‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 31 sur 335 · MANDRAGORE · texte numérisé non relu

MANDRAGORE

Mandragore {Alropa Mandragora, L.), plante très-voisine de la précédente, et jouissant des mêmes propriétés. Elle tire son nom de |iiv*fa, étable, et ifcfjjo,-, nuisible. Elle croit en Italie, en Espagne, etc. Ses racines, fort grosses, semblables à celles de la betterave blanche, souvent bifurquées, ont été comparées aux cuisses de l'homme ; d'où on les a appelées anthropomorphon et semihomo. Matthiole raconte que c'est une sorte de profession en Italie de préparer des racines de Mandragore, et de leur donner des formes humaines. Ses fruits ont le volume d'une

petite pommCj et s'appellent pommes de Mandragore.

On nomme Mandragore mdle, dans les vieux auteurs, une variété à fruits ronds, et femelle celle dont le fruit est allongé. Pallas dit qu'en Sibérie, la Mandragore s'appelle téle d'Adam, et qu'elle est réputée jouir de propriétés surnaturelles (Mérat et Delens).

Les feuilles de cette plante devraient entrer dans le baume tranquille et dans l'onguent populéum : on leur substitue les feuilles de belladone, qui font partie de ces médicaments composés.

La Mandragore, autrefois fameuse parce qu'elle était employée par les magiciens et les prétendus sorciers pour donner des hallucinations bizarres et troubler la raison, se range tout à côté de la belladone pour

ses propriétés toxiques et thérapeutiques ; elle est toutefois beaucoup moins active que cette dernière. Aujourd'hui elle est tout à fait inusitée, parce qu'on peut la remplacer avantageusement, soit par la belladone, soit par les autres solanées vireuses.

DATURÂ.

Le Daliira stramonium (stramoinc, pomme épineuse, endormie, L.), est une plante annuelle, indigène, qui croît dans les lieux incultes et qui fleurit en juin.

Parties usitées. Toute la plante.

Caractères botaniques. Tige herbacée, rameuse, haute de 1 à 5 pieds ; feuilles grandes, ovales, sinuées et pétiolées; fleurs blanches ou violettes très-grandes; calice tubuleux, ventru, pentagone à 5 divisions ; corolle infundibulilorme , dont le tube est long et présente 5 angles, 5 plis et 3 pointes ; stigmate en 1er i cheval ; capsule hérissée de piquants, ovoïde, contenant des graines brunâtres, réniformes et inégales à leur surlace.

L'odeur du Datura stramonium est vireiise et nauséabonde; sa saveur estàcre et amère.

Brandes, en analysant les semences de cette plante, y a découvert un principe immédiat alcaloïde, combiné à l'acide malique, qu'il a nommé daturine. On rencontre cette substance principalement dans les feuilles et dans les semences. On l'obtient en prismes brillants, incolores, groupes. Elle est un peu volatile, soluble dans 280 parties d'eau froide et dans 72 parties d'eau bouillante. I^a da-

turine est soluble aussi dans l'alcool, moins soluble dans l'éther; elle donne des sels qui cristallisent bien. S'.'s effets sont très-analogues à ceux de l'atropine.

Le Datura stramonium a reçu les mêmes applications que la belladone. Ses préparations sont les mêmes, à part le degré d'activité, qui est à peu près double. Il y aura, par conséquent, quelque différence avec la belladone dans l'administration des doses de ce médicament.

Les formes les plus employées sont:

la poudre, l'extrait, les fumigations et la teinture alcoolique.

On compose, avec les semences du Datura, un vin dont la formule est employée à la pharmacopée batave :

Pr. : Semence de Datura

stramonium 2 part.

.\lcool rectifié 1

Vin de Malaga 8

C'est, d'après M. Soubeiran, une fort bonne préparation.

Ce que nous aurions pu dire du Datura stramonium doit s'appliquer îi peu près aux autres espèces, telles que le Datura fasiuusa, le Datura (erox, le Datura rnclel, le Datura lœvis et le Datura arhorea.

HISTORIQUE

L'histoire du Datura, comme celle de la plupart des solanées vireuses, est enveloppée de la plus grande obscurité. Il est évident que Dioscoridc a connu et employé plusieurs plantes de cette famille ; mais les nombreuses discussions qui se sont élevées à ce sujet n'ont pu nous apprendre s'il avait parlé de la belladone, de la madragore, ou du Datura.

ACTroN PHYSIOLOGIQUE DU DATURA.

Pr.s à dose modérée, le Datura stramonium produit de légers vertiges et un peu de propension au sommeil ; l'énergie musculaire est diminuée; la sensibilité est émoussée : dilatation de la pupille, léger trouble de la vue ; accélération du pouls, élévation de la chaleur de la peau ; soif, un peu d'ardeur^de gorge : ordinairement le ventre est relâché, les urines

DATURA

sont plus abondantes; sueurs, quand il n'y a ni diurèse ni dinrrliée. Mais à dose élevée : vertiges, sentiment de faiblesse et d'aifaissement général, stupeur légère; bientôt troubles de la vue, dilatation énorme des pupilles, agitation, spasmes, délire furieux, hallucinations continuelles, insomnie opiniâtre, fièvre vive, peau sèche, chaude, se recouvrant quelquefois d'une éruption scarlatiniforme ; soif ardente, sécheresse et constriction très-douloureuse du pharynx; souvent impossibilité d'avaler; cardialgie, vomissements, quelquefois diarrhée, besoin fréquent d'uriner, peu ou point d'urines. Quand l'intoxication doit devenir fatale, à l'extrême agitation succède le collapsus, le refroidissement, et enfin la mort. Dans les cas les plus heureux et les plus ordinaires, les hallucinations se dissipent peu à peu, le délire cesse, et il ne reste plus de tout cet appareil formidable de symptômes que la dilatation des pupilles, l'obscurcissement de la vue, quelquefois une cécité passagère. On a vu le délire et la cécité persister pendant phisieurs jours, et même plusieurs semaines. Le délire est tantôt gai, tantôt triste, mais il s'accompagne toujours d'hallucinations singulières, de visions fantastiques ; ce qui a valu au Datura stramonium et à la belladone le nom d'herbe aux sorciers, herbe au diable, parce que, dans les siècles d'ignorance, les prétendus sorciers faisaient assister au sabbat des gens superstitieux qu'ils avaient enivrés avec ces plantes vireuses.

Les histoires d'empoisonnement par la stramoine sont communes dans la science. Duguid {Journal de Vandermonde, t. VIT, p. 330) raconte qu'un homme prit par erreur trois fruits du Datura stramonium pour des fruits de bardane, et en fit une décoction dont il prit plusieurs verres à jeun : il éprouva presque immédiatement de graves vertiges, une sécheresse extrême de la gorge, du bégayement, puis une torpeur générale dans laquelle il resta plongé sept heures. Il se réveilla avec un délire furieux ; mais le soir il était rétabli. Au rapport de Franc, de Frankeaau {Ephém. descur. de la nat., 3 déc, an III), un homme qui avait pris une grande quantité de stramoine resta fou pendant dix-huit jours. Dans le même recueil (cent. 9, p. 206), on lit qu'un enfant de huit ans, ayant mangé des semences de Datura stramonium, éprouva tous les signes de la folie, et guérit. Dix enfants de sept à quatorze ans mangèrent de ces mêmes graines : le lendemain, ils étaient tous fous et furieux, et dans un état d'insomnie continuelle. Ils éprouvèrent d'abord une extrême aversion pour les liquides, et bientôt ils se mirent à boire avec avidité. Au bout de trois à quatre jours, ils étaient tous guéris, quoiqu'ils eussent été traités par des médications fort variées. (Annales de littérature médicale étrangère, par Kluyskcns, t. I, p. 381.) Meigs {Journal universel des sciences médicales, t. XLVI, p. 227) l'apporte qu'une petite fille de deux ans et demi mangea une assez grande quantité de semence de stramoine : bientôt survinrent des symptômes singuguliers : gaieté, délire, hallucinations, trouble de la vue ; face d'un rouge plus intense que dans la scarlatine la plus confluente ; gorge sèche et

m MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

comme enflammée ; langue rouge et vernissée ; taches rouges disséminées sur le cou el sur le tronc, démangeaisons. Il serait superflu de rapporter ici les nombreux exemples d'empoisonnements consignés dans les Traités de toxicologie d'Orfda, de Christison, Tardieu, etc.

