DOSAGE PAR GOUTTES
Pour obtenir dans le dosage à la goutte un mesurage réglé par un écoulement intermittent des liquides, le Codex donne, comme appareil, sinon des plus précis, mais au moins d'une exactitude suffisante, le suivant : c'est un petit ballon muni d'une tubulure latérale dont le diamètre intérieur est convenablement réglé, et qui permet au liquide, moyennant une légère inclinaison, de couler goutte à goutte et avec une grande régularité.
On considère l'appareil comme bien réglé lorsqu'à la température de plus de 15 degrés, 20 gouttes d'eau distillée pèsent l gramme à moins S centigrammes près.
POIDS CORRESPONDANT A 20 GOUTTES DES LIQUIDES CI-APRÈS, OBTENUES AVEC LE COMPTE-GOUTTES, POUR LEQUEL 20 GOUTTES d'EAU DISTILLÉE = i GRAMME.
grammes.
Acide chlorhydrique îi 1,17. . . . 0,9S0
— nitrique à 1,42 0,861
— sulfurique à 1,84 0,700
Alcool à 90 degrés 0,335
— absolu 0,311
— sulfurique (eau de Rabel). 0,3G0
Alcoolat de mélisse 0,350
Alcoolature d'aconit 0,397
.\mmoniaque à 23 degrés 0,909
Chloroforme 0,370
Ether sulfurique pur 0,203
Huile de croton , 0,410
grammes.
Huile volatile de menthe poivrée. 0,400
— de térébenthine. ...... 0,:i8o
Laudanum de Rousseau 0,571
— de Sydenham 0,388
Liqueur d'Hoffmann 0,294
Teinture d'arnica 0,340
— de belladone 0,391
— de castoreum 0,357
— de colchique (bulbes). . 0,350
— de colchique (semences). 0,390
— de digitale 0,344
— étliérée de digitale. . . . 0,270
Nous y ajouterons le tableau suivant :
POIDS APPROXI.MATIF DE 20 GOUTTES DE DIFFÉRENTS LIQUIDES A UNE TEMPÉRATURE DE -H 13 DEGRÉS, d'après l'OFFICINE DE DoRVAULT.
grammes.
Soude caustique à 36 degrés.. . . 1,250
Sirop à 35"B 1,111
Eau distillée, eau sucrée 1,000
Liqueur de Fowler 0,868
Glycérine 0,837
Acide cyanhydrique au 1/8. . , . 0,804
Eau de fleurs d'oranger 0,769
Vinaigre blanc 0,760
Liqueur de van Swieten 0,666
Ether acétique 0,513
Huile de ricin 0,465
Huile d'œillette 0,434
Huile d'olive, huile d'amandes
douces 0,427
Huile de croton 0,414
Huile camphrée, baume tranquille. 0,408
Teinture de valériane 0^380
grammes.
Alcool nitrique
Chloroforme
Laudanum de Sydenham
Laudanum de Rousseau
Ether sulfurique pur
Liqueur d'Hoffmann
Teinture de belladone
— de digitale
— de colchique (bulbes).
— de castoréum
— éthérée de castoréum.
— d'aloès
— d'arnica
Alcool de cochléaria
Alcoolature d'aconit
Essence de menthe
10o2 POSOLOGIE.
Nous indiquerons encore les procédés généralement employés pour compter les gouttes.
Compte-gouttes allemand.
Depuis quelques années il nous est venu, dit-on, d'Allemagne un instrument que Ton trouve chez tous les verriers : il sert pour les liquides actifs prescrits par gouttes, mais il est plutôt destiné à être délivré par le pharmacien à ses clients que pour s'en servir lui-même.
Ce compte-gouttes a la forme d'une cornemuse ; il se tient debout par sa grosse extrémité ; une tubulure placée sur la panse sert à introduire les liquides. Après avoir appliqué hermétiquement le pouce sur cette ouverture, on renverse l'instrument, et le liquide s'écoule goutte à goutte par le tube effdé, si on laisse la tubulure ouverte, et l'écoulement cesse aussitôt qu'on la ferme; de sorte qu'enlevant et abaissant alternativement le pouce il s'écoule le nombre de gouttes que l'on désire obtenir.
