‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 7 sur 335 · APPAREILS NERVEUX · texte numérisé non relu

APPAREILS NERVEUX

Mais les phénomènes les plus intéressants sont certainement ceux qui se passent du côté des appareils nerveux de la vie de relation. Les premiers effets du médicament sont un serrement dans les tempes et dans la nuque, que les malades appellent mo.l de tête, mais qu'ils savent très-bien distinguer des céphalalgies qu'ils ont éprouvées jusqu'alors. Les mâchoires se serrent un peu, ou plutôt elles deviennent roides comme si le jeu des articulations se faisait moins bien. Cependant cette roideur ne tarde pas à envahir tous les muscles du tronc et des membres. Les malades ne peuvent dilater complètement la poitrine, et dans les grands efforts d'inspiration, ils sont arrêtés court par une espèce de spasme musculaire

général. Cependant cette roideur dont nous venons de parler n'est pas continue, ou plutôt elle s'exaspère par moments, et devient très-forte, de minime qu'elle était. Ces contractions spasmodiques sont souvent précédées d'une horripilation accompagnée d'un frissonnement très-marqué; puis surviennent dans le trajet des nerfs des membres des fourmillements et quelquefois des sensations douloureuses que les malades comparent au passage des étincelles électriques. C'est après ces frissonnements et ces étincelles que se manifestent des spasmes d'autant plus énergiques que les phénomènes précurseurs ont été eux-mêmes plus marqués. Cependant d'autres muscles, qui semblent en général un peu moins sous l'empire de la volonté, participent aussi à ces spasmes : ceux du pharynx et de l'œsophage, ceux qui érigent le pénis, au point que la dégluîition est souvent assez difficile, et que les érections nocturnes et diurnes deviennent incommodes même chez ceux qui, depuis longtemps, avaient perdu quelque chose de leur virilité. Les femmes elles-mêmes éprouvent des désirs vénériens plus énergiques, et nous avons, à cet égard, reçu des confidences qui ne nous permettent pas d'en douter.

Les fourmillements dont nous avons parlé, d'abord profonds, deviennent bientôt surperOciels, et, lorsque tous les accidentss spamodiques sont dissipés, il reste une démangeaison quelquefois tellement insupportable et si opiniâtre, que l'on est obligé de renoncer à l'emploi du remède.

Les démangeaisons sont bien souvent le premier effet que l'on observe. Elles occupent surtout le cuir chevelu. Plus tard seulement elles se manifestent à la peau du reste du corps.

Quand la dose de Noix vomique a été portée un peu haut, les secousses électriques dont nous venons de parler sont le signe d'une véritable convulsion tétanique, qui, pour n'avoir rien de grave ni de dangereux, n'en est pas moins quelque peu douloureuse, et est suivie d'une roideur des membres telle, que la progression est souvent impossible. Lorsque les secousses surprennent le malade debout, il a grahd'peine à conserver l'équilibre, et il le perd quelquefois; dans certains cas, il est lancé comme par un ressort, et il tombe.

Pendant que ces énergiques effets se font sentir, l'intelligence n'est pas troublée un seul instant : seulement il survient des éblouissements, des tintouins, des bluettes, une certaine excitation nerveuse analogue à l'hystérie ; mais tout disparaît du moment que l'action du médicament s'apaise.

Tous ces phénomènes ne débutent pas en même temps et n'ont pas la même durée. Chez celui qui n'a pas encore pris de Noix vomique, ce n'est guère qu'au bout d'une heure que les spasmes se manifestent; ils durent deux, trois, quatre heures, plus ou moins, en raison de la dose. La rigidité est le premier symptômp; les étincelles électriques, les frissonnements et les secousses convulsives arrivent ensuite ; mais les fourmillements et surtout les démangeaisons ne s'observent que lorsque le médicament a été donné plusieurs jours de suite. Lorsque, au con-

traire, on prend la Noix vomique déjà depuis plusieurs jours, les effets d'une dose nouvelle se manifestent quelquefois au bout de dix minutes, et se prolongent pendant deuX;, quatre, six, huit et quelquefois ^ quinze jours, ce qui veut dire que l'action du médicament ne s'épuise que lentement, et que l'excitabilité du malade, si nous pouvons ainsi nous exprimer, va en augmentant à mesure que le médicament est donné plus souvent. En sorte qu'un thérapeutiste se tromperait gravement qui croirait qu'il peut, dès qu'il a obtenu des effets donnés, à l'aide d'une dose, augmenter toujours cette dose en raison même de l'habitude du malade. Il ne tarderait pas à reconnaître, ce dont l'expérience nous a convaincus, que l'organisme ne s'habitue pas plus à la Noix vomique qu'aux solanées vireuses, et que non-seulement il ne faut pas augmenter les doses du moment qu'on est arrivé à obtenir les effets médicamenteux que Ton désire, mais encore qu'on est souvent obligé de les diminuer ou même de suspendre complètement l'administration du médicament ; car l'action peut s'accumuler, et les mêmes doses produisent à certains jours des effets beaucoup plus énergiques que les jours précédents et que les jours suivants.

Avec les exigences de la physiologie moderne, il ne nous suffit plus de dire que la Strychnine produit des convulsions : il s'agit de savoir si le poison agit sur les nerfs moteurs ou sur la moelle en les excitant, ou si ces convulsions ne sont pas le dernier terme d'une action qui porterait sur d'autres éléments. M. Claude Bernard, qui est un excellent juge en pareille matière, nous a donné sur ce point des éclaircissements bien précieux. Premièrement, quand il examine avec la pince galvanique les nerfs d'un animal qu'on a empoisonné par la Strychnine, une grenouille par exemple, il constate que les muscles, les nerfs moteurs et la moelle ont conservé leur excitabilité, tandis que les nerfs sensibles l'ont perdue. De cette première expérience, M. Claude Bernard conclut que ce n'est ni sur les muscles, ni sur les nerfs moteurs, ni sur la moelle que la Strychnine agit, mais bien sur les nerfs du sentiment.