Nous avons dit tout à l'heure que les prétendus sorciers se servaient de la stramoine pour produire des hallucinations fantastiques et faire assister les pauvres patients aux séances du sabbat ; c'est par le même moyen que les sorciers et enchanteurs procuraient aux amants des jouissances imaginaires. Faber {Stryc/momanin, p. 33) dit comment, avec une espèce de Datura, les Indiens, sous le nom de bartgue, les Arabes et les Turcs sous le nom de maslac ou mastlac, préparent les philtres amoureux. Les femmes de l'Inde font aussi prendre à leurs maris des breuvages composés avec le Datura, non pour exciter leurs désirs, mais pour tromper leur vigilance quand elles ont troublé leur raison [Ephém. des cur. de la nat., 2^ déc, an, VIII, p. 299). Nos annales judiciaires ont retenti d'un procès fameux, intenté contre une compagnie de voleurs connus sous le nom d'endormeurs : ils mêlaient à du tabac de la poudre de semence de stramoine ; puis, dans les lieux publics, ils se plaçaient à côté de gens auxquels ils offraient fréquemment du tabac. Dès qu'ils les voyaient étourdis et délirants, ils les dépouillaient sans obstacle. La poudre de belladone était depuis longtemps employée par les voleurs dans le même but. (Faber, Strychnomania, p. 47.)

Toutes les parties de la plante sont vireuses : la racine, les tiges, les feuilles et les fruits. Les semences contiennent le plus de principes toxiques : l'infusion, la décoction, l'extrait aqueux et alcoolique, et même la fumée de la plante brûlée, exercent sur l'économie une influence fort active.

Il est difficile de dire à quelle dose ces diverses préparations pourront être toxiques. Un centigramme d'extrait, l'infusion de 30 centigrammes de feuilles sèches, suffisent quelquefois pour produire chez un enfant un délire très-intense ; mais il est probable qu'il faudrait une quantité vingt fois plus forte pour causer la mort. Chez un homme adulte,, on provoque du délire avec 20 ou 40 centigrammes d'extrait et l'infusion de 2 à 3 grammes. Pour amener la mort, il ne faudrait pas moins de 2 à 3 grammes d'extrait bien préparé, et de l'infusion de 30 cà 60 grammes.

Injecté en lavement, le Datura, comme tous les agents toxiques qui agissent par absorption, détermine des efl'ets beaucoup plus rapides que lorsqu'il e/st porté dans l'estomac. Appliqué sur la peau dénudée, et même sur l'épiderme, il donne lieu quelquefois à des phénomènes d'intoxication qui peuvent n'être pas sans gravité.

Traitement. La première indication est de ne pas laisser la substance vénéneuse en contact avec les surfaces absorbantes : aussi les vomitifs et les purgatifs seront-ils toujours conseillés, quand le poison sera encore contenu dans le tube digestif. Les acides, les boissons froides, les bains froids et l'opium seront employés avec avantage pour calmer les

DATURA

symptômes nerveux qui seront survenus, en ayant soin de n'administrer ces boissons acides que lorsqu'on aura expulsé par les vomitifs la plus grande quantité de poison possible. On insistera particulièrement sur l'opium, qui, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, constitue l'antidote le plus sûr pour combattre les accidents toxiques, produits par les diverses solanées vireuses.

Ce que nous venons de dire du Datura stramonium s'applique aux autres espèces, telles que le Datura fastuosa, le Datura ferox et le Datura mélel, etc.

ACTION THÉRAPEUTIQUE DU DATURA

La connaissance que l'on avait des propriétés vireuses du Datura stramonium, l'analogie, pour ne pas dire l'identité d'action, de cette plante et de la belladone, engagèrent les praticiens à l'essayer dans des cas où cette dernière réussisait.

Storck {Libelius quo demonstratttr stramonium, etc., etc., Vindobonaî, 1762) passe pour être le premier qui essaya d'utiliser les propriétés actives du Datura stramonium. Il traita cinq malades : deux atteints de folie, un de danse de Saint-Guy, et deux autres d'épilepsie ; le premier malade était une jeune fille de douze ans , folle depuis deux années. Storck commença par 2 centigrammes et demi d'extrait de stramonium matin et soir. 11 y eut de l'amélioration dès la troisième semaine ; on continua pendant deux mois, en augmentant d'un centigramme et demi. Pendant ce traitement, la jeune malade recouvra graduellement la raison. Le second fait n'est pas moins curieux : il s'agit d'une femme de quarante et quelques années, qui, depuis deux ans, éprouvait des vertiges; peu à peu la raison s'était altérée, et il y avait maintenant des accès de fureur. Storck commença par 5 centigrammes ; graduellement il alla jusqu'à 13 centigrammes. Au bout de quatre jours il y avait un amendement sensible. Un mois s'était à peine écoulé, que l'intelligence était parfaite. On cessa la stramoine ; mais peu de temps après la malade mourut, et l'on trouva dans le cerveau un grand nombre d'hydatides. L'état d'une jeune fille atteinte de danse de Saint-Guy fut aggravé pendant l'administration du Datura, et deux épilepsies furent seulement modifiées momentanément.

. Les médecins qui, à l'exemple de Storck, administrèrent le Datura stramonium dans les névroses dont nous venons de parler, n'apportèrent pas toujours dans l'observation des faits la même bonne foi ni la même critique; ainsi Odhélius, médecin de l'hôpital de Stockholm, prétendit avoir traité quatorze épileptiques et en avoir guéri huit et soulagé cinq : un seul n'éprouva aucune amélioration. Mais, à ce sujet, Greding {Mém. de l'Acad. de Stockholm) fait observer avec raison que les malades d'Odhélius étant trop prompteraent sortis de l'hôpital, il

était impossible de rien affirmer de la guérison d'une maladie dont les paroxysmes reviennent à des intervalles si peu calculables.

Toutefois, les incontestables succès obtenus par M. Bretonneau, par Debreyne et par beaucoup d'autres médecins, dans le traitement de l'épilepsie, au moyen de la belladone, dont l'action ne diffère nullement de celle des Datura, doivent rendre les praticiens moins défiants à l'endroit des assertions de Storck et d'Odhélius.

Un assez grand nombre de faits semblent confirmer l'utilité de la .stramoine employée contre la manie. Ainsi Schneider (V. Bayle, Biblioth. thétop., t. 11) guérit, lentement il est vrai, à l'aide delà teinture de Datura stramonium, une dame de cinquante ans atteinte de mélancolie (lémonomaniaque, et une autre femme devenue folle après être accouchée. Bevmrà {Bulkf in des sciences méd., t. XI, p. 343) cite l'histoire d'une femme atteinte d'une manie chronique qui était survenue également après l'accouchement : ayant pris par mégarde des graines de stra:i oine, cette femme éprouva tous les accidents de l'empoisonnement, et fut guérie de sa manie. M. Amelung, chaud partisan du Datura stramonium, en conseille la teinture dans la manie aiguë, mais seulement quand l'agitation violente et les symptômes de pléthore cérébrale ont été calmés. Il cite quatre cas de manie guéris par ce moyen [Journal d'Hufeland, novembre d828).

