques, et, comme tels, ils enflamment souvent la membrane muqueuse digestiveavec laquelle on les met en contact. Aussi no peuvent-ils être admi-
MÉDICATION EXCITANTE. Hdl
■nistrés de cette manière quand il existe des signes de phlegmasie gastrointestinale et qu'on a des raisons de craindre l'exacerbation de cette phlegmasie. D'ailleurs, dès que les diurétiques purgent, ils ne sont pas absorbés et ne provoquent que la supersécrétion de la membrane muqueuse du tube digestif. Ainsi quand l'intestin est sain et peu irritable, ils doivent être donnés de manière à ne pas produire d'abondantes évacuations alvines; quand l'estomac et les intestins sont malades, une autre voie reste ouverte à l'absorption : cette voie, c'est celle de la peau. Nous obtenons en effet des évacuations urinaires souvent très-abondantes, en recouvrant le ventre de fomentations faites avec un mélange de teintures de scille et de digitale, ou de décoctions de ces mêmes plantes.
Le mode d'action des diurétiques dans les maladies chroniques est parfaitement analogue à celui des sudoritiques ; seulement il est plus énergique, plus rapide, et n'a pas besoin d'être aussi longtemps soutenu. Il est même important de ne pas le soutenir aussi longtemps, car ce ne serait pas impunément, ni pour le rein qui peut en être irrité, ni pour la membrane muqueuse digestive qui n'en supporterait pas longtemps l'action, si le médicament avait été ingéré.
Les médicaments emménagogues sont bien moins spéciaux encore que ne le sont les sudorifiques et les diurétiques, et on le conçoit aisément si l'on veut comparer la nature des organes d'excrétion. La peau transpire toujours, les reins sécrètent toujours de l'urine, depuis le commencement de la vie extra-utérine jusqu'au terme de l'existence : il y a donc dans ces organes une aptitude fonctionnelle continue qui n'a besoin que de l'occasion la plus légère pour être excitée ; mais il n'en est pas de même pour la menstruation ; la femme n'est réglée que pendant le tiers de sa vie à peu près, et, pendant cette courte période, la sécrétion sanguine n'a lieu que cinquante ou soixante jours dans le cours d'une année. La menstruation, est donc une fonction passagère, intermittente, accidentelle ; tant de conditions la dérangent que l'on conçoit toutes les difficultés qui embarrassent le thérapeutiste quand il veut l'augmenter ou la régulariser. Aussi pour qu'un médicament emménagogue soit réellement emménagogue, il faut des conditions générales de santé sur lesquelles il est important d'insister ici.
La fonction menstruelle n'est pas tellement essentielle à la constitution de la femme adulte, qu'elle doive s'exercer quand même. Aussi se trouble-t-elle facilemeat quand l'harmonie générale vient elle-même à être gravement troublée. Tant qu'existent ces troubles généraux, c'est vainement qu'avec des emménagogues on voudra rappeler les règles; la première condition de toutes, c'est de rétablir l'équilibre, et alors l'Excitant spécial de l'utérus devient dans la balance un poids important. Ce n'est pas seulement quand il y a de la fièvre et que des organes éloignés sont atteints d'une phlegmasie antagoniste, que les fonctions utérines tarderont à se rétablir; c'est aussi lorsque, comme dans la chlorose, le sang se trouvera dans de telles conditions qu'il ne sera plus propre à
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exercer sur la matrice et sur les autres organes la stimulation nécessaire à l'accomplissement de leurs fonctions. Et si, dans cette singulière maladie, nous voyons les fonctions constantes, telles que la calorifîcation, l'innervation, la diurèse, la diaphorèse, si bizarrement et si opiniâtrément perverties, que sera-ce pour une fonction accidentelle comme la menstruation ?
Dans le cas où la fièvre ou une phlegmasie antagoniste s'oppose h la fluxion menstruelle, la médecine devra s'occuper de combattre cette fièvre ou cette phlegmasie ; dans le cas où la pléthore en sera la cause, c'est en diminuant la masse du sang ou en atténuaut sa plasticité qu3 les conditions du flux utérin deviendront plus faciles; si au contraire il faut attribuer à la chlorose le dérangement de la fonction, c'est aux toniques, c'est aux martiaux qui reconstituent le sang que devra s'adresser la thérapeutique.
