CHAPITRE X
VALERIANE.
L.i Valériane ( Valeriana ofprinaUs, L.), Valériane sauvage, petite Valériane.
Caractères gMMqws. Calice petit, à (lents nombrenses, très-courtes, roulées en <ledans avant la maturité ; corolle à cinq divisions, un peu irrégulière, gibbeuse îi la base; trois étamines, un style, fruit monosperme, couronné parle calice, dont les divisions sont plumeuses et imitent une aigrette.
Caractères spécifiques. Tige élevée de 1 à 2 mèircs, poilue, arrondie, striée; toutes les feuilles ailées sont impaires; folioles lancéolées; fleurs hermaphrodites, formant un large panicule ; fleurs rougeàtrcs ou blanches.
Parties usitées. Les racines.
La racine de la Valériane est formée d'un faisceau de fibres épaisses et blanchâtres, allongées, recouvertes de petites fibrilles grêles et déliées; presque inodore dans son état frais, elle acquiert en se desséchant une odeur pénétrante et fétide.
L'analyse de la racine sèche de Valériane a donné îi Tromsdorf : huile volatile, acide valérianiqu(>, résine, exiractif aqueux, matière particulière, amidon.
Quelques observations tendent à démontrer que l'essence de Valériane et l'acide valérianique ne préexistent pas plus dans les racines que nous étudions, que l'essence d'amandes amères et l'acide cyanhydriquo dans les semences de i'omyqdalus amara. Mais ils se produisent par une sorte do fermentation en présence de l'eau et do l'air : c'est ce qu'on aurait pu prévoir en remarquant que les racines de Valériane fraîches sont à peine odorantes. Ajoutez toutefois que les recherches récentes de M. Pierlot sont venues contredire en grande partie cette opinion.
Les préparations pharmaceutiques de Valériane usitées en médecine sont la poudre, l'eau distillée, la tisane, le sirop, la teinture alcoolique, la teinture étliéréo, l'extrait.
Povdre. Pour la préparer, on nettoie les racines, et quand elles sont bien sèches, on les pulvérise à la manière ordinaire. Cotte poudre doit être conservée dans des flacons bien bouchés ; autrement elle perd presque toutes ses propriétés.
La grande Valériane ( Valeriana phu) est souvent employée pour la petite, elle jouit d'ailleurs des mêmes propriétés; enfin, le nard celtique ou Valeriana celtica et le nard indien : spicanard Valeriana jatamensi et nardostachys jalamensi, et autres espèces de nards, ont tous, à des degrés différents, les propriétés de la Valériane officinale.
Eau distillée de Valériane
Racine de Valériane 1,000 gr.
Eau q. s.
Concassez la racine de Valériane, laissez macérer pendant douze heures dans l'eau, et distillez pour obtenir ',,C00 grammes d'eau distillée.
Tisane de Valériane.
Racine do Valériane concassée de 8;\30 gr.
Eau bouillante 1,000
Faites infuser. La tisane no doit jamais se faire par décoction, une grande partie de l'huile volatile se répandrait pendant l'opération.
Sirop de Valériane.
Racine de Valériane 1 part.
Eau bouillante
Sirop simple
VALÉRIANE
On concasse la racine de Valériane, ou la met dans la cnrcurbite d'un alambic, et on verse dessus l'eau bouillante ; après <lix à douze heures d'inlusion, on distille pour retirer ime partie et demie de liqueur que l'on conserve h. part ; on passe avec expression la matière restée dans l'alambic, on filtre le liquide, on le mêle au sirop de sucre et l'on fait cuire jusqu'à ce que celui-ci ait perdu un poids •ég;al il celui de la liqueur distillée, on le fait refroidir en partie, et on y mélange la liqueur aromatique (Soubeiran).
Teinture alcoolique de Valériane.
Racine de Valériane en poudre
grossière 100 gr.
Alcool à GO degrés. . q.s.
Opérez par la méthode de déplacement pour obtenir 500 grammes de produit.
Teinture éthérée de Valériane.
Racine de Valériane pulvérisée. 1 gr.
Ether sulfurique S
Opérez par la méthode de déplacement.
Extrait de Valériane.
Racine de Valériane q. v.
Alcool îl 60 degrés q. s.