M. Moreau, de Tours, a spécifié plus nettement qu'on ne l'avait fait avant lui le mode d'emploi du Datura dans le traitement de la folie. C'est surtout dans le cas de monomanie avec hallucination qu'il a fait usage de ce remède, se fondant sur ce fait que le Datura cause des hallucinations, et que la manie avec hallucinations devrait être guérie par le Datura, de la même manière que la plupart des agents irritants sont employés topiquement pour guérir les irritations. Cette application de la médication substitutive avait d'ailleurs été indiquée antérieurement par nous dans le chapitre consacré à l'histoire de la belladone.

Quoi qu'il en soit, M. Moreau a publié dans la Gazette médicale (octobre 1840) un travail plein d'intérêt, dans lequel se trouve justifiée, par l'observation clinique, l'hypothèse thérapeutique qu'il avait voulu vérifier.

Nous ne croyons pas que des médecins aient eu plus que Storck k se louer de l'administration de la stramoine dans la chorée ; mais une névrose beaucoup plus redoutable, le tétanos, a été une fois combattue avec succès par James Begbie [Transact . of the medico-chirurgical Society of Edinburgh, t. I, p. 285). De même que plus tard M. Lenoir a si bien réussi à guérir le tétanos traumatique à l'aide de la belladone. (V. suprà, p. 67.)

Asthme. L'emploi du Datura stramonium dans les névroses, telles que la manie, l'épilepsie, la danse de Saint-Guy , n'a pas toujours réussi entre les mains de la plupart des médecins qui ont répété ces essais ;

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mais rincontestable efficacité de ce médicament dans l'asthme et dans les névralgies, le place toujours au rang de ceux sur lesquels la Ihérapeutique peut le mieux compter.

î L'usage de fumer une espèce de Datura {méiel fastuosa), pour guérir l'asthme, est populaire dans les Indes orientales, si l'on en croit Sims {The Edinburgh med. and. surg. Journal, t. YIII, ann. 1812). Le docteur Anderson, médecin à Madras, qui le recommandait beaucoup , en remit à un officier général anglais, qui en apporta en Europe en 1802, et en donna à M. le docteur Sims. Celui-ci en lit fumer à une jeûne phthisique et à un médecin asthmatique, qui furent notablement soulagés.

Le Datura stramonium, seul employé en Europe, jouit de propriétés identiques. Le même négociant raconte qu'un médecin était souvent réveillé tout à coup, vers deux heures du matin, par un accès de suffocation qui semblait devoir le faire périr, et qui durait de trente-six à soixante douze heures. L'accès fut supprimé immédiatement, puis toujours prévenu par l'usage du Datura stramonium fumé en guise de tabac. (Ibid.) M. English rapporte dans le même journal (t. VII, ann. 1814) que sujet lui-même à des accès d'asthme extrêmement violents que rien ne soulageait, il fut guéri immédiatement en fumant du Datura stramonium. Il était employé de la même manière et avec le même succès par Christie, médecin en chef des hôpitaux de Ceylan. Ce praticien cite le cas d'un M. Ebert, atteint depuis deux ans d'un asthme nocturne; l'accès était guéri ou prévenu lorsque le malade fumait du Datura fastuosa. [lôid. , t. VII, ann. 1811.)

Les faits plus récents, observés et publiés par Kriraer {Journal complet du Dict. des sciences méd., t. V, p. 375), confirment ceux que nous venons de rapporter. Ce médecin cite cinq histoires d'asthmatiques guéris en fumant du Datura stramonium. Meyer [Journal d' Hufeland, avril 1827) recommande le même moyen, dont il s'est bien trouvé dans les asthmes spasmodiques. Nous avons vu l'illustre Laennec et M. Gayol se servir du même remède avec avantage dans des cas semblables. Ultérieurement M. Mirande a encore publié de nouveaux faits {Bulletin de Thérap., t. XIII, livraison.)

A l'appui de ces faits, nous pouvons ajouter ici les résultats de notre propre expérience; aussi nous croyons-nous parfaitement autorisés à proclamer l'efficacité vraiment remarquable du Datura stramonium employé et fumé contre l'asthme. Or, par le mot asthme, nous n'entendons pas une difficulté de respirer permanente et liée à une lésion organique et inamovible des organes de la circulation ou de la respiration, mais bien seulement une dyspnée souvent extrême et essentiellement intermittente ou rémittente, dyspnée que n'explique aucune lésion matérielle appréciable du cœur ou des poumons; dyspnée toute nerveuse, mais qui peut quelquefois se montrer aussi comme phénomène accessoire et non nécessaire dans les affections organiques diverses de la poitrine.

Les deux premiers malades que nous ayons traités par ce moyen

offraient tous deux des symptômes identiques, et tons deux ont été temporairement guéris.

L'astlime chez eux était franchemement intermittent ; l'accès débutait brusquement tous les soirs à dix ou onze heures pour durer jusqu'à quatre ou cinq heures du matin : son intensité était telle , que les malades étaient obligés de se tenir debout , et de s'accrocher aux meuliles pour pouvoir respirer. Dès que l'accès était terminé, la respiration devenait calme et, pendant tout le jour, ces deux ma.lades pouvaient vaquer à leurs occupations , marcher , courir , monter les escaliers sans éprouver plus d'essoufflement que les personnes les mieux portantes et les plus habituées aux exercices violents. Cet état durait pendant huit jours, un mois et davantage, puis il y avait un temps de calme, et ensuite les accès recommençaient. L'un d'eux, depuis sept mois, l'autre depuis quatre, n'avaient pu se coucher. Nous leur fîmes fumer du Datura stramonium, et, à la lettre, l'accès fut guéri à l'instant même, au point que dès la première nuit ils purent se coucher et dormir sans oppression. Depuis plus de vingt ans, ces malades ont éprouvé de temps en temps des retours de leur asthme,, mais ils fument du Datura dès qu'ils en éprouvent les premières atteintes, et peu de temps suffit pour les calmer. C'est donc dans cette forme particulière de l'asthme que le Datura réussit le mieux, mais il s'en faut qu'il guérisse toujours même dans ce cas ; si nous avons souvent réussi, souvent aussi nous avons échoué ; mais quelquefois d'autre part, dans l'asthme spasmodique non intermittent qui cède en général moins bien au Datura, nous avons vu ce médicament calmer les accidents avec autant de rapidité que dans l'asthme nocturne. L'influence du Datura sur les individus atteints d'asthme essentiel a quelque chose de presque miraculeux dans les premiers mois et les premières années de l'emploi du médicament ; mais si la maladie est grave, et si elle revient souvent , peu à peu le Datura perd la propriété de modérer les accès, et il finit même par devenir tout à fait sans action. Ce moyen est encore employé avec avantage pour calmer la toux et la dyspnée des phthisiques, des malades atteints de catarrhe et de maladies du cœur , lorsqu'ils éprouvent de temps en temps de l'oppression que l'on doit rapporter à une modification nerveuse plutôt qu'aux lésions organiques graves que l'on a pu constater chez eux.

Nous faisons habituellement mêler des feuilles de Datura à parties égales de feuilles de sauge. On fume avec une pipe ou avec de petites cigarettes de papier. La dose de feuilles sèches de Datura est pour chaque pipe de 75 centigrammes à 1 gramme. On en fume une ou plusieurs par jour, suivant le besoin. Pour les hommes qui font un usage habituel du tabac, on mêle le Datura au tabac lui-même. On peut encore faire brûler des feuilles sur des charbons et en répandre la fumée dans la chambre du malade.

Le Datura entre dans la plupart des cigarettes ou tubes antiasthma-

DATURA. 209 tiques; nous avons donné à l'article Belladone la formule de celles qui sont le plus souvent employées.

Les inspirations de vapeur d'eau chaude chargée deDaturastramonium conviennent aussi, mais sont loin d'être aussi actives ; elles ne peuvent d'ailleurs être employées quand la suffocation est extrême, car elles augmentent momentanément les accidents dyspnéiques.