Les moyens propres à combattre la fièvre, la phleguiasie, la pléthore, la chlorose, bien que si opposés entre eux, seront, non pas des emménagogues, mais des agents de reconstitution normale, et partant des agents qui placeront l'économie dans des conditions telles que l'utérus ressentira efficacement l'impression des Exitants spéciaux.
Nous allons maintenant reprendre les considérations générales un peu concises que le lecteur vient de parcourir, et nous développerons davantage quelques-uns des points principaux de la Médication excitante.
L'observation apprend que pour qu'une maladie se termine naturellement et heureusement, l'organisme doit déployer un certain degré d'énergie au-dessus et au-dessous duquel les phénomènes morbides sont trop intenses ou trop lents, excessifs ou insuffisants, funestes dans les deux cas.
Dans le premier, les malades sont conduits à la mort ou par une sorte d'épuisement indirect de la résistance vitale, ou par la désorganisation rapide du tissu de quelque appareil principal, ou par l'altération et la suranimalisation des humeurs, et surtout du sang.
Dans le second cas, le même résultat a lieu, mais d'une autre manière. La langueur des mouvements vitaux laisse le sujet sous l'influence d'une cause morbide, ou d'une diathèse qui consume progressivement la résistance vitale et l'épuisé directement, attaque et détruit sourdement la texture de quelque viscère important, enfin vicie et appauvrit le sang en le dépouillant peu à peu de ses éléments plastiques et vivifiants.
Dans le premier cas, l'organisme périclite et périt par excès; dans l'autre, par défaut.
Dans celui-ci, c'est la maladie qui exténue l'organisation, la vicie et la met hors de service ; dans celui-là, c'est l'organisme qui, par l'excès de sa réaction, s'use lui-même, s'épuise et succombe.
Ici, il faut modérer cette réaction ou spolier cette organisation; là, il est indiqué d'exciter la réaction et de restaurer l'organisme. Pourquoi vouloir faire triompher une de ces méthodes à l'exclusion de l'autre ?
Brown et Broiissais ne s'entendront jamais, eux ni leurs aveugles partisans, tant qu'avant de se ruer pour ainsi dire sur Thomme malade, l'un avec ses débilitants, l'autre avec ses Excitants, ils ne voudront pas voir que dans l'organisme il y a autre chose qu'un dynamisme à stimuler ou à modérer, qu'un impetum /aci'ens à précipiter ou à ralentir, etc..
Telle précisément a été leur erreur ; et si effectivement l'animal n'était qu'un mécanisme invariable dans sa composition intime, non organisé, et ne subissant dans l'inlimité de sa substance aucune modification ; si, en un mot, il ne consistait qu'en des leviers, des récipients, des tubes, des pressoirs, des poulies, des cordes, des pompes, des ressorts, des soupapes, puis des liquides ne variant que par leur densité et leur température, leur couleur et leur quantité, tous cela mû l'un dans l'autre par un agent subtil et impétueux, il devrait suffire fen supposant le mécanisme inaltérable et fixe), de lâcher ou de retenir par des moyens appropriés ce fluide moteur, de le contenir ou de le souffler en quelque sorte, et de faire dans ce système mécanique le calme ou la tempête...
Dans cette hypothèse, la Matière médicale se bornerait aussi à deux agents, le chaud et le froid ; car tous les Excitants et tous les sédatifs autres que ces deux types de l'agent excitant et de l'agent sédatif, jouissent invariablement de quelques propriétés spécifiques plus ou moins marquées qui compliquent en quelque sorte les propriétés excitantes et sédatives en vertu desquelles ces substances médicinales sont succédanées du chaud et du froid.
Or cette spécificité d'action leur vient de leur nature, c'est-à-dire de leur spécificité de composition intime, qui n'est exactement identique chez aucun.
Dans Torganisme animal aussi, indépendamment du plus et du moins, de la force et de la faiblesse, du chaud et du froid, il y a de nombreuses fonctions, d'infinies spécificités. Ces propriétés spéciales sont en rapport avec la fin de chaque mouvement organique, et non pas avec ce mouvement lui-même, lequel,. considéré physiquement et indépendamment de la fonction ou de la fin à l'accompUssement de laquelle il concourt et avec laquelle il sïdentifie, n"a par lui-même rien de spécial.
La pierre d'achoppement des solidistes ou des dichotomistes anciens et modernes a toujours été la spécificité. Ce mot irritait Broussais ; Brown surtout ne pouvait pas en entendre parler. On le comprend : exciter un organisme n'est point chose difficile. Mais ce n'est pas là la question.