Pour contrôler cette première hypothèse, M. Claude Bernard prend une grenouille et lui coupe toutes les racines postérieures, de façon à ne plus laisser de communication entre les nerfs sensibles, d'une part, et la moelle et les nerfs moteurs, de l'autre. La grenouille est ensuite empoisonnée, et, ce qui est frappant, c'est que l'empoisonnement se fait bien encore, mais que les convulsions n'ont plus lieu. L'hypothèse est donc justifiée. Pour arriver à une démonstration complète, il suffit, sur une autre grenouille, de laisser deux ou même une seule racine postérieure pour que l'excitation, partie des nerfs sensibles, arrive à la moelle et détermine les convulsions. Toutes ces expériences ont été reproduites, un grand nombre de fois, non-seulement par M. Claude Bernard, mais par line foule d'autres expérimentateurs, si bien que l'on peut formuler ainsi l'action physiologique de la Strychnine sur le système nerveux. La Strychnine détermine des convulsions et le tétanos par une action ré~

flexe; elle abolit les fonctiom des nerfs du sentiment et laisse 1771^18 les nerfs moteurs ainsi que le système musculaire. Le curare, au contraire, abolit les fonctions des nerfs moteurs, et le sulfo-cyanure de potassium, les fonctions des muscles. (Cl. Bernard, Substances toxiques et médicamenteuses, 1837.)

Mais on ne s'est pas borné à cette première loi posée par M. Claude Bernard, M. Cayrade {Recherches critiques et expérimentales sur les mouvements réffexes, thèse inaug., 1867) vient de pousser l'analyse plus loin encore. Cet observateur a remarqué que les convulsions produites par la Strychnine ont toujours pour caractère de mettre les membres dans une extension forcée, et il s'est demandé si cette attitude tenait à une prépondérance d'action des muscles extenseurs sur les fléchisseurs, ou bien si les convulsions de la Strychnine ne seraient pas le fait d'une action élective sur les muscles extenseurs.

Dans ce but, M. Cayrade a institué une série d'expériences sur des grenouilles, et il a pu arriver aux résultats suivants : 1° Quand une grenouille est dans un accès de tétanos produit par la Strychnine, les muscles extenseurs sont contractés et durs, tandis que les fléchisseurs sont mous et flasques. — 2° Si on prend deux grenouilles et qu'à l'une on ôte les muscles fléchisseurs, tandis qu'à l'autre on enlève les extenseurs, on observe que la grenouille qui a encore ses extenseurs a des convulsions, tandis que celle qui n'a que des muscles fléchisseurs n'en éprouve pas. — 3° Si l'on coupe à une grenouille les muscles extenseurs et fléchisseurs d'une patte et qu'on l'empoisonne ensuite par la Strychnine, on voit que les muscles extenseurs seuls se rétractent, tandis que les fléchisseurs n'ont que des mouvements fibrillaires.

Ces expériences sont donc de nature à faire admettre une action élective de la Strychnine, dans laquelle l'action réflexe ne se produit que sur les muscles extenseurs, attendu que si l'on répète les mêmes expériences sur une grenouille à laquelle on n'a pas administré de Strychnine, les actions réflexes que l'on produit portent également sur les muscles fléchisseurs et sur les extenseurs.

On ne manquera donc pas désormais de contrôler ces observations lorsqu'on aura devant soi des cas d'empoisonnement par la Strychnine, ainsi que d'explorer la sensibilité, que M. Claude Bernard dit être abolie dans ces expériences. Nous sommes étonnés que, depuis que les expériences de M. Claude Bernard sont connues, les médecins qui ont observé des cas d'empoisonnement par la Strychnine n'aient pas noté l'état de la sensibilité, observation bien facile, attendu que, pendant les attaques, les malades gardent leur intelligence. C'est une lacune qui ne manquera pas d'être bientôt comblée, si l'on y prend garde. -1 Nous dirons, en terminant, que les médicaments préconisés contre l'empoisonnement parla Strychnine sont très-nombreux, et que leur défaut général d'efficacité est ce qui en rend le choix difficile. Il semble pourtant que ceux qui ont rendu le plus de services soient le chloroforme

et l'aconit. (Voyez Gallard, Empoisonnement par la Strychnine, in Annales d'hygiène , 1865, et Schraube, même sujet, in Schmidt's Jahrb, 1866.)

En résumé, voici de quelle manière il convient de procéder dans l'administration de ce remède, suivant les résultats thérapeutiques que l'on veut en obtenir.

On se rappelle qu'à faible dose, la Noix vomique agit surtout comme tonique, c'est-à-dire en accroissant directement et immédiatement les actions réflexes. A dose un peu plus forte, la Noix vomique devient un stimulant, ou, pour mieux dire, un excitateur spécial du système nerveux ganglionnaire, et plus particulièrement de la portion de ce système qui préside à la contractilité du tube gastro -intestinal.

Enfin, à dose plus élevée et surtout à dose toxique, la Noix vomique va atteindre le système nerveux cérébro-spinal, et son action se traduit alors par une série de phénomènes convulsifs ou par des troubles divers de la sensibilité générale et spéciale.

On voit ainsi que, pour produire tous ses effets physiologiques, la Noix vomique a besoin d'être administrée à des doses progressives d'autant plus fortes qu'on s'adresse à des parties du système nerveux plus élevées dans l'ordre hiérarchique.

ACTION THÉRAPEUTIQUE

Paralysie. — La connaissance plus ou moins complète de l'action physiologique de la Noix vomique et des phénomènes qui suivent l'administration de cette héroïque substance conduisit Fouquier à conseiller ce médicament dans la paralysie, et quoique cette application ait été peutêtre moins heureuse entre les mains de Fouquier lui-même qu'entre celles de quelques autres médecins, il n'en faut pas moins reconnaître que c'est à ce praticien qu'appartient cette découverte thérapeutique, certes l'une des plus importantes de notre époque.