Quant à l'administration interne de ce médicament dans les cas de dyspnée, nous n'avons jamais eu à nous en louer que lorsque nous employions le Datura suivant la méthode adoptée par M. Bretonneau pour la belladone (voy. suprà), et M. Skipters [Transactions o'f the médical and physical Society of Calcutta, v. 1, 1827), médecin aux Indes orientales, raconte qu'il a guéri deux personnes d'un asthme spasmodique extrêmement violent, en leur faisant boire de l'infusion d'une once d'écorce de racine de Datura fastuosa dans une livre et demie d'eau, que l'on réduisait à une livre ; il donnait à la fois deux onces de cette décoction, dose qui nous semble exagérée.

Coqueluche. Parmi les affections spasmodiques des organes respirateurs, la coqueluche tient à coup sûr le premier rang; le succès que l'on avait obtenu de l'administration de la belladone dans cette maladie engagea les praticiens à prescrire le stramonium dans le même cas, et avec un égal avantage. Il en est de même pour les toux nerveuses qui s'accompagnent ou non de lésions organiques du larynx ou des poumons. Dans ces diverses circonstances, le Datura se donne à l'intérieur sous forme d'extrait, de teinture ou d'infusion, ou bien encore en fumée, comme pour l'asthme, ou en fumigation de vapeur, que l'on inspire à l'aide d'un appareil particulier.

Névralgies. L'emploi du Datura stramonium dans le traitement des névralgies est aujourd'hui au nombre des médications les plus efficaces et dont l'utilité soit le moins contestable. Lentin rapporte (Journal de Hufeland, t. IX) qu'il a traité quatorze personnes atteintes du tic douloureux sans pouvoir en guérir une seule radicalement ; le seul remède dont il ait eu à se louer est la teinture de stramoine administrée à l'intérieur, à ]a dose de 4^ ou 5 gouttes toutes les trois ou quatre heures. Les observations de James Begbie déposent dans le même sens [Transactions of the medico-chirurgical Society of Edinburg/t, t. I, p. 285) : ce praticien donnait l'extrait de stramoine à la dose de 1 centigramme et demi, quelquefois de 10 centigrammes, toutes les trois ou quatre heures. Les faits rapportés par Wendestadt de Henfeld déposent dans le même sens. [Bulletin de Tkér., 1837, huitième livraison.) Marcet, médecin de l'hôpital de Guy, à Londres, guérit dans l'espace de trois semaines, avec? centigrammes d'extrait de Datura stramonium par jour, une femme de trente ans, atteinte depuis plusieurs mois d'une sciatique très-grave; une autre femme de quarante-huit ans, souffrant depuis deux

ans de la même maladie, fut guérie par le même moyen. Il soulagea et guérit de même plusieurs tics douloureux de la face, des douleurs ostéocopes rhumatismales. {Medico-chirurgical transactions of London, t. VII, 1816.) Kirchoff employait la teinture de stramoine en frictions sur le trajet du nerf douloureux ; il faisait pratiquer douze à quinze fois par jour des frictions avec la teinture alcoolique de Datura sur la partie douloureuse. Ces frictions doivent être continuées quelque temps après la guérison de la maladie. 11 cite quatre cas remarquables qui témoignent de l'efficacité de cette méthode. La plus récente de ces maladies dont il rapporte l'observation durait depuis neuf mois. {Arxhives générales de médecine, t. XIV, p. 373.)

Nous avons nous-mêmes employé bien souvent le Datura stramonium dans les névralgies et surtout dans celles de la face, du cuir chevelu et du cou, et c'est un des médicaments sur lesquels nous comptons le plus. Nous l'employons moins à l'intérieur qu'extérieurement : nous appliquons sur le lieu douloureux tantôt des emplâtres composés de 2 grammes d'extrait alcoolique, auquel nous faisons ajouter quelquefois 25 ou 30 centigrammes d'hydrochlorate de morphine, tantôt des compresses épaisses imbibées d'une décoction chargée de 30 grammes pour .'lOO grammes d'eau, tantôt nous faisons faire des frictions avec la teinture, suivant la méthode de Kirchoff ; quelquefois nous préférons une pommade que nous composons avec parties égales de cérat et d'extrait alcoolique. L'application du médicament doit être longtemps continuée, lors même que toute douleur a cessé. Nous devons dire que nous n'avons jamais obtenu de bons elfets de ces moyens dans les névralgies profondes, telles que celles du plexus brachial et du nerf sciatique. Nous ajouterons que nous avons complètement échoué dans quelques cas de névralgies de la face, qui duraient depuis un grand nombre d'années. En un mot, il est évident pour nous que si, par ce moyen, on triomphe aisément des névralgies superficielles et peu invétérées, il faut, dans celles qui sont plus profondes et plus anciennes, recourir h l'application delà morphine sur le derme dénudé, ou à d'autres méthodes de traitement. D'autre part, nous avons plusieurs fois essayé d'appliquer sur la peau dépouillée de son épiderme l'extrait alcoolique de Datura stramonium au lieu de morphine ; par ce moyen, nous avons obtenu des résultats extrêmement satisfaisants, surtout dans les névralgies profondes; mais le contact de l'extrait avec le chorion est assez douloureux, et quelquefois nous nous sommes vus forcés de renoncer à cette utile médication.

Les injections sous-cutanées de Daturine peuvent être employées ici comme celles d'atropine. (Voir à l'article Belladone.)

Rhumatisines. L'efficacité du Datura dans le rhumatisme est aussi peu contestable. C'est à l'exemple de Marcet, de Londres [vide supra), qui avait traité et soulagé par l'administration intérieure de la stramoine un lumbago très-grave, que d'autres médecins, et, entre autres,

DATURA

M. Alex. Lebreton, de Paris, ont essayé de guérir par les mêmes moyciis les rhumatismes interarticulaires et même les rhumatismes articulaires les plus aigus. M. Lebreton fait prendre aux malades 1 centigramme et demi d'extrait de semences de stramoine toutes les trois heures, jusqu'à ce que le délire survienne : ce phénomène obtenu, il diminue la dose de manière à laisser persister le délire au môme degré pendant deux, trois ou quatre jours, puis il cesse tout à coup. Par cette héroïque médication, qui, d'après nos propres expériences, est tout à fait exempte de danger, il prétend guérir en peu de jours les rhumatismes synoviaux, fébriles et généralisés. Nous avons nous-mêmes répété ces curieuses expériences, et nous avons obtenu des succès. Le Datura d'ailleurs ne diffère pas, dans ce cas, de la belladone, que nous avons donnée avec autant d'avantage, mais seulement à dose plus élevée ; nous répéterons d'ailleurs ici ce que nous avons dit à l'article Belladone, c'est qu'il faut, dans le rhumatisme, donner concurremment les purgatifs drastiques et les solanées vireuses à haute dose.

Dans les rhumatismes interarticulaires et dans les rhumatismes articulaires chroniques, aussi bien que dans les sciatiques chroniques, nous -avons eu beaucoup à nous louer de l'administration de pilules composées de 5 milligrammes d'extrait de stramoine et d'opium. Nous donnons ces pilules de deux à dix par jour, jusqu'à ce que la vue soit nota, blement troublée, et nous en continuons l'emploi pendant quinze jours ou un mois, même après l'entière disparition de la douleur.

Douleurs. Quelles que soient la cause et la nature de la douleur, on peut la combattre par l'usage externe et interne de la stramoine^ soit en potions, soit en cataplasmes, etc., etc., et c'est ici le cas de répéter que le Datura peut tout ce que peut la belladone, et qu'il jouit seulement de propriétés plus actives. Nous renverrons donc à ce quB nous avons dit de la belladone ; mais nous répéterons encore que le Datura, qui croît partout en abondance, devrait être préféré à cette dernière dans l'usage général.

