ASA FOETIDA
MATIÈBE MÉDICALE.
Suc gomnio résineux, retiré des Ferula volucelle polypij viles j pétales égaux rou-
Asa fœlida et Orienlalis. lés ; fruits elliptiques, comprimés, mar-
Ferida Asa fœtida Plante exotique, do qués de trois côtés sur chaque moitié;
la iamille des Oml)eHilèrcs. Heurs jaunes.
Caractères génériques. Inxohvivii et in- Caractères spécifiques. Yi^e nut cyliri-
ASA FCETIDA.
drique, striée, haute de 1 à 2 mètres; feuilles radicales, pétiolées, triternées, lleur d'un jaune pâle, formant de grandes ombelles composées de douze à vingt rayons ; involucre caduc, involucelle polypliylle; fruits d'un brun rougeâtre et velus au moment de la maturité.
l\Jude d'extraction de l'Asa fœtida. Lorsque l'on pratique des incisions au collet du ferula Asa fœtida, il s'écoule un liquide lactescent, jaunâtre, qui ne tarde pas à se concréter. Dans le commerce, l'Asa fœtida se présente en masses solides, d'un brun rougeùtre à l'extérieur, offrant intérieurement des lames grisâtres et comme opalines, au milieu d'une masse plus foncée. Odeur forte, fétide, alliacée; saveur acre et un peu amère.
On fait une Asa fœtida artificielle, à Marseille principalement, en pistant ensemble de l'Asa fœtida et diverses gommes-résines d'une plus petite valeur commerciale, comme le galbanum, le sagapenum, etc.
L'Asa fœtida artificielle se reconnaît à sa teinte gris foncé et îi l'absence de ces larmes qui rougissent au contact de l'air.
L'analyse de Brandes a démontré dans l'Asa fœtida : de la résine, de la gomme, de l'huile volatile, une substance résinoïde, de l'adragantine, des sels divers, de l'extractif. L'huile volatile renferme du soufre.
L'Asa fœtida se donne en poudre, en émulsion, en teinture.
Puudre. L'Asa fœtida se peut donner en poudre, mais le plus souvent la poudre est incorporée Ji des poudres inertes et médicamenteuses et façonnée en pilules que l'on revêt d'une feuille d'or ou d'ar-
gent, afin de dissimuler un peu du goût et de l'odeur du médicament.
Émulsion. En triturant l'Asa fœtida avec l'eau, on peut obtenir une émulsion permanente, que l'on mêlera à des potions, à des tisanes. Lorsque l'émulsion se fait seule, il suffira d'ajouter à l'eau du jaune d'œufoude la gomme arabique.
Lait d'Asa fœtida.
Asa fœtida 10 gram.
Eau 500 —
Jaune d'œuf. n» 1/2
Teinture d'Asa fœtida. La résine, qui constitue la partie active de l'Asa fœtida, est soluble dans l'alcool; aussi la teinture alcoolique est-elle une excellente préparation.
Asa fœtida, 1 partie ; alcool à 80 degrés, 5 parties ; faites macérer pendant quelques jours et filtrez.
Cette teinture s'emploie dans des potions; elle précipite toujours et donne au véhicule une teinte laiteuse. Quand elle est prescrite en petite quantité, il suffira de la mêler d'abord au sirop qui entre dans la potion et d'y ajouter graduellement le véhicule aqueux; mais si la quantité est plus considérable, il faudra l'émidsionner avec un jaune d'œuf.
La teinture éthérée se prépare de la même manière, mais elle laisse sans la dissoudre une partie de la résine de l'Asa fœtida.
Pilules. En enrobant les pilules avec une d ssolution de baume de Tolu dans le chloi'ororme, on peut arriver à masquer leur odeur.
ACTION PHYSIOLOGIQUE
Les Perses accusent l'insuffisance de leur idiome en décorant celte substance du nom de mets des Dieux, tant elle flatte leur palais ! Sont-ils plus ou moins ridicules que les Allemands, qui ont essayé d'en faire sentir l'étonnante puanteur par l'expression énergique de stercus diaboli que chez nous le peuple lui maintient ? Il ne peut y avoir de ridicule là où il n'y a d'autre mesure qu'une impression organique.
