JUSQUIAME
mort, et les symptômes que l'on éprouve sont exactement les mêmes que ceux que nous avons décrits plus haut en parlant du datura et de la belladone.
ACTION THÉRAPEUTIQUE
L'identité des phénomènes produits par la Jusquiame sur l'homme sain devait naturellement faire penser que les effets thérapeutiques seraient également les mêmes : c'est ce que l'expérience a pleinement confirmé; et nous nous bornerions à dire, d'une manière générale, que la Jusquiame s'emploie dans les mêmes cas que la belladone et le datura, seulement à doses beaucoup plus élevées, si la plupart des médecins, ignorant la similitude d'action des diverses solanées vireuses, n'avaient attribué à la Jusquiame des propriétés sur lesquelles nous allons insister avec quelques détails. Toutefois, nous ferons observer que ces témoignages démontrent encore plus positivement cette similitude d'action.
L'emploi de la Jusquiame était à peine connu chez les anciens. Dioscoride la donnait à 1 intérieur pour calmer les douleurs (lib. VI, cap. 6U). Celse en faisait un collyre, et en injectait le suc dans les oreilles, lorsqu'il existait une otorrhée purulente (lib. VI, cap. 6). Mais ce qu'on trouve d'épars dans les livres publiés avant le miheu du dix-huitième siècle n'a vraiment rien d'important. C'est à Storck surtout que l'on doit d'avoir fait sur la Jusquiame de nombreuses expériences, qui ont désormais donné à cette plante un rang important dans la matière médicale. (Storck, lib. de Stramonio, Hyoscyamo, etc., p. 28 et seq.). Toutefois, cet auteur a certainement exagéré les propriétés utiles de ce médicament, comme de tous ceux sur lesquels il a expérimenté. Ainsi, il cite de nombreux cas de succès dans l'hypochondrie, la manie, l'hystérie, l'épilepsie, les convulsions diverses, et Collin [Obs., t. II, p. 148) vient ajouter son témoignage très-suspect à celui de Storck; tandis que Greding (Ludwig, Adoers. med. pract.^ vol. I, part. 1, p. 71 et seq.), qui semble avoir pris à tâche de s'inscrire en faux contre tous les faits que Storck avait publiés, s'efforce de démontrer par des expériences contradictoires la fausseté des résultats annoncés par le médecin de Vienne, et de déposséder en quelque sorte la Jusquiame de toutes propriétés utiles. Le fait est que des travaux plus récents ont infirmé la plupart des merveilleux résultats annoncés par Storck ; mais ils ont fait voir en même temps que la Jusquiame avait, dans certains cas, une incontestable utilité.
Witt [On nerv. disorders, p. 363) employait l'extrait depuis 2 centigrammes et demi jusqu'à 20 centigrammes, comme sédatif, dans les maladies nerveuses. Stoll le préférait à l'opium dans le traitement de la colique de plomb, parce que, tout en calmant les douleurs, il tenait le ventre libre. Woltje (Murray, App. med., t. I, p. 666) s'en loue beaucoup également dans la colique de plomb. Rosenstein (vide Murray, ibid.) l'employait avec avantage pour calmer les toux nerveuses, à l'exemple de
Storck, qui l'avait conseillé dans le même cas. De nos jours, on l'a souvent conseillé dans la coqueluche, et avec autant d'avantage que la belladone et le datura stramonium.
L'utilité de la Jusquiame dans les névralgies est incontestable : Breiting {Hufdand Journal, 1807), Méglin, Chailli, Burdin [Journal de mèd. de Leroux^ t. XIV), l'ont particulièrement préconisée dans ce cas. C'est surtout à l'intérieur que ces praticiens l'administraient, et les célèbres pilules de Méglin, composées de parties égales d'oxyde de zinc, d'extrait de Jusquiame et d'extrait de valériane sauvage, sont aujourd'hui d'un usage presque trivial dans le traitement des névralgies. Burdin [loeo cit.) a démontré qu'elles n'agissaient que par l'extrait de Jusquiame qu'elles conlicnnent, et nous sommes en cela de son avis. Ces pilules s'administrent à la dose d'une, trois fois par jour, et progressivement jusqu'à vingt, trente, et même quarante par jour. Elles doivent être portées jusqu'au point de déterminer de légers vertiges et un trouble notable de la vue : on les continue au moins quinze jours ou un mois après la complète cessation de la douleur névralgique. Méglin a exagéré l'utilité de cette médication. Nous l'avons bien souvent employée sans succès, et elle ne nous a semblé réellement efficace que pour empêcher le retour des névralgies qui déjà avaient été ou dissipées ou presque détruites par d'autres moyens. Quand la névralgie est superficielle, l'application locale de l'extrait de Jusquiame, à la dose de 4 à 8 grammes, a des effets beaucoup plus prompts que l'administration interne.
Il en est de même pour les l'humatalgies et les douleurs superficielles, soit que la Jusquiame soit employée en injections, comme dans les douleurs internes, soit qu'oji l'applique en cataplasme, comme pour les phlegmasies douloureuses des articulations, de la peau, du sein, etc., etc. Le docteur Troubine a conseillé les vapeurs de la décoction de cette plante contre l'odontalgie.CVoïenno, Meditsinski Journal, t. VII, n° 1, p. 99.) On répète souvent ces fumigations, tant que la douleur est aiguë, et seulement deux ou trois fois par jour, comme moyen préventif.
Dans les phlegmasies de l'iris survenues après l'opération de la cataracte, Schmidt a obtenu de bons elfets de l'usage externe et interne de la Jusquiame. [Bibliothèque niéd., t. XXIII, p. 105.) On conçoit que, dans ce cas, celte plante agisse, comme toutes les solanées yireuses, autant en calmant la douleur qu'en dilatant la pupille, et ce môme moyen sera le meilleur pour s'opposer aux adhérences de l'iris et à l'occlusion de la pupille, qui suivent quelquefois l'opération de la cataracte, ou de graves phlegmasies du globe oculaire. Il sera bon également pour opérer le relâchement de l'iris avant l'opération de la cataracte.