On humecte la poudre de Valériane avec la moitié de son poids d'alcool ; au bout de douze heures, on lessive avec trois nouvelles parties d'alcool ; on déplace en grande partie celui-ci par l'eau, on distille les liqueurs alcooliques et on évapore à consistance d'extrait.
Il entre dans la composition des pilules -de Méglin avec l'oxyde de zinc et l'extrait de jusquiame.
Acide valérianique. C'H'OQ*.
D'après M. Pierlol, l'acide valérianique préexiste dans la racine fraîche de Valériane, dont il constitue un des principes immédiats. Il s'y trouve dans l'eau ■de végétation dégagé de toute combinaison saline. On peut l'extraire directement sans l'intermédiaire d'aucun agent chimique. La racine fraîche en contient plus que la racine desséchée (Bulletin de l'Académie des sciences du 6 avril 1857.)
L'acide valérianique est liquide, huile\ix, volatil ; il paraît être le véritable principe actif de la Valériane qui lui devrait ses propriétés antispasmodiques. Il peut se prescrire îi la dose de deux îl trois gouttes dans une potion; mais le plus ordinairement on l'administre sous la forme d'un sel, tel que le valérianate
de zinc, de fer, de quinine, d'atropine et d'ammoniaque.
Valérianate d'ammoniaque.
CionioQ^AzH''.
Le valérianaque d'ammoniaque n'était guère connu jusqu'à ce jour que sous la forme liquide et sirupeuse, et sa composition n'avait rien de bien défini ni de bien constant. Peut-être cette circonstance avait-elle contribué à faire négliger l'emploi de cette substance. C'est dans cet état, et associé avec l'extrait de Valériane, que le débitait M. Pierlot.
Mais on doit à MM. Laboureur et Fontaine nn nouveau procédé qui permet d'obtenir maintenant le valérianate d'ammoniaque sous forme solide et cristallisée, et à l'état de pureté parfaite.
Prenez l'acide valérianique monohydraté et pur: disposez-le en couches unies dans une capsule plate, recouverte d'une cloche parfaitement close. Faites arrivei' dans la clocle du gaz ammoniac anhydre, jusqu'à parfaite saturation de l'acide valérianique.
A mesure que la combinaison a lieu, le sel cristallise sous une forme en apparence confuse ; mais au microscope, ou distingue très-bien des prismes à quatre pans terminés soit par des pyramides, soit par des biseaux.
Conserver le valérianate d'ammoniaque par petites parties dans des flacons parfaiment bouchés.
On donne le valérianate d'ammoniaque à la dose de 2 à 3 grammes dissous dans une potion de 120 grammes, par petites cuillerées d'heure en heure.
Valérianate de zinc.
(Ci0H9O5ZnO,l-2lIO).
Le valérianate de zinc, que le prince Louis-Lucien Bonaparte prépara et préconisa le premier, est obtenu par combinaison directe. 11 a l'apparence de l'acide borique et dégage une odeur qui rappelle celle de l'acide valérianique. Il est peu soluble dans l'eau et l'alcool, et a une saveur métallique très-prononcée II est employé avec succès dans les dilTérentes affections nerveuses, telles que névralgies, liystérie, migraine, crampes d'estomac, épilepsie même.
Pilules de Valérianate de zinc (Devay).
Valérianate de zinc. 60 cenligr.
Gomme adragante. . 2 gramm.
Pour 23 pilules, une matin et soir.
Potion au valérianate de zinc (Devay).
Eau distillée 1-20 gramm.
Valérianatiî de zinc. 10 cenligr.
Sirop de sucre. ... 30 gramm.
Une cuillerée à bouche toutes les heures.
ACTION PUYSIOLOGIQUE.
Si l'on en croit tous les auteurs, depuis Dioscoride {calefacit et urinam moî;er; jusqu'à nos jours, à l'exception de M. Barbier, d'Amiens, la Valériane accélère la circulation, détermine de la chaleur à la peau, des sueurs, et produit un trouble fébrile passager à la manière des substances excitantes, telles que la cannelle, le poivre, etc. L'absence de ces effets chez les nombreux malades à qui nous avons administré la Valériane, nous faisait suspecter à bon droit l'exactitude des observateurs ; nous avons donc pris nous-mêmes de hautes doses de l'infusion ou de la poudre de cette racine, et nous n'avons éprouvé aucun dérangement dans les fonctions de la vie organique. Un peu de céphalalgie, d'incertitude et de susceptibilité dans l'ouïe, la vue et la myotilité, d'où quelques vertiges très-fugaces et du genre de ceux qu'on éprouve après une saignée ou par le fait du besoin de manger, tels sont les phénomènes qui attestent une modification peu considérable de l'encéphale sous l'influence de laquelle nous ont placé, pendant que nous écrivons ces lignes, 30 grammes de la Valériane la plus fragranle que nous ayons pu trouver. Chez certains animaux, elle bouleverse la sensibilité et les fonctions musculaires ; c'est aussi ce que nous avons observé chez certaines femmes et sur nous-mêmes, mais à un dégré bien moins remarquable.