Quand on a pris le parti de faire entrer de gré ou de force les antispasmodiques dans la classe des excitants, il y a une formule banale qui s'ajuste à tous : stimule les tissus suivants, augmente V activité des organes, accélère le pouls, pousse la chaleur et la sueur à la périphérie cutanée; agitation, inquiétudes, vertiges, mal de tête. Comme si après cette servile énumération on était plus avancé pour expliquer les effets thérapeutiques de l'Asa fœtida ! Nous avons pris en une seule fois une demi-once de bonne Asa fœtida. Il n'y a eu de changé en nous que l'odeur de toutes nos excrétions qui pendant deux jours nous a tenu au sein d'une atmosphère infecte et rappelant, mais à un degré plus pénétrant encore,
l'horrible fétidité de cette drogue. En traitant de la médication antispasmodique, nous nous réservons d'apprécier à leur juste valeur tout ce qu'ont dit les auteurs sur la manière d'agir de ces diverses substances.
Le nom de Laser, Laserpitium, sous lequel l'Asa fœtida est désigné dans les ouvrages d'Hippoci'ate, de Dioscoride, de Celse et de Galien, etc.. s'appliquait, selon quelques auteurs, à des préparations particulières de cette substance. En admettant cette opinion controversée, mais soutenue avec avantage par des auteurs plus nombreux et d'une autorité plus imposante que ceux qui l'ont combattue, le père de la médecine en faisait un fréquent usage, surtout chez les femmes malades à la suite de fausses couches, à qui il l'administrait extérieurement en topiques, en même temps qu'cà l'intérieur, le recommandant en outre comme devant faire partie du régime ordinaire. Il en discute les indications et les contreindications et s'étend longuement sur son histoire naturelle. Nous ferons remarquer que le cas particulier dans lequel Hippocrate vante l'Asa fœtida ne contredit en rien la nature des propriétés qui de tout temps lui ont été attribuées ; et s'il nous est permis d'interpréter les règles du sage empirisme qui le guidait alors, nous dirons, comme chose trèsprobable, qu'à l'aide de ce remède, il calmait les accidents nerveux, les coliques, la tympanite, qui accompagnent et suivent si souvent les fausses couches.
Dioscoride, chose bien remarquable, pourrait nous fournir le texte de ce que nous avons à dire sur les propriétés thérapeutiques les plus avérées de l'Asa fœtida. Selon lui, il guérit la toux, les désordres de la tra~ chée-artère, les altérations de la voix et les maladies hystériques. Celse assigne aussi à ce médicament une de ses actions les mieux constatées : item laseris quam optimi paulum devorare opus est, etc., dit-il dans son chapitre De Tussi, et plus loin : Lac cum allio coctum, sorbitiones quibus laser sit adjeclum, etc. Galien semble en redouter l'usage et prétend qa'\\ échauffe et affecte les conduits de l'urine. Mais il faut dire que de son temps l'Asa fœtida était devenu très-rare, que le peu qu'on en avait était falsifié, A cette époque, le hasard en ayant fait découvrir une tige, on l'envoya en présent à Néron. Tout cela peut expliquer l'opinion de Galien. Les Arabes, entre autres Khazès et Averroès, en ont fait usage ; c'est d'eux que ce médicament a été transmis aux moines de l'école de Salerne, qui lui ont donné le nom à'Asa (et non assa) fœtida.
Cette gomme-résine, que chez nous son extrême fétidité empêche d'administrer aussi souvent qu'il le faudrait, est, dans l'Inde et en Perse, le condiment obligé de tous les mets. A l'impression agréable qui le leur fait rechercher comme objet de friandise, ces peuples trouvent joint un bon moyen de favoriser leurs digestions naturellement pénibles
ASA FQETIDA.
et de dissiper les flatulences incommodes et quelquefois dangereuses produites par le régime végétal et l'abus de l'opium que leur imposent et le climat et les lois religieuses. Les Brahmes en font une consommation énorme.
