‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 19 sur 335 · FARADISATION CUTANÉE · texte numérisé non relu

FARADISATION CUTANÉE

Procédés divers de faradisation cutanée.

« Les différences d'excitabilité électro-catanée des diverses régionsdu corps nécessitent l'emploi des procédés particuliers de faradisation.

« Ces procédés sont de trois espèces : i" la faradisation par la main électrique ; 2° la faradisation par les excitateurs métalliques pleins ; 3" la faradisation par les fils métalliques. Chacun d'eux possède une action physiologique et thérapeutique spéciale, dont on peut tirer parti comme agent thérapeutique.

<( 1° Faradisation cutanée par la main électrique. Dans ce procédé, on se sert d'un excitateur humide (une éponge enfoncée dans un cylindre), et que l'on fait communiquer avec un des pôles de l'appareil. On le place sur un point très-peu excitable de la surface du corps malade, sur la région sacro-lombaire, par exemple, et le second excitateur, en rapport avec l'autre pôle, est tenu dans les mains de l'opérateur. Celui-ci, après <ivoir desséché la peau du malade à l'aide d'une poudre absorbante, passe rapidement la face dorsale de sa main libre sur les points qu'il veut exciter.

((2° Faradisation cutanée par les corps métalliques pleins. Il faut dessécher la peau comme précédemment. Cependant, si l'épidermeest trop épais et trop dur, comme cela se rencontre dans plusieurs professions, et principalement aux pieds et aux mains, qui sont souvent en contact avec l'eau et l'air, on humecte très-légèrement la peau, pour que l'excitation électrique arrive dans l'épaisseur du derme. Enfin, on applique ou l'on promène sur la peau les excitateurs métalliques pleins, cylindriques, olivaires ou coniques. Les premiers sont destinés à exciter, par leur face externe, la peau des membres et du thorax. Les seconds servent à la faradisation du cuir chevelu.

<( Ces excitateurs doivent toujours être promenés plus ou moins rapidement sur les parties malades. Dans certains cas particuliers, lorsqu'il est besoin de reproduire dans un point très-limité une vive révulsion, on laisse en place pendant quelque temps la pointe de l'olive ; c'est le clou électrique, ainsi appelé par les malades, qui comparent son action à celle d'un clou brûlant qu'on enfoncerait dans la peau, et qui peut être appliqué surtout au voisinage de la colonne vertébrale.

« 3° Faradisation cutanée par les fils métalliques. Les fils métalliques sont employés, sous forme de vergettes ou de balais enfoncés dans des cylindres qui se vissent également sur des manches isolants. 11 y a deu.\-

manières de faradiser par les fils métalliques : tantôt on parcourt la surface malade en frappant légèrement la peau avec l'extrémité du balai : tantôt on les laisse en place, aussi longtemps que le malade peut les supporter. Le premier procédé, connu sous la dénomination de fustigation électrique, est le plus usité. Le second, rarement supporté par les malades, peut être employé cependant dans les affections profondes, comme les tumeurs blanches. C'est ce qu'on appelle le moxa électrique. . <( L'application de la main électrique à l'excitation de la sensibilité cutanée produit à la face et sous l'influence d'un courant intense une sensibilité très-vive ; mais sur les autres parties du corps elle développe •une sensation à peine appréciable. La vive crépitation produite par le passage rapide de la main sur l'enveloppe cutanée du corps est le seul phénomène appréciable (1).

(( Les excitateurs métalliques pleins agissent énergiquement sur la sensibilité cutanée de la face, même avec un courant un peu intense. Ils stimulent vivement la peau du tronc ; mais ils sont presque toujours impuissants sur les mains et sur la plante des pieds, quelle que soit l'intensité du courant.

« Les fils métalliques excitateurs triplent la puissance de la faradisation sur la sensibilité de la peau, et sont les seuls qui puissent exciter : vivement cette dernière aux mains et à la plante des pieds.

« Les genres de sensations développées par ces divers procédés de faradisation diffèrent les uns des autres. Ainsi la main électrique produit à la face l'effet d'une brosse rude qui déchire la peau ; les corps métalliques pleins donnent une sensation de brûlure superficielle ; les fils métalliques exercent une action plus profonde. Lorsqu'on laisse ces derniers en place, ils occasionnent la sensation qui serait produite par des aiguilles brûlantes enfoncées dans les tissus. La fustigation par les fils métalliques donne une sensation qui ne diffère de la précédente que par la durée. Rien n'égale,la sensation produite par les fils métalliques excitateurs, pas même le feu, au dire des malades auxquels on a appliqué le moxa ou la cautérisation transcurrente. Il est assurément -difficile d'exprimer exactement ces différents genres de sensations. Je crois en donner une idée en me servant des comparaisons que font habituellement les malades qui me rendent compte des impressions qu'ils éprouvent pendant la faradisation cutanée.

« A l'état normal, l'excitabilité électro-cutanée varie considérablement dans certaines régions du corps. Il importe au succès du traitement fa-

- (1) « L'effet physiologique de cette opération a quelque analogie avec ce qu'on a appelé le hain électrique. Dans les deux opérations, l'Électricité positive ou négative se porte à la surface du corps, et s'en échappe pour se recomposer avec l'Electricité du nom contraire. Dans le bain électrique, la tension est grande, les recompositions électriques à la surface de l'épiderme sont rares, l'action physiologique n'est pas appréciable; dans la faradisation par la main électrique, la tension est nulle, les recompositions électriques incessantes et l'action physiologique est assez puissante. »

radique, soit des anesthésies cutanées, soit .des diverses lésions de la sensibilité tactile, de connaître la différence d'excitabilité de chacune de ces régions.

