‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 20 sur 335 · TROUBLES DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA NUTRITION

Congestions. M. Clément et M. Tripier ont employé avec avantage, dans un certain nombre de congestions, le bain électrique avec les étincelles et ils fondent de grandes espérances sur cette pratique. (Tripier, Applications de l'Électricité sur la médecine, p. 31.)

Phiegmasies. Remak dit avoir fait cesser la douleur dans deux cas d'inflammation traumatique du coude et du genou, en faisant passer un courant continu, sur une étendue de 20 à 25 centimètres, dans une région située au-dessus de la partie malade. C'est ce qu'il appelle Vélectrisation indirecte.

« L'effet calmant du courant constant se produit dans des circonstances très-différentes. Une des plus fréquentes, et où l'expérience réussit avec une très-grande netteté, est celle où il s'agit d'abolir la sensibilité exagérée d'une partie douloureuse par suite d'inflammation. Si, dans ce cas, nous appliquons l'électrode positive (ayant une étendue convenable) sur la partie douloureuse, et l'électrode négative sur un point bien éloigné de cette partie (électrodes d'une pile de 15 à 25 éléments, selon la résistance de la peau), et si nous maintenons les deux électrodes fortement, en sorte que l'aiguille du galvanoscope ne change pas de position et ne dépasse pas 20 degrés, nous constaterons qu'après une application de cinq à dix minutes, la sensibilité de la partie douloureuse a considérablement diminué. Le moyen curatif le plus sûr et le plus commode, même dans des cas d'inflammation grave, où le moindre toucher des parties enflammées cause déjà une grande souffrance, c'est de mettre l'électrode positive sur un point du tronc nerveux dont les rameaux se rendent à ces parties douloureuses, mais sur un point très-éloigné de ces parties, et l'autre sur un point quelconque. Par exemple, si, dans une inflammation très-douloureuse de la main ou du coude, nous plaçons le pôle positif sur le plexus brachial et l'autre sur l'omoplîite par exemple, nous verrons, après quelques instants, que la sensibilité exagérée a beaucoup diminué. Je recommande cette méthode, parce qu'elle est d'un emploi presque toujours heureux. » {Leçons de la Charité, p. 41.)

Nous ne pouvons faire connaître toutes les applications heureuses ou non qui ont été faites de l'Électricité, nous ajouterons seulement à ces détails, déjà bien longs, que l'on s'en est servi dans des cas d'obstruction intestinale, Stokes, avec une batterie électrique {Bulletin de Thérapeutique, 1865), et Keyhel, de Gand, avec la faradisation {id., 1867); que Kuhn, en faradisant l'utérus, a pu faire rejeter un placenta qui n'avait

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pu être extrait par tout autre moyen {id., 1861), et enfin que Nunn, de Middlcsex, a guéri de vieux ulcères atoniques par la faradisation {id., 1866).

Il résulte pour nous bien évidemment de cette longue étude de l'Électricité, que cet agent a rendu des services réels à la thérapeutique et que son action physiologique, déjà très-avancée, permet d'espérer que ses indications deviendront bientôt assez précises pour que ce moyen soit employé par tous les praticiens à l'égal des autres agents de la matière médicale.

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On entend par Acupuncture la piqûre méthodique de certaines parties à l'aide d'aiguilles métalliques, dans le but d'obtenir un effet curatif.

Entièrement inconnue des médecins grecs, latins et arabes, elle ne fut introduite en Europe que vers la fin du dix-septième siècle par Ten Rhyne et Kaempfer (Ten Rhyne, Dissertatio de œrtlu-itide, etc., etc., Londini, 1683; Kaempfer, Amœnitatum exoticarum, etc., etc., 1712).

Cette méthode était, de temps immémorial, pratiquée en Chine et au Japon, d'oîi elle a été importée chez nous par les deux auteurs dont nous venons de citer les noms. Les médecins japonais l'appliquaient dans presque toutes les maladies, dans le but de donner issue aux vapeurs délétères qu'ils croyaient être la cause de toutes les souffrances. Ils se servaient pour cette opération d'aiguilles très-déliées en argent ou en or trempées d'une manière toute particulière. Les unes étaient enfoncées à l'aide d'un petit maillet, les autres en tournant comme avec une vis. On ne devait les laisser appliquées que deux ou, trois minutes au plus.

