‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 25 sur 335 · INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES DU MASSAGE ET DE LA GYMNASTIQUE · texte numérisé non relu

INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES DU MASSAGE ET DE LA GYMNASTIQUE

Anémie. La Gymnastique est un des meilleurs remèdes de l'anémie ; il est devenu populaire. Il doit être seulement proportionné aux forces des malades et commencer par des exercices sans force et sans secousse, pour ne pas activer les palpitations si faclk's chez les anémiques. Si les exercices sont mal supportés, on fera mieux de commencer par le Massage.

Congestions. Dans l'état apoplectique des nouveau-nés, le Massage, surtout le Massage par percussion, est d'un usage vulgaire.

Chez les adultes ou chez les vieillards, le Massage est un moyen utile. En activant les résorptions interstitielles, on supprime un obstacle à la circulation capillaire et l'on diminue la tension des vaisseaux dos centres nerveux. Les frictions et autres moyens de stimuler la peau forment encore une dérivation utile. Le seul exercice qu'on doive conseiller est la marche.

Epanchements sanguins. On lit daus le Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, t. IX, Paris, 1848 : « Telle collection sanguine qui demande six semaines pour se résoudre sous l'inûuence exclusive des topiques, peut être guérie en deux jours par l'écrasement. En comprimant avec les pouces la collection sanguine, M. Velpeau a forcé le sang à s'infiltrer dans les mailles du tissu cellulaire ; or, on sait que le sang infiltré, extravasé, se résorbe bien plus rapidement que le sang formant dépôt, et il suffit, en effet, pour achever la guérison, de quelques applications résolutives, dont à la rigueur on pourrait se passer. L'écrasement, ou plutôt le Massage forcé, auquel on a recours dans ce cas, est donc véritablement un remède salutaire et dépourvu d'inconvénients. 11 est un peu doulou-

reux, il est vrai, mais au bout d'une demi-heure toute sensation pénible a cessé. «Nous renvoyons le lecteur, pour plus de détails, au paragraphe oÎLnous avons décrit le Massage dn tissu cellulaire sous-cutané.

Varices, Iicniorrlioïdcs , engorgements Iyni|ihatïqiies , sclérème.

Le même Massage y fait merveille. Il a élé conseillé depuis longtemps dans ces cas, par Ardouin (Thèse, 1815) ; M. Daily (Thèse, 1839; Lancy, Petit-Radel, Piorry [Dict. des sciences médicales, art. Massage); Lepage (Thèse, 1813); M. Estradère [loc. cit.).

j\ffectîons organiques du Cœur. Le Massage, en venant faire cesser les inliltrations séreuses, est un remède précieux. Galien le conseillait déjà ; mais, suivant Georgii, on pourrait stimuler les contractions du cœur en exerçant une sorte de vibration sur la poitrine en même temps qu'on développe la cavité thoracique en portant la poitrine en avant.

Engorgements du foie et de la rate. Percy et Laurent racontent que le proverbe u se battre les flancs» vient de l'usage où l'on fut autrefois d'exercer, soit avec les mains, soit avec une pièce de cuir épais, soit avec une palette quelconque, des percussions en tous sens sur les hypochondres, dans les engorgements du foie et delà rate. (M. Estradère, p. 135.)

11 y a dix ans, nous avons vu ce procédé réussir dans l'établissement de Gymnastique médicale du docteur Hnupt, h Nassau, oii nous avons suivi pendant près d'un mois les exercices delà Gymnastique deLing.

Plilcgmasies, corjza, bronchite, pleurésie. Quand, au début de Ces

affections, on se livre à un exercice actif jusqu'à transpiration, on peut faire cesser, suivant Cabin Saint-Marcel (Thèse, 1853), les frissons, les douleurs contusives des lombes et des membres, ainsi que la céphalalgie et l'anorexie. Dans le cas de laryngite el de bronchite chronique, Georgii indique des frictions sur le cou, avec les mouvements de tremblement, dont on se serait très-bien trouvé à l'institut de Stockholm, succès qui s'expliquerait peut-être parce fait que, quand on fait agir certains muscles, on développe en même temps les muscles voisins qui reçoivent le sang des mêmes vaisseaux. Il est certain, en outre, que, dans les affections thoraciques, le vomitif n'agit souvent que comme un moyen de masser les poumons.

