‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 62 sur 335 · ACTION PHYSIOLOGIQUE DE LA FÈVE DE CALABAR · texte numérisé non relu

ACTION PHYSIOLOGIQUE DE LA FÈVE DE CALABAR

D'après Réveil [Formulaire raisonné des médicamenls nouveaux^ 1863), c'est le docteur Daniel qui, en 18 'i 6, appela le premier l'attention sur les propriétés toxiques de la Fève de Calabar. Dans un mémoire lu à la Société ethnologique de Londres, le 28 janvier 18i6, le docteur Daniel fit connaître l'usage qu'en font les naturels du pays comme poison d'épreuve judiciaire. Neuf ans après, le professeur Christison en reçut une provision du révérend Waddell, missionnaire au Vieux- Calabar ; il put en faire l'étude toxicologique , qu'il communiqua à la Société royale d'Edimbourg, et Balfour donna ensuite l'histoire complète de la plante à laquelle il assigna le nom de Pliysostyma venenosum.

En 1862, Thomas Fraser, assistant du professeur de matière médicale à Edimbourg, fit de l'étude de cette plante le sujet de sa thèse inaugurale et attira l'attention des médecins sur une propriété toute spéciale de ce médicament, celle de faire contracter la pupille (1). Cette observation fut aussitôt confirmée par un habile ophthalmologiste d'Edimbourg,

(1) Nous devons à l'obligeance du docteur Frédéric Rommellaere une traduction inédite du mémoire de Fraser, qui nous a permis de l'analyser dans tous ses détails.

Ai'gyl Robertson, qui en lit part à la Société médico-chirurgicale de la ville, au mois de février 1863.

Depuis cette époque, cette expérience a été confirmée de nouveau par Sœlberg, Bowmann et Harley à Londres, Grœfe à Berlin, et à Paris par MM. Giraldès, Lefort, Fano, Leven et Vée, etc.

Ce n'est pas tout, on a reconnu à la Fève de Calabar les autres propriétés des stupéfiants, c'est-à-dire qu'elle produit, comme eux, les vertiges, les nausées, raffaiblissement, la lipothymie, le ralentissement du pouls et le refroidissement. A une dose plus élevée, la Fève de Calabar excite la production d'une salive écumeuse, paralyse le train postérieur puis les membres antérieurs; enfin, le cœur se ralentit, la respiration s'embarrasse et la mort survient.

Nous allons examiner un à un chacun de ces symptômes, et nous ferons connaître successivement différents travaux qui ont été faits sur ce sujet avec toute la précision de la médecine expérimentale contemporaine.

Aclion SU7' la pupille. — D'après le docteur Fraser, l'application de Ir. Fève de Calabar sur l'œil détermine une sensation très-douloureuse de tension dans la région ciliaire, la contraction de la pupille, la myopie et l'astigmatisme ; souvent aussi il y a de la congestion des vaisseaux de la conjonctive, de la douleur dans la région susorbitaire et des contractions dans le muscle orbiculaire des paupières.

De Grœfe (Annales d'oculistique, 30 nov. 1866, et Schmidt's Jahrb., 1867, I, 380) a poussé l'analyse plus loin; il s'est servi d'extrait alcoolique de fève dissout dans la glycérine, de manière à mettre dans chaque goutte 10 centigrammes d'extrait. Il a constaté qu'une goutte de cette solution amenait le resserrement de la pupille au bout de neuf à dix minutes. Mais il ajoute que, pendant qu'on obtient ce resserrement de la pupille d'un côté, celle du côté opposé se dilate. En outre, la myopie qui se produit ne dure pas plus de deux heures, et elle s'accompagne de macropie, c'est-à-dire que les objets paraissent grandis tandis que la belladone produit l'effet opposé ou la micropie.

MM. Leven et Vée ont répété ces expériences, et ils ont pu voir que, pour obtenir cette contraction de la pupille, il suffit d'une goutte de solution de chlorhydrate d'Esérine au millième, et que, même au cent millième, la solution d'Esérine n'est pas dépourvue d'action. Quatre gouttes de cette solution ont amené une contraction de la pupille qui était trèsmarquée au bout d'une heure. (Vée, Recherches chimiques et physiologiques sur la Fève de Calabar. Thèse de Paris, 1865.)

Sur les animaux, cette propriété de la Fève de Calabar n'est pas constante d'après Vintschgau. Cet observateur l'a bien constatée sur des chiens, des chats et des cochons d'Inde ; mais il n'a pu l'obtenir ni sur des grenouilles ni sur des poules. 11 ajoute, qu'après avoir produit la constriction de la pupille, il n'a pas toujours pu la faire cesser en excitant le grand sympathique cervical avec un courant d'induction assez

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puissant, tandis que d'autres fois des courants plus faibles ont suffi pour y arriver. {Atti del Istituio veneto dei scienze, et SchmidCs Jahrb., i865, t. IV, p. 17 2

Ici, comme pour la belladone, il est difficile de déterminer si l'action produite sur la pupille est due à une excitation du sphincter ou à une paralysie des fibres radiées. Toutefois J. Ragow, deVilna, croit pouvoir affirmer qu'elle est due à une excitation du sphincter par le nerf oculomoteur commun. (Henle et Pfeufer, 3* série, XXIX, I, p. 1, 1867.)