C'est donc en excitant des phénomènes nerveux artificiels analogues aux spasmes morbides, c'est par conséquent en agissant sur le système cérébro-spinal par la voie du système ganglionaire que la Valériane produit ses effets. Nous démontrerons plus tard que tout l'ordre des spasmes rentre dans cette loi pathologique. Tout le monde connaît l'influence bizarre et si prononcée que les chats éprouvent de l'odeur de la Valériane.
Les toxicologistes ne se sont pas occupés de cette plante, qui peut êtreprise à de très-hautes doses sans le moindre inconvénient.
Epiiepsie. Une chose qui adroit de surprendre, c'est que la Valériane ait été vantée jusqu'au ridicule dans le traitement de la maladie où pas plus qu'autre chose elle n'a le privilège de guérir, et qu'à peine elle soit mentionnée dans la thérapeutique d'une foule d'autres affections où elle peut être très-utilement employée. Décrite par Dioscoride et Aëtius, connue d'Arétée qui en fit usage, elle disparut pour être tirée d'un long oubli par Fabius Columna, Napolitain d'une illustre origine, qui avait le malheur d'être épileptique. Après avoir épuisé tous les remèdes imaginables, il se dévoua à la botanique pour chercher dans les plantes quelque secours contre sa terrible maladie ; et c'est vers la fin du sei-
VALÉRIANE
zième siècle, qu'il nous dit avoir été parfaitement guéri par la Valériane, et avoir obtenu des succès aussi décisifs chez plusieurs de ses amis affectés du même mal. Jusqu'à quel point faut-il ajouter foi à ce récit? Aujourd'hui que le diagnostic est plus éclairé que du temps de Columna, on voit encore un si grand nombre de médecins confondre l'hystérie ou toute autre maladie convulsive avec l'épilepsie, qu'il est permis de contester, sans être taxé de trop de scepticisme, la valeur des observations du noble itahen. Il nous a laissé fort peu de titres pour répondre de sa capacité médicale : ses ouvrages sont plutôt ceux d'un naturaliste que ceux d'un médecin.
■^Là ne finit pas le rôle anti-épileptique de la Valériane. — Destinée à des succès rares mais éclatants, elle reparaît un siècle plus tard, sous les auspices de Dominique Panaroli, médecin distingué de Rome, quL guérit par ce moyen un pêcheur épileptique dont les accès revenaient deux ou trois fois par jour, et qui, dit l'auteur, n'avait obtenu aucun soulagement par l'usage opiniâtre des remèdes les plus énergiques contre l'épilepsie, tels que le pied d'élan et le crâne humain. Si de pareilles observations sont peu probantes, on ne peut pas ne pas accorder un certain degré de confiance à celles rapportées en grand nombre par Haller, de Haën, Sauvages, Willis, Marchant, et surtout par Tissot, Quarin ; par Boerhaave, qui, sans regarder la Valériane comme le spécifique de l'épilepsie, ne lui refusait pas une certaine efficacité. Certes, ces autorités sont imposantes, mais une semblable question est peut-être plus difficile à juger que ne le pensaient ces grands praticiens.
Essayons de montrer le côté juste et le côté inexact de ces assertions.
Sous le rapport de la gravité du pronostic, et par conséquent sous celui de l'efficacité des divers traitements, il est important de bien distinguer l'épilepsie de la convulsion épileptiforme.