Affections du tissu cellulaire sons-cutané. Œdcine des nouveauijcs, Iiydropisîes localisées, anasarquc, polysarcîc. Ces affections

sont améliorées d'une manière remarquable par le Massage, et cela si prcmptement qu'elles font le succès de tous les empiriques, et cela d'autant mieux que leur traitement par la Matière médicale est long, pas toujours suivi de succès, et que souvent même on ne le tente pas, tandis, que le Massage rendant en très-peu de jours aux parties la souplesse,

la légèreté et les formes normales, les empiriques passent bien vite pour des sorciers. 11 est presque inutile de rappeler que le Massage est le mode employé par tous les chirurgiens pour réduire le paraphymosis. !

Affection des muscles. Contusions, ruptures musculaires, courbatures, lumbago, rhumatismes musculaires. C'est à ceS alTectious que

répond le Massage musculaire aidé de l'étuve et de l'hydrothérapie. C'est surtout ce que procurent les bains égyptiens et maures. En voici le modus faciendi, tel que l'a raconté Savary, dans sa onzième lettre sur les bains du grand Caire.

« Le premier appartement que l'on trouve en allant au bain est une grande salle en forme de rotonde ; elle est ouverte au sommet, alui que l'air pur y circule librement. Une large estrade couverte d'un tapis et divisée en compartiments, règne alentour; c'est là qu'on dépose ses vêtements. Au milieu de l'édifice, un jet d'eau qui jaillit d'un bassin récrée agréablement la vue.

« Quand on est déshabillé, on se ceint les reins d'une serviette, on prend des sandales et l'on entre dans une allée étroite où la chaleur commence à se faire sentir. La porte se referme. A vingt pas, on en trouve une seconde et l'on suit une allée qui forme un angle droit avec la première. La chaleur augmente ; ceux qui craignent de s'exposer subitement à une plus forte dose s'arrêtent dans une salle de marbre qui précède le bain proprement dit. Ce bain est un appartement spacieux et voûté. 11 est pavé et revêtu de marbre. Quatre cabinets l'environnent. La vapeur sans cesse renaissante d'une fontaine et d'un bassin d'eau chaude s'y mêle aux parfums qu'on y brûle.

« Les personnes qui prennent ce bain ne sont point emprisonnées, comme en France, dans une espèce de cuvier où l'on n'est jamais bien à son aise. Couchées sur un drap étendu, la tête appuyée sur un petit coussin, elles prennent lii)rement toutes les postures qui leur conviennent. Cependant un nuage de vapeurs odorantes les enveloppe et pénètre dans tous les pores.

« Lorsqu'on s'est reposé quelque temps, qu'une douce moiteur s'est répandue dans tout le corps, un serviteur vient, vous presse mollement, vous retourne, et quand les membres sont devenus souples et flexibles, il fait craquer les jointures sans effort. Il masse et semble pétrir les chairs sans qu'on éprouve la plus légère douleur.

« Cette opération finie, il s'arme d'un gant d'étoffe et vous frotte longtemps. Pendant ce travail, il détache du corps du patient tout en nage, des espèces d'écaillés, et enlève jusqu'aux saletés imperceptibles qui bouchent les pores. La peau devient douce et unie comme le satin. Il vous conduit ensuite dans un cabinet, vous verse sur la tôle de l'écume de savon parfumé et se retire.

(! Le cabinet où l'on a été conduit offre un bassin avec deux robinets, l'un pour l'eau froide, l'autre pour l'eau chaude. On s'y lave soi-rnême.