Cette pratique, indiquée par Ten Rhyne et Kaempfer plutôt comme une chose curieuse que comme un remède très-utile, resta ensevelie dans le plus profond oubli jusqu'au moment où Berlioz, de Lyon, tenta de la ressusciter {Mémoire sut^ les maladies chroniques, etc., Paris, 1816, p. 298J. 11 faut avouer que les faits rapportés par ce médecin, sans parler de son style et des singularités dont son livre fourmille, étaient peu propres à encourager les praticiens à tenter l'Acupuncture. Cependant M. Haime, de Tours, l'essaya dans un cas de hoquet convulsif, et M. Bretonneau, qui avait été appelé en consultation par ce médecin, tenta immédiatement une série d'expériences sur l'Acupuncture, et fixa la place étroite que ce moyen devait occuper dans la thérapeutique.

Ami particulier de M. Jules Cloquet, de Paris, M, Bretonneau lui fit part des résultats qu'il avait obtenus, et ce chirurgien, placé sur un plus vaste théâtre, fit en grand, et en présence de nombreux élèves, une multitude d'expériences ingénieusement combinées qui donnèrent un instant à l'Acupuncture une vogue qui toucha de près au ridicule.

Ce fut alors que parurent les nombreux travaux de Dantu, de Mo^

rand, de Churchill, de Lacroix ; deMeyranx et Bally, de Carrero, etc., etc., qui, pour la plupart, se sentirent un peu de l'enthousiasme qui s'était rapidement emparé de beaucoup de médecins. Mais le temps et l'expérience ont fait justice de quelques exagérations, excusables sans doute, et l'Acupuncture, quoique dépouillée d'une grande partie du prestige dont on l'avait d'abord entourée, n'en est pas moins un moyen qu'il ne faut pas négliger. Toutefois, il faut reconnaître que les découvertes récentes de l'Électricité localisée doivent en restreindre singulièrement les applications.

M. Cloquet se sert indifféremment de toute espèce de métaux pour fabriquer ses aiguilles : l'or, le platine, l'acier; il préfère toutefois l'acier, qu'il rend souple en le faisant rougir à la flamme d'une bougie. A l'extrémité mousse de l'aiguille, existe un renflement cylindrique, terminé par un pertuis assez large qui puisse recevoir un conducteur métallique, si la chose lui paraît nécessaire. Pour enfoncer l'aiguille, il tend la peau, et fait tourner sur lui-même l'instrument en appuyant. L'aiguille est introduite ou obliquement ou perpendiculairement, suivant l'épaisseur des parties, suivant les tissus que l'on veut atteindre, suivant la nature de la maladie. On adapte quelquefois à la tête de l'instrument un fil métallique, dont on plonge l'extrémité dans un vase de métal contenant de l'eau salée, ou qui est destiné à transmettre aux parties des courants électriques, lorsque l'on veut pratiquer l'électro-puncture. Il laisse l'aiguille dans les tissus beaucoup plus longtemps que les Chinois et les Japonais ; mais le temps de l'application est fort variable. Quelquefois, comme dans certaines névralgies récentes, l'Acupuncture a produit son effet dès la cinquième ou sixième minute, très-rarement plus tôt ; d'autres fois, comme dans certains rhumatismes anciens, il n'y a pas d'effet avant une heure. Il faut, dans tous les cas, attendre que la douleur morbide ait plus ou moins complètement disparu. D'autres fois, on ne peut obtenir des résultats qu'en laissant l'instrument dans les tissus pendant un et même plusieurs jours. En général, après l'introduction de cet instrument dans un point douloureux, ou les douleurs disparaissent entièrement au bout de quelques minutes, ou elles changent de place, ce 'qui est de très-bon augure ; ou enfin elles s'étendent, et, dans ce cas, quand l'aiguille, est retirée, assez souvent elles disparaissent entièrement, ou bien elles sont moins vives. (Dantu, Traité de V Acupuncture, Paris, 1826.)