Nous reprochons à cet instrument d'avoir son extrémité trop eftilée et de présenter à cette partie des surfaces variables. Aussi voici le résultta des expériences faites avec quatre de ces instruments :
POIDS DE 20 GOUTTES D'iCAU DISTILLÉE.
No 1. N» 2. N" 3. N" 4.
Avec tous les compte-gouttes à extrémité effilée, voici ce qui arrive : la première goutte qui s'échappe de l'instrument déborde sur les parois latérales du tube effilé, la seconde déborde un peu plus, et ainsi des autres, par suite de l'attraction des molécules des liquides entre elles ; il en résulte que le poids des gouttes est plus grand à mesure que leur nombre augmente, et il peut arriver, comme nous l'avons déjà dit, que le poids de la vingtième goutte soit le double de celui de la première.
Pipettes et burettes.
Les pipettes et les burettes, de forme variable, ont été souvent employées pour compter les gouttes des liquides ; elles présentent les mêmes inconvénients que le compte-gouttes allemand, dont nous venons de parler; de plus, il faut ajouter que la pression exercée par la colonne de liquide peut influer sur la rapidité de l'écoulement, mais non sur le volume des gouttes, et cette pression varie avec la hauteur de la colonne et celle-ci diminue à mesure que l'écoulement se fait ; d'ailleurs, la forme et le volume des burettes sont trop embarrassants pour qu'on en fasse un usage habituel, et ces instruments, excellents lorsqu'on veut opérer des analyses volumétriques et ne tenir compte que des divisions
POSOLOGIE. 10a3
employées et non du nombre de gouttes écoulées, seraient très-embarrassants et peu exacts, s'il s'agissait de les appliquer aux usages pharmaceutiques.
Pipette compte-gouttes de M. Adrian.
Le compte-gouttes de M. Adrian est bien conçu; toutefois nous lui adressons les mêmes reproches qu'au précédent, c'est-à-dire que la surface d'écoulement est très-variable, et que par conséquent le poids d'une goutte d'un même liquide doit varier avec chaque instrument. En nous servant de quatre compte-gouttes de M. Adrian, nous avons obtenu des différences considérables en opérant avec l'eau distillée; d'ailleurs la variation de la surface d'écoulement n'est pas le seul inconvénient que présente cet instrument : la compression plus ou moins forte exercée sur la boule de caoutchouc peut déterminer un écoulement tellement rapide, que les gouttes se succèdent sans qu'il soit possible de les compter ; elles peuvent même former une veine liquide continue. Enfin, ajoutons encore que le caoutchouc vulcanisé dont est formé la boule laisse détacher par le froissement des particules de soufre qui se mélangent au liquide contenu dans l'instrument.
Le compte-gouttes proposé récemment par M. Guyot Danecy, pharmacien à Bordeaux, n'est qu'une imitation très-imparfaite de celui de M. Adrian; en effet, la boule ménagée au milieu de celui-ci empêche le liquide d'être refoulé dans la poche en caoutchouc, tandis que cet inconvénient doit exister avec l'instrument de M. Danecy ; celui-ci est formé d'un tube très-effilé, auquel on a ajusté un tube en caoutchouc fermé à sa partie supérieure.
Tels sont les instruments proposés jusqu'à ce jour pour compter les gouttes ; tous sont défectueux, pour les raisons diverses que nous avons énumérées. Faisons connaître maintenant les moyens employés par M. J. Salleron pour éviter toutes les causes de variation de volume des gouttes.
Compte-gouttes siphon de M. J. Sallei^on.
On sait que le siphon capillaire de Gay-Lussac s'amorce tout seul par le simple effet de l'attraction que les corps solides exercent sur les liquides; si donc on plonge dans un liquide un petit siphon capillaire, il s'amorcera, et si l'on a le soin de donner à la partie inférieure de la branche la plus courte une surface toujours égale, le volume des gouttes sera toujours exactement le même pour un même liquide. Il en résulte nécessairement qu'il y aura toujours identité de poids entre toutes les gouttes de ce liquide, à la condition toutefois que l'on aura le soin d'essuyer exactement les bords inférieurs du siphon, car sans cela les gouttes pren-
POSOLOGIE.
