‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 80 sur 335 · ACTION TOXIQUE · texte numérisé non relu

ACTION TOXIQUE

Quant à l'action toxique du Camphre, nous l'avons décrite en rapportant les expériences du docteur Alexandre, et celle que cite Fréd. Hoffmann. Elle est tout à fait analogue à celle qui appartient aux poisons narcotico-âcres dans laquelle Orfda a très-bien fait de ranger le Camphre. On dirait qu'elle est le produit de la confusion de tous les modes d'action que nous avons admis. Portés à un haut degré, les signes de sursédation vont jusqu'à la syncope, aux sueurs froides; à l'abolition des sens; puis à ces accidents se joignent ceux d'une réaction impuissante, se manifestant par des efforts sans suite, sans résultat, dans lesquels le système nerveux remplace fâcheusement le système sanguin ; c'est de l'ataxie. Quant aux doses qui constituent l'intoxication par le Camphre, nous pensons qu'elles ont été en général exagérées, et qu'on peut, en une seule fois, en prendre 4 grammes sans risquer des accidents. Ceux-ci ont cela

m MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.

de remarquable, qu'ils se dissipent Irès-promptement, sans laisser à leur suite rien de fâcheux.

La Gazette médicale de Strasbourg (année 1850) cite un empoisonnement de trois anfants, l'un de cinq ans, le second de trois ans, et le dernier de dix-huit mois, produit par une dose de Camphre équivalente à une demi-cuillerée à café pour chacun d'eux, ce qui représente à peu près 2 grammes. 11 serait superflu de décrire les symptômes de cet empoisonnement. Le plus jeune de ces enfants a seul succombé après avoir présenté, ainsi que ceux qui ont survécu, tous les accidents produits par l'ingestion des substances narcctico-âcres à doses toxiques.

Comme toutes les substances contro-stimulantes, et qui ont des propriétés tout h la fois irritantes et sédatives avec une odeur forte et pénétrante, le Camphre a des elfets très-peu constants et fort variables suivant les individus. Il en résulte que la susceptibilité de chacun variant beaucoup pour ce médicament, il importe de ne pas débuter dans son administration par de trop fortes doses. On pourrait, en effet, rencontrar des intolérances imprévues et causer de graves accidents.

Nous avons assez peu employé le Camphre. Ce n'est pas que nous ayons été effrayés du titre de remède incendiaire dont l'a qualifié la doctrine physiologique, mais les dissensions des auteurs, l'incertitude des effets, nous ont fait, sinon négliger, au moins nous défier trop sans doute de cet agent peut-être très-utile. Nous allons néanmoins passer en revue les diverses circonstances dans lesquelles on dit l'avoir administré avec succès, en faire connaître et en discuter les indications et les contre-indications, autant d'après nos propres données, qu'appuyés sur nos opinions pathologiques et thérapeutiques.

Phiegmasies. Prenons d'abord deux grands ordres de maladies où le Camphre a été préconisé par le plus grand nombre, rabaissé par quelques autres. Ce sont les fièvres et les inflammations : Quarè in fehribus continuis quœ ferè omnes aliquid inflammatorii habent, itemque etiam in inflammationum generibus cœteris, in pleuritidc, phrenitide, anginâ, inflammatione uteri, magno cum fructu semper Camphora cum nitro mixta in arlis exercitio usus sum. C'est Hoffmann qui s'exprime ainsi.

Ces assertions sont confirmées par un trop grand nombre de praticiens célèbres pour ne pas inspirer quelque confiance, au moins quant à l'innocuité du Camphre dans les cas en question. L.-B. TroUcs assure ne pas connaître dans toute la Matière médicale d'agent plus puissant contre les inflammations. Existe-t-il beaucoup de médicaments, et en général beaucoup de moyens d'enrayer le cours de cet état organique appelé inflammation, lorsqu'il est bien établi, qu'uin ftrmiter hœreat, suivant l'exprès-

CAMPHRE. iO:\

■sion (les anciens? Ce n'est pas là la question. Il s'agit seulement de savoir si, dnns les fièvres inflammatoires avec ou sans phlegmasies, le Camphre peut aider à apaiser la violence de la réaction fébrile, etc.. A petites doses, nous le pensons, sans toutefois le conseiller, au moins dans les tièvres inflammatoires aiguës et franches. Nous en dissuadons même hautement les praticiens, parce que, pour une sédation douteuse, on risque d'augmenter les accidents d'irritation générale et locale.

Rienne prouve mieux l'inconstance des effetsdu Camphre que les observations contradictoires rapportées par plusieurs auteurs. C'est ainsi que Junker, remarquant qu'il est utile dans certaines inflammations, nuisible dans d'autres, fait de subtils efforts pour spécifier les conditions de cette différence: In iis calorem auget, in aliis prœter naturam auctum minuit. 11 finit par en recommander l'usage dans toutes les phlegmasies, après une saignée pratiquée. Dans son grand ouvrage de thérapeutique générale, il met moins de restriction à son emploi que dans sa dissertation inaugurale. La néphrite est, suivant lui, la phlegmasie qui en réclame surtout l'usage à cause de la vertu diurétique et sédative des voies urinaires qu'il attribue à ce médicament. L'angine qui survient dans les fièvres continues est de même citée par Junker comme devant être traitée par le Camphre. 11 est bonde dire que généralement ce praticien ne l'administrait guère qu'au ilébut des inflammations, si adliuc recens est malum.

