VÉGÉTAUX QUI CONTIENNENT DU CYANOGÈNE
ou DANS LESQUELS IL s'eN FORME.
Un certain nombre de végétaux fournissent de l'acide cyanhydrique, soit qu'ils le contiennent tout formé, soit qu'ils renferment seulement les principes dont la réaction réciproque doit lui donner naissance.
L'acide cyanhydrique, dans ces circonstances, accompagne une huile volatile qui offre l'odeur exaltée des feuilles de laurier-cerise ou des fleurs d'aubépine, par exemple. C'est, en effet, dans la famille des rosacées qu'on rencontre surtout les produits qui nous occupent.
L'eau de noyau et le kirschenwasser leur doivent l'arôme qui les fait rechercher. Mais outre les amandes des abricots et des merises, celles des divers cerisiers, des pruniers, du pêcher, etc., donneraient -également de l'acide prussique, et celte essence particulière est connue sous le nom (ï'kuile essentielle d'amandes amères, parce qu'on la retire des fruits de Yamygdalus amai'a.
Dans tous les cns, une fermentation préalable est nécessaire ; ailleurs ces principes préexistent. Les feuilles du laurier-cerise, du merisier à grappes, les feuilles et les fleurs de pêcher présentent déjà sur l'arbre l'odeur caractéristique qui ne se développe que dans certaines conditions pour les amandes des divers fruits déjà cités plus haut.
Il est probable que les fleurs de beaucoup d'autres rosacées et môme de quelques espèces appartenant à d'autres familles, comme le laurierrose, doivent également leur odeur à l'acide cyanhydrique et à l'essence dite à' amandes amères qu'elles recèlent.
Comme type d'action des amandes, nous prendrons les fruits de Yamygdalus amara.
Comme type d'action des feuilles, nous choisirons celles du prunus lauro-cerasus (laurier-cerise).
AMANDES AMÈRES
Les Amandes amères sont le fi-uit de Vamygclalus communis ( L. ) , vai-irté amara. Famille naturelle des rosacées, section des amygdalces.
Caractères génériques. Les mêmes que ceux des drupacées, à cela près que les fruits sont recouverts d'une pellicule tomenteuse ayant la chair peu épaisse et jiresque sèche , et le noyau creusé d'un grand nombre do sillons irréguliers.
Caractères syécipques. Arbres de 8 ?i 10 mètres de hauteur, rameaux drossés, d'un vert clair, et très-lisses ; l'euilles alternes, lancéolées, dentées en scie. Fleurs très-grandes, extra-axillaires, au nombre de deux ou trois au-dessus de chaque faisceau de feuilles ; calice tubuleux^ rougcâtreà l'extérieur; limbe .'l cinq divisions étalées; corolle pentapétale. Pistils au nombre de deux dans chaqui; fleur; ovaire globuleux, un peu comprimé d'avant en arrière. Le fruit est une drupe verte, ovoïde, allongée, comprimée, terminée en pointe à son sommet.
L'analyse dos Amandes douces adonné à M. Boullay :
Eau, 3,5; pellicule, o; huile, 54 ; albumine, 25 ; sucre liquide, 9 ; gomme, 3 ; tissu végétal, 4 ; perte et acide, 0,5.
Les Amandes amères conliennent les mêmes principes que IcsAmandos douces, et en outre une matière jaunâtre ap|)i'lée amijgdaline, et une résine jaune à ;re.
Les préparations diverses d'Amindes amères contiennent de l'acide cyanhydri((ue ou une huile volatile; mais ces deux derniers principes n'existent pas naturellement dans la graine; ils ne se développent qu'au contact de l'eau.
Ils résultent de la réaction de l'albumine des Amandes (nommée aussi hJniulsine, ou mieux Si/naptase), sur la matière cristalline contenue dans celle-ci, et qui a reçu le nom d'amygdaline. Cette réaction, ainsi que nous l'avons dit, ne peut s'opérer qu'avec l'intermédiaire de l'eau. Il se forme non-seulement de l'essence, mais encore de l'acid • prussique, de l'acide formique et du sucre.
L'huile volatile d'Amandes amères est, comme celle du laurier-cerise, incolore, d'une saveur amère et brûlante, d'une
AMANDES AMÈRES
odftUP qui rappelle celle de l'acide cyanhydrique.