Empoisonnement par la Fève de Calabar. Deux fois l'occasion s'est présentée d'observer l'empoisonnement par la Fève de Calabar. Les premiers cas d'empoisonnement furent communiqués par le docteur David Young, d'Edimbourg, et eurent lieu dans les circonstances suivantes :

Le 13 juin 18()4, deux enfants rencontrèrent des Fèves de Cahibar qui avaient été cassées au marteau. Ils se hâtèrent naturellement de les manger; le premier, âgé de trois ans, commença à en sentir l'effet au bout de trois quarts d'heure ; il eut du malaise, de la douleur à l'épigastre et des nausées, pourtant il ne vomit point. Il fut pris en outre d'une sorte d'ivresse ; sa marche était chancelante et mal assurée, si bien qu'il tomba. Il était extrêmement abattu, avait très-mal à la tête et laissait tomber ses mains. On fit prendre à l'enfant une pinte de lait, et, deux heures après, quand le docteur Young vint le voir, l'enfant était dans une prostration extrême, la pupille contractée et le pouls rare. On lui fit prendre plusieurs doses de vin d'ipécacuanha, et l'on obtint bientôt des vomissements abondants dans lesquels on put reconnaître des morceaux de Fève de Calabar.

Le second enfant, âgé de six ans, éprouva les mêmes symptômes ; il eut quatre ou cinq vomissements spontanés abondants, dans lesquels on reconnut également des morceaux de Fève de Calabar. Il eut ensuite une forte diarrhée. Les accidents n'allèrent pas plus loin, et, le lendemain, les deux enfants étaient guéris. [Edlmb. med. journal, X, p. 192, août 1864 )

Deux mois après, un accident semblable, mais beaucoup plus grave, eut lieu à Liverpool. Un navire avait rapporté dans son lest des Fèves de Calabar et les jeta sur la voie publique ; des enfants en grand nombre les ramassèrent, se mirent à en manger, et les effets furent tels que, dans la journée, le docteur Cameron dut admettre au Southern hospilal quarante-cinq enfants de deux à treize ans, plus une femme, tous présentant des symptômes d'empoisonnement.

Les accidents n'avaient pas tardé à se montrer, car, chez un enfant, les symptômes d'intoxication commencèrent aussitôt après l'ingestion; chez deux autres au bout de cinq à dix minutes seulement, et chez d'autres ce ne fut que deux heures et demie après. Fort heureusement, il y en eut un grand nombre qui vomirent peu de temps après l'ingestion, et l'observation ultérieure put montrer que plus le vomissement avait été précoce moins l'action stupéfiante fut marquée. Les vomis-

sements se composaient de restes d'aliments, de fragments de fève, d'une masse pulpeuse et de mucus.

Les phénomènes produits par l'absorption furent d'abord les vertiges, l'abattement et quelques contractions spasmodiques de la mâchoire (7 fois sur 41 cas). Les enfants étaient surtout abattus, indolents, et dans une prostration extrême; ils n'avaient pourtant pas perdu connaissance. Ils semblaient anéantis, avaient la peau froide et couverte d'une sueur visqueuse; comme dans un des cas précédents, il y eut de la diarrhée (15 sur 41) et une fois des selles accompagnées d'hémorrhagie.

Toutefois les phénomènes d'irritation gastro - intestinale ne furent pas de longue durée, car ils avaient en général cessé au moment de l'admission à l'hôpital. La pupille fut rarement rétrécie ; dans quinze cas, où l'examen fut fait à ce point de vue, l'on ne constata la constriction qu'une fois ; on n'observa également que deux fois la confusion de la vue et la diplopie. Le système nerveux ne montra rien autre que les vertiges et l'abattement ; il n'y eut ni délire, ni troubles de la sensibilité, ni paralysie, ni convulsions autres que les mouvements spasmodiques des mâchoires dont il a été parlé plus haut. Le traitement consista dans des vomitifs (sulfate de zinc ou moutarde) et dans des enveloppements chauds; quelques sinapismes furent appliqués sur l'estomac. La plupart des enfants guérirent promptement : sur quarante et un, il y en eut trente de rétablis le lendemain. Sur les onze autres, neuf guérirent en quelques jours, et il n'y en eut, en définitive, que deux qui furent trèsmalades.

La mère de l'un des enfants, âgée de trente-deux ans, avait mangé une fève et ne sentit le malaise que le soir. Le lendemain, vers quatre heures, elle eut de la défaillance et se fit transporter à l'hôpital, où elle se remit en vingt-quatre heures. Il n'y eut en tout qu'un cas de mort. La victime fut un enfant de six ans et neuf mois qui avait mangé six fèves. 11 n'avait pas eu de vomissements et l'on n'avait rien obtenu par la pompe stomacale. Il eut de la diarrhée et de la prostration et mourut de syncope au bout de quatorze heures.

