‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 198 sur 335 · ACTION THÉRAPEUTIQUE DU COLCHIQUE · texte numérisé non relu

ACTION THÉRAPEUTIQUE DU COLCHIQUE

Le Colchique a eu son époque fabuleuse, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi : on l'a porté au cou, en guise d'amulette, pour se préserver de la peste, des fièvres malignes, éruplives, et en général de la plupart des influences épidémiques fâcheuses.

Il faut arriver à Storck pour avoir, sur le Colchique, des expériences de quelque valeur [Libell. de Colchici autumnalis radicé). Ce qu'il observa d'abord, ce fut l'extrême abondance de l'urine qui suivait l'ingestion de la préparation de Colchique. Il pensa donc à l'administrer dans l'hydropisie ; et comme souvent cette dernière maladie est liée à des troubles graves de la respiration, il le conseilla aussi dans l'asthme dit humide, et le Colchique fut désormais affecté d'une manière presque exclusive au traitement de ces deux alTections.

Storck d'abord, (!t ensuite Zach, Kraft, Plenck, Collin, satellites assez pâles du médecin de Vienne, confirmèrent à l'envi les vertus antihydropiques du Colchique; mais des médecins qui écrivaient hors de l'influence de Storck vinrent joindre aux témoignages dont nous venons de parler leur témoignage un peu moins équivoque. D'un autre côté, des praticiens assez nombreux, dont Murray a cité avec soin les noms et les écrits {App. med., t. V, p. 207 et suiv.), déclarèrent que le Colchique, utile dans quelques circonstances, ne se recommandait par aucune propriété que la scille ne possédât au moins au même degré.

Si l'on réfléchit à la diversité des causes de l'hydropisie, et aux lésions organiques multiples qui peuvent donner lieu aux épanchements aqueux qui s'observent chez l'homme malade, on comprendra que le Colchique doit, comme tant d'autres agents, rester impuissant, et qu'il y aurait en déflnitive injustice à lui demander plus qu'aux substances qui stimulent le plus vivement la sécrétion des reins, de la membrane muqueuse gastro-intestinale, et des glandes qui versent leurs produits dans le canal alimentaire. Aussi les réflexions de Murray à ce sujet nous semblentelles parfaitement judicieuses : Non mirum est multos hydropicos indè non sanari : miraculum contra esset et naturœ legibus adversum si omnes sanarentur. Quis enim peritior ignorât, quanta labe vasorum et viscerum Iryirops conjunctus esse solcat, et quant pertinax sœpe alias cudibet medicaminum gencri obsistat (Murray, loco cit., p. 210).

Dans l'asthme, et notamment dans l'asthme humide, et surtout dans celui qui semblait lié à une affection du cœur qui avait causé un œdème pulmonaire ou un épanchement dans les plèvres, le Colchique a encore été conseillé avec avantage.

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

De nos jours, ce médicament a été presque généralement abandonné dans je traitement de l'hydropisie et de l'asthme, pour prendre un rang au moins aussi brillant dans la thérapeutique du rhumatisme et de la goutte. C'est en 1814 que plusieurs médecins anglais proclamèrent avec engouement les heureux effets du Colchique dans le traitement de la goutte : ils y furent conduits par l'heureuse issue de quelques traitements entrepris par l'eau médicinale d'Husson, dans la composition de laquelle entrait le Colchique. En Angleterre, J. Want, Everard Home; en Suisse, Locker, Balber; en France, Lobstein, de Strasbourg; et plus tard, un grand nombre d'autres médecins publièrent des faits de guérison de goutte à la suite de la teinture alcoolique et du vin de Colchique.

Le docteur Fiévée est un des médecins qui, en France, ont le plus préconisé le Colchique, et à qui ce médicament aurait donné les plus heureux résultats. Depuis vingt-quatre ans, dit-il, que nous employons le Colchique, des milliers de faits soigneusement étudiés sont venus constater à nos yeux l'efficacité de ce remède, et nous rendre son action aussi sûre dans le traitement de la goutte et du rhumatisme que celle du sulfate de quinine dans les fièvres intermittentes [De la youtte et de son traitement spécifique par les préparations de Colchique, 1845).

Le docteur Galtier Boissière, dans le travail qu'il a publié sur la goutte (I) recommande, afin de n'avoir pas à redouter d'accident dans l'administration du Colchique, et ainsi qu'il a souvent fait pour luimême :

1" De ne donner ce médicament que pour calmer des douleurs goutteuses par trop fortes, et permettre les exercices gradués, variés et continus, seul spécifique certain, selon lui, de cette diathèse;

2" De l'administrer sous forme de teinture faite avec 1 partie de graines de Colchique pour 8 parties d'alcool à 33 degrés ;

3° De commencer d'abord par la dose de 1 gramme de teinture et de ne jamais dépasser la quantité de 8 grammes par vingt-quatre heures;

4' D'avoir soin de diluer chaque gramme de teinture dans au moins 50 grammes d'eau sucrée ou de tisane de feuilles de frêne, de gentiane ou de thé ou de café très-faibles;

5° De mettre au moins un jour d'intervalle entre chaque prise de Colchique, si pour calmer les douleurs on a eu besoin de dépasser la dose de 4 grammes de teinture ;

6" Et surtout de suspendre l'administration du Colchique aussitôt que ce médicament produit plus de quatre selles par jour.

Ajoutons que les pilules de Lartigue, qui jouissent d'une certaine vogue dans le traitement des affections goutteuses, ont très-vraisemblablement le Colchique pour principe actif.

Moins que personne nous ne voudrions contester les faits cités en grand

(1) De la goutte, de sa nature, de ses causes et de son Irailement préservatif, palliatif et curalif, par le docteur Galtier Boissière. Paris^ 1860, p. 110 et 112.

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