La Noix vomique fut d'abord employée p.ir Fouq,uier dans l'hémiplégie : et l'on ne peut nier que, dans les hémiplégies anciennes, ce moyen ne soit d'une certaine utilité; mais, comme on l'employa aussi dans les hémiplégies récentes, on vit quelquefois les accidents cérébraux qui avaient causé la paralysie prendre, sous l'influence de la Noix vomique, une intensité nouvelle, et ce médicament tomba promptement dans ud discrédit fort injuste.

Bretonneau, de Tours, à qui la thérapeutique doit tant, répéta les essais de Fouquier, et il ne tarda pas à reconnaître que si, en effet, dans l'hémiplégie et, en général, dans toutes les paralysies qui tiennent à une lésion du cerveau, la Noix vomique est peu utile, en revanche elle peut être donnée avec un grand avantage dans les paraplégies et en général dans les paralysies qui sont sous la dépendance d'une maladie de la

moelle, ou seulement des conducteurs nerveux ; et il arriva, après de nombreux essais, à formuler de la manière suivante les cas où l'application de la Noix vomique doit être tentée :

Les paraplégies symptomatiques d'une commotion de la moelle, alors que les symptômes primitifs sont passés et qu'il ne reste que la paralysie ; celles qui suivent une inflammation de la moelle ou de ses membranes, lorsque tous les phénomènes d'irritation locale sont dissipés depuis longtemps ; celles qui suivent le mal de Pott, lorsque la carie osseuse est guérie et que l'afi'aissement des vertèbres s'est complètement effectué ; les paralysies diverses qui se sont développées sous l'influence du plomb.

Depuis cette époque, M. Tanquerel a publié une thèse dans laquelle il a particulièrement insisté sur l'utilité de la Noix vomique et surtout de la Strychnine, ce qui revient au même, dans les paralysies saturnines ; et il a rapporté des faits nombreux recueillis dans le service de MM. Andral et Rayer et dans le nôtre. Ces faits, à défaut d'autres, mettraient hors de doute l'efflcacité de ce moyen.

Les efi'ets de la Noix vomique sur les parties paralysées sont fort remarquables. Les étincelles, les secousses, les fourmillements, dont nous avons parlé plus haut, se manifestent plus particulièrement dans les membres privés de sensibilité et de mouvement, et c'est même une condition de succès, car lorsque les parties paralysées ne sont pas vivement influencées par la Noix vomique, il y a peu d'amélioration à espérer.

Paralysies locales. — Les paralysies tout à fait locales ont été heureusement traitées par ce moyen. En première ligne nous mettrons l'amaurose. Déjà Bretonneau avait essayé de combattre par la Noix vomique l'amaurose qui s'était développée sous l'influence des émanations saturnines, mais sans avantage marqué ; plus tard les docteurs Walson [Journal des Progrès, t. III, p. 234, 1830) et Liston [Arch. gén. de Méd., t. XXII, p. 548), et, plus récemment encore. M; Miquel, conseillèrent la Strychnine dans l'amaurose qui ne reconnaissait pas pour cause une compression du nerf optique. Ils aimèrent mieux administrer ce médicament par la méthode endermique, et ils obtinrent quelquefois d'incontestables succès. Cette médication a l'avantage de joindre l'utilité du vésicatoire, moyen qui, à lui seul, peut déjà revendiquer une part dans la cure de quelques amauroses, à l'utilité plus certaine encore du médicament excitateur, qui semble alors être plus directement porté par l'absorption aux parties qu'il doit ranimer. Parmi les efi'ets qui suivent ce mode d'administration de la Strychnine, le plus important est la perception d'étincelles plus ou moins nombreuses et plus vives dans le fond des deux yeux et surtout dans l'œil du côté où est placé le vésicatoire. Si ces étincelles n'existaient pas, on devrait mal augurer du succès du traitement. La qualité des étincelles est aussi une chose digne de remarque ; elles sont quelquefois noirâtres, d'autres fois blanches ou rouges. Les étincelles rouges sont les plus avantageuses ; si elles sont trop éclatantes,

il faut tempérer les doses de Strychnine. {Journal des Connaissances médico-chirwgicales, t. III, p. 201.) Dans quelques circonstances, nous avons substitué à la Strychnine des frictions sur les tempes avec la teinture de Noix vomique, en même temps qu'à l'intérieur nous donnions l'extrait de cette semence.

Dans les paralysies locales qui viennent chez les malades qui se sont exposés aux émanations saturnines, nous n'avons pas vu que l'application locale de la Noix vomique sur le derme dénudé fût suivie de meilleurs résultats que l'administration de ce médicament par les voies ordinaires. Nous avons, au contraire, eu beaucoup à nous louer de la médication suivante : en même temps que nous donnons à l'intérieur de la Strychnine ou de l'extrait de Noix vomique, nous nous contentons de faire appliquer sur la peau qui recouvre les muscles paralysés des fomentations avec de la teinture alcoolique de la même substance.

L'incontinence ou la rétention d'urine dépendant d'une paralysie de la vessie ont été traitées avec avantage par le même moyen. M. Lafaye (de Bordeaux) guérit en sept semaines un vieillard atteint de rétention d'urine, par l'usage de l'extrait de Noix vomique donné à la dose de 20 à 40 centigr. par jour. {Journ. de Méd. pratique de Bordeaux, t. II, p. 32.) Et M. Mauricet rapporte {Arch. gén. de Médecine, t. XIII, p. 403) que deux frères d'une constitution lymphatique, l'un de treize, l'autre de quatorze ans, étaient sujets à une incontinence d'urine nocturne : on leur donna matin et soir une pilule d'un demi-grain d'extrait alcoolique de Noix vomique. La guérison eut lieu en trois jours. On cessa au bout de quinze jours, et l'incontinence reparut ; on reprit l'usage du médicament, nouvelle guérison. L'infirmité reparut lorsqu'on cessa de nouveau le traitement. On recommença alors l'usage des pilules, que l'on continua pendant un mois, et la guérison fut désormais solide.