L'épilepsie est à elle seule une maladie. La convulsion épileptiforme, au contraire, est la forme convulsive et apoplectique de l'épilepsie moins l'épilepsie ; c'est-à-dire que c'est une modification morbide quelconque de l'économie empruntant à l'épilepsie, pour se manifester, sa forme seulement et rien que sa forme. C'est aux hospices de Bicêtre, de la Salpêtrière qu'on rencontre les vrais épileptiques, et combien peu on en guérit ! C'est à peine si l'on s'en occupe, par l'expérience qu'on a de l'inefficacité de tous les traitements. Néanmoins, il faut ici faire une remarque, c'est qu'il est commun de voir des épileptiques passer plusieurs mois, plusieurs années sans accès, bien qu'ils ne cessent pas de vivre sous le poids inamovible du mal qui n'était que dissimulé pour se réveiller plus menaçant et plus funeste. Or l'expérience apprend qu'une médication quelconque, même la plus insignifiante, peut suspendre ainsi le mal, soit quelquefois par sa vertu intrinsèque, soit plus souvent par la bienfaisante impression que doit produire, sur l'esprit d'un épileptique, l'espoir du succès qu'il attend de cette nouvelle tenta-
tive ; mais, nous le répétons, le mal n'est que pallié, et nous ne refusons pas à la Valériane ce pouvoir palliatif.
Convulsions cpileptiformes. Quant aux convulsions épileptiforrnes, qui par l'appareil phénoménal de l'accès lui-même, ne diffèrent en rien de l'épilepsie, elles ne sont graves qu'en raison des causes très-variées dont elles dépendent. On appelle éclampsie celles qui surviennent chez les femmes en couche et chez les enfants. Elles sont graves dans ce cas, et la Valériane n'est pas alors sans action quand on peut l'administrer. Celles qui signalent l'invasion de certains exanthèmes, comme la variole, etc., disparaissent en même temps qu'apparaît l'éruption. L'établissement des règles fait également tomber celles qui précèdent, chez quelques jeunes filles non épileptiques, le premier accomplissement de cette fonction, etc., etc... Dans certains cas de plaie de tête, de méningite, d'encéphalite, detumeurs cérébrales, d'intoxication saturnine, etc., il y a des attaques épileptiforrnes, nous le répétons, chez des gens non épileptiques. Cette importante distinction rend assez bien raison des succès dont on a fait honneur à la Valériane dans l'épilepsie. Ceux qui savent combien sont identiques une attaque d'épilepsie chez un épikptirjue, et une attaque e7;«7<'/3/?/br/«e chez un sujet non épileptique, concevront trèsbien qu'il n'a pas toujours été possi])lp- de se défendre de l'illusion qui a induit en erreur un grand nombre de praticiens sur la valeur thérapeutique delà Valériane dans l'épilepsie. Des accès d hystérie simulant jusqu'à un certain point l'épilepsie et guéris par la Valériane ont pu en abuser quelques autres. On sait de même que les vers déterminent souvent dans l'enfance des convulsions épileptiforrnes; or la Valériane, jouissant de propriétés anthelmintiques assez actives, a pu ainsi guérir la forme épileptique en détruisant son occasion. Toutefois on pourra l'administrer dans l'épilepsie surtout récente, dans le but d'en éloigner les accès et d'en atténuer la violence ; c'est là tout ce que l'on peut se flatter d'en obtenir : mais il faut l'employer à hautes doses, pendant longtemps, un an et souvent plus, en suspendant son usage de distance en distance pour ne pas fatiguer l'estomac.
Chez quelques individus voués à l'épilepsie, cette terrible affection commence par une forme symptomatique qu'on nomme le vertige épileptique. Il nous a semblé que la Valériane n'élait pas sans atténuer l'intensité et la fréquence de ces vertiges, expression légère de l'épilepsie dont le pronostic n'est cependant pas moins grave que celui de l'attaque conviilsive la plus complète.
mervosismc. C'est surtout aux maladies des femmes qu'habilement maniée s'adresse la Valériane ; mais tellement aux maladies des femmes, que certains cas, qui chez les hommes paraîtraient, d'après les lois d'une légitime analogie, en réclamer l'emploi, y sont le plus souvent rebelles et cèdent à d'autres antispasmodiques, et que les affections des jeunes
VALÉRIANE
lilles non pubères rentrent dans la même exception. C'est que les troubles nerveux qui occupent surtout la scène moyenne de l'existence de la femme, jaillissent presque tous de l'utérus, qui semble, pendant cette période, se soumettre tout le système nerveux, et soustraire à l'influence régulatrice du cerveau les instruments des sensations et du mouvement volontaire, pour les livrer au désordre et à l'irrégularité qui caractérisent les maladies hystériques et cet ensemble d'anomalie des actes de la vie animale qu'on ne peut guère mieux désigner que par le nom (Tétai nerveux, état spasmodique.
