VALÉRIANATE DE BISMUTH
ACÉTATE DE ZINC. C* H' 0', + 2>aq. Zn 0.
Presque tous les sels de zinc à acides organiques sont considérés comme antispasmodiques. L'Acétate de Zinc employé autrefois centre les affections nerveuses étaii à peu près oublié lorsque M. Rademacher pu-' blia, il y a quelque temps, un travail sur les sels de zinc et plus spécialement sur l'acétate.
On l'obtient soit en dissolvant l'hydrocarbonate de zinc dans l'acide acétique, soit en précipitant une solution d'acétate de plomb par le sulfate de zinc filtrant et faisant passer un courant d'hydrogène sulfuré pour chasser l'excès de plomb.
C'est un sel blanc, cristallisant en lames nacrées, il est inodore et possède une saveur amère styptique, on l'administre en solution dans l'eau ou en pilules à la dose de 1 à 6 grammes.
LACTATE DE ZINC. C'' 0% ZnO + 3«^.
Ce sel a été vanté par M. Herpin, de Genève, contre l'épilepsie, il se présente sous la forme de plaques blanches, formées par la réunion de petits cristaux en aiguilles prismatiques, à quatre temps terminés par des sommets tronqués obliquement, il présente une saveur sucrée et styptique.
On l'obtient en saturant l'acide lactique par l'hydrocarbonate de zinc, la dose est de 10 centigrammes trois fois par jour, l'usage doit être prolongé pendant longtemps.
Poudre (Ilirpin).
Pr. : Laola;e de Zinc 1 à 16 g-rammes.
Sucre de lait pulvûris' o à 20 —
Pour 20 prises à prendre, 3 par jour.
Pilules (Her[)in).
Pr. : Lactate de Zinc 1 à 10 gTam:nes.
Siiop de gomme q. s.
Pour 20 ou 40 pilules à prendre, 3 à 6 par jour. Nous avons parlé ailleurs des valérianates de zinc, on a également fait usage des phosphates.
VALERIANATE DE BISMUTH. (C'^ff 0^)B2^0\
Ce sel, qui est un sous-valérianate, a été proposé par M. Giovanni Highini, qui l'a préconisé comme antinévralgique, et qui le vante contre les gastrodynies et les gastralgies chroniques.
m MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.
On obtient ce sel en décomposant le nitrate acide de bismuth par le valérianate de soude, on lave le précipité et on fait sécher à une douce chaleur; on conserve à l'obscurité et à l'abri de l'air, doses 25 centigrammes à 10 centigrammes en pilules, trois fois par jour.
SOUS-CARBONATE DE BISMUTH. C0% Bi'0\
Ce sel est préconisé par M. Hannon, professeur à l'Université de Bruxelles; il est recommandé comme jouissant des propriétés du sousnitrate de Bismuth, mais il est plus soluble dans le suc gastrique.
On l'obtient en précipitant le nitrate acide de Bismuth par une solution de carbonate de soude.
Le Lactate de Bismuth s'obtient en décomposant le nitrate acide de Bismuth par le Lactate de soude.
Ces deux sels s'emploient aux mêmes doses et de la même manière que le valérianate de Bismuth.
GERIUM.
Ce métal a été découvert, en 1804, par Berzélius et Hisinger dans la Cérite, mine composée d'oxyde de Cerium, de silice et d'oxyde de fer.
M. le professeur Simpson, d'Edimbourg, a administré le nitrate et l'oxalate d'oxyde de Cerium, comme toniques sédatifs ; il l'emploie dans la dyspepsie avec gastrodynie et pyrosis contre les vomissements chroniques et surtout ceux déterminés par la grossesse.
Doses : 5 centigrammes, deux ou trois fois par jour dans de l'eau.
Notre intention n'est pas d'étudier sous ce titre tous les moyens qui peuvent être employés avec avantage pour combattre l'état spasmodique ou nerveux, mais seulement les agents pharmaceutiques qui jouissent de la propriété de modifier heureusement certains troubles de l'innervation spéciale d'une manière directe, essentielle et sans l'intermédiaire d'aucune action pour nous appréciable entre le médicament et son effet. Si, sans nous renfermer dans les limites naturelles de la Médication antispasmodique proprement dite, nous voulions comprendre dans ce chapitre la généralité des moyens que diverses circonstances peuvent légitimer pour résoudre les spasmes, il nous faudrait, à propos de ceux-ci, passer en revue toute la Matière médicale.
Deux exemples vont nous faire comprendre.
Une femme, jusque-là toujours bien portante, éprouve différents accidents nerveux, comme des palpitations, de la dyspnée, quelques mouvements convulsifs, de la bizarrerie dans le caractère, un peu de constriction à la gorge ; puis elle accuse un sentiment de réplétion à l'estomac. Depuis quelques jours elle a perdu l'appétit ; la langue recouverte d'un enduit jaunâtre, épais, est plate et tremblotante, la bouche mauvaise; il y a des nausées. Observons soigneusement que, pour la première fois de sa vie, cette femme ressent des symptômes nerveux, et que ceux-ci n'ont surgi qu'après l'apparition de l'état bilieux, et dans un degré assez exactement proportionné à son augmentation et cà sa durée. Vous prescrivez un émétique, et le lendemain tous les bymptômes saburraux, plus les accidents spasmodiques graves en apparence, ont complètement disparu. Faudra-t-il, pour cela, regarder le tartre stibié ou l'ipécacuanha comme des antispasmodiques? Personne ne l'oserait, quoiqu'ils aient guéri un état spasmodique. Mais cet état spasmodique était provoqué par une cause que le vomitif a seul fait disparaître, et qui, par sa soustraction, replaçant notre femme dans les conditions où elle n'avait jamais d'accident nerveux, n'ont plus laissé à ceux-ci la condition de leur existence, l'embarras gastrique. Nous aurions pu choisir la saignée, les purgatifs, les toniques, et les adaptant aux divers états de l'organisme avec lesquels ils sont en rapport, arriver aux mêmes conclusions. Si pour cet exemple nous avons préféré l'embarras gastrique, S' liD, — T. II. 28
m MÉDICATION ANTISPASMODIQUE.
c'est que l'association des deux états morbides dont nous voulions présenter le rapport de dépendance n'est point rare, et que nous avons eu tien des fois l'occasion de les trouver réunies et de les voir cesser tous deux sous l'influence du moyen thérapeutique qui s'adressait àl'affection des premières voies.
Puis c'est une autre femme qui se dit nerveuse, sujette aux spasmes, et qui r résente les mêmes symptômes que la première, sauf l'état bilieux. Ici le spasme est essentiel, primitif, c'est-à-dire que rien n'a commencé avant lui et qu'il est toute la maladie. Vous donnez 2 grammes de valériane, et à l'instant tout rentre dans l'ordre, sans qu'entre ces deux faits, valériane administrée, troubles nerveux dissipés, il vous ait été possible de saisir le phénomène qui a servi de lien.
Dans le premier exemple, il est bien certain que l'administration d'un antispasmodique n'eût pas été tout à fait sans influence sur l'état nerveux. Mais cette influence eût été imparfaite, momentanée, puisque l'état nerveux est très-distinct de l'élément saburral. Seulement celui-ci ayant été la condition déterminante du premier, il était plus simple de s'adresser à lui à l'aide des moyens spécialement indiqués pour le faire cesser.
Dans notre second exemple, le spasme étaitlessentiel, et nous n'avions à renverser aucune cause intermédiaire pour l'atteindre. Voilà pourquoi aussi, nous nous sommes servis d'un moyen direct qui devait rétablir l'innervation dérangée, par sa propre puissance. Ceci vaut une définition. Observons néanmoins que, si quelques antispasmodiques existent, qui joignent à cette propriété une action excitante incontestable, on ne doit pas en faire honneur à celle-ci, qui, le plus souvent, n'y est pour rien. Lorsque nous étudierons la médication excitante, nous ferons voir que, si elle est quelquefois antispasmodique, c'est secondairement, et par un mécanisme physiologique étranger à l'action de la valériane et des gommes fétides, par exemple.
Il ne suffit pas d'avoir ainsi circonscrit les agents delà Médication antispasmodique. Le même soin nous reste à prendre pour les divers états morbides qui sont l'objet de cette Médication. Ici, nous allons être forcés d'entrer dans le domaine de la pathologie. La thérapeutique est la science des indications : tout ce qui peut les éclairer est de son domaine.
Dans la réforme de Broussais, les maladies dont nous avons à nous occuper avaient été violemment détrônées. On les appelait des êtres fictifs, pour les reléguer dans la foule des symptômes de divers états pathologiques presque toujours locaux et devant être seuls le point de mire du traitement. Malheureusement, la nature ne s'est pas soumise à cette commode simplification. Il y a plus de deux mille ans que, sous l'influence d'impressions vierges, l'école de Cos a profondément esquissé ces affections avec leurs traits les plus essentiels. De Cos à Leyde, de Leyde à Montpellier, elles se sont conservées avec leur physionomie propre, leurs allures spéciales, seulement plus nombreuses, plus compliquées, plus
MÉDICATION ANTISPASMODIQUE. 43o
•envahissantes de nos jours, après s'être grossies et multipliées de tout ■ce que leur ont ajouté et leur ajoutent incessamment les révolulions physiques et morales des peuples.
Depuis quelques années, l'école de Paris a senti la nécessité de s'en occuper, et leur histoire naturelle se ressent déjà de l'exactitude toute nouvelle qui préside à ces recherches.
Ces sortes d'afTections se glissent partout. Elles viennent compliquer les autres maladies, emharrasser et retarder leur marche, empêcher leur solution naturelle, leurs mouvements hienfaisants ; et si Hippocrate voyait tant de crises, tant de régularité dans le cours des maladies dont il nous a laissé l'histoire ; si sa thérapeutique était si simple, si expectante, c'est que le nombre et la gravité des affections spasmodiques étant ^ors moins considérables, la nature pouvait déployer fructueusement et sans obstacle toute la plénitude de ses forces; car, de même qu'une ■digestion ou une fonction de nutrition quelconque s'accomplit mieux dans le silence de l'organisme qu'au milieu d'un trouble de l'innervation, de même aussi, une fièvre ou une inflammation arrivent à leur terme avec des phénomènes d'autant mieux enchaînés et une marche ■d'autant plus calculable, qu'elles ont été moins traversées par des désordres nerveux.
Si c'était ici le lieu, nous tirerions de cette simple observation des réflexions d'une haute importance théorique et pratique. Comme ce sujet, -quoique vieux et approfondi avec sagacité par les anciens auteurs, est neuf relativement à la direction actuelle des esprits, il est indispensable ■que nous disions ce qu'il faut entendre par spasmes, état nerveux, état spasmodique (ces mots seront pour nous synonymes), et surtout que nous nous appliquions à distinguer cette classe de maladies d'une foule d'autres à côté desquelles les nosologistes les ont placées, fondés seulement sur un examen>uperficiel et des ressemblances grossières de symptômes. Cette distinction opérée, nous considérerons les médicaments antispasmodiques dans leurs rapports : 1° avec l'état nerveux primitif constituant à lui seul toute la maladie à combattre; 2° avec l'état nerveux venant s'ajouter d'abord aux affections aiguës, ensuite aux affections chroniques ; 3" avec l'état nerveux symptomatique dans ces deux ordres de maladies. Nous terminerons par quelques considérations générales sur ces médicaments envisagés en eux-mêmes, et comparés à d'autres classes d'agents thérapeutiques, ainsi que sur leur mode d'administration.
Personne, que nous sachions, ne s'est avisé de s'enquérir pourquoi les médecins des siècles derniers avaient imposé à certaines affections spasmodiques le titre de Passions, TOaGt;.a)0£a TiaOï), passio hysterica, passio hypochondriaca, passio dyspnoïca, passio mesenterica, etc., etc.. Tout le monde a cru que pour eux cette expression équivalait à celle de maladie. Ils n'ont cependant jamais dit : Passio erysipelatosa, passio febris biliosa, passio squirrhosa, etc. D'aussi profonds observateurs ont eu leurs motifs.
Ne serait-ce pas que ces mouvements de l'âme que nous appelons aussi affections, sentimen/s, phénomènes instinctifs, jaillissent des mêmes foyers que les spasmes essentiels, suscitent des troubles analogues, s'accomplissent en un mot et suivant les mômes lois physiologiques, et ne diffèrent véritablement que parce qu'ils appartiennent à l'ordre pathologique? On ne saurait en douter, et ce fait est un de ceux qui attestent le plus hautement l'admirable sagacité des anciens. A leur insu, Hippocrute, Démocrite, Galien, presque tous les médecins arabes et des deux derniers siècles, principalement Rivière, Ettmuller, Hoffmann, Sauvages, Cullen, etc., de nos jours M. Dubois, d'Amiens, ont, dans leurs théories des spasmes, tracé celle des Passions et des actes instinclifs; d'un autre côté, Bichat, Cabanis, Broussais, en développant la seule vraie théorie des Passions et des actes instinctifs, ont merveilleusement exposé celle des spasmes essentiels.
Et d'abord, hâtons-nous de dire que les mouvements instinctifs, comme les spasmes essentiels, émanent des différents centres d'action de la vie organique. Les uns et les autres s'exécutent sans l'influence de la volonté ; leur caractère est de la maîtriser d'une manière plus ou moins complète. Quelques exemples empruntés à l'observation de l'homme en santé et se confondant par des nuances insensibles avec des phénomènes analogues, mais appartenant déjà à l'ordre pathologique et rangés sans difficulté parmi les spasmes, vont parfaitement nous révéler la nature de ceux-ci et justifier la proposition que nous avons énoncée plus haut.
Un homme est depuis quelque temps renfermé dans un lieu oii l'air est rarélié par la chaleur, ou bien encore il est opprimé par l'ennui, la tristesse, le besoin de dormir ; par une cause quelconque, en un mot, l'oxygénation du sang dans le poumon se fait imparfaitement. Tout d'un coup une anxiété vague et indéfinissable semble s'élever du fond de sa poitrine, et sans la participation de sa volonté, la' respiration s'accélère un peu, les mâchoires s'écartent par degrés et comme convulsivement, toutes les puissances inspiratrices déploient leur summum d'action, et par ce spasme bienfaisant, une quantité d'air considérable vient satisfaire l'impérieuse nécessité de l'hématose. Si les causes opprimantes ont agi plus longtemps, si l'ennui a été plus profond, à ce premier groupe de mouvements synergiques s'associent des pandiculations , c'est-à-dire une extension forcée et comme tétanique des membres et du tronc, un grimacement particulier de la face.
