‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 189 sur 335 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

SÉDATIFS ET CONTRO- STIMULANTS

FROID

De même que nous avons placé le calorique en tète des stimulants, nous devons placer le Froid en tête des sédatifs.

Ce n'est pas que ces deux influences, qui nous font éprouver des sensations si contraires, et dont les effets sont si opposés, constituent deux principes, deux agents distincts, etc., car il ne faut pas reconnaître dans les impressions si inconciliables et si radicalement opposées que le chaud et le Froid produisent sur nous autre chose que deux états opposés du système nerveux déterminés par l'accumulation ou la soustraction excessives d'un seul et même agent, le calorique. Voilà pourquoi, si un certain degré dans l'action de ce principe sur les corps organisés, constitue le radical des stimulants, la privation de cette même influence constitue le radical des sédatifs. Le chaud, c'est-à-dire l'action sur l'organisme d'une température supérieure à la sienne, est une influence positive ; le Froid, ou l'action sur l'organisme d'une température inférieure à la sienne, est une influence négative.

Le calorique soustrait ou le Froid, est, disons-nous, le type des sédatifs. Il s'uppose aux manifestations de l'activité vitale, enchaîne et déprime les phénomènes de réaction de la manière la plus simple et la plus directe, sans atteindre ce résultat par des opérations intermédiaires ; et on le conçoit, puisqu'il n'est autre chose que la suppression plus ou moins considérable de la condition à laquelle la vie se maintient, ou si l'on veut d'une des causes excitantes de la vie les plus prochaines.

Il agit d'abord sur la manifestation initiale de tout acte animal l'impressionnabilité qu'il rend moins susceptible de l'action des stimulus, et qu'il flnit par émousser et éteindre complètement. Par elle, il agit sur la contractilité, dont il plonge les instruments dans la torpeur et l'inertie. Nécessairement alors il afl'aiblit et empêche la caloricité et suspend les phénomènes de l'affinité vitale ou de la plasticité par la congélation, comme l'accumulation excessive du calorique les avait suspendus par la combustion.

Le médecin a si souvenf besoin dans les maladies d'apaiser l'activité

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exiraorclinaire de certaines manifestations de la sensibilité, de la contractilité, de la caloricité et de la plasticité, que le calorique soustrait ou le Froid est un puissant secours. Mais cette Médication, par cela même qu'elle est puissante, ne doit être employée que sur bonnes indications, et peut être nuisible au même degré qu'utile.

Nous avons dit que l'action immédiate du Froid à un certain degré, était la sédation; mais cette action immédiate est suivie d'une action opposée qu'on appelle réaction. Ce retour abondant de vie, qui succède, dans une partie soumise au Froid, à la sédation produite par celui-ci, n'est autre chose qu'une excitation spontanée de cette partie ; de même que l'abaissement de la température et la sorte d'asthénie qu'on observe dans une partie soumise à une température très-élevée, ne sont autre chose qu'une sédation spontanée. C'est dans l'étude de ce fait de la spontanéité, si peu exploré par les physiologistes, que ceux-ci auraient trouvé pourtant la solution de difficultés que leurs théories insuffisantes de la chaleur animale ne leur ont pas permis de surmonter, difficultés qu'ils ont néanmoins cru vaincre, tandis qu'en vérité elles n'étaient pas même effleurées par ces deux opinions, dont l'une attribue à une absorption plus considérable d'oxygène par les poumons la résistance plus considérable que les animaux opposent au froid de l'hiver, et dont l'autre attribue à l'évaporation cutanée plus abondante la résistance plus considérable que les animaux opposent à l'extrême chaleur pendant l'été. Pour expliquer ces deux faits si importants et si inexpliqués par les deux hypothèses précédentes, comme nous l'avons démontré ailleurs, il faut de toute nécessité invoquer la spontanéité vitale. On comprend alors comment, en vertu des lois immuables de l'instinct vital conservateur, l'organisme oppose toujours à la chaleur extérieure une sédation spontanée, et au Froid extérieur une excitation spontanée. Cette observation nous montre un des procédés les plus éclatants de ce qu'on appelle la force conservatrice et médicatrice de la nature.

On peut donc, à l'aide du Froid, obtenir une médication tout opposée à la médication sédative ; et ainsi considéré, le Froid est un des agents les plus efficaces de la médication tonique. Nous en avons traité sous ce point de vue dans notre premier volume. Il faut ici ne l'envisager que dans les effets thérapeutiques qu'on peut retirer de son action immédiate ou sédative. Alors il est encore susceptible d'un autre mode d'action qui se joint à l'action sédative et s'obtient par elle, ou plutôt par l'impression brusque que cause sur la peau l'application soudaine du Froid : nous voulons parler de la médication perturbatrice.

L'eau froide et la glace sont les moyens les plus ordinaires que la thérapeutique mette en usage pour produire les effets de la médication sédative. Le plus souvent, c'est sur la peau qu'on agit, soit localement, soit généralement. D'autres fois, c'est par des boissons fraîches ou glacées, par l'ingestion de fragments de glace, par des lavements froids, des injections froides, etc.. Les indications principales qui peuvent être

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remplies par cette médication dans les affections locales ont été exposées dans notre premier volume aux articles Plomb, Alun, et dans les généralités de la Médication tonique astringente, où nous avons discuté l'opportunité et le danger de l'emploi des médicaments de cette classe dans un grand nombre de maladies. Tout ce que nous avons dit alors de ces substances s'applique rigoureusement au Froid. C'est surtout dans le traitement des phlegmasies traumatiques que cet agent doit être employé, de même qu'il faut le bannir du traitement des phlegmasies qui reconnaissent des causes internes, des épines métaphoriques. Telle est la règle la plus générale et la plus importante qu'on puisse donner sur l'usage du Froid dans les irritations et les phlegmasies. Ce principe est aussi vrai et aussi capital, appliqué au traitement des hémorrhagies par le Fi'oid, à moins toutefois qu'une de ces aifections, quelle que soit sa cause, ne mette, par son abondance, les jours du malade en danger.