On fit l'autopsie et l'on trouva dans l'estomac et le duodénum des matières demi-liquides qui avaient l'aspect d'émulsion d'amandes ; la muqueuse de l'estomac et de l'intestin avaient une couleur rouge claire.

Les autres organes ne présentaient que les caractères de la syncope. (Observations recueillies par le docteur J.-H. Evans, Med. Times and Gaz , 15 octobre 1864, et analysées in Schmidt's Jahrb., 1863, 1. 1, p. 58.)

Le docteur J. Baker Edwards fit l'examen du contenu de l'estomac. Il reconnut qu'il se composait d'émulsion de moutarde et de quelques restes de fèves. Il en put faire deux extraits qui offrirent les réactions suivantes : toutes deux pouvaient faire contracter la pupille d'un lapin ; leur solution prenait au contact de la potasse caustique une couleur rouge claire.

En ajoutant du chloroforme, on remarquait que le liquide se séparait

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en deux couches, une supérieure jaune et une inférieure rouge. L'acide sulfurique concentré donnait une coloration rouge avec un précipité brun foncé. L'acide sulfurique avec le bichromate de potasse, comme l'acide sulfurique avec le peroxyde de manganèse, donnait une coloration passant du violet au pourpre, et cette dernière couleur a persisté. L'iode, dans une solution d'iodure de potassium, adonné un précipité rouge. Le trichlorure d'or a produit une coloration purpurine avec réduction d'or métallique.

Enfin, quelques gouttes de la solution aqueuse de cet extrait injectées sous la peau du dos d'une grenouille ont amené, au bout d'une heure, la paralysie du mouvement, et, au bout de deux heures, une paralysie complète du sentiment. Le pouls et la respiration étaient irréguliers et la grenouille mourut de syncope, comme deux souris qu'on avait traitées de la même manière et qui avaient présenté les mêmes symptômes paralytiques. [Med. chir. revieiu., XXXIX (68), p. o30, oct. 1864 et SclmndCs Jahrb., loc. cit.)

Expériences faites pour arriver à la connaissance du mode d'action de la Fève de Calabar. La Fève de Calabar diffère du curare, en ce qu'elle est toxique quand elle a pénétré par les voies digestives tout comme lorsqu'elle a été introduite sous la peau. Fraser a fait voir, pour ce poison, ce qui arrive pour tous, c'est que l'absorption en est plus active, et, par suite, l'effet plus prompt, quand on l'introduit par d'autres voies que le tube digestif. 11 a montré que la mort est plus rapide quand le poison est directement injecté dans la circulation ou quand on le met en contact avec une plaie ; il en est de même quand on met le poison dans une cavité séreuse. L'absorption s'en fait encore très-bien par la membrane de Schneider, la muqueuse auditive ou la conjonctive. La peau des grenouilles résiste longtemps au passage du poison, mais il finit par pénétrer en petite quantité.

Nous avons vu plus haut que la Fève de Calabar agit surtout sur le cœur, les nerfs moteurs de la moelle et produit une certaine asphyxie.

L'action sur les nerfs moteurs a été établie par toutes les expériences ; on a constaté de plus que la paralysie envahit les membres postérieurs avant les antérieurs. (Fraser, Tachau, Fick,Watson.) Mais, selon Fraser {loc. cit.)., la paralysie commencerait par les viscères. En général, on admet que la moelle et les nerfs moteurs se paralysent presque en même temps. L'application directe du poison sur le cerveau de la grenouille ne paraît pas avoir d'effet, mais, au contraire, si l'on applique le poison sur la moelle épinière, on observe d'abord quelques contractions dans les extrémités, et bientôt la paralysie s'empare de la moelle et des rameaux nervo-moteurs qui partent de la région oh l'on a déposé la substance toxique. (Fraser.)

Quant aux nerfs de sensibilité, ils conservent leurs propriétés tant que la moelle n'est pas complètement paralysée, et jusque-là leur sensibilité tactile paraît augmentée. Si l'on dépose sur un nerf mixte une so-

lution concentrée d'extrait de Fève de Calabar en ayant soin d'empêcher l'absorption par la partie voisine, on voit se paralyser d'abord les fibres nerveuses afférentes, puis les fibres efîérentes. (Fraser.)

Les muscles sont également atteints par le poison ; ils sont agités de contractions fibrillaires partielles, et l'on peut démontrer, comme l'a fait Fraser, que c'est bien une action directe sur le muscle, en tenant compte des faits suivants :

1° Ces mouvements persistent après la paralysie des nerfs moteurs ;

2° Ils persistent encore dans un muscle excisé et séparé du corps;

3° On ne les rencontre jamais dans des muscles qui ont été isolés de la circulation générale par la ligature de leurs vaisseaux. (Fraser, loc. cit.)

D'autre part, si l'on applique directement le poison sur la substance musculaire, soit striée, soit lisse, on détruit la contractilité. Le cœur lui-même n'échappe pas à cette influence; on parvient à arrêter ses mouvements en touchant le péricarde avec la substance d'épreuve, et si, au contraire, on injecte la moindre quantité de poison dans l'une ou l'autre des cavités cardiaques, la mort est presque instantanée. Le cœur s'arrête en diastole, et, à l'autopsie, on trouve ses cavités pleines de sang. (Fraser.)