Si la cause et le but de ces efforts n'étaient pas physiologiques, personne assurément n'y verrait de différence avec un spasme ou une convulsion Il y a plus, c'est que ces phénomènes figurent dans le tableau compliqué de l'hystérie dont ils sont un des symptômes, et cessent alors sous l'influence d'un remède antispasmodique, l'éther, par exemple.
Quel intervalle encore, autre que celui de la cause interne, sépare les palpitations soudaines avec gonflement de la poitrine, oppression et rou-
geur instantanée des joues qui saisissent subitement une jeune fille dont la pudeur est offensée, et les mêmes accidents qui chez elle sont aussi un des mille caprices de l'affection spasmodique appelée hystérie, et s'évanouissent comme tout à l'heure devant quelques gouttes du même antispasmodique? Qu'on rapproche un peu les nombreuses influences qu'exercent sur l'innervation des viscères abdominaux et thoraciques les affections de l'âme, soit agréables ou expansives, comme la joie, le plaisir, la colère, l'orgueil ; soit tristes et concentratives, telles que la douleur morale, la peur, l'effroi, etc. ; qu'on les rapproche de divers spasmes •qu'on nomme asthme, palpitations de cœur, pâmoisons hystériques, anxiétés précordiales, flatuosités, dysphagie, hoquets, aphonie nerveuse, Tolutations intestinales, vapeurs en un mot, et qu'on cherche à établir •entre eux une autre différence que celle de l'ordre d'affection qui préside à leur développement, à leur marche et à leur durée. Chacun voit que cela n'est pas possible.
Qu'est-ce qui ressemble plus aux convulsions que la jactation incessante et involontaire dont est tourmenté un homme en proie à un malaise ■viscéral quelconque, mais surtout dyspnéique? Dans un grand nombre •de maladies, les dernières scènes de l'agonie sont des spasmes de divers •organes contractiles qui semblent faire un dernier effort pour ressaisir la vie. In mortis agone constitutis, convulsiones sunt naturœ ultima conamina. (Sauvages.)
Il est chez la femme un acte physiologique qui, à nos yeux, est d'une grande valeur dans la recherche du point de départ de l'attaque d'hystérie et qui appuie singulièrement l'opinion de ceux qui regardent le système nerveux utérin comme le foyer de cette névrose : cet acte, c'est le coït.
Prenons pour type une femme qui ressente vivement les impressions •qui accompagnent l'exercice de cet acte naturel : battements précipites •et tumultueux cà la région précordiale, respiration haute et fréquente, •soupirs entrecoupés et singultueux, globes des yeux portés en haut, renversement en arrière du cou et du tronc, mouvements cloniques et convulsifs du bassin, contractions des membres tantôt permanentes, tantôt cloniques, mais toujours involontaires ; enfin au moment de la consommation de l'acte, tressaillement et a^vifiûon. spasmodiques de tout le système musculaire, cris étouffés, quelquefois pâmoison complète... puis ^organisme tombe dans une résolution et une langueur qui le conduisent mollement au sommeil.
Sans nous en apercevoir, nous venons de décrire le deuxième degré •d'une attaque d'hystérie. Pourquoi donc, si ce n'est parce que le spasme hystérique et le spasme cynique (car on a donné ce nom très-pittoresque •et très-vrai aux mouvements qui ont lieu pendant le coït, sans faire le rapprochement si immédiat qui en découle) tirent leur origine de la même source et se développent dans les mômes lois ?
Si cette série d'exemples ne suffisait pas pour préparer nos lecteurs à
bine comprendre la nature et le mécanisme des affections spasmodiquesessentielles, nous pourrions, en les multipliant, montrer que tous lesspasmes de l'ordre pathologique ont leurs analogues dans l'ordre physiologique, avec cette différence très-importante toutefois, que les premiersreconnaissent un principe morbide, persistent, s'accroissent et se compliquent en raison de la persistance et de la gravité de leurs causes soit prédisposantes, soit occasionnelles, exigent enfin l'emploi de moyens particuliers pour les combattre, tandis que les seconds cessent aussitôt que cesse la cause qui les a provoqués.
Étant bien démontré que les spasmes essentiels ont le même point de départ que les actes instinctifs, savoir les différents viscères ou organes de la vie générale, nous avons dans ce caractère un moyen précieux de diagnostic, et surtout, car c'est là l'objet de ce chapitre, un critérium d'indications thérapeutiques bien capital, comme nous le verrons.
Maintenant, nous pouvons hasarder une définition. Les spasmes essentiels sont des troubles primitifs et ordinairement apyrétiques de l'innervation d'un ou de plusieurs viscères affectés à la vie de nutrition et de reproduction, troubles qui, bornés à l'éréthisme, à la mobilité et à l'altération fonctionnelles de ces viscères, constituent cette foule de maux, connus sous le nom de vepeu?s, pour prendre celui de convulsions spas-^ modiques, lorsqu'ils vont jusqu'à exciter des contractions involontaires et des mouvements désordonnés partiels ou généraux dans les muscles habituellement soumis à l'influence régulatrice de la volonté.
Ces préliminaires un peu longs et qui peuvent paraître étrangers à notre sujet, étaient indispensables dans l'intérêt des médicaments antispasmodiques, parce que personne ne s'étant appliqué à mettre ces agents thérapeutiques en face de l'état morbide spécial qui en indique l'emploi, et à fixer les conditions de leur réussite, on les lance indistinctement contre toutes les maladies du système nerveux, et on attribue à la médication elle-même des insuccès dus bien souvent à son inopportunité. Si les nosologistes avaient vu le fond des choses, et s'étaient servis pour classer les névroses de tous les caractères de ces affections, y compris ceux tirés des divers traitements, caractères si fondamentaux, ils nous eussent épargné aussi le soin de dire auxquels de leurs spasmes les remèdes dont nous traitons ne sont que rarement applicables. De ce nombre sont : les névroses primitives de l'ouïe, de la vue, etc., l'épilepsie, le tétanos, les divers tremblements métalliques, les délires primitifs, etc., etc.
Dans Pinel, les névroses curables par les remèdes antispasmodiques, sont celles qu'il a intitulées névroses de la digestion, de la respiration, de la circulation et de la génération, toutes rangées par Cullen sous le nom de spasmes des fonctions vitales et des fonctions naturelles, en en exceptant toutefois quelques affections où le spasme n'est qu'un élément et n'est pas toute la maladie, comme la dysenterie, la coqueluche, le pyrosis, le choléra-iiiurbus. Remarquons bien que les névroses que nous avons ex-
dues de la catégorie des spasmes primitifs seuls attaquables par nos antispasmodiques, sont toutes dépourvues du caractère essentiel (le point de départ de Vaura, qui s'élève toujours des organes renfermés dans les deux grandes cavités splanchniques) que nous avons assigné à ceux-ci, et ne leur ressemblent que par un côté, savoir, les anomalies nerveuses sans lésion de structure et les mouvements convulsifs. Mais comme ces symptômes sont les plus saillants et les plus grossiers, c'est sur eux qu'on s'est fondé pour rapprocher deux ordres de maladies pourtant bien distincts. Il serait facile de faire voir que Willis, Glisson, Baglivi, et plus tard^ Hallec et Gall, sont les auteurs de cette confusion.
1° MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES DANS LEURS RAPPORTS AVEC l'ÉTAT NERVEUX PRIMITIF ET CONSTITUANT A LUI SEUL TOUTE LA MALADIE A COMBATTRE.
Aux articles Valériane, Asa fœtida. Gomme ammoniaque, Ether^ etc., nous avons déjà donné la plupart des indications importantes des substances antispasmodiques ; il nous reste pourtant quelques idées générales à exprimer sur les degrés d'affinité et de répugnance plus ou moins marquées qui existent entre certains spasmes et certains antispasmodiques. Pour que rien ne nous échappe, nous allons ranger par ordre de gravité croissante les nombreux et mouvants tableaux de l'état spasmodique primitif et les montrer surtout dans leurs rapports thérapeutiques avec les agents que nous étudions.
1" Mobilité nerveuse.
D'abord, arrêtons-nous un instant devant la mobilité nerveuse ; et puisqu'on n'en parle plus, qu'est-ce que la mobilité nerveuse? C'est un état intermédiaire au spasme et à l'innervation viscérale normale. Il touche à l'état vaporeux, le précède immédiatement, en est la condition nécessaire, et n'attend qu'une intensité croissante dans ses phénomènes où le contact de la cause la plus légère peut s'élever jusqu'à lui. La mobilité nerveuse n'est très-souvent que le plus haut degré de la prédisposition aux spasmes. C'est cet état lui-même exagéré et prêt à passer à la maladie au moindre ébranlement. Il est constitutionnel chez bien des femmes. Hoffmann l'a admirablement décrit, et Gorter, sous le titre de Mobilitas, en a, on ne peut mieux, fait voir les conditions et le faciès. Chez beaucoup de personnes, il est acquis et accidentel. Une vie molle et luxuriante, l'oisiveté, la diète prolongée, les convalescences de maladies graves, les évacuations excessives de toute espèce, mais surtout sanguines, le chagrin, la peur, toutes les passions dépressives, l'hypochondrie, l'abus des bains trop chauds, tout ce qui débilite ; en un mot (caractère fort important), tout ce qui affaiblit l'énergie cérébrale en exaî-
tant et faisant prédominer vicieusement l'innervaticu viscérale, jette dans la mobilité nerveuse. Nous rendrons bienlôt cette proposition claire et distincte, en montrant comment elle est déduite de l'observation.
Impressionnabilité soudaine et sans cesse renaissante du centre épigas- Irique ; anxiétés précordiales, boufTées de chaleur au visage, tressaillement involontaire à la plus légère surprise. Une porte qui se ferme, un attouchement ou une parole inattendus de quelqu'un qu'on ne voyait pas, sont la cause de ces émotions disproportionnées. Des frayeurs paniques, des susceptibilités vaines et déraisonnables, des pleurs pour rien, une pusillanimité excessive, une influence démesurée causée par la plus faible surcharge électrique de l'atmosphère, un effroi qui va jusqu'à la syncope produit par la crainte du tonnerre et de l'orage, etc., etc., tels sont les caractères auxquels on reconnaîtra la mobilité nerveuse avant qu'elle n'engendre l'état vaporeux.
Cette disposition organique arrivée à un certain degré est déjà susceptible d'être combattue et [palliée par des antispasmodiques. Bien qu'à l'aide de ces moyens on ne doive pas espérer-détruire la diathèse de mobilité, on peut cependant, lorsqu'elle est exagérée, atténuer ses accidents les plus incommodes, et empêcher par là l'invasion imminente des vapeurs. Il suffira souvent pour cela de prendre tous les matins 2 grammes de poudre de valériane suspendue dans une tasse d'infusion de fleurs de tilleul, et dans les moments de plus grande mobilité, quelques cuillerées de sirop d'éther ou. d'un verre d'eau sucrée très-chargée d'eau distillée de fleurs d'oranger. A propos d'autres médications, nous avons indiqué les moyens de faire cesser plus radicalement les conditions de la mobilité nerveuse, et, par suite, les accidents qu'elle occasionne.
2" Vapeurs el spasnt.es.
Ils ont des caractères variables en raison du point de départ do Vaum, condition qui entraîne aussi quelques différences dans la plus ou moins grande efficacité des remèdes antispasmodiques. Les anciens pathologistes avaient fixé à trois le nombre des foyers d'où Vaura semble s'élever : l'épigastre, le cœur et les organes génitaux. Ils auraient dû y ajouter la région qu'occupe le paquet des intestins grêles. Commençons par ceux dont l'aura part, des organes qui concourent à la digestion. Ce sont, en général, les plus amovibles, ceux qui retentissent le moins sur l'innervat'on musculaire :
1 ' Les anxiétés épigastriques sont, comme nous l'avons déjà vu, un des caractères de la mobilité nerveuse. Quelquefois elles sont si incessantes et si intenses, qu'elles causent des nausées, rareuient des vomissements complets, une cardialgie qui rompt les forces, plonge dans la tristesse la plus noire et la plus bizarre, et ce qui est son effet le plus funeste, enlève l'appétit, s'oppose aux digestions, et produit une distension gazeuse de l'estomac suivie d'éructations explosives, bruyantes, non ni-
MÉDICATION ANTISPASMODIQUE. iH
doreuses, non acides. Cet état prolongé amène aussi des gastralgies distinctes des névralgies franches de l'estomac par les spasmes de l'œsophage et la dysphagie passagère qui viennent s'y joindre, par leur douleur moins exquise, mais dilacérantc et accompagnée d'un affaissement moral qui va jusqu'au désespoir. D'après Sauvages, il s'ensuit quelquefois un ictère très-long à se résoudre. Pour le premier groupe de symptômes (dyspepsie, flatuosités inodores, etc.), l'usage de la poudre de valériane immédiatement avant et même après le repas (2 grammes dans la première cuillerée de potage) est un moyen que nous avons vu souvent réussir. Pourtant l'asa fœtida est préférable. Lorsqu'il s'y joint des vomissements purement spasmodiques ou l'espèce de gastrodynie que nous avons décrite, l'éther à doses élevées réussit très-souvent, de l'aveu des meilleurs thérapeutistes. Le camphre combiné à la jusquiame a été aussi fort préconisé dans les mêmes circonstances.
11 y a des cas où, chez les personnes très-nerveuses, Vaura naît de l'hypochondre droit, accompagné de douleurs poignantes et erratiques, d'une grande anxiété, de jactation continuelle, d'éructations continuelles aussi et sans odeur, mais d'évacuations abondantes d'une bile verte et ténue, crue, pour nous servir d'une expression qui rend très-bien notre pensée, rejetée par en haut dans le plus grand nombre des cas, cet ensemble d'accidents ayant été précédé d'autres troubles nerveux et du découragement profond où jettent tous les spasmes dont Y aura s'élève des organes de la digestion. C'est la fameuse colique bilieuse, si bien décrite par Sydenham. Malgré l'autorité de Boerhaave et Van-Swieten, qui se sont attachés à réfuter Sydenham sur ce point, et à montrer que ce groupe de phénomènes était toujours symptomatique d'une hépatite, de calculs biliaires ou d'un épaississement de la bile qui ne pouvait s'écouler de ses canaux, etc., on ne saurait douter que, moins souvent sans doute que ne le pensait l'IIippocrate anglais, cet état ne soit dû à un trouble purement spasmodique. Nous connaissons une dame chez qui la mobilité nerveuse est au plus haut degré, et qui éprouve souvent, et de la manière la plus fidèle, tous les accidents que Sydenham a assignés à cette forme de spasme. Les antispasmodiques et les bains froids lui réussissent très-bien.