Ce n'est donc pas dans les fonctions pathologiques,, dans les maladies avec matière, dans les fièvres essentielles, dans les inflammations du domaine de la clinique interne, que le Froid est indiqué. On l'emploie pourtant dans certaines phlegmasies comme celles du cerveau et des méninges. Nous pensons que, dans ce cas, il peut soulager la céphalalgie souvent si intense et si fixe qui accompagne cette maladie, mais qu'il n'a qu'une bien douteuse action sur la méningite ou l'encéphalite.

Dans les péritonites traumatiques, dans l'iléus, dans les étranglements internes, la colique de plomb, l'application du Froid sur l'abdomen est avantageuse ; mais cela n'infirme pas notre règle générale, puisque ces cas rentrent par leur nature dans le domaine du traumatisme. Dans certaines gastro- entérites très-intenses et même dans celle qui accompagne la fièvre typhoïde, on peut quelquefois prescrire ces applications sur le ventre avec succès.

En pathologie interne, c'est donc surtout dans les maladies sine materià que l'on utilise l'action sédative du Froid. Mais ici encore, que de circonspection et d'art sont nécessaires, non-seulement pour être utile, mais encore pour ne pas nuire !

C'est moins dans les lésions de la sensibilité que dans celles de la contractilité et de la caloricité que la Médication réfrigérante est opportune. Ainsi, il est rare qu'on emploie le Froid comme topique dans le traitement des névralgies : frigus nervis inimicum. Il y a un tact pratique qui fait redouter cet agent contre de telles maladies, d'abord parce que trèssouvent elles sont de nature goutteuse et surtout rhumatismale; ensuite parce que l'expérience a appris qu'il n'était pas toujours prudent de supprimer brusquement ainsi les névralgies. Il n'est pas de praticien qui n'ait vaguement reçu de la tradition et de sa propre expérience le conseil de se défier des douleurs spontanées, et qui ne se conduise empiriquement et à son insu dans leur traitement, d'après notre théorie des affections nerveuses spontanées et diathésiques que nous considérons

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comme étant bien souvent lu période d'opportanité des maladies chroniques et organiques.

Dans le traitement des spasmes et des convulsions, on a plus souvent occasion d'employer le Froid, soit en bains, soit en boisson, noit en lavements. Les bains froids sont un puissant moyen dans la chorée. Est-ce comme sédatifs ou comme toniques qu'ils agissent dans ce cas ? Nous pensons que ces deux médications combinées ont chacune part aux bons effets qu'on en retire. La perturbation y est aussi pour quelque chose; car, dans beaucoup de cas, la surprise et l'impression subite de l'immersion ou de l'affusion paraissent être la condition la plus importante du traitement. Sous ce triple rapport, le Froid se recommande donc dans k danse de Saint-Guy.

Dans l'hystérie, il ne faut pas en abuser. La surprise ou la perturbation entrent aussi pour beaucoup dans les succès qu'on en obtient alors.

L'éréthisme du système nerveux et les nombreuses formes de névroses qui s'y rattachent, sont, de toutes les maladies nerveuses, celles qui présentent le plus souvent l'indication de l'emploi du Froid. La sédation qu'il cause est utile ; mais la tonicité spontanée que reprend le système après la sédation n'entre pas pour peu de choses dans les immenses bienfaits de cette médication. Chez les personnes sujettes àl'éréthisme et chez les hypochondriaques, le régime froid, c'est-à-dire la précaution de faire prendre toutes les boissons et tous les aliments à une température fraîche, réussit souvent assez bien et mieux même que les traitements les plus actifs.

Dans les vomissements incoercibitis, dans le choléra asiatique et sporadique, l'ingestion des boissons glacées et des fragments de glace est fort utile. Dans les gastralgies sans vomissements, il faut en être sobre et accorder plutôt des boissons tempérantes que la glace elle-même.

Il est vrai de dire pourtant que si l'ingestion des petites doses de glace ou de boissons glacées est souvent le seul moyen d'apaiser les gastralgies spasmodiques, d'empêcher les efforts de vomissements et de faire digérer quelques légers aliments, cette indication ne se présente plus dans l'entéralgie spasmodique et dans toutes les formes de coliques nerveuses ou autres. Chose singulière, c'est l'application de la chaleur qui icijouit d'une efficacité connue de tout le monde! Ainsi, nous avons trèssouvent vu l'application de la glace sur l'épigastre calmer la gastralgie et les vomissements spasmodiques ; tandis que personne ne s'aviserait de recourir à l'application de la glace sur l'abdomen dans les entéralgies, dans les coliques, soit intestinales, soit utérines. Au contraire, les antispasmodiques aromatiques, les eaux distillées de même nature, les infusions des semences chaudes, l'application externe du calorique, ont alors un succès plus certain encore que l'emploi du Froid dans les gastralgie^.

Les spasmes hystériques, les anxiétés épigastriques, les flatuosités purement nerveuses des femmes sujettes à l'hystérie vaporeuse, les palpitations, les menaces d'attaques convulsives, peuvent fréquemment être

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dissipés par les lavements frais ou ries lotions sur l'épigastrc et le de- ■yant de la poitrine avec une éponge imbibée d'eau fraîche. Dans ce cas aussi, les bains à 22, 20 et d8 degrés Réauraur, pris pendant cinq à dix minutes, sont un des plus sûrs moyens à mettre en usage, concurremment avec l'exercice et toutes les ressources de la gymnastique. Les bains de mer sont alors très-indiqués ; mais à leur vertu sédative immédiate se joint la médication tonique et l'avantage des lieux, puis l'action médicamenteuse que l'eau de mer tient de ses principes salins et autres.