L'illustre Werlhof a rempli le Commercium Narembergense d'observations de phlegmasies aiguës guéries par le Camphre. Il cite surtout beaucoup de pleurésies très -vives par la douleur locale et les phénomènes généraux, dans lesquelles ces symptômes furent apaisés assez peu de temps après l'ingestion du Camphre pour que l'action du remède puisse en revendiquer une part. Des pneumonies, des métrites puerpérales, ont paru bien s'en trouver aussi. Jamais, dit-il, des accidents n'ont suivi cette médication : Sanclè testor nullum plané indè coloris incremeniurn, sed poliiis placidiora omnia, etc. Un médecin distingué de cette époque, Bergerus, répéta les essais de Werlhof, et obtint de prodigieux succès : il écrivit à celui-ci qu'il espérait bientôt amener tous les praticiens à cette bonne médication ; on lit dans cette lettre : Ipsè illud prœcipuè in pleur iditealiisque internis inflammationibus majori etiam dosiquàm quœ abs te commendatur iœpissimè felicissimcque usurpo.

r Joerdens, enhardi par ces exemples, administra le Camphre dans des pleurésies où il obtint des effets prompts et complets. Alberti le vante aussi dans les mêmes cas, mais il recommande bien de ne le donner qu'au début des inflammations. A cette époque, dit-il, il n'est aucun médicament plus évidemment efficace ; mais il n'en est plus ainsi si l'on attend davantage. Ils sont du reste unanimes dans cette recommandation. Lorsque Werlhorf, Bergerus et Joerdens parlent de pleurésie, il est fort probable que, pour eux, toute cette affection gît dans le point de côté, la fréquence et la difficulté de la respiration, les symptômes fébriles, etc., sans qu'il soit question de l'épanchement ; mais nous savons que, d'après la marche

40i MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.

naturelle de cette maladie, le groupe de symptômes qui à leurs yeux la constitue tout entière, n'existe plus au bout de peu de jours, sans que pour cela la pleurésie puisse être dite guérie. L'épanchement reste, et nous ne pensons pas que le Camphre ait prise sur lui. Il est encore fort possible que ces médecins n'aient eu affaire qu'à des pleurodynies, expression rhumatismale qui s'accomode bien des calmants et des diaphorétiques tels que le Camphre, Mertens veut, pour qu'on le donne dans les maladies inflammatoires avec fièvre que le pouls soit dur, nerveux, et qu'on n'observe pas de signe de coction et de crise. Des larges doses de Camphre sont, suivant Pouteau, un moyen des plus héroïques contre les affections ét^ysipélateuses du bas-ventre qui surviennent dans les fièvres puerpérales.

Nous répéterons ici ce que nous avons dit plus haut, savoir qu'cà moins d'indications particulières peu communes, il ne faut pas s'engouer de ces merveilleuses promesses.

Riiiimatisine/Goutte. Dans la goutte, et surtout le rhumatisme aigu et chronique, le Camphre s'est jusqu'à nos jours concilié d'assez nombreux suffrages : c'est ainsi que GoUin rapporte un grand nombre de rhumatismes chroniques, mais plus encore de névralgies sciatiques, où il eut beaucoup à se louer du Camphre à hautes doses. Werlhof, op. cit., cite un cas de goutte déplacée et fixée sur les viscères, où de hautes doses de Camphre paraissent avoir été très-efficaces. Les cas analogues sont communs dans les auteurs du dix-huitième siècle. En parlant du musc,, nous avons déjà eu occasion de signaler ces terribles accidents, et de faire sentir combien ils semblent céder heureusement à de fortes doses des remèdes qu'on appelle stimulants diff'usibles.

Depuis le commencement de ce siècle, plusieurs thèses et mémoires ont paru, qui accordent au Camphre une grande puissance curative dans le rhumatisme aigu fébrile ; c'est ainsi, au moins, que plusieurs de cesécrits sont intitulés. Mais les observations sur lesquelles les auteurs ont fondé leurs conclusions sont moins probantes qu'ils ne le pensent. Ainsi,, jmrexemple, la thèse de M. Chèse(Paris, 1808) ne prouve absolument rien de ce qu'annonce le titre; on y voit que des névralgies sciatiques où le Camphre en frictions et en fumigations paraît avoir bien réussi; mais ces affections, bien que reconnaissant souvent une cause rhumatismale, ne sont pas le rhumatisme aigu fébrile.

M. Delormel {Journ. gén. de méd., t. GVIl) cite plusieurs cas de rhumatisme chronique et de goutte complètement guéris par la vapeur du Camphre dégagée dans une étuve pendant cinq à six minutes, le malade étant déjà exposé depuis un quart d'heure à l'action de la chaleur sèche. A ces fumigations, on joint des pilules d'aconit et d'opium. Les observations qui ont pour objet les rhumatismes chroniques consécutifs à des j'humatismes aigus nous paraissent assez concluantes. Les dernières, qui appartiennent évidemment à des engorgements goutteux, ne méritent pas la même confiance, au moins comme cure radicale. Notons toujours que

le .gonflement articulaire et les incommodités qui en résultaient ont été détruits, mais n'allons pas en conclure, avec l'auteur du mémoire, qu'il <i guéri la goutte ; car résoudre un engorgement goutteux n'est pas plus guérir la goutte qu'exciser une excroissance vénérienne n'est guérir la syphilis. Nous voudrions, pour porter un jugement plus assuré sur ces observations, que le traitement eût été dégagé de l'aconit et de l'opium, qu'on sait ne pas être sans efficacité dans les cas dont il s'agit. Gallon était si persuadé du caractère réfractaire de la goutte, que, tout en admettant que le Camphre pût dissiper une manifestation locale du principe goutteux, il aimait mieux ne pas l'employer dans les cas où l'éruption goutteuse ayant choisi pour se fixer une partie du corps indifférente à l'entretien delà vie, comme les membres, par exemple, il redoutait en la déplaçant une métastase viscérale ; et il le réservait au contraire pour délivrer ceux-ci aux dépens du retour de la goutte sur des parties moins essentielles.

A en croire M. Dupasquier, dans un mémoire dont ou trouve un long extrait dans la lîevue médicale, an 1826, t. II, p. 218, le rhumatisme articulaire aigu fébrile aurait trouvé soh spécifique dans le Camphre en fumigations.

Voyons si, à l'exemple de Van-Helmont, M. Dupasquier n'est pas allé trop loin, en déclarant indignes de pratiquer l'art de guérir ceux qui ne savent pas tronquer une maladie dans son principe.

