‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 79 sur 335 · DOSES ET MODES D'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

DOSES ET MODES D'ADMINISTRATION

Le Castoréum a fait partie des remèdes anciens composés les plus fameux, comme la Thériaque, le Mithridate, le Philonium romanum, l'eau générale, les pilules de Puller, de cynoglosse, etc. C'est sous forme de teinture et en lavements que nous le donnons le plus souvent dans l'aménorrhée, uni aux teintures d'aloès et d'asa fœtida, à k dose de 4 grammes ou bien encore en substance dans une potion, à la dose de •1 à 2 grammes, dose qui peut, selon les besoins, être fort augmentée sans inconvénient. Sous- forme de pilules, nous le donnons à la même dose. (Voyez Pharmacopée universelle de Jourdau.)

Le Camphre (C'<'H"'02), connu autrefois des Arabes sous le nom de Cariiphrur et des habitants de Sumatra, sous celui d'iono, est une huile volatile concrète qui existe dans beaucoup de végétaux ; un grand nombre de labiées en contiennent.

Le Camphre du commerce paraît être retiré d'un grand laurier du Japon, le Laurus Cani\)horn de Linné, qui appartient ?i l'ennéandrie monogynie, famille des Lauritiées.

ç Le Camphre n'est pas le produit exclusif de l'arbre connu sous le nom de Laurier Camphrier. D'autres plantes de la famille des Laurinées en renferment également. Celui qui nous vient des îles de la Sonde est fourni par le Dryobalanops Camphora, famille des dyptéocarpées • il est naturellement plus estimé des Orientaux ; aussi en arrive-t-il trèspeu en Europe. D'ailleurs, les camphres, fournis par ces deux plantes n'ont pas la mémo composition, la dernière contient deux équivalents d'hydrogène en moins.

Dans le royaume do Murcie, on relire

du Camphre de diverses labiées ; on pourrait en extraire aussi des Drimyrrhizées de l'Inde ; mais d'après Proust, le Camphre n'existerait que dans les labiées des pays chauds, les plantes de la famille des Amomées eu renferment de grandes quantités. Quant au Cam])hre artidciel que l'un obtient en traitant l'essence de térébcnlliine par l'acide chlorhydrique ou par le chlore, c'est un chlorhydrate de chlorure de Cai 'phène qui ne ressemble au Camphre ordinaire que par l'aspect.

Voici les caractères physiques de ce principe immédiat :

Il est blanc, transparent, crislallin ; son odeur est très-forte et très-pénétrante, sa saveur acre et aromatique ; il est plus léger que l'eau : volatil à l'air libre, fusible îi 175 degrés (Thénard), peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et l'élher, dans les huiles grasses et dans les huiles essentielles. Suivant Dumas, le Camphre est composé de 79.28 de carbone, 10,36 d'I.iydrogène, 10,3i3 d'oxygène.

Eartraclion du Camiihre. On l'obtient

M iïDIC AM ENTS ANTISPASMODIQUES.

à l'aide d'incisions faites à l'arbre; mais ce procédé étant insuffisant en raison de la trop minime quantité de camphre qu'il fournit, on y supplée en faisant bouillir la racine, le tronc et les branches réduites en éclats, dans les cucurbites de fer surmontées de chapiteaux en terre, oii le Camphre se volatise et est reçu dans la paille du riz dont ces mêmes chapiteaux sont garnis à l'intérieur. Pour le raffiner, M. CIcmendol a proposé le procédé suivant, qui est le meilleur. On introduit le Camphre brut dans des matras à fond plat, que l'on dispose sur un bain de sable ; on le maintient quelque temps en ébuUition pour vaporiser l'eau ; puis on découvre peu îi peu la partie supérieure des matras pour permettre au Camphre de refroidir et de s'y condenser.

Voici les formes diverses sous lesquelles on emploie le Camphre.

lo Poudre. On verse do l'alcool sur le Camphre de manière à l'en pénétrer, et on le pulvérise par trituration dajis un mortier en marbre.

2» Eau camphrée. Camphre, 4 grammes; eau froide, 500 grammes; laissez en contact en agitant de temps en temps et filtrez. (Codex.)