Nous-mêmes, il y a environ vingt ans, nous avons, à l'Hôtel-Dieu de Paris, guéri par le même moyen une femme qui, à la suite d'une chute d'un lieu très-élevé, avait d'abord été paraplégique, et à qui il était resté une paralysie de la vessie, du rectum^et de toutes les parties qui se trouvent dans le bassin.

On n'a pas tardé à profiter de la méthode sous-cutanée pour traiter les paralysies locales par la Strychnine. Le premier qui en ait fait usage, M. Gourty, de MoniçeWiev {Bulletin de Thérap., J863), n'eut pas d'abord grand succès en s'adressant à des paralysies anciennes ; mais dans une paraplégie qui ne datait que d'une année, quelques injections, pratiquées comme nous allons le dire, donnèrent un plein succès, alors que divers traitements avaient échoué. Il a été plus heureux encore dans trois cas de paralysie faciale récente, pour lesquels il a suffi de trois à six injections pratiquées dans l'espace de dix à quinze jours.

Dans ces expériences, M. Gourty s'est servi d'une solution de Strychnine au centième avec laquelle il pratiquait tous les deux ou trois jours une

EXCITANTS DU SYSTÈiME MUSCULAIRE.

injection de huit à seize gouttes en arrière du condyle du maxillaire inférieur.

Depuis cette époque, l'exemple donné par M. Courty a été suivi par un certain nombre de médecins, mais ce n'est plus la Strychnine qui a été employée, mais bien le nitrate ou le sulfate de Strychnine, qui sont mieux solubles. Pletzev {Se hmid' s J., 186S) a guéri ainsi très-rapidement un cas de paralysie faciale et deux névralgies sciatiques. Sander a obtenu un très-beau succès dans un tic douloureux de la face. Saeman a réussi également dans un cas de paralysie faciale et dans un cas d'amaurose subite, comme l'avait fait M. Frémineau.

Ces premiers succès sont très-encourageants, et nous espérons que leur nombre ne tardera pas à grossir.

Voici la formule de la solution employée par la plupart des médecins qui précèdent :

C'est-à-dire 1 pour 100.

Chaque goutte de 5 centigrammes contient donc 5 décilligrammes ou un demi-milligramme ; on en injecte chaque fois quatre gouttes, c'est-àdire 2 milligrammes.

Impuissance. — Nous avons également traité l'impuissance par la Noix vomique. Nous avons été conduits à cette médication d'abord par l'analogie, et ensuite par l'observation des phénomènes que nous avions excités chez un de nos malades. C'était un hom.me atteint, depuis trois ans, d'une paraplégie complète avec chorée. Les membres thoraciques etabdominaux, la vessie, le rectum, étaient paralysés du mouvement; la sensibilité était conservée, l'intelligence était d'ailleurs entière. Depuis le début de la maladie, l'excitabilité des organes génitaux était complètement éteinte. Sous l'influence de la Noix vomique, les mouvements se rétablirent presque complètement, le tremblement cessa, et, après un mois de traitement, survinrent des érections, qui, d'abord faibles, acquirent bien tôt la même énergie qu'auparavant et revinrent chaque nuit. Bientôt, fixant notre attention sur ce curieux phénomène, nous constatâmes les mêmes effets sur un couvreur âgé de quarante ans, qui avait un affaiblissement notable des extrémités inférieures, et qui, depuis sept mois, n'avait pu avoir de rapports avec sa femme. En quinze jours de traitement, il marchait d'un pas plus assuré ; d'autre part, les organes génitaux étaient dans un état d'excitation d'autant plus remarquable que les forces musculaires des membres ne se rétablissaient pas avec la même énergie Nous avons, chez une femme, observé des effets analogues. Enfin, nous avons obtenu d'aussi heureux résultats chez un jeune homme de vingt-cinq ans, constitué d'ailleurs comme un athlète, mais qui, depuis dix-huit mois qu'il était marié, n'avait eu avec sa femme que des rapports presque fra-

Nitrate ou sulfate de Strycliiiine Eau distillée

10 centigrammes.

10 grammes.

NOiX VOMiyUE, STRYCHNINE. 15

ternels : nous sommes parvenus à lui donner une virilité, qu'il perdit cependant quelque temps après, nonobstant l'usage de la Noix vomique.

Depuis que nous avons fait ces premiers essais, des expériences nombreuses sont venues en confirmer les résultfits; et aujourd'hui on peut dire que les recueils scientifiques abondent en cas de guérisons, soit de paralysies complètes ou de simples inerties de la vessie, soit d'incontinences d'urine, soit d'impuissance ou de spermatorrhée, guérisons obtenues par la Strychnine employée sous diverses formes.

Ces succès s'expliquent d'ailleurs facilement par l'action si remarquable de la Strychnine sur les plans musculeux des organes frappés d'inertie. Ainsi, dans quelques cas, on a vu cette substance prise à l'intérieur donner lieu à la rétention d'urine, et même produire une telle constriction du canal de l'urètre qu'une sonde n'avait pu d'abord être introduite qu'avec peine, et puis consécutivement n'être retirée qu'assez difficilement.

Incontinence nocturne d'urine. — Comme OU le voit, la Noix VOmique

et la belladone, qui ont des propriétés physiologiques si différentes, guérissent néanmoins les mêmes maladies, surtout l'incontinence nocturne. Mais cette incontinence nocturne ne reconnaîtrait-elle pas pour cause des états morbides de nature diverse et même opposée, l'inertie de la vessie chez les uns, l'excès d'irritabilité de cet organe chez les autres ?

Il est à remarquer que chez les jeunes garçons l'incontinence nocturne s'accompagne assez ordinairement pendant le sommeil d'un état habituel d'érection, ce qui porte à supposer une condition pathologique analogue, c'est-à-dire un état d'éréthisme dans le plan musculeux du réservoir urinaire. En faveur de cette manière de voir, ne pourrait-on pas d'ailleurs faire valoir ce fait d'observation, à savoir : qu'on guérit généralement mieux l'incontinence nocturne, chez les enfants, par la belladone que par» la Noix vomique? Mais quand l'incontinence est à la fois diurne et nocturne, les préparations de Noix vomique l'emportent beaucoup sur la belladone.