Maladies des yeux. La Daturine jouit, comme l'atropine et l'hyoscyamine, du pouvoir de dilater la pupiUe. Suivant M. Lemattre, son intensité d'action serait moindre que celle de l'atropine, mais plus élevée que celle de l'hyosciamine. Jobert (de Lamballe) croyait au contraire que la Daturine était la plus active, et conseillait de la préférer à l'atropine pour cet usage; peu importe, ceci ne serait qu'une question de dose, mais ce qui fera peut-être donner plus tard la préférence à la Daturine, c'est qu'elle semble ne pas être un irritant local comme l'atropine.

médicaments synergiques dn Datura. Les solanées jouissant presque toutes des mêmes propriétés, la belladone, la jusquiame et le tabac y sont associés avec avantage.

2)2 MEDICAxMENTS STUPÉFIANTS.

iHéclicnments antagouistcs. L'opium est antagoniste du Datura comme de la belladone.

Antidotes. Le tannin et la teinture de noix de galle sont les contrepoisons chimiques du Datura.

MODE d'administration ET DOSES.

Le Datura se donne en substance, en extrait, en infusion, en décoction, en teinture, et la Daturine en injections sous-cutanées. Toutes les parties de la plante ont une grande activité : les semences sont plus actives que tout le reste. La poudre et l'extrait de Datura se donnent à la dose de 5 cà 30 centigrammes dans les vingt-quatre heures. En infusion et en décoction, pour l'usage interne, il est dangereux d'aller à plus de 1 gramme à 1 gramme et demi pour 250 grammes d'eau. La teinture se donne à la dose de 2 à 20 gouttes. Mais pour l'usage externe, il est impossible de préciser les doses, qui peuvent être considérablement augmentées sans aucun inconvénient grave, à moins qu'on ne les applique sur le derme dénudé ou sur une surface ulcérée.

La Daturine est le principe actif du Datura; elle cristallise facilement, elle se distingue, d'après M. Planta, en ce qu'elle n'est pas précipitée de ses dissolutions par le chlorure de platine, et en ce qu'elle précipite en blanc par le chlorure d'or.

La Daturine possède les mêmes propriétés que l'atropine ; comme celle-ci, elle dilate la pupille, mais la dilatation n'est pas persistante : aussi la préfère-t-on lorsqu'on veut disposer l'œil cà certaines opérations chirurgicales. En injections sous-cutanées, elle se donne à la dose de 1 à 5 milligrammes.

TABAC

MATIÈUE MÉDICALE.

Le Tabac (nicotiane, petun, herbe à la reine, berbo à tous mau.x) est fourni aujourd'lmi parplusienrs es[)&ccs du genre nicoliana, originaires de ['.Amérique méridionale et cultivées en France. Ce sont les nicoliana longifulia , nicoliana paniculata et nicoliana ruslica. La première espèce n'est autre que l'ancien nicoliana tabacum, dont l'épitbète était devenue un centre-sens. Elle se distingue, comme on sait, par ses grandes corolles bypocratéril'ormes de couleur rose. La seconde espèce est voisine de la précédente. Enfin, la troisième se reconnaît aisément à ses feuilles plus courtes, et à ses fleurs d'un jaune un peu verdàtre.

Du reste, les caractères génériques sont : un calice urcéolé quinquélide, de

beaucoup dépassé par la corolle en entonnoir, régulière, quinquéfide aussi; sigmate émarginé; capsule ovoïde à deux loges polyspermes.

Parties usitées. Les feuilles.

Posselt et Reimann ont également trouvé dans les feuilles du Tabac une substance alcoloïde, qui paraît en être le pi'incipe actif. Ils l'ont nomméewt'co^janf'ne ou nicotine Etudiée par M^L Henry et Boutron, elle offre les caractères suivants: Liquide, volatile, s'altérant facilement et se colorant en brun au contact de la lumière ; soluble dans l'eau, dans l'alcool et dans l'étlier; se combinant très-bien avec les acides. Elle dilate la pupille au lieu de la contracter.

Le Tabac est peu usité comme médi-

TABAC

cament; ses propriétés irritantes sont pins prononcées que dans les autres soianées vireuses. On l'emploie en lotions et fomentations, surtout en fumigations et en lavements ; ce sont les formes les plus ordinaires. On compose aussi im sirop et un vin de Tabac. L'emploi médical du nicoiiana tabacum paraît devoir acquérir un peu plus d'importance. Le nicotiana rusiica, qu'on trouve assez abondamment dans nos campagnes, peut lui servir de succédané.

Ce sont les feuilles de Tabac telles que la plante les fournit qui doivent être employées en médecine; elle n'ont pas l'odeur âcre, forte et particulière du Tabac préparé; celui-ci s'obtient en humectant les feuilles sèches avec une solution de sel marin; quelques fabricants y ajoutent du sucre, de la mélasse, une décoction de figues ou du suc de réglisse; celui de la régie n'est préparé qu'avec l'eau salée.

Même préparation que pour la belladone.

D'après l'analyse de Vauquelin, les feuilles de Tabac renferment de l'albumine, du malate acide do chaux, de l'acide acétique, du chlorure de potassium, du

chlorhydrate d'ammoniaque, un principe âcre volatil nommé depuis nicotine, et qu'on prépare en distillant les feuilles de Tabac avec de la potasse et de la soude.

La nicotine C^OH^Az'^ (Riche) jusqu'à ce jour n'a joué de rôle important qu'en toxicologie ; toutefois elle est quelquefois utilisée en fomentations ou eu injections.

Teinture de nicoline (Gowe).

Nicotine »... 1 grara.

Alcool 50

Imbiber des compresses de cette teinture et les appliquer loco dolenti.

Injection de nicoline (Paresi).

Nicotine 60 centig.

Eau distillée 3G0 gr.

Mucilage 30

Avec 13 grammes d'abord, puis 30 grammes de cette dissolution, faire des inj(^ctions dans la vessie contre la paralysie de cet organe.

HISTORIQUE

La découverte du Tahac ne date que du seizième siècle ; d'abord importée en Europe, oii son usage habituel devint un objet de mode, cette plante n'entra que plus tard dans le domaine médical.

A l'exemple de tous les auteurs qui nous ont précédés, nous distingonsle Tabac des autres solanées vireuses, tant par ses propriétés toxiques que par ses qualités thérapeutiques. Nous ne saurions dire jusqu'à quel point cette distinction est bien fondée ; car, en lisant attentivement les travaux des toxicologistes et les histoires d'empoisonnements chez l'homme, en tenant compte des résultats thérapeutiques obtenus par l'administration du Tabac, nous sommes restés convaincus que le Tabac ne possédait réellement pas beaucoup plus de propriétés irritantes que la stramoine et la belladone, et qu'il pouvait être employé en médecine à peu près dans les mêmes circonstances. Ici pourtant nous devons faire une remarque importante, c'est que le Tabac, par les préparations qu'on lui fait subir dans les manufactures, acquiert des qualités irritantes qui lui sont étrangères ; mais nous ne voulons parler ici que des propriétés de la plante telle qu'on la recueille, et préparée comme elle l'est dans toutes les officines.

ACTION PHYSIOLOGIQUE DU TABAC

Que l'on fume des feuilles de Tabac, de stramoine ou de belladone, on éprouve des effets identiques, à la violence près. Vertiges, ivresse,

trouble de la vue, nausées, vomissements, souvent diarrhée ; l'infusion, la poudre, l'extrait de la plante, produisent encore des effets toxiques tellement semblables, qu'il serait impossible de les distinguer. C'est ce dont on peut se convaincre en lisant les détails des expériences d'Orfda, de Brodie, etc., etc.

Le Tabac employé, même comme agent thérapeutique, peut avoir des inconvénients graves et produire de véritables empoisonnements. Il faut surtout se défier des décoctions de Tabac administrées en lavement ; 8 grammes employés de cette manière ont causé la mort d'un enfant de de quatorze ans, et des doses de 30 à 60 grammes ont suffi pour faire périr des adultes. (Tardieu, Empoisonnement, p. 778.)