Bientôt le serviteur revient avec une pommade cpilatoire qui dans un instant fait tomber les poils aux endroits où on l'applique. Quand on est bien lavé, bien purifié, on s'enveloppe de linges chauds et l'on suit le yiiide à travers les détours qui conduisent à l'appartement extérieur. Ce passage insensible du cliaud au froid empêche qu'on n'en soit incommode. Arrivé sur l'estrade, on trouve un lit préparé. A peine y est-on couché, qu'un enfant vient presser de ses doigts délicats toutes les parties du corps, afin de les sécher parfaitement. On change une seconde fois de linge et l'enfant râpe légèrement avec la pierre ponce les calus des pieds. 11 apporte ensuite la pipe et le café moka. »

M. Savary s'étend ensuite sur l'espèce de volupté qu'on éprouve au sortir de ces bains.

En Afrique, les bains maures sont une imitation des bains égyptiens, avec moins de luxe et de raffinement.

(( Quel est le touriste, dit M. Séré {Echo de la ;j7^m(?, juillet et septembre 18C2), quel est le colon ou le militaire qui, dans nos possessions d'Afrique, n'ait visité ce qu'on appelle les bains maures, et ne se soit livré, au moins une fois, aux mains d'un indigène, habile masseur, qui, plongé avec son baigneur dans une atmosphère de vapeur chaude, l'étend sur une table, et tout en gambadant et chantant sa chanson nasillarde, se livre sur son corps, dont les tissus sont distendus par la température ambiante, à des frictions rapides et graduées et à des torsions agiles des articulations? n

Bonnet, de Lyon, indique le Massage comme étant le meilleur remède aux ruptures musculaires. 11 rappelle à ce sujet des cas de guérisou rapportés par Lieutaud, Pouteau, Martin aîné (de Lyon) et A. Petit.

Il raconte, entre autres, un trait destiné à bien fixer dans la mémoire les avantages du Massage dans le lumbago. M. Martin se trouva un jour auprès d'un malade atteint de lumbago, en même temps qu'un officier de santé. M. Martin proposa de faire le Massage, et l'officier de santé, qui voulait au contraire appliquer des vésicatoires, refusa, laissa au malade ses emplâtres et se relira en haussant les épaules. M. Martin ne trouva rien de mieux, pour répondre à son confrère, que de débarrasser presque instantanément le malade de son lumbago par un Massage, et au bout de dix minutes le patient put aller lui-même reporter les emplâtres à l'oflifiier de santé ébahi.

MM. Bouvier, Depaul (Thèse agrégation, 18ii), ont conseillé le Massage contre le torticolis, et nous-môme l'avons fait pratiquer dans des cas d'atonie musculaire et d'œdème consécutifs à des fractures.

Entorse. Le Massage n'a peut-être pas de plus beaux succès à offrir que ceux qu'il fournit dans l'entorse. Il permet de réduire immédiatement les tendons luxés et placés de champ, il fait cesser presque instantanément les douleurs produites par les déchirures musculaires. En outre, il permet de faire résorber très-prompteraent les épanchemcnts sanguins

M4SSAGE. - GYMNASTIQUE. 103

et séreux qui manquent rarement de se produire. Aujourd'hui, ce moyeu commence à ne plus être l'apanage des rebouteurs et fait partie des ressources thérapeutiques de la plupart des médecins. Quant au procédé opératoire, on le trouvera décrit dans la Thèse de M. Estradëre et les nombreux articles rapportés par M. Bérenger-Féraud (^Bulletin de Thérapeutique, 18G7).

Maladies ci>roi.îques di. tube digestif. Dans ces makdies-là, il arrive souvent que la couche musculaire sous-muqueuse, frappée d'atonie ou d'une sorte de semi-paralysie, amène des dyspepsies stomacales ou intestinales ainsi que des constipations opiniâtres. On y remédie, il est vrai, avec avantage par les préparations de noix vomique; mais le Massage peut être d'un grand secours , et Georgii, ainsi que Percy et Laurent, relatent de ces guérisons parle Massage.

Paralysies. Voici comment on procède pour la guérison des paralysies partielles, d'après M. Méding [0,^ la Gymnastique médicale suédoise, 1862, p. 40) : « Lorsqu'il y a encore une trace de mouvement dans le membre affecté, la répétition assidue et graduellement augmentée d'efforts ou de résistance du gymnaste viennent à bout de corroborer la puissance motrice. On se contente d'abord d'exciter un seul groupe de muscles ou même un seul muscle, toujours en localisant avec une résistance double des mouvements synergiques, et l'on invite fréquemment le malade à de puissants efforts de volonté. Jamais il ne faut aller jusqu'à une grande fatigue.