Les premiers aperçus un peu consciencieux sur les propriétés de la Valériane sont enfouis dans deux thèses bien obscures soutenues l'une à Haie, l'autre à Amsterdam au com.mencement du siècle dernier. Leurs auteurs (J. Fréd. Bismarck et J. Fréd. Stancke) l'ont expérimentée dans les cas oii elle rend réellement quelques services. Plus tard, Hill, Marcus Herz, entrevirent sa véritable action. Mais au lieu de citer des noms d'auteur, tâchons d'apprécier toutes les nuances d'indications auxquelles peut satisfaire la Valériane.
Hystérie. Quiconque a jeté sur l'hystérie un coup d'œil véritablement médical a dû y voir une névrose générale qui empreint de son cachet et de sa nature toute la série névropathique qui s'étend depuis la vapeur la plus fugace jusqu'à l'accès effroyable qui avait mérité des anciens la dénomination si profondément vraie de passion hystérique. Cette série est composée d'accidents protéiformes, de manières d'être pathologiques propres à la femme, manières d'être si mobiles, si indéterminées, que les nosologistes n'ont pu que génériquement les enfermer dans leurs cadres. Nous éprouvons le môme embarras qu'eux, et pourtant les praticiens doivent nous entendre. Ce sont ces maladies vaguement indiquées sous le nom de spasmes, de vapeurs, mieux par Tissot sous celui de maux de nerfs. Chez l'une, ce sont des étouffements, des palpitations, un sentiment de strangulation, un serrement des tempes, etc., etc. ; chez l'autre, des battements, divers bruits dans la tête, un enchiffrènement passager, des frissons partiels, des bouffées de chaleur au visage, etc. ; celle-ci se plaint d'impatiences bizarres, de crispations, d'agacements qui l'obligent à des mouvements involontaires, à une jactitation avec bâillements, pandiculations, hoquets trop souvent préludes d'accidents plus violents; celle-là accuse de la dysphagie, des borborygmes, des flatuosités, des brûlements d'entrailles, une tympanite se développant tout à coup et disparaissant de même, des anxiétés précordiales, des frayeurs paniques, de vaines susceptibilités ; quelques-unes résument ce tableau changeant en deux mots, qui, aux yeux du praticien, en peignent d'une manière assez forte toutes les fluctuations : J'ai mal aux nerfs, mes nerfs sont en mouvement, etc., etc.
Or la Valériane réussi assez bien à calmer ces nombreux phénomènes;
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et, chose étonnante, elle y réussit d'autant mieux qu'ils s'éloignent davantage par leur forme et par leur intensité du véritable accès d'hystérie. Quant à celui-ci, la Valériane peut en éloigner les retours, en diminuer la violence; mais, nous le répétons, elle modifie d'autant plus avantageusement l'hystérie, que ses formes sont plus incomplètes et plus bizarres.
L'attaque hystérique portée à un haut degré laisse après elle diverses affections nerveuses contre lesquelles il est bon d'administrer la Valériane : telles sont des hémiplégies, des paralysies circonscrites, surtout de la sensibilité, des fourmillements, des céphalées intenses, des congestions partielles, des flatuosités, des palpitations, des aphonies. Dans certains cas, comme lien commun de tous ces symptômes nerveux très-mobiles, existe un mouvement fébrile particulier, caractérisé surtout par un pouls fréquent, large et développé, la peau d'une chaleur douce et humide, la face fortement injectée et un peu de dyspnée. Cette fièvre, qu'on peut appeler hystét'ique, cède quelquefois au médicament dont nous traitons.
11 est aussi une des mille révélations de l'état hystérique passée sous silence ou peu observée par les auteurs, qu'il nous a été donné de voir déjà plusieurs fois, et que l'usage de la Valériane a complètement fait cesser : c'est un orgasme musculaire infatigable qui porte irrésistiblement les femmes à se mouvoir, à marcher, en leur donnant le sentiment d'une force invincible et du besoin pressant de se livrer à des exercices pénibles. Prennent-elles alors quelques doses de poudre de Valériane? elles sont jetées dans une lassitude et une impuissance musculaire qui leur ôtent toute envie de courir et de s'agiter : c'est comme une corde vivement tendue qui tout à coup se relâche.