« La peau de la face doit à la cinquième paire son exquise sensibilité. Aussi, son excitabilité électrique est telle, que le courant faradique le plus faible y produit une vive sensation, alors même que ce courant exerce une action à peine appréciable sur les autres parties du corps. La peau de la face est beaucoup plus sensible à l'action électrique dans les points les plus voisins de la ligne médiane ; son excitabilité est plus grande sur les paupières, le nez et le menton, que sur les joues. La peau qui recouvre la paupière supérieure, les ailes et le lobule du nez et surtout les bords des oritices des narines, la dépression sous-nasale de la lèvre supérieure, le lieu de jonction de la peau et de la muqueuse labiale sont les points qui ressentent le plus vivement l'excitation électrique.

« Au front, la sensibilité électro-cutanée est plus grande qu'à la face, et diminue d'autant plus, qu'on approche davantage du cuir chevelu. Elle est comparativement peu développée dans ce dernier point, où il faut un courant assez intense pour la produire.

« L'excitabilité électro-cutanée est notablement plus grande sur le cou, sur le tronc, que sur les membres ; dans la région cervicale et lombaire que sur les autres parties du tronc; sur les faces interne et externe des membres que sur leurs faces antérieure et postérieure.

« La peau de la main jouit de très-peu d'excitabilité électrique. 11 en est de même de la face plantaire du pied, excepté dans sa partie moyenne et interne. Chez les individus dont les mains sont souvent exposées à l'air et à l'humidité, la sensibilité de la peau est tellement émoussée, qu'il faut recourir à des procédés particuliers et à un très-fort courant pour la surexciter.

« Les nerfs des membres qui président à la sensibilité de la peau paraissent très-peu excitables par l'agent électrique, lorsqu'on dirige son action sur leurs troncs à l'aide d'excitateurs humides placés sur leur trajet; mais ils le deviennent lorsqu'on stimule leurs dernières ramifications. Ainsi, le nerf saphène externe est excitable seulement au-dessous de la malléole. Cette excitabilité se manifeste par une sensation de fourmillement et de picotement, qui se répand sur la face dorsale du pied et s'accroît lorsque les excitateurs suivent les divisions des filets cutanés. Les nerfs collatéraux sont très-excitables, et d'autant plus qu'on se tient plus près de la pulpe des doigts, point dans lequel ils paraissent avoir concentré toute leur puissance. L'excitation électrique des nerfs sousorbitaire et mentonnier ne produit jamais des fourmillements ou des picotements dans la peau de la face où ils se distribuent. Leur excitation électrique donne des douleurs lancinantes des plus vives dans les incisives. Les nerfs frontaux sont tellement excitables, que la faradisation musculaire est rarement possible sur le front.

Hypcresthésie. C'est surtout l'hyperesthésie des hystériques que M. Duchenne a traitée par la faradisation cutanée. Il a employé le plus souvent la fustigation électrique, qu'il appliquait dans des séances qui duraient de deux à cinq minutes. En général, la douleur disparaissait ou, tout au moins, elle diminuait, et était remplacée par de l'engourdissement. Malheureusement, l'hyperesthésie est revenue souvent plusieurs heures après l'opération. M. Remak a eu plus souvent à traiter des hyperesthésies inflammatoires ; nous en parlerons plus loin quand nous traiterons de l'électrisation comme moyen de traitement des phlegmasies.

Névralgies. En général on ne s'adresse à l'électrisation pour guérirune névralgie que quand cette maladie a épuisé une série de médicaments et qu'elle tend à devenir une affection chronique. Aussi n'est-on pas étonné devoir que M. Duchenne a eu surtput à traiter desSciatiques. Il les a attaquées par la faradisation localisée et a eu un certain nombre de succès (p. 955). M. Nivelet a guéri également six cas de névralgie sciatique par l'électrisation (p. 32), mais il a employé un tout autre procédé. Il a fait placer les mains dans un bain correspondant au pôle positif, et les pieds dans un autre bain communiquant au pôle négatif. Le docteur Neffe a réussi également dans des cas de névralgie linguale parla faradisation localisée en plaçant une électrode dans le conduit auditif rempli d'eau et l'autre au niveau de l'apophyse mastoïde ; la douleur a cessé immédiatement et, au bout de peu de jours, il y a eu guérison définitive. On trouvera dans l'ouvrage de Remak (p. 372 à 394) le récit d'un certain nombre de névralgies de toutes les régions, presque toutes fort anciennes, qui ont été traitées par les courants continus. Remak employait pourtant un traitement singulier, il se servait de courants centrifuges, c'est-à-dire des courants qui ont la propriété d'exciter les nerfs de sentiment ; aussi l'électrisation était-elle douloureuse et souvent mal supportée à la première séance. Il employait toutefois une électrisation plus rationnelle, qu'il appelle \ électrisation circulaire. Cette opération consistait à faire passer successivement des courants centrifuges au nombre de cinq à six dans une étendue de 20 centimètres environ, et dont la direction allait en rayonnant, à partir du point douloureux.

Quoi qu'il en soit, il annonce que, malgré l'ancienneté des maladies (il y avait des névralgies qui dataient de plusieurs années), il ne fallait qu'un petit nombre de séances pour soulager les malades et même pour les guérir, car toutes, ou à peu près, ont guéri.

M. le docteur de Laurès, auquel l'hydrologie doit tant, a répété une partie des expériences de Remak avec un appareil qu'il a fait venir de Berlin ; M. de Laurès a employé des courants centripètes, et il a fait cesser par ce moyen des névralgies très-douloureuses. Il insiste sur ce point, comme l'a fait Remak, qu'il faut commencer par des courants très-faibles.

nXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE.

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