Il est bien peu de maladies (s'il en est) qui ne consistent que dans une asthénie franche, simple, et s'offrant au médecin pour toute indication à remplir. De pareils états sont plutôt des suites de maladies que des maladies proprement dites.
En effet, si l'on en excepte la syncope, qui n'est pas une maladie, mais un accident ou un sjTiiptôme, la classe des débilités se borne aux convalescences, aux effets des pertes excessives, des fatigues violentes.
des privations prolongées de plusieurs des choses dites non naturelles, etc.; et ces états, réduits à eux-mêmes, qu'ils soient locaux ou généraux, limités à un organe, à un appareil, ou étendus à lout l'organisme, ces états n'ont rien de spécifique. Aussi est-ce là le triomphe de la Médication excitante.
Voyez une syncope : le système nerveux seul a lléchi. Il n'y a à tenir compte d'aucune diathèse, d'aucun vice d'organisation ; il n'y a rien de spécifique, et tout agent capable (V impressionner primitivement et rapidement le système nerveux, va lui rendre son action, et la syncope cessera.
Remarquez que ce résultat peut être obtenu, nous le répétons, à l'aide d'un agent excitant quelconque, pourvu que son influence soit primitive, prompte et pénétrante, circonstance qui éloigne de suite l'idée d'une spécilicité. Ainsi, une impression morale aura le même pouvoir, si elle est perçue, qu'un arôme piquant, qu'un cordial diffusible, qu'une douleur produite, qu'une commotion physique, que la projection de quelques gouttes d'eau sur la face, qu'une brûlure, etc., etc .. ; et la preuve que ces divers moyens ne sont que des coups de fouet au système nerveux, c'est qu'une manière plus sûre encore pour décider le retour de l'innervation, consiste dans le décubitus horizontal qui facilite la circulation artérielle du cœur au cerveau, etc...
Tel est le type des effets propres à la Médication excitante : c'est ce qu'on nommait autrefois le reconfort des esprits animaux. Ne demandez pas autre chose aux remèdes excitants, à moins toutefois qu'ils ne tiennent de leur nature chimique ou intime quelque propriété spéciale, utile dans tel ou tel cas de débilité spéciale.
Prenons maintenant pour exemple un état asthénique moins simple, et tout de suite nous allons voir que si l'excitation est encore indiquée; seule elle ne suffit plus, et ne joue plus d'autre rôle que celui d'un stimulus chargé de remplir une des indications et de favoriser l'action d'une autre propriété, propriété curative tout h. fait distincte de la première.
On administre, et avec raison, les Excitants dans les débilités énumérées tout à l'heure et qui sont consécutives à des maladies aiguës, à des pertes de sang, à des privations ô'ingesta ou de circumfusa hygiéniques, etc., etc... Certes, en pareil cas, ils sont légitimement indiqués, et leur succès le prouve.
Mais qui se bornerait, comme dans la syncope, à la prescription de ces agents thérapeutiques? Et si le médecin n'y joignait des toniques analeptiques, soit alimentaires, soit martiaux, etc., qui ne voit que les stimulants ne feraient qu'épuiser la névrosité ou user les forces agissantes, ce qui est la même chose, et qu'il faut concurremment réparer l'organisation ou restaurer les forces radicales, ce qui est la même chose encore ?
Or comment remplit-on cette seconde indication ? Par des agents spéciaux, c'est-à-dire par des matières assimilables propres à l'entretien et
à l'exercice des fondions débilitées. On y combine des stimulants, parce que le système nerveux, profondément affaibli, serait quelquefois impuissant à réagir sur ces matériaux spéciaux, à l'élaboration desquels il doit concourir.
Ainsi ces toniques analeptiques, pénétrés, par exemple, d'un certain degré de chaleur, portent avec eux le stimulant général (calorique) qui s'adresse à l'incitabilité générale, et la substance spéciale (matière alibile) qui s'adresse à la fonction spéciale (la digestion). L'un n'est pour ainsi dire que le condiment et le passeport de l'autre.
Il y a dans cette combinaison du stimulant général et du tonique spécial, tout ce qui est nécessaire pour agir sur les deux conditions de toute fonction organique chez un être pourvu d'un système nerveux : l'un met le système nerveux au niveau des besoins de la fonction ; l'autre fournit h la fonction son objet spécial.