Des observations de ce médecin, deux bien caractérisées commerhumatisme fébrile général, sont comptées parmi les cas de guérison, la rémission des accidents ayanteu lieu, pour lapremière, au boutde t7'ois semaines. Une récidive survient après huit jours de cette rémission ; elle est regardée comme un nouveau rhumatisme. Le sujet de la deuxième est dit guéri au bout de quinze jours; le temps est brumeux ; au bout de huit jours, récidive qui ne cesse qu'après trois ou quatre fumigations, et qu'on regarde encore comme une nouvelle attaque.

Lapremière erreur, ici, est de considérer un agent thérapeutique comme efficace dans le rhumatisme lorsqiie celui-ci ne cède qu'après trois ou quatre semaines ; car c'est là la durée moyenne de la maladie abondonnée à ellemême. La deuxième erreur consiste à compter comme une nouvelle invasion la récidive des douleurs articulaires, après huit jours de rémission de ces douleurs. Combien de fois n'avons-nous pas vu toute douleur, tout engorgement se dissiper alors que la fièvre rhumatismale étant toujours là pour attester l'existence de la cause, nous prédisions que quelque nouvelle localisation ne tarderait pas à se montrer par les synoviales, l'endocarde ou le péricarde ! Ces observations ne prouvent donc ni pour ni contre le Camphre. D'autres cas de rhumatisme musculaire, vague, apyrétiqiie, sont ici sans valeur. Cette espèce n'a aucune durée fixe, et cède le plus souvent d'elle-même. Il n'y a que deux exemples de guérison en cinq jours de rhumatismes vraiment articulaires, aigus et fébriles, •encore dans l'un d'eux on ne fait pas mention de la fluctuation des articu-

lations. Mais qui n'a vu, sans pouvoir s'en rendre compte, des rhumatismes qui, par leur analogie avec les plus réfractaires, semblaient devoir durer quatre à cinq semaines, disparaître au bout de quelques jours sans nulle médication, ou avec des médications insignifiantes? Tant il est vrai que le diagnostic, ce mot étant pris dans toute sa valeur, et la connaissance de la marche naturelle de maladies, sont les plus importantes des études du médecin !

M. Dupasquier pense que le Camphre agit en portant sur la peau une puissante révulsion. Mais le rhumatisme lui-même est une longue révulsion aux téguments externes qui sont brûlants, injectés, couverts d'une sueur profuse, non critique, plus nuisible que soulageante; et c'est en faisant suer des malheureux, dont la plus grande incommodité est de trop suer, qu'on prétend les guérir ! Ces considérations mises àpart, tout ce qui excite la peau, et provoque la diaphorèse, comme les bains tièdes, les bains de vapeur d'eau et aromatique, nous a toujours paru plus désavantageux qu'utile dans le rhumatisme aigu.

Typhus, Adynamie «les névres. Rien n'égale les éloges prodigués au Camphre dans la peste, les fièvres putrides, pétéchiales, malignes, et les inflammations de même nature, omnes morbi mali moris. C'est à la rapidité avec laquelle il traverse tous les couloirs, à sa faculté d'entraîner en se vaporisant à la surface de la peau, tous les miasmes qui infectent l'économie, ainsi qu'à son action antiputride directe, que les auteurs des deux derniers siècles attribuent sa vertu contre la peste. Pringle, qui a expérimenté ses qualités désinfectantes, en faisait un heureux emploi dans les typhusnosocomiaux, et dans les fièvTes des camps à leurdeuxième et troisième période. Fréd. Hoffmann nous apprend qu'après une peste meurtrière, Vérone éleva une statue à un médecin nommé Heinisius^ pour les services qu'il rendit dans cette épidémie avec une huile qui a conservé son nom, et dont le camphre constituait la base. Le camphre fut aussi prodigué dans la peste de Marseille. R médium in febribus malignis sine Campliorâ est intar militis sine gladio. C'est ainsi que s'exprime Ettmuller, dans le fanatisme thérapeutique qui, en général, le caractérise. A entendre L. B. Traites, grâce aux Camphre, le fléau de la peste va laisser reposer le monde : Non tut gibbosa cœmeteria reddit pestis emortuale virus. Mindererus, Rivière, Fernel, Schultz, Hartmann, Wepfer, en parlent avec autant d'enthousiasiiie pour les services qu'il leur a rendus dans les fièvres malignes, en rapportent de leur propre pratique un grand nombre d'observations, à leurs yeux très-péremptoires, et que nous nous abstiendrons d'cinalyser, ainsi que la relation que fait Callisen (Acta societatis regice tranniensis, 1. 1, p. 407) d'un typhus des vaisseaux, dans lequel, après avoir vainement tenté toutes sortes de moyens, il eut enfin recours avec succès à la vertu antiseptique et sédative du Camphre.

Ce médicament n'abrégea pas la durée de la maladie, comme on peut s'en convaincre en lisant le rapport de CaUisen : carie typhus qu'il décrit

est bien probablement une dothinentérie grave et épidéraique; mais par son action sédative il exprima très-évidemment beaucoup de symptômes exagérés, et amena d'heureuses terminaisons. De nos jours, où, après de longs débats et des recherches sévères, on a été conduit à renfermer dans un seul genre (fièvres typhoïdes, continues graves, dothinentérie) toufes les fièvres désignées autrefois comme bien distinctes sous les noms de fièvre maligne, putride, adynamique, nerveuse, pestilentielle, on sait combien il faut être réservé, pour prononcer sur les effets bons ou mauvais d'une médication quelconque dans ces sortes d'affections. Tout au plus, peut-on se permettre quelques moyens pour lever les obstacles aux tendances de la nature et dégager sa marche des complications qui l'entravent, telles que les inflammations parenchymateuses, les hémorrhagies non critiques et les phénomènes nerveux. Nous ne voulons donc pas juger les faits des auteurs qui sont favorables au Camphre. Peut-être sur la fin de la maladie, lorsque surviennent les accidents dits putrides et nerveux, comme eschares, hémorrhagies sous-cutanées, soubresauts des tendrons, coma, etc., etc., cet agent n'est-il pas sans avantage....