« Mais, quand il n'y a plus aucune trace de pouvoir moteur dans Je membre paralysé, on lui imprime d'abord les plus simples mouvements passifs pendant une heure tous les jours, avec les intervalles habituels decinqminutes et des inspirations profondes en usage entre chaque mouvement. On passe ensuite à des mouvements passifs de groupes de muscles, et finalement à ceux du membre entier. Pendant ces opérations, on engage le malade, à chaque mouvement, à vouloir fermement exécuter ce qu'on lui prescrit de faire.

(( Dans Igi deuxième ou troisième semaine, le malade commence à sentir un premier effet du traitement : il vous assure qu'il sent un mouvement; mnis il est seul à s'en apercevoir. Ce mouvement accusé par le malade devient ordinairement palpable vers la fin de la cinquième ou de la sixième semaine. Après ces quelques semaines de secousses flbrillaires, on sent tout à coup une légère mais véritable contraction musculaire, et alors le pronostic devient très-favorable; car les progrès vont ordinairement en croissant, et trois mois terminent souvent la cure.

« Il faut surtout ne pas fatiguer le malade par des incitations trop pressantes à l'effort de volonté ; car alors se produit souvent une douleur, soit sourde, soit aiguë, dans la tête. Cette douleur est une contre-indication pour la suite du traitement, qui ne saurait être repris qu'après un

101 EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAlllE.

entier changement et une amélioration notable dans l'économie du malade. »

Crampe des écrivains. Au dire de ceux qui ont écrit sur la Gymnastique suédoise, la Gymnastique localisée est souveraine contre la crampe des écrivains. Pour obtenir ce résultat, on fait exécuter au malade une série de mouvements passifs, actifs ou excentriques, c'est-à-dire des tractions exercées par le gymnaste avec résistance du malade, en exerçant les muscles des membres supérieurs du centre à la périphérie.

Si ce moyen ne suffit pas, nous en indiquerons un autre tout empirique, que nous avons vu réussir : il consiste en ceci, que le malade place dans le creux de sa main, au moment où il veut écrire, une balle élastique en caoutchouc qui comble la cavité de la main et oppose par sou élasticité une résistance suffisante à la contraction musculaire. Le malade se trouve ainsi avoir la main en équilibre et écrit facilement.

Scoliose. Les déviations de la colonne vertébrale sont les maladies les plus fréquentes qu'on rencontre dans les nombreux établissements gymnastiques du nord de l'Europe. Ce sont elles également qui ont fourni à la Gymnastique ses meilleurs succès. Nous espérons que cette méthode ne tardera pas à se généraliser en France.

Cborce. M. Blache, dans son mémoire à l'Académie (1855), rapporte qu'il a guéri un certain nombre de chorées chez des enfants, en faisant faire le Massage par M. Laisné, professeur de gymnase à l'hôpital des Enfants. Il fait exécuter d'abord le Massage musculaire général , puis des frictions. Une séance de cette nature dure environ une heure, et ou la répète pendant trois ou quatre jours de suite. Chaque fois, on constate un amendement dans le désordre des contractions; l'enfant témoigne qu'il en éprouve beaucoup de bien-être , et, s'il était complètement privé de sommeil, il peut enfin dormir d'une manière plus calme. Les jours suivants, sans interrompre complètement le Massage, on commence pur faire exécuter des mouvements très-réguliers et parfaitement rhythmés.

DE LA FLAGELLATIOiN.

Flagellation {(lagellatio). Mot dérivé de flagellum, fouet. Médication qui consiste à fouetter différentes parties de la pesu avec un fouet ou tout autre instrument capable d'éveiller une douleur assez vive.

La Flagellation se fait, soit avec des verges, soit avec des lanières de cuir ou des cordelettes, soit avec des orties, soit avec une brosse rude, avec laquelle on frappe à plat, de manière à en faire pénétrer superficiellement les soies dans le derme.