Le Froid, employé sous la forme d'affusions, agit non-seulement comme moyen sédatif, mais aussi comme moyen puissamment perturbateur. De cette manière, il peut trouver son indication dans certaines maladies ataxiques, dans certaines lièvres essentielles cummateriâ, dans le cours desquelles l'état fébrile, l'harmonie de la fonction pathologique, j^ont suspendus et sont remplacés par des phénomènes nerveux, tels que le déhre, les convulsions, les soubresauts des tendons, etc., etc. L'affusion froide peut ramener l'équilibre et l'harmonie de la fonction pathologique, ou apaiser des accidents ataxiques qui s'opposaient cà i'éta]3lissement de la convalescence ; mais il ne faut pas abuser de ce redoutable moyen, et ne le tenter qu'avec bien des précautions. Il faut préalablement, par des lotions fraîches, par l'exposition du malade au frais, sonder pour ainsi dire l'opportunité de cette médication, et n'y arriver que si ces premières tentatives ont paru amender les accidents. En définitive, dans la forme ataxique des fièvres essentielles, des fièvres typhoïdes, par exemple, nous dissuadons les praticiens de l'emploi de ce moyen, que nous avons vu employer et employé dans ces cas un grand nombre de fois sans aucun succès. S'il a réussi dans quelques cas de fièvres éruptives accompagnées d'accidents ataxiques graves, c'est plutôt comme moyen tonique et perturbateur que comme moyen sédatif ; car alors il a dû son efficacité à ce qu'il a rendu à l'organisme une force de réaction plus franche pour accomplir l'éruption empêchée.

On emploie le Froid en affusion avec beaucoup plus de succès dans l'éclampsie des femmes en couche. Il faut commencer par de l'eau tiède et arriver insensiblement cà des degrés de température de plus en plus bas, de manière à descendre à 20, 18 et 16 degrés Réaumur, après avoir passé par des degrés supérieurs, depuis 26 degrés, par exemple. La malade est placée nue dans une baignoire vide, et on verse l'eau sur sa tête et sur ses épaules avec un grand vase, de manière qu'elle soit enveloppée dans une nappe d'eau ; on poursuit cette opération pendant cinq à six minutes. D'autres fois on place la malade dans un bain à 25 degrés, puis on lui verse sur la tête de l'eau de 22 à 20 degrés Réaumur. Après ces diverses opérations, on se hâte d'essuyer la malade, ou plutôt de la recevoir dans un drap et de la porter dans son lit.

Il y a des céijhalées opiniâtres, des ophthalmies intenses, qui se trouvent bien de cette dernière manière, c'est-à-dire du bain tempéré avec affusions fraîches sur la tête.

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Mais, nous le répétons, c'est dans Téréthisnie nerveux des femmes, dans les dyspepsies et les vomissements qui accompagnent cet état, dans CCS mille et une anomalies qui surgissent alors, surtout dans le système nerveux des voies digestives, que le Froid, sous toutes les formes, peut remplir les indications les plus importantes.

Dans les maladies avec matière, dans les phlegmasies, il n'est indiqué qu'en chirurgie, dans les plaies de tête, dans les fractures comminutives, dans les brûlures, dans les grandes plaies par arrachement, etc., etc. On l'emploie efficacement, mais avec précaution, dans les hernies, pour en faciliter la réduction par l'atrophie passagère qu'il cause dans les parties qui forment la hernie, ainsi que dans les invaginations.

11 doit être généralement banni du traitement des phlegmasies de cause interne. Et pourtant, grâce à la puissance des chiffres, il a été employé avec succès dans le traitement de la péripneuraonie et de la pleurésie, par un médecin italien, le docteur Gampagnano. C'est qu'il n'y a pas d'absurdité, si grossière qu'elle soit, qui ne puisse être consacrée par le numérisme.

En définitive, le médecin qui sera bien pénétré du mode d'action physiologique du Froid et des principes que nous avons développés dans nos médications Antispasmodique, Tonique et Antiphlogistique, ne devra pas craindre d'user intempestivement de l'action sédative ou tonique du Froid. Tous les moyens sont susceptibles de bienfaits précieux entre les mains d'un pathologiste attentif et observateur; tous peuvent nuire entre les mains d'un empirique. « Qui sufficit ad cognoscendum morbum, sufficit quoque ad curandum. » (Hipp.)

M. le docteur Lacorbière a publié un volumineux ouvrage sur cette matière, et qui a pour titre : Traité du Froid ^ de son action et de son emploi, intùs et extra, en hygiène, en médecine et en chirurgie. Paris,

Dans ce traité, inspiré par les plus ardentes convictions et partout empreint du physiologisme le plus franc, les vertus du Froid ont été exaltées avec un enthousiasme qui, nous le craignons, n'attirera pas sur cet agent thérapeutique toute l'attention qu'il mérite. A côté des vérités les plus utiles et les plus incontestables, on y lit des exagérations et des erreurs toujours étayées de faits en apparence irrécusables ; tant les faits sont insignifiants par eux-mêmes et peuvent servir tour à tour les principes les plus opposés! Nous croyons néanmoins devoir recommander cette savante et consciencieuse monographie à ceux qui voudront ne rien ignorer de tout ce que les sciences physiques naturelles et médicales peuvent fournir de données solides sur le Froid envisagé sous tous ses rapports.

