LAITUE COMMUNE
L'usage de la Laitue comme aliment remonte à la plus haute antiquité. On mange cette plante cuite ou crue. Sous cette dernière forme, on l'assaisonne ordinairement avec de l'huile, du vinaigre et divers condiments, et elle est connue sous le nom de salade.
11 est assez remarquable que ce soit d'après un conseil médical que l'habitude se soit introduite chez les anciens et conservée jusqu'à nous, de manger de la salade à la fin du dernier repas du soir; car déjà Dioscoride avait connu les propriétés hypnotiques de la Laitue (lib. 2, cap. 165, 166). Celse mettait cette plante à côté de l'opium (lib. 2, cap. 32), et Galien, dans sa vieillesse, se procurait du sommeil en mangeant le soir de la Laitue {De aliment, facult., lib. 2, cap. 40). Faut-il ajouter foi cependant à cette opinion populaire dans l'antiquité, que l'usage habituel de la Laitue amortissait les désirs vénériens? Cette opinion, au moins suspecte, a reçu une sorte de sanction de l'illustre Linné, qui raconte qu'un Anglais d'une grande famille, et qui faisait abus de la salade de Laitue, resta longtemps sans avoir d'héritiers ; mais qu'ayant renoncé à cet aliment par le conseil de son médecin, sa femme devint promptement enceinte. (Murray, App. med., t. L P- 167.) Enfin, nous lisons dans le même auteur que l'empereur Auguste, délivré d'une maladie chronique par l'extrait de Laitue, fit ériger une statue à son médecin, Antonius Musa.
Dans l'antiquité, on faisait sécher au soleil le suc blanc que l'on extrait par incision ou par écrasement de la Laitue vireuse parvenue à sa maturité, et ce suc, qui, au dire de Dioscoride, avait beaucoup des qualités de l'opium, était mêlé à cette dernière substance, soit pour lui donner une nouvelle action, soit pour la sophistiquer. (Dioscoride, lib. 2, cap. 150.) A la fin du dernier siècle, le docteur Coxe, de Philadelphie, imagina de faire de même pour le suc de la Laitue cultivée, et il obtint, par les mêmes procédés que ceux qu'indique Dioscoride, un suc épaissi analogue à l'opium par ses quaUtés physiques. Il trouva que ce suc avait des propriétés calmantes. Plus récemment Duncan, d'Edimbourg, et Barbier, d'Amiens, confirmèrent les expériences de Coxe. Enfin, M. François, qui vint après eux, et qui donna au suc de Laitue le nom de thri-
do.ce (du mot ôp(§a?, Laitue), essaya de donner à ce médicament une importance extraordinaire, et qui aujourd'hui semble au moins exagérée. Il crut que la thridace avait une énergie extrême, et il recommanda de ne l'administrer qu'à la dose de 1 à 3 centigrammes deux ou trois fois par jour ; mais, bientôt les thérapeutisfes, s' enhardissant, donnèrent la thridace à la dose de 4 à 15 grammes, et obtinrent seulement ainsi quelques-uns des effets calmants proclamés avec tant d'enthousiasme.
Le fait est que la thridace doit être donnée au moins à la dose de SO centigrammes à la fois, et cela plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Alors elle procure quelquefois le sommeil, calme les douleurs, la toux, l'éréthisme nerveux, avec moins de certitude, mais aussi avec moins d'inconvénients, que l'opium.
Dans le cours de l'année 1840, nous avons fait à l'hôpital Necker de nombreuses expériences sur l'action du lactucarium préparé par M. Aubergier. Celui que nous donnions avait été préparé par incision et avec le plus grand soin; il exhalait une odeur vireuse insupportable. Quelques malades ont éprouvé une sorte de calme à la dose de 2 à 4 grammes ; mais il nous a été impossible de trouver à cet agent des propriétés qui méritassent les éloges qu'on lui avait donnés. Aussi ne comprenons-nous pas pourquoi Martin-Solon, expérimentateur éclairé et thérapeutiste habile, a pu dire que 30 grammes de sirop de Laitue paraissaient équivaloir, pour leurs effets, à 13 grammes de sirop de pavot blanc {Bulletin de Thérap., t. IX, 1833).
Toutefois, dans les gastralgies, et lorsque l'opium cause des accidents, la thridace peut rendre quelques services spéciaux.
C'est dans les ophthalmies catarrhales pures, avec caractère d'éréthisme, qu'on obtient du succès de la thridace employée à l'extérieur. A cet effet, M. Rau s'est servi d'une solution de 10 ou 13 centigrammes de thridace dans 100 grammes d'eau distillée et 1 gramme et demi de mucilage de coing, à mettre quelques gouttes dans l'œil, une ou deux fois par jour, surtout le soir avant de se coucher.
L'auteur a encore employé ce médicament à l'intérieur, 10 ou 13 centigrammes par dose, avec beaucoup d'efficacité dans d'autres maladies de l'œil qui dépendent d'une affection nerveuse avec éréthisme [Gaz. méd., 1838, n" 56; Revue des Journaux allemands).
L'eau distillée de Laitue que l'on prépare avec la plante en fleur, et que l'on recohobe, a des propriétés analogues à celles de la thridace, et doit se donner à la dose de 150 à 200 grammes. Elle est l'excipient de la plupart des potions calmantes et antispasmodiques.
Les semences de Laitue faisaient partie des quatre semences froides.