Ciiorée. — La danse de Saint-Guy est une des maladies dans le traitement desquelles on obtient le plus de succès de l'emploi de la Noix vomique. Lejeune l'avait dit assez vaguement. Niemann, Cazenave avaient également, et en désespoir de cause, traité par la Noix vomique une chorée qui avait été bien guérie. Nous-mêmes, en i 831 , nous avions employé la Noix vomique chez un individu atteint en même temps de paralysie et de chorée, moins dans le but de guérir la danse de Saint- Guy que dans celui de remédier à la paralysie.

C'est en 1841 seulement que nous avons formulé nettement le traitement de la chorée par la Noix vomique ; et nos expériences se faisaient publiquement dans notre hôpital. A peu près à la même époque, et sans

que nous eussions ni les uns ni les autres connaissance des essais qui se faisaient ailleurs, MM. Fouilhoux et Rougier conseillaient l'emploi méthodique de la Strychnine dans le traitement de la danse de Saint- Guy. Tandis que, de notre côté, nous recueillions et faisions publier des observations de guérison par la Noix vomique, M. Rougier rendait publics les résultats de ses travaux; seulement, au lieu de la Noix -vomique, il conseillait la Strychnine.

Encouragés par notre exemple, un grand nombre de praticiens ont répété nos essais, et aujourd'hui l'emploi de la Noix vomique dans le traitement de la chorée est devenu presque général.

Nous faisons maintenant, pour les enfants, préparer un sirop de Strychnine, en dissolvant 5 centigrammes de sulfate de Strychnine dans 100 grammes de sirop simple. 100 grammes de sirop contiennent à peu près vingt-cinq cuillerées à café : chaque cuillerée renferme donc 2 milligrammes de principe actif.

Nous devons prévenir que ce sirop n'est que rarement préparé d'avance dans les pharmacies ; il est donc nécessaire de le formuler et de bien préciser que c'est du Sirop de sulfate de Strychnine et non du Sirop de Strychnine que l'on demande. Mfilgré son amertume, les enfants n'ont pas trop de répugnance à le prendre.

Le mode d'administration de ce sirop doit être surveillé avec le plus grand soin. En tenant compte de l'âge du malade, on en donne, le premier jour, de deux à trois cuillerées à café, en ayant bien soin d'insister sur ce point qu'il faut les donner à intervalles égaux dans le courant de la journée, une le matin, une le soir, l'autre au milieu du jour, de manière à pouvoir en surveiller les effets et à ne point outre-passer le but qu'on se propose d'atteindre. Si cette dose de trois cuillerées à café est bien supportée, on la continue d'abord pendant deux jours, puis on l'augmente d'une cuillerée à café ; on attend encore deux jours et l'on arrive ainsi jusqu'à six cuillerées à café, en espaçant toujours les moments où elles doivent être prises.

Cette dose atteinte, on substitue une cuillerée à dessert à une cuillerée à café (une cuillerée à dessert représente deux cuillerées h café), et, en suivant les mêmes règles, on arrive à six cuillerées à dessert, par conséquent à 60 grammes de sirop, contenant 3 centigrammes de sulfate de Strychnine. On remplace alors une des cuillerées à dessert par une cuillerée à bouche, et en augmentant progressivement, avec la même prudence, avec la précaution essentielle de distribuer le médicament à des intervalles sensiblement égaux dans le courant de la journée , on arrive à donner aux enfants de cinq à dix ans, SO, 60, 80 et jusqu'à 120 grammes de sirop; ou 25 milligrammes, 3, -4 et jusqu'à 6 centigrammes de sulfate de Strychnine.

Au-dessus de cet âge, on commence jjar des doses plus fortes, par la cuillerée à dessert, et on arrive graduellement, chez les adolescents, jusqu'à 200 grammes de sirop, 10 centigrammes de principe actif. Mais

surtout il faut bien retenir ceci, c'est un fait capital : on doit toujours commencer pa?' de faibles doses ; on surveille leur action, et, avant d'aller plus loin, on y maintient les malades pendant deux jours. Il est d'autant plus essentiel de surveiller la médication que le médicament doit être porté à des doses suffisantes pour que son action se traduise par des effets physiologiques. Il est nécessaire aussi de prévenir les parents ou les personnes qui entourent le malade de ce qui doit arriver.

Au bout de très-peu de jours et alors qu'on a commencé à augmenter les doses primitives, le malade éprouve, dans certains moments de la journée, vingt minutes, une demi-heure après avoir pris son sirop, un peu de raideur dans la mâchoire, du mal de tête, des troubles de la vue, un peu de vertiges et quelques raideurs dans les muscles du cou ; il se plaint de démangeaisons dans les parties de la peau qui sont recouvertes de poils, au cuir chevelu; ces démangeaisons s'étendent aux parties glabres et quelquefois il survient une éruption prurigineuse. Si l'on augmente les doses du médicament, les raideurs se généralisent, occupent les membres les plus affectés de convulsions qui, on le suit, sont aussi les plus paralysés. En même temps se produisent, en quelques cas, des secousses musculaires, et souvent, lorsqu'on a affaire à des hystériques, des spasmes, des convulsions. Ces secousses se produisent surtout lorsque le malade est surpris, lorsqu'on lui donne un ordre qui devance subitement sa volonté, et elles peuvent être telles, que les individus soient précipités par terre. Ces contractions tétaniques sont douloureuses, principalement quand les individus veulent y résister et rester sur leurs jambes ; mais il suffit de coucher les malades à plat sur le dos pour calmer presque immédiatement tout cet orage.

Lorsque ces effets physiologiques se manifestent, il faut bien se garger d'augmenter les doses, car la Strychnine, comme toutes les préparations de Noix vomique, est un de ces médicaments qui, en vertu de leur longue portée thérapeutique toute spéciale et d'une sorte d'accumulation d'action des plus remarquables, sont susceptibles de déterminer des accidents tout à fait imprévus, alors même que, administrés à doses modérées, ils avaient pu ne donner lieu jusque-là qu'à des effets à peine appréciables.