Il est une fièvre particulière que Rivière a décrite sous le nom de pétéchiule et que nous n'affirmerions pas être une dothinentérie. Le Camphre fut-il aussi utile qu'Hoffmann le déclare? C'est ce qui est fort incertain, car ce médicament était donné vers le milieu du deuxième septénaire, et Rivière dit que les malades entraient en convalescence au bout de quelques jours. Cela ressemble bien à la marche naturelle de ce genre d'affection. Il est juste de dire pourtant que dans ses observations et dans celles fort analogues rapportées par Huxham, les accidents menaçants qui étaient la cause ou l'effet des pétéchies s'amendaient bien sous l'influence du Camphre. Ceci rentre dans la question des complications qui, selon nous aussi, doivent être combattues comme nous le conseillons plus haut.

Huxham remplissait deux indications en donnant le Camphre dans les fièvres lentes nerveuses et pétéchiales. D'abord il excitait la diaphorèse sans allumer la fièvre : au contraire, à cet avantage, il joignait celle d'apaiser féréthisme et de produire le sommeil dans les cas où, les opiats n'agissaient pas.

Le Camphre a joui d'une grande réputation dans les fièvres éruptives, s'accompagnant de malignité et de putridité, surtout lorsque l'exanthème venant à se supprimer, la vie du malade est compromise parles accidents de tout genre dus à cette rétropulsion. C'est comme alexipharmaque, antiseptique et sudorifique qu'il était prescrit dans ces circonstances.

Haller décrit une épidémie de variole qui régna à Berne en 1733, et dont la gravité était principalement due à des taches noires, des hémorrhagies sous-cutanées qui se montraient entre les pustules. On sait que Sydenham regardait ces taches et le pissement de sang comme des signes certains d'une mort prochaine : Sanguinis mictum et maculas purpwea quœ ità certè mortem prœnunciant. Or Haller réclame contre ce pronostic absolu. Les cas qu'il cite se trouvent dans les mêmes conditions appré-

408 MÉDICAMENTS AXTISPASMODIQCES.

ciable? que ceux de Sydenham. La mortalité était générale : toutes les médications échouaient ; enfin il découvrit un moyen de salut, le Camphre : id vero fuit Camphora. Du moment où il donna ce remède (1 gramme par jour dans une potion), il ne vit plus les taches hémorrhagiques ni les terribles accidents qui les accompagnaient, et si, par rimprudence des gens qui entouraient le malade, celui-ci prenant des cardiaques, on en voyait paraître quelques-unes, la potion camphrée rendait aussitôt à la variole sa marche bénigne. Cette potion était continuée jusqu à la dessiccation. Nous n'avons jamais eu l'occasion de r-empUr l'indication cù Haller fit un si heureux usage du Camphre. Nous n'hésiterions pas à le faire si elle se présentait. L'arrêt de Sydenham nous permettrait de tout essayer en pareil cas. Ses pronostics sur la variole ne nous ont que bien rarement trompés.

L'autorité de Tissol serait encore pour nous d'un grand poids. Comme Haller, il avait recours au Camphre dans les cas qne nous avons spécifiés, n est vrai qu'il y joignait les acides, dont Taction en pareil cas n'est pas douteuse. Faul-il croire que le camphre puisse, comme l'a dit Rosenstein, énerver le virus variolique et réaliser l'opinion préconçue de Boerh-nave sur la possibilité de dompter ce principe ? Faut-il croire que celui-ci inoculé avec une solution de Camphre, l'infection variolique est empêchée ? Ces expériences n'ont aucun titre à notre confiance.

Est-il nécessaire de dire que le Camphre a été préconisé comme souverain dans les fièvres intermittentes ? Tous les agents de la matière médicale n'ont-ils pas été tour à tour investis de cette puissance ? En traitant de la médication antispasmodique, nous signalerons les cas où ces divers moyens peuvent satisfaire à des indications particulières en combattant des éléments pathologiques indépendants de la maladie périodique. Son influence sédative de la circulation l'a fait vanter par Hoffmann en particulier contre les hémorrhagies. CoUin paraît être le praticien qui a le plus fait usage du Camphre. Il le portait à des doses énormes. La collection importante d'observations qu'il a publiées dans YAnnus medieus, sous le titre de Camphorœ vires, se compose en grande partie de faits relatifs à des ulcères sordides, réfractaires, à des gangrènes spontanées, des phlegmasies de mauvaise nature, des abcès, des suppurations interminables venues à la suite de varioles, de scarlatines surtout, de fièvres putrides, d'hectiques purulentes symptomatiques de caries, etc. Dans tous les cas, il existe un état d'infection du système dont la cessation sous rinfluence du Camphre précède toujours l'amélioration de Tétat local. Dy a aussi quelques exemples de leucorrhée et d'hystérie heureusement modifiées par le Camphre. Les faits rapportés par Coilin sont de ceux qui nous semblent devoir concilier au Camphre le plus de suffrages. C'est dans des cas analogues que nous craignons le moins de l'employer.

Dysarîe. Les maladies des voies urinaires, et parmi elles, ceUes qui sont accompagnées de dysurie et de stangurie, sont assez sûrement dé-

CAiMPHRE. i09

gagées de ces accidents par l'usage intérieur du Camplire. C'est surtout dans la blennorrhagie compliquée de difficulté et de douleur pour uriner, qu'il a été conseillé. Plusieurs mémoires récents témoignent de son effi cacité en pareil cas. On cite des rétentions d'urine oii le Camphre à Tintérieur a pu épargner le cathétérisme aux malades. Les anciens et les modernes sont d'accord sur ce point. Junker dénie néanmoins au Camphre ce mode d'influence, ainsi que CuUen, que de nombreux faits, dit-il, ont amené à cette opinion. Ce genre d'emploi du Camphre sera, examiné à la fin de l'article, à la question des combinaisons du Camphre, comme correctif de divers agents.