Lorsque les douleurs prédomineront, les antispasmodiques tirés du règne animal devront être préférés. Le musc, le castoréura, seront ceux qu'on choisira. C'est probablement dans ces cas que l'éther a si bien réussi entre les mains de Durande, de Richter, de Sœmmering. Bien que dans cette singulière affection les antispasmodiques ne soient pas seuls utiles et échouent quelquefois, on devra toujours les employer et les combiner de diverses manières dans des points où on fera entrer en môme temps les opiacés et les calmants en général. Quant à l'ictère, qui en est quelquefois la dernière scène, il ne faut pas attendre sa guérison des remèdes dont nous étudions l'action.
11 est certaines coliques néphrétiques qui simulent la colique calculeuse
et sont de même nature que celles que nous venons de décrire; elles réclament les mêmes moyens. On voit plus fréquemment les spasmes abdominaux se montrer sous forme d'anxiété, de passion mésentériqne^ comme l'ont dit quelques anciens. Cet état s'accompagne de borborygmes, d'intumescences tympaniques survenant rapidement et cessant de même, de battements tumultueux et violents dans différentes portions de l'aorte abdominale. L'asa fœtida réussit mieux dans ce genre de vapeurs. En pilules et mieux en lavements à la dose de 2 grammes, il triomphe assez aisément de ces flatuosités: c'est à lui aussi qu'il faut s'adresser lorsque chez les femmes la valériane n'aura pas eu de succès. Les spasmes de l'intestin se traduisent assez fréquemment, chez les hommes principalement, par des coliques qui simulent l'iléus et opèrent une telle déjeotion des forces avec pâleur et sueurs froides, qu'on a vu alors des sjncopes prolongées amener la mort : c'est la colique iliaque nerveuse dont Barfhez a fait le sujet d'une fort belle monographie. Le musc et surtout le castoréum, le camphre, l'ambre, le succin, ont paru mieux agir dans ces cas que les autres antispasmodiques. Les potions seront administrées de préférence aux lavements, sans qull faille rejeter ceux-ci ; l'éther devra presque toujours en faire partie.
Venons aux spasmes dontraw?-a est thoracique. Ce sont les palpitations de cœur, l'étoufTement, la toux convulsive et l'asthme : nous n'y comprenons pas le hoquet, certaines anomalies de la phonation, non plus que l'aphonie nerveuse qui doivent être rangés, le premier dans les accidents précurseurs, les deux autres dans les suites des attaques d'hystérie violentes.
Les palpitations de cœur, si communes chez les personnes nerveuses, cèdent à quelques gouttes d'éther, quand elles ne sont pas intenses et ne constituent pas une maladie véritable ; mais quelquefois elles sont presque continuelles, soulèvent la poitrine avec force, s'accompagnent la nuit de sueurs profuses et affaiblissantes, d'urines limpides, de froid aux pieds, d'un pouls sec, nerveux, et dont la force est dans une disproportion surprenante avec celle des chocs que l'œil perçoit souvent à la région du cœur ; elles empêchent le malade de se livrer à la moindre occupation. Bien que d'abord elles ne soient le symptôme d'aucune lésion anatomique du cœur, elles peuvent en devenir la cause ou tout au moins la première scène. Elles présentent ce caractère de gravité plus chez les hommes que chez les femmes; nous ne parlons pas d'hommes hypochondriaques. Les antispasmodiques les plus actifs devront être employés tour à tour en pilules et en potions. La valériane et l'asa fœtida auront ici la préférence et mettront (in le plus souvent à ces palpitations quand toute la maladie sera là. Mais, comme elles sont dans un grand nombre de cas sous la dépendance de l'hypochondrie, il faudra soigneusement s'enquérir de celle condition, dont l'existence ne permettra guère à la médication d'être radicalement utile.
Le mot étouffement surprendra sans doute quelques pathologistes. Nous
ne savons pourtant quel nom plus convenable imposer à certaines anhélations qu'on pourrait appeler asphyxies spontanées ou dyspnées nerveuses; état particulier de l'innervation pulmonaire qu'il serait par trop ridicule de rattacher à une lésion organique ; état qui n'est pas l'asthme, qui n'est ni une apoplexie ni même une congestion du parenchyme pulmonaire, mais qui est une des mille formes vaporeuses et qui tourmente beaucoup certaines personnes. L'air a beau entrer sans peine jusqu'au fond du poumon, les inspirations ont beau être profondes et répétées, un sentiment d'asphyxie opprime ces personnes ; il semble que tout à coup (car ces étoufFeraents sont toujours subits dans leur invasion, leur cessation) le sang ne s'oxygène plus, que les nerfs pulmonaires soient paralysés. Cet état est commun aux deux sexes ; il cause des angoisses et une mélancolie profonde, commence par se faire sentir quatre ou cinq fois dans un jour, dure trois à quatre minutes d'abord, puis finit par ne laisser que peu d'intervalles de bien-être, pendant lesquels le malade ne cesse de bâiller. L'éther. au moment de ces accès d'étoufFements spasmodiques,. lorsqu'ils sont déjà intenses, l'eau distillée de fleurs d'oranger, lorsqu'ils n'incommodent pas encore beaucoup, et l'usage journalier, matin et soir, de pilules d'usa fœtida jusqu'à la dose de 2 à 4 grammes par jour, rendront de grands services dans cette espèce de spasmes fort incommodes qui peuvent devenir graves par la mélancolie et l'impuissance musculaire oîi ils jettent les malados.
Comme pour les palpitations de cœur, la condition est que ces spasmes asphj-xiques ne soient pas engendrés par un état hypochondriaque, ce qui, nous devons en avertir, est assez commun.
La toux convulsive est plus souvent un des jeux de l'hystérie qu'un spasme propre et indépendant. Quelquefois néanmoins elle est isolée et plus rebelle peut-être qu'aucun autre spasme. Son caractère est d'être comme convulsive, inattendue, très-fréquente, mais non quinteuse, non dyspnéique, sans expectoration, ne présentant que des signes d'auscultation négatifs, et d'être quelquefois entrecoupée par des étoufFements ou des spasmes de l'œsophage. C'est encore pour l'asa fœtida, ou même l'oxyde de zinc unis à l'opium, ou encore mieux pour la belladone, que l'expérience s'est prononcée dans cette espèce de toux.
Notre tâche n'est pas de prouver qu'il existe des asthmes essentiels, c'est-à-dire indépendants de toute lésion matérielle du larynx, des poumons, du cœur et des gros vaisseaux. Nous supposerons ces faits admis et connus. Ce que nous avons fait pour les autres spasmes, nous ne le ferons pas pour celui-ci, parce que cela nous mènerait trop loin. Galien avait déjà rangé l'aslhme essentiel parmi les spasmes. Rivière, Willis, F. Hoffmann, Baglivi, Sauvages, ont fait de même en s'aidant de tous les caractères de cette affection et en la comparant aux autres maladies spasmodiques et flatulentes. Le catarrhe capillaire dont l'asthme est généralement accompagné n'en est point la cause. Comme pour toutes les névroses pulmonaires, l'asa fœtida tient le premier rang parmi les anti-
spasmodiques dans le traitement de l'asthme. La gomme ammoniaque, peu applicable aux autres formes spasmodiques, a, dans ce cas, une spécificité d'effet attestée par tous nos devanciers. Hàtons-nous de dire que cette maladie résiste trop souvent à ces moyens les mieux dirigés, et qu'alors, d'autres agents l'emportent sur eux, comme nous l'avons exposé en traitant des solanées vireuses. Ce qui est fréquemment la cause de ces échecs, c'est que l'asthme, bien que purement nerveux, est une expression morbide dans un grxmd nombre de cas, succédanée d'autres affections. C'est ainsi que le principe goutteux a le triste privilège de se revêtir souvent de cette forme ; que certaines évacuations, hémorrhoïdales, par exemple, que des ulcères aux jambes, des affections dartreuses, etc., disparaissent pour être rempLacés par un asthme que les antispasmodiques n'ont pas alors le pouvoir de guérir, mais seulement de pallier. Il faut donc, avant de les employer, rechercher soigneusement l'étiologie du mal pour ne pas compromettre des médicaments que nous avons vus souvent soulager notablement les malades.
Il n'est pas inutile non plus d'ajouter que l'asthme périodique qui revient toutes les nuits, par exemple, pendant une quinzaine de jours, qui cesse alors pour reparaître plus tard avec plus de durée et de violence et s'accroît ainsi progressivement, s'accommode moins bien des antispasmodiques que certains asthmes attaquant de préférence les hommes moins cîgés que le précédent, ayant une marche moins périodique, étant plutôt rémittents qu'intermittents, et allant, d'une manière inverse de l'autre, décroissant de plus en plus avec les progrès de l'âge. Le premier n'en devra pas moins être combattu par ce genre de moyens; mais nous avons cru remarquer que leur influence y était plus douteuse, et surtout moins entière et moins durable.
L'asa fœtida seul, la gomme ammoniaque seule aussi, et associée au savon lorsqu'il se joint aux phénomènes nerveux l'existence d'une pituite tenace et crue dont l'expectoration abondante est le signe de la cessation de l'accès, sont ici les antispasmodiques par excellence. Ils devront être portés à des doses élevées, être pris tous les jours jusqu'cà la quantité de 2 grammes d'abord, puis 4 et 8 grammes même en pilules ; puis, l'asthme disparu, on devra les continuer encore, en suspendre l'usage quelques jours, puis y revenir, et cela plusieurs fois et pendant longtemps. Les malades devront réserver une certaine quantité de leurs pilules pour les prendre immédiatement avant l'invasion présumée de l'accès. Pendant la durée de celui-ci, les potions éthérées en atténueront la violence et pourront en hâter la fin.
Nous verrons dans un instant que l'existence des lésions pulmonaires ou cardiaques dans l'asthme est loin de contre-indiquer dans tous les cas l'emploi des antispasmodiques.
Il nous reste à parler des spasmes dont Yaura est fourni par les organes delà génération. La femme seule va nous occuper, car s'il est des hommes hystériques dans le sens de vaporeux; si, h. n'en pas douter, on en voit
qui présentent mille troubles spasmodiques essentiels, s'élevant, mais rarement, jusqu'à la convulsion, l'aura de ces spasmes émane toujours d'autres foyers nerveux que de ceux du système reproducteur, et l'hystérie, dans le sens rigoureux de ce mot, n'appartient qu'à la femme.
On trouve pourtant dans quelques auteurs du siècle dernier des observations appartenant à des jeunes gens arrivés à l'âge de la puberté, chez lesquels Vaura spasmodique s'élève manifestement des organes génitaux (cordons spermatiques et régions des vésicules séminales en particulier), va bouleverser tout le reste du système nerveux de la vie nutritive, jette même dans des convulsions, tout cela à la manière de l'affection hystérique. Mais ces cas sont très-rares et sont toujours heureusement terminés après le développement complet des organes qui, par leur prédominance rapide, avaient un instant joué chez les adolescents le rôle tyrannique du système analogue chez la femme.
De toutes les affections spasmodiques, celle dont Yaura a une origine hystérique sont les plus rebelles, les plus compliquées, celles aussi qui presque seules vont solliciter des mouvements désordonnés dans le système des muscles de la vie animale, et subjuguer le centre cérébral au point d'en suspendre momentanément toutes les attributions. Comme nous l'avons déjà avancé en traitant de divers antispasmodiques en particulier, elles peuvent mentir tous les autres spasmes, être la cause de tous isolément et de tous simultanément.
Bien peu de femmes en sont tout à fait exemptes : Fœminai^um enim paucissimœ ab omni horum affecluum specie prorsùs liberœ sunt, si istas excipias quœ, laboribus assuetce, duré vitam tolérant (Sydenham). On sait jusqu'à quel point toute la femme est influencée par le système utérin pendant la période de la vie oia il fonctionne. Démocrite exprimait ainsi cette pensée dans une lettre à Hippocrate : Sexcentarum œrumnaruini innumerarumque calamitatum autorem esse uterum.
Nous devons répéter ici que les accidents spasmodiques de l'hystérie céderont d'autant mieux à l'emploi des médicaments qui sont l'objet de ce chapitre, que ces accidents seront plus isolés, plus vagues, plus récents, et s'épuiseront plus en mille anomalies sur l'innervation des différents organes du ventre et de la poitrine. C'est surtout chez les femmes où la mobilité nerveuse est très-prononcée, qui sont d'une complexion délicate, vaporeuse, que l'hystérie se borne à exercer son influence sur l'innervation de la vie organique. Chez celles-là, la passion hystérique gagne moins souvent les portions du système nerveux affectées à la production des mouvements volontaires, ft établit plutôt sa tyrannie, comme dit; Hoffmann, sur les fonctions vitales; mais aussi elle s'y joue sous mille apparences, et reproduit à elle seule tous les spasmes simples et douloureux dont Vaura a pour foyer d'autres organes. Au contraire, le second degré de l'hystérie, celui qui est caractérisé par les convulsions et la suspension d'action des sens et du centre cérébral attaque plus souvent les femmes puissantes, fortes, celles qui sont le moins nerveuses. C'est ce
m MÉDICATION ANTISPASMODIQUE.
qu'avait déjà si bien observé Sydenham : Fœminœ quibus hœc s/jccies, qua' uteri slrangulatus vulgà audit, familior est, temperamento sunt ut ■plurimùm plusquàm solet sanguineo et habita corporis ad viragines accedente.
Aidé du précepte général que nous venons d'énoncer et des nombreuses indications que nous avons déjà eu occasion de formuler dans nos études sur la Valériane, l'Asa fœlida et l'Éther en particulier, le j)ra(icien saura à quels antispasmodiques s'adresser dans le traitement de tous les accidents hystériques.
Disons un mot de la Médication dans le cours des attaques et dans les nombreuses affections nerveuses qu'elles laissent après elles. En premier lieu, les attaques convulsives de l'hystérie doivent-elles être traitées, arrêtées dans leur marche? Non, quand par leur intensité ou leur durée excessives elles ne menacent pas d'interrompre l'action de quelqu'une des fonctions les plus immédiatement nécessaires au maintien de la vie. Si paroxismus levior esse solet, absque ulteriori spirituurn perturbatione, sua sponte pertransire permittatur . (Willis.)
