‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 23 sur 335 · EXERCICES ACTIFS, GYMNASTIQUE · texte numérisé non relu

EXERCICES ACTIFS, GYMNASTIQUE

Si la Gymnastique qui préside au développement physique est aussi ancienne que la médecine, il n'en est pas de même de la Gymnastique

MASSAGE. - GYIMNASTIQUE. 95

thérapeutique. La première tentative de ce genre peut être attribuée à Borelli {De motu animalium, 1681), et il eût été surprenant, en effet, que Borelli, entraîné par les merveilleuses fonctions mécaniques de l'organisme et le véritable créateur du mécanicisme, en eût agi autrement. Pour lui, les fonctions n'étaient, comme on le dit de nouveau aujourd'hui, que des formes variées du mouvement; la mécanique devait être le premier médicament des iatro-mécaniciens et la gymnastique la plus précieuse de toutes les ressources thérapeutiques. Hoffmann le déclara,, du reste, hardiment : « motus optima medicina corporis. » {Dissertationes medicœ, 1708.) Puis vinrent Sabatier, ill'à,Qilii's?,o\. {Gymnastique médicinale, ilSO), qui soutinrent les mêmes opinions. Pourtant, ilnefautpass'y tromper, la Gymnastique n'était pas le seul remède, ni même le plus ordinaire, comme on pourrait le croire : la matière médicale était tout aussi bien en honneur, attendu que les partisans du mécanicisme croyaient que les drogues n'agissaient que mécaniquement. Il faut arriver au commencement de ce siècle pour trouver la Gymnastique véritablement érigée en système thérapeutique.

Chez les Grecs et les Romains, où chacun était profondément pénétré du sentiment d'une esthétique très-avancée, l'éducation physique et morale était très-surveillée. De nos jours, oii la division du travail est devenue une nécessité, on développe davantage les enfants dans un sens déterminé, et par conséquent l'on ne fait plus guère que de l'entraînement dans tel ou tel but. On parvient sans doute de cette manière à des résultats étonnants; mais la fatale loi de l'équivalence des forces fait que, quand on s'est trop entraîné dans le sens d'une aptitude physique ou morale, ce qu'on a obtenu est toujours acquis au détriment des autres forces. De là ces défauts d'équilibre dans la plupart de toutes les santés et ces maladies chroniques acquises si singulières, et si communes dans les grandes villes.

Personne ne doute aujourd'hui que, dans les lycées, les collèges et les institutions privées, l'éducation physique des garçons comme des filles ne soit beaucoup trop négligée. Les maîtres veulent prouver leur habileté par les succès scolaires des jeunes gens, en les poussant dans telle ou telle branche des connaissances, et ne s'aperçoivent pas que le succès obtenu a fait de l'enfant qu'on devait développer un pauvre diable énervé, sans force physique et sans résistance aux influences morbides, et souvent dépourvu du courage nécessaire pour subir les fatigues des fonctions naturelles. Le peu de vigueur dont font preuve les jeunes femmes des villes au moment de l'accouchement en est un témoignage irrécusable.

Dans les pays du Nord, la rigueur du climat et le besoin où l'on est de se rendre fort pour résister aux intempéries, la nécessité, en uiï mot, a produit ce que l'esthétique avait commandé aux Gi'ecs et aux. Romains.

Il ne faut donc pas s'étonner que la pratique journalière d'une éduca-

tion physique sérieuse ait donné à un homme du Nord l'idée de faire servir la Gymnastique à la thérapeutique.

.. Le créateur de ce nouvel agent de la matière médicale est un Suédois, du nom de Ling, il a institué, à Stockholm, un établissement de Gymnastique thérapeutique, qui fonctionne déjà depuis cinquante ans, et donne de très-bons résultats.

Pierre-Henri Ling est né le 15 novembre 1776, au presbytère de la paroisse de Ljunga, dans le Smaland, en Suède.

En 1804, au moment où il faisait ses études à Copenhague, il entra comme élève dans une salle d'escrime tenue par deux émigrés français; il y devint lui-même un bon maître, et s'y guérit d'une paralysie rhumatismale du bras. 11 résolut alors de chercher dans la Gymnastique non plus seulement un moyen de développer harmoniquement les organes, mais encore une ressource thérapeutique. Il prit des leçons d'un gymnaste distingué, nommé Nachtigal, et lorsque, en 1806, il fut nommé professeur à l'université de Lund, il mit son idée à exécution. (Voyez Rothstein,Z?2(? Gymnastik, et Daily, Cinésiologie ou science du mouvement, 1857.) Ling était un homme instruit et un écrivain distingué, que ses écrits firent entrer plus tard à l'Académie de Stocliholm. Il se mita étudier l'anatomie et la physiologie, afin de faire une Gymnastique méthodique. 11 acquit bientôt de la renommée, et, en 1813, une ordonnance roycile créa à Stockholm un institut centrfil de Gymnastique, dont on lui confia la direction.

11 vit bientôt affluer dans son gymnase non-seulement des élèves nombreux, mais encore des malades ; il put leur rendre des services réels, et bientôt les médecins, qui ne s'étaient pas montrés favorables à cette thérapeutique nouvelle, se rendirent à l'évidence; plusieurs môme devinrent de fervents disciples et d'actifs propagateurs.