S'il importe donc que le médecin ne se laisse pas effrayer par les phénomènes physiologiques qu'il doit chercher à obtenir, et qui, quelque incommodes qu'ils soient, ne peuvent avoir de gravité qu'autant qu'ils sont portés trop loin, ce qui n'arrive jamais quand le sirop est administré convenablement, il importe aussi d'être prévenu que la tolérance pour ce médicament, non-seulement varie suivant les individus, mais qu'elle varie encore chez un même individu, de telle sorte qu'en restant aux mêmes doses, on ne saurait juger des effets du lendemain par ceux de la veille. Ainsi, tandis que six cuillerées du sirop de sulfate de Strychnine ne produisent aucun effet physiologique appréciable aujourd'hui, il se manifestera, le jour suivant, des spasmes violents immé-

IG

diatement après la première cuillerée, alors même qu'on est certain de la préparation et qu'on a employé celle de la veille.

Cette variété d'action du médicament rend son administration délicate, exige la plus scrupuleuse attention, et c'est ce qui empêchera peutêtre cette médication de prendre, dans la danse de Saint-Guy, le rang que, suivant nous, elle devra occuper en raison de ses avantages incontestables. Enfin, nous indiquerons, comme dernière règle, qu'on doit continuer d'administrer le sirop plusieurs jours encore après la cessation de la chorée. En recommençant ensuite pendant un temps bien plus court et avec de moindres doses, alors que la guérison semble obtenue, on peut conjurer les rechutes. C'est la règle que nous nous imposons, règle qu'il est impossible, du moins très-difficile, de mettre en pratique à l'hôpital. (Trousseau, Clinique médicale.)

Est-ce à dire que la Noix vomique doive remplacer tous les autres remèdes conseillés contre la chorée ? A Dieu ne plaise que nous ne donnions jamais le conseil de méconnaître les indications qui peuvent et doivent dominer quelquefois le traitement ! La saignée, s'il y a fièvre, ou pléthore ; les martiaux, si la chlorose ou l'anémie est évidente ; les antispasmodiques et les immersions, si les accidents hystériques dominent la scène morbide ; le sulfate de quinine et la digitale, s'il existe des signes de rhumatisme articulaire encore à l'état subaigu, devront êlre conseillés avant tout, et la Noix vomique viendra apporter des secours efficaces dès que seront aplanies les premières difficultés.

Tétanos. N'oublions pas de mentionner ici que la Noix vomique a été essayée dans le traitem ent du tétanos spontané, et qu'elle parait avoir eu quelquefois de bons résultats.

Hoquet. M. Guibout a communiqué dernièrement à la Société de médecine des hôpitaux, l'observation de deux cas de hoquet qui ont été guéris par une potion ainsi composée :

Sulfate de Strycliniiip 3 centigrammes.

Sirop de menthe 30 grammes.

Eau 150 —

Dans le premier cas, il s'agissait d'une personne habitant la province, qui était obsédée par un hoquet perpétuel. Cette potion, continuée pendant quelques jours, amena la guérison complète. Un an après, M. Guibout revit ce malade dont la guérison s'était très-bien maintenue. Le second cas a été observé chez un homme frappé d'hémorrhagie cérébrale, qui était incommodé par un hoquet violent. La môme préparation de Strychnine fit disparaître ce phénomène en trente-six heures.

Névralgies. Ce que nous avons dit plus haut de l'action physiologique

nous ferait regarder comme une méthode rationnelle l'emploi de la Strychnine dans les névralgies. Voici d'ailleurs quelques cas où elle aréussi :

M. Rœlants emploie avec heaucoup de succès la Noix vomique contre la névralgie faciale, tant dans les cas où la maladie est invétérée que dans ceux oii elle est récente. Il a recueilli les histoires de vingt-neuf sujets, dont vingt et un traités par lui-même, et les autres par MM. les docteurs Van der Hoven, Van Anckeren, Meerburg, Levie, Krierger et Jones. Sur ces vingt-neuf cas, vingt-cinq ont été guéris.

M, Rœlants donne la Noix vomique sous forme de poudre, à la dose graduellement croissante de 20 à 60 centigrammes et même davantage, par doses fractionnées, dans le courant de vingt-quatre heures. Du reste, il recommande expressément d'apporter la plus grande surveillance et la plus grande circonspection dans l'administration de ce médicament : il a vu des sujets chez lesquels de petites doses suffisaient pour déterminer des effets très- violents, et chez lesquels on était obligé de diminuer la dose du remède ou même d'en suspendre tout à fait l'emploi. Dans tous les cas, il convient, aussitôt que la maladie a cédé, de commencer à diminuer les quantités de la substance médicamenteuse.

Il nous paraîtrait préférable aujourd'hui d'employer la méthode souscutanée qui a permis à Pletzer de guérir des névralgies sciatiques, qui sont les névralgies ordinairement les plus rebelles.

Colique saturnine. C'est probablement en vertu de ses propriétés stupéfiantes que la Noix vomique, entre les mains de M. Serres, a été utilisée dans le traitement de la colique du plomb, On l'applique sur le ventre, en fomentations ; en même temps on la donne à l'intérieur, à doses successivement croissantes, jusqu'à ce que les douleurs aient cédé, et que les évacuations alvines soient rétablies.

La propriété que possède la Noix vomique d'agir sur le plan musculeux du canal intestinal par action réflexe a été mise à profit pour combattre les engouements stercoraux et même de véritables accidents d'étranglement. M. HomoUe a cité à cet égard plusieurs faits très-intéressants de hernies étranglées oii le chirurgien s'apprêtait à faire l'opération du débridement, et où la Noix vomique, administrée comme ressource dernière, avait réussi à établir le cours des matières, et à faire disparaître tous les symptômes de l'étranglement.