L.-B. Tralles et Fréd. Hoffmann, qui ont porté les vertus du Camphre jusqu'à une exagération ridicule, le prônent comme un excellent anilsyphilitique. Personne, nous présumons, ne sera tenté dans faire l'essai.

Névroses. Si des maladies humorales et des lésions organiques nous passons aux affections nerveuses ou névralgiques, nous les aurons toutes à énumérer à propos du Camphre. Nos lecteurs ne gagneraient rien à ces longueurs. Qu'ils sachent que le Camphre a été loué à l'excès, et quelquefois blâmé dans toutes les névroses imaginables, et principalement dans l'hystérie, l'asthme et les maladies avec flatuosités ; pour les névralgies, dans celles de la face et des dents. Nous ne nous arrêterons plus qu'cà deux séries de faits, ce sont ceux qui ont rapport au traitement de la manie par le Camphre et à la propriété anaphrodisiaque de ce médicament.

C'est à l'imperfection des connaissances des anciens sur les maladies mentales, à la confusion qui régnait dans le diagnostic de ces affections, à l'absence de distinction établie entre les genres et les espèces de vésanies, à l'ignorance oii ils étaient sur leur marche naturelle et leur traitement moral, qu'il faut attribuer la réputation de spécifique dont a presque universellement joui le Camphre dans le traitement de la mélancolie et delà manie avec ou sans délire. Paracelse, Sennert en parlent très-avantageusement dans ce sens. Ettmuller affirme qu'il ne lui a jamais été que fort utile dans les délires mélancoliques avec ou sans fureur préalable.

Werlhof, Bergerus, Joerdens ont cité des faits à l'appui de cette action dans le Comm. Noremb. Kinneir l'a vu réussir quatre fois; Fériar, Laugther l'ont administré plusieurs fois sans aucun effet; CuUen n'en a rien obtenu, mais il cite un cas oii il l'a vu manifestement agir.

Pinel ne se prononce pas sur cette question, bien qu'il croie que dans la manie, les antispasmodiques à hautes doses puissent trouver leur indication. Savoir saisir celles-ci dans un genre de maladies de causes diverses, de symptômes et de marche si fluctuants, si irréguliers, si peu soumis aux efforts salutaires de l'organisme, nous paraît chose bien difficile.

Prinpisme. Le signe articulé par Avenbrugger dans son travail qui a pour titre : E xperimentum nascens de remédia speci fîco sub signa spccifuo

m mania virorum, comme indicateur de l'emploi du Camphre dans la manie, lève-t-il ces embarras ? Nous ne saurions le juger, parce que ce point de séméiotique est tombé dans l'oubli sans que nous sachions si cet oubli est justifié par l'infidélité constatée du signe dont il s'agit.

Avenbrugger prétend que le Camphre guérit spécialement la manie chez les mâles lorsqu'elle est accompagnée de la condition suivante : X" pénis controctus^ exilissimus; 2" scrotum corrugatum, vacuum; 3° amùo iesticuli ità retracti, ut ad caxum abdominis propè introducti appareant. Autre condition moins importante : VuJsio manuum ad interiora. L'existence de ce dernier signe permet de présager le premier. 11 paraît suffire chez les femmes pour autoriser l'usage du Camphre.

Dans les cas qui réunissaient ces conditions, Avenbrugger commençait par débarrasser le ventre à l'aide de purgatifs antiphlogistiques ; il saignait du pied jusqu'à disparition des signes de pléthore, attachait le maniaque dans son lit, tenait le ventre incessamment recouvert de fomentations chaudes émollientes, et jusqu'à guérison absolue il prescrivait une mixture avec 2 grammes et demi de Camphre pour les vingtquatre heures. Toutes les observations rapportées par Avenbrugger dans son intéressant travail appartiennent à des maniaques avec délire furieux et fièvre, presque tous jetés dans cet état par des causes morales. Il ne tenait pas compte de l'effroyable excitation qui semblait se développer sous l'influence du Camphre, et avait à cet égard adopté l'axiome suivant : Vis maniaci vieludenda est, ubi de remediorum externorum et infernorum accuralâ administratione agitur.

La diminution des accidents s'observait dans un ordre régulier et toujours annoncé par une réduction successive et proportionnée de l'état spécifique des parties génitales à leur état normal. Après le premier nycthéméron, le pénis s'allonge; à la fin du deuxième, un des testicules est descendu au fond du scrotum qui s'affaisse ; enfin, après soixante-douze heures, l'autre est aussi descendu. A dater de ce moment, la maladie se comporte ainsi : sommeil profond, sueurs abondantes, le malade éveillé n'est pas encore entièrement apyrétique ; interrogé, il ne se plaint que d'une grande fatigue musculaire, d'une faim dévorante et de la gêne de ses liens. Alors on diminue graduellement les doses de Camphre, qu'on poursuit néanmoins longtemps encore après la disparition de tous les symptômc'b.

Certes, voilà qui est précis, non équivoque. Personne n'empêchera Avenbrugger d'avoir vu ce qu'il a vu. Et puis, ce médecin éclairé avait des termes de comparaison. Il avait eu occasion de voir traiter et de traiter lui-même un très-grand nombre de maniaques, d'après la méthode de Nicolaiis Sedana, son maître. Ce traitement consistait en saignées du pied qu'on faisait alterner avec des vomitifs pendant un long temps, et les malades guérissaient moins promptement que lorsqu'on leur donnait le Camphre. Mais il faut bien dire que le traitement préparatoire éner-

gique qu'Avenbnigger faisait subir à ses malades pouvait avoir une grande part dans leur rétablissement.

Ces faits n'en ont pas moins leur intérêt, et si nous nous y sommes arrêtés un peu longuement, c'est pour que les praticiens aient l'attention éveillée sur le point de séméiotique qu'ils tendent à consacrer et sur sa valeur relative à l'indication du Camphre avec les précautions conseillées par Avenbrugger. Tous les praticiens qui l'ont prescrit dans la manie l'ont porté à hautes doses et avec persévérance. Ils ont attribué les insuccès des autres à la négligence de ces deux conditions de réussite.