Un fait singulier, c'est que le Camphre, qui est un peu soluble dans l'eau, se dissont dans ce liquide sous l'influence des carbonates insolubles, tels que ceux de chaux et de magnésie ; enfin, le Camphre se dissout mieux dans l'eau chargée d'acide carbonique que dans l'eau pure.

3" Eau éthérée camphrée,

Pr. : Camphre 10 grammes.

Ether suif 48 —

Eau distillée. ... 910 —

4» Alcool camphré.

Camphre 100 grammes.

Alcool rectifié à 90 degrés. 900 —

L'eau-de vie camphrée se prépare avec Camphre, 100; alcool à (!0 degrés, 3,900. Faites dissoudre et lillrez.

50 Huile camphrée.

Camphre BO grammes.

Huile d'olive. . . . 4bO —

60 Uvile de camomille camphrée.

Huile do camomille. 90 grammes.

Camphre 10 —

7" Elher camphré.

Ether 90 grammes.

Camphre 10 —

8» Pommade camphrée.

Camphre 32 grammes..

Axonge 90 —

Cire blanche .... 10 —

9° Eau sédative ou lotion ammoniacale camphrée.

Ammoniaque liquide,

à 0,92 60 grammes-

Alcool camphré . . 10 — Chlorure de sodium 60 — Eau distillée. . . . 1000 —

Faites dissoudre le sel dans l'eau, filtrez, ajoutez l'alcool camphré, puis l'ammoniaque.

On agitera chaque fois au moment du besoin.

On donne, à l'intérieur, le Camphre en pilules, souvent associé à l'Opium.

A l'extérieur, plus ordinairement en lavements.

Pr. : Décoction de graines de lin, 500 gr. Camphre 4

On divise le Camphre au moyen d'nn jaune d'œuf, et on délaye dans la décoction de lin ou de guimauve.

iM. Raspail a conseillé de petites cigarettes de Camphre qu'on aspire à froid.

On introduit aussi le Camphre dans quelques compositions emplastiquos ; on fait des emplâtres camphrés.

Nous devons faire observer que le Camphre agit d'une manière spéciale sur les matières résineuses; son effet le plus remarquable est de les ramollir ; il affaiblit souvent leur odeur et quelquefois même la détruit tout à fait. On peut, en pharmacie, tirer une grande partie de cette propriété. (Voyez les travaux de Planche, Journal de pharmacie.)

Ce précieux médicament entrait dans U!ie foule de préparations aujourd'hui inusitées, telles que la ihériaque céleste, Venu hystérique, le baume de Lectoure, l'emplâtre diahotanum, ceux de savon de Nuremberg, etc.

ACTION PHYSIOLOGIQUE

Nous entreprenons une tâche difficile. Quiconque s'est condamné càlire tout ce qui a été écrit sur le Camphre a dû sentir s'ébranler sa foi thérapeutique, s'il n'a pas su remonter à la source de tant de confusion et

démêler la source d'une si choquante diversité dans les résultats.

Prononcei:' hardiment avec Hoffmann, Ti-alles, CoUin, Wcrloff, Cullen, etc., que le Camphre est uniquement sédatif, c'est systématiquement repousser d'autres autorités dignes de foi, et un assez grand nombre de faits incontestables; se déclarer exclusivement pour ceux-ci, en attribuant au Camphre des propriétés purement excitantes, c'est n'accepter de <^ l'expérience passée qu'une fraction presque sans consistance; à l'exemple de quelques autenrs, vouloir concilier ces deux opinions conti"aires sans montrer la raison de leur opposition, c'est les détruire l'une par l'autre. Entre ces deux excès égfilement injustes et ce moyen terme éclectique et non moins faux, il ne nous reste qu'un parti, c'est d'accepter tous les faits, de peser toutes les autorités pour voir s'il n'existe pas un lien propre à les réunir. Si ensuite nous soumettons notre décision au contrôle d'expériences faites sur nous-mêmes, il nous sera permis de juger avec quelque fondement.