L'Asa foetida s'applique à tous les cas où nous avons dit qu'était utile l'emploi de la valériane ; seulement, dans ces circonstances, celle-ci devra lui être préférée à cause de son odeur moins repoussante et plus fugace, et aussi parce qu'il n'est pas rare que l'Asa fœtida ait une action IKU'gative qu'il est quelquefois important d'éviter. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit en parlant de la valériane. Nous devons pourtant ajouter que l'Asa fœtida réussira mieux qu'elle dans les accès d'hystérie violents et complets, lorsque la maladie aura plutôt le caractère convulsif que vaporeux, lorsqu'elle s'accompagnera surtout de la production incessante de gaz abdominaux et de cette constipation opiniâtre avec coliques propre aux hystériques. Whytt signale chez ces malades un accident qui consiste dans l'évacuation excessive et débilitante •d'urines crues et pâles, accident qu'il a guéri par l'Asa foetida, ainsi que la démoralisation, si cruelle pour le médecin, dans laquelle l'hystérie fait tomber les femmes. Le même Whytt, qui a si bien connu les maladies nerveuses, recommande encore ce médicament dans les syncopes ou pâmoisons hystériques. Boerhaave afiirme positivement qu'il ne connaît pas de meilleur antihystérique. Forestus, tout en partageant sur la cause de l'hystérie les idées singulières d'Arétée, n'en assure pas moins avoir donné avec grand avantage l'Asa fœtidaau fort de l'accès. Quœdam^ dit-il, solo odoratuAsa fœtidœ per nos excUatœ sunt. C'est aux praticiens à discerner, d'après ce que nous venons de dire, les cas oii l'Asa fœtida devra remplacer ou suppléer la valériane dans l'hystérie, sans oublier toutefois que, par suite de conditions vitales inexplicables, l'un peut produire des effets qu'on aurait attendus de l'autre, vérité générale en thérapeutique, mais surtout applicable aux médicaments qui, comme les antispasmodiques, ont une action superficielle et non altérante.
Il est un autre ordre de phénomènes morbides, dans le traitement desquels nous avons pu plusieurs fois sanctionner de notre expérience l'expérience passée : nous voulons parler des maladies nerveuses des organes respiratoires. Et d'abord dans l'asthme essentiel, c'est-à-dire celui qui ne reconnaît pas pour cause une lésion organique appréciable du cœur ou des poumons, l'Asa fœtida a souv.ent sous nos yeux produit de bons et incontestables effets. Si c'était ici le lieu, nous pourrions étayer notre assertion d'observations péremptoires.
Chez les hommes irritables, et chez lesquels un commencement de lésion organique du cœur détermine des étoufferaents, des palpitations et un état spasmodique général disproportionné avec le degré de l'altération matérielle, les lavements d'Asa fœtida ne sont pas sans avantage. L'expérience clinique nous permet d'avancer que dans les affections ca-
tarrhales où les symptômes nerveux, comme cela est assez fréquent, jouent le principal rôle, on n'en obtient pas de moins bons effets. S'il n'est pas permis d'espérer de ce moyen la guérison entière de ces catarrhes suffocants qui, l'hiver, par le seul fait d'un abaissement soudain de la température, font périr de la veille au lendemain les vieillards affectés d'anciennes bronchorrhées, on peut certainement en affaiblir le danger et rendre ainsi possibles et efficaces les ressources ultérieures de l'art ou de la nature.
Millar ne tarit pas en éloges sur les vertus de l'Asa fœtida dans la maladie qu'il a appelée asthme aigu (angine striduleuse, cnchiffrènement de la glotte, de M. Brctonneau) ; il l'administre toujours alors, à moins de vomissements trop violents et de diarrhée. Voici la formule :
Asa fœtida, 8 grammes; esprit de Mindererus, 30 grammes; eau de Pouliol, 100 grammes.