Le même fait s'est présenté, même avec du Tabac employé comme topique, soit à la suite d'application de jus de Tabac sur un exanthème chronique du cou, et sur un ulcère teigneux. On a observé également des accidents, après avoir déposé du Tabac en poudre sur une plaie de la cuisse, après l'enveloppement des membres avec des linges imprégnés de décoction de Tabac, et enfin après des onctions faites sur la tête d'enfants avec un mélange de beurre et de Tabac destiné à tuer ^es poux. (Tardieu, id.)

Le Tabac à priser détermine sur la muqueuse olfactive non-seulement la sensation de son odeur, qui est bien connue ; mais il détermine une irritation suivie bientôt d'éternuments et d'une sécrétion abondante de mucus, et ce n'est qu'cà la longue que l'on obtient la tolérance que présentent les priseurs.

Le Tabac fumé détermine une sécrétion abondante de mucus buccal, puis des nausées et des vertiges, et souvent des vomissements et un peu de diarrhée, qu'on évite rarement quand on commence à fumer. On dit même qu'il a suffi de plusieurs pipes fumées coup sur coup pour déterminer la mort. (Marshall-Hall, Gmelin.) Peu à peu la tolérance s'obtient et les fumeurs arrivent à ne plus ressentir ces effets et même à ne plus cracher. Toutefois, même chez les fumeurs les plus habitués, l'excès amène des troubles de la digestion, de l'anéniie, des névroses multiformes, de l'étouffcment, des palpitations, des spasmes bronchiques, de la gastro-entéralgie (Praag) et, suivant Beau, l'angine de poitrine. M. Jolly prétend même que cet excès amène une sorte de cachexie et une véritable déchéance de l'espèce.

Le Tabac à chiquer amène également une irritation de la muqueuse buccale, et les chiqueurs ne se mettent à l'abri d'une intoxication réelle qu'en crachant continuellement, à mesure que la salive s'imprègne des principes du Tabac.

Le principe actif du Tabac est la nicotine. Cet alcaloïde paraît avoir été connu, il y a deux siècles, des Florentins, comme il ressort d'une citation très-intéressante faite par M. Tardieu (p. 778). « Quelques-uns, néanmoins, pour prouver qu'il est vénéneux, objectèrent l'expérience de certaine quintescence du Tabac, qui fut apportée de Florence à Paris,

TABAC

il y a quelque temps, dont une seule goutte introduite dans une piqûre faisait mourir à l'heure môme. » (Baillard, Discours du Tabac et de ses divers usages en médecine, 1693.)

Toutefois, la nicotine n'est bien connue que depuis les travaux de MM. Barrai, Schlœsing et Stas. C'est un poison des plus violents. Quelques gouttes de nicotine pure, une seule peut-être, instillées dans la bouche, donnent instantanément la mort. (Tardieu, p. 783.)

Analyse de r action de la Nicotine. 11 faut remarquer tout d'abord que lorsqu'on emploie la nicotine à des doses assez faibles pour ne pas déterminer la mort, loin d'observer des accumulations de doses, on voit l'organisme être de moins en moins sensible à l'action de cette substance, et qu'il faut en augmenter progressivement la dose pour en obtenir les mêmes effets.

A petite dose, la nicotine active la respiration et rend les contractions du cœur plus énergiques et plus fréquentes. Ces actions se produisent par l'intermédiaire du pneumo-gastrique, car si l'on coupe ce nerf, l'excitation cardiaque disparaît. (Cl. Bernard.)

A dose forte, la nicotine produit encore l'excitation du cœur^ mais cette excitation est bientôt suivie de la paralysie du cœur, des nerfs vasomoteurs et des centres nerveux, c'est-à-dire des centres d'origine des nerfs voso-moteurs. (Sée, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie, t. V, art. Asthme, p. 713, 1865.)

La nicotine ne paraît pas avoir sur la pupille la même action que le? autres solanées. La dilatation de la pupille avait été signalée dans certains empoisonnements par Orfila, MM. Bernard et van der Corput. D'autres avaient constaté un rétrécissement, c'étaient van Praag et Braun. Reil avait été en quelque sorte éclectique; il avait signalé un rétrécissement suivi au bout d'une demi-heure de dilatation. Il fallait donc reprendre ces expériences à nouveau. C'est ce qu'a fait M. Hirschmann ; il a opéré sur des lapins, des chats, des chiens, des pigeons et des poules, en môme temps qu'il a varié le mode d'administration, faisant pénétrer le médicament, tantôt par la conjonctive, tantôt par la bouche, tantôt par l'anus. Il déclare que, dans ses expériences, il a vu constamment la pupille se rétrécir, et que jamais il ne l'a vue se dilater. Voulant ensuite connaître le mécanisme de ce rétrécissement de l'ouverture pupillaire, il a institué une nouvelle série d'expériences, desquelles il croit pouvoir conclure que cette action de la nicotine sur la pupille est le résultat d'une paralysie du muscle dilatateur, produite elle-même par une paralysie de l'extrémité périphérique des nerfs qui s'y rendent, comme il l'admet pour l'action de l'opium et du curare. {Bulletin de Thérapeutique, 1863, t. II, p. 561.)

ACTION THÉRAPEUTIQUE DU TABAC

En thérapeutique, le Tabac a été jadis beaucoup plus employé que de nos jours, et nous sommes convaincuo que ce médicament n'a pas de

propriétés spéciales assez importantes pour occuper une grande place dans la matière médicale, si l'on y conserve les autres solanées vireuses; les praticiens en resteront probablement aussi persuadés que nous par la lecture de ce qui va suivre.

1° Maladies des centres et des conducteurs nerveux. Bocrhaave conseillait les applications de feuilles fraîches de Tabac sur le front et sur les tempes dans les douleurs névralgiques ; le même moyen, ou mieux l'application de la décoction ou de l'extrait, est utile encore pour calmer les douleurs de la goutte ou du rhumatisme alors que la douleur est superficielle. Dans les odontalgies, les collutoires de décoction de Tabac, les frictions des gencives avec l'extrait de cette plante ont de grands avantages, et de plus grands que l'usage de la pipe et de la chique, conseillé également dans ce cas.

Quant aux affections des centres nerveux, elles ne sont pas combattues par le Tabac avec le même avantage, quoi qu'on ait pu dire des succès obtenus dans le traitement des paralysies^ etc.

Le Tabac avait déjà été recommandé au dix-septième siècle, ainsi qu'on peut le lire dans l'ouvrage de Zvinger (1696) comme un moyen efficace dans le traitement des paralysies ; mais c'est surtout, dans ces derniers temps, M. Fischer [Hufeland Journa}, 1838) qui a appelé l'attention des praticiens sur ce remède énergique. Il rapporte plusieurs observations qui lui paraissent prouver que le Tabac, à petites doses, et employé avec persévérance, a une action stimulante sur le cerveau, le cervelet et la moelle épinière, et qu'il réussit dans l'incontinence d'urine causée par la paralysie du sphincter de la vessie, comme dans la paralysie des membres inférieurs. Il serait important de répéter ces expériences. Toutefois les résultats auxquels est arrivé M. Bretonneau, dans les mêmes circonstances, avec la belladone, donnent lieu de penser que les assertions de M. Fischer seront confirmées par les travaux ultérieurs.

Nous ne croyons pas qu'on puisse conseiller ce médicament dans les affections soporeuses, sans courir le risque d'augmenter les désordres cérébraux. Mais si l'on s'en rapporte au témoignage de Thomas, confirmé par Anderson, le tétanos aurait quelquefois cédé à l'emploi du Tabac. Thomas ne conseillait que les lavements de fumée. Anderson appliquait les feuilles fraîches de Tabac sur les muscles qui étaient plus particulièment convulsés, en même temps qu'il faisait, sur la plaie, des fomentations avec la décoction de la plante. Il donnait aussi des lavements avec cette même décoction et avec la fumée.