Les femmes hystériques désirent leur attaque -, elles appellent les convulsions par l'expérience qu'elles ont qu'un accès franc et violent met fin à l'état d'angoisse, aux mille et un spasmes viscéraux, à ce que Sydenham nommait mœstiora illa r.i^-q, qui sont les précurseurs de l'attaque, u Une observation, que tous les médecins peuvent avoir occasion de faire, et à laquelle M. Camper est le seul qui paraît avoir fait attention, c'est que, chez les personnes sujettes aux congestions et à qui différentes causes peuvent en occasionner, si quelqu'une de ces causes agit sur elles et les a dérangées considérablement, elles ne peuvent ordinairement se remettre qu'après avoir eu des convulsions ; c'est l'état, dit M. Camper, d'un ciel nébuleux qui ne peut s'épurer sans orage. » (Tissot.)
Des larmes abondantes, des urines copieuses et limpides, sont aussi très-souvent la crise qui remplace les convulsions. C'est comme si nous disions qu'une personne sous le poids d'un vif chagrin sent ce poids allégé par les pleurs qu'elle répand ; qu'une autre est soulagée si, amassant depuis longtemps de la colère et de l'indignation, elle peut pour ainsi dire évacuer ces causes de tourment et d'angoisses au milieu d'un flot de paroles amères et avec des mouvements comme convulsifs auxquels sa volonté est étrangère. Ce sont des preuves de plus en faveur de notre opinion sur la nature des affections spasmodiques essentielles.
Mais comment faut-il se conduire dans la supposition que nous avons établie plus haut? Les moyens les plus puissants de rappeler une femme suffoquée par un accès d'hystérie, plongée dans un état cataleptique ou comateux qui peut inquiéter, ces moyens ne se trouvent guère dans les antispasmodiques. On peut cependant approcher du nez quelques-unes de ces substances, mais en choisissant les plus actives, celles dont l'odeur est plus énergique.
De tout temps, le musc, le castoréum, l'ambre, les plumes brûlées, le
MÉDICATION ANTISPASMODIQUE. Ul
camphre, ont été employés dans ce but. Les emplâtres formés de ces remèdes et appliqués sur le ventre, ont une action qui nous paraît bien équivoque. Donnés en lavements quand ceux-ci pourront être administrés, ils devront avoir plus d'action.
^ Quant à la pratique de Forestus, que nous avons rapportée à propos du musc, son succès incontestable est dû à la cause que nous avons indiquée à l'article où ce médicament est traité. Ce qui le prouve, c'est que bien des médecins avant lui avaient eu les mômes résultats, mais avec le doigt seul et non enduit de mélanges antispasmodiques. Galien et Avicenne recommandent la titillation du clitoris. Ambroise Paré a décrit ce procédé sans y ajouter l'intromission d'un antispasmodique porté sur le doigt ; ce qui montre bien que ce moyen agit non par le médicament, mais par la titillation seule, comme le ferait toute impression vive capable de réveiller les instincts de la femme et de rappeler la puissance vitale à des mouvements de conservation. C'est ce que voulait Aëtius par • les procédés suivants : Os œgrœ aperiatur ac médius digitus ad vomitum proliciendum intromitatur... et super hœc omnia, mulier magnis vociferationibus excitetur ac vocetur. Ces moyens seraient plus convenables que ceux des galénistes et des Arabes, dont Sennert dit : Frictio ista (la titillation du clitoris) à ckristiano medico suadenda non videtur. Quels que soient les moyens de ce genre qu'on emploie, leur but et leur théorie sont les suivants : Rompre la chaîne de certaines émotions instinctives pathologiques, pour les remplacer par des émotions instinctives physiologiques. Voilà à quoi se réduit la fameuse indication des antispasmodiques portés directement sur les organes génitaux.
II est inutile de dire que les antispasmodiques sont sans efficacité conlre ce qu'on a nommé les grands spasmes comme la catalepsie, l'extase, et toutes les formes qu'on ne revoit plus de nos jours, mais dont le moyen âge est rempli.
Parmi les résultats qu'entraînent à leur suite les paroxysmes hystériques très-violents, il en est qui constituent de nouvelles maladies, d'autres qui ne consistent qu'en des vestiges plus ou moins opiniâtres ; ceux-ci, en général, obéissent assez bien aux antispasmodiques, tandis que les premiers exigent des moyens plus énergiques et d'un autre ordre.
Ces accidents consécutifs des paroxysmes hystériques peuvent être divisés en deux séries, selon qu'ils succèdent :
1" A des attaques intenses, chez des femmes qui les essuient à des intervalles assez éloignés; et dans ce cas ils sont de deux espèces, dont la première rappelle le tableau de la mobilité nerveuse, et la seconde comprend la fièvre spasmodique, la stupeur hystérique, et divers troubles qui portent principalement sur la sensibilité et le mouvement des organes de relation;
2° L'autre série de ces accidents se remarque chez les femmes qui depuis fort longtemps sont à l'épreuve de tous les troubles hystériques; qui, sans avoir eu des attaques complètes et véhémentes, en éprouvent
(le fractionnées, d'incomplètes, de non critiqi/es, par lesquelles l'affection spasmodlque rae semble n'être pas suffisamment jugée, mais chez qui files se renouvellent très- fréquemment et pour la moindre cause, qui en outre, depuis un long temps aussi, ressentent presque incessamment l'hystérie vaporeuse sous toutes ses formes. La condition qui sépare surtout ces dernières des premières, c'est que chez celles-là l'intervalle des attaques étant comhlé parla série sans fin des spasmes viscéraux, cet état peu à peu enraye les digestions, altère les sécrétions et ralentit insensiblement sur toutes les fonctions assimilatrices. Ces malheureuses femmes, avant d'arriver aux lésions organiques proprement dites, qui chez elles sont assez rares, passent par une suite de désordres nerveux Sri continuels, si généraux et si graves, qu'elles résument à elles seules toute la classe des névroses, depuis les spasmes si mobiles jusqu'aux vésanies les plus rebelles, et que d autres fois, la fièvre, l'insomnie, etc., les conduisent, par la perversion de tous les actes nutritifs, à une atrophie générale ou à des cachexies, etc.
La chlorose est très-souvent engendrée de cette manière. C'est ainsi qu'il faut s'expliquer pourquoi les écrivains des derniers siècles reconnaissaient des scorbuts hystériques et plaçaient cette maladie à la suite de l'hystérie comme étant un de ses produits : Quamvis autem satis pa- Uat originariwn fiujus morbi (hysteria) fomitem in humoribus nulla/enus stabuiari, fatendum est tamen (quod res est) spiritum i-x^ixy i/lam, cui mot bus d' betur, humores putridos in corpore coacervandos gignere, cùm tam lUarum partium functio quœ vehementiori spirituum impulsu distenduntur, quàm earum quœ illis pricantur omnino peiiertatur. Chmque harum plernque organa sint quasi separatoria, excipiendis cruoris recreii'.entis designota si earum functiones quovis modo lœdantur, fieri non lotest quin inyens fœculentiœ colluvies accvmuletur. Haie ego adjudico CACHEXiAS insigniores, àvîpsçîav sive appétit ûs prostrationem ; in juvenculis c/tlorosin sive febrim albam iquam quidem speciem esse affectionis hystericœ non dubitd) alianique omnem malorum lemam in quâ immerguntur misellœ, quotquot hoc morbo diii elanguerunt, quœ omnia à suçais putresantibus in sanguine congestis, atque exinde in organa varia depluentibus, succrescunt . Sydenh.j WUlis, Gorter, Hoffmann, Wj1h, etc., ont partagé les mêmes opinions.
Pour ce qui est des antispasmodiques dans le traitement de ces accidents consécutifs, la mobilité nerveuse cédera d'elle-mêiue ; mais on peut en hâter la terminaison par la valériane et l'éther, comme nous l'avons déjà indiqué en traitant de cet état spécial. Quant à la fièvre spasmodique et aux diverses paralysies si bizarres, aux aphonies, aux amauroses, aux hémiplégies, etc., certainement la valériane et l'asa fœtida, dont le célèbre AVyth a eu tant à se louer en pareille occurrence, les dissipent quelquefois, et nous en avons été témoins; mais leur combinaison avec d'autres moyens, que nous apprécierons plus tard en parlant de la médication sédative, les aff usions froides, par exemple, sont des armes bien plus puis-
santés, et ici les antispasmodiques sont des remèdes utiles, mais de second ordre. La fièvre spasmodique pourtant, se passe souvent de tout autre traitement que de la valériane en lavements ou de l'asa fœtida donné de la même manière.
La seconde série d'accidents consécutifs que nous avons établie est presque toujours l'écueil des antispasmodiques. Voilà pourquoi Pomme, dont l'ouvrage est presque en entier écrit sous la dictée de faits semblables, proscrivait si exclusivement et si amèrement ces agents thérapeutiques, et avait bâti une théorie (le racornissement des nerfs} d'après laquelle il rejetait tout ce qui n'était pas humectant %\ relâchant. Mais la confiance qu'il commandait, l'assurance de ses jugements et de ses promesses, son charlatanisme ont autant contribué à ses succès que les bains tièdes prolongés et l'eau de poulet.
Restent trois affections convulsives ou spasmodiques où nos agents sont avantageux, mais comme moyens accessoires d'autres moyens plus appropriés : ce sont l'éclampsie, les convulsions des enfants, et la danse de Saint-Guy. Remarquons qu'elles semblent manquer assez souvent du ■caractère qui assure presque toujours le succès des antispasmodiques, savoir le foyer viscéral de Vaura. La valériane et l'éther pour les deux premières, la valériane, l'asa fœtida pour la danse de Saint-Guy, continués dans ce dernier cas longtemps et à doses progressivement croissantes, aideront l'action des moyens plus énergiques que ces maladies réclament. L'éclampsie y cédera rarement, soit par une inefficacité absolue des remèdes, soit par l'impossibilité de leur administration. Les convulsions des enfants quand elles pourront permettre l'ingestion du sirop d'éther, de l'oxyde de zinc, s'en trouveront bien.
En nous éloignant de plus en plus du caractère essentiel que nous avons assigné au spasme, nous rencontrons l'épilepsie, le tétanos, l'hydropho- J)ie, etc., maladies dont le traitement a sa place partout et nulle part.
Les faits principaux que nous venons d'exposer dans ce paragraphe se prêtent très-bien à quelques considérations générales qui maintenant trouvent leur place et peuvent, si elles sont bien comprises et bien retenues, permettre à l'esprit d'oubUer les nombreux éléments dont elles sont le résumé :
•1° Les spasmes essentiels dont l'invasion a lieu de la manière la plus brusque, qui ont le caractère de la fugacité, de la mobilité, qui sont avortés, incomplets et encore à l'état de vapeurs (palpitations, étouffements, globe hystérique, anxiétés viscérales, quel que soit le foyer de Vaura], sont plus spécialement en rapport thérapeutique avec les substances antispasmodiques dont l'action a, comme eux, pour caractère l'instantanéité, la fugacité ou la promptitude à s'user, qui soulagent de suite ou sont de nul effet (eau distillée de fleurs d'oranger, valériane, éther sulfurique) ;
2° Les spasmes pulmonaires obéissent en général à des remèdes antispasmodiques dont Faction est plus fixe. Les gommes fétides, et à leur tête l'asa fœtida et la gomme ammoniaque, rencontrent dans ces affectionsleur indication la plus importante et la plus expresse; la première de ces substances jouit aussi plus sûrement que ses analogues de la propriété de faire cesser les flatuosités, et en général toutes les exhalaisons gazeuses inodores chez l'homme. La valériane réussit mieux contre les mêmes accidents chez la femme ;
3° Les spasmes avec douleur dont Vaura est presque toujours épigastrique, hypochondriaqne ou mésentérique, réclament plus spécialement les antispasmodiques tirés du règne animal, comme le musc, et surtout le castoréum. Il faut mettre sur la même ligne le camphre en premier lieu, puis l'ambre et le succin, que l'expérience a aussi consacrés dans la menstruation douloureuse.
4« L'hystérie convulsive ne demande de Médication que dans des cas^ rares. Les affections qu'elle laisse après elle ne répondent heureusement aux remèdes antispasmodiques que lorsqu'elles retracent les formes vaporeuses. Leur efficacité devient d'autant plus douteuse qu'on s'approche davantage des hauts spasmes, des névroses primitives des fonctions animales, des paralysies, ainsi que des cachexies produites par les spasmes viscéraux opiniâtres et entretenus par des causes inamovibles morales ou d'un autre genre.
2" DES MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES DANS LEURS RAPPORTS AVEC l'ÉTAT NERVEUX CONSIDÉRÉ COMME ÉLÉMENT ASSOCIÉ AUX AFFECTIONS AIGUËS ET CHRONIQUES.
(( Il n'est pas difficile, dit Tissot, de s'apercevoir si les nerfs souffrent dans une maladie, mais il est souvent très-difficile de décider s'ils sont attaqués essentiellement, si la maladie est proprement nerveuse, ou s'ils ne sont qu'irrités par une cause qui leur est étrangère. Dans ce dernier cas, il faut encore distinguer si l'on doit uniquement porter son attention sur la cause ; ou si les nerfs sont assez irrités pour que l'on doive tenir compte de cet état d'irritation dans le traitement. » C'est ainsi que tous les grands observateurs, que tous ceux qui font la médecine des malades, ont conçu la thérapeutique, et ces paroles renferment toute la doctrine dite dos Éléments.