Les enfants, prétend-il, finissent par le prendre sans répugnance, et même avec plaisir. En même temps il le donne en lavement de la manière suivante :
Asa fœtida, 8 grammes ; décoction de graine de lin, 100 grammes ; huile d'olive, 30 grammes.
Nous ne nions pas les succès de Millar, pourvu qu'on ne nous empêche pas d'ajouter que l'asthme aigu des enfants cède le plus souvent à tous les remèdes, ce qui revient à dire qu'il guérit sans eux. Mais quand Millar publie de semblables résultats dans des cas de croup, quand il affirme que dans une épidémie de croup aucun enfant ayant pris de l'Asa fœtida n'a succombé, nous ajournons notre assentiment jusqu'au jour où les observations de l'auteur anglais seront revêtues de leur seul cachet authentique, nous voulons dire la mention des fausses membranes, sans laquelle le mot croup n'a aucune valeur.
Beaucoup d'auteurs, et Kopp en particulier, ont vanté l'Asa fœtida dans la coqueluche : ses avantages, en pareil cas, sont incontestables, quand ils ne sont pas détruits par la difficulté de le faire prendre aux enfants, qui y répugnent trop en potion et ne peuvent le conserver en lavements. Nous en conseillons beaucoup l'usage dans la toux férine des femmes nerveuses, où les praticiens auront certes plus à s'en louer que des sangsues sur le trajet de la trachée, traitement qui, sans parler des traces indélébiles qu'il laisse aux femmes, augmente presque toujours leurs accidents.
Les flatuosités des vieillards, des hypochondriaques, la constipation invincible des premiers, réclament très-souvent les lavements d'Asa fœtida. Une longue expérience en a irrévocablement fixé l'utilité dans ces circonstances, ainsi que dans les palpitations des chloi'Otiques.
C'est un des moyens qui ont le mieux réussi à Hildenbrand dans le traitement de la période extrême des troubles nerveux du typhus irrégulier. (Juant à ses propriétés emménagogues, nous les lui accordons au môme titre qu'à la valériane.
ASA FŒriDA.
En lisant la Matière médicale de Cullen, nous voyons tout ce que nous avons dit d'important sur l'Asa fœtida confirmé de la manière la plus formelle par l'opinion de cet illustre médecin.
Nous passons sous silence les avantages qu'on dit avoir retiré de l'Asa fœtida à l'extérieur contre les caries, les tumeurs indolentes, etc., parce qu'à cet égard nous ne pourrions être qu'historiens. Il en est de même de son action anthelmin tique préconisée par plusieurs auteurs et en particulier par Fréd. Hoffmann. On se figure aisément que nous ne saurions ni ratifier ni contredire les vertus fébrifuges que Bergius a reconnues à cette gomme-résine dans des cas oii avait échoué l'écorce du Pérou. Quel médicament n'est pas quelquefois infidèle ?
Le même défaut d'expérienee personnelle nous commande la même réserve sur ses propriétés antigoutteuses et antisyphilitiques. Quand les praticiens, guidés dans l'emploi de l'Asa fœtida d'après les indications que nous venons de leur fournir, se seront convaincus des services qu'il peut leur rendre, ils apprécieront à leur juste valeur les assertions au moins insignifiantes émises par certains auteurs sur les antispasmodiques et sur l'Asa fœtida en particulier.
Nous nous résumons ainsi :
Médicament antihystérique, possédant les propriétés de la valériane, plus utile qu'elle dans les coliques venteuses avec constipation et spécialement dans les affections nerveuses des organes respiratoires et de l'appareil digestif, que ces névroses soient essentielles ou associées à d'autres états morbides. Il importe d'ajouter que l'Asa fœtida est assez lourd, c'est-à-dire d'une digestion difficile. Certains malades Vont encore sur l'estomacle lendemain de son administration. Cette observation, faite par nous bien souvent, privera plus d'une fois le praticien des services que l'Asa fœtida pourrait lui rendre chez les personnes nerveuses qui sont fréquemment dyspepsiques. On devra dans ce cas l'employer sous forme de lavement,