DE LA FLAGELLATION. lOo

Ce moyen, dont les libertins de tous les âges et de tous les pays ont fait usage dans le but de réveiller leurs sens éteints, a été employé souvent dans un but médical, et souvent il nous arrive de le conseiller.

L'affaiblissement des parties auxquelles l'extrémité de la moelle fournit des nerfs est heureusement combattu par la Flagellation. Ainsi, l'incontinence d'urine, la paralysie de la vessie, la constipation opiniâtre, l'impuissance ou plutôt la frigidité, les paraplégies anciennes et incomplètes se modifient avantageusement sous l'intkience de ce moyen. 11 est bon de le combiner avec les préparations diverses de strychnos, avec l'électricité, le galvanisme, l'électro-puncture.

On peut, jusqu'à un certain point, se rendre compte du mode d'action de la Flagellation. On comprend, en effet, comment une violente stimulation des extrémités nerveuses peut se communiquer à la moelle, qui réagit à son tour sur les parties auxquelles elle disti-ibue la sensibilité et le mouvement.

MÉDICATION EXCITATRICE

Le mode d'cxcilation que nous allons étudier, et les agents qui le produisent, n'ont pas de ressemblance avec les autres excitants qui exercent surtout leur influence sur le système vasculaire et sur la nutrition. Ces médicaments portent leur action sur les centres et sur les conducteurs nerveux qui président aux contractions des muscles de la vie animale et df la vie organique. C'est pour cela que nous avons cru devoir les nommer excitateurs, dénomination qui indique parfaitement leur mode d'action.

La Médication excitatrice s'obtient : 1" par les agents physiques calculables, dont l'action est immédiate, fugace, et n'a pas besoin de l'intégrité harmonique des organes. Ainsi l'électricité, le galvanisme, l'aimant, l'électro-puncture, le mouvement, sollicitent directement, immédiatement les nerfs et les fibres d'une partie, celle-ci fût-elle séparée du reste du corps et privée de la vie d'ensemble ou générale pour ne conserver que la vie individuelle ou isolée.

Les autres, au contraire, tels que la noix vomique, l'ergot de seigle, vont préalablement modifier les centres nerveux, et ce n'est qu'en vertu de cette modification que les contractions musculaires s'effectuent.

Enfin , les autres , tels que le massage et la flagellation , ont un mode d'action mixt sur lequel nous reviendrons un peu plus bas.

Ces agents d'une même médication ne doivent donc pas être ordonnés indifféremment, et, pour bien faire ressortir les indications de leur emploi, il est nécessaire d'exposer ici quelques vues sur la paralysie et sur les modes divers suivant lesquels cet état morbide peut se produire.

La cause la plus commune de la paralysie est une lésion profonde des centres nerveux, à la suite de laquelle les fibres médullaires ont été rompues. Dans ce cas, il n'existe plus de communications entre les filets nerveux de la périphérie et les parties centrales de l'axe cérébro-spinal : les impressions ne sont plus transmises, les volitions ne sont plus rapportées. Toutes les fois qu'une solution de continuité irréparable existera dans les fibres médullaires des centres de l'innervation, la paralysie sera complète et le plus souvent irrémédiable.

MÉDICATION EXCITATRICE. 107

Que cette solution de continuité ait eu lieu à la suite d'un épanchement de sang, d un ramollissement inflammatoire, de l'action d'un corps vulnérant, le résultat est, à peu de chose près, le même.

Si les mêmes lésions ont eu lieu dans les conducteurs nerveux, la paralysie s'ohservera nécessairement dans la partie où le nerf se distribuait. Une compression, quels qu'en soient d'ailleurs la cause et le mécanisme, produira de même la paralysie.

De toutes les formes de la paralysie, celle dont nous venons d'indiquer les causes est certes la plus irrémédiable ; elle ne l'est pourtant pas absolument.

On voit tous les jours des gens recouvrer le mouvement et la sensibilité qu'ils avaient complètement perdus, soit à la suite d'un épanchement sanguin dans le cerveau, soit à la suite de l'affaissement des vertèbres, dont une incurable gibbosité atteste l'existence.