Reste maintenant à dire de quelles conditions doit être marqué un appareil nerveux pour exister comme élément et mériter une Médication antispasmodique. ^
Tissot, dans son Traité- des maux de nerfs, et Bérard, dans son application de l'analyse à la médecine pratique, laissent peu à désirer sur cette importante question. En rectifiant sur quelques points le second de ces deux auteurs, et en complétant le premier, on peut poser les règles suivantes :
1° Les maladies aiguës sont rarement grossies par l'élément spasmodique. Une des raisons en est, qu'à cause de la rapidité de leur marche, et surtout de la synergie de leurs mouvements, des affections indépendantes n'ont pas le temps de s'enter sur elles. Les phénomènes nerveux y sont presque toujours symptomatiques, et revêtent, comme nous le verrons plus tard, une physionomie qui n'est en rien celle du spasme essentiel. Et puis, la puissance vitale est, pour ainsi dire, absorbée entièrement dans sa réaction organique. Il y a un consensus d'efforts qui, à priori, exclut déjà la présence d'actes dont le caractère est l'aberration, la chronicité, l'absence des phénomènes critiques. Une autre raison plus directement opposée, c'est qu'en général, cette réaction vive qui constitue les maladies aiguës, est fébrile, et que la fièvre est antipathique aux spasmes : febris spasmos solvit (Hipp.). Les cas qui font exception à la loi que nous venons d'établir se résument, pour ainsi dire, tous dans ceux que nous avons discutés à l'article 1/msc, en traitant de l'emploi de cette substance dans les pneumonies et les phlegmasies malignes ou ataxiques ;
2" C'est dans les maladies chroniques et surtout apyrétiques, alors que l'organisme, réagissant à peine contre la cause morbide, se trouve à peu près dans les conditions où les spasmes l'affectent primitivement, avec cette autre circonstance de plus, que sa faiblesse relative le rend très-prédisposé; c'est dans ses maladies, disons- nous, que l'élément nerveux vient le plus souvent se jouer et peut être attaqué à côté de l'altération principale, sans que celle-ci soit dérangée dans son cours ; car tel est le caractère essentiel de l'élément.
Pour distinguer l'élément du symptôme, les moyens sont de plusieurs ordres.
D'abord on doit considérer le sexe : les femmes, depuis l'âge de la puberté jusqu'à celui de la perte des règles, n'ont presque pas de maladies chroniques 011 l'élément spasme ne mérite une grave attention, surtout si ces personnes sont douées d'un tempérament nerveux, mobile, mènent une vie sédentaire et molle, si elles ont éprouvé des émotions de l'âme inattendues et profondes, des accidents hystériques antérieurs. Apud fœminas, semper suspicandum de fomite hysterico (Baglivi) ;
3° La maladie principale affecte- t-elle un organe qui fasse appel à beaucoup de sympathies ? Dans ce cas, les phénomènes nerveux peuvent bien n'être que symptomatiques. Mais les plus sûres données sont tirées, comme dit Tissot, des caractères mômes des maux de nerfs.
Suivant nous, la preuve la plus positive que dans le cours d'une maladie des phénomènes spasmodiques ont une existence indépendante, c'est la présence d'un aura viscéral. De ce fait découlent tous les signes différentiels qu'on a indiqués et dont les plus certains sont : 1" de ne pas suivre, dans leur marche et les degrés de leur gravité, la marche et le degré de l'affection primitive; 2» d'être survenus après celle-ci, sans aucune connexité avec elle, le plus souvent d'une manière brusque; 3» de
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finir et de se reproduire sans cause appréciable ; 4° de se terminer sans crise apparente ; 5° de se porter indistinctement sur tous les organes avec des symptômes si bizarres, si opposés entre eux et à la nature connue de la lésion principale, qu'ils n'aient jamais été vus en résulter, et qu'il répugne de les considérer comme les effets d'une seule et même cause ; 6° d'exister en même temps que plusieurs des signes de la mobilité nerveuse, de coïncider avec le froid aux pieds, un pouls convulsif c'est-àdire fréquent, vif, dar, sec, pressé, des productions gazeuses inodores dans le tube digestif; des urines abondantes, claires, insipides, inodores, affaiblissantes selon Boerhaave, au point qu'il croyait qu'il se dissipait avec ces urines une grande quantité d'esprits animaux. Ce dernier caractère tiré des urines est chez tous les auteurs pris en immense considération. Inter omnia vero quœ in hoc morbo comparent phœnomena, illud maxime proprium est atque ab eo fere inseparabile, quùd scilicet œgrœ urinam subinde l'eddant plane limpidarn, ad instar aquœ e rupibus scatuinentis, idque satis copiosè; quod quidcm ego sigillatim percunctando, in omnibus /ère didici signum esse pathognomonicum eorum affectuum quos in fœminxs hystericos , in maribus hypochondriacos appellandos censemus (Sydenh.); 7" de disparaître en général, si la maladie, jusque-là chronique, revêt une forme aiguë et pyrétique, et de s'accroître et de se multiplier si cette maladie est traitée par des émissions sanguines immodérées, etc., etc. Dans tous ces cas, l'élément nerveux réclamera les antispasmodiques aux mêmes titres, d'après les mêmes lois et le même mode d'administration que lorsque l'affeclion spasmodique était toute la maladie.
Ces développements légitiment par leur importance l'étendue que nous leur avons donnée et les excursions fréquentes et lointaines que nous avons faites dans le champ de la pathologie. Que les praticiens se convainquent bien qu'il est impossible, sans ces sources d'indications, de réussir dans la thérapeutique des maladies chroniques, chez les femmes en particulier. Avec ces distinctions toutes cliniques, l'axiome de la médecine organique, sublatâ causa tollitur effectus, est vraiment bien petit et bien faux. 11 est des cas oia cet axiome paraît bien plus spécieux encore et n'est pas moins mensonger : c'est celui oii l'affection spasmodique a son aura dans l'organe ou le système d'organes môme qui est aussi le siège de la lésion matérielle. Ici, l'erreur est plus difficile à éviter. Cela est pourtant possible en s'aidant de quelques-unes des règles formulées plus haut.
Prenons par exemple le cas le plus fréquent, celui où coexistent une lésion organique des viscères thoraciques et un asthme. Depuis que l'anatomie a dépassé ses droits, l'asthme n'est plus qu'un symptôme. La science a tellement obscurci l'art d'observer, que l'asthme était mieux connu d'Arétée que de la plupart de nos pathologistes modernes ! Ce n'est pas une fois, mais cinquante, que nous avons vu des malades affectés de lésions pulmonaires ou cardiaques déjà avancées, être sou-
lagés d'asthmes nerveux associes à ces lésions, par l'usage d'antispasmodiques. Ils n'avaient plus d'asthme et conservaient, avec leur incurable lésion, des troubles fonctionnels proportionnés, et qui suivaient imperturbablement tous les degrés de l'affection organique. En pareil cas, les antispasmodiques ne détruisent que l'élément surajouté, ils laissent le symptôme.
Ce qui prouve que dans ces cas l'asthme n'est pas le symptôme, c'est qu'il est essentiellement intermittent, qu'il a très-souvent postexisté à la lésion et sans se conformer à ses développements successifs ; que plus souvent encore, il a préexisté et a une très-grande part dans la production de la maladie dont on le fuit dériver ; qu'il survient alors dans des conditioTls et sous des influences externes et internes qu'il n'est pas de notre objet d'étudier, lesquelles pouvaient le produire à elles seules et indépendamment des lésions matérielles qui n'ont agi qu'en tant que causes déterminantes ; c'est qu'il a tous les caractères de l'asthme primitif, et que cet asthme ne ressemble pas plus à l'asthme symptôme que les convulsions de la méningite aiguë aux convulsions de l'attaque d'hystérie. On a dit que la thérapeutique était toute dans la diagnostic. C'est vrai ; pourvu toutefois qu'on ne donne pas le nom de diagnostic h la notion grossière qu'enseigne l'école anatomique.
Que les praticiens aient recours à l'asa fœtida et à la gomme ammoniaque dans les cas que nous venons de spécifier : ils en retireront certainement les mêmes avantages que nous. La chlorose peut être cause et effets d'affections spasmodiques intenses et prolongées. C'est sur cette considération qu'on devra régler l'utilité des antispasmodiques dans cette maladie. Le plus souvent les spasmes y sont symptômes et disparaissent successivement sous l'influence du traitement martial. Quelquefois ils ont assez de prédominance pour exiger l'emploi de la valériane comme moyen de rendre possible et de seconder l'action des préparations de fer qui seules sont plus radicalement curalives.
3^ DES MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES DANS LEURS RAPPORTS AVEC l'ÉTAT NERVEUX SYMPTOMATIQUE.
D'après ce que nous avons dit plus haut, les phénomènes nerveux qui apparaissent dans le cours des maladies aiguës sont presque toujours symptomatiques. Les affections de cette classe qui ne sont pas des spasmes sont, pour le plus grand nombre, des inflammations, des fièvres ou des névralgies : ces dernières même, souvent aiguës par- leurs symptômes, sont en général chroniques par leur marche.
On peut dire que jamais les symptômes nerveux qui s'observent dans les inflammations aiguës et les fièvres qui ne sont pas nerveuses n'ont l'aspect et le caractère du spasme comme nous le comprenons. Ces symptômes, quand ils ont lieu, sont toujours rexpres.sion d'altérations fonc-
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tionnelles du système cérébro-spinal, à moins pourtant que l'ataxie ne survienne ; mais ce n'est pas ici le moment d'en traiter, cette question rentre dans la Médication excitante etnévrosthénique. 11 en est de même de ces symptômes dans les fièvres graves et les exanthèmes aigus. On trouvera à l'article Camphre ce qu'on doit attendre des antispasmodiques dans ces circonstances.
Dans les maladies chroniques constituées par des lésions organiques sans fièvre, il n'est pas rare de voir des phénomènes nerveux symptomatiques, et liés à la maladie principale comme un effet à sa cause, s'amender considérablement sous l'influence des antispasmodiques portés à hautes doses. Ce fait, qui paraîtra parodoxal, n'a cependant rien de plus surprenant que la cessation de douleurs atroces causées par un cancer du sein et de l'utérus, par un morceau de verre enfoncé dans des parties très-sensibles qu'il déchire, après l'administration intérieure de l'opium ou l'application extérieure de topiques belladonisés, etc. Faire descendre l'organisme cà un degré d'impressionnabilité telle que le stimilus cancer ou corps étranger ne la réveille pas , voilà tout le secret. Un homme a un embarras pulmonaire avec dyspnée violente; l'asa fœtido, par exemple, va modifier son système herveux de telle sorte, qu'il sera sollicité moins vivement par la cause, qui, à la vérité, restera toujours la même, mais agira sur unsujet rendu artificiellement plus patient. Il est bien entendu que cette Médication n'est que palliative et demande à être renouvelée toutes les vingt-quatre heures, comme l'opium dans les cas que nous avons pris pour terme de comparaison. ^
Le plus grand bienfait de cette thérapeutique palliative est de s'opposer à ce que le symptôme n'agisse bientôt comme cause d'augmentation de la lésion primitive. Ce cercle vicieux est, comme on le sait, trèscommun dans les maladies du cœur et des poumons.
Une des circonstances qui ont le plus discrédité les antispasmodiques, principalement chez les hommes adultes et les vieillards affectés de spasmes dont Yaura est alternativement thoracique et surtout abdominal, c'est qu'on n'a pas su que ces accidents, qui, il faut d'ailleurs l'avouer, dans les circonstances que nous allons indiquer, ne diffèrent pas toujours sensiblement des spasmes essentiels, sont très-souvent symptomatiques de la goutte irrégulière. Wyth plaçait au nombre des causes les plus puissantes et les plus communes des spasmes la présence dans le sang du principe de la goutte. Musgrave, Cullen et Barthez ont à merveille spécifié ces cas et ont exalté à l'envi l'asa fœtida, le camphre et le musc pour apaiser ces manifestations goutteuses qui se portent tantôt sur le poumon pour y produire l'asthme, sur le cœur, des palpitations douloureuses et des hpothymies fréquentes, sur l'estomac et les intestins, des éructations interminables et d'atroces coliques. Dans le vertige goutteux, Musgrave et Barthez ont aussi spécialement préconisé la valériane, de même que tous les antispasmodiques qu'ils appelaient antigoutteux (les éthers, l'asa iœtida, le musc, le camphre), contre
l'angine de poitrine considérée par eux comme une traduction fréquente •de l'état goutteux irrégulier, ainsi que certaines apoplexies. Stoll faisait un heureux usage de la valériane dans une espèce particulière de danse de Saint-Guy qu'il croyait symptomatique de la goutte. Tous ces grands praticiens, qui enseignaient l'art de ne pas guérir la goutte, mais de la maintenir aux articulations , dont la thérapeutique se contentait du succès suivant : changer la goutle irrégulière et viscérale en goutte fixe et articulaire, n'ont jamais, parles antispasmodiques, voulu faire autre chose que de conjurer la formfe et le lieu du symptôme : « Dans la méthode analytique de traitement qui convient au cas plus simple oii la seule cachexie goutteuse produit des maux de nerfs, il faut pallier assidûment les symptômes par des antispasmodiques antigoutteux. » (Barthez.)
Finissons ces considérations par le précepte suivant : il est toujours utile de faire usage des antispasmodiques dans les maladies chroniques, toutes les fois qu'on y observe des phénomènes spasmodiques un peu prédominants, et quand l'état du tube digestif ne s'y oppose pas.
Pour terminer ce chapitre, jetons un coup d'œil sur les médicaments antispasmodiques considérés en eux-mêmes et sur le mode général ■d'administration.
De nos jours, l'esprit de système, ne sachant que faire de l'action incontestable des antispasmodiques, a pris d'abord le parti de nier leur efficacité; puis, cette négation ne prévalant pas contre l'expérience des siècles, on a laissé tomber ces médicaments dans l'oubli en remontant plus haut et en voulant prouver que, puisque les progrès de la médecine moderne avaient destitué les spasmes de leur rang de maladie primitive, on n'avait plus à s'en occuper dans le traitement qui devait être dirigé tout entier contre la lésion organique. Cette opinion a tenu peu de temps devant les faits, et on a fini par déclarer que les antispasmodiques étaient des remèdes très-excitants, incendiaires, et c'est cette raison quia inspiré le plus de crainte, parce que le gastro-entérite chronique de cause externe et toutes les dégénérations qu'elle traîne h. la suite seront encore longtemps la terreur des médecins.
Nous déclarons ici que les îiuteurs qui ont soutenu ces propositions ont été aveuglés par l'esprit de système ou n'ont aucune connaissance des faits qu'ils ont avancés ; que ces faits, ils les ont employés de force pour compléter bon gré mal gré une doctrine qui en avait besoin. Non, la valériane, les gommes fétides ne sont pas des excitants : ce sont des antispasmodiques, et voilà tout. Nous défions les explicateurs et les sceptiques d'aller au delà. Nous les défions de produire une fièvre artificielle la plus éphémère possible avec 32 grammes de poudre de valériane, comme nous les défions de calmer une femme vaporeuse avec 32 grammes d'eau-de-vie ou une quantité quelconque d'ammoniaque.