L'action physiologique du Camphre est complexe comme celle de toutes les substances qui, après avoir déterminé des modifications organiques locales et quelquefois générales par leur contact primitif avec les surfaces de rapport (peau et membranes muqueuses), sont absorbées, et produisent alors des troubles secondaires proportionnés à la nature spéciale de leurs propriétés, aux doses auxquelles elles sont administrées et au degré d'assimilation dont elles sont susceptibles. C'est pour n'avoir pas su analyser ces trois ordres de phénomènes et n'avoir fixé leur attention que sur un seul, le plus saillant ordinairement, que les auteurs ont paru avancer des faits si contradictoires. Nous considérons donc dans l'action du Camphre sur l'organisme sain trois temps, ou plutôt trois modes va- '^inbles dans l'intensité de leur manifestation suivant les doses du médicament et certaines dispositions le plus souvent inappréciables du sujet de l'expérience.

Le premier mode est celui de son action immédiate sur le tissu oii il est déposé, action toute circonscrite, chimique en quelque sorte comme celle du caustique qui ne désorganise que ce qu'il touche. Ainsi considéré, le Camphre produit une sensation d'âcreté, de cuisson, puis une hyperhémie locale, suivie d'irritation assez vive ; si le contact est longtemps prolongé, une inflammation avec ulcération en est la conséquence; mais pour agir de cette manière, le Cam^^hre doit être en fragments, et non dissous ou suspendu dans un véhicule. Administré sous cette dernière forme, ses molécules sont trop divisées pour attaquer les tissus; il faut^'qu'il soit pris à doses très-élevées pour laisser, ainsi étendu, des traces d'irrit<ation inflammatoire, et à plus forte raison des ulcérations comme il en détermine lorsqu'un morceau un peu considérable est longtemps appliqué sur le même lieu. Remarquons aussi que jamais, quelque prolongé que soit son contact, il n'a d'elTet pareil sur la peau revêtue de son épiderme, et que ce que nous venons de dire ne doit s'entendre que des membranes muqueuses et du derme dénudé.

394 MÉDICAMENTS ANTISPASMODTQUES.

Ce mode d'action du Camphre a été bien constaté par M. Orfila sur des chiens à qui il en ingérait pkisieurs fragments. L'autopsie révélait toujours de nombreux petits ulcères aux endroits oii avait agi la substance. Nousmêmes avons gardé plusieurs fois un morceau de Camphre dans notre bouche : au bout d'une demi-heure, la portion de membrane muqueuse qui avait souffert le contact du Camphre était rouge, chaude, gonflée, douloureuse, et il est certain qu'avec un peu plus de persévérance, nous aurions obtenu une ulcération. On sait que les ulcères atoniques, sordides, de mauvai&e nature, sont avantageusement saupoudres de Camphre qui les vivifie, produit des bourgeons charnus et une inflammation plus propre à l'accomplissement du travail de cicatrice. La question, ici, n'est pas de savoir si dans ces cas il n'y a pas un autre mode d'action. Qu'il soit on non antiseptique alors, il n'en a pas moins le genre d'influence que nous venons de dire. Lorsque le Camphre est donné en fragments assez volumineux pour enflammer et désorganiser les tissus, il est peu ou pas absorbé, car on ne voit jamais dans ces cas survenir les phénomènes secondaires dus à son passage dans les voies de la circulation, fait qui rentre dans cet autre fait plus général de l'histoire des inflammations, qu'un tissu vivant absorbe d'autant moins qu'il est plus enflammé.

Outre cette propriété irritante locale que le Camphre partage avec beaucoup d'autres substances non caustiques, irritation qui, h elle seule, ne saurait constituer le caractère de son action physiologique et thérapeutique, ce médicament jouit d'une puissance qui, depuis Avicenne jusqu'à nous, a fait la base de sa réputation, puissance contestée par quelques-uns, et qu'ont exaltée à l'envi les plus grands médecins des siècles derniers; il est question de son action réfrigérante, sédative.

Nous commençons par dire qu'elle ne peut être révoquée en doute.' Des faits par milliers, des autorités imposantes sont unanimes sur ce point. Nos expériences personnelles ne les ont en rien démentis. Indiquons les données de l'expérience et leurs sources, nous tricherons ensuite de connaître les lois du mode d'action qu'elles expriment, et d'en régler la valeur relativement aux autres m.mières d'agir du Camphre.