Les sensations que le malade éprouve pendant l'application des aiguilles varient moins en raison de la maladie contre laquelle le moyen thérapeutique a été employé qu'en raison des dispositions individuelles du patient. Les uns éprouvent des élancements pénibles et isochrones aux pulsations artérielles; les autres, le sentiment d'une pression douloureuse, d'un courant qui leur semble se diriger du côté de l'instrument ; ceux-ci, un engourdissement accompagné de frissons généraux, de froid local ; ceux-là, une chaleur vive et une sueur abondante qui couvre les

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parties voisines du point où l'aiguille est implantée. Il en est qui n'éprouvent rien ; d'autres, au coatraire, chez qui les douleurs sont assez aiguës pour donner lieu à des lipothymies.

On n'introduit ordinairement qu'une aiguille, quand on veut agir sur un point très-limité ; mais lorsqu'il est nécessaire de modifier une partie très-étendue, on applique plusieurs aiguilles, soit simultanément, soit successivement.

M. Cloquet faisait un précepte d'éviter les troncs nerveux ; Bonnet, de Lyon, conseillait, au contraire, de les traverser avec l'aiguille, si faire se pouvait. On a conseillé aussi, avec raison, de ne pas piquer les gros troncs artériels et veineux.

Cependant les expériences de M. Bretonneau avaient démontré que l'on pouvait impunément planter des aiguilles dans le cerveau, la moelle, les poumons, le cœur, les vaisseaux, le foie, la rate, les intestins, etc., etc.; et les histoires nombreuses de gens aliénés qui ont avalé de grandes quantités d'épingles ou d'aiguilles, lesquelles se sont fait jour par tous les points du corps, sembleraient démontrer que les craintes de quelques médecins étaient peut-être exagérées.

Il est bien évident que l'application momentanée d'une aiguille dans les organes les plus délicats ne peut entraîner aucun inconvénient notable ; mais il n'en serait pas de même, quand l'instrument est laissé pendant quelques heures dans la même place. L'expérience démontre, en effet, qu'il se forme autour de l'aiguille un noyau inflammatoire qui simule assez bien un engorgement furonculaire; et il est difficile de croire qu'une pareUle fluxion ne puisse pas entraîner des accidents funestes, si elle était provoquée dans un organe essentiel à la vie.

En lisant avec un esprit de critique tous les travaux qui ont été publiés sur l'Acupuncture, on reste convaincu que ce moyen n'est réellement utile que dans le tçaitement des affections rhumatismales et dans certaines maladies spasmodiques. Mais c'est seulement dans le rhumatisme apyrétique et non articulaire, dans les spasmes locaux qui ne sont liés à aucune lésion grave de l'encéphale et de la moelle, que l'on obtient par l'Acupuncture des avantages que d'autres médicaments n'avaient pu donner.

Aussi les recueils sont remplis d'histoires de névralgies faciales, de sciatiques, de pleurodynies, de rhumatismes inter-articulaires guéris par l'Acupuncture. Il en est de même de quelques phénomènes nerveux spasmodiques, tels que des hoquets convulsifs, des vomissements qui n'étaient pas accompagnés de fièvre et qui ne se liaient pas à un état inflammatoire de l'estomac.

«•Quant aux autres cures que l'on attribue à l'Acupuncture, telles que celles de certaines fièvres, de certains flux, elles ne sont ni assez nombreuses ni assez bien constatées pour que nous en fassions ici une mention spéciale.

Nous avons nous-mêmes , il y a quelques années, employé l'Acu-

puncture un assez grand nombre de fois pour traiter des rhumatismes musculaires, des douleurs lixes, des névralgies, etc. Dans la plupart des cas, nous avons observé que la douleur ou le mal disparaissaient immédiatement après la pénétration de l'aiguille dans les tissus ; c'est là, d'après les observations que nous avons pu recueillir, le phénomène principal et le plus remarquable de l'Acupuncture. Il se manifestait souvent ainsi chez les malades, après l'application des aiguilles, un sentiment de pesanteur dans la partie acupuncturée, quelquefois un peu d'oppression à la poitrine. On remarquait presque constamment un peu de rougeur et de chaleur au point où avait pénétré l'aiguille. Une fois, dans un cas de rhumatisme apyrétique, nous avons vu la peau autour de la piqûre se couvrir de sueur.