A dose moindre, le cœur ne s'arrête plus, mais ses mouvements se ralentissent singulièrement ; on peut ainsi, chez une grenouille, réduire le nombre des battements du cœur de soixante-dix à huit par minute sans amener la mort.

D'après Fraser, la tension artérielle diminue un peu aussitôt après l'administration du poison, puis cette tension s'accroît graduellement jusqu'à atteindre son maximum, pour tomber rapidement avec les contractions du cœur. Quant à la tension veineuse, elle se montre d'abord en rapport inverse avec la tension artérielle ; elle augmente un peu aussitôt après l'administration du poison et augmente ensuite, n'atteignant son maximum que quand la tension artérielle a diminué, et que le nombre des battements du cœur est réduit des deux tiers. Elle tombe enfin, mais beaucoup plus lentement que la tension artérielle.

Si l'on observe directement les capillaires de la membrane interdigitale de la grenouille sous le microscope, et qu'on y dépose du poison , on y remarque une petite contraction suivie bientôt d'une dilatation rapide et permanente. Cette stase du sang dans les capillaires détermine d'ailleurs une coloration bleuâtre des muscles volontaires et du cœur, une teinte analogue dans les séreuses, et une injection des vaisseaux de la conjonctive et de l'iris. On trouve de môme, de temps en temps, des congestions semblables dans les viscères.

Le sang est généralement noir, mais il s'artérialise fticilement à l'air, et, en somme, il n'a pas perdu ses propriétés respiratoires. Il se prend en caillots mous et imparfaits. Les corpuscules blancs restent inaltérés. D'une manière générale la température s'abaisse. Tachau et Fick, de

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Zurich (Arc/n'y. der Heilkunde, VI, I, p. 67, 1863), ont constaté un aLaissement de 36", 8 à 3o°,4 et même à 3 1 degrés, quand l'animal n'était plus soutenu que par la respiration artificielle. Fraser a observé de son côté l'abaissement de température, mais, en général, il a vu la température s'élever un peu avant de s'abaisser.

Un fait a frappé tous les observateurs, c'est l'embarras de la respiration qui se montre comme une des premières manifestations graves de l'empoisonnement, aussi presque tous ont-ils jugé nécessaire d'entretenir la respiration artificielle chez leurs animaux en expérience pour ne pas les perdre avant d'avoir vu se dérouler tous les phénomènes de l'intoxication. Tachau et Fick ont même été assez heureux de voir par ce procédé les mouvements respiratoires spontanés reparaître au bout de vingt minutes.

Une autre propriété de la Fève de Calabar est d'augmenter les sécrétions ; Fraser l'a observée sur les glandes salivaires, intestinales et lacrymales. Watson est plus explicite encore, il a noté des larmes abondantes, une grande abondance de mucus buccal et des garde-robes liquides ; de plus, il a observé des sueurs profuses en même temps que des urines très-abondantes. {Edirnb. med. journal, XII, p. 999, n° 14, 3 mai 1867, et Schmidt's Jahrb., 1867, n" 8, p. 158.)

Nous arrivons enfin au problème le moins éclairci dans l'histoire de la Fève de Calabar, c'est l'ordre d'enchaînement des différents symptômes et le mécanisme de la mort. A ce sujet, les expérimentateurs se divisent •en deux camps. Fraser, Tachau et Fick pensent que la mort se fait par syncope, tandis que Westermann {Dissertation inaugurale, Dorpat, 1867, et Schmidt's Jahrb., 1868, n" 6, p. 290) pense, avec Baucr, que la mort a pour cause l'asphyxie par l'arrêt des mouvements respiratoires. Ces derniers s'appuient sur l'utilité de la respiration artificielle. Les premiers rejettent cette explication en disant que la respiration artificielle ne réussit pas toujours, et, qu'en dernier lieu, les lésions trouvées à l'autopsie sont celles de la syncope.

Dans le chapitre précédent, nous sommes entrés dans les détails les plus circonstanciés des expériences qui ont été faites sur la Fève de Calabar, afin de montrer à nos lecteurs quel est l'esprit qui dirige les physiologistes qui se livrent à la médecine expérimentale. Ce médicament étant celui qui a été le plus récemment étudié, on a ainsi un échantillon précieux de la manière dont on étudie aujourd'hui la matière médicale.

La valeur thérapeutique de la Fève de Calabar est loin d'être aussi bien connue, et jusqu'ici ce médicament n'a pas servi à grand'chose.

aussi n'avons-nous encore à enregistrer d'action thérapeutique bien satisfaisante. Toutefois nous donnerons le bilan des tentatives qui ont été faites.

ninindies des yeux. Hutchinson a eu à traiter un jeune homme de dixsept ans, qui, après une affection diphthéritique grave, eut une paralysie des muscles de l'accommodation des deux yeux. Le point visuel s'était éloigné, et le malade avait besoin pour corriger sa vue de verres convexes n" 12. L'affection avait résisté pendant six semaines aux toniques ordinaires ; elle fut guérie rapidement par l'application de papier imbibé d'une solution d'extrait de Fève de Calabar. Après chaque application du médicament, on voyait le point visuel se rapprocher. {Med. Times and Gaz., 3 sept. 1864.)