L'administration méthodique de l'Eau froide a pris depuis quelques années une très-grande importance sous le nom dHiydrothérapie. L'empirisme a fondé cette méthode curative par les mains d'un paysan de la

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Silésie, Priessnitz, dont la réputation est aujourd'hui européenne. Quand on connaît les difficultés intrinsèques et extrinsèques de la médecine, c'est-à-dire le nombre des maladies incurables, mortelles ou non ; la rareté des malades raisonnables, et celle non moins grande des médecins capables de diriger moralement, politiquement et médicalement tout à la fois la cure d'une maladie chronique, on s'explique la renommée de Priessnitz et l'affluence que cet homme a attirée à Graefenberg. C'est l'histoire de toutes les grandes nouveautés thérapeutiques. L'hydrothérapie réunit tout ce qui est nécessaire pour enthousiasmer les gens du monde. L'Eau et le Froid sont des agents naturels. On ne s'en doute pas. L'Eau purifie le sang, le Froid fortifie les nerfs, etc., enfin des sueurs abondantes, des éruptions furonculaires, etc., font naître l'idée de crise, d'évacuation des humeurs peccantes, etc. En voilà plus qu'il n'en faut pour séduire le monde et pour persuader à Priessnitz et à ses malades que rien n'est plus simple que la médecine, et que les médecins sont des rêveurs ou des hommes dangereux. Ajoutez à cela des cures réelles, et vous aurez la raison de cet enthousiasme hydriatique qui fait en ce moment le plus grand tort à l'homœopathie et cédera bientôt la vogue à ■quelque autre système, non toutefois sans avoir laissé un chapitre trèsutile dans les traités de thérapeutique.

Nous ne pouvons donc nous dispenser d'entrer dans quelques développements sur ce nouvel emploi de l'Eau froide, et nous ne saurions mieux le faire qu'ici.

Sans avoir fait un usage soutenu et systématique de l'hydrothérapie, nous l'avons pourtant appliquée quelquefois, et nous en dirons notre avis tout à l'heure d'une manière brève et substantielle. Pour ce qui est de l'exposition des principes de cette méthode de traitement, nous croyons devoir l'emprunter au traité de M. Schédel qui a pour titre : Examen clinique de hydrothérapie (1843). 11 nous suffira d'extraire quelques pages de l'introduction de ce livre intéressant où l'auteur passe sommairement en revue les principales méthodes de l'hydriatrie moderne. Avant d'arriver aux procédés de Priessnitz lui-même, M. Schédel donne une idée des recherches importantes que Jackson, Currie, Pomme, avaient déjà faites sur l'emploi de l'Eau froide, à la fin du siècle dernier. Ces documents historiques compléteront fort à propos notre article.

« Hahn, Jackson et Wright, après avoir employé avec le plus grand succès des affusions froides dans les fièvres graves de nature typhoïde, avaient présenté ce remède au monde médical comme doué d'une merveilleuse efficacité dans le traitement de ces affections ; mais James Currie, lui donnant une extension nouvelle, fit encore un pas, et posa le premier les bases scientifiques de l'hydrothérapie. C'est le thermomètre à la main qu'il démontra que l'accumulation morbide du calorique qui constitue l'élément essentiel de toute pyrexie, se trouvait soustraite de la manière la plus rapide et la plus avantageuse par l'application de l'Eau

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froide à la surface du corps. C'est, entouré de toutes les garanties que la science réclame, celles des faits et de l'expérience, que Currie proclame cette soustraction du calorique au moyen de l'Eau froide, comme le re- .mède par excellence dans le traitement des affections fébriles, et comme devant l'emporter même sur les émissions sanguines. Selon ce grand médecin, un seul moyen, le tartre stibié, pouvait quelquefois utilement remplacer ces deux agents énergiques de sédation. L'Eau froide, les émissions sanguines et le tartre stibié, constituaient donc pour Currie^ le trépied de l'art dans le traitement de toute affection inflammatoire.

a Currie était cependant fort loin de considérer la fièvre proprement dite comme une simple accumulation de calorique dans l'économie; mais ce phénomène formant le symptôme prédominant de ces maladies, sa soustraction atténuant toujours le danger, et faisant même quelquefois rapidement disparaître tout symptôme morbide sans aucune perte de forces pour le malade, ce médecin s'est cru fondé à considérer cette soustraction comme le moyen de traitement le plus heureux. Néanmoins, et nous appelons très-particulièrement l'attention sur ce point de doctrine, Currie, tout en considérant cet effet comme étant d'une haute importance pratique, ne borne pas là son action sur le corps humain. Il pense aussi que le choc subit, instantané et violent, imprimé par l'Eau froide à l'économie entière, fait cesser un état de spasme morbide du système nerveux, et de celui de l'enveloppe en particulier, et que de cet effet perturbateur résulte le prompt retour de cette membrane à ses fonctions normales, retour qui s'annonce par des sueurs spontanées, et en quelque sorte critiques, puisqu'elles ont pour résultat d'empêcher que l'accumulation morbide ultérieure du calorique continue de s'effectuer dans l'économie.

«Le docteur Jackson, qui avîiit contesté avec raison à Currie et à Wright la priorité de l'emploi des aff usions froides dans le traitement des affections fébriles, n'admet, lui, que ce dernier effet de l'Eau froide, celui de modifier le système général.