Rien ne prouve que les auteurs grecs aient connu cette substance. Il faut arriver jusqu'aux Arabes, et en particulier à Avicenne, pour la trouver désignée sous le nom de caphur ou canpitur. Leur témoignage sur l'action du Camphre n'est pas sans quelque gravité, bien qu'ils ne nous trasmettent pas les documents sur lesquels il est appuyé. Ils lui attribuent une puissance réfrigérante {vis refrigerans). Aucun pri'Jugé, aucune préoccupation systématique n'a pu fausser ce résultat d'observation. Si tous les auteurs avaient vu et écrit avec cette virginité d'opinion, la question serait bien plus simple.

Les expériences faites sur les animaux vivants ne peuvent nous fournir aucun motif de jugement sur le mode d'action que nous essayons d'apprécier. En effet, comme cette influence réfrigérante et sédative a lieu en silence dans l'organisme, qu'elle enchaîne les expressions symptomatiques

au lieu de les animer, elle ne saurait être étudiée sur des êtres qui ne manifestent les troubles de leur économie que lorsqu'ils sont déjà extrêmes, et cela par des symptômes que le malaise, la douleur ou le délire ont seuls le pouvoir de provoquer, tels que des gémissements, des cris, des attitudes ou des mouvements désordonnés. Il faudrait que la sédation allât jusqu'à une asthénie excessive ou une sédation voisine de la mort, comme celle déterminée par un froid excessif, pour être bien constatée chez les animaux. Or celle que produit le Camphre n'est que modérée, bienfaisante, et les animaux, quoique très-probablement ils en soient affectés, sont très-peu propres à nous la manifester. Les expériences sur l'homme en santé peuvent donc seules nous éclairer à cet égard.

Carminati, Menghini, Monro, eurent l'idée de soumettre à l'influence des émanations du Camphre des animaux de dilférentes classes, à commencer par les insectes ; ceux-ci témoignèrent tous qu'ils en étaient vivement offensés; la plupart périrent lorsqu'on prolongea l'expérience. Il n'y eut, chose bien bizarre, que les teignes {lincœ quœ lunea destruunt) qui • résistèrent à cette action délétère, ce qui n'est pas indifférent à savoir dans l'application que l'on fait de cette substance à la destruction des insectes parasites ; car c'est précisément sur ceux-là qu'ont agi les auteurs que j'ai cités. Des grenouilles et déjeunes oiseaux exposés aux mêmes émanations ont péri, terme moyen, au bout d'un quart d'heure, après avoir présenté tous les signes de l'asphyxie. Il est bien évident qu'une atmosphère fortement chargée de vapeurs camphrées est impropre à entretenir la vie. C'est ce qui fait que nous n'osons pas aussi hardiment que Cullen affirmer que le Camphre a tué ces insectes par une influence directe et immédiate sur la force vitale.

Ajoutons toutefois que M. Fonssagrives a émis récemment une opinion qui vient à l'appui de celle de Cullen. Ainsi, il n'hésite pas à rapporter ces résultats à l'anesthésie que le Camphre exerce énergiquement, selon lui, sur les animaux inférieurs, et qui lui donne, comme aux huiles essentielles, la propriété de préserver les objets d'histoire naturelle et les étoffes contre certains parasites. Le Camphre agirait donc ici par intoxication plutôt que par asphyxie. Sous ce rapport, l'auteur rapproche le Camphre du chloroforme, et il s'autorise ici de quelques expériences sur les animaux oîi cette substance, inhalée par l'appareil pulmonaire, a donné lieu à des phénomènes d'anesthésie assez analogues à ceux du chloroforme et autres agents du même genre.

Si nous passons aux expériences tentées sur des mammifères, le Camphre étant introduit par le tube digestif, nous aurons des phénomènes d'un autre ordre. Mais ici se présente l'inconvénient que nous avons signalé relativement à l'impossibilité d'apprécier le genre de sensation qui nous occupe. D'ailleurs dans ces cas, dont les plus nombreux et les plus variés appartiennent à Carminati, Menghini et Brumwell, les autres à M. Orfila, le Camphre est donné à doses toxiques, l'œsophage est lié (dans les expériences de M. Orfda seulement), et les animaux (chiens,

chats, brebis) meurent offrant tous les symptômes propres aux empoisonnements parles substances narcotico acres.