On comprend maintenant à quelle somme d'erreurs funestes et de mécomptes grossiers ont dû arriver les dichotomistes. Ils n'ont tenu compte dans l'organisme que de la propriété d'être excité et de se mouvoir, et dans les modificateurs de cet organisme, que des agents de stimulation.
(c La vie de l'animal ne s'entretient que par les stimulants extérieurs. » (Brown.)
« Et tout ce qui augmente les phénomènes vitaux est stimulant. » (Broussais.)
Ainsi, pour ces deux célèbres rivaux, la spécificité n'est qu'un mot, la finalité qu'un être de raison ; il leur répugnait que quelque chose pût se faire dans l'organisme sans eux.
Or la spécificité n'est pas notre affaire ; c'est celle de la nature ou de cette providence intérieure (quelle inconséquence chez Broussais et dans son système) que nous pouvons seconder ou détruire, mais cà laquelle nous ne pouvons nous substituer jamais, parce qu'il n'est donné à l'homme d'agir que sur les conditions d'existence dont il dispose, mais non sur la loi de leurs rapports qu'il ne peut changer, car ce n'est pas lui qui l'a établie.
Il modifie ces rapports indirectement, c'est-à-dire en agissant sur leurs conditions de manifestation, mais non directement. Il éloigne, rapproche, augmente ou diminue les causes déterminantes. Il affaiblit ou accroît l'énergie des causes excitantes ; mais la cause efficiente est placée hors de son atteinte. Son rôle est de l'étudier, de la reconnaître, de l'imiter pour ainsi dire, en la plaçant dans les conditions que l'observation lui a appris être des plus favorables à l'exercice normal de la fonction. « Je le pansai ; Dieu le guérit. »
Mais en thérapeutique, que de difficultés ! Ces conditions d'existence de la maladie dont nous pourrions disposer, pour les modifier, il faudrait les connaître.... et les connaissant, il faudrait, pour les modifier, que la Matière médicale nous fournît des modificateurs spécifiques. Que le nombre en est petit!
Aussi, quand dans une maladie, l'indication de stimuler se présente, on stimule, mais il faut le dire, on stimule bien souvent dans les ténèbres, on agit dans l'obscurité. Si la nature met à profit notre stimulation, tant mieux; mais si elle s'en sert contre nos intentions....? Voilà la ■difficulté et le péril !
Quand il n'est question que de ces états simples mentionnés dans les pages précédentes, tout va de soi, et les instincts du malade sont positifs. On pourrait leur confier le soin de la médication.
Mais on se rappelle que, dans ces cas, il n'y a pas ou il n'y a plus de ■cause morbide en présence, et par conséquent nul obstacle au retour des forces.
Au contraire, s'il existe une diathèse ou un état nerveux précurseur ■d'une maladie diathésique ou organique grave, une affection spontanée ou un mélange de ces deux conditions, et qu'en même temps l'affaissement du système nerveux, la débilité de quelque appareil ou de tout l'organisme, présentent un côté, pour ainsi dire, à l'indication de la Médication excitante, que faire ?
Ces cas appartiennent tous à la classe des maladies chroniques.
Ce qu'il faut faire ? se défier des Excitants sans les repousser. Déférer aux indications de leur emploi, mais avec sobriété, en ayant toujours l'œil sur la langue du malade, le doigt sur son pouls, l'attention fixée sur ses nuits et son sommeil. 11 faut surtout, autant que possible, substituer les toniques analeptiques aux Excitants ou les combiner à ceux-ci. Que ■si l'appareil digestif repousse les premiers, rarement on doit employer les seuls Excitants ; car alors on ne sait pas ce qu'on fait.
La Matière médicale offre, pour ces cas, sinon des agents spécifiques, au moins des modificateurs qui joignent à la vertu excitante quelque propriété spéciale plus ou moins accommodée à telle ou telle diathèse, à tel •ou tel état morbide.
Ainsi, les eaux de Vichy sont excitantes, mais elles sont autre chose ^ivec cela. Elles paraissent contenir des principes favorables à la digestion. Ceci n'est qu'un exemple. Quand il s'agit de modifier telle ou telle •sécrétion, on trouve aussi des Excitants, mais qui, avec cela qu'ils excitent la glande, modifient sa fonction et son produit.
Prenez des alcooliques ou de fortes infusions de plantes labiées ou de stimulants exotiques, vous allez exciter, irriter même l'action des glandes. Voilà tout ce que vous ferez. Vous aurez irrité ces glandes, et souvent même assez pour suspendre plus ou moins leur action, nous voulons <lire diminuer la quantité de leurs produits. C'est ce que tous les jours le vin fait sur les glandes salivaires, les canlharides sur les reins, etc....