« Currie, au contraire, ainsi que nous venons de le voir, en admet deux qui restent démontrés :

« 1" La soustraction du calorique, effet auquel les autres médecins n'avaient guère fait attention, mais qu'il démontre le thermomètre à la main ;

(( 2" La modification imprimée à tout le système nerveux, d'oii résulte aussi tout un effet particulier entraînant la suppression de l'accumulation ultérieure du calorique, et, par conséquent, de la fièvre. L'hydrothérapie moderne me paraît avoir trop négligé cette dernière conséquence de l'application de l'Eau froide, en ne tenant compte, dans le traitement des affections inflammatoires, qu'^ de la simple soustraction du calorique, de l'apparition des sueurs et de l'efi'et dérivatif des frictions.

« Une troisième vérité fondamentale, d'une haute importance pratique, a été également établie par Currie, savoir : que l'application du Froid à

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rextérieur et à l'intérieur est d'aut;int moins dangereuse que la chaleur du corps est plus élevée : axiome directement opposé à la doctrine médicale généralement enseignée, et qui veut que l'application du Fi'oid à l'intérieur et à l'extérieur offre d'autant plus de dangers que la chaleur est plus grande. Giannini, tout en reconnaissant la vérité de cet axiome d'hydriatrie pratique, reproche à Currie d'avoir trop restreint l'action de l'Eau froide sur l'économie, en ne conseillant de l'appliquer que dans le cas où la chaleur se trouvait augmentée, tandis que lui, Giannini, s'était trouvé fort bien de son emploi dans les dernières périodes du typhus, lorsque la chaleur animale était plutôt diminuée qu'augmentée {bella natura délie febbri). Il est assez singulier que Currie adresse la même observation au docteur Darwin, auquel il reproche de ne tenir compte que de la soustraction du calorique, de ne considérer, en un mot, que l'effet négatif ou sédatif de l'Eau froide, en oubliant que ce même moyen peut aussi développer une forte réaction qui contre-balance efficacement l'effet sédatif du Froid (Currie, vol. I, p. 75). Cette loi, que Currie établit relativement à l'innocuité d'autant plus grande de l'application du Froid que le corps est plus échauffé, se trouve chaque jour confirmée par les diverses pratiques de l'hydrothérapie moderne. La doctrine nouvelle, loin de dérouler toutes les opinions médicales reçues, ne fait donc que •confirmer celles qu'enseignait Currie.

« Une quatrième loi de l'hydriatrie moderne se trouve également indiquée par le médecin que nous citons. Il s'agit de ce fait notable, que l'application locale extérieure de l'Eau froide faite d'une certaine manière, loin de produire un effet sédatif, réveille au contraire l'action vitale de ces parties, et produit sur les points éloignés un effet dérivatif. C'est ainsi que s'explique la dérivation que l'hydrothérapie obtient dans certains cas au moyen de bains de siège et de bains de pieds d'Eau froide, dérivation «que beaucoup de personnes ont considérée comme tout à fait opposée aux lois physiologiques connues.

« Ces divers principes établis par Currie, non hypothétiquement, mais sur des faits péremptoires, constituent encore les bases scientifiques de l'hydrothérapie, particulièrement de celle qui s'applique au traitement des affections aiguës. Elles peuvent être résumées en ces termes :

« 1° Soustraction du calorique morbidement accumulé, résultat que l'on obtient, d'après Currie, soit au moyen de l'application directe de l'Eau froide, soit au moyen de l'évaporation qui s'établit à la surface du corps en pratiquant des ablutions avec de l'eau tiède ;

« 2" Supériorité de l'application de l'Eau froide à cause de l'action particulière qu'elle produit sur le système nerveux, d'où résulte la suspension du mouvement phlogistique;

(( 3" Avantages et innocuité d'autant plus grands de l'application de J'Eau froide que la chaleur du corps est plus élevée ;

« Augmentation de la vitalité des parties obtenue au moyen d'ap-

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plications locales d'Eau froide, d'où résultent les effets dérivatifs les plus dignes d'attention.

« Currie préférait l'eau salée à l'eau simple pour pratiquer les affusions et les immersions ; cette opinion était fondée sur les succès inattendus que Wright avait obtenus par ce moyen. Il pensait en outre que la réaction devrait être plus facile, plus assurée, et cela était très-important ; car, ne l'oublions pas, la sédation n'était pas le seul but auquel tendaient ses efforts.

« Les travaux du médecin de Liverpool n'ont pas eu pour but unique d'ériger en principes les corollaires que nous venons d'indiquer, ils ont aussi démontré les avantages de l'Eau froide dans une foule d'affections nerveuses et convulsives. Ici une série de faits des plus importants vient constater la haute efficacité de cet agent dans ces maladies rebelles. Un très-grand nombre d'affections spasmodiques, y compris le tétanos, ont été traitées et guéries par l'Eau froide ; et quoique, dans cette dernièreaffection, Currie ait cru devoir en général adjoindre aux affusions et aux immersions, l'usage du vin et de l'opium, il rapporte cependant des cas où les affnsions froides avaient réussi seules lorsque ces moyens héroïques s'étaient montrés impuissants. Dans le traitement de ces maladies par l'Eau froide, Currie établit comme loi fondamentale de toujours employer les affusions ou les immersions pendant la durée des attaques convulsives.

« Le même observateur a retiré les plus grands avantages de l'administralion de l'Eau froide à l'intérieur dans une foule de maladies chroniques. Il pense, avec beaucoup de médecins distingués, qu'une grande partie de l'efficacité des eaux minérales provient, soit de la propriété dissolvante de l'eau elle-même, soit de l'effet tonique communiqué à l'estomac par l'eau ingérée, et de là transmis à toute l'économie. L'hystérie, rhypochondrie et les diverses affections chroniques des voies digestivcs, étaient surtout det naladies où il retirait de grands avantages de l'administration infé ieure de l'eau.