Fréd. Hoffmann, dans une dissertation qui a pour titre : De. Camphorœ usu interno prœstantissimo et securissimo, réfute vivement deux auteurs (Craton et Ludovicus Daniel) qui s'étaient efforcés de discréditer le Camphre en disant que son usage, même à faibles doses, donnait lieu à de graves accidents qu'il rattachait à une violente excitation sanguine et nerveuse. Le Camphre, dit-i], loin de produire ces effets, sait les calmer : Si quidem Camphora ad scrupulum unum etiam ad drachmmn semis sano homini cum sufftcienti véhicula adhibita qiiemadmodum multoties fecimus, corpori neque intensiorem œstum aut calorem infert, neque pulsum adauget, sed potiùs manifestum 7'efrigerium prœsertim circa prœcordia prœstat. 11 ajoute que 30 grammes d'esprit-de-vin et même une gorgée de vin généreux, unicus haustus vini gêner os i, font éprouver plus de chaleur que 8 grammes de Camphre, et que l'excitation qu'on lui attribue doit plutôt être rapportée aux essences et aux élixirs plus échauffants dans lesquels on l'a administré.

On trouve dans le premier volume des consultations de cet auteur, le cas d'un hypochondriaque, qui, en proie à de violents accidents du côté du cerveau, prit par mégarde 3 grammes de Camphre, éprouva des symptômes de sursédation, de collapsus profond avec refroidissement, mêlés de phénomènes bizarres, tels qu'on en remarque dans les intoxications par les solanées vireuses, effets qui amenèrent la cessation de l'affection cérébrale.

Louis Balthazar Tralles, dans son ouvrage qui a pour titre : De virtute Camphorœ réfrigérante, assure avoir répété sur lui-même les essais de son maître Frédéric Hoffmann, et en avoir obtenu des résultats semblables.

Les mêmes effets ont encore été observés dans les essais qu'a tentés sur lui-même le docteur Alexandre, d'Edimbourg. Immédiatement après l'ingestion de 3 grammes de Camphre dissous dans du sirop de roses : résolution des forces, bâillements, pandiculations, obscurcissement des sens et de l'intelligence, abaissement de la température appréciable au thermomètre, diminution dans la force et le nombre des battements du cœur, sentiment de défaillance, anxiétés précordiales, etc., etc., accidents qui s'évanouissaient bientôt pour faire place à des phénomènes de réaction dont nous parlerons à propos du troisième mode d'action du Camphre.

Une femme affectée de coliques violentes e/i prit 3 grammes en une demi-heure, d'après les ordres de Pouteau. Aussitôt, abaissement considérable de la température, engourdissement de toutes les fonctions vitales, pâleur cadavérique, accidents qui s'évanouirent en peu de temps.

Pouteau, à qui le Camphre avait déjà souvent révélé cette action, le préconise comme un excellent sédatif. Cullen affirme que plusieurs fois jla constaté que \ gramme de cette substance ralentissait le pouls plutôt

^ue de l'accélérer. Il raconte avoir tenté par ce moyen la guorison d'une maniaque. Le Camphre porté à la dose de 1 gramme et demi à 2 grammes par jour ralentissait constamment le pouls. Un jour, par une erreur de l'apothicaire, cette femme en prit 2 grammes et demi en une seule fois, et tomba aussitôt dans un état de su7'sédation directe, dont CuUen ne put la tirer qu'à l'aide de stimulants internes et externes.

En parlant de l'action thérapeutique du Camphre, nous ferons un grand usage des nombreuses observations que Collin a consignées dans un ouvrage qui lui est commun avec le célèbre Storck {Annus medici/s), ce qui ne nous empêche pas d'indiquer ici, sans avoir égard à l'influence du médicament sur l'état morbide contre lequel il était dirigé, que, administré un nombre infini de fois à la dose de 4, 8, 12 et 16 grammes par jour, il n'a eu sur les systèmes nerveux et sanguin qu'un effet quelquefois nul et le plus souvent sédatif. Nous passons sous silence ici, pour y revenir en temps plus opportun, les observations de Werlhof, Joerdens, Berger, etc., qu'on peut lire dans le Commercium litt. med. Norimb., et qui, sous le rapport du mode d'action que nous envisageons maintenant, nous fourniraient les mêmes résultats que celle des auteurs mentionnés plus haut.

Schwilgué, Alibert, M. Barbier, reconnaissent au Camphre cette propriété sédative. Deux observations rapportées dans le tome II de la Toxicologie de M. Orfila, la mettent hors de doute. Dans la première, l'usage du vin tira le malade de l'état do stupeur où il était plongé. L'école Rasorienne range cet agent au nombre des contro-stimulants.