Mettenheimer eut à traiter un enfant de six mois, qui, après des accidents convulsifs produits par la dentition, resta frappé d'une paralysie du nerf moteur commun dans toutes ses branches ; il y avait du strabisme externe, de la mydriase et une immobilité complète de l'iris. Deux fois l'application de papier imprégné de Fève de Calabar lit cesser la mydriase pendant trois à quatre heures, mais l'expérience ne put pas être suffisamment continuée, l'enfant mourut de convulsions à l'âge de huit mois. [Memorabilien, IX, 8, 1864.)

M. Gustave Lebon a, de même, essayé l'action de la physostygmine sur un myope et a pu augmenter fixnû la portée de la vue d'une manière remarquable, mais, au bout d'une heure, la myopie était revenue ce qu'elle était auparavant. [Bull, de thérapeut., 1865, t. II, p. 42.).

Chorée. En 186-4, Harley eut l'idée d'administrer à une jeune fille atteinte de chorée de 15 centigrammes h 30 centigrammes de poudre de Fève de Calabar; il obtint au début une amélioration, mais le traitement ne fut pas continué. {Bull, de thérapeut., 1864.)

Mac-Laurin a donné de même, sans grand succès, à l'hôpital de Greenwich, une potion contenant de la teinture de Fève de Calabar.

Le docteur Ogle est le seul qui ait eu un succès. Il traita, par c& moyen, h. l'hôpital Saint-Georges de Londres, un enfant de quatorze ans, dont la chorée avait résisté à tous les traitements pendant plusieurs mois. On avait essayé inutilement le fer, l'antimoine, le zinc, l'arsenic, la valériane et les toniques : et, enfin, on allait tout abandonner, quand le docteur Ogle eut recours à la Fève de Calabar; l'enfant prit chaque jour quelques gouttes d'une teinture d'extrait et guérit en l'espace de trois mois sans avoir eu d'action sur la pupille. {Bull, de thérapeut., 1866, t. I, p. 42.)

Paralysie agitante. Le docteur Ogle traita de la même manière, mais sans succès, un malade atteint de paralysie agitante. Son observation est pourtant intéressante, parce qu'elle peut servir à déterminer à quelle

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dose on peut employer ce médicament sans provoquer d'accidents. La préparation employée était une teinture contenant 13 pour 100 de Fève; le malade en prit sans inconvénient jusqu'à 18 grammes par jour, si bien qu'en quinze semaines il avait absorbé sans accident 144 grammes de Pève. [Med. lunes, sept. 1865, et Schmidt'sJarkrb., 1863, n«4, p. 173.)

Tétanos. Nous Connaissons sept cas de tétanos traumatiques traités par la Fève de Calabar. Les deux premiers sont dus à Watson, de Londres [Bull, de thérapeut., 1867, 30 mars). Ils sont très-encourageants, non-seulement parce qu'ils ont été guéris, mais encore parce qu'on a pu Toir chaque dose du médicament amener une rémission dans les symptômes. Dans la seconde observation surtout, le malade, âgé de treize ans, y gagnait chaque fois un repos d'une demi-heure pendant lequel il dormait ; au bout de ce temps, les accidents tétaniques reparaissaient ; deux jours après on avait mieux encore : « Quinze à vingt minutes après chaque prise du médicament, les pupilles se contractent, et, pendant une heure, il y a relâchement complet de tous les muscles. Puis, cette amélioration disparaît bientôt, les pupilles se dilatent de nouveau et le tétanos reparaît. »

Garapbell, en suivant l'exemple du docteur Watson, obtint également un succès {Gaz. méd. de Strasbourg et Bull, de thérapeut., 30 nov. 1867). On a encore guéri un malade à Northampton par le même médicament, avec cette différence que le remède a été administré par la méthode hypodermique. (Bull, de thérapeut., 30 mars 1868.)

A ces quatre observations, il en faut joindre trois autres. L'une d'elles est rapportée par M. Bouvier {Gaz. méd., 1864, n° 51, p. 775) ; une seconde par M. Giraldès (Bull, de thérapeut., 15 mai 1868); et la troisième par M. Bouchut. Dans ces deux derniers, il n'y a pas eu guérison.

On peut donc faire ainsi le total : sept observations de tétanos traumatique traités par la Fève de Calabar, dont cinq ont été guéris. Il faut, pour compléter cette liste, ajouter que M. Sée a annoncé, dans son cours, qu'il avait guéri par le même moyen deux malades atteints •de tétanos spontané. L'expérience n'est donc pas encore bien grande, mais elle est certainement très-encourageante, quand il s'agit d'une maladie aussi grave et contre laquelle on est si désarmé.

Substances synergiques de la Fève de Calabar, L'opium est, comme la Fève de Calabar, auLimydriatique et résolutif du système musculaire. (Gubler.)