Jusqu'à quel point est fondé ce fameux adage de l'école de Salerne : Camphora per nares castrat odore mares?

A cet égard on doit consulter les faits. Si nous les comptons, la majorité confirmera l'action anaphrodisiaque qu'un plus petit nombre tend cà infirmer. Les services que ce remède rend dans les dysuries, les maladies des voies urinaires, font encore présumer cette action sédative que nos expériences propres nous ont paru aussi justifier. Mais, comme tous les elfets du Camphre, celui-lcà paraît fort variable. M. Ricordlui attribue en pareil cas une vertu éminente.

Ulcères atoniques. L'emploi extérieur du Camphre est sujet à moins de diversité dans ses résultats. Dans les ulcères de mauvaise nature, scorbutiques, dartreux, les gangrènes spontanées, la pourriture d'hôpital, il possède réellement une vertu antiputride trop souvent manifestée pour qu'on la révoque en doute. C'est dans ces cas surtout que Collin l'employait, et il le faisait prendre en môme temps à l'intérieur, lorsque ces lésions externes paraissaient sous l'influence d'un vice général. On en saupoudre les parties. Dans ces cas, son mélange avec le quinquina en poudre rend la médication plus sûre. On l'emploie sous forme d'huile de camomille camphrée en fomentation dans les météorismes du ventre qui tiennent à une atonie de la tunique charnue du tube digestif. Dissous dans l'alcool, il est utile dans les entorses légères. Des compresses imbibées de cette eau-de-vie camphrée résolvent les ecchymoses, font disparaître l'engorgement et la douleur des entorses. Sous cette forme, on s'en sert aussi en embrocations dans le rhumatisme et les névralgies chroniques. On le prescrit aussi extérieurement dans tous les engorgements froids, sur les membres affaiblis à la suite de fractures, etc., sur les seins pour faire passer le lait des nouvelles accouchées ; sur le foie dons certaines hypertrophies de cet organe. On en arrose avec avantage les cataplasmes résolutifs. 11 nous a souvent réussi de cette manière. Plusieurs auteurs ont conseillé d'en faire dégager la vapeur dans les lieux où sont plusieurs malades afi"ectés de maladies dites putrides et de nature gangréneuse. On l'incorpore à certaines pommades contre la galc^ l'eczéma, etc., pour apaiser l'irritation de la peau, empêcher les démangeaisons, etc.

Erysipcie. M. Malgaigne {Gaz. mec?., juillet 1832) a consigné quelques

m MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.

observations d'emploi du Camplire appliqué sur les érysipMes. Il dit que ni les anciens ni les modernes ne parlent de cette médication. Junker, Pouteau, Murray s'en expliquent pourtant d'une manière assez claire. Pour juger la valeur réelle d'un agent contre l'érysipMe, il faut bien connaître la marche naturelle de cette affection; alors on voit parfaite ment que, quoi qu'en dise M. Malgaigne, les cas d'érysipèle interne, précédé de févre, de celui que nous appellerons érynipèle médical, qu'il rapporte en preuve du bienfait de l'usage du Gam.phre, ont imperturbablement rampé sur la face et le cuir chevelu en dépit du médicament, et que celui-ci n'a eu d'action véritable que dans les cas d'érysipèle chirurgical survenu à la suite des lésions externes aux environs de ces lésions. Les conclusions de M. Malgaigne ne sont donc valides que relativement à cette dernière espèce. Cet auteur pense avec raison que par le froid intense qu'il produit sur les parties qu'on en recouvre (entre des compresses mouillées en ayant soin d'arroser de temps en temps les compresses), il pourrait remplacer la glace dans les affections cérébrales. Les aspersions d'éthcr camphré sont le moyen le plus commode d'employer le Camphre localement dans les érysipèles ambulants et dans les érythèmcs. De cette manière l'éther se volatilise rapidement au contact de la peau enflammée, et une mince couche de Camphre reste appliquée sur les parties. Nous en faisons ainsi un usage fréquent et heureux. De tout temps on a beaucoup vanté les collyres résolutifs faits avec le Cam phre, et nous croyons que c'est à juste titre. Il est peu d'ophthalmies qui répugnent à son emploi.

Substances antagonistes. A l'exemple de Murray, nous avons voulu réunir à la fm de cet arîiole tous les cas où, combiné à d'autres agents la plupart fort énergiques, le Camphre est considéré comme capable d'en atténuer les effets délétères sans nuire au but de la médication qu'on se propose en administrant ces substances. Ces combinaisons ont surtout ou lieu avec les drastiques, le nitrate de potasse, les cantharides, le mercure, le quinquina et l'opium.

. Suivant quelques-uns, l'action du Camphre, correctrice de celle dos cantharides sur les organes génito-urinaires, est spécifique etcà peu près infaillible. Nombre de fois nous en avons été témoins. D'autres, et parmi eux surtout Junker, CuUen et M. Barbier, d'Amiens, refusent au Camphre cette faculté, et l'accusent même d'augmenter les accidents qu'on se propose de calmer. Ces divergences prouvent seulement que ce mode d'influence n'est pas constant, et voilà tout. Nous engageons néanmoins les praticiens à ne pas le négliger. Lorsqu'ils seront obligés d'appliquer un large vésicatoire, surtout chez les enfants, ils feront bien de le saupoudrer de Camphre, méthode préférable à l'ingestion parla bouche. Cette propriété du Camphre confirme et est confirmée par celle que lious lui avons déjà reconnue dans la chaudepisse dite cordée et les rétentions d'urine.

CAMPIIUE.