A coup sur, la lésion est encore là, et le tbérapeutiste ne fera rien pour ressouder des fibres médullaires divisées; mais il y a une circulation nerveuse supplémentaire comme une circulation vasculaire après la ligature des vaisseaux, et c'est de ce mode de circulation qu'il importe de connaître et d'étudier les lois.

Toutes les fois qu'une rupture des fibres nerveuses a lieu par un travail spontané, elle ne peut s'efi'cctuer sans qu'au préalable il s'établisse sur le point lésé une fluxion qui s'étend plus ou moins loin. Cette fluxion amène nécessairement un trouble grave dans les fonctions de la partie. Si la rupture a lieu par une violence extérieure, elle doit être suivie d'un travail morbide fluxionnaire au point malade. Or, la fluxion, qu'elle ait suivi ou précédé la lésion morbide, n'a néanmoins qu'une durée très-limitée, et, dès qu'elle a disparu, les tissus qu'elle avait envahis sont aptes à reprendre les fonctions qu'ils avaient perdues temporairement. Nous disons aptes à reprendre leurs fonctions, et c'est à dessein que nous employons cette expression.

Il y avait donc ici une double cause à la paralysie : d'alîord la rupture des fibres médullaires, en second lieu la fluxion qui avait envahi les fibres même non rompues. On comprend donc un amendement possible, sinon une guérison totale. Nous verrons s'il faut laisser à la nature seule le soin de ce qu'il est raisonnable d'espérer dans la guérison, et si l'art ne peut et ne doit pas intervenir.

Mais il y a encore quelque autre chose à considérer dans la paralysie dont nous nous occupons ici.

Un faisceau de fibres médullaires assez gros sert à transmettre à une partie du corps les ordres de la volonté et les mouvements qui en sont l'expression. 11 arrive le plus souvent que le faisceau tout entier n'est pas détruit par l'épanchement sanguin, et cependant la paralysie peut être complète. A quoi cela tient-il? A l'état fluxionnaire dont nous avons parlé plus haut. Cette cause, nous avons essayé de l'apprécier ; et supposant pour un instant qu'elle n'existât pas, il s'en trouverait une autre

iOS

MÉDICATION EXCITATRICK

plus puissfinte; la voici : Si, pour prendre une hypothèse, mille fibres servent à l'animation d'un muscle, et que, par une lésion quelconque, les neuf dixièmes cessent à tout jamais leurs fonctions, au premier abord les cent autres seront presque complètement insuffisantes pour transmettre les impressions et les volitions; la sensibilité sera presque complètement éteinte, et c'est à peine si, pendant les plus grands efforts, on sentira se raidir un peu les fibres musculaires au milieu des gaines aponévrotiques. Mais peu à peu ces fibres persistantes acquièrent une activité supplémentaire, si nous pouvons nous servir de cette expression, et bientôt elles remplacent assez bien celles qui ne fonctionnent plus. On peut voir, comme l'avait dit Tiedmann, que les parties divisées d'un nerf ou d'ua centre nerveux se régénèrent par l'intermédiaire d'une matière évidemment d'une nature nerveuse qui devient elle-même un moyen de transmission aussi certain que le tissu normal , en outre, l'énergie nerveuse des parties persistantes est augmentée, et supplée à l'action des parties divisées, comme la circulation sanguine se rétablit par la dilatation des branches collatérales.

Or, que la paralysie ail lieu à la suite de la section complète du nerf principal d'un membre, ou par la déchirure de la plus grande partie des fibres centrales du cerveau ou de la moelle, il n'en reste pas moins un nombre assez considérable de parties nerveuses saines pour que l'on doive espérer le rétablissement plus ou moins complet de la sensibilité et du mouvement.

Or c'est aux moyens excitateurs que le thérapeutiste devra plus particulièrement recourir pour stimuler les fonctions des parties nerveuses encore saines.