Vertiges. L'indication la plus positive de la Valériane, après celle que nous venons de préciser, est tirée des vertiges. Il est des personnes qui éprouvent souvent des vertiges, des obnubilations, des étourdissements identiques à ceux qui annoncent l'imminence du coup de sang ou de l'hémorrhagie cérébrale, et chez qui pourtant ce symptôme n'est point lié à ces graves accidents. La saignée qui, dans ce dernier cas, les dissiperait, ne fait au contraire que les augmenter, tandis que la Valériane les calme assez bien, et c'est un des services les plus spéciaux que soit appelé à rendre cet antispasmodique. Ces sortes de vertiges finissent par devenir très-importuns, et souvent même d'un pronostic fort sérieux.
Ciior6c. Plusieurs auteurs du siècle dernier attestent l'efficacité de la Valériane dans la danse de Saint-Guy, et ils s'accordent avec nous sur ce point que leurs observations ont presque toutes de jeunes filles pour sujets. Strandberg et Carminati l'ont préconisée dans la migraine. Nous ajoutons qu'il ne faut guère y compter que dans celles qui s'associent aux troubles hystériformes que nous avons énumérés. 11 en est de même de certaines gastralgies qui reconnaissent cette commune dépendance, et dans lesquelles seulement elle est utile. Ces deux affections, surtout la
VALÉRIANE
première, entraînent quelquefois, à la suite des douleurs vives qu'elles occasionnent, un état spasmodique général qui en réclame aussi l'emploi.
Anémie. C'est un fait bien des fois constaté par tous les praticiens, que l'excitabilité nerveuse augmente en raison directe des pertes de sang, ce qui explique la fréquence et l'intensité des maladies qui dépendent de l'anémie chez les femmes nouvellement accouchées, abondamment réglées, chlorotiques ou débilitées par des émissions sanguines exagérées. On peut susciter à volonté les troubles nerveux les plus violents par les jeûnes, la diète trop prolongée et les pertes de sang artificielles. Tous ces accidents, si communs depuis qu'on a paru oublier qu'il faut du sang pour régulariser les phénomènes de l'innervation, peuvent être calmés par les antispasmodiques, et surtout par la Valériane, en attendant que, par un régime analeptique bien dirigé, le sang, cet antispasmodique par excellence, soit venu apporter aux appareils nerveux la lixité nécessaire au maintien de leur équilibre. Il en est de même pour les phlegmasies, les fièvres, les affections quelconques dans lesquelles, inconsidérément ou par l'urgence des indications, on a porté très-loin les émissions sanguines. On voit surgir alors des phénomènes spasmodiques auxquels on peut parer avec la Valériane, et qui, par leur disparition, permettent à la phlegmasie de se résoudre, à la maladie, quelle qu'elle soit, d'accomplir heureusement ses périodes. A la fin des fièvres continues graves, lorsque l'adynamie, et surtout l'ataxie, sont venues après des hémorrbagies nasales ou intestinales abondantes, que le ventre est ballonné, indolent, qu'en un mot l'incohérence nerveuse est liée à la faiblesse, il y a toat avantage et aucun inconvénient à prescrire la Valériane. Nous en disons autant pour les mêmes symptômes lorsqu'ils apparaissent dans le cours des fièvres exanlhéraatiques, soit par la répercussion de l'éruption, ce qui n'est que trop commun, dans la scarlatine surtout, soit pour toute autre cause marquée d'un cachet de faiblesse ou de malignité.
Ménopause. Si quelques-unes des incommodités qui assiègent les femmes parvenues à leur âge critique sont hyperhémiques et commandent l'emploi des déplétions sanguines, il faut convenir aussi que souvent l'inutilité, nous dirons même la nocuité de ce traitement, assignent à ces dérangements une tout autre cause. Nous avons vu bien souvent ces accidents, consistant surtout en palpitations, en accès de dyspnée, en vertiges, en maux de tète, céder rapidement à l'usage de quelques grammes de poudre de Valériane ou de son infusion prise en lavements.
Polydipsie. Il est uue maladie singulière que récemment nous avons vue très-avantageusement modifiée par l'emploi delà Valériane : c'est la polydipsie. Rayer a soumis à ce traitement, dans ses salles de l'hôpital de la Charité, un jeune garçon dévoré par une soif inextinguible, et qui urinait en proportion de l'énorme quantité de boissons qu'il prenait.