Lorsque le Camphre était fort usité dans le traitement des inllammatiens et des fièvres, on l'associait presque toujours à l'azotate dépotasse, qui augmentait su force sédative et prévenait les inconvénients de la stimulation qu'il causait quelquefois. L'utilité de son union avec les drastiques pour en modérer l'action trop irritante nous paraît bien hypothétique. Pris avec les préparations mercurielles, on dit que d'un côté il atténue leur puissance antivénérienne, mais que de l'autre il empêche la salivation. Les faits sur lesquels reposent ces opinions n'ont pas eu de suite dans la science. Lassone et Hallé ont attribué à cette sub tance lo pouvoir de s'opposer aux accidents de narcotisme causés par l'opium. Le raisonnement s'accomode assez bien de cette opinion admise par Murray, rejetée par CuUen et M. Orflla. Le nosologiste anglais pensait que le Camphre était capable d'augmenter l'efficacité antipériodique du quinquina.

Récemment, un chimiste quia cherché partout la célébrité, M. Raspnil, est venu renchérir sur l'enthousiasme des anciens médecins pour le Camphre. Un morceau de cette substance peut remplacer tous les agents de la matière médicale, nous allions presque dire ceux de la médecine opératoire.

Le nom populaire de l'auteur d'une si merveilleuse découverte nous force malgré nous, en quelque sorte, à la communiquer à nos lecteurs; et, pour ne pas être accusés d'exagération, nous laisserons parler M. Raspail. Toutefois, avant de lui donner la parole, nous dirons que c'est en vertu d'une théorie pathogénique propre à l'auteur que le Camphre est devenu tout à coup le sauveur, du genre humain malade. Toutes les maladies ont pour cause la présence d'insectes dans l'économie : or le Camphre est un insecticide puissant. Donc, etc.. Que répondre à cela?

« 1" Soit une tabatière à double fond, dont un compartiment renferme du Camphre réduit en poudre impalpable, et dont l'autre soit destiné <à contenir de petites cigarettes de Camphre dont je vais donner la construction, on aura là une petite pharmacie portative pour une foule de cas qui ne sortent pas du cadre de l'hygiène ordinaire, et dont je vais spécifier quelques-uns ci-après. Les cigarettes dont je parle sont de petits tuyaux de paille ou de plume à écrire du plus petit calibre, dans lesquels on a introduit des grumeaux de Camphre, que l'on y contient au moyen de deux tampons de papier joseph ; on fume ces cigarettes comme une cigarette ordinaire, mais on les fume à froid, c'est-à-dire qu'on se contente de faire passer" par leur capacité l'air qu'on aspire; en même temps on a soin d'avaler la salive que la présence de la cigarette provoque. Quant au Camphre en poudre, on le prise comme le iabac à priser, dont il offre tous les avantages hygiéniques sans posséder aucun de ses inconvénients, car cette poudre n'est presque pas sternutatoire, et ne produit aucun écoulement coloré ou incolore, en sorte qu'on peut en prescrire l'usage aux dames, aux enfants, etc., dans tous les cas où le tabac serait indiqué comme hygiénique ou moyen de distraction.

m MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.

(( 2° Le second appareil consiste dans une compresse en linge, imbibée d'alcool saturé de Camphre, et dans un surtout soit en caoutchouc, soit en parchemin, soit en vessie, soit en linge fortement empesé à la gomme ou à l'amidon, et dont les dimensions soient telles que l'on puisse l'envelopper d'une atmosphère de Camphre. Si le mal avait envahi toute la surface du corps, ce surtout pourrait être remplacé par un sac soit en peau, soit en toile fortement empesée.

« On sera peut-être étonné au premier abord de m' entendre dire qu'au moyen de ces deux catégories d'appareils on parviendra à soulager instantanément, et quelquefois à dissiper comme par enchantement une foule de maux lents à guérir, et même rebelles à tout autre traitement. Je prie MM. les médecins de croire que je ne me suis pas dissimulé l'effet de cette première impression, mais je les prie de passer outre comme moi, et d'expérimenter. Je fais un appel, non à leurs souvenirs, mais à leur conscience, et la conscience du physiologiste est tout entière dans l'expérimentation.

(( 3° Dans toutes les affections de poitrine qui peuvent être rangées dans les catégories désignées par les expressions suivantes : toux, rhumes, catarrhes, grippe, étouffements, pituite, coqueluche, croup, que le malade tienne constamment à la bouche une cigarette de Camphre; qu'il n'aspire l'air presque que par ce petit tuyau ; que de temps à autre il prise de la poudre de Camphre, ce dont du reste il peut se dispenser comme d'un accessoire de simple utilité ; les accès diminueront d'intensité et se succéderont avec moins de fréquence, alors qu'ils ne cesseront pas tout à coup. Le malade ne tardera pas à éprouver un sentiment de ])ien-être, qui est presque subit lorsque les poumons sont simplement engorgés.

(( 4° L'analogie me porte à croire que l'usage constant et non interrompu des cigarettes de Camphre est capable de dissiper tous les symptômes de la phthisie pulmonaire, au moins à la première période, et dès lors la prudence ferait un devoir de l'indiquer, môme dans les cas désespérés de celte maladie.

« 5" Il est un fait sur lequel je n'élève pas le moindre doute, c'est que les douleurs provenant d'une adhérence pulmonaire, celles que les malades désignent sous le nom de points de côté, se dissipent presque surle-champ par l'emploi de la compresse d'eau-de-vie camphrée joint à l'usage des cigarettes. Je n'oserais pas avancer qu'il en soit de même des affections du cœur autres que l'anévyrsme bien caractérisé ; cependant j'ai par devers moi de fortes raisons pour pencher vers l'affirmative : au reste, le remède est si inoffensif, qu'on ne s'exposera à rien par un essai inutile.

(( 6° Dans les affections de l'estomac rebelles aux médicaments antiphlogistiques, on sent le mal disparaître par l'usage seul des cigarettes; et je conseillerais même volontiers à MM. les pharmaciens de faire entrer im centigramme de Camphre par litre dans la composition de leurs sirops de gomme (on sait que le sucre a la nropriété de dissoudre cette

substance). On ne saurait croire d'avance tout l'effet de cette simple addition, presque insignifiante. Les personnes qui souffrent à jeun de l'estomac se soulagent instantanément en aspirant une cigarette, et rien n'est plus hygiénique que de faire un usage habituel de ce moyen. Depuis plus de trois mois j'en ai constamment une à la bouche ; et il me manque quelque chose toutes les fois que je suis forcé d'en départir.