Nous avons désiré nous-mêmes, selon notre habitude, essayer l'action physiologique du Camphre. Appliqué en solution sur la peau, il y a produit un sentiment de froid, fait connu depuis fort longtemps et dont la chirurgie profite tous les jours. Une première fois, nous trouvant dons l'état physiologique le plus parfait, le pouls à soixante- douze par minute, nous avons pris 5 décigrammes de Camphre dans 16 grammes de sirop dégomme. Dix minutes après, le pouls est descendu à soixante-quatre pulsations; nous ressentons à la région gastrique le froid un peu acre et mordicant qui se produit dans la bouche lorsqu'on y met des pastilles de menthe; après vingt minutes, le pouls ne bat plus que soixante fuis : sensation gastrique analogue à celle de la faim. Une heure après l'ingestion du Camphre, le froid stomacal persiste, sentiment de bien-être général. Trois heures après, le pouls était revenu à soixante-douze, et tout se passait comme avant l'expérience.

Dans un second essai, I gramme a produit la même série de phénomènes, mais à un degré propprtionné à l'augmentation de la dose.

Une troisième, oîi nous avons pris 2 grammes de Camphre, a donné lieu aux effets suivants :

Immédiatement après l'ingestion, sentiment de réfrigération paraissant pénétrer tout le torse, perceptible surtout à l'œsophage et au ventricule. Nous comparons le bien-être que nous éprouvons à celui qui suit

l'ingestion d'une glace prise alors qu'on a bien chaud. Après une demiheure de cet état, le pouls, qui jusque-là était resté comme avant l'expérience (soixante- douze par minute), descend à soixante. Sentiment léger d'accablement. La réfrigération persiste, bien que dans le tube digestif commence à naître une faible sensation d'âcreté et de mordication ; le froid expansif se soutient très-notable. L'action antiphrodisiaque est incontestable. Le pouls reste à soixante. Le frais et le bien-être sont accrus en marchant, bien que nous n'éprouvions pas ce sentiment de légèreté et de puissance du vol signalé dans quelques expériences ; pouls à cinquante-six. Deux heures après l'ingestion du Camphre, la sensation de frais du tube digestif est remplacée par une légère et très-supportable ardeur. Trois heures après, l'état est le même qu'avant l'expérience, appétit Irès-vif ; l'anaphrodisie ne s'est pas soutenue.

Dans tous ces cas, l'exhalation pulmonaire était imprégnée d'une odeur camphrée peu de temps après l'ingestion de la substance ; la perspiration cutanée n'a rien offert de semblable, non plus que les urines.

Il résulte de cet ensemble de faits qu'à doses modérées le Camphre produit sur l'homme sain des phénomènes de sédation et de réfrigération ; qu'à doses plus élevées s'y joignent une stupeur et un collapsus assez profonds.

Passons au troisième mode d'action de cette substance. Celle-ci est de nature excitante, et se manifeste surtout par une assez vive stimulation du système sanguin.

Stahl en parle ainsi : Maximam turgescentiam sanguinis inducit {Camphora). Ettmuller, qui l'a vanté dans les fièvres graves, comme nous le verrons plus bas, partage l'opinion de Stahl : Quicquid sit Camphora, per se est ignis concentratus, hinccalidissima. C'est aussi l'avis d'Alberti. Quarin s'exprime à cet égard d'une façon très-énergique : Vidi enim in multis, quibus Camphora majori dosi exhibita fuit, pu/sum celerrimum, faciem ruberrimam, oculos torvos, inflammatos, convulsiones et phrenili' dem lelh'dem secutam fuisse. Murray, Cartheuser, M. Alibert, citent des faits relatifs à cette manière d'agir. Un médecin de Pavie, M. Bergonsi, a fait sur lui-même des expériences dans lesquelles les effets d'excitation sanguine, de congestion cérébrale effrayants qu'il doit avoir éprouvés nous paraissent si peu en rapport avec les doses de Camphre employées, 7 décigrammes, que nous sommes un peu en défiance à leur égard, et que nous sommes forcés d'admettre chez cet expérimentateur une excessive susceptibilité pour l'action des sédatifs ou des contro-stimulants.