Pour la préparer, on prend les tourteaux d'Amandes amères récemment exprimés ; on les pulvérise et on en fait une pâte liquide avec de l'eau froide.
On laisse macérer pendant vingt-quatre heures dans la cucurbite d'un alambic; puis, pour procéder à la distillation, on l'ait arriver au fond de la cucurbite un jet de vapeur d'eau, et l'on continue tant que le produit de la distillation conserve une odeur très - pénétrante d'acide cyanhydrique.
h'eau distillée d'Amandes amères s'obtient de la manière suivante : On pulvérise et on mêle à l'eau froide un tourteau d'Amandes amères récemment fourni ; on laisse macérer pendant vingt-quatre heures, et l'on distille comme pour obtenir l'huile essentielle, si ce n'est que vous retirez d'eau distillée un poids égal à celui du tourteau employé.
Cette eau contient uue grande proportion d'huile essentielle en excès que l'on sépare par la filtration. Cette précaution est indispensable , autrement l'usage de l'eau distillée, ainsi chargée d'huile essentielle, pourrait faire courir aux malades les plus grands dangers.
L'eau distillée d'Amandes amères, comme celle du laurier-cerise , s'altère avec facilité, quelque précaution que l'on prenne d'ailleurs pour la conserver; l'essence se transforme en acide benzoïque ; aussi convient-il de la renouveler souvent, ou bien de lui substituer la mixture de Liebig et Wœhler. Cette mixture est ainsi composée :
Amandes douces 8 grammes.
Eau q. s.
Amygdaline 1 —
Faites avec les Amandes et l'eau une émulsion dans laquelle vous ferez dissoudre l'amygdaline. Cette mixture contiendra 5 centigrammes d'acide cyanhydrique anhydre, et 45 à 50 centigrammes d'huile essentielle d'Amandes amères.
L'amygdatinf est une matière blanche, cristalline, dont la saveur, d'abord sucrée, rappelle bientôt celle des Amandes amères. Elle est soluble dans l'eau et dans l'alcool chaud. Elle cristallise par le refroidissement. Pour la préparer, on traite à deux reprises le tourteau d'Amandes amères par l'alcool à 94 degrés centigrades. On passe à travers un linge et on presse le résidu. On chauffe le liquide exprimé, et l'on filtre. Au bout de quelques jours,
l'amygdaline est cristallisée. On distille l'eau mère au sixième de son volume, et on la mélange avec de l'élher, qui 'précipite l'amygdaline ; on la recueille et on la comprime entre deux papiers sans colle, pour la débarrasser d'une grande partie de l'huile grasse ; on la lave i\ l'éther. et on la fait redissoudre dans l'alcool bouillant, d'où elle se dépose, cristallisée par le refroidissement.(Soubeiran.)
On comprend maintenant qu'en se servant de l'amygdaline, suivant l'indication donnée plus haut par Liebig et Wœhler, on aura toujours une préparation identique ; on pourra calculer les quantités d'acide cyanhydrique et d'huile essentielle d'Amandes amères qui se forment par la réaction de l'émulsine et de l'eau sur l'amygdaline ,• tandis que les eaux distillées de laurier-cerise et d'Amandes amères s'altèrent toujours, ainsi que nous le disions plus haut, malgré les précautions que l'on prend pour les conserver.
Lait d'Amandes amères.
Amandes douces. Amandes amères; de
chaque 4 à 6 grammes.
Eau de rivière 500 —
Sucre 60 —
Faites une émulsion à prendre dans les vingt-quatre heures, par quart de verre.
Cette émulsion est la plus simple, la moins coûteuse et la plus sûre de toutes les préparations d'Amandes amères.
L'huile essentielle et l'acide cyanhydrique qui se lorment au contact de l'eau n'ont pas le temps de s'altérer et jouissent de toute leur énergie; aussi avonsnous l'habitude de prescrire cette préparation au lieu d'eau distillée de laurier-cerise ou d'Amandes am.ères.
Cataplasmes d'Amandes amères.
Pr. : Poudre de tourteau d'Amandes
amères q. v.
Eau tiède (35 degrés environ), q. v.
Délayez le tourteau dans l'eau, de manière à en faire une pâte molle que l'on placera entre deux linges fins ou de la mousseline.
On applique le cataplasme sur le front contre les céphalalgies, la migraine, sur les points douloureux dans les névralgies, sur les points engorgés dans les adénites douloureuses. {D' Réveil.)