Mais l'iode, mais le mercure, sont excitants aussi. Ils stimulent l'action des glandes, mais ils joignent à la propriété stimulante qu'ils partagent avec les remèdes ci-dessus une propriété qui modifie la glande, change, fluidifie ses produits, leur imprime d'autres qualités, et cela en- •core, chacun à sa manière, l'iode autrement que le mercure, celui-ci au-
mèdh:âtion excitante.
trement que l'or, celui-ci différemment de la potasse, de la baryte, etc.
Toujours donc, nous nous retrouvons en face de nos deux conditions, tant du côté du médicament que du côté de l'organisme.
L'esprit de la Médication excitante ne doit pas être cherché ailleurs que dans cette simple et naturelle considération. Il n'y a là rien de systématique.
La camomille sera plus appropriée à telle dyspepsie que le vin ou que la moutarde, etc., etc.... Nous rentrons encore ici dans ce que nous avons dit plus haut touchant l'addition d'une action spéciale indépendante de l'excitation ; et cela est en rapport avec la nature de la maladie asthénique qui non-seulement est telle, mais qui présente en outre des indications que seule ne remplit pas la Médication excitante.
Les maladies liées à la prédominance de la constitution lymphatique nous fourniraient sur ce sujet des exemples très-utiles.
Ces maladies offrent très-certainement un élément de débilité. Mais il est impossible de n'y voir que cela, et de ne considérer en tel cas que «et élément d'indication. Et pourtant, cette indication mérite qu'on s'en occupe, mais sans oublier le vice de l'organisation à la nature duquel est subordonné l'élément asthénie.
L'emploi des seuls remèdes chauds, l'action violente, incendiaire et nue de ces remèdes, ne fait qu'irriter de telles organisations. Elle y allume une fièvre plus consomptive que critique, surtout lorsque, comme cela est trop commun, ces sujets sont nerveux et irritables, en même temps que frôles et mous. Alors, en stimulant purement et simplement, vous ne faites que fortifier la diathèse en la livrant à elle-même. Chez cet individu, le tempérament et la constitution ne sont pas en harmonie comme chez celui qui est simultanément scrofuleux et apathique, c'està-dire, celui dont le système nerveux est mou et paresseux comme ses tissus, froid comme son sang.
Dans ce cas, en effet,, en stimulant le système nerveux, vous enrayez les progrès de la diathèse. Chez l'autre, vous exagérez encore la désharmonie fâcheuse qui existe entre le tempérament et la constitution, entre le système nerveux et les fonctions végétatives.
Nous ne possédons pas, contre cette affreuse maladie, de stimulant spécifique, de médicaments qui modifient également bien les deux conditions de l'affection ; car rappelons-nous qu'on trouve bien plus facilement un Excitant du système nerveux qu'un modificateur plastique.
Pourtant, quelques substances approchent plus ou moins de cet effet. Les amers excitants sont de ce nombre. Combinez une habitation dans un pays sec et chaud à une alimentation réparatrice et aux amers en question, secondez ces moyens par l'influence de la gymnastique, et vous obtiendrez, autant que possible, la simultanéité d'actions que nous cherchons.
Ajoutons à ces remèdes ceux tirés des plantes dites antiscorbuliquse <lc la famille des crucifères.
MEDICATION EXCITANTE
Nous ne saurions trop recommander l'emploi du vin et du sirop composés avec les racines, etc., de ces végétaux. On y trouve heureusement associés les deux modificateurs que nous désirons. Il v a là une stimulation modérée et des principes très-appropriés à la spécialité diatliésique des scrofules. Les préparations de noyer ont aussi, dans ces cas, une utilité spéciale que nous nous plaisons cà louer et à conseiller hautement.
Chez les enfants, que cette maladie atteint surtout, le sirop antiscorbutique est une précieuse préparation. Les phlegmasies chroniques passant incessamment de cet étal à l'état aigu, de celui-ci à celui-là, aux yeux, aux oreilles, à la poitrine, à la peau, aux os, etc., etc., relèvent presque toutes, chez les enfants, du vice scrofuleux. Ces enfants, jo/ms d'humeurs, trouvent dans les antiscorbutiques une sorte de panacée à tous leurs maux.