Entre mille faits que nous pourrions citer à l'appui, en voici un seul qu'un hasard merveilleux nous fournit :
Nous écrivions ces lignes lorsque l'un de nous est appelé pour voir eu
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toute hâte une femme qui, au milieu de la rue, vient de tomber morte. Il court muni d'un flacon d'éther et trouve près de cette femme, enceinte de huit mois et plongée dans une stupeur hystérique profonde, un confrère qui, depuis quelques minutes, lui fait respirer un flacon d'ammoniaque pure et lui en porte m&me dans les narines en élevant par des secousses brusques le flacon ouvert sous le nez. Pas le plus léger signe de la part de la patiente. — Voulez -vous permettre que j'essaye de faire respirer un peu d'éther et que j'en introduise quelques gouttes entre les lèvres? — Mais, voyez donc : ceci, est de l'ammoniaque ; c'est bien plus fort que l'éther. — Rien de plus juste : je crains mêrfie que vous ne cautérisiez très-vivement le nez. L'éther est tout simplement un antispasmodique. Pendant ce dialogue, le flacon d'éther avait été placé sous le nez de la malade, et au moment oii on le descendait sur les lèvres pour en instiller quelques gouttes, un profond soupir et quelques pandiculations avaient préludé au retour successif et bien complet de la connaissance. La malade se rajusta un peu, se leva et parla.
Nous concevons bien que, comme nous l'avons déjà avancé, quelques antispasmodiques se trouvent sur la limite de cette classe et des stimulants. Ce sont ceux qu'on a appelés diffusibles, et qui sont le musc, le camphre et l'éther (n'oublions pas que leur force excitante est très-inconstante, pour le camphre surtout, et qu'on ne saurait dire à priori s'ils la développeront ou si elle sera nulle) ; mais, nous le répétons : la propriété stimulante est ce qu'il y a de moins prononcé en eux ; elle ne sert que de prétexte pour en proscrire l'emploi, car la valériane, qui agit aussi puissamment qu'eux, n'est qu'un pur antispasmodique.
Nous avons toujours remarqué que jamais les antispasmodiques n'avaient eu un effet plus sûr que lorsque les malades disaient ne s'être pas aperçus de leur action. Les effets physiologiques de l'alcool et de l'éther sulfurique sont bien différents. Leurs effets thérapeutiques, pour se ressembler quelquefois par le résultat définitif, n'ont presque point d'analogie par la manière dont ils produisent ce résultat. Gomment donc agissent les antispasmodiques directs ?
Dire qu'ils régularisent l'action du système nerveux, c'est dire en d'autres termes : les antispasmodiques sont des antispasmodiques ;mais au moins, si c'est se payer de mots, ce n'est pas exprimer une erreur, comme lorsqu'à l'exemple de quelques pathologistes modernes, on spécifie davantage et on dit: Ils régularisent Faction de l'encéphale ; car l'encéphale n'est pas le foyer des spasmes ; il n'est pour rien dans leur production immédiate. Plus que d'autres organes sans doute il souffre des retentissements violents qui frappent de perversion ses trois attributions les plus importantes, savoir le mouvement volontaire, la sensibilité animale et la manifestation des actes intellectuels. Mais ces désordres ne sont que sympathiques, et ce n'est assurément pas en modifiant l'organe dont ils traduisent l'altération fonctionnelle que sont utiles les antispasmodiques. Cette question, qui peut paraître oiseuse, et le serait
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en effet si elle était toute de curiosité scientifique, demande des développements dont la Médication antispasmodique peut retirer quelque fruit.
Nous avons essayé de démontrer au commencement de ce chapitre que les spasmes essentiels avaient toujours un foyer viscéral, que le fait d'un aura viscéral constituait le génie du spasme, sa véritable nature. Nous avons fait voir aussi que là siégeait la puissance des instincts, qui, loin de reconnaître l'encéphale pour point de départ, se l'appropriaient au contraire irrésistiblement et le faisaient servir, sans la part de la volonté à leurs fins conservatrices, aux exigences impérieuses et admirablement aveugles de la vie qui doit se maintenir. C'est donc dans certaines conditions de l'innervation viscérale qu'il faut chercher la raison des spasmes essentiels.
Qu'apprend à cet égard l'observation? Quelles sont les circonstances 011 elle nous montre l'innervation présidant aux fonctions organiques, déviée, pervertie selon ce mode spécial qui caractérise l'état spasmodique? Ces circonstances sont :
\° La privation des matériaux sur lesquels opèrent les organes de la vie nutritive et dans l'élaboration desquels leur action doit se renfermer. En effet, rien ne développe plus infailliblement la mobilité nerveuse et les affections spasmodiques que l'abstinence prolongée, la diète trop sévère, les spoliations humorales et sanguines portées trop loin. On peu^ ainsi créer à volonté des femmes vaporeuses et hystériques , des hommes flatulents et pleins de spasmes, de maux de nerfs, bientôt hypochondriaques ;
2° Une autre cause bien efficace de la production de l'état spasmodique, ce sont les passions, et bien plus les passions dépressives, qui jettent dans l'abattement, telles que la peur, toutes les anxiétés morales, les affections tristes, l'envie ou l'amour malheureux, etc., que les passions expansives, stimulantes, et qui doublent l'énergie vitale, telles que la colère, l'orgueil, l'ambition ou l'amour heureux.
Si ces passions, c'est-à-dire si cet état pathologique dû à des causes morales a une si énorme influence sur la production des spasmes, c'est qu'évidemment il intéresse les mêmes foyers de l'économie que ceux-ci, que leur source est commune, comme nous l'avons déjà remarqué. L'opinion qui assigne aux passions un siège viscéral confirme notre doctrine des spasmes, laquelle à son tour éclaire et corrobore cette opinion. Cette seconde cause, comme la première, détourne des actes nutritifs la vitalité des viscères; car rien ne suspend et n'intervertit les élaboration» nutritives aussi puissamment que les passions que nous avons dit développer l'état spasmodique essentiel ;
3° La présence dans l'organisme du principe goutteux, principalement lorsqu'il commence à être engendré et qu'il produit les phénomènes de la goutte vague, froide ou erratique. On voit un grand nombi-e d'hommes (et toutes les femmes sont loin d'en être à VaWi) souffrir
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pendant plusieurs années des douleurs et des spasmes les plus variés et les plus nombreux, lesquels aboutissent à une attaque de goutte articulaire régulière ou à un flux hémorrhoïdal, même de simples marisques sans écoulement de sang, et tous les accidents de goutte vague sont dissipés dès ce moment ;
4° Une prédominance constitutionnelle, un excès de développement primitif et congénial de l'innervation viscérale et des centres qui y président. On est forcé de supposer et d'admettre ce fait, lorsque la disposition spasmodique ne dépend d'aucune des conditions que nous venons de passer en revue précédemment. C'est chez cette classe de personnes nerveuses que les saisons chaudes, le séjour trop longtemps prolongé au milieu d'une température élevée, etc., etc., déterminent beaucoup de maladies vaporeuses et spasniodiques, en même temps que ces circonstances affaiblissent les fonctions assimilatrices et jettent dans la langueur tous les organes chargés des actes de la vie nutritive. Nous avons déjà remarqué que l'existence seule de ce tempérament établissait chez ces personnes la mobilité nerveuse ;
5° La prédominance absolue et comme tyrannique de l'innervation d'un organe ou d'un appareil tel que celui de la génération chez la femme pendant toute la période dévolue à cet appareil pour le grand acte de la reproduction, surtout à l'époque oii ce système va entrer en possession de ses importantes attributions. Cette condition de développement des maladies spasmodiques est la plus fréquente et la plus féconde ; c'est à elle qu'est due l'hystérie et ses innombrables phénomènes.
Nous pouvons bien omettre quelques autres conditions ou causes des spasmes essentiels, mais nous croyons avoir exposé les plus capitales. Toutes celles qu'on y ajouterait seraient sans doute susceptibles de leur être subordonnées. Or, pour en revenir à la question du mode d'action des médicaments antispasmodiques, nous n'avons qu'une chose à dire, c'est que, par une propriété dont nous ignorons parfaitement le mécanisme, ces agents ont le pouvoir d'apaiser ou de régulariser d'une manière directe et immédiate l'innervation viscérale ou ganglionnaire ainsi déviée et pervertie. Nous ne saurions aller plus loin sans entrer dans le roman de la thérapeutique.
Mais comme on doit déjà le prévoir par l'énumération que nous avons faite des conditions qui amènent l'état spasmodique, ce pouvoir thérapeutique des médicaments que nous étudions existe à bien des degrés et surtout produit des résultats bien variables pour leur sûreté et leur durée, suivant que les spasmes sont nés sous l'influence de l'une ou de l'autre de ces conditions.
Ainsi, pour la première série, celle si commune et si infaillible dans ses effets où les affections spasmodiques sont survenues après des évacuations sanguines exagérées ou une diète intempestive, etc., les antispasmodiques ont bien à la vérité une action, mais elle est toute passagère et uniquement palliative. A ce dernier titre pourtant, ils ont encore une
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grande importance pour conjurer les accidents et permettre l'usaige des médications radicales.
Quelles sont-elles donc dans ce cas? La réhabilitation des fonctions végétatives. Créer un sang riche et agir en sorte que la puissance vitale soit toute employée à le faire servir aux actes de la nutrition, voilà le principe du traitement ; car ce sont les conditions contraires qui ont permis à l'état nerveux spasmodique de se développer. Au chapitre de la Médication tonique, nous avons traité avec soin des moyens les plus propres à réhabiliter la nutrition, et, par conséquent, à imposer à l'innervation viscérale un caractère de fixité et d'activité exclusivement employée aux élaborations successives que doivent subir les éléments réparateurs. Cette condition, rien ne la trouble et ne la détruit autant que la soustraction des aliments et du sang. En effet, l'assimilation de ces matériaux est le seul travail auquel soient destinées les forces particulières dont la perversion engendre les affections spasmodiques. La soustraction de ces mêmes matériaux prive les forces en question de leur objet, de leur emploi naturel, ce qui revient à dire qu'elles n'offrent alors qu'anomalies, écarts, irrégularités, et tel est précisément le caractère des spasmes essentiels. Répétons ici que les toniques d-^' la Matière médicale, et en premier lieu le fer, puis les vrais toniques, c'est-à-dire une alimentation promptement réparatrice, un exercicf musculaire en plein air qui mette à profit cette alimentation, forment le traitement radical de l'état spasmodique développé par ce premier genre de causes. Les antispasmodiques ont alors une vertu palliative importante à utiliser.
Ce point de notre théorie sur la nature et l'étiologie des spasmes essentiels, savoir, que ces affections sont très-souvent produites par tout ce qui peut détourner l'innervation viscérale des actes qu'elle doit accomplir pour l'entretien de l'individu, et en particulier par l'anémie, que sa cause soit médiate ou immédiate ; cette idée, disons-nous, bien qu'implicitement exprimée par Hippocrate et plusieurs des médecins qu'on a honorés du nom (T/iippocratistes, n'a été, que nous sachions du moins, nettement reconnue et formulée que par nous. Quand même une observation attentive et bien faite n'y conduirait pas, les résultats heureux auxquels elle permet d'arriver dans la pratique devraient la recommander puissamment. Sydenham agissait en vertu de cette idée lorsqu'il disait : Ex omnibus quœ nos hactenùs abundè congessimus abundè mihi constare videtur, prœcipuam in hoc morbo {hysteria) indicationem curativam eam esse, quœ sanguinis (qui spirituum fons et origo est) corroborationem indigitat ; quo facto, spiritus invigorati eum servare possint tenorcm qui et todus corporis et singularium parlium œconorniœ competit. o
Pour ce qui est de la seconde condition que nous avons indiquée comme développant l'état spasmodique, c'est-à-dire l'influence des passions, tant q's agit la cause de ces affections morales, les antispasmodi-
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qnes ont eu peu de portée et d'effet ; mais il arrive que ces causes de liassions, de senlimenls violents et tyranniques. lorsqu'elles ont frappé longtemps et avec énergie., laissent après leur cessation complète Tinnervation viscérale dans un état d'exaspération et de désordre qui. une fois acquis, persiste par lui-même comme un retentissement indéûni : c'est un tempérament nerveux accidentel. Dans ce cas, les antispasmodiques reprennent leurs droits et peuvent concourir à la gnérison de rét.it spasmodique ; mais tant que dure lïnfluence de la passion, c'est dans le triomphe de la raison qu'U faut chercher les modiflcatenrs thérapeutiques.
Les affections spasmodiques dues à l'existence du principe de la goutte s^tnt palliées et mitigées d'une manière assez satisfaisante par un certain ordre de médicaments antispasmodiques. Nous nous sommes déjà prononcés à ce sujet sur les propriétés spéciales du musc, du camphre, du castoréum, de l'éther à hautes doses, etc. Nous n'y reviendrons pas.
C'est dans les affections spasmodiques que nous avons fait dépendre des deux premières conditions organiques admises par nous comme favorables au développement des maladies nerveuses, que les médicaments dont nous parlons jouissent de la prérogative de médecine essentielle : car ici, on n'a plus à s'occuper au delà de l'élément spasme d'un autre élément qui le domine et l'a produit, tel que l'anémie, une affection morale, le principe goutteux: tout est dans l'état spasmodique primitif. I>a maladie est simple, la médication doit l'être aussi, c est-à-dire ne doit consister qu'en un seul ordre de moyens, quels qu'ils soient du reste, car nous n'avons jamais prétendu que les agents dont nous traitons actuellement soient les seuls qu'on puisse opposer aux affections i-ijasmodiques. Nous constatons seulement leur utilité et cherchons à donner les règles générales de leur emploi. Dans ce dernier genre de cas, il est pourtant quelquefois permis d'espérer, tant des puissantes distractions de l'esprit que d une alimentation fortement réparatrice et largement dépensée par des exercices gymnastiques bien ordonnés, et, en un mot., de l'ensemble des moyens qui peuvent diriger l'innervation viscérale tout entière vers les fonctions nutritives, il est permis, disons-nous, d'espérer de ces ressources combinées une guérison plus soUde et plus durable que par les antispasmodiques seuls, bien qu'il soit alors toujours indispensable de les administrer, et qu'ils puissent rendre dan> ce^ occasions de précieux services. Et puis, mille circonstances peuvent empêcher l'emploi des moyens hygiéniques que nous venons d'indiquer : les antispasmodiques restent alors au médecin comme sa seule ressource.