Asthme. Le même médecin, à qui une expérience très-prolongée a donné une très-grande aptitude dans le maniement de cette substance héroïque, affirme que la Noix vomique lui a donné de très-bons résultats, non-seulement dans les gastralgies, les dyspepsies, l'hypochondrie, mais «ncore dans l'asthme lié ou non à l'emphysème pulmonaire, et dans certains catarrhes suffocants des vieillards. Dans ce cas, la Strychnine agirait soit en rendant de la tonicité aux vésicules pulmonaires, soit en

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stimulant les nerfs pneumogastriques; et elle aiderait ainsi à l'expulsion des matières qui engorgent les dernières ramifications bronchiques. Le même moyen a encore été employé avec avantage dans certaines palpitalions de cœur dépendant d'une profonde débilitation générale, et enfin dans certaines hydropisies, qu'on pourrait peut-être, dit M. Homolle, considérer comme produites par une diminution de la contractilité générale de tissu. {Union médicale, ocLobre 1854.)

Dyspepsie. Antérieurement d'autres praticiens avaient cru devoir utiliser quèlques autres des propriétés de la Noix vomique, et, entre autres, son excessive amertume. Ils pensaient qu'ils en obtiendraient un effet tonique analogue à celui qu'ils obtenaient en général par les amers^ et ils la conseillèrent dans certaines dyspepsies.

Certes, on conçoit que, par son amertume, elle puisse agir utilement dans les mêmes affections de l'estomac, qui se trouvent bien en général de l'administration des amers; mais il est bien probable aussi que l'action évidente de la Noix vomique sur les muscles de la vie organique^ et, par conséquent, sur le plan musculaire de l'intestin, rend au tube* digestif des mouvements qu'il avait perdus, mouvements qui sont une condition nécessaire à l'accomplissement de la fonction. Aussi l'expérience nous a-t-elle prouvé que cette médication, proposée pour la première fois par Schmidtmann, est particulièrement applicable aux vieillards, ou à ceux qui se trouvent avant l'âge dans les conditions physiques de la vieillesse : elle convient à cet état particulier du canal intestinal dans lequel la digestion est très-lente et assez douloureuse, s'accompagne de flatuosités, de gonflement du ventre et de constipation, sans que,, d'ailleurs, il y ait jamais ni fièvre ni amertume de la bouche, ni nausées; état qu'il ne faut pas confondre avec la paresse digestive qui précède, accompagne ou suit la plupart des maladies aiguës et chroniques.

Dans ce cas, la Noix vomique ne se donne pas à des doses aussi élevées^ que dans la paralysie.

Toutefois, hàtons-nous d'ajouter que ce médicament est loin d'être exclusivement approprié à ces dernières conditions. En effet, l'expérience la mieux établie a démontré que, chez les jeunes sujets, les préparations de Noix vomique donnaient souvent des résultats vraiment remarquables,, dans certaines formes de dyspepsies rebelles, notamment dans celles qui s'accompagnent de flatuosités et de douleurs comme paroxystiques, par exemple, chez certains hypochondriaques.

Dans ces circonstances, nous avons eu à nous louer très-particulièrement de la liqueur amère de Baumé, administrée à la dose de six à huit gouttes dans quelques cuillerées d'eau, peu de temps avant les repas. *

Choléra. Maintenant il nous reste à dire un mot de la Noix vomique appliquée au traitement du choléra.

NOIX VOMIQUF, STRYCHNINE. 19

On sait de quelles louanges excessives et de quelles attaques passionnées cette médication a été récemment l'objet; on sait comment, préconisée par quelques-uns comme le spécifique du choléra, elle a été proscrite par le plus grand nombre comme moyen inefficace et en même temps dangereux.

Mais disons aussi qu'entre ces deux partis exti'êmes il y a place pour une opinion intermédiaire qui, sans partager l'enthousiasme ridicule des uns, ne se croit pas obligée de s'associer à l'esprit d'exclusion trop absolue des autres. A cet égard, voici ce que les résultats de l'expérience, ainsi que l'étude attentive et impartiale de la question, nous ont appris :

Employée dans la période algide du choléra et dans ses formes les plus intenses, la Noix vomique échoue généralement, comme échouent alors tous les autres agents de la matière médicale. Si la sensibilité est éteinte et l'absorption supprimée, que peut tel ou tel médicament, si énergique qu'il soit ?

Mais qu'on suppose une forme de choléra moins grave et des conditions qui permettent au médicament de manifester son action, alors la Noix vomique, en vertu de ses propriétés puissamment excitatrices de l'innervation ganglionnaire, sera capable d'aider efficacement à la réaction, au même titre que beaucoup d'autres remèdes toniques et stimulants, et de ranimer quelquefois assez promptement les fonctions radicales qui ont reçu de la cause morbide une atteinte directe et profonde.

Il est même possible qu'en raison du mode d'action tout spécial de ce médicament, la réaction développée sous son influence, au lieu d'être vive, brusque et impétueuse, comme elle l'est trop souvent après l'emploi des stimulants diffusibles, se produise d'une façon plus ménagée, plus progressive, et en même temps mieux soutenue, et que, par suite, cette réaction soit moins sujette à développer des phénomènes de congestion encéphalique violente. Nous disons que tout cela est possible, ce qui signifie que tout cela n'aT pas encore été démontré par des faits irréfragables, quoi qu'en disent les partisans déclarés de cette médication.

Mais de ces résultats, importants sans doute (malheureusement encore très-problématiques), quelle distance n'y a-t-il pas à cette action spécifique, et surtout à cette sorte d'infaillibilité dont on n'avait pas craint de gratifier de prime abord la médication strychnique : infaillibilité illusoire, qui ne devait pas tarder à s'évanouir devant des revers aussi nombreux qu'éclatants.

Quoi qu'il en soit de ces exagérations malheureuses et compromettantes, nous sommes tout disposés à reconnaître que la Noix vomique n'a pas été, dans le traitement du choléra, aussi inefficace, aussi impuissante qu'on l'en a accusée.