Comme Plater l'avait vantée dans les flux hémorrhoïdaux immodérés [Praxis med., 635) et que Storck l'avait vue réussir une fois dans une hémoptysie {loc. sup, cit.), quelques médecins crurent devoir la conseiller en général dans les hémorrhagies ; mais il serait imprudent de compter sur ce moyen, qui est fort infidèle, tandis que la matière médicale
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nous en offre tant sur lesquels on peut avoir une grande confiance.
Les applications topiques de Jusquiame ont de grands avantages pou;calmer les douleurs, ainsi que nous l'avons dit plus haut; M. Chanel s'en s'est servi, il y a quelques années, comme le docteur Magliari de celles de helladone, pour aider la réduction des hernies et des paraphimosis. {Journal des connaissances tnéd.-chirurg., t. II, p. 86.)
Ce que nous venons de dire s'applique aussi bien à la Jusquiame blanche qu'à la noire, dont les propriétés sont presque identiques.
Les heureux effets de la Jusquiame, exagérés par Storck et par quelques autres médecins, constatés par les observateurs de bonne foi, ont été niés par M. Ratier, qui semble n'avoir eu d'autre but que de renverser tout ce qui avait été fait en matière médicale. [Arch. gén. de méd., t. I, p. 297.) Mais les expériences de ce médecin, faites sur des malades qui souvent ne prenaient pas les médicaments prescrits, et dans les maladies oîi les bons esprils ont rejeté l'emploi de la Jusquiame, ne prouvent rien contre les résultats d'une expérimentation sévère et consciencieuse.
Doses. La poudre et l'extrait de Jusquiame se donnent à la dose de 20 centigrammes à 2 grammes par jour; l'infusion et la décoction pour l'usage interne se prennent à la dose de 2 à 4 grammes pour oOO grammes, la teinture à 36 ou 72 gouttes.
Pour l'usage externe, les doses peuvent être beaucoup plus considérables sans qu'il en résulte d'inconvénient.
On emploie les feuilles, la tige, les capsules, les graines, la racine. La racine passe pour être la partie la moins active de la plante ; les semences sont douées des propriétés les plus énergiques. Elles entrent dans la composition des pilules de cyuoglosse.
On doit à M. Schroff, de Vienne, des expériences très-intéressantes sur l'Hyoscyamine, ou l'alcaloïde constituant le principe actif de la Jusquiame. Personne n'a mieux exposé les analogies et les différences d'action qui existent entre les alcaloïdes de la stramoine, de la belladone et de la Jusquiame. En voici le résumé :
Ces trois alcaloïdes donnés à dose convenable ont pour effet : 1» de déterminer toujours de la pneumonie chez les lapins; il est probable que cet effet résulte d'une action élective sur le pneumo -gastrique dont ils produisent la paralysie; 2° de dilater la pupille d'une manière constante , mais l'Hyoscyamine a, sous ce rapport, une action beaucoup plus ra pide, plus intense et plus persistante que l'atropine elle-même ; et d'ailleurs comme l'Hyoscyamine est soluble dans l'eau, l'instillation est moins douloureuse ; 3° de provoquer la sécheresse de la bouche et de l'arrière-gorge, du larynx et des bronches, ainsi que de la peau, et de produire de la difficulté dans la déglutition et de l'enrouement ; 4» de déterminer, à forte dose, des accidents cérébraux, des vertiges, des hallucinations et du délire; mais tandis que le délire causé par l'atropine et la daturine est ordinairement extatique, môme furieux avec grande tendance au mouvement, au rire et à toutes sortes de folies, celui de l'Hyo-
scyamine est calme, avec propension au sommeil et au repos. Ainsi donc l'Hyoscyamine est plus franchement hypnotique, et donne un sommeil calme et profond, tandis que les autres chassent le sommeil, ou du moins le rendent agité. A petite dose, ces trois alcaloïdes diminuent l'activité du cœur et la fréquence du pouls ; à forte dose, la diminution rapide de la fréquence du pouls est suivie d'une augmentation exagérée tout aussi rapide. Enfin si la daturine et surtout l'atropine, à forte dose, déterminent constamment la paralysie des sphincters de l'anus et de la vessie, cet effet est très-rare avec l'Hyoscyamine, ce qui est d'autant plus étonnant que son action paralysante sur le sphincter de l'iris est plus vive.
De ces considérations, il résulte que l'Hyoscyamine trouvera sa principale indication quand il s'agira de calmer le besoin de tousser et de provoquer un sommeil tranquille. Si, sous ce dernier rapport, elle le cède à la morphine, d'autre part, elle a l'avantage de favoriser les selles, au lieu de produire la constipation.
La dose est de 1 à 3 milligrammes par jour, sous forme de poudre, que l'on prépare en faisant dissoudre l'Hyoscyamine dans un peu d'eau distillée, avec addition de quelques gouttes d'alcool, et triturant exactement avec du sucre [Union médicale, mars 1857), ou bien en pilules.
L'Hyoscy.imine est assez soluble dans l'eau, fort soluble dans l'éther et l'alcool, fusible à une douce chaleur; sa réaction est légèrement alcaline.
D'après les observations de M. Garrod, la potasse et les autres alcalis caustiques détruisent complètement le principle actif de la Jusquiame, de la belladone et de la stramoine; les bicarbonates alcalins ne diminuent en rien l'action de ces plantes.
Les substances synergiques et antagonistes de la Jusquiame sont les mêmes que celles de la belladone.