Substances antagonistes. Watson {loc. cit.), ayant réussi à guérir le tétanos par la Fève de Calabar, pensa qu'il pourrait, par le même moyen, guérir des animaux empoisonnés par la strychnine. Il prit donc deux animaux, un chien terrier et un lapin, et les empoisonna par la strychnine ; puis, quand les convulsions furent bien établies, il donna la Fève de Calabar, et put obtenir une sédation très-manifeste des symptômes, mais le animaux moururent néanmoins.

Watson fit ensuite l'expérience opposée, il empoisonna trois lapins par la Fève de Calabar et donna ensuite la strychnine.

Le premier lapin mourut, mais sa mort fut sans doute retardée, car un autre lapin, auquel on donna la même dose de strychnine, sans avoir administré auparavant la Fève de Calabar, mourut immédiatement.

Le second lapin, empoisonné par la Fève de Calabar, fut ensuite soumis à l'influence de la strychnine et eut des convulsions qu'on arrêta par une nouvelle dose de Fève.

Le troisième lapin fut également empoisonné par la Fève de Calabar,. et, au moment cti la paralysie commença à se prononcer, on donna la strychnine. Ce dernier poison tua en effet l'animal, mais Watson crut observer que son action avait été notablement retardée.

L'antagonisme est donc assez évident, mais il l'est moins quand le premier médicament administré a été la Fève de Calabar.

Usage interne. La poudre de Fève de Calabar a été employée par M. Giraldès à la dose de 40 centigrammes en huit pilules, c'est-à-dire 5 centigrammes par pilule; une toutes les deux heures chez un enfant de neuf ans.

Vémulsion a été employée de môme par M. Giraldès, à la même dose.

L'extrait alcoolique a été administré de préférence par presque tous les observateurs, mais avec quelques différences. A l'hôpital de Northampton, on l'a donné en solution, 1 centigramme pour 4 grammes d'eau ; mais cette formule a l'inconvénient de donner une préparation trouble qui n'est pas homogène; on l'a prescrit en pilules, associé à la poudre de gingembre. Waison et Campbell l'ont fait dissoudre dans du vin, selon les proportions suivantes :

Cinq gouttes toutes les demi-heures chez un enfant de douze ans. Enfin, l'extrait a été dissout dans l'eau pour faire une injection hypodermique dans les proportions suivantes :

Selon Daniel Hanbury, le meilleur mode d'application sur les yeux

MODE d'administration ET DOSES.

Extrait alcoolique, Vin

60 centigr.

30 grammes.

Extrait alcoolique 2à6 centigr.

Eau 75 grammes.

Usage externe. C'est surtout en collyre qu'on s'en est servi. M. Giraldès a donné la préférence au mélange suivant :

Extrait alcoolique 1 partie.

Glycérine 5 —

FÈVE D'ÉPREUVE DU CALABÂR

consiste à étendre la solution glycérinée sur du papier, par la méthode de Streatfield.

Réveil mettait 2 milligrammes (0,002) pour i centimètre carré de papier, un cinquième de centimètre, suffit pour obtenir le maximum de contraction en huit minutes. (Réveil, Médicaments nouveaux, p. 441.)

Au lieu de papier, Hart a fait faire des petites tablettes de gélatine semblables aux pains à cacheter transparents. Ces tablettes, qui peuvent se graduer comme le papier, ont l'avantage de se dissoudre dans le mucus conjonctival.

L'Éserine de M. Vée, soit seule, soit à l'état de sel, constitue un alcaloïde très-énergique. Une goutte de solution de chlorhydrate d'Éserine au millième suffit pour donner la constriction de la pupille. A l'intérieur, cette substance ne pourrait être employée qu'avec la plus grande circonspection.

On entend par Médicaments Stupéfiants ceux qui impriment aux centres ou aux conducteurs nerveux une modification en vertu de la quelle les fonctions du système nerveux sont abolies ou notablementdiminuées.

L'intelligence, la sensibilité, le mouvement, ont le système nerveux pour condition matérielle de leur manil'eslation. Les agents stupéfiants tendront donc à diminuer l'inteliigenco, la sensibilité et le mouvement.

C'est par un trouble léger dans les idées, par une obtusion notable de la sensibilité, par une certaine paresse à se mouvoir que se manifeste le premier degré d'action des Stupéfiants : bientôt on devient inhabile à saisir les rapports des idées; les sens s'énioussent; les mouvements sont engourdis, et vient alors le sommeil, analogue au sommeil naturel, à cela près pourtant que le réveil est plus difficile et moins complet; si la dose de l'agent stupéfiant a été portée au delà d'une sage mesure, du sommeil on passe au coma, du coma au carus, et enfin à l'extinction totale de la vie.

Tel est le mode d'action des stupéfiants en général; on peut dire même que tous sans exception produisent des effets semblables aux deux périodes extrêmes, c'est-à-dire quand ils commencent à agir et quand ils agissent avec toute leur portée.

Quoique, en réalité, des agents anesthésiques ne soient que des Stupéfiants à l'action plus rapide, plus profonde et en même temps pourtant plus fugace, cependant nous les étudierons dans un chapitre à part, immédiatement après les Stupéfiants et avant les antispasmodiques.