« Les affections aiguës pour lesquelles Currie recommande l'usage extérieur de l'Eau froide, sont les fièvres éruptives, telles que la variole, la rougeole et la scarlatine. La chaleur vive et normale de la peau, jointe à son état de sécheresse, constituent, selon lui, les indications qui en réclament impérieusement l'emploi. Jamais il n'y a eu de recours dans les c.is d'inflammations aiguës viscérales; il rapporte cependant des cas où des symptômes évidents d'inflammation des poumons, tels que des douleurs thoraciques et des crachements de sang survenus dans le cours de fièvres typhoïdes, avaient cédé, ainsi que les autres symptômes, aux affusions froides.

« Currie est fort sobre d'explications. La doctrine de John Hunter lui paraît la plus propre à expliquer les avantages de l'Eau froide. Suivant cette doctrine, deux actions morbides ne peuvent pas exister simultanément dans la même constitution, ou dans le même point du corps.

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C'est ainsi que Currie considère l'action particulière produite sur l'ensemble de l'économie par l'application subite de l'Eau froide à la surface du corps, comme incompatible avec l'état morbide préexistant. C'est donc autant à l'action perturbatrice du remède qu'à la soustraction du calorique qu'il attribue ses bons effets. Disons cependant que les nombreuses exceptions qui existent à la loi établie par TTunter ont beaucoup infirmé cette règle générale.

« La manière dont procède la nature pour se débarrasser de la chaleur surabondante a également attiré l'attention de Currie, et tout en pensant, avec Franklin, que l'évaporation de la sueur à la surface du corps constitue le principal moyen dont elle se sert pour atteindre ce but, il croit néanmoins que l'action même des organes sécréteurs de la sueur entre pour quelque chose dans ce résultat. Il reconnaît bien que cette action générale qui se passe sur toute la surface du corps, et en vertu de laquelle un fluide aqueux est extrait du sang, devait être accompagnée, comme toute sécrétion, de surexcitation locale ou générale, effet tout contraire à celui qu'il suppose ; aussi ne cherche-t-il pas à résoudre le mystère, mais seulement à exposer ses doutes. En parlant de la méthode sudorifique de l'hydrothérapie moderne, j'aurai occasion de revenir sur ce point intéressant de la physiologie.

« C'est en chiffres que Currie a exprimé les résultats thermométriques de la soustraction du calorique opérée par l'Eau froide, et il a constamment trouvé que l'amélioration était d'autant plus prononcée que cette . soustraction était plus marquée au thermomètre. C'est aux aisselles et sous la langue qu'il plaçait cet instrument, qui se terminait en boule aplatie, de manière à permettre un emploi facile. La température la plus élevée qu'il ait trouvée existait dans la scarlatine: elle était de 34 à 35 degrés Réaumur, tandis que la chaleur normale est de 29 à 30 degrés Réaumur. C'est en effet au moyen du thermomètre qu'il faudra désormais procéder dans les investigations hydrothérapiques, et pour cela les beaux travaux de MM. Becquerel et Breschet, de MM. Andral, Gavarret et Donné, et plus particulièrement encore ceux de M. le docteur Henri Roger, fourniront à l'avenir des secours précieux.

« La soustraction du calorique au moyen de l'Eau froide a-t-elle un terme? Quelques-unes des expériences les plus curieuses de Currie ont pour but de résoudre cette question ; elles prouvent que dans l'état de santé la réaction peut s'établir malgré l'application continue du moyen réfrigérant. Ainsi la soustraction du calorique, qui était de 3 degrés Réaumur après trois minutes de séjour dans de l'eau à 4 degrés Réaumur, n'était que de 1 degré et demi au bout de six minutes, et à dater de ce moment le thermomètre montait graduellement, en sorte qu'après un séjour de vingt minutes à une demi-heure dans l'Eau froide, la diminution de la température indiquée sous la langue n'était pas tout à fait de 1 degré Réaumur. Ces expériences sont-elles concluantes? Je ne le pense pas, car, la tête restant hors de l'eau et le sang y affluant néces-

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sairement, la chaleur a dû y devenir d'autant plus grande, que la congestion devenait plus considérable.

(( Nous venons de rapporter divers principes déduits des expériences de Currie, et qui s'adaptent parfaitement aux faits si curieux de l'hydrothérapie moderne; mais il n'en est pas de même des opinions de ce médecin concernant l'application de l'Eau froide à la surfiice du corps, celui-ci étant inondé de sueur. Autant l'usage de cet agent thérapeutique, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, lui paraît efficace lorsque la chaleur est supérieure à l'état normal, autant il conseille de s'en abstenir lorsque la transpiration dure depuis quelque temps. Ainsi il pense que l'immersion froide pratiquée pendant ou immédiatement après la sueur pourrait être dangereuse, parce que, la transpiration prolongée ayant déjà beaucoup refroidi l'individu, une nouvelle soustraction de calorique par ce moyen pourrait amener de graves inconvénients. Currie explique les accidents qui ont été observés dans des conditions de ce genre en supposant que, dans ces cas la chaleur du corps se trouvant déjà diminuée par une sueur abondante, un nouveau refroidissement affaiblissait trop l'économie, ne s'opposant àla réaction nécessaire, et pouvait produire une maladie ou la mort. Le danger lui paraissait d'autant plus grand, que la personne, ayant transpiré plus longtemps, se trouvait ainsi plus affaiblie. Les expériences journalières de Graefenberg prouvent que cette opinion est erronée ; et, en parlant des sueurs provoquées par l'hydrothérapie, j'aurai l'occasion de traiter cette question intéressante avec tous les détails qu'elle mérite.