Tout récemment, Haughton, Tyrrell, de Dublin, et Harrisson, de Liverpool, s'iennent d'obtenir de nouveaux succès, soit en appliquant sur la plaie une infusion feuilles, soit en administrant la nicotine à dose extrêmement petite, un trentième de goutte à la fois. [Bulletin de Thérap., 1865, t. II, p. 331, et 1867, 30 novembre.)

TABAC

Dans certaines céphalalgies, celles surtout qui semblent liées à un état de sécheresse extrême de la membrane pituitaire, l'usageduTabac à priser a été conseillé, et tous les jours on peut constater l'utilité de cette médication; par contre, chez beaucoup d'autres personnes, la déplorable habitude qu'elles ont prises d'introduire sans cesse de la poudre de Tabac dans le nez, entretient sur la membrane muqueuse un état d'hyperhémie et une céphalée qui en est la conséquence.

2° Appareils des sens. Ce que nous venons de dire fait assez voir à combien d'accidents s'exposeraient ceux qui, ayant déjà une affection chronique des narines, continueraient l'usage du Tabac en poudre. Quelquefois, dans nos hôpitaux, nous voyons les dartres rongeantes du nez et de la face ne pas reconnaître d'autres causes déterminantes

D'un autre côté, l'usage du Tabac peut être utile pour augmenter les sécrétions nasales, les ramollir et faciliter la respiration par le nez. Quelques personnes ont toujours la voix nasonnée quand elles ne font pas usage de Tabac.

Le larmoiement qui tient à l'endurcissement du mucus de la partie inférieure du canal nasal peut encore être avantageusement combattu par le Tabac à priser; c'est de cette manière qu'il faut entendre ce proverbe que le Tabac éclaircit la vue. Le médecin doit encore conseiller cette médication comme moyen révulsif utile dans certaines ophthalmies chroniques. Le mal est à côté du bien, car chez les gens que la poudre de Tabac irrite trop, il peut survenir des maladies des fosses nasales, comme nous l'avons dit plus haut, qui, se communiquant aux voies lacrymales, finissent par amener des tumeurs ou des fistules.

Les catarrhes de la trompe d'Eustache et ceux du tambour sont quelquefois avantageusement modifiés par la fumée du Tabac. Le malade remplit la bouche et le pharynx d'une grande quantité de fumée, puis, fermant le nez et la bouche, et faisant un grand effort d'expiration, i chasse à plusieurs reprises la fumée dans l'intérieur de l'oreille.

C'est un usage vulgaire dans les campagnes, de traiter la gale des animaux domestiques, leurs diverses affections pédiculaires, et les maladies chroniques aont leur peau peut être le siège, par des lotions faites avec une décoction de Tabac, ou bien encore par des pommades dans lesquelles le Tabac en poudre entre en grande proportion. Cette médication est évidemment utile, et les gens du peuple, appliquant à eux-mêmes une pratique que l'expérience avait sanctionnée chez les animaux, traitent souvent par les mêmes moyens, et avec succès, la gale et certaines dartres. Ils détruisent de la même manière et avec la même facilité les poux et les morpions. Mais lorsqu'on applique sur tout le corps une forte décoction de Tabac, ou de la pommade dans laquelle la poudre de cette plante entre pour une grande proportion, il peut en résulter, par le fait de l'absorption, des accidents redoutables d'empoisonnement. Ces accidents surviennent principalement quand le derme est dénudé, comme dans les teignes,

dans les gales accompagnées de pustules. On lit dans Stoll, dans le Journal de Vandermonde, dans l'histoire de la Société royale de médecine, des observations qui doivent nous rendre prudents sur l'emploi du Tabac appliqué sur la face cutanée.

3" Maladies de l'appareil respiratoire. Dans l'asthme nerveux, l'usage de fumer du Tabac est souvent aussi utile que l'emploi du datura suivant le môme mode. L'extrait de cette plante a encore été conseillé dans la toux férine, dans la coqueluche; mais évidemment, dans tous ces cas, le datura stramonium et la belladone sont préférables.

M. Szerlecki a constaté, par un grand nombre d'expériences, l'efficacité du Tabac dans l'hémoptysie active.

M. Bauer a aussi observé les plus heureux effets de l'emploi de la teinture de nicotiane dans le traitement de cette maladie.

C'est, d'un côté, par son effet sédatif sur la circulation (expériences de Schubart) ; de l'autre, par la dérivation sur les plexus nerveux, gastriques (analogue à l'action de l'ipécacuanha à petites doses), que le Tabac peut être très-salutaire dans l'hémoptysie.

Aspliyxie. La fumée du Tabac en lavement a été particulièrement conseillée dans le traitement de l'asphyxie, et surtout dans celui de l'asphyxie par submersion. C'est vers la fin du siècle dernier que les travaux de Pia, échevin de Paris, et que les discussions acerbes qui s'élevèrent à ce sujet donnèrent aux lavements de Tabac une importance extrême dans le traitement des noyés. En vain Portai donna-t-il d'excellentes raisons pour prouver non-seulement l'inutilité, mais encore le danger de ces lavements; sa voix ne fut pas écoutée, et de nos jours encore les lavements de Tabac sont employés pour secourir les noyés. Nous partageons, à cet égard, entièrement l'avis de Portai, et nous pensons qu'avant de préconiser un moyen certainement dangereux, il eût été convenable de faire quelques expériences comparatives, ce qui n'a jamais été fait.

Depuis Stessor, qui a publié à la fin du dix-seplième siècle un livre où il décrit un grand nombre d'appareils fumigatoires pour introduire de la fumée de Tabac dans le rectum, jusqu'à nos jours, une multitude de machines plus ou moins ingénieuses ont été successivement essayées et abandonnées. L'instrument le plus simple de tous est certes celui de Gaubius : c'est un soufflet de cuisine dont le tuyau est garni de cuir pour ne pas blesser l'intestin, et à l'àme duquel on adapte un entonnoir. La fumée de Tabac est reçue dans l'entonnoir, introduite dans l'appareil par l'écartement des valves du soufflet, et poussée ensuite doucement dans le rectum.

Maiddies de l'appareil digestif. A l'époque oii les lavements de fumée de Tabac avaient acquis une faveur si grande, on ne les conseilla pas seulement dans le traitement des asphyxiés, mais encore dans celui de

TABAC. m

plusieurs maladies très-graves du canal intestinal. Ainsi l'iléus, la bernie étranglée, la colique de plomb, la tympanite, la dysenterie, furent soumises aveuglément à la même médication.

Déjà Sydenham avait préconisé les lavements de fumée de Tabac dans l'iléus ; Martens et ScbœfTer vinrent ensuite ajouter leur témoignage à l'imposante autorité de Sydenham : ce moyen, conservé jusqu'à nos jours, semblera bien insuffisant à qui connaît les causes mécaniques et si souvent inamovibles qui donnent le plus souvent naissaïKe aux symptômes dont la réunion a reçu le nom d'iléus. Toujours est-il que si l'iléus reconnaît pour cause un pincement de l'intestin ou une contraction spasmodique d'une portion du tube digestif, la fumée ou la décoction de Tabac, administrées en lavements, pourront avoir quelquefois les mêmes avantages que dans la hernie étranglée.