Remarquons que dans le plus grand nombre des cas rapportés pour établir l'action sédative du Camphre, aux phénomènes de sédation et de collapsus ont succédé des symptômes d'excitation fébrile plus ou moins analogues à ceux que nous venons d'exposer.

Quel cas devons-nous faire des essais de la fameuse société allemande qui, sous le patronage de M. Joerg, veut refondre la matière médicale?

CAMPIIKG. 30a

Après de nombreuses expériences tentées sur le Camphre par tous les membres du cercle thérapeutique, d'où il résulte que le Camphre est un puissant excitant du tube digestif et du cerveau, on lit les conclusions suivantes : « Un demi-grain de Camphre peut déjà faire beaucoup chez un homme sain, etc., etc. » Nous concluons, nous, que la Société présidée par le professeur de Leipzig est composée d'homœopathes trop timides, ou plutôt d'hypochondriaques renforcés.

Voilà donc le Camphre pourvu de trois manières d'agir différentes. On conçoit maintenant sans peine le désaccord des auteurs. Selon qu'il aura convenu à l'un que le Camphre lut excitant ou calmant, une seule de ces propriétés se sera montrée à ses yeux, et il aura passé l'autre sous silence, ou bien même, suivant une foule de circonstances, il aura pu de très-bonne foi affirmer que cet agent était exclusivement doué de l'une des deux. Pour nous, qui avons lu et pesé de bonne foi, qui avons soumis les conclusions étrangères au contrôle de nos propres sensations, ce n'est pas par éclectisme que nous attribuons sa part de vérité à chacune des opinions des auteurs, quelque antagonistes qu'elles paraissent être, mais c'est que nous y avons été contraints par les faits. Ces faits sembleront moins contradictoires si, sans nous permettre d'ailleurs la moindre explication sur le mode d'action intime du Camphre, nous essayons de saisir l'enchaînement et la filiation des phénomènes observés sous l'iafluence de cet agent.

A peine introduit dans le système digestif, le Camphre produit aussitôt une action complexe qui résulte d'un sentiment d'àcreté borné aux points touchés par la substance, auquel se combine la perception d'un frais d'abord local, puis bientôt rapidement expansif. On reconnaît là les deux premiers modes d'action que nous avons établis, et on sent qu'ils ne peuvent avoir leur raison, pour le premier, que dans la propriété qu'a le Camphre d'attaquer chimiquement les tissus comme un cathéritique, par exemple ; et pour le second, dans une influence physique non moins incontestable due à la volatilisation extrêmement abondante et rapide du principe odorant et actif du Camphre, lequel, pour s'évaporer, soustrait promptement le calorique non-seulement aux surfaces sur lesquelles il est appliqué, mais à celles qui h s avoisinent dans une assez grande étendue. Tel est l'effet de l'éther et de toutes les huiles essentielles dont l'application est un puissant moyen de réfrigération souvent mis à prolit. yoilà, si nous pouvons ainsi parler, le premier temps de l'action physiologique du Camphre pris à l'intérieur.

Peu d'instants après se développe une autre série de phénomènes trèsdilîérents sous un certain rapport et très-analogues sous un autre : nous voulons parler de l'état asthénique et de sédation quelquefois extrême qui apparaît comme conséquence de l'absorption du Camphre, et constitue un de ses effets physiologiques les plus remarquables.

Ces phénomènes sont : le ralentissement de la circulationj les pandi-

m MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.

culations, les bâillements, l'anxiété précordiale, les vertiges, les nausées, les sueurs froides, etc., symptômes qui tous annoncent un état semilipothymique et de collapsus du système nerveux, comme en produisent plusieurs médicaments et poisons narcotiques ou plutôt contro-stimulants, qui joignent à l'action sédative simple dont l'influence du froid nous oITre le type, quelques propriétés spéciales révélées par une certaine perturl^ation et un certain désordre introduits dans les fonctions contro-stimulées.