« Autant tout ce qui est sorti de la plume de Currie se distingue par le respect des convenances et le ton scientifique qui y régnent, autant les écrits d'un autre médecin, grand partisan de l'Eau dans le traitement des maladies, se font remarquer par les défauts opposés. Je parle ici de Pomme, qui a porté plus loin qu'aucun autre praticien l'emploi de ce remède. Il faisait prendre, en effet, à ses malades des bains de six, de huit, de dix, de douze, de dix-huit, de vingt-quatre heures même, et quelquefois ces bains prolongés oifraient une température de 8 à 10 degrés Héanmur seulement, température que l'on mair^tenait en ajoutant de l'Eau froide ou de la glace à mesure que la chaleur du corps venait à élever celle du bain. Rarement il employait celui-ci à une température au-dessus de 26 degrés Réaumur, ou au-dessous de 10 degrés Réaumur.

« Pomme, dont la pratique a fait aussi époque, se loue extrêmement des avantages qu'il a retirés de l'Eau froide à l'extérieur, sous forme d'immersions, d'affusions, de lotions et de bains; et à l'intérieur, sous celle d'eau de poulet, « faite en laissant bouillir pendant un quart « d'heure, dans 6 pintes d'eau, un jeune poulet de la grosseur du poing. » Quoique ce hardi praticien ait retiré des etfets avantageux de l'Eau dans les maladies inflammatoires, et en particulier dans celles du cerveau, cependant elle lui a surtout réussi dans les affections nerveuses, telles que l'hypcchondrie, l'hystérie sous toutes ses formes, la chorée et autres ma-

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ladies convulsives. Dans certains cas, Pomme prescrivait hardiment les lavements et les bains d'Eau froide pendant la durée môme de l'écoument menstruel, et il offre en cela un point de conformité remarquable avec la pratique de Priessnitz. Quant à sa théorie du racornissement des nerfs, à laquelle il croyait à la lettre, je n'en fais mention que pour expliquer la durée illimitée des bains dans lesquels il plongeait ses malades afm d'obtenir le relâchement physique, par infiltration aqueuse, des nerfs racornis. A l'exception de la diarrhée qui survenait communément chez les personnes soumises au traitement hydrothérapique de Pomme, je ne trouve rien dans les phénomènes observés chez elles que l'on puisse rapprocher de ceux que développe dans l'économie l'hydriatrie moderne. Le surnngement des malades à la surface de l'eau, ainsi que les éclats bruyants que Pomme assure avoir souvent entendus dans les membres de ceux qui restaient longtemps dans le bain, me paraissent de véritables hallucinations.

« Ainsi ni la pratique scientifique de Currie, ni l'empirisme extravagant de Pomme, deux hommes qui résument en eux tout ce que leurs prédécesseurs avaient fait sur ce point, ne nous offrent une complète analogie avec la nouvelle doctrine de Priessnitz. C'est à l'énergie et à la persévérance de celui-ci que la science est redevable d'avoir pu recueillir des faits qui ont donné à l'hydrothérapie une extension jusqu'ici inconnue. Les courts détails dans lesquels nous sommes entré relativement à la pratique de Currie et de Pomme prouvent combien est réelle l'efficacité du remède que le hasard a placé entre les mains de Priessnitz ; celui-ci, émerveillé de son propre succès, a marché de surprise en surprise, et, n'ayant aucun autre moyen à employer que l'eau, il l'appliquait hardiment dans une foule de cas où jamais l'homme de l'art ne se fût avisé d'y avoir recours : tant il est vrai que l'absence d'idées préconçues, dont le médecin ne parvient peut-être jamais à s'affranchir, est une condition des plus avantageuses pour l'observateur !

«D'après les renseignements que j'ai pris à Graefenberg auprès de personnes delà famille même de Priessnitz, il paraît que celui-ci, partageant ses soins entre un mauvais petit cabaret, encore debout à Graefenberg, et quelques morceaux de terre, chétif héritage de ses pères, sut mettre à profit des indications vagues que lui donna un berger nomade sur les vertus curatives de l'Eau. Le berger, il est vrai, ajouta des paroles mystiques; mais Priessnitz fit comme Percy avait fait longtemps avant lui. Ce grand chirurgien raconte qu'un meunier ayant guéri h Strasbourg des blessés avec une eau miraculeuse, il essaya de l'Eau simple et obtint le même succès. Le cabaretier de Graefenberg devina bientôt que l'Eau, et non le charme, produisait la guérison, et employa le remède dans tous les accidents qui arrivaient à lui-même, à sa famille, à ses amis et aux bestiaux du voisinage. Il acquit bientôt uue grande réputation pour le traitement des foulures, des entorses, des brûlures, puis pour celui des fractures, puisqu'il s'était guéri lui-même d'une fracture de côtes. Il se