Ling mourut le 3 mai 1839, laissant son institut gymnastique dans un état prospère et après avoir composé un traité qui résumait ses travaux [Principes généraux de la Gymnastique, Upsal, 1833-1840). Ce travail n'était pas encore publié à sa mort ; il fut édité bientôt après par son successeur Liedbeek et Georgii, sous-directeur de l'établissement,

De la Suède, la Gymnastique médicale passa en Angleterre, où deux élèves de Ling, Branting et Indebetou, vinrent la faire connaître. En Allemagne, d'autres élèves du célèbre Suédois, Rothstein et Neumann, furent mis à la tête de deux instituts de Gymnastique, et publièrent une revue trimestrielle de tous les travaux concernant la Gymnastique. Ce recueil, nommé Athenœum fur rationeile Gymnastik, commença à paraître en 1853.

En France, cette Gymnastique n'a pas eu la même faveur, M. de Salvandy, alors qu'il était ministre de l'instruction publique, avait bien demandé des informations au gouvernement suédois sur l'institut de- Stockholm, mais la Gymnastique n'en resta pas moins très-négligée dans -notre éducation. Pourtant, un peu plus tard, Georgii, dans un séjour

qu'il fit à Paris, en 1847, fit paraître, sous le nom de Kinésithérapie, une brochure dans laquelle il donna un excellent résumé de la doctrine do Ling.

En 1857, Daily publia, sous le nom de Cinésiologie, une étude des plus consciencieuses et des plus intéressantes, dans laquelle il a donné un résumé non-seulement de la Gymnastique suédoise, anglaise et allemande, mais de tout ce qui avait paru sur la Gymnastique dans tous les pays et à toutes les époques. Depuis ce temps, les établissements de Gymnastique médicale se sont multipliés à l'étranger et ont associé à l'hydrothérapie et à l'électricité toutes les nouvelles ressources fournies par les travaux de Ling et de ses successeurs.

Voici le résumé de la doctrine de Ling :

L Le mouvement musculaire active la circulation artérielle ou centrifuge, en même temps qu'il active la nutrition des parties qui exécutent les mouvements et cela dans une proportion déterminée par la quantité des exercices.

IL On peut, par des exercices réglés, activer la nutrition dans des muscles déterminés.

IIL Pour régler ces sortes de mouvements, il faut déterminer d'avance les attitudes qui seront le point de départ des mouvements, comme celles qui représenteront les points d'arrivée.

IV. Il faut que le gymnaste qui dirige ces mouvements règle la position et les mouvements de son corps sur la position et les mouvements du patient.

V. La vitesse d'un mouvement gymnastique quelconque doit toujours être isochrone, c'est-à-dire que le corps, ou la partie du corps mise en mouvement doit parcourir des espaces égaux dans des temps égaux.

VL Tout organe qu'on met en action agit sur toutes les autres fonctions de l'économie. L'effort musculaire, par exemple, fixe la poitrine dans l'inspiration, ralentit la circulation de l'artère pulmonaire et par suite celle des grosses veines qui se rendent au cœur, augmente la tension veineuse, congestionne le cerveau, etc. De grandes inspirations suivies d'expiration ont l'effet opposé, etc. Les muscles , en comprimant les rameaux artériels au moment même et pendant la durée de leur contraction, font refluer vers les organes éloignés une masse de sang proportionnée à la capacité de leur système capillaire. De là les vertiges, les congestions cérébrales, les palpitations qu'éprouvent, au moindre mouvement actif, les personnes sujettes à ces ordres d'affections. Quand la contraction cesse, le sang se porte au contraire dans le réseau capillaire des muscles. (Voyez la Thèse du docteur Daily.) ^VIL Pour obtenir ces effets, Ling a institué trois ordres d'exercices: dans le premier, les mouvements sont simplement actifs : ce sont les mouvements exécutés par le malade seul : l'attitude, la marche, le saut, les exercices gymnastiques ordinaires, et les mouvements partiels du corps. Dans le second ordre, que Ling appelle ordre des mouvements

actifs-passifs, le malade, fait un mouvement auquel le gymnaste résiste, et, dans le troisième ordre, celui des mouvements passifs-ncllfs, le gymnaste fait subir aux membres des déplacements contre lesquels le patient lutte en faisant contracter ses muscles.

Ces deux derniers ordres de mouvements ont des propriétés spéciales, et une pratique de prés de cinquante ans a fait reconnaître que les uns (actifs-passifs) mettent surtout en jeu la contractilité musculaire, et les autres (passifs-actifs) l'élaslicité des muscles.

Cette manière de procéder permet de localiser la contraction musculaire d'une manière toute spéciale. En effet, on peut arriver d'une manière bien simple à faire contracter les muscles d'une région, tandis qu'on mettra les muscles antagonistes dans un relâchement complet.

Prenons un exemple : Lorsqu'un malade est couché sur le dos et qu'on l'invite à lever une jambe, les muscles antérieurs du membre se contractent pour effectuer ce mouvement, et les muscles postérieurs, antagonistes, se contractent également pour limiter ce mouvement. Mais si, pendant que le malade élève la jambe, le médecin appuie avec sa main sur le pied pour résister à ce mouvement, les muscles postérieurs ne se contractent plus, et il est facile de s'assurer qu'ils sont à l'état de relâchement. Voilà donc un moyen de localiser l'action musculaire, moyen très-précieux, dont Ling est l'inventeur et qu'aucune Gymnastique antérieure n'avait employé. En outre, le gymnaste, en mesurant la résistance qu'il oppose au mouvement, peut, jusqu'à un certain point, doser la contraction musculaire.

Le mode d'administration et la dose des exercices doivent donc se régler comme tout autre agent de la matière médicale. On prescrit, en général, de sept à douze mouvements qui seront exécutés chaque jour en une séance qui durera d'une demi-heure à une heure, et cela pendant trois à cinq semaines.

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