A chaque élément organique, à chaque organe, à chaque appareil est départie une somme de fonctions normales ; mais si on les oblige à fonctionner davantage, peu à peu ils acquièrent plus de capacité fonctionnelle, et bientôt ils exécutent dix fois plus qu'ils n'exécutaient avant l'exercice exagéré auquel on les a soumis. Ainsi, l'estomac du gourmand devient d'autant plus actif que la fonction est plus exercée ; l'œil devient plus perçant quand on l'applique à l'étude des objets microscopiques; le toucher, l'odorat, prennent une perfection incroyable par l'exercice soutenu ; la gymnastique décuple les forces : c'est que les organes se perfectionnent anatomiquement et fonctionnellement ; c'est que le volume des éléments organiques augmente en raison de l'activité des fonctions qu'on leur donne à exécuter. Les nerfs, les fibres épanouies dans des renflements nerveux, rentrent dans la règle commune que nous venons <le tracer.

Voyons donc maintenant s'il est au pouvoir du médecin de donner aux portions nerveuses encore saines la capacité fonctionnelle requise pour qu'elles puissent suppléer les parties divisées.

De toutes les conditions, la plus propre à donner cette capacité fonctionnelle, c'est, ainsi que nous l'avons dit, l'exercice de l'organe chargé

MEDICATION EXCITATIUCK. iOd

de la fonction. Or c'est précisément ici qu'est la difficulté : comment transmettre aux filets nerveux, aux portions situées entre la périphérie et la lésion de l'organe central, la modification en vertu de laquelle les portions restées saines seront ohligées à des fonctions exagérées ? C'est évidemment par les moyens excitateurs que l'on remplit ce but.

Lorsqu'une paralysie a eu lieu à la suite d'une commotion du cerveau ou de la moelle, d'une congestion ou d'une phlegmasie, ou bien encore . de toute autre modification qui a persisté pendant quelque temps, les parties influencées naguère par la portion malade de l'un des centres ou du conducteur nerveux restent encore paralysées alors que l'organe innervateur est revenu à des conditions anatoraiques telles, qu'il puisse remplir ses fonctions. Ici la cessation momentanée de l'influence excitatrice du cerveau ou de la moelle a fait cesser l'aptitude fonctionnelle des nerfs périphériques ou de la moelle elle-même.

Si maintenant, pendant un plus long temps, les impressions ont cessé d'être transmises parles conducteurs nerveux, ceux-ci perdent encore leur aptitude fonctionnelle. Ainsi la cécité produite par la cataracte laisse quelquefois après elle une amaurose qui persiste alors même que la lentille cristalline a été enlevé ou déprimée.

Ainsi l'abus de la continence finit par produire l'impuissance et la frigidité.

A ces formes de paralysies, on oppose les excitattîurs, avec un succès presque constant. La noix vomique, l'électricité, le massage, la flagellation, devront être employés successivement et combinés entre eux.

Dans cette même classe de paralysies, il faut ranger celles qui sont produites par l'action toxique des émanations saturnines ou mercurielles. Car ici, alors même que la cause de la paralysie est depuis longtemps éliminée, la paralysie persiste, et l'expérience a prouvé ce que, dans ces cas, on pouvait attendre des excitateurs.

Tout à l'heure nous voyons la paralysie produite par défaut d'excitants internes (l'influx du cerveau et de la moelle) ou externes (les impressions extérieures); maintenant, au contraire, nous verrons la paralysie succédera l'abus de la fonction. Ainsi l'impuissance vénérienne à la suite de l'excès dans les plaisirs de l'amour ; l'impuissance musculaire à la suite des fatigues excessives, et enfin l'impuissance sénile à la suite de l'exercice trop longtemps continué des organes.

Quant aux deux premières formes de paralysies, et ce sont de véritables paralysies, elles se guérissent ordinairement sans le secours de l'art, par les seuls efforts de la nature, dès que, par le repos et l'alimentation, l'incitabilité épuisée est rétablie. Mais ici encore reconnaissons l'utilité des excitateurs, du massage, soit par malaxation, soit par percussion, de la flagellation et des attouchements, ressources des libertins fatigués qui neveulent pas attendre du repos l'aptitude qu'ils ont hâte de recouvrer. Mais, quand le repos et l'alimentation ne suffisent pas, les malades rentrent alors dans la classe des vieillards, et chez eux les excitateurs n'ont

110 MÉDICATION EXCITATUICE.

qu'une, action temporaire, mais pourtant éviilontc, action qui, chez des gens encore jeunes, peut quelquefois rendre pour longtemps aux organes la capacité fonctionnelle qu'ils avaient perdue, pourvu toutefois que les efforts du médecin ne soient pas annihilés par des dépenses nerveuses excessives.