Ces états morbides qu'on ne rattache pas toujours assez aux scrofules, parce que celles-ci n'y apparaissent pas toujours avec leurs signes classiques, ces états morbides ne quittent l'enfant que pour le ressaisir adolescent, avec d'autres formes, l'affecter adulte, sous des noms et des aspects qui déroutent le praticien ; et, vieillard enfin, l'affliger d'infirmités incurables, sinon mortelles, dont la nature et l'origine restent inconnues.
Reconstituez donc l'enfant pendant que s'y prêtent mieux que plus tard les faciles transformations que subit sa matière à travers les phases rapides de son évolution.
Pourquoi les antiscorbutiques ont-ils vieilli et sont-ils tant dédaignés dans ces cas ? Ils ont pourtant une qualité principale : ce sont des simples. Les découvertes de la chimie moderne leur ont substitué des Excitants antiscrofuleux tirés du règne minéral.
Les métaux introduits chimiquement dans le sang doivent être Yultima ratio de la thérapeutique médicale, comme appliqués physiquement au corps, ils sont Vullima ratio de la chirurgie. Pour purger et faire vomir, c'est bien.... ils ne font que passer; mais quand ils doivent rester et ne plus agir seulement sur le système nerveux qui les repousse comme des ennemis et des étrangers, mais modifier l'organisation, il faut toujours y regarder à deux fois, car ils dissolvent et altèreni, la matière vivante, dit Sydenham, bien plus encore qu'ils ne révoltent les esprits vitaux.
Le végétal est assimilable ; le minéral ne l'est pas.
Nous aimons donc mieux les antiscorbutiques et les végétaux amers et aromatiques, que l'iode, le baryum et leurs préparations, dans le traitement des maladies scrofuleuses. Il ne faudrait pas en induire que nous rejetons ces derniers. Il faut user de tout ce qui peut être utile, mais n'abuser de rien.
Enfin, qu'on se rappelle bien que si tous les antiscrofuleux sont excitants, tous les Excitants ne sont pas antiscrofuleux.
11 y a indication d'exciter la diurèse. Mais toute la maladie n'est pas dans la rareté des urines et dans l'existence d'un épanchement séreux
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dont on veut obtenir la résorption. Cette insuffisance des urines, cet épancbiement, ont leurs causes qui s'opposent quelquefois à la provocation de la diurèse. De plus, il arrive souvent que celle-ci provoquée, le résultat thérapeutique n'est pas atteint.
Tout n'est donc pas dans l'excitation, mais dans le mode d'exciter, et dans le résultat qui ne dépend pas de l'excitation, mais dont bien plutôt l'excitation dépend.
Ce qu'il faut conséquemment chercher, ce sont des excitants spéciaux.
Si l'on ne les trouve pas, il faut bien savoir qu'en excitant, on ne touche qu'une des conditions du succès delà méthode curative ; et alors on doit s'efforcer d'atteindre l'autre condition par les modificateurs thérapeutiques ou hygiéniques que commande la considération de la nature de la maladie.
Nous dirons pour la diaphorèse ce que nous venons de dire pour la digestion, les sécrétions, la diurèse.
Obtenir par des sudorifîques actifs une diaphorèse inutile, c'est nuire. Il faut d'abord que l'indication d'exciter les fonctions de la peau soit bien jugée, et l'administration du sudorifique parfaitement opportune.
On pousse à la peau dans les maladies aiguës et dans les maladies chroniques. Dans les premières, on veut opérer une crise péremptoire. On établit purement et simplement une fonction supprimée, et ce retour de la pe.au à ses fonctions, ou cette énorme évacuation, produisent une détente tout à la fois révulsive et dérivative. Le système nerveux se relâche de sa réaction, de sa résistance et de sa roideur d'action ; la chaleur du sang se tempère, et la chnnce des irritations et des phlegmasies est ainsi diminuée de doux manières très-efficaces, et qui pouvaient concourir à les produire par leur efTort synergique.
On se sert alors de boissons légèrement stimulantes par elles-mêmes, et plus encoi'e parla température qu'on leur donne.
Dans les maladies chroniques, on emploie d'autres espèces de sudorifîques. Ceux-ci ont des propriétés amères, acres, particulières et altérantes. Ils agissent plus par leurs qualités que par leur température. Ainsi sont le soufre, l'antimoine, le gaïac, la salsepareille, la squine, le sassafras, les bois sudorifiques, etc.