A l'exemple de la plupart des agents dont la vertu est toute superficielle et ne produit pas de modifications matérielles, celle des antispasmodiques est fugace, prompte à s'user. Leur effet se fait remarquer rapidement, ou bien il est nul. Les gommes fétides font quelquefois: exception à cette loi ; d'où découle l'indication de renouveler sooven
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leur administration, de ne pas se fier à leur action si elle ne s'est pas manifestée promptement, et cette autre indication très-capitale, de no pas abandonner ces médicaments lorsque l'un d'eux n'a pas rempli le but qu'on se proposait. Cette règle de thérapeutique est surtout vraie pour les substances dont nous traitons. L'éther ne réussit pas, donnez lavalé riane ; celle-ci échoue, recourez à l'asa fœtida, ainsi de suite, et il vous arrivera plus d'une fois de voir l'indication satisfaite par l'antispasmodique qui ordinairement réussit le moins sûrement. N'abusoz pas pourtant de celte recommandation si les moments sont précieux, alors même que l'emploi de ce genre de moyens serait parfaitement indiqué. Ils ne réussissent pas toujours : bien plus , ils aggravent quelquefois l'état de certaines femmes nerveuses, et malheureusement nous n'avons aucun signe qui, à priori, nous éclaire sur de pareilles contreindications. Les distinctions qu'a voulu fonder à cet égard l'ancienne école de Montpellier sont insuffisantes et illusoires. Dans ces cas qui, à la vérité, sont les moins communs, il faut franchement aborder une autre médication; c'est d'eux qu'Hippocrate a dit : Invita Minervâ nil quicquam moliendum.
Une erreur très-généralement répandue nous paraît rétrécir et fausser la thérapeutique des névroses. Elle consiste h séparer ces affections des autres genres morbides. Quand on a dit d'une maladie qu'elle est nerveuse, on se fait aussitôt l'idée d'une surexcitation physiologique du système nerveux, d'un désordre analogue à celui oii chacun se trouve tous les jours sous l'influence d'une cause d'éphémère perturbation des nerfs. Et parce que ces désordres ne sont pas organiques, qu'ils laissent très-souvent les fonctions vitales s'accomplir et ne menacent pas de mort, on serait presque tenté de ne pas les considérer comme des maladies. Il y aurait beaucoup à dire sur ce préjugé. Rien n'est plus faux que l'opinion générale sur l'innocuité des névroses. Les fonctions nutritives en sont beaucoup moins préservées qu'on ne croit. La gravité d'une maladie n'est presque jamais dans ses symptômes, ou, comme on parle, dans ses formes, elle est surtout dans sa cause diathésique ou générale. Cela s'applique fort bien aux névroses dont le principe, d'abord manifesté sous cette forme nosologique, peut en prendre de beaucoup plus graves et produire des cachexies ou des lésions organiques. Dire que les névroses sont des troubles de la sensibilité et du mouvement sans lésions de structure, c'est tout simplement caractériser une forme générale d'afTections. Mais cet ordre de symptômes ne peut former des espèces de maladies nerveuses qu'à la condition d'être la manifestation d'une cause pathologique. Or ces causes intimes sont souvent les mêmes que celles des phlegmasies, des lésions organiques, des cachexies et de toutes les maladies qui ne sont pas appelées nerveuses.
La nature brise les cadres des nosologistes. Elle mêle des symptômes inflammatoires et nerveux dans la même maladie générale qui passe et se transforme des uns dans les autres ; et le principe de ces diverses détcr-
minations morbides, ou ce qu'on appelle la diathèse, reste identique. Ces symptômes se combinent dans des proportions infinies, et il en résulte des affections mal déterminées, plus nombreuses h elles seules que toutes les autres ensemble, et sans nom possible dans nos étroites nosographies. La notion de la spécificité morbide, fondement dés espèces nosologiques, a bien été appliquée aux phlegmasies, aux cachexies, aux lésions organiques, mais les névroses n'ont pas encore été envisagées à ce point de vue. Nous le répétons, la clinique présente ici une lacune inconcevable. Avec quelques autres que nous signalerons tout à l'heure, cette lacune enlève tout caractère médical au pronostic et au traitement des névroses. C'est pourquoi il nous reste à terminer par quelques considérations sans lesquelles la Médication antispasmodique nmnquerait de réalité.
Déjà nous avons eu occasion de le dire { Médication tonique, t. I), lorsque l'anémie est morbide ou spontanée, les névroses qui l'accompagnent sont autant l'effet de sa cause productrice que du défaut de rapport entre l'élément vasculaire et l'élément nerveux qui, dans l'unité de l'organisme, représentent les actions végétatives et les actions animales. Il existe aussi des personnes chez qui le système nerveux a des infiuences si étroites sur la vie végétative que, par elles-mêmes, les névroses épuisent ces personnes ou empêchent chez elles la réparation, comme le feraient des pertes de fluides. Les névroses peuvent donc être par ellesmêmes une cause d'anémie. Quoi qu'il en soit, et de quelque manière que l'anémie soit engendrée dans les névroses, il est certain qu'elle devient à son tour la condition d'une multiplication effrénée et indéfinie des spasmes. Les développements que nous avons donnés à ce point de pathologie, les rapports physiologiques par lesquels nous l'avons rattaché à la production des névroses, en ont fait il y a quinze ans une chose nouvelle. Cette vérité a eu son effet salutaire dans la réaction par laquelle fut emporté le système de la médecine physiologique. Les praticiens avaient besoin de cette idée après les excès fertiles en maux de nerfs où on avait poussé la diète et les émissions sanguines. Toutefois, le fondement de notre doctrine des spasmes n'est pas tant dans le fait capital de l'anémie et des irrégularités des fonctions nerveuses qu'elle peut déterminer, que dans la théorie plus générale à laquelle nous avons rallié cette condition puissante de la production des névroses.
L'idée qui domine notre étude sur la Médication antispasmodique est celle de placer l'origine de tous les spasmes proprement dits dans le système nerveux viscéral, de dériver ces névroses des mômes foyers que les sensations affectives et les passions. Cette idée, dont nous vérifions chaque jour la justesse, résume tout ce qu'on vient de lire. On se rappelle comment nous y avons relié l'action énervante des pertes de sang excessives et de l'anémie. Si la régularité d'action des nerfs de la vie de relation a ses racines dans la régularité d'action des nerfs ganglionnaires, ceux-ci ont, dans l'équilibre et la saine énergie des actions vitales élé-
mentaires, une de leurs plus grandes garanties d'ordre et de régularité. C'est dans cet équilibre fondamental appelé par eux bonne composition, bonne crase, eucrasie, que les anciens faisaient consister la santé et plaçaient les conditions du bien-être physique, de l'ordre dans les fonctions nerveuses, du tempérament, et jusqu'à celles du caractère.
Vitalistes ou chimiâtres, tous s'accordaient sur ce point. Les premiers disaient : du sang naissent les esprits animaux, sains et réguliers si leur source est pure et riche, malades et irréguliers si elle est affaiblie ou corrompue. Du sang vivant, les chimiâtres firent un composé inorganique, et alors, au lieu d'esprits animaux, ont eut des vapeurs sulfureuses, mercurielles, crasses ou subtiles, acres ou douces, chaudes ou froides, explosives ou tranquilles. Les névroses n'étaient que les effets de ces vapeui's volcanisées. Le mot est resté dans le langage médical ; mais il faudrait que ce ne fût qu'à titre de simple comparaison. Ce n'est pas ainsi que l'ont entendu quelques auteurs modernes qui se sont occupés des fonctions et des maladies nerveuses.
Sous le nom de nêvrosité, MM. Bûchez et Cerise font sécréter du sang par la substance nerveuse un fluide, agent de tous les phénomènes de sensibilité et de mouvement. Indépendamment du tort qu'elle a de trop rappeler les esprits animaux de Descartes, cette théorie a surtout le vice de ne rien expliquer et de se prêter aussi facilement à l'erreur qu'à la vérité. Nous ne l'avons pas tant rappelée pour en signaler la subtilité, que pour prendre acte de la constante unanimité des opinions sur le point qui nous intéresse.
On fera de vains efforts pour échapper au mécanicisme cartésien, tant qu'on voudra considérer les organes nerveux comme des appareils chargés de soutirer au sang un fluide qui, sous le nom de nêvrosité, ou tout autre, produirait par ses mouvements les phénomènes représentatifs et affectifs chez les animaux. Encore une fois, le moindre défaut de ces théories surannées est de ne rien expliquer.
La substance nerveuse jouit essentiellement et par elle-même de propriétés sensibles représentatives et affectives. Ces propriétés lui sont innées. Elle en est composée, si nous pouvons ainsi dire.
Elle ne les tire donc pas inmiédiatement du sang ; mais dans les circonstances ordinaires elle a besoin de son impression réparatrice et stimulante. Elle se l'assimile, et en tire si peu la nêvrosité, ou, pour ne faire aucune vaine théorie, ses propriétés sensibles, que c'est elle, au contraire, qui les lui communique. Il faut sans doute qu'il y ail dans le sang des éléments appropriés ; mais il y a loin de là à cette sorte de distillation alchimique dont ne pourront jamais secouer le joug les théories qui ne seront pas fondées sur l'innéité des propriétés sensibles du système nerveux que le sang entretient, que les objets extérieurs excitent et déterminent, mais que ni celui-là ni ceux-ci ne produisent.
Gomment songer à leur donner ce rôle, quand on voit l'anémie et la solitude favoriser si singulièrement la production physiologique et mor-
m aiÉDICATION ANTISPASMODIQUE.
]jide des phénomènes représentatifs et affectifs, être une si puissante con- <lition de toutes les névroses? Qui ne sent, en réfléchissant à ce seul fait, que ces petites explications sont grosses de conséquences thérapeutiques erronées, et ne peuvent qu'égarer les praticiens dans l'application des Médications antispasmodiques ? Et pourtant, toutes ces hypothèses attestent un fait important qui leur survit et dont il faut tenir un compte fîérieux. L'idée la plus générale et la plus pratique qui lui corresponde, peut se traduire comme nous allons le faire.
Les névroses sont diathésiques comme les phlegmasies, les cachexies, les lésions organiques, etc. Une conséquence en découle, appuyée sur l'ohservation clinique la plus incontestable : c'est que les névroses ont, comme les phlegmasies, des caractères distinctifs qui ne se tirent pas uniquement de leur siège, du genre des fonctions perverties, de leur intensité; c'est que, de même qu'il y a des phlegmasies rhumatismales, goutteuses, scrofuleuses, syphilitiques, dartreuses, typhoïdes, et mille autres, produites par des poisons, il y a des névroses et des névralgies de même espèce, qui en doivent prendre le nom, et qui présentent les mêmes indications thérapeutiques comme telles, indépendamment de celles qu'elles présentent comme névroses. De là il faut conclure encore, que l'indication thérapeutique du spasme est double, l'une à laquelle répond la Médication antispasmodique proprement dite, l'autre qui se tire de la nature de la cause diathésique du spasme. C'est ainsi que dans une phlegmasie, si elle est intense et quelle que soit sa cause, les antiphlogistiques satisfont aux indications immédiates et vitales, les remèdes spéciaux aux indications spéciales et éloignées, c'està-dire aux indications diathésiques. La diathèse n'étant autre chose que l'élément pathologique commun, ou ce qu'on pourrait u^'^elevVuniversel d'una maladie générale, peut se manifester par tous les troubles possibles <ies fonctions spéciales. Dans l'ordre physiologique, la nutrition, les cii'culations cardiaque et capillaire, les sécrétions, les fonctions des appareils nerveux, ont quelque chose de commun, la vie en général. Dans l'ordre pathologique, les perversions de ces fonctions ou les cachexies, les phlegmasies, les fièvres et les névroses, ont de môme leur élément commun là oii ces fonctions ont le leur. Il est donc aussi simple de dire : les névroses sont diathésiques, que de dire : les fonctions spéciales du système nerveux supposent la vie en général, et la manifestent à leur manière. Qui ne comprend pas cela, ne verra les névroses qu'en physiologiste plus ou moins ingénieux et jamais en médecin.
Deux choses restent encore à saisir pour éclairer la Médication antispasmodique. La première est de distinguer les névroses franches des névroses irrégulières ; la seconde, de ne pas confondre les névroses simples avec les névroses composées. Les névroses franches sont celles sur lesquelles nos antispasmodiques ont le plus généralement d'action. Nous avons dit plus haut à quelles conditions. Nous appelons névroses
MÉDICATION ANTISPASMODIQUE. m
franches, ces types qu'on trouve décrits dans les nosologies sous les noms A' hystérie, de chorée, d' hypochondrte, d'épikpsie, etc.
Elles reconnaissent rarement pour point de départ une cause pathologique définie, une diathèse spéciale. Le tempérament, secondé par des circonstances d'éducation, par des causes morales et une certaine manière de vivre, suffit presque toujours à leur développement.
A un certain âge, on les voit naître comme d'elles-mêmes de la prédominance physiologique des appareils nerveux qui en sont spécialement le siège. C'est sans doute à cause de cette origine, qu'elles sont les moins graves des névroses. Les antispasmodiques comme palliatifs, une bonne direction hygiénique, le temps, c'est-à-dire la nature par l'action seule de l'âge et des vicissitudes organiques qu'il amène, tels en sont les meilleurs remèdes.
Les névroses ne sont pas franches, elles sont irrégulières, lorsqu'on les voit décomposées en plusieurs affections partielles, opiniâtres, protéiformes, s'attaquant à tous les organes, et y simulant une foule de maladies diverses. Quand une maladie quelconque est irrégulière, ce n'est pas sans raison. Cette raison, le médecin la doit toujours chercher. Il la trouvera le plus souvent dans une combinaison de plusieurs affections qui se contrarient ou se dénaturent réciproquement. C'est ce qu'on voit dans les névroses. Lorsque les maladies s'associent à d'autres phénomènes morbides ordinairement étrangers aux névroses, tels que fluxions, congestions, fièvre, vices des sécrétions, etc., c'est qu'elles sont presque toujours diathésiques. La cause différentielle des névroses franches et des névroses irrégulières semblerait donc être dans cette condition, que les premières ne seraient pas diathésiques, et que les autres le seraient. Il ne faut pas confondre celles-ci avec les cas oti coexistent chez le même sujet une maladie générale ou diathésique et une névrose, le rhumatisme et l'hystérie, par exemple. Cette coexistence peut se rencontrer sans que la névrose soit rhumatismale. Mais alors, elle conservera ses caractères d'iiystérie franche et il en sera de même du rhumatisme. Il n'y aura que juxtaposition, coïncidence, mais non association intime, fusion, croisement des deux affections.