11 nous reste à parler, pour rendre ce tableau un peu plus complet, des paralysies que nous attribuons à l'aberration de l'influx nerveux.

Chez les femmes hystériques, chez les personnes que des déplétions sanguines exagérées ont mises dans un état de spasme grave, il n'est pas rare de voir survenir subitement des paralysies locales, qui quelquefois n'occupent qu'un nuneau nerveux, quelquefois seulement les ramuscules périphériques. Les observateurs ont rapporté un grand nombre de paralysies de ce genre. Ici encore, les excitateurs locaux, et en première ligne l'électricité faradique et la gymnastique, doivent jouer le principal rôle curatif. Dans les refroidissements partiels et dans les anesthésies qui s'observent assez souvent chez les hystériques, l'électrisation par frictions ou par aigrettes sera plus particulièrement indiquée.

Jusqu'ici nous n'avons étudié la paralysie que dans les nerfs de la vie de relation et dans les muscles qu'ils animent; la paralysie des mouvements organiques intimes de nos parties ou Vatome sera appréciée dans le chapitre sur la Médication excitante; à cette forme, en effet, conviennent les excitants; mais les ganglions nerveux du trisplanchnique, les rameaux qui en émanent, les fibres musculaires dans lesquelles ils distribuent le mouvement, peuvent être le siège de modifications qui, pour n'être pas identiques à celles du système nerveux de la vie animale, ont cependant avec ces dernières une grande analogie. Ici, il faut en convenir, les excitateurs n'ont pas une influence aussi immédiate et aussi évidemment utile que dans les circonstances que nous avons indiquées plus haut ; cependant la vessie et l'utérus font exception à cette règle. En effet, la noix vomique dans les paralysies de la vessie, de l'œsophage, l'ergot de seigle dans l'inertie de la matrice, ont une efficacité au moins aussi grande que d'autres agents excitateurs sur les muscles de la vie de relation. Mais dans la paralysie de l'estomac et des intestins, maladies dont le diagnostic est fort difficile, et qui ne se reconnaissent bien qu'à la production rapide des gaz qui distendent l'intestin outre mesure, la noix vomique et le massage trouvent une assez utile application.

Le choix dans les excitateurs est subordonné à certaines conditions relatives à la spécialité d'action de chacun d'eux, et au siège de la lésion nerveuse.

Ce que nous avons dit dans le courant de ce chapitre suffirait presque pour faire ressortir les indications spéci.iles de chacun des excitateurs. Nous avons vu en effet comment les strychnos sont plutôt conseillés dans les paralysies dépendant d'une lésion des centres nerveux ; l'électricité dans celles qui dépendent d'une maladie des conducteurs ou des extrémités nerveuses; la fl.igellation quand la paralysie affecte les or-

MÉDICATION EXCITATRICE. Hl ganes génilaux; l'ergol de seigle quand il s'agit de stimuler l'utérus. ^ Faisons observer toutefois que ceux des excitateurs que l'on emploie à l'intérieur, et qui, préalablement absorbés, vont porter dans toutes les parties de l'économie leur influence, peuvent, dans certaines circonstances, n'être que difficilement supportés, et éveillent d'ailleurs quelquefois dans des organes sains des stimulations d'autant plus énergiques que les doses ont besoin d'être plus fortes, afin d'éveiller la sensibilité endormie dans d'autres points. Cet inconvénient, peu grave en général, j peut l'être dans quelques cas, et alors il faut recourir à ceux qui, comme l'électricité et la gymnastique, peuvent être dirigés à volonté sur une partie et sur cette partie seulement.

Page 1