Mais, d'autre part, il faut bien dire que les services qu'elle a pu rendre ont été trop souvent contre-balancés par les inconvénients et les dangers inhérents à cette médication. En effet, n'a-t-on pas vu la Noix vomique, après être restée complètement inerte dans la période algide, donner lieu.

dans la période de réaction, sans doute par suite de l'accumulation des doses, aux accidents d'intoxication les plus redoutables, qui dans quelques cas même se sont terminés par la mort? Un certain nombre de faits malheureux de ce genre ont été publiés, et il est permis de croire que beaucoup d'autres ont dû rester ignorés.

Que si une médication aussi difficile à manier et aussi dangereuse en soi venait à être appliquée dans le cours d'une vaste épidémie sur des populations tout entières, c'est-à-dire dans des conditions où la surveillance serait à peu près impossible chez la majorité des malades, ne serait-il pas à craindre qu'une pareille médication ne produisit en définitive plus de mal que de bien ?

Nous pensons donc que, sans exclure d'une manière absolue la Noix vomique du traitement du choléra, il serait prudent et sage de réserver cette médication pour les cas où, son opportunité thérapeutique préalablement reconnue, le médecin se trouverait en position d'en surveiller avec soin l'administration et d'en diminuer ainsi les inconvénients et les dangers.

Empoisonnement par l'aconît . Le docteur Hanson, d'Hartford (Gonnecticut), ayant à soigner un enfant de couleur, âgé de cinq ans, qui avait par mégarde avalé une fiole contenant une potion à la teinture d'aconit, et le trouvant dans l'algidité et le coma et ne pouvant le faire vomir à cause de l'insensibilité de l'isthme du gosier, eut l'idée de lui donner quelques gouttes de teinture de Noix vomique. 11 croit pouvoir attribuer à ce médicament le retour de la sensibilité, et, par conséquent, la possibilité de faire vomir l'enfant, qui guérit ensuite. {Boston med. Journ. et Bulletin de Thérap., 1862.)

Vers intestinaux. Les propriétés les plus capitales de la Noix vomique, et qui la placent au rang des plus utiles médicaments, sont évidemment celles dont nous venons de parler. 11 en est quelques autres moins importantes et que nous indiquerons sommairement. Schulz la donnait en poudre contre les vers intestinaux; et dans le pays d'Over-Yssel, elle est encore prescrite contre le taenia, associée aux drastiques. Hargstrom l'a administrée à la dose d'un scrupule par jour à beaucoup de dysentériques : cette dose était énorme ; et les médecins qui ont imité Hargstrom ont été beaucoup moins hardis, et sont arrivés pourtant aux mêmes résultats. {Dictionn. de Mat. méd. de Mérat et de Lens, t. IV, p. 559.) Ajoutons que, dans certaines diarrhées chroniques et rebelles, la Noix vomique a produit quelquefois les effets les plus avantageux.

BRUCJNE.

Plus haut, en donnant l'analyse de la Noix vomique, nous avons vu que cette semence contenait trois principes particuliers, la Strychnine, la Bru-

cine et Flgasurine. Ces trois alcaloïdes forment k partie active de la Noix vomique, et ne diffèrent que bien peu par leurs propriétés thérapeutiques. Aussi, ce que nous avons dit de l'une s'applique-t-il aux autres, sans aucune espèce d'exception.

Les expériences très-exactes de M. Andral [Arch. génér. de Médecine, t. III, p. 294) ont démontré que la Strychnine et la Brucine agissaient de la même manière, à cela près de l'activité, la première étant beaucoup plus active que celle-ci. De sorte que si nous prenons l'extrait alcoolique de Noix vomique pour type d'action, et si nous représentons son énergie par 1, celle de la Brucine devra être représentée par 2, et celle de la Strychnine par 6.

Toutefois les expériences de M. Bouchardat et celles de Bricheteau sembleraient démontrer que la Brucine est plus active qu'on ne le pense généralement.

Bricheteau employait la Brucine dans les hémiplégies survenues à la suite d'apoplexie. Suivant ce médecin, la Brucine est préférable à la Stychnine dans ces paralysies ; elle a l'avantage de pouvoir être donnée à plus forte dose sans crainte de déterminer des accidents funestes. Bricheteau donnait la Brucine à la dose d'un centigramme, et il augmentait chaque jour d'un centigramme tant quHl n'y avait pas d'effet produit. Il est des malades qui ont pu prendre jusqu'à 20 centigrammes de Brucine par jour.

MODE d'administration ET DOSES.

La Noix vomique s'emploie sous la forme de poudre, d'extrait aqueux,, d'extrait alcoolique et de teinture. La Strychnine ou les sels de Strychnine se donnent en nature ou dissous dans un véhicule quelconque. Nous venons de dire dans quels cas spéciaux, d'ailleurs assez restreints, la Brucine peut être employée. L'expérience fera voir ce qu'on peut attendre de rigasurine.

La poudre de Noix vomique s'administre à la dose de 5 à 75 centigrammes dans les vingt-quatre heures, l'extrait alcoolique à la même dose, la Strychnine à la dose de 1 centigramme pour commencer, jusqu'cà 10 et centigrammes. Il est important de débuter toujours par la dose la plus faible, de n'augmenter cette dose que très-graduellement, et d'avoir même la précaution d'en suspendre l'usage après un certain temps. En effet, il ne faut pas oublier que la Noix vomique est un de ces médicaments qui, en vertu de leur portée thérapeutique toute spéciale, et d'une sorte d'accumulation d'action des plus remarquables, s(tnt susceptibles de déterminer des accidents d'intoxication tout à fait imprévus, alors même qu'administrés à doses modérées ils avaient pu ne donner lieu jusque-là qu'à des effets à peine appréciables.

La teinture alcoolique, qui n'est guère conseillée que pour lotions ou. fomentations, se prend à des doses indéterminées.

Le sulfate de Strychnine et le nitrate sont administrés par la méthode sous-cutanée à la dose de 2 milligrammes.

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