Il est une multitude de modifications intermédiaires spéciales qui démontrent qu'à certains agents il est donné de stupéfier telle ou telle portion du système nerveux, et d'augmenter au contraire l'action de telle autre. Ainsi, tandis que les solanées vireuses, à quelque dose qu'on les administre, déterminent toujours le relâchement du muscle de l'iris, et, par conséquent, le stupéfient complètement, l'opium et la fève de Calabar, au contraire, augmentent l'action musculaire de cette membrane, et l'iris se contracte au point que la pupille devient presque imper-

ceptible ; tandis que par l'opium le plan musculaire des intestin^ est Irappé de stupeur, le mouvement péristaltique du Ccnnal alimentaire semble augmenté par la belladone et la stramoine, contrairement à ce que nous observions tout à l'heure pour l'iris ; tandis que les solanées provoquent un délire bruyant et expansif et une agitation musculaire considérable, les papavéracées jettent dans un anéantissement profond.

Si donc, lorsqu'on veut frapper de stupéfaction une partie du système nerveux, on ne choisit pas l'agent qui a sur cette partie une action spéciale, on risque de manquer totalement le but et de produire un effet diamétralement opposé à celui que l'on croyait devoir attendre. Le choix des Stupéfiants est donc plus important encore que celui des antispasmodiques.

Ainsi, lorsque l'on voudra relâcher des sphincters, des anneaux ligamenteux, c'est aux solanées que l'on devra recourir, et nous avons dit, en traitant de la belladone et du datura, ce qu'on en pouvait attendre dans les maladies de l'iris, et pour faciliter l'accouchement et la réduction des hernies étranglées; si l'on veut diminuer les sécrétions internes, modérer le flux des urines ou de la bile, calmer les mouvements des muscles de l'intestin, c'est l'opium qui devra être préféré ; s'il faut produire une perturbation soudaine et peu durable, le cyanogène se recom mandera plus particulièrement au choix du praticien; si les mouvements du cœur seuls ont besoin d'être modifiés, la digitale sera plutôt indiquée qu'un autre médicament stupéfiant.

Cependant certaines répugnances organiques devront être prises en considération : tel ne peut supporter l'opium sans être pris de vomissements que rien ne peut arrêter; tel autre délire sous l'influence de la moindre dose de belladone ou de datura : celui-ci sera calmé parfaitement par un lait d'amandes, qui ne contient qu'une très-petite proportion de cyanogène, et n'obtiendra rien des Stupéfiants les plus énergiques et les plus sagement administrés. C'est au praticien de s'enquérir de ces susceptibilités individuelles et d'y avoir égard quand elles se présenteront.

Nous venons de dire que les Stupéfiants n'exerçaient pas tous une action semblable sur la contraction musculaire et sur l'inteUigence; que les uns exaltaient tandis que les autres déprimaient ces fonctions : mais tous, sans exception, agissent sur les centres et sur les conducteurs nerveux, de manière à diminuer la douleur, et c'est par cette propriété qu'Us se recommandent d'une manière toute particulière.

Le rôle que joue la douleur dans les maladies est plus important que beaucoup de pathologistes ne le pensent. A lui tout seul, l'élément douleur est une cause puissante de maladie; en combattant, en détruisant cet élément, on fait souvent cesser les accidents les plus graves.

Parmi les agents irritants, il en est qui ne déterminent d'abord que de la douleur : la moutarde est dans ce cas ; la fluxion sanguine ne devient apparente que lorsque la douleur a persisté quelque temps, et si, par une

médication quelconque, on détroit la sensation cuisante que laisse la moutarde, le sang cesse d'abonder dans le tissu. Dans la névralgie de l'œil, la douleur persiste quelquefois pendant une ou deux heures sans qu'il survienne de congestion ; mais bientôt le sang se porte vers les parties endolories, et l'on voit survenir tous les symptômes d'une phlegmasie locale, qui n'ést pas toujours sans gravité. Ici la modification nerveuse qui accompagne la douleur a encore été le principe de la fluxion; et si, au début de la névralgie 'la plus violente, on peut engourdir la douleur à l'aide d'un médicament stupéfiant, l'inflammation ne se manifeste pas. Dans l'odontalgie, la douleur précède la fluxion ; la fluxion arrivée, la douleur cesse, preuve évidente que la congestion sanguine est ici l'effet et non la cause de la douleur. Dans le rhumatisme, la douleur précède la fluxion; dans les grands désordres traumatiques, l'eau froide n'est très-probablement si efficace que parce qu'elle stupéfie, et qu'ainsi elle empêche l'afflux du sang dans les parties blessées.