:m MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.
Ses urines étaient très-légères, presque comme de l'eau, inodores, incolores, insipides et excessivement abondantes. Ce petit malade ne maigrissait pas du reste, mangeait beaucoup, et jouissait à part cela d'une parfaite santé. Cette polydipsie et cette polyurie, toutes simples, étaient produites vraisem.blablement par une affection nerveuse, et n'avaient d'ailleurs avec le diabète, dont elles différaient sous les rapports les plus importants, d'autre point de ressemblance que l'abondance de la sécrétion urinaire. Sous l'influence de la poudre de Valériane, employée déjà avec succès par Rayer dans des cas analogues, ce malade a vu tout à la fois, dans l'espace de trois semaines à un mois, diminuer sa soif et l'extrême abondance de ses urines. Plusieurs médications, et la médication par l'opium en particulier, avaient complètement échoué. Nous avons obtenu un succès analogue chez une femme hystérique, dont l'histoire a été développée par nous dans le Journal de médecine (mai 1844).
Enfin, en 1834, dans le service de la clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, nous avons reçu un malade âgé de trente ans, qui déjà depuis longtemps était atteiut de polydipsie avec polyurie. Il buvait chaque jour jusqu'à 32 litres de tisane, et urinait en conséquence. L'urine, très-souvent analysée par M. Bouchardat, n'a jamais offert la moindre trace de glucose. Il y avait cela de remarquable chez notre malade, c'est que la peau du visage était souvent le siège d'un érylhème extrêmement intense, sans mouvement fébrile, qui coïncidait avec une exagération de la soif et de la sécrétion urinaire et qui disparaissait au bout de deux ou trois jours, pour reparaître peu après. La santé était d'ailleurs assez bonne.
Cette fluxion bizarre, qui avait quelque chose des fluxions ordinaires chez les femmes nerveuses, nous eût invité à donner la Valériane, si déjà nous n'avions connu les faits rapportés plus haut.
Nous prescrivîmes l'extrait de Valériane, qui fut successivement porté jusqu'à l'énorme dose de 30 grammes par jour. La soif, la sécrétion urinaire et l'érythème diminuèrent parallèlement, et la guérison était complète après quatre mois de traitement. Plus tard, nous avons revu ce malade dont la santé restait fort bonne.
Puisque cette substance n'influe en aucune manière sur le système circulatoire en général, et ne congestionne aucun organe en particulier, elle ne saurait être directement emménagogue; si donc quelquefois elle le devient, c'est médiatement, en faisant cesser des symptômes nerveux qui s'opposaient à l'éruption des règles. Dans quelques dysménorrhées, précédées un jour ou deux de gonflements douloureux et non inflammatoires du ventre, elle facilite également le flux menstruel. Les flatuosités qui surviennent après le repas chez les femmes nerveuses, chez les hypochondriaques, sont souvent dissipées par une légère infusion de Valériane.
Ambiyopie. Après les vertus anti-épileptiques de la Valériane, les anciens auteurs ont surtout exalté son action spécifique dans certaines maladies des yeux. Bismarck commence ainsi sa dissertation : Dico quàd radix
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Valerianœ hortensis sit cepfialica, uterina et ophthalmica. 11 aurait pu, ce nous semble, se borner aux deux premiers chefs. C'est dans l'amaurose commençante, dans l'obscurcissement de la vue {caligo oculorum) commun aux vieillards, aux hommes de cabinet, à certains ouvriers, qu'elle a été préconisée au point que, dit l'auteur^ ocularia à quibusdam mminatu7\ Etmuller va plus loin : Virtus ejus anti-oplithalmica non potest satis decantari. Stancke a mieux saisi la nuance d'indication qui peut en légitimer l'emploi dans les affections des yeux quand il dit : His solwn modo medetur oculorum morbis qui à nervis oriuntur. Sujet lui-même à des éblouissements, à de légères hallucinations, il s'en délivra par la Valériane. Mais ces accidents sont plus cérébraux que propres à l'organe de la vision, et nous en avons parlé plus haut.