Mais il se présente un quatrièm(3 ordre de phénomènes tout opposés aux précédents : c'est l'excitation fébrile que certainement il détermine dans beaucoup de cas. Elle est due sans doute aux efforts que fait l'organisme pour surmonter l'effet sédatif dont il vient d'être question, ainsi qu'à la propriété irritante particulière que nous avons reconnue au Camphre en appréciant son action tonique. Ce qui nous fait assigner celle double cause au mode d'action que nous étudions, c'est que : 1" il ne se manifeste, le plus souvent, qu'après l'aclion sédative, alors qu'on peut supposer qu'il est depuis longtemps absorbé, et cette absorption n'est pas douteuse d'après les expériences de M. ?ilagendie, de plusieurs autres et les nôtres en particulier; 2° que la fièvre passagère par laquelle se révèle celte excitation vasculaire, se juge ordinairement par des sueurs qui répandent une forte odeur de Camphre; 3" enfin qu'en injectant dans les veines des animaux une solution de Camphre, on détermine quelquefois d'emblée ces signes d'excitation, sans qu'ils soient précédés des symptômes de sédation que nous avons attribués aux effets controstimulants. Toutefois il n'est pas impossible, il est même probable, que celte réaction participe aussi de la nature de celles qui suivent toute sésédalion de système nerveux, comme, par exemple, la chaleur, la rougeur, etc., qui succèdent à l'application du froid. C'est ainsi que CuUen s'en rendait compte ; mais on sait que, portant le solidisme à l'extrême, il affectionnait ce genre d'explication quelquefois jusqu'à l'erreur. Si l'on objectait à cette manière d'envisager l'aclion composée du Camphre, que dans certains cas on n'observe que les phénomènes de sédation, dans d'autres seulement, ceux qui annoncent une influence stimulante, puis quelquefois une combinaison de deux ordres de ces symptômes, nous répondrions que le premier de ces modes d'action n'entraîne pas nécessairement le second ; car l'effet sédatif peut avoir eu lieu d'une manière si peu prononcée que la réaction soit insensible. Pourtant, dira-t-on, l'absorption s'est opérée. Oui, mais en raison d'une disposition heureuse du sujet, l'élimination a été facile, et n'a pas eu besoin, pour*s' accomplir, de grands efforts de la part du système vasculaire : c'est comme une digestion qui n'a pas retenti dans Torganisrae. Nous sommes portés à croire qu'il en est ordinairement ainsi lorsque c'est le poumon ou les reins qui se chargent de l'excrétion de la substance à éliminer. Certainement, ces différentes manière d'agir du Camphre ne sont pas en raison directe l'une de l'autre ; cette condition ne peut s'exiger toutes les fois

qu'il est question do pbénomfincs vitaux, c'est-à-dire mobiles, sujets ;i une infinité de variations. En résumé : action irritante locale, action sédative locale qui peuvent s'étendre et retentir plus ou moins loin. Action sédative générale ; action stimulante générale consécutivement à l'absorption du Campbre. Quand le premier de ces deux derniers effets se fait seul sentir, on obtient l'action qui est le plus ordinairement demandée au Camphre. Tiès-souvent la sédation et la stimulation générales sont simultanément éprouvées dans divers appareils, ce qui constitue une sorte d'ataxie telle qu'en produisent les poisons narcotico-âcres. Indépendamment de cela, il y a dans le Camphre quelque chose qui ne tient à aucune de ces deux propiiétés générales communes à d'autres médicaments, quelque chose qui ne peut être révélé dans les effels physiologiques du Camphre : nous voulons parler de sa vertu antiseptique liée probablement à ses qualités aromatiques et huileuses, etc.

Après tout, les doses auxquelles on donne le Camphre ont une énorme influence sur la prédominance de sa vertu, sur son action stimulante et réciproquement. Ainsi , administrez le Camphre à faibles doses, et presque infailliblement, à moins de prédisposition physiologique extrême aux irritations générales ou d'un état morbide dans lequel domine la diath?^se de stimulus, vous obtiendrez une évidente sédation. Administrez-le au contraire à hautes doses, vous pourrez observer, il est vrai, des effets sédatifs effrayants, mais aussi il est possible que se développent consécutivement et même d'emblée d'épouvantables phénomènes fébriles, avec symptômes formidables d'irritation cérébrale, etc.. On ne saurait trop répéter que les effets des médicaments varient énormément suivant les doses auxquelles on les administre. C'est Là un des faits les plus importants de la Matière médicale et de la Toxicologie. La pathologie pourrait elle-même en tirer un grand parti.

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