Si maintenant nous recherchons les voies par lesquelles l'Acupuncture produit la guérison dans les névralgies et les rhumatismes, il nous deviendra très-difficile de les découvrir.

Il est bien évident que l'aiguille enfoncée dans les fibres musculaires appartenant aux organes de la vie animale ou de la vie organique agit en excitant leur contraction, et ce phénomène tout expérimental peut se passer sous nos yeux ; à ce titre, l'Acupuncture doit évidemment se ranger parmi les moyens excitateurs ; mais est-ce par les mêmes propriétés qu'elle guérit les rhumatismes, les névralgies, qu'elle calme certains spasmes ? c'est ce qu'il nous est impossible de dire, et probablement nous n'arriverons jamais à connaître le mécanisme de cette curation. Pelletan, ancien professeur de physique à la Faculté de médecine de Paris, à qui certes on ne peut contester un esprit ingénieux, cherchait à expliquer tout physiquement les phénomènes curatifs de l'Acupuncture.

Cependant, indépendamment des théories qui ne sont probablement qu'ingénieuses, quelques médecins ont essayé d'utiliser les propriétés évidemment excitatrices de l'Acupuncture pour rappeler à la vie les noyés. Cette heureuse idée est due à Carrero (Annali universali di Medicina, Omodei, 1825). Cet expérimentateur asphyxia et noya un grand nombre d'animaux, et quoique la mort fût apparente depuis un temps assez long, il les rappela pour la plupart à la vie en stimulant les fibres du cœur et celles du diaphragme à l'aide d'aiguilles qu'il y enfonçait. Il est regrettable qu'un pareil moyen, qui assure à son auteur une place honorable parmi ceux qui ont fait d'utiles découvertes, ne soit pas popularisé et soit même tombé en oubli parmi les médecins. Par là, on sauverait probablement la vie à beaucoup d'enfants nouveau-nés, et beaucoup de noyés, pour lesquels on n'emploie que des moyens externes ou mécaniques ordinairement insuffisants,

" Enfin nous ne devons pas passer sous silence une dernière application de l'Acupuncture qui, dans ces derniers temps, a fait quelque bruit; nous voulons parler de l'Acupuncture employée comme moyen de reconnaître si le cœur bat encore, alors que l'auscultation ne permet plus

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de percevoir les bruits cardiaques. M. le docteur Plouviez en effet, après quelques essais analogues dus à M. Bouchut, a démontré expérimentalement qu'une aiguille à acupuncture, enfoncée dans le tissu du cœur chez un animal ne donnant plus de vie depuis cinq à dix minutes et même un peu plus, peut encore, par ses oscillations, déceler la persistance de la contraction de cet organe, si obscure et si insensible qu'elle puisse être. Guidé par ce moyen explorateur, le médecin sera donc à même, dans quelques cas douteux, de distinguer d'une manière sûre la mort apparente de la mort réelle, et surtout il puisera dans cette certitude un précieux motif d'encouragement pour continuer les secours de son art avec persévérance à des malheureux encore susceptibles d'être rappelés à la vie.

La Gymnastique est aussi ancienne que le monde, car, dès les premiers temps, on a dû chercher à régler l'éducation physique. Les préceptes transmis par k tradition ont bientôt constitué un art qui s'est développé et a pris des directions différentes suivant le génie des peuples : tandis que les barbares voulaient obtenir la vigueur, la force, la résistance aux intempéries, d'autres, plus civilisés, cherchaient la souplesse, l'agihté, l'adresse, la beauté et la grâce.

11 y a donc des traités de Gymnastique en grand nombre, depuis celui de Philostrate (trad. Daremberg) jusqu'à celui de M. Laisné, le modeste et consciencieux professeur de Gymnastique de l'hôpital des Enfants; mais ces efforts ont pour but l'hygiène, c'est-à-dire le développement le plus parfait possible de l'homme sain. Ce n'est pas ce dont il peut être question dans ce traité. Nous devons nous occuper des tentatives, beaucoup plus restreintes, dans lesquelles on a eu pour but de guérir des malades.

Nous diviserons donc ce chapitre en deux parties : dans la première, nous décrirons les exercices passifs, sous le nom de Massage, et dans la seconde, sous le nom de Gymnastique, les exercices que le malade exécute lui-même.

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