Ainsi toujours : du côté delà maladie, indication d'exciter, mais indication bien plus puissante encore d'introduire un agent spécial. N'agir que sur la réaction organique, ce n'est satisfaire qu'à la moins importante et à la plus facile des indications. Tout, ou presque tout, consiste à agir sur la cause prochaine de la maladie ou sur la diathèse, et nous savons, par les principes généraux établis plus haut, que les stimulants ne répondent pas à ce besoin.
Est-ce comme Excitants qu'agissent les préparations mercurielles dans la syphilis constitutionnelle ? car ce sont des Excitants.... Si elles n'étaient pas autre chosC;, elles ne seraient pas des spécifiques. De même, si la maladie vénérienne, qui affaiblit, n'était qu'une asthésie, elle ne serait
pas une maladie spécifique. C'est qu'elle attaque Torganisation et l'affaiblit en l'altérant, tandis qu'elle ne débilite le système nerveux que trèsindirectement. Si ce système pouvait donner la raison de cette spécificité, il suffirait d'agir sur lui seul. Quand le mercure exerce cette action, c'est plutôt un malheur qu'un avantage. 11 vaut mieux que l'influence mercurielle se passe silencieusement et dans l'inlimité du travail altérant de la force plastique sur laquelle l'agent morbide a principalement porté son action.
Que dire maintenant des Excitants emménagogues ? Ce que nous venons de dire des autres stimulants des fonctions spéciales nes'appliquet-il pas encore plus exactement, si c'est possible, à ceux-là? Aussi, comptez les emménagogues : ils sont innombrables, et on en découvre tous les jours de nouveaux....
Voici une aménorrhée. Quoi de plus simple ? Les emménagogues ne font pas faute. Vous avez la rue, la sabine, l'iode, l'ergot de seigle, pour les cas rebelles, les impérieuses indications ; l'armoise, le safran, le castoréum, l'acétate d'ammoniaque, le gaz acide carbonique, pour les petites nécessités, etc.... Qu'on ne s'y fie pas. Rien n'est plus difficile que de provoquer les règles supprimées.
Une foule d'états morbides tiennent cette fonction en échec, et simulent pour ainsi dire à son égard le rôle de la grossesse. Combien de fois n'arrive-t-il pas qu'un médecin inattentif se heurte contre une pareille contre-indication !...
Il arrive dans ce cas deux choses : ou bien l'emménagogue réussit; ou bien l'obstacle morbide résiste à son action. Supposons que l'emménagogue l'emporte ; il a forcé, c'est le mot, la contre-indication. Croirezvous avoir légitimement vaincu ? Non. Vous avez produit une hémorrhagie utérine; vous n'avez pas rétabli les règles....
Ce mot de règles ne dit donc rien à votre esprit ? Aucun autre mot ne saurait le remplacer à nos yeux. Il y a dans cette fonction quelque chose de bien spécifique. N'est-ce là qu'une métrorrhagie, qu'une hyperhémie accidentelle, comme serait, par exemple, l'épistaxis ?
La femme, pendant toute la période de sa fécondité, perd régulièrement chaque mois quelques onces de sang. C'est bien peu de chose...
11 y en a qui filtrent ce sang, l'analysent, en comptent les globules, en pèsent la fibrine, et sur cette autre docimasie, s'asseyent à l'InsLitut» pleins d'un immortel contentement. C'est trop juste ! Ils ont découvert les lois de la menstruation : le sang des règles contient moins de fibrine que l'autre...
Il ne s'agit donc que de mettre la femme en état d'avoir ses règles.
Résulte-t-il de là qu'il n'y ait pas d'emménagogues, et qu'on ne doive jamais essayer de rétablir directement les règles disparues ?
Le tout est de s'entendre. Une femme bien portante et habituellement bien réglée éprouve une suppression. Ses règles Huaient en leur temps,
et une émotion morale, un refroidissement subit, une chute, etc .., les ont arrêtées tout court.
Si le médecin est appelé incontinent, il peut incontinent aussi administrer un emménagogue, tout en administrant concurremment quelques légers antispasmodiques, et agissant favorablement sur le moral de la malade dans le cas oii la suppression est due à un eifroi, à un chagrin, etc., rétablissant l'expansion vitale à la peau, si celle-ci a été frappée d'un refroidissement soudain. Dans ce cas, un emménagogue peut rappeler le flux menstruel. Que s'il échoue immédintement, on aura recours aux mêmes remèdes vers l'époque suivante, pour fluxionner l'utérus par tous les moyens prudents que la médecine peut fournir.