SchœfTer est le premier, que nous sachions du moins, qui ait conseillé dans la hernie étranglée les lavements de fumée de Tabac. Les auteurs du siècle dernier se sont tous accordés sur ce point, que le Tabac était utile dans ce cas. Pott, au lieu de fumée, donnait en lavements l'infusion de 4 grammes de feuilles de Tabac pour SOO grammes d'eau. Dehaen conseillait plutôt la fumée. Souville parle, dans le Journal de Vandermonde, des heureux effets qu'il obtint dans deux cas de hernie étranglée, la première fois par un lavement fait avec la décoction de 30 grammes de Tabac dans 1 kilogramme d'eau; la seconde par une infusion théiforme de la même plante, qu'il administra en potion. Avant de passer outre, nous protesterons contre les doses énormes indiquées par Souville : l'infusion de 30 grammes de feuilles de Tabac, conservée dans l'intestin, donnerait certainement lieu à des accidents mortels.

Tous ces praticiens donnaient alors le Tabac surtout comme purgatif, dans le but d'accélérer le mouvement péristaltique de l'intestin,' et parla de dégager de l'obstacle la portion du tube digestif qui était étranglée ; mais évidemment le Tabac agissait comme agit la belladone et le datura, qui sont seuls aujourd'hui employés en pareil cas et avec bien plus d'avantage, et qui font parfois cesser le spasme, soit des muscles, soit des anneaux fibreux qui serrent l'intestin.

La colique de plomb a été attaquée aussi par le Tabac. Gravel appliquait sur le ventre des fomentations faites avec une décoction de Tabac, et les y laissait jusqu'à ce qu'il survînt des garde-robes, et alors il administrait des purgatifs drastiques. C'est par ces mêmes fomentations aidées de minoratifs doux, que, dans ces derniers temps, on a voulu combattre la dysenterie.

Les lavements de décoction de Tabac, les infusions de Tabac prises en potions, des applications de feuilles cuites sur le ventre, sont rangés parmi les moyens les plus propres à favoriser la destruction des vers intestinaux.

Enfin, il est presque d'un usage vulgaire parmi les médecins de donner des lavements de Tabac dans les constipations opiniâtres, médication que

nous n'avons jamais vue amener des résultats que nous n'eussions pu obtenir beaucoup plus vite et plus sûrement par d'autres moyens.

Maladies de l'appareil génito-urinaire. Fowler, à la fin du siècle

dernier, vanta singulièrement la teinture de Tabac dans le traitement de la dysuric calculeuse; le témoignage un peu suspect de ce praticien se trouve confirmé de nos jours par celui de Henri Larle et de Shaw. Ces deux auteurs, en effet, traitaient et guérissaient la rétention d'urine et le spasme de l'urètre par des lavements de fumée ou de décoction de Tabac, et Larle mettait, dans le même cas, des suppositoires dans la composition desquels entrait, pour une grande partie, l'extrait de la même plantes Des travaux plus récents ont démontré que la stramoine et la belladone, opposées aux mêmes accidents, avaient des effets beaucoup plus certains.

Hydropisie. Déjà au dix-seplième siècle, le Tabac a été préconisé contre l'hydropisie, et notamment contre l'ascite. Magnenus assure qu'une décoction de nicotiane avait agi, entre ses mains, si fortement chez un de ses malades, qu'il avait été obligé d'en supprimer l'emploi. Plus tard, Fowler rocdiir^iande l'infusion suivante comme un remède souverain contre l'hydropi-^ie

Laissez macérer pendant une heure dans un vase clos et au bain-marie; exprimez ensuite 120 grammes de cette infusion, et ajoutez alcool rectifié 60 grammes.

Cette teinture se prend deux fois par jour à la dose de 40 gouttes.

Fowler a porté la dose successivement jusqu'cà 200 gouttes, en augmentant par 5 ou 10 gouttes; il rapporte vingt-deux cas différents d'hydropisie, dont la plupart ont été combattus par le Tabac.

MM. Garnett, Augustin, J.-R. Schmitt, ont également employé le Tabac avec succès dans l'hydropisie générale.

On a aussi recommandé l'emploi du Tabac à l'intérieur contre V hydrothorax, mais nous sommes loin de recommander cette pratique.

Goutte. Dans la goutte aiguë, plutôt pour prévenir que pour calmer les attaques, quelques empiriques conseillent la médication suivante :

Tous les mois, pendant une semaine, le malade prend un bain de pieds, préparé avec l'infusion de 30 grammes de Tabac à priser, en poudre. Puis, après avoir bien essuyé les pieds, il les expose pendant 10 minutes à la fumée de feuilles de Tabac à fumer, que l'on brûle sur un réchaud. Quand les pieds sont bien secs, on les recouvre d'un bas de laine bien sec dans lequel on a également introduit de la fumée de Tabac.

Nous avons été témoins du succès de cette médication que nous n'avions

Pr. : Feuilles sèches de Tabac.

Eau bouillante

30 gi'ammos.

TABAC. 221

pas conseillée, et dans quelques cas nous avons eu à nous louer de l'avoir suivie chez quelques-uns de nos malades.

maladies diverses. C'est eucors par ses vertus stupéfiantes analogues à celles des autres solanées vireuses que le Tabac a été utile dans les engorgements douloureux des ganglions lymphatiques et des glandes.

Parlerons-nous maintenant de la fumée de cette plante employée comme moyen purificateur ? Diemerbroeck, qui la conseille pour se préserver de la peste, pense que l'usage de la pipe est un moyen prophylactique excellent, parce qu'il force à ne pas avaler sa salive; mais Martens fit voir que cette habitude n'avait été d'aucune utilité dans la peste de Moscou, et, à ce sujet, Murray fait judicieusement observer que parmi les Orientaux qui font un usage continuel de la pipe, la peste fait des ravages presque incessants.

Einpoisonneinent par la strychnine. Les SUCCès obtenus par l'emploi

du Tabac dans le tétanos ont engagé le docteur Ghevers à employer ce médicament dans un cas d'empoisonnement par la strychnine. 11 s'agit d'une jeune fille de onze ans qui, dans l'intention de se suicider, avait avalé, après un repas, 15 centigrammes de strychnine. Une demi-heure après l'ingestion, de fortes convulsions tétaniques se produisirent. On administra, sans succès, les remèdes ordinaires : l'émétique, le noir animal mélangé à du lard fondu. On fit ensuite une infusion de Tabac à 3 grammes par litre, que l'on administra à petites doses (8 grammes de l'infusion) jusqu'à production de vomissements qui se montrèrent trois heures après. A partir de ce moment, les convulsions cessèrent ; les vomissements se reproduisirent plusieurs fois dans la nuit et laissèrent, le lendemain, un sentiment de brûlure à l'épigaslre. Cinq jours après l'accident, la malade entrait en convalescence, et sortait guérie huit jours après l'empoisonnement. De son côté, le docteur O'Reilly, ayant à soigner un homme qui avait avalé 30 centigrammes de strychnine, administra d'abord un émétique, puis 30 grammes d'infusion de Tabac donnés à doses fractionnées. (5M//e/m de Thérapeutique, 1867, 15 janvier.)

Substances synergiques du Tabac. Ce SOnt les Lobelia inflata et sypkilidca, l'aconit, les solanées vireuses et les renonculacées toxiques.

Substances antagonistes. Le café, l'alcool et les autres stimulants, sont les antagonistes du Tabac; de là vient l'habitude de fumer après le dîner.

MODE d'administration ET DOSES.

Le Tabac s'emploie en infusion, pour l'usage interne, à la dose de 1 à 2 grammes pour 500 grammes d'eau; en décoction de 2 à 60 grammes,

MÈDICAMENS TTSUPÉFIANTS.

suivant que la décoction est pour l'usage interne ou pour l'usage externe. Les feuilles sèches peuvent se donner à une dose double de celle des feuilles préparées dans nos manufactures. L'extrait s'emploie à la dose de 25 centigrammes à 1 gramme à l'intérieur, soit en pilules, soit pour faire des suppositoires. La teinture de Fowler peut être employée à la dose de AO à 200 gouttes.

La nicotine, étant trop vénéneuse, ne doit pas être prescrite.

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