Si les théories pneumatistes que nous avons critiquées plus haut étaient vraies, on ne devrait pas concevoir qu'une cachexie existât dans l'économie sans que les névroses concomitantes en fussent l'expression symptomatique. Et pourtant, il en est bien des fois autrement. Preuve nouvelle que les appareils nerveux ont une activité essentielle. Ne voiton pas les fonctions nerveuses persister fortes et régulières au milieu des cachexies les plus profondes, et ne manifester ni douleurs, ni paralysie, ni spasmes, lorsque tout dans les propriétés végétatives de l'organisme n'est que désordre et dissolution? On voit bien la femme atteinte de fièvre putride, et privée d'aliments, donner à son enfant un lait abondant et sain. Néanmoins il peut arriver, il arrive même trop souvent que les souffrances du système sensible expriment les altérations du système nu-
tritif. C'est qu'alors il s'opère dans la substance nerveuse une conception pathologique active, et non une séparation passive d'images et de sensations morbides. Cette substance merveilleuse peut avoir assez d'énergie saine pour l'imprimer aux matériaux altérés de sa réparation, c'est-àdire pour persister dans son état normal, quoique nourrie d'un sang malade. Heureusement ces cas sont assez fréquents.
Mais si la substance nerveuse plus faible, douée du moins de propriétés saines, ou renfermant des propriétés morbides en rapport avec celles du sang, conçoit l'aifection de celui-ci, la maladie générale se manifestera par des désordres nerveux spéciaux en rapport avec ceux de la maladie générale.
Cette discussion n'est point indifférente à la Médication antispasmodique. Qui ne voit qu'avec le pneumatisme ancien ou nouveau, c'est sur le sang seul qu'on devrait agir directement pour traiter les névroses? Aussi les chimiâtres ne s'en firent-ils pas faute. Sous prétexte de fabriquer des esprits animaux ou de la névrosité doués de telles ou telles qualités, on introduisait dans le sang les drogues les plus fortes et des altérants à des doses dont les dangers ont beaucoup contribué à produire la réaction homœopathique. Ces excès sont tombés devant la découverte de la sensibilité comme propriété inhérente à la substance nerveuse. Alors, on est entré dans les voies d'une thérapeutique moins systématique, plus douce, surtout plus conforme à la nature des choses.
Le globule du sang est sensible à sa manière. On n'agit sur lui, comme sur les nerfs proprement dits, que par impression. Si l'on était pénétré de cette vérité, il ne faudrait pas le traiter comme un composé inorganique. Il est affecté dans les diathèses, et par lui affectés, les appareils nerveux peuvent traduire par leurs phénomènes propres la nature des maladies générales.
Nous avons essayé de donner quelques-uns des caractères distinctifs des névroses spéciales, généralement irrégulières, et des névroses franches ; en cela, nous croyons avoir rendu un véritable service à la Médication antispasmodique. Elle devra évidemment, dans ces cas, puiser ses indications et ses remèdes à deux sources et les coordonner suivant la prédominance de chacun des éléments pathologiques. Les stimulants diffusibles, les agents qui produisent une excitation expansive très-rapide des mouvements vitaux, sont généralement plus utiles dans les névroses dialhésiques ou irrégulières que dans les névroses franches. A celles-ci, conviennent mieux les antispasmodiques purs, puis le froid et la bonne direction des idées et des sentiments. L'hygiène morale a moins d'influence sur les névroses diathésiques.
Nous donnons le nom de névroses composées, à celles où l'on voit associés les symptômes propres de deux névroses simples. Voilà encore une des sources les plus fréquentes et les plus ignorées des névroses indéterminées dont la pratique est pleine. Les associations de tous ou de
•quelques-uns des symptômes de deux névroses existent souvent entre l'hystérie et l'hypochondrie, l'hystérie et la chorée, l'éclampsie et l'hystérie, l'hystérie, l'hypochondrie, la dyspepsie, les névralgies, les paralysies, les palpitations, etc., etc.. Ces affections sont le désespoir du pronostic et de la thérapeutique; c'est d'elles surtout que résultent ces névroses indéterminées qu'on appelle aujourd'hui des névropathics proiéiformes, comme pour remplacer par un mot facile à retenir la chose qui fuit d'autant plus. Ces névroses complexes sont encore plus souvent diathésiques que les névroses irrégulières ; et si des phénomènes fébriles, fluxionnaires et cachectiques viennent, ainsi que cela est fort commun, se joindre aux symptômes nerveux, il en résulte des affections indéchiffrables pour l'école moderne, et que les praticiens formés à cette école confondent avec des maladies inflammatoires ou des lésions organiques. On les en distinguera par la disproportion qui existe entre l'intensité des phénomènes pseudo-inflammatoires, de l'élément douleur, de la fièvre, etc., et l'état des forces et des fonctions vitales; par la mobilité des symptômes, et souvent, par la conservation des instincts naturels et des aptitudes fonctionnelles du malade au milieu des plus violents désordres. Ce sont les diathèses goutteuse et rhumatismale qui, manifestées anormalement par des symptômes nerveux mixtes appartenant à plusieurs névroses telles que l'hystérie, l'hypochondrie, l'asthme, les névralgies, etc., produisent ces affections singulières, plus communes dans la pratique particulière que les maladies franches des nosographes, et dont les apparences graves et insolites inspirent tant de pronostics erronés et de fausses mesures thérapeutiques. La Médication antispasmodique revendique une grande part dans le traitement des névroses mixtes, môme sous les formes rhumatoïdes et pseudo-inflammatoires que nous venons de signaler. Là oii, suivant tel système de médecine, des saignées et l'appareil de la Médication antiphlogistique la plus sévère auraient paru indiqués, on est tout surpris de voir quelques antispasmodiques, la valériane, l'asa fœtida, l'éther, un peu d'opium ou de belladone, un lavement camphré, un bain, etc., apaiser de ces névroses ■composées et diathésiques qui simulaient les plus graves des pyrexies ou des phlegmasies. Comment épargner aux lecteurs d'un Traité de thérapeutique de telles considérations, quand, de leur appréciation dépend tout le bon ou le mauvais usage des antispasmodiques, et qu'on a le regret de ne trouver ces observations toutes cliniques dans aucun de nos ouvrages de pathologie?
Ce n'est pas l'usage de placer les vésanies et la folie parmi les névroses proprement dites. Le désordre cérébral manifesté par le désordre des idées et des sentiments a fait illusion aux pathologistes qui se sont emparés de cet ordre important de névroses ; et tandis que les uns n'y voulaient voir que des effets immédiats de lésions organiques, les autres se jetaient dans cette science imaginaire et infertile qu'on nomme la
psychologie, bornée à une observation tout extérieure de l'homme, et qui dispense ses adeptes des notions positives de la métaphysique et de la physiologie. Il serait pourtant facile de démontrer que la folie est une maladie qui ne diffère point des autres par ses lois générales, et que beaucoup de variétés de vésanies ont leur point de départ dans une affection nerveuse viscérale. Il est vrai que le délire, que les troubles intellectuels et moraux, prennent de suite une telle importance, qu'ils absorbent l'attention et font oublier l'origine et la condition sans cesse agissantes de la folie.
Il est donc quelques variétés de la folie, et ce sont les plus nombreuses,, qui, à leur début, présentent des indications accessoires, il est vrai, mais incontestables pour la Médication antispasmodique. L'aliénation mentale, généralement affective, prend son point de départ dans une passion. Physiologiquement, cette passion émane toujours du système nerveux viscéral; mais la cause déterminante peut être ou morale ou purement pathologique. La folie hystérique, la folie hypochondriaque, la manie puerpérale, etc., peuvent se développer indépendamment de toute cause morale. Mais, quoiqu'il soit vrai que, déterminée par une cause pathologique ou par une cause morale, la folie ait généralement un foyer viscéral, c'est-à-dire affectif, et relève par ce côté de la Médication antispasmodique, il n'est pas moins certain que si le cerveau résiste à l'impression perturbatrice faite sur lui par les nerfs affectifs et ne conçoit pas la folie sous cette impression, l'individu ne deviendra jamais fou. Or la folie n'est conçue dans le iensorium. commune que parce qu'il renferme préalablement les éléments morbides de cette névrose. C'est donc en définitive par le trouble cérébral que la folie se distingue et se détermine. Et, pour cela, il est nécessaire, ou que l'encéphale soit spécialement disposé, ou que la cause morale ou pathologique, si elle est accidentelle,, ait frappé simultanément les deux parties du système nerveux qui sont, l'une, le siège des aifections, l'autre celui des représentations sensibles.
L'ancienne médecine traitait la folie comme les autres maladies, c'està-dire, qu'à l'exception des mesures de force, elle ne la combattait que par des médicaments. Dans la méthode nouvelle ou psychologique, on a systématiquement Jibandonné cette voie exclusive, et, depuis ce temps, on n'entend plus parler que de traitemeni moral. 11 est vrai que ce traitement moral consiste très-souvent en douches froides sur le nez, et qu'il n'agit sur le moral de l'aliéné opiniâtre que comme les coups de bâton sur le moral du chien réfractaire. Sans nier que ce qu'on nomme le traitement moral ne doive tenir le premier rang dans la thérapeutique de la folie, nous pensons qu'on a trop négligé les moyens de la médecine ordinaire.
L'habitude scolastique et bien vicieuse de l'enseignement qui consiste à subordonner l'étude de la Thérapeutique à celle delà Matière médicale et qui oblige à parler des maladies à l'occasion des remèdes, au lieu de rattacher ceux-ci à l'étude des maladies, nous imposerait la règle de ne
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jamais introduire dans une médication, la Médication antispasmodique, par exemple, l'idée d'autres agents que les médicaments antispasmodiques proprement dits. Nous nous sommes fait une loi de violer cette règle absurde et de nous préoccuper toujours beaucoup plus de la vérité, et de l'intérêt des praticiens, que des exigences de la routine. Ainsi, la folie a sa Médication antispasmodique, et quoiqu'elle ne puise pas toujours ses moyens dans l'ordre des antispasmodiques, elle n'en a pas moins, comme névrose, sa place dans ce chapitre de notre livre consacré plus spécialement au traitement des maladies nerveuses. Le froid, l'opium, la belladone, et parmi nos antispasmodiques, le camphre, le musc, comme agissant plus sur le cerveau que les autres médicaments du même ordre, tels sont les agents les plus recommandables dans les vésanies. Nous ne Toyons pas pourquoi on n'associerait pas ces agents au traitement moral et à l'hygiène corporelle dans le traitement de la folie. Il paraît qu'il est plus facile d'être systématique, et de se renfermer dans l'une ou l'autre méthode exclusivement.
A une certaine période de la folie, celle-ci-devient purement cérébrale et n'est plus animée par l'influence passionnelle des nerfs viscéraux. De la manie, l'aliéné passe alors à la démence. Cet état n'est qu'une incurable incohérence ,dans les actions intracérébrales. Dès ce moment, la Médication antispasmodique n'a plus aucun rapport avec la folie. La condition de son indication a disparu avec l'élément viscéral ou affectif de la névrose.
Pour nous résumer sur ce point, les vésanies sont formées de plusieurs éléments, dont l'initial peut présenter des indications formelles pour toutes les médications et spécialement pour l'anliphlogistique comme dans les cas de phlogose aiguë des viscères abdominaux avec surexcitation du système nerveux ganglionnaire; puis, pour la sédative, la tempérante et l'antispasmodique. Tant que dure cette période affective, on doit essayer l'action des antispasmodiques indiqués dans la circonstance, et ne renoncer à leur emploi secondé par le froid et les autres calmants, que lorsque la folie est devenue prédominante dans le cerveau, et que la névrose s'y est concentrée en abandonnant les centres affectifs du système nerveux.
Il est remarquable que tous les médicaments antispasmodiques ont une odeur aromatique, diffusive et pénétrante, suave ou fétide. L'analyse des effets immédiats qu'en éprouve une personne nerveuse bien portante est de nature à éclairer sur leur manière d'agir dans les affections spasraodiques, et, par conséquent, sur le siège des phénomènes initiaux de ces affections.
' Que, dans un de ces moments de malaise nerveux et d'oppression où l'anxiété précordiale force l'imagination cérébrale à se conformer à la pénible disposition des nerfs cérébraux, on aspire fortement une substance aromatique, telle qu'un citron pressé entre les doigts pour en exprimer l'essence, une feuille de mélisse, un flacon d'éthcr, etc., on sentira
l'émanation pénétrer par le sens olfactif jusqu'à ce sensorium commune du sens vital que les premiers philosophes et les plus anciens médecins plaçaient dans la région sous-diaphragmatique. Il s'y répandra une sensation de bien-être. L'anxiété hypochondriaque dissipée dans sa source, il se communiquera au cerveau comme une vapeur bienfaisante qui rassérénera l'imagination sensible. De cette observation est né le mot vapeur, autrefois synonyme de maux de nerfs, parce qu'on attribuait à des vapeurs formées au moyen impur des viscères le malaise vital, la mélancolie qui montent alors, avec suffocation, du ventre vers le siège de la pensée et du sentiment. Tel est l'ordre de succession des phénomènes dans cette expérience qui se renouvelle tous les jours sous l'influence desémotions agréables ou pénibles. Ce fait, si simple et si habituel que nous n'y faisons aucune attention, renferme et résume toute notre théorie des affections spasmodiques et des médicaments qui agissent sur ces affections par des propriétés essentiellement antispasmodiques. De ces médicaments, les uns sont à odeur suave, les autres à odeur fétide ou repoussante. Nous avons déjà dit que les uns ou les autres déterminaient des spasmes chez certaines personnes. Agiraient-ils donc homœopathiquement ou suivant la loi similia similibus? Non, car cet effet n'est pas général. D'ailleurs, si la loi homœopathique est exacte et absolue, c'est chez, ces personnes que les antispasmodiques devraient agir le plus efficacement. Or le contraire a lieu généralement. Pour qu'un médicament soit direct, il n'est pas nécessaire qu'il agisse par la loi des contraires, mais qu'il produise immédiatement ses effets où la maladie produit les siens. Voilà ce qui est nécessaire. Mais l'action s'exerce-t-elle selon la loi des contraires ou des semblables ? Cela est relatif, car cela varie. Nos médicaments antispasmodiques agissant immédiatement, comme nous, l'avons prouvé, au point même où cvgissent les spasmes, c'en est assez pour qu'ils constituent, à part, une classe à laquelle il est juste deconserver le nom à' Antispasmodiques.