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bornait à cette époque, qui remonte à 1826, à l'application extérieure d'Eau froide au moyen de compresses et à des ablutions avec de grosses éponges. Prenant confiance dans les vertus de l'Eau, il se livra exclusivement à ces soins médicaux, et, accompagné d'un sien cousin ayant comme lui pour nom Priessnitz (Gaspard), de qui je tiens ces détails, il traversait, précédé de sa réputation de guérisseur par l'Eau, et ses éponges sur le dos, les montagnes qui séparaient Grœfenberg de la Silésie prussienne, où il allait donnant des consultations et employant son remède dans les villages. Les malades se rassemblaient en foule sur les points où il se trouvait, et les ablutions et frictions générales avec les éponges trempées dans l'Eau froide étaient pratiquées avec vigueur. La police se mettait-elle en campagne ; les Priessnitz, avertis à temps, remettaient en sac leur léger bagage et, traversantja frontière, regagnaient Graefenberg ou quelque village voisin, où le remède miraculeux opérait de nouveau sur les foulures, les douleurs, les maux de dents et les maux d'aventure des paysans, ainsi que sur les maladies de leurs bestiaux, et plus particulièrement de leurs chevaux boiteux. L'effet éminemment résolutif de l'Eau froide produisait merveilles sur les pieds et jambes engorgés de ces quadrupèdes. Peu à peu beaucoup de malades abandonnés, ou qui avaient plus de confiance dans le paysan que dans les médecins, s'adressèrent à lui, et il commença à administrer son remède à l'intérieur avec un succès toujours croissant. Les malades non-seulement se prêtaient avec enthousiasme à tout ce qu'il exigeait d'eux, mais encore, renchérissant sur ses prescriptions, ils lui iiroposaient eux-mêmes de tenter tel ou tel procédé. Ainsi se succédèrent le grand bain froid, la douche et les transpirations forcées. Ce dernier moyen était employé depuis un temps immémorial dans le pays comme remède populaire et comme jouissant d'une grande efficacité dépurative. Cette croyance dans l'expulsion des humeurs peccantes par les sueurs forcées est en quelque sorte gravée dans l'esprit des populations slaves, parmi lesquelles comptent celles de Graefenberg et des environs. Les Russes et les Polonais comprennent à merveille l'idiome des paysans de ces contrées, et peuvent s'approvisionner aux marchés sans savoir un mot d'allemand. Le nom de Priessnitz lui-même indique son origine slave ; aussi, en s'empressant d'adjoindre l'usage des sueurs forcées à celui de l'Eau froide, qui lui rendait tant de services, ne faisait -il qu'obéir à la doctrine tout humorale de la population; et lorsque, après avoir provoqué des sueurs abondantes, il plongeait ses malades dans le grand bain froid ou les arrosait d'Eau froide à la sortie immédiate de la couverture de laine, il ne faisait que suivre des coutumes populaires. La réunion bizarre de tous ces procédés perd donc beaucoup de sa singularité si l'on réfléchit qu'une vague idée des vertus curativesde l'Eau froide régnait depuis longtemps dans la Silésie, dont la capitale, Breslau, avait été jadis arrachée par ce remède aux horreurs d'une épidémie dévasiatrice. (Halm., Epid. ve?'na qvœ Wraiislaviam offlixit anno 1737 ; Acta Gcrman., vol. X, Arx'ENDix.)

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D'un nutre côté, les sueurs forcées, ainsi que les ablutions subséquentes avec l'Eau froide, étaient dans les habitudes du peuple longtemps avant l'invasion de cette maladie. Quant au motif particulier qui aurait conduit Priessnitz à remplacer le bain de vapeurs par l'enveloppement dans les couvertures de laine, le seul renseignement que j'ai pu obtenir, c'est que les paysans étaient dans l'habitude de se faire transpirer ainsi depuis un temps immémorial. Mais les transpirations dans le drap mouillé sont tout à fait de son invention, ou plutôt une conséquence de son esprit éminemment observateur.

« Ce fut donc par degrés que Priessnitz, réunissant en faisceau ces divers moyens, apprit à les appliquer à propos, et bientôt il fit de cette application une méthode générale. Les frictions avec un drap mouillé et avec les mains humectées d'Eau froide remplacèrent les frictions primitives avec les éponges; il imagina d'envelopper, non une partie du corps seulement avec des compresses imbibées d'Eau froide, mais le corps entier dans un drap mouillé. De plus, ayant remarqué que chez certaines personnes il faisait cesser les maux de dents avec de l'eau dégourdie beaucoup mieux qu'avec de l'Eau froide, tandis que chez quelques autres individus il lui arrivait précisément le contraire, il imagina d'étendre cette expérience aux diverses applications d'Eau à la surface du corps, et les suites en furent très-favorables. Evidemment la réunion de tous ces procédés fut le résultat du temps, et presque du hasard, mais hasard dont la sngacité de Priessnitz sut tirer bon parti, ainsi que des avis d'un professeur, Oerlhel, qui, en 1828, vint à connaître les succès populaires de Priessnitz, et lui conseilla da faire boire beaucoup plus d'Eau froide à ses malades. L'enthousiasme du docteur Oerthel pour l'emploi de l'Eau froide fut sans bornes, et imprima un élan extraordinaire à la nouvelle méthode. Il fit paraître le premier ouvrage qui traita de cette méthode, et les louanges exagérées qu'il lui prodigua, produisirent un effet décisif en faveur du traitement de Priessnitz. Selon Oerthel, boire beaucoup d'Eau froide et s'en frotter le corps constituait toute la médecine. Cet ouvrage attira sur la nouvelle doctrine l'attention de toute l'Allemagne, et à dater de ce moment commença pour Priessnitz une nouvelle ère. Déjà, en 1830, il compta cinquante-quatre malades dans sa maison, et le résultat du traitement hydrothérapique paraît avoir été des plus favorables, car le nombre augmenta rapidement, et dépassa bientôt douze cents chaque année. L'enthousiasme de quelques gentilshommes hongrois fit élever par souscription un monument qui consiste en un beau lion en fonte, placé sur la promenade principale. La reconnaissance d'un riche particulier a aussi fait ériger une fontaine en forme d'obélisque, dédiée au génie de l'Eau froide, et une souscription générale des malades a fait entourer convenablement la source centrale de la cour d'honneur.

c( Le reste est connu de tout le monde. Chaque année vit augmenter le nombre de ceux qui venaient chercher la santé fi Grœfenberg. Le vieux

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