(iraient un plus grand volume par suite de l'attraction des molécules de liquide pour elles-mêmes.
Nous devons faire remarquer que le diamètre intérieur du tube est sans influence sur le volume des gouttes ; il suffit qu'il soit assez petit pour que le siphon puisse s'amorcer seul par capillarité.
Mais il arrive quelquefois que le siphon compte-gouttes ne s'amorce pas seul ; on peut parer à cet inconvénient en -adaptant à la branche longue une petite poire en caoutchouc laminé ; on comprime celle-ci légèrement, et l'on plonge la branche courte dans le liquide. En cessant la compression, la poche de caoutchouc se distend, aspire l'air du siphon, qui se trouve ainsi amorcé. On enlève d'ailleurs la poche avant que le liquide ait pu y pénétrer.
Nous pensons que l'on pourra faire une utile application du siphon capillaire au lavage des précipités qui exigent tant de soins et une surveillance continue ; il suffira pour cela de placer un siphon comptegouttes au-dessus du filtre, dont le débit sera toujours au moins égal à celui du siphon lui-même.
Les deux branches du siphon compte-gouttes ont une longueur de 7 à 8 centimètres environ ; M. Salleron termine la plus longue par un petit tube en platine à section toujours d'égale superficie, plus facile à calibrer que le verre, et comme lui inattaquable parles acides.
Compte- gouttes de M. J. Salleron.
Nous avonjj déjà dit que le dosage des liquides par le nombre de gouttes comptées étant jusqu'à présent très-inexact, il pouvait en résulter des conséquences graves. Quand il s'applique à des substances qui agissent avec une grande énergie sur Tcconomie animale, ce mode doit être nécessairement remplacé par un procédé qui donne des gouttes d'un poids toujours égal.
Tel est le but que le nouveau compte-gouttes de M. J. Salleron atteint de la manière la plus complète, et sa description seule suffit pour le démo-atrer.
Cet appareil se compose d'un petit flacon à écoulement constant ; il laisse donc écouler le liquide qu'il contient avec une pression constante ; de plus, le diamètre du bec qui laisse écouler le liquide goutte à goutte est calculé pour que le poids d'une goutte d'eau distillée soit de 5 centigrammes. 20 gouttes d'eau , ainsi recueillies, pèsent donc exactement un gramme, et cette exactitud e est si grande, que ces 20 gouttes étant comptées à plusieurs reprises, et pesées à la balance d'analyse, pèsent toujours le môme poids, à quelques milligrammes près, si l'on a le soin, à chaque opération, d'essuyer les bords externes du tube par lequel se fait l'écoulement.
Lu forme et la capacité du flacon cornpte-gouttes sont variables, mais
POSOLOGIE. i{m
ce qui ne peut l'être, et qui constitue un véritable instrument de précision, c'est le diamètre extérieur du tube par lequel se fait l'écoulement du liquide dont on veut compter les gouttes.
Mais nous l'avons dit plus haut, tous les liquides ne présentent pas le même poids sous un volume égal, et ne possèdent pas la môme cohésion ; il en résulte que les gouttes des divers liquides pèsent des poids différents.
Dans le tableau n" 1 nous inscrivons les liquides aqueux, ne pouvant être enlevés par l'eau.
Dans le tableau n" 2 sont compris les liquides qui, introduits dans le compte-gouttes, exigeront un lavage de l'instrument à Palcool.
Enfin, le troisième tableau renferme les liquides huileux.
Chaque tableau comprend trois colonnes :
La colonne A indique le poids d'une goutte des liquides les plus habituellement employés en médecine.
La colonne B fait connaître le nombre de gouttes du même liquide nécessaire pour faire! gramme.
La colonne C contient les chiffres représentant le poids de 20 gouttes du même liquide, c'est-à-dire que nous comparons le poids de ces 20 gouttes à l'unité de poids, c'est-à-dire 1 gramme.
POSOLOGIE.
Tableau n" fi .