Mais ce n'est pas seulement par des désordres locaux que la douleur agit sur l'organisme : elle a souvent un retentissement plus grave, jusque vers les centres nerveux et circulatoire. Les chirurgiens ont de tout temps remarqué la fréquence du tétanos après les blessures si douloureuses des mains et des pieds ; les convulsions chez les enfants sous l'influence des coliques et des douleurs de dents; les accidents nerveux et inflammatoires qui terminent si rapidement la vie après les grandes brûlures ; le délire, la fièvre et les convulsions hyslériformes si fréquentes dans les névralgies de la face ; l'éclampsie chez les primipares, tout nous montre combien la douleur a d'influence sur les fonctions du cœur et des vaisseaux capillaires ; sur celles du cerveau, de la moelle et des conducteurs nerveux ; et, d'un autre côté, les vomissements dans la hernie épiploïque, dans la colique néphrétique, etc., etc., indiquent assez que les fonctions des organes de la digestion sont troublées également par la douleur.

Cette fièvre de douleur, s'il est permis de nous exprimer ainsi, n'a pas toujours celte violence et cette rapidité ; souvent elle reparaît chaque jour une ou plusieurs fois, suivant que se reproduisent les paroxysmes douloureux, et alors survient une véritable hectique de douleur , analogue à l'hectique nerveuse, fort différente de l'hectique de suppuration. La fièvre hectique de douleur se remarque principalement chez les goutteux, chez les rhumatisants, chez ceux qui sont atteints de névralgies graves et rebelles. Elle n'amène pas, comme l'hectique de suppuration, une consomption aussi rapide, mais peu à peu elle altère les organes, et surviennent enfin des désordres locaux incompatibles avec la vie.

Calmer la douleur est donc toujours la première indication, et c'est par les Stupéfiants qu'on y réussit le mieux.

Or il est trois moyens principaux d'employer les Stupéfiants : l'application locale ou directe, l'administration indirecte, et l'administration mixte.

Par la première méthode, l'agent stupéfiant est mis en contact immédiat avec les nerfs de la partie dont il émousse ou éteint la sensibilité; par la seconde, le médicament absorbé va frapper de stupéfaction les centres nerveux, qui ne perçoivent plus alors l'impression douloureuse locale ; par la troisième, on agit en même temps et sur les nerfs malades et sur les centres nerveux.

De toutes ces médications, la meilleure est certainement celle qui borne son action à la partie douloureuse ; par là, on évite les accidents qui peuvent résulter de l'impression produite sur le système nerveux par le médicament; mais quand la douleur est très-tenace, on est souvent contraint d'augmenter la dose du médicament ou de lui ouvrir une voie plus facile en l'introduisant sous l'épiderme, par l'exemple ; et alors il est impossible que la substance médicamenteuse ne soit pas absorbée et qu'elle ne porte pas son action sur les centres nerveux. Cette action mixte, si elle n'est pas toujours exempte d'inconvénients, est du moins de beaucoup la plus puissante, puisque les centres deviennent moins aptes à recevoir les impressions et à réagir contre elles en même temps qu'elles ne leur sont transmises qu'obtuses par les extrémités nerveuses.

Quant à l'application indirecte, c'est-à-dire celle qui consiste à faire absorber le médicament loin du siège du mal, elle est de toutes la plus souvent employée, parce qu'elle est plus commode bien que moins efficace que les deux précédentes méthodes. A vrai dire, son action est réellement mixte, car le médicament ne peut être porté par les voies circulatoires sur le cerveau et la moelle, sans être en même temps en contact avec toutes les antres parties, et conséquemment avec celle qui est le siège de la douleur et du spasme.

11 est quelques Stupéfiants dont l'action locale est presque sans effet, qui d'ailleurs n'influencent pas l'encéphale d'une manière bien vive, qui cependant modifient puissamment l'intimité de nos tissus : telle est, par exemple, la ciguë. Ce médicament agit-il par son esprit stupéfiant ou par quelque autre élément spécifique? C'est un problème qu'il ne nous est pas donné de résoudre dans l'état actuel de nos connaissances.

D'autres, comme le datura, font cesser, quelquefois avec une rapidité qui tient du prodige, des perturbations fonctionnelles extrêmement graves, et cela sans qu'il soit possible de dire par quel principe spécial ils agissent; puisque le même médicament, administré sous la forme la plus capable d'exercer sur les centres une influence évidente, reste sans action sur la maladie, et réussit, au contraire, sous une forme qui ne nous permet pas de comprendre par quel mécanisme nous parvenons au résultat thérapeutique.

Quand on administre les Stupéfiants, la dose, la continuité d'action du médicament sont grandement à considérer, et cette réflexion peut s'appliquer à tous les médicaments. Le but thérapeutique ne peut être atteint qu'à de certaines conditions de doses et de préparation L'opium, si utile

dans certaines formes de tétanos, dans la chorce, dans le delirium Ircmens, dans la colique de plomb, est nuisible peut-être s'il n'est donné à doses telles, qu'il stupéfie profondément. La belladone, que l'on a vantée dans le traitement de la manie, n'est eflicace qu'à condition que l'on substituera au délire maniaque un autre délire, celui que provoquent ordinairement les solanées vireuses ; et, par contre, lorsque, au travers d'une fièvre violente, non suscitée par la douleur, le médecin entrevoit l'indication de la Médication Stupéfiante, c'est avec des doses modérées qu'il doit agir, s'il ne veut provoquer une lièvre encore plus vive.

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