« 7° Dans les maladies qui affectent les viscères que renferme la capacité abdominale, entérites, fièvres intermittentes et typhoïdes, etc., choléra, fièvre jaune, affection du foie., de la rate, des reins, de l'utérus, etc., que l'on recouvre toute la surface abdominale de la compresse d'eau-de-vie camphrée, arrosée fréquemment et emprisonnée dans son surtout; qu'on oblige le malade à n'aspirer l'air que par le tuyau d'une cigarette, ou par celui de tout appareil analogue que commandera la position spéciale du malade, et qu'on n'interrompe en aucun cas ce traitement jusqu'à la terminaison de la maladie ; l'effet sera du genre de ceux qui ont fait donner à certains médicaments la désignation d'héroïques. (J'ai vu des fièvres intermittentes être coupées par la seule application d'un morceau de Camphre sur le creux de l'estomac.)

(( 8° 11 en sera de même dans les maladies de la peau ; mais en règle générale, et dans ce cas plus que dans tous les autres, on ne doit jamais avoir recour's à l'emploi des compresses sans faire usage abondamment des cigarettes et du sirop camphré. En d'autres termes, on ne doit jamais envelopper la surface épidermique du corps d'une atmosphère camphrée sans revêtir les surfaces muqueuses de vapeur de Camphre ou d'un liquide légèrement camphré. C'est le moyen de s'opposer aux répercussions, dans les cas où elles sont à craindre.

« 9° Quiconque soigne une maladie contagieuse de l'homme ou des animaux doit priser ou fumer le Camphre, si toutefois il n'a pas déjà l'habitude du tabac ; mais, dans l'un ou l'autre cas, il ne doit interrompre en aucun instant cette médication, et ses vêtements doivent être fortement imprégnés de l'odeur de l'une ou de l'autre substance. Je le répète, toute la puissance du préservatif est dans la constance de son emploi.

(1 10° Dans les maladies de la boîte crânienne autres que les inflammations, on enveloppera constamment la tête de la compresse en y joignant l'usage des cigarettes et de la poudre à priser. Le tournis se dissipera peut-être en peu de temps, mais le malade en sera bientôt soulagé.

«Lorsqu'un cheval sera menacé ou attaqué delà morve, qu'on attache à chaque branche du mors un gros sachet de Camphre, de manière que l'air aspiré par les naseaux entraîne dans les cavités nasales une forte dose de vapeur de cette substance, et que le palefrenier fasse usage de la médication c|-dessus. J'ose avancer que les cas de morve seraient moins nombreux en France si l'on avait soin de tenir les écuries dans un plus grand état de propreté, si les murs en étaient mieux crépis, les toiles d'araignées enlevées avec plus de soin, et surtout si l'on avait la précaution d'y faire des fumigations fréquentes de tabac, ou ])ien enfin si Von

parvenait à habituer lo clieval à porter constamment un petit sachet de Camphre aux naseaux ; on aura soin aussi de laver de temps à autre l'orifice des naseaux avec de l'eau-dc-vie camphrée.

« 11» Les maux d'oreilles et d'yeux, en général, guérissent en versant de la poudre de Camphre dans le tuyau auditif et l'y maintenant avec du coton, en saupoudrant la conjonctive d'un peu de poudre de Camphre. La petite douleur que la conjonctive éprouve du premier contact de cetic poudre est de très-courte durée. Qu'on introduise un grumeau de Camphre dans le creux d'une dent cariée, et qu'on l'y maintienne avec du plomb en feuille ou du papier mâché, la douleur, si aiguë qu'elle soit, se dissip. l'ra en quelques instants, et quelquefois le progrès de la carie est arrêté : on recommencera si la douleur se renouvelle et si la carie continue ses progrès.

« 11 ne faut pas attacher une grande importance à la répugnance que certaines personnes éprouvent pour l'odeur du Camphre; cette répugnance est quelquefois imaginaire et de convention ; mais en tout cas elle s'efface au bout de quelques instants, si le malade peut s'astreindre à ne pas sentir d'autre odeur. Les impressions de nos sens s'émoussent par la constance et l'uniformité. »

Notre but sera rempli, si l'exposition de tant de leurres et de tant de sottises peut préserver le lecteur des séductions d'un empirisme dangereux, et inexplicable si l'amour seul de la vérité l'inspire.

En résumé, le Camphre semble se partager l'action de plusieurs classes de médicaments. Ses effets contro-stimulants le rapprochent beaucoup de ceux de la digitale, de la scille, de l'ellébore, de l'aconit, etc. D'autre part, il possède des propriétés antispasmodiques très-prononcées, et qui l'assimilent surtout au musc, et encore au castoréum ; car les indications spéciales auxquelles satisfait ce dernier médicament sont remplies avec la même sûreté par le Camphre. Comme le musc, il est plutôt efficace contre les symptômes nerveux graves qui marchent avec les maladies aiguës fébriles que contre les symptômes nerveux primitifs et constituant les névroses. Son action stimulante est fort incertaine et accidentelle , elle dépend de trop de conditions impossibles à réunir et à diagnostiquer pour pouvoir utilement servir ; dans les cas où on a cru la mettre à profit, c'est surtout sa vertu antiseptique qui s'est manifestée ; car il paraît avoir dans les maladies dites putrides des avantages qui ne peuvent résulter que de cette vertu. Appliqué topiquement, il jouit de propriétés résolutives incontestables. Ses qualités antiseptiques le recommandent aussi dans ce mode d'administration.

MODES d'administration ET DOSES.

On l'administre souvent en pilules. Pour le réduire en poudre, il faut le triturer avec quelques gouttes d'alcool. Il n'agit jamais plus activement q"ie suspendu ou dissous dans les émulsions de liquides onctueuX;, le

Page 1