‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 41 sur 335 · HASCHICH · texte numérisé non relu

HASCHICH

les troubles nerveux singuliers que le Haschich éveille dans l'économie. Les médecins anglais qui exercent dans l'Inde ont publié des mémoires intéressants sur ce sujet. Nous citerons surtout les docteurs O'Birest, Rîileigh, O'Shauguessy, Esdaîe, et notre compatriote Léantaud, qui a ■fait d'intéressantes expériences sur des animaux. M. Moreau, de Tours, a publié en 1845 un ouvrage plein d'intérêt, dans lequel il consigne les résultats des expériences nombreuses qu'il a faites sur lui-même, sur des médecins, sur des gens du monde, et de celles beaucoup plus nomèreuses encore dont il a été témoin pendant son voyage én Orient.

Peu de temps après l'ingestion du Haschich, on tombe dans une sorte ■ûe rêverie qui a presque toujours un charme extrême ; on est comme transporté dans un monde idéal; les idées d'espace, de temps, s'effacent ée l'esprit. Bientôt survient une sorte d'extase voluptueuse, qui pourtant n'a ordinairement rien de cynique, et qui se traduit par des soupirs, par des cris, par des hurlements, que suit un abattement plein de langueur et de charme.

Chez quelques personnes, il survient des hallucinations analogues à celles que causent les solanées vireuses : hallucinations qui rappellent à l'esprit des idées horribles ou attrayantes, et qui portent ou au suicide ou à des actes qu'une morale sévère n'autoriserait peut-être pas.

Ces hallucinations sont en rapport, soit avec les idées habituelles de la personne qui les éprouve, soit avec les pensées qui l'occupaient au moment où les symptômes de l'empoisonnement ont commencé à se manifester, ou avec celles qui l'ont surtout occupée pendant la journée.

Aussi est-on en quelque sorte maître des idées qui vont s'emparer de celui qui prend le Haschich : il suffira pour cela d'avoir fortement agi dans un sens sm* son esprit. C'est ainsi, disent les chroniques, que le Vieux de la Montagne agissait sur l'esprit des hommes dont il voulait faire les instruments de son ambition ou de son fanatisme. Il leur faisait croire à la réalité des scènes fantastiques et des voluptés célestes qu'ils avaient rêvées dans leur délire, et il les poussait à tous les crimes comme aux plus héroïques actions par l'espérance d'une participation éternelle aux jouissances dont il leur avait donné l'avant-goiit.

Ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure, le Hcischich n'est encore que bien peu appliqué aux usages médicaux. Il est probable que, dans le traitement de certaines névroses, il rendrait des services que les autres stupéfiants seraient peut-être inhabiles à rendre. C'est à l'expérience clinique de prononcer sur cette question.

M. Moreau, de Tours, a proposé de l'employer^ chez certains monomaniaques, dans le but de modifier le délire maladif par un délire com muniqué et nécessairement passager.

Corrigan a publié, dans le London Médical Times, un travail plein d'intérêt sur l'usage de la teinture de Cannabis indica dans le traitement de la danse de Saint-Guy. Le premier cas est relatif aune jeune fille de dix ans, malade depuis cinq semaines ; elle commença par 5 gouttes de teinture,

trois fois par jour, et, après onze jours de traitement, il y avait un amendement considérable : la quantité fut alors portée graduellement jusqu'à trois doses de 25 gouttes, et elle sortit guérie de l'hôpital après y èlre restée un peu moins de cinq semaines. Lu seconde malade était atteinte depuis un mois; il lui fallut quarante jo^ s de traitement : la dose de la teinture était aussi de 25 gouttes, trois fois par jour. Enfin une jeune fille de seize ans, malade depuis dix années, fut guérie au bout d'un mois.

Espérons que ces curieuses expériences seront répétées, et que le Haschich deviendra pour la médecine une conquête importante.

Le chanvre a été analysé par M. Personne, qui en a extrait une huile essentielle, plus légère que l'eau, d'une couleur ambrée, se coagulant à i2 degrés et formant un mélange de deux hydrogènes carbonés, savoir : i" le cannabène C^^H^" ; 2"* un autre hydrogène carboné C'^H** qui cristallise dans l'alcool.

Le cannabène respiré détermine un frémissement singulier et un besoin extraordinaire de locomotion suivi d'abattement et même de syncope.

La résine de chanvre cannahine ou hoschichine est très-active : à la dose de 2 à 20 centigrammes, elle détermine des hallucinations et la stupéfaction; son action est plus persistante que celle du cannabène.

LOBELIA INFLATA.

MATIÈRE MÉriICALE.

Ldbelia, genre de la famille des Campanulacées (Iribu des Lobéliacées), dédié à Lobel, célèbre botaniste flamand. Ce genre renferme plusieurs espèces, dont deux seules sont usitées en médecine, la Lobelia antisyphilitica et la Lobeiia inflala. 'Ld. Lubelia aniisiiphilitka, comme son nom l'indique, a joui, dans le dernier siècle, d'une réputation fort peu méritée et fort temporaire dans le traitement de la vérole. Aujourd'hui elle est, à juste titre, à peu près bannie de la matière médicale.

La Lubilia inflata croît dans les Etats- Unis de l'Amérique et en Angleterre, oii elle a, dit-on, reçu du peuple le nom significatif d'asihmn-weed (herbe à l'aslhme).

Elle est, comme toutes les espèces de ce genre, pourvue d'un suc lactescent, acre et vénéneux quand elle est administrée à hautes doses.

Toutes les parties qui composent la Lobelia inflala sont usitées en Amérique; cette plante est récoltée aux environs de New-Labanon et mise sous forme de carrés longs, fortement comprimés, du poids de 230 à, 300 grammes. Telle qu'elle arrive en l'rance, la Lobélie enflée est d'un vert jaunâtre d'une odeur un peu nauséabonde, d'un goût acre, ressemblant un peu à celui du tabac. La teinture de Lobélie enflée se prépare au sixième avec l'alcool à 85 degrés.

La Lobélie contient un acide nommé Lob'iique. Reinsch et Procter y ont trouvé un alcaloïde, la T^béline, substance liquide^ jaune, visqueuse, odorante, volatile, mcristallisable, très-alcaline, plus légère que l'eau. Cet alcaloïde se trouve surtout dans les semences.

Le suc de la plante, les feuilles contuses, appliqués sur la peau, causent une irritation analogue à celle que déterminent la [jlupart des plantes

LAITUE. 233

de 1.1 famille des Colchicacées et des Renoiiciilacées. La poudre, l'infusion, la dccoction, la teinture, administrées à haute dose, causent des vomissements violents, des coliques, de la diarrhée, de la dilatation des pupilles, et quelques phénomènes de stupéfaction, lesquels peuvent aller jusqu'au narcotisme complet, si les doses ont été portées trop loin.

Page 1