Névralgies. Le Valérianate d'ammoniaque, un instant accepté avec enthousiasme, est bientôt tombé dans l'oubli. Il agissait, soi-disant, d'une manière étonnante contre les névralgies rebelles. Aujourd'hui, il n'en est plus question. Cependant il n'est pas impossible qu'il ne puisse rendre quelques services.
Affections vermineuses. Nous ne ferons qu'indiquer son action anthelmintique parce que nous avons le semen-contra, la mousse de Corse, etc.; ses propriétés fébrifuges, quoiqu'un assez grand nombre de faits rapportés par Bauhin, Bouteille, Miocchi, Carminati, M. Vaidy, permettent d'y ajouter une certaine confiance, parce que nous avons le quinquina et ses succédanés, etc. Junker en parle comme d'un diurétique et d'un diaphorétique dans les exanthèmes rentrés. Dans l'asthme nerveux, elle est loin d'être sans utilité, comme nous l'avons encore dernièrement éprouvé.
Mindérérus l'employait en épithème sur les membres débilités par d'anciennes affections, et sur la tête ou dans la migraine. Elle a servi à faire des amulettes contre les vénéfices, et, suivant Agricola, à doubler les forces aux combats amoureux. Il ne serait pas impossible à la rigueur que son odeur seule ait pu légèrement exciter le système nerveux.
Nous résumons ainsi l'action propre de la Valériane :
Médicament utile dans la série indéterminée des accidents nerveux qui naissent sous l'empire des affections hystériques et vaporeuses, soit que ces accidents se montrent réunis, soit qu'il apparaissent isolés; jouissant en outre d'une réputation méritée dans les vertiges et les étourdisseraents nerveux.
PRÉPARATIONS, DOSES, MODE d'ADMINISTRATIOX.
Après tout ce que nous venons de dire sur la Valériane, il est inutile d'en fixer les contre-indications. Tous les auteurs nous apprennent qu'il n'y a rien à craindre de son administration prolongée et à très-hautes doses. Son action s'use promptemeul, il faut donc la continuer longtemps
:^r,8 MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.
t'ii ayant soin de suspendre plusieurs fois dans le cours d'un traitement.
De toutes les préparations de cette plante, la poudre [pulvis nervicus, antispasticus) est, d'une voix commune, la plus efficace ; c'est aussi ce que nous avons remarqué. Elle se donne depuis 4 grammes jusq l'à 30 et même 60 grammes en vingt-quatre heures. Tissot et Quarin recommandent d'y mêler un peu de macis pour déguiser sa saveur désagréable.
Vinfusion pour boisson se prescrit à la dose de 5 à 10 grammes de racine pour 250 à 400 grammes d'eau.
La décoction se fait avec de 8 à 15 grammes pour un lavement, ce mode d'administration trouve fréquemment son emploi.
Veau distillée fait partie de beaucoup de potions antispasmodiques et, <3ntre autres, de la potion antihystérique du Codex.
Il existe un sirop de Valériane ; une bière connue sous le nom de bière fiépiialique, antispasmodique.
L'extrait aqueux est une des préparations les plus employées, il se donne à la dose de 2 à 4 grammes, en pilules de 23 centigrammes.
Vessence de Valériane se prescrit à la dose de 6 à 10 gouttes dans une potion.
La teinture de Valériane ammoniacale se donne à la dose 2 à 4 grammes, c'est peut-être la meilleure préparation au point de vue de la puissance stimulante (Gubler).
Le Valériunate d'ammoniaque se prescrit à la dose de 10 à 30 centigrammes.
La grande Valériane ou Valeriana pfiu, Linn., ainsi que la spica ou Valeriana Celtica, ne sont pas employées.
M. Louis-Lucien Bonaparte a mis ea renom une nouvelle préparation pharmaceutique, le Valériunate de zinc, qui obtient depuis quelque temps les honneurs rendus ordinairement à tout agent thérapeutique inscrit depuis peu de temps sur les catologues de la Matière médicale. Les éléments de ce nouveau sel sont depuis longtemps connus par leurs propriétés antispasmodiques, et si l'oxyde de zinc trouve encore quelques incrédules, la Valériane mérite incontestablement sa vieille et légitime réputation. Le Valérianate de zinc se présentait donc avec des présomptions favorables. Toutefois, l'expérience n'a pas repondu à l'enthousiasme des premiers fauteurs de ce remède. Il s'administre à la dose de 10 à 20 centigrammes par jour.
On a inventé aussi un Valérianate de quinine.