Entre l'écoulement supprimé et l'indication de le rétablir, il n'y a aucune autre indication d'oii dépende la première. Il ne faut qu'exciter le jeu d'une fonction dont une des conditions seule a été enrayée, et cette condition est la moins importante; elle n'est qu'adjuvante. C'est donc la plus facile à rétablir. L'autre appartient à la nature et à des circonstances que nous ne connaissons pas assez pour les produire et les seconder.
Quelle fragilité dans cette fonction! C'est qu'elle n'est pas absolument et immédiatement nécessaire à la vie individuelle de la femme qui vit sans cela, mais qui ne vit pas spécifiquement, c'est-à-dire pour sa fonction spéciale, et devient dès lors un être déclassé et anormal, quand l'aménorrhée lui est naturelle, ou bien ne vit vraiment pas ou ne vit que pour souffrir, quand cette imperfection est accidentelle, comme dans l'aménorrhée chlorotique récidivante.
Nous prenons cet exemple comme un type des cas où l'action des emménagogues n'est point illusoire et où leur emploi se trouve bien indiqué. Plusieurs autres circonstances rentrent dans cette espèce d'aménorrhée, et on peut leur appliquer ce qui vient d'être dit.
Mais quand l'aménorrhée est, comme on dit, spontanée, et ne fait que signaler quelque dérangement morbide, on retombe dans les cas où nous aurions à répéter ce qùe plus haut nous avons émis sur les rapports de la grossesse et de la menstruation.
Il est certaines aménorrhées qu'on pourrait appeler essentielle ou primitives. Elles ne sont pas symptomatiques d'un état morbide, non plus que d'un accident extérieur quelconque. Ces cas sont rares et peuvent réclamer l'usage des emménagogues.
L'emploi fréquent de ces remèdes est le signe de l'empirisme. Un grand praticien en fait un rare usage. Les martiaux sont plus qu'emménagogues, et on ne doit pas les assimiler à ceux que nous avons décrits parmi nos remèdes excitants. Ils sont surtout applicables aux aménorrhées que nous venons de nommer idiopathiques ou essentielles. ,
Les martiaux agissent sur les deux conditions de la menstruation : le sang et le système nerveux ; et ce qu'il y a de plus efficace dans leur action, c'est qu'ils n'agissent sur le système nerveux qu'après avoir agi sur le sang. Ils vont au but avant de modifier le moyen, et modifient celui-ci
^lar le premier. Alors tout se coordonne ; et la fonction est véritablement reconstituée, surtout si la nature continue l'œuvre de l'art, après s'y être prêtée d'abord.
Les stimulants emménagogues, au contraire, peuvent bien fluxionner la matrice ; mais, ou bien ils provoquent des hémorrhagies qui ne sont pas les r^iïles, ou bien, s'ils réintègrent légitimement la fonction, c'est que la diattjèse de cette fonction, qu'on nous permette une telle manière de dire, préexistait, et n'attendait qu'un stimulus auxiliaire.
Et c'est là, pour revenir à la Médication excitante générale, ce qui arrive bien souvent lorsqu'on administre cette Médication dans des maladies asthéniques dominées par quelque état morbide spécial.
L'indication de stimuler se présente sans que le médecin soit gêné par des contre-indications évidentes. Il institue une Médication excitante, et la faiblesse se dissipe, et l'état morbide spécial s'améliore. C'est, encore une fois, que la nature était bien disposée ; que la diathèse était épuisée ; et que le système nerveux n'avait rien derrière lui pour l'empêcher de s'harmoniser avec l'organisation, d'y puiser de l'énergie d'action, et de rendre ainsi à cet organisme toute la résistance vitale dont il est susceptible.
Nous devons dire que de tels succès sont rarement comptés dans les maladies chroniques. C'est à la classe des maladies aiguës qu'appartiennent ces sortes de résurrections dues à la Médication excitante.
Dans plusieurs endroits de ce traité, où nous avons développé l'esprit de ce mot d'Hippocrate, Fcbris spasmos solvit, nous nous sommes assez étendus sur les lois do ce fait général, pour nous dispenser d'y revenir en ce lieu.
On trouvera aux chapitres de la Médication tonique en général; — de \sl Médication tonique analeptique ; — et surtout à celui de la Médication tonique névrostliénique, tout